La Plume d'Aliocha

27/03/2013

Au bal des indécents

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 16:02
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Hieronymus_Bosch_040Il y a des jours où l’on est frappé par l’indécence du discours médiatique. C’est une question de degré de cohérence entre le verbe et la réalité, de circonstances, d’air du temps. Et sans doute aussi, je l’admets, d’humeur personnelle.

Tenez par exemple, il y a la tristesse de Carla Bruni à l’évocation de la mise en examen de « mon mari« , évoquée ce matin sur BFM TV juste après un reportage sur une nouvelle usine qui ferme. Comme il est détestable ce discours apitoyé, tandis que les images nous  montrent l’intéressée une guitare à la main, ses lunettes de star sur le nez, en train de prendre place dans une énorme berline avec chauffeur. Choc de l’enchaînement des sujets, problème d’illustration aussi. BFM TV aurait diffusé en même temps que les confidences de Carla, des images de Nicolas Sarkozy au Palais de justice,  la chose serait apparue plus supportable. Mais là… on peine à éprouver une quelconque empathie pour cette ex et potentiellement future « première dame », en la voyant évoluer dans un monde parallèle avec la gracieuse désinvolture de l’insouciance.

Pendant ce temps, la mayonnaise n’en finit pas de monter au sujet de la manif’ pour tous. Internet se bidonne en parodiant le malaise de Christine Boutin. Et la dame, bonne joueuse,  d’applaudir tant de bel humour. Que faire d’autre, me direz-vous ? Rien. Toute autre attitude de sa part refermerait sur elle le piège médiatique. Un bouc-émissaire ne saurait sortir du rôle qui lui est assigné sans déclencher l’indignation générale, et donc aggraver singulièrement son cas. Hélas, quand on n’a pas l’heur d’appartenir au camp de ses détracteurs aveugles, on ne peut que relever la bêtise indécente qu’il y a  à se moquer d’une personne victime d’un malaise, fut-il bénin. Accessoirement, il ne doit pas y avoir beaucoup d’exemples – hors périodes révolutionnaires – de personnalité politique faisant les frais dans une manif’ d’une riposte policière.  Tant pis si le dire place l’auteur du propos dans la détestable position de gâcher la fête,  de rompre la grande chaîne de la rigolade, de jouer les angéliques égaré au milieu d’un bestiaire qui n’est pas sans rappeler parfois l’univers de Jérôme Bosch.

La polémique quant à elle, car il en faut au moins une, se concentre sur l’utilisation par l’opposition d’expressions du type « ils ont gazé » des enfants, des vieillards et des poussettes. Les professionnels du combat politico-médiatique n’ont pas mis longtemps pour trouver la parade sur ce sujet embarrassant en hurlant à la comparaison indigne, au sous-entendu monstrueux, à l’allusion ignoble aux horreurs nazies. C’est vrai qu’en l’espèce, le raccourci est insupportable. Il aurait fallu dire : « les forces de l’ordre ont répliqué avec des aérosols propulsant une substance irritante pour les yeux nommée gaz lacrymogène sur des personnes en bas  âge, dont certaines transportées dans de petits véhicules à roulettes communément appelées « poussettes », ainsi que sur des individus situés à l’autre extrémité de la vie ». Trêve de plaisanterie. Qui est le plus indécent en l’espèce ? Celui qui utilise une expression choc potentiellement ambiguë,  ou celui qui intente un procès d’intention en recourant sans états d’âme à la méthode infâme qu’il dénonce aux fins de discréditer son contradicteur ? A moins que l’indécence ne réside  dans le fait de sous-estimer le public en pensant vraiment qu’il va adhérer à ces trucs de bateleurs. Je proposerais bien que l’on condamne les deux camps pour délit d’indécence en réunion, mais au fond à quoi bon ? Le plus sage est encore de coiffer son bonnet à grelots et d’entrer joyeusement dans la danse.

25/03/2013

Aérosol, gudards et boule de gomme

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 22:29
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Autant vous le dire tout de suite, dimanche dernier, je n’étais pas à la manif’ pour tous. Non, j’étais au cinéma, rive gauche, pour voir Jappeloup (avis modéré, belle histoire, mais des lourdeurs dans le récit). A l’attention des chercheurs de poux dans la tête, des traqueurs de cathos en République et des pourfendeurs d’homophobes qui s’ignorent, j’ai conservé mon ticket. Vous me direz, on peut acheter sa place et filer à l’anglaise. En effet, ça s’est vu dans quelques mauvaises séries policières. Mais à ce compte-là, il n’y a plus d’alibi qui tienne, sauf peut-être celui de la prison ou de l’hosto. Moi en ce moment, voyez-vous, j’entends obtenir mon certificat de modernité, celui qui vous propulse au firmament des médias, et je m’applique donc à constituer un dossier mais aussi à éviter tout faux pas, comme par exemple être photographiée lors d’un événement réac, parce que c’est tout de suite 15 points en moins sur mon permis médiatique.

Le gudard et la licorne

Il n’empêche, j’avoue m’être jetée sur les comptes-rendus dès la sortie de la séance. Des débordements ? Ciel. Des violences ? Nan….dans une manif réunissant entre 300 000 personnes et 1,4 million  sur un sujet aussi sensible, bien bloquée comme il faut sur une avenue de 5 kilomètres avec des flics et un mur au bout ? Pas possible ! Au passage, si un de mes copains comptable voulait bien examiner les photos, qu’on soit fixé une bonne fois pour toutes…c’est embarrassant une différence d’un million cent à ce niveau-là. Allez hop, on m’analyse tout ça, on dégage les unités génératrices de manifestants, on applique le taux d’actualisation qu’on veut sur les flux, on me teste le goodwill si besoin et on me sort un beau résultat certifié sincère et exact. Des groupuscules d’extrême-droite ? J’ai visionné les videos et je n’ai pas vu plus de gudards que de gauchistes chevelus (puisqu’on traque l’animal mythique, je n’ai pas vu non plus de licorne), mais bon, peut-être qu’ils se baladent maintenant avec ces fameux enfants qu’on dit avoir été placés « au contact » des gendarmes mobiles (à mon époque, c’était les hommes qu’on mettait « au contact » de la maréchaussée, et les filles juste derrière, tout change…). Je me demande si le gouvernement va demander le remboursement des aréosols bêtement gâchés lors de la manif aux organisateurs, au même titre que les frais de gazon lors de la première manif pour tous.

T’es CRS et t’as pas d’Elnett, allo ?

Tiens, les aréosols, parlons-en. J’ai mis du temps à comprendre ce que notre ministre Manuel Valls entendait par là. Comment, les gendarmes mobiles attaquent avec des bombes d’Elnett maintenant, ai-je songé en digne blonde que je suis ? Notez, c’est dans le vent :  « cette giclée policière vous est gracieusement offerte par L’Oréal, parce que vous le valez bien ». Voilà du slogan décalé pour publicitaire en panne d’inspiration iconoclaste. Et imaginez la prochaine sottise télévisuelle : « t’es CRS et t’as pas d’Elnett, allo, non mais allo quoi ? ». En fait, il voulait parler de gaz lacrymogènes, mais en précisant que c’était pas des grenades qu’on avait lancées dans la foule ! Ouf. J’te bombe, mais pas au fusil (FLG pour les intimes) hein,  juste à l’aérosol, ça pique autant les yeux, simplement c’est moins guerrier dans l’approche. Un peu comme l’histoire du type « neutralisé » de deux balles dans la tête. L’est pas mort, le gars,  l’est juste « neutralisé », c’est propre, administratif, carré, soigné. Bref, la description en boucle dans les médias des « débordements » et des « violences », les videos prouvant en effet l’incroyable brutalité des manifestants (surtout le prêtre en soutane, faut l’arrêter d’urgence celui-là, il me parait éminemment subversif), tout ce déchainement d’horreurs m’a rappelé une autre manifestation aussi sanglante.

Menace sur la Chancellerie

C’était il y a dix ans environ. Des avocats s’étaient rassemblés place Vendôme pour protester contre je ne sais plus quel projet de loi. En fait, la place était protégée en partie par des barrières anti-émeute, de sorte que les manifestants étaient cantonnés à une vingtaine de mètres de la Chancellerie…. Un nombre hallucinant de cars de CRS étaient garés autour de la place ainsi que dans les rues adjacentes (environ une cinquantaine). Et puis il y avait nos avocats, 300 à vue de nez, peut-être 1000 en chiffres organisateur. Ils manifestaient en robe, certains avec un cartable à la main, d’autres en brandissant un code rouge ou bleu. Apercevant je ne sais quelle menace imminente pour la sécurité du ministère, un groupe de CRS a soudain traversé la place au pas de charge pour se positionner en face des manifestants. C’est là que les esprits se sont échauffés. Quelques avocats plus nerveux que les autres (des quinquas, c’est vous dire s’ils étaient effrayants) ont retroussé la robe pour sauter la barrière. Inutile d’avoir fait psycho à Nanterre pour comprendre que ce déplacement brutal des force de l’ordre, ajouté au barrage de la place, a déclenché chez quelques uns une poussée d’adrénaline. J’ai vu ce jour-là des avocats en robe coursés par des CRS, d’autres maintenus à terre. Quel symbole ! Ils n’étaient pas méchants, ni extrémistes de droite ou de gauche, ni même agressifs mes avocats, ils ont pété un plomb, ça arrive. Je dis ça à l’intention de mes potes de gauche qui savent très bien tout ça, mais font semblant de l’oublier quand ça les arrange. Oui, une manif’ ça excite certains esprits. Non je n’ai pas vu de hordes d’enfants lancés à l’assaut des forces de l’ordre. Oui, il y a peut-être eu dimanche des énervés qui ont aperçu là une occasion d’exprimer leurs rêves d’insurrection entre deux bitures à la bière. So what ?

Je sais bien que tous les moyens sont bons pour dénoncer en bloc les bornés qui ne tombent pas en pâmoison immédiate devant le dernier produit législatif étiqueté « progrès de l’humanité vers un monde meilleur » et qui auraient même tendance à s’énerver quand  on les traite de réacs homophobes parce qu’ils émettent des doutes sur le texte, la méthode et le reste, mais bon…tout de même, quoi, faudrait pas faire passer les enfants du bon dieu pour de dangereux insurgés non plus. Franchement, je trouve qu’on manque un peu de billes pour crucifier le réac’ dans cette histoire.

24/03/2013

Sans nouvelles de Marianne…

Filed under: Comment ça marche ?,Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:36
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L’un d’entre vous m’a demandé par mail pourquoi on ne me lisait plus sur le site de l’hebdomadaire Marianne depuis quelques mois. Eh oui, pourquoi, ai-je soudain songé….

En 2009, Philippe Cohen qui s’occupait à l’époque du site m’a demandé si je souhaitais faire partie des blogueurs associés. Mettant de côté mon allergie pour les entreprises de presse qui rentabilisent des contenus gratuits en vendant aux intéressés l’espoir d’une visibilité (cette visibilité avec laquelle, comme chacun sait, on paie son loyer et ses courses au supermarché), j’ai répondu oui. Parce que je lis, ou plutôt je lisais, Marianne depuis sa création en 1997, parce que j’aimais bien Philippe, parce qu’au coeur de la crise de la presse, je voulais bien – pour un temps donné – aider dans la mesure de mes moyens le site à se développer. L’opération ne me rapportait rien. Pas même l’abonnement gratuit au journal papier que moi et d’autres avons réclamé sans succès durant plusieurs années. Quant au trafic sur mon blog, figurer dans la blogroll d’Eolas m’a toujours envoyé plus de lecteurs que d’être « associée » à Marianne. De son côté, le site a profité durant des années de mon « contenu », lequel s’est avéré souvent juteux en termes de visites. J’ai souvenir de 50 000 visiteurs en quelques heures sur un billet concernant Ruquier, et de plus de 80 000 au plus fort de l’affaire Kerviel (chiffre en haut à droite de la page, qui évoque à tort le nombre de commentaires)…Philippe avait  la courtoisie de nous inviter à dîner dans la rédaction une fois par an et de nous associer à la vie du journal comme du site en nous informant des évolutions éditoriales. C’était friendly de sa part. A défaut de gagner de l’argent, nous participions à une aventure et nous passions de bons moments.

Et puis en juin dernier de mémoire, il a annoncé qu’il cessait de s’occuper du site.  Toute l’équipe rédactionnelle est partie et a été remplacée, m’a-t-on dit, par un professionnel du marketing….Pour ceux qui auraient loupé un épisode, je rappelle que la sortie de son livre co-écrit avec Pierre Péan sur Le Pen a consommé le divorce entre lui et la direction de Marianne cet automne. Philippe a quitté l’hebdomadaire en janvier. Mais reprenons le fil de notre petite histoire. Pendant les mois qui ont suivi le changement de pilotage, Marianne a continué de reprendre mes billets. Et puis à partir de fin décembre, plus rien. Le dernier des quelque 245 billets reproduits sur le site depuis 2009 (chiffre tiré du moteur de recherche de Marianne) a été mis en ligne le 11 décembre. Par curiosité, je suis allée voir  et j’ai cru comprendre qu’il était désormais alimenté quasi-exclusivement par la rédaction. Il ne reste que 2 ou 3 blogueurs, parmi lesquels Juan de Sarkofrance. Même Philippe Bilger a disparu ce qui, je l’avoue, a quelque peu consolé mon ego malmené. Intriguée, j’ai envoyé deux mails au patron du journal,  Maurice Szafran, pour tenter de savoir ce qu’il en était exactement. Pas de réponse.

Du coup, je me suis amusée à faire un petit calcul. En imaginant que pour produire le même volume de contenu, Marianne ait fait appel à un journaliste rémunéré à la pige (moi, au hasard…mais sous mon autre casquette), l’équivalent des 250 billets lui aurait coûté au bas mot….60 000 euros. Explications. Les journalistes sont rémunérés selon une unité de mesure nommée « feuillet ». Un feuillet par convention représente 1 500 signes espaces compris (fonction « statistiques » de votre logiciel, environ une demie page word). Le tarif syndical du feuillet doit tourner aux alentours de 66 euros, mais dans les grands titres, il est plus proche de 100, j’ai donc pris 80 (net). Admettons que chaque billet fasse en moyenne 3 feuillets. Nous multiplions 250 articles par 3 feuillets, par 80 euros, cela nous donne 60 000 euros si le règlement s’effectue en droits d’auteur (ce qui est en principe interdit pour les journalistes, mais je le signale pour les blogueurs non journalistes) auxquels vous rajoutez, si c’est du salaire, les charges salariales et patronales. L’intérêt de cette petite démonstration est de montrer l’économie que représente l’utilisation de contenu gratuit sur le Net pour les éditeurs de presse….En creux, cela permet aussi de mesurer l’étendue du manque à gagner pour les journalistes de métier dès lors qu’on remplace l’information qu’ils produisent par de l’opinion.  Il me semble qu’un tel « cadeau » de ma part méritait bien un « au revoir et merci ». En tout état de cause, quand on décide unilatéralement de rompre un accord, il est d’usage d’en informer l’intéressé.

Voilà, vous en savez autant que moi. Sans commentaire.

Ah si, quand même, une observation annexe. J’ai lu ce matin sur @si (abonnés) que certains sites d’information régionale (pilotés par une boite de marketing) sous-traitaient leur production à des « rédactions » situées en Tunisie. Oui, vous avez bien lu. Pour 300 euros par mois, des diplômés bac +5 disposant d’une « bonne connaissance de la culture française », livrent des articles clé en main sur des régions où ils n’ont jamais mis les pieds.

Il parait qu’on a aboli l’esclavage…qu’on me permette d’en douter.

20/03/2013

Il y des articles plus difficiles que d’autres…

Filed under: Comment ça marche ?,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:06

L’une des publications pour lesquelles je travaille m’a demandé d’écrire un article sur la disparition du grand pénaliste Olivier Metzner. C’est la première fois en 18 ans de métier que je me livre à cet exercice. Je ne l’imaginais pas si dur.

Je ne connaissais pas Olivier Metzner autrement que dans le cadre professionnel : quelques interviews et les deux procès où je l’ai entendu : Kerviel et Pétrole contre nourriture. L’homme était secret, irritant pour les journalistes à qui il avouait sans états d’âme qu’il les utilisait, talentueux, insaisissable. Néanmoins, l’annonce de sa disparition dimanche m’a fait un choc. Un grand nom du barreau s’envolait, une présence, une voix, la volute d’un cigare. Certains ici se sont émus des portraits pas tout à fait flatteurs publiés dans la presse. Comme on s’émeut à l’inverse des panégyriques qui paraissent caricaturaux. Preuve s’il en était besoin qu’il est difficile d’écrire sur un homme qui vient de mourir. Faut-il ne retenir que le meilleur, au risque de s’éloigner de la réalité ? Ou bien évoquer aussi la part d’ombre, et violer ainsi une certaine exigence de respect ? Vaste question. J’ignore s’il existe une réponse. En tout cas, des émotions, certainement.

D’abord en l’espèce un questionnement. La thèse du suicide a été très vite admise. Mais alors pourquoi ? Qu’est ce qui pousse un homme au faite de la gloire et de la fortune, qui faisait quelques jours encore avant sa disparition de multiples projets, à monter sur un bateau en pleine nuit pour se jeter à la mer ? Question sans réponse. L’aurait-on même, que l’on serait tenté de se taire. Cette fin brutale place chacun de nous face à la condition humaine, ses joies et ses douleurs. Et intime l’ordre alors de n’y toucher que d’une main tremblante. Ensuite, on se prend à réfléchir pour tenter de comprendre pourquoi une vague relation professionnelle prend soudain une telle importance à l’heure de sa disparition. Pourquoi l’irritation s’efface, laissant place au regret ? Et l’on songe soudain que c’est peut-être cette mécanique invisible du souvenir, alliée au rappel de notre finitude commune, qui explique les déclarations émues lorsque l’un d’entre nous disparait. Comme si la mort effaçait d’un trait de plume l’accessoire pour ne laisser subsister qu’une forme d’essentiel.

Alors il faut écrire. Et l’on se surprend à s’accrocher aux faits pour conjurer l’émotion, à saluer ces règles professionnelles qui imposent la raison, exigent l’objectivité, font taire le sentiment. On appelle les uns et les autres, lointains confrères ou proches collaborateurs, pour découvrir qu’ils partagent le même vertige. Douceur des mots, réserve des opinions, incompréhension face à la brutalité du geste. Les langues se délient pour décrire le talent, raconter une anecdote vécue ensemble, glisser parfois, à regret, un léger bémol. On sent bien que l’événement propulse tous les avocats interrogés au bord d’une falaise. Le geste d’Olivier Metzner les renvoie à leurs propres doutes existentiels, ceux qu’ils ont enfouis très profondément. « L’avocat pénaliste passe son temps à cotoyer le mal, à le supporter, parfois à le faire lui-même » confie l’un d’entre eux pour expliquer le brutalité du métier. Il faudrait appeler son cabinet pour recueillir des réactions de ses associés, glaner quelque détail nouveau, interroger sur l’avenir d’une structure si fortement empreinte de la personnalité de son fondateur, évoquer le sort des dossiers en cours, mais à l’instant de composer le numéro de téléphone, malaise. Les mots « chacal », « vautour » tournent en boucle. Fichu métier ! On n’appellera pas. Au moment d’écrire la phrase de chute, celle que l’on choisit avec un soin tout particulier, la seule où l’émotion contenue peut s’exprimer, celle qui laissera un sillage dans l’esprit du lecteur, la gorge se noue…

Note : parmi les dizaines d’articles écrits depuis dimanche, trois méritent une particulière attention, ceux de Pascale Robert-Diard au Monde et de Stéphane Durand-Souffland au Figaro pour ce qui concerne les confrères, et puis celui de Jean-Marc Fedida, avocat pénaliste, qui décrit fort justement le talent très particulier d’Olivier Metzner.

15/03/2013

Sur orbite, on n’a pas fini de tourner

Filed under: Comment ça marche ?,Coup de griffe — laplumedaliocha @ 22:59
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Fichue tentation du buzz….

Je choisis l’élection du Pape, j’aurais pu prendre un autre exemple pour illustrer les dérapages du buzz de l’information sur Internet. A ceci près que cet événement là est particulièrement significatif car il touche un sujet religieux, mais également politique. Un Pape, c’est une autorité spirituelle qui règne sur un milliard d’individus. C’est aussi un Chef d’Etat qui porte une parole dans le concert des nations. C’est encore un dignitaire religieux qui va dialoguer avec ses homologues, ce qui n’est pas anodin dans le contexte actuel. C’est une autorité qui prend position sur des sujets dits de « société ». A peine nommé, celui-ci faisait l’objet d’attaques sur son passé en Argentine. Voilà qui méritait l’intérêt. Aussi et surtout, on s’attendait à des commentaires sur sa pensée théologique, sur le choix d’un sud-américain, sur les dossiers en cours, les problèmes à régler, la direction à imprimer. Il y a eu des articles sur ces sujets, mais on a pu lire aussi et surtout un nombre incroyable d’âneries.

Florilège :

Le Figaro nous raconte l’histoire de sa petite amie. L’Obs, BFM, Metro et beaucoup d’autres, sentant le bon coup, surenchérissent. Faites marcher les liens, vous allez voir, c’est édifiant. Observez les titres et le reste, on en demeure pantois.

Le Figaro encore mais pas seulement s’interroge sur comment on peut vivre avec un poumon en moins.

L’Obs évoque sa fugue.

Slate se demande pourquoi il est vieux.

Corse Matin a trouvé un restaurateur qui affirme que le Pape aime les lentilles.

Europe 1 a mis la main sur sa sœur , qui ne s’appelle pas Marlène, les amateurs du Diner de cons comprendront.

Le Figaro encore raconte l’histoire du pape dans le bus.

Le Figaro, décidément très inspiré, évoque l’aspect Business. A la décharge du grand quotidien de droite, ses articles sont mieux référencés que les autres, il n’est pas le seul à avoir abordé ces sujets, mais c’est lui qui apparait en premier.

20 minutes synthétise avec beaucoup d’à propos ce tissu d’ânerie dans un article qu’on nomme dans notre jargon « boite à outils » en évoquant 5 choses à savoir sur le Pape. C’est très à la mode ce genre-là. C’est de l’information Bolino, du prêt à penser comme on a connu le prêt à manger. Voilà ce qu’il faut savoir pour alimenter vos discussions, de la machine à café du bureau au dîner entre potes.

Mais c’est Libération qui remporte le Aliocha d’or (oui, j’ai créé le trophée pour l’occasion) avec son Paposcope qu’il n’a même pas inventé puisqu’un twittos m’a donné le lien, que j’ai perdu, avec la source anglaise de cet ….appelez le truc comme vous voulez, moi je ne trouve pas de mot.

Un tel traitement de l’information n’a rien d’inhabituel, il est même on ne peut plus classique. Quand on n’a rien à dire sur un sujet et qu’il faut néanmoins s’exprimer, ça donne à peu près ça. Le tout est de trouver une petite info de rien du tout et de bâtir un article dessus en prenant soin, parce que nous sommes sur Internet, de choisir un sujet qui parle à tout le monde (donc on évite St Thomas d’Aquin par exemple) et de rédiger un titre accrocheur. Que le titre suscite l’intérêt ou qu’au contraire on soit scotché à son fauteuil tant il parait stupide, on clique. Et tout ceci ne va aller qu’en s’aggravant car pour buzzer, on l’aura compris, il faut déconner.

Dans le Pacha, Audiard fait dire à Gabin une réplique qui me parait résumer la situation. A Robert Dalban qui lui demande à quoi il pense, il répond : « je pense que le jour où on mettra les cons sur orbite, t’as pas fini de tourner ». Hélas, nous tournons.

 

Note 23h09 : merci à François Pesce de s’être reconnu et de m’avoir donné le lien en commentaire avec le mystérieux journal anglais qui a inspiré Libé, à savoir donc le Guardian.

13/03/2013

Quand le Pape François triomphe de la neige

Filed under: Comment ça marche ?,Coup de griffe — laplumedaliocha @ 22:27
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C’est un miracle ! Le nouveau Pape, le Cardinal Jorge Mario Bergoglio qui a pris le nom de François, a triomphé des terribles intempéries frappant la France. Avant qu’il n’apparaisse à la fenêtre du Vatican, et même qu’il fût seulement élu, les caméras avaient  délaissé les tracas de la neige dans l’hexagone au profit des charmes fort DanBrowniens de la Place St Pierre. Un vrai remake d’Anges et Démons, la suite du célèbre Da Vinci Code.

C’est peu dire que les commentaires durant l’attente étaient d’une vacuité sidérale. Ainsi a-t-on peu apprendre en écoutant France Inter un peu avant 20 heures que le nouveau Pape n’avait le choix qu’entre trois tailles de soutane : small, medium, large. L’histoire ne dit pas si le reportage en direct était sponsorisé par Gap. Du côté de BFM, on se penchait sur les marchands ambulants profitant de l’affluence pour faire commerce. On saluait le timing parfait de la fumée blanche qui a eu le bon goût de jaillir à la sortie des bureaux (que dire du Pape apparaissant pile au moment des JT ?). On s’enthousiasmait de l’ambiance festive et du caractère interplanétaire (sic) de l’événement. On a même trouvé, ô miracle, un pèlerin argentin pour témoigner de son émotion religieuse et patriotique. Quelques exemples parmi des milliers d’autres de ce terrorisme du direct en continu qui impose de « dilater le banal », pour reprendre l’excellente expression de Philippe Bilger. Au fond, on s’habitue, même si cette uniformité de traitement, qu’il s’agisse du Tour de France, de la libération de Florence Cassez ou de l’élection d’un nouveau Pape, s’avère un brin déstabilisante.

Ce qui est réellement étonnant, c’est l’enthousiasme frénétique qui s’est emparé des médias français pour l’élection du nouveau chef des catholiques. Ces mêmes médias qui conspuaient l’Eglise au plus fort du débat sur le mariage homosexuel… Mercredi soir, l’Eglise médiatique s’est inclinée devant l’Eglise catholique. C’est le premier miracle accompli par François. Habemus Papam ! Seule fausse note dans cette réconciliation fort oecuménique entre Eglise et médias, le lancement sur Twitter quelques minutes après l’apparition de François, d’une polémique sur le rôle du Cardinal Bergoglio pendant la dictature argentine (@si et Mediapart). Elle a été rapidement reprise par les radios et les télés. Il est vrai que lorsque le direct a fini d’hypertrophier chaque seconde de l’événement et que le rideau retombe, il faut bien meubler ensuite les débriefings interminables en plateaux. Habemus Polemiquam…

 

12/03/2013

Surchauffe neigeuse

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 22:29
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Fichtre, il neige en hier hiver ! Comme tous les hivers ou presque d’ailleurs. Et comme tous les hivers, « les médias » s’émeuvent à grand renfort de termes cataclysmiques. Notez, il y a une petite nouveauté cette année : il neige…en mars ! A quelques jours du printemps. Si. Pas à Noël, pas le jour de l’An, pas même durant ce mois gris nommé février dont on attend tout et surtout le pire, non, il neige en mars. Pan sur la tête des crocus qui commençaient tout juste à fleurir dans les parcs à joggeurs et à poussettes (je le sais, je les ai vus au Parc Monceau samedi). Un truc de dingue. Voilà donc l’élément inédit qui va permettre de pondre de la copie et d’occuper du temps d’antenne.

Ce matin, tout a commencé comme à l’ordinaire. Alerte orange – voire rouge dans certaines régions particulièrement malchanceuses -, liste des départements touchés, description des routes coupées ou impraticables,  des avions bloqués, trains en panne, RER en rade, coupures électriques ; évaluation minute par minute de la hauteur de la couche de neige, consignes de sécurité, témoignages d’usagers ulcérés…Bref, la chronique ordinaire déclinée sur un ton de fin du monde, des désagréments insurmontables de l’hiver. En tout cas insurmontables chez nous, parce que de Moscou à Montréal, ils doivent bien rigoler en nous regardant paniquer pour quelques centimètres de poudreuse.

Comme nous l’explique Le Point, cette fichue neige a provoqué « Une pagaille monstre ». Las, en fin de journée, l’intensité des précipitations ralentit et l’inspiration journalistique s’épuise, du coup Le Figaro annonce déjà une autre calamité parfaitement inattendue en hiver : le froid. Mais pas n’importe lequel : « un grand froid » . Brrr, on en frissonne par anticipation. Il faut dire qu’un peu plus tôt , le même quotidien était déçu d’apprendre qu’il n’y avait pas assez de neige à Paris pour lancer l’alerte rouge. Ben non, il aurait fallu 50 centimètres, nous n’y étions pas. Je vous recommande l’interview du prévisionniste de Meteo Consult. L’effet comique est savoureux. Face à une journaliste décrivant une situation proche d’un Armaggedon, l’expert demeure d’une froideur étonnante. C’est à se demander si l’interview ne s’est pas déroulée dans une congère. Autant de neige ? C’est du jamais vu depuis….2010,  nous apprend-il. Songez donc ! Et il ne s’émeut même pas, l’homme de l’art. Il trouve ça normal. L’inconscient ! A l’époque de Twitter, 2010, c’est autrefois. Seuls les historiens s’en souviennent.

Grâce à Google news et à la mobilisation exemplaire des médias, nous avons pu suivre en direct toute la journée minute par minute l’évolution de l’incroyable évènement.  Et hop, les trains, les routes, l’électricité, les galères des uns et des autres, les centimètres de neige qui s’accumulent et puis les avions, le RER, les automobilistes…Ce matin, c’était dur de partir travailler, ce soir c’était difficile de rentrer. Et hop, encore de la copie. Jusqu’à ce que les politiques s’expriment enfin. Ah, jouissance infinie ! Encore du remplissage de vide en perspective. François Hollande  a réagi à la mesure de la gravité de la situation en promettant la mobilisation de « moyens exceptionnels ». Exceptionnels….Pour l’année prochaine certainement car on voit mal comment il pourrait d’un claquement de doigt remédier  au traditionnel blocage du pays dès qu’il tombe quelques centimètres de neige. Surtout quand le préjudice est largement consommé, montrant ainsi l’incurie chronique des pouvoirs publics, de droite comme de gauche, sur le redoutable problème du flocon indésirable en hiver depuis des décennies. Sans surprise,  « les médias » ont tendu le micro à l’opposition pour recueillir les incontournables critiques sur la gestion forcément calamiteuse du cataclysme.

Heureusement, il est un endroit où l’on peut respirer. Sur Twitter, les internautes se bidonnent en parodiant jusqu’à plus soif le traitement médiatique de la « catastrophe ». On rigole à s’en faire claquer les muscles abdominaux. Mais c’est le plus sérieusement du monde que notre premier ministre, Jean-Marc Ayraut, a remis les choses à leur place en twittant à la France gelée et paralysée  :

Si ! Et il a même ajouté ceci :

 

Re-Si ! Aux dubitatifs dans mon genre qui penseraient à une plaisanterie d’outre-tombe de Philippe Muray, je précise que j’ai vérifié plusieurs fois qu’il s’agissait bien du compte officiel de notre Premier Ministre. En première lecture j’avoue avoir hurlé de rire en pensant à un compte parodique. Hélas…

Et voilà comment un épisode neigeux en hiver, dans un pays au climat dit « tempéré » et donc sujet à ce genre de léger désordre, se hisse à la Une de l’actualité et provoque des déclarations politiques fracassantes. Le déficit ? C’est compliqué à expliquer pour « les médias » et impossible à résoudre pour le gouvernement. Mais la neige…Ah ça ! On va voir ce qu’on va voir ! Nous avons vu.

10/03/2013

Ces avocates qui changent le monde

Filed under: Coup de chapeau !,Droits et libertés — laplumedaliocha @ 13:05
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9782259220170Toujours dans l’esprit de remonter le courant Iacub, (eh non amis lecteurs, je ne lâcherai pas ce combat-là !), il me parait important d’évoquer ici la parution d’un livre signé par le Bâtonnier de Paris Christiane Féral-Schuhl– on dit « le Bâtonnier », en réalité c’est la deuxième femme à diriger le barreau parisien après Dominique de La Garanderie -. A l’attention des geeks, je signale qu’elle est aussi spécialiste de droit informatique.

Dans Ces femmes qui portent la robe, édité chez Plon le 8 mars à l’occasion de la Journée de la Femme, elle dresse le portrait de 20 avocates dans le monde, depuis  Shirin Ebadi, jusqu’à Christina Swarns en passant par Christine Lagarde, Hillary Clinton et Karinna Moskalenko. C’est l’occasion de décrire les parcours exceptionnels de ces figures qui ont su se battre pour s’imposer. Certaines ont accédé aux plus hautes fonctions, d’autre  ont risqué leur vie et continuent de le faire, simplement parce qu’elles sont attachées jusqu’au fond du coeur à la défense des droits et des libertés. J’avoue ma préférence pour les secondes même si le parcours des premières est exemplaire. Le Barreau de Paris a permis à la presse d’en rencontrer certaines  jeudi matin. Un moment d’une rare qualité humaine.

Qu’elles aient la rage au coeur comme Shirin Ebadi ou bien l’humour distancié de Karinna Moskalenko, toutes ont en commun la même énergie pour se battre dans des régimes où le fait d’être avocat et femme constitue une double faute qui peut mener à la prison et parfois à la mort. Peur ? Oui, elles ont peur, c’est normal, mais ça ne les empêche pas d’avancer. L’Obs n’en fera pas sa Une, il n’y a là ni cul, ni politique. Juste des modèles, des vrais, très en-dessous du radar à fric d’une certaine presse. Des femmes pour qui le mot « liberté » a le goût sinistre du sang et non pas celui frelaté du sexe courtisan, des femmes dont les mots ne révèlent pas des secrets d’alcôve, mais sauvent des vies. A chaque société ses combats et ses valeurs…Je n’aime guère l’approche sexuée qui consiste à diviser le monde entre les hommes et les femmes au point d’en oublier notre condition humaine première et commune, mais l’histoire de chacune d’entre elles montre en filigrane qu’il existe bien une approche féminine de l’existence. Et que celle-ci est infiniment précieuse à l’équilibre des choses lorsqu’elle s’exprime en affirmant une vision du destin de l’humanité, plutôt que seins nus pour conquérir une sotte revanche sexuelle sur les hommes.

A lire pour se donner des raisons de croire en l’existence d’un monde plus complexe et infiniment plus intéressant que celui dépeint pas certains médias parisiens. Je le recommande aussi à mes confrères journalistes, car ils y trouveront des similitudes entre le journalisme – le vrai bien sûr – et le métier d’avocat. Et même une étrange fraternité dans la capacité à s’indigner face à l’injustice et l’impérieux besoin de la dénoncer.  Les droits tirés de la vente de l’ouvrage seront entièrement versés à la fondation du barreau de Paris. Quand l’élégance s’allie à l’intelligence de l’essentiel…

06/03/2013

Quand Laurent Joffrin s’explique sur DSK

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 21:07
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5411479Le patron de l’Obs, Laurent Joffrin, se justifie longuement dans un article mis en ligne aujourd’hui sur l’affaire Iacub. En substance, il nous explique que DSK soulève un problème de société, que son rapport aux femmes interroge sur le gouvernant qu’il aurait pu être, que le livre mis en Une n’est pas celui d’un journaliste – enquêter sur les moeurs sexuelles, vous n’y pensez pas, quelle horreur ! – mais d’une romancière (1), qu’il est enfin intervenu après l’affaire du Sofitel et que les règles de la vie privée s’en trouvaient changées. On l’aura compris, face à l’accusation d’avoir voulu faire un coup que Voici lui-même n’aurait pas osé, il fallait trouver des raisons d’intérêt public. C’est pourquoi nous découvrons les vraies motivations fort éloignées, c’est évident, de toute intention de vendre du papier à n’importe quel prix. Ici, il s’agissait donc de plonger en compagnie d’une romancière au coeur de la psychologie d’un politique qui fut de premier plan, d’appeler « l’art » à la rescousse de l’information, puis de diffuser largement cette analyse d’un intérêt capital sur la sexualité et le pouvoir et, plus profondément, sur certaines positions philosophiques plaçant la satisfaction du désir au centre de la société. Concernant ce dernier point, un exemple de philosophe parmi d’autres me vient à l’esprit, Dany-Robert Dufour, dont les travaux éclairent bien davantage le sujet, notamment via une comparaison qui pourrait plaire à l’Obs entre Mandeville, le père du libéralisme et la pensée de Sade. Hélas, ce-dernier écrit des ouvrages arides, il n’a pas eu l’idée géniale de mener une enquête de terrain, de l’intituler »roman », puis de dévoiler l’identité du cochon expérimental faussement mystère. Quelle leçon  ! Non pas sur le sexe et la société, mais bien sur le fonctionnement de notre société médiatique.

Querelles d’intellos parisiens ?

« On s’en fout de ces querelles d’intellos parisiens » se sont écriés les lecteurs en choeur sur les forums Internet, tandis que la profession dénonçait les méthodes de l’Obs. Non, on ne s’en fout pas. Car ce sont les médias qui façonnent la société, eux qui trient l’information et la hiérarchisent, eux qui décident ce qui mérite d’être mis en avant et ce qu’il faut taire, eux qui au travers de cet exercice diffusent des modèles, défendent des valeurs, fabriquent des héros, désignent des boucs-émissaires, font et défont des fortunes, des réputations, des carrières politiques. A tel point qu’ils déterminent par exemple largement les décisions des éditeurs de publier ou non un ouvrage selon l’accueil que ces derniers espèrent obtenir dans la presse, lequel accueil conditionne les ventes. Ce n’est pas rien tout de même que de sélectionner, fut-ce indirectement, quelle pensée sera diffusée ou pas, surtout quand on mesure à l’aune de quels critères marketing on opère ces choix. Je vous livre la recette miracle : il faut faire con et racoleur pour toucher la cible la plus large possible. Même les politiques finissent par agir en fonction de ce qu’attendent les journalistes, en application d’une pensée similaire à celle précédemment décrite. Dans ces conditions, récompenser d’une couverture et de l’incroyable publicité qui va avec, la démarche consistant à livrer des confidences sexuelles relevant de la vie privée, c’est montrer qu’une telle attitude est méritante, c’est non seulement la cautionner mais l’encourager. C’est donc donner une leçon de morale, en même temps qu’assurer ses ventes et celles de l’auteur que l’on met en avant. Peut-on encore dire que l’on s’en fout lorsqu’on prend la mesure de l’incroyable pouvoir des médias ? On l’aura compris, éteindre la télévision et s’informer uniquement sur les blogs n’est qu’une illusion de solution puisque le monde dans lequel on vit est entièrement tributaire du pouvoir médiatique. Et peut-on s’exonérer de sa responsabilité, du côté du média concerné, en avançant de pauvres arguments sur la pseudo-compréhension que l’on pourrait tirer de ce livre, alors que tout le monde a saisi depuis bien longtemps de quoi il retournait s’agissant de DSK ? Il n’y a visiblement qu’à la direction de l’Obs qu’on croit encore avoir découvert le robinet à tirer l’huile des murs sur le sujet…

Rompre les amarres

Mais il y a infiniment plus grave. Puisque Laurent Joffrin estime que l’indignation soulevée par l’Obs appelle une réflexion sur le journalisme, sous prétexte que son journal serait en partie victime d’une haine  plus générale du public à l’égard des médias, alors ouvrons-là cette réflexion. Que les lecteurs se rassurent, elle sera rapide. Choisir de consacrer la Une  à ce livre, c’est considérer que cette semaine-là il ne se passait pas grand chose d’aussi important en France et dans le monde que la parution de Belle et bête. C’est donc écarter la crise économique mondiale, l’ensemble des dossiers géopolitiques, la politique intérieure française, l’Europe et j’en passe, en estimant que l’affaire du cochon appartenait à la courte liste des actualités majeures. Quelle sinistre plaisanterie ! A supposer même qu’il s’agisse là de vie intellectuelle plutôt que d’actualité générale – ce qui est soutenu -, qui peut prétendre sérieusement que ce livre constitue un évènement culturel majeur ? Et si c’est de l’information, laquelle ? Dans son Manifeste sur l’avenir du journalisme, le magazine XXI souligne une chose très juste : des pans entiers de l’actualité ne sont plus explorés. Autrement dit, quand les médias, qui se plaignent déjà d’être au bord de l’asphyxie économique, concentrent en même temps leurs maigres moyens sur les mêmes sujets et les font tourner en boucle jusqu’à la nausée, alors nous devenons sourds et aveugles à une  partie sans cesse grandissante du fonctionnement du monde.  Mais il y a pire encore, c’est lorsqu’un magazine puissant, reconnu et respecté décide avec un cynisme affolant de rompre les amarres de l’information en même temps que celles de l’éthique pour vanter les mérites d’un livre indéfendable, excepté bien entendu sur le terrain commercial. L’Obs victime de la haine des médias ? Peut-être, mais qui a contribué à l’alimenter, cette haine,  avant de mettre carrément le feu aux poudres ?

Etincelant, vraiment ? 

La démarche en soi justifiait une condamnation a priori du livre et de tout ce qui s’en est suivi. J’ai néanmoins pris la peine de le lire puisqu’on me le prêtait et que je prétendais en parler. « L’étincelant objet littéraire » qu’on nous décrit complaisamment n’est rien d’autre qu’un long monologue d’une niaiserie comparable à une production Harlequin. Le plus étonnant, c’est l’ennui abyssal qu’il suscite malgré toutes les ficelles censées le rendre attractif et croustillant. Que les curieux s’abstiennent de dépenser leur argent inutilement. Ils n’y trouveront rien d’excitant sur le terrain érotique et rien d’inédit sur DSK. On le referme avec le désagréable sentiment d’avoir surpris la triste séance d’onanisme d’un désaxé en imperméable planqué derrière un arbre et l’on rougit de honte pour les critiques littéraires qui l’ont encensé. Qu’importe, il va se vendre et même très bien, c’est toute la magie du système médiatique pour ceux – rares – qui en profitent. Son horreur, pour l’immense majorité qui le subit. Rendons justice à l’Obs, l’affaire est juteuse, comme la plupart des commerces de substances toxiques d’ailleurs….

 

Alors oser prétendre  face à l’indignation générale que tout ceci ne serait qu’un malentendu, que les lecteurs de l’Obs n’auraient pas compris l’intérêt capital du livre, que la justice se serait fourvoyée en prononçant une condamnation exemplaire, que  la presse et une partie du monde de l’édition exprimeraient tout simplement une jalousie, que les protestations relèveraient de la tartufferie, c’est ajouter l’insulte à la trahison. Décidément, dans cette affaire, ce sont les cochons que l’on salit en osant les comparer aux hommes. Reste une question fondamentale, certes peu gracieuse mais on aura compris que notre époque ne se soucie plus de délicatesse : quand va-t-on cesser de se foutre de notre gueule ?

(1) Je ne m’étais donc pas trompée, quand j’écrivais ceci il y a quelques jours : « Qui a transgressé la règle en l’espèce ? Pas une journaliste, mais une juriste/chercheuse/chroniqueuse à Libération. L’honneur de la corporation est sauf, c’est donc une étrangère à notre petite communauté qui a commis cette chose. Oui, sauf qu’elle est reprise en Une par l’Obs. Les raisons invoquées sont nombreuses, la crise de la presse qui lève les pudeurs inutiles, le caractère innovant du livre, son extraordinaire valeur littéraire. On ne rigole pas. Au fond, on peut raisonnablement supposer que la petite communauté journalistique s’est sentie dédouanée par le fait que l’auteure n’était pas du sérail et qu’elle avait en outre vaguement bricolé autour de ce déballage de vie privée un prétexte littéraire ».

02/03/2013

Les mille et un métiers de Rachida

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 11:35
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« Dieu des médias, donnez-nous chaque jour notre petite phrase, nourrissez-nous de ces scandales et cancans que nous aimons tant ».

La petite phrase délicieuse du moment est donc celle de Rachida Dati, assurant dans une conférence de presse au statut on/off incertain que si elle ratait la Mairie de Paris, elle était prête à redevenir caissière à Franprix. Pourquoi « redevenir » me direz-vous, parce qu’il semblerait qu’elle ait financé ses études il y a fort longtemps grâce à un job de caissière. Le magazine Challenge a repris la phrase et déclenché le petit buzz espéré : ricanements liés à son look pas vraiment sorti du catalogue Printemps/Eté 2013 de Monoprix, découverte d’un texto fort sensuel à Goasguen, le tout assorti de l’incontournable indignation sur l’offense faite à une catégorie de « faibles », ici les caissières de Franprix et plus généralement les petits salaires. Comme elles sont savoureuses les leçons de morale de l’Obs en ce moment…Mi-amusée, mi-affolée, l’enseigne concernée a même réagi à la plaisanterie. Ah, l’art de pondre de l’actualité sur du Rien !

Comme je me souvenais que Rachida Dati avait prêté le serment d’avocat le 17 février 2010, je suis allée faire un petit tour sur l’annuaire de l’ordre des avocats de Paris pour savoir si la dame était toujours inscrite. Réponse : oui. Elle exerce officiellement boulevard de la Tour Maubourg. Lors de sa prestation de serment, elle avait été accueillie dans les locaux du cabinet Sarrau Thomas Couderc, sis boulevard Haussmann. Visiblement, l’hébergement a pris fin. Les avocats ayant  le souci de faire connaître leur existence à leurs clients potentiels, en principe ils s’inscrivent au moins dans les Pages jaunes, à défaut de recourir à une publicité plus offensive qui reste strictement encadrée par leur déontologie. Rachida Dati pousse très loin les obligations de réserve et de délicatesse puisqu’elle ne figure pas dans l’annuaire. Il est vrai qu’elle ne doit guère avoir le temps d’exercer son nouveau métier en ce moment. Toujours est-il que la presse peut se rassurer et le public aussi. Avant de se résoudre à trouver un emploi de caissière, Rachida Dati pourra toujours porter la robe et laisser dépasser ses ravissantes Louboutin. Quelle coquine de nous avoir inquiété pour rien…

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