La Plume d'Aliocha

26/02/2013

Rappel à la vie privée

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 21:29

La décision dans l’affaire du livre de Marcela Iacub « Belle et bête » vient de tomber. DSK demandait ce matin au juge des référés du TGI de Paris le retrait du livre et, à défaut, l’insertion d’un encart, et à défaut, le retrait du livre. La justice a rendu à mon sens une décision équilibrée. Le livre n’est pas retiré de la vente, ce qui préserve la liberté d’expression. En revanche, l’éditeur devra y insérer un encart dont j’ignore le contenu au moment où j’écris mais qui devra faire état des réserves de DSK. Pour information, il a été tiré à 40 000 exemplaires. C’est une forme de sanction financière en plus de morale, car cela va coûter de l’argent à Stock. Quant à l’Obs, il devra publier un communiqué sur la moitié de sa Une. Par ailleurs, l’auteur et l’éditeur sont condamnés solidairement à 50 000 euros de dommages et intérêts, l’Obs à 25 000 euros. C’est une décision sévère qui s’abstient de porter atteinte à la liberté d’expression en laissant le livre en libre circulation tout en sanctionnant  financièrement, l’auteur, l’éditeur et le magazine. A lire sur le sujet, les excellents billets de Pascale Robert-Diard et les protestations des salariés de Libération.

Note : cette brève est rédigée sur la base des informations publiées sur Twitter, je teste donc une nouvelle source d’information. Sous toutes réserves. 

Mise à jour  22h31 : et voici la Décision Iacub. Merci à ma source qui se reconnaitra.

00h30 : on m’informe que le floutage des adresses ne marche pas. Je retire donc la décision jusqu’à ce que j’ai les moyens demain matin de refaire un PDF correctement flouté.

27/02/2013 à 10h29 : Voici la décision, cette fois correctement floutée : Référé DSK Iacub.

25/02/2013

Il s’appelait Olivier Voisin

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 19:44
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Entre les cochonnailles littéraires et la cérémonie des Oscars, il s’est passé des choses infiniment plus importantes et donc bien moins médiatisées, chacun ayant saisi que la médiatisation d’un évènement tend à devenir inversement proportionnelle à son intérêt.  Nous en prendrons une, pas tout à fait au hasard : la mort d’Olivier Voisin, photoreporter. Blessé en Syrie jeudi dernier, il a succombé dimanche à ses blessures. Il avait 38 ans. Je laisse le grand reporter Jean-Paul Mari, auteur notamment d’un très beau livre sur les traumatismes de la guerre,  raconter en quelques phrases combien il est dur de vivre de ce métier et comment on peut en mourir. En annexe à son article, il publie une lettre d’Olivier Voisin datée de février dans laquelle celui-ci raconte ce qu’il observe au quotidien. Cela vaut bien les confidences d’une nonne déjantée, non ? Pourtant, cette histoire-là ne fera pas la Une. Pour un éditeur de presse, la guerre, c’est invendable…

Mise à jour 20h30 : la lettre que j’évoque – en réalité un mail –  reproduite d’abord sur le Huffington Post  puis le lendemain dans le prolongement de l’article de Jean-Paul Mari a été retirée à la demande de la famille. J’ai eu le temps de la lire, elle racontait la Syrie, elle était très belle. Je profite de cette mise à jour pour renvoyer au site d’Olivier Voisin.

Misère cinématographique

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:08
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Alors comme ça, l’adaptation de la Comédie musicale Les Misérables a été oscarisée (trois fois) ?

Mazette….Je l’ai vu hier. Et il m’a fallu plusieurs heures pour calmer ma colère. Si c’est ainsi que les américains comprennent Victor Hugo, ils sont priés à l’avenir de s’abstenir. Le film débute par une scène étrange où des forçats remorquent un navire gigantesque tout droit sorti d’un dessin animé. Passons sur le périple de Jean Valjean à la sortie du bagne, il se situe entre le peplum et le film catastrophe. L’épisode de Fantine se déroule dans un pandémonium grimaçant du plus grand effet comique, les personnages sont grotesques, le décor absurde, les scènes chantées arrachent les tympans. En un mot, c’est le retour des morts-vivants en pleine fête d’Halloween interprété par les recalés de la Star Academy. On tente de s’habituer, après tout on a payé pour deux heures trente de « spectacle » et visiblement on va en avoir pour son argent. Film à gros budget, acteurs qui ont beaucoup travaillé, maigri, grossi, appris à chanter, séjourné de longs mois en France, bref, le cinéma américain dans tout son professionnalisme. Il faut croire que les Oscars récompensent parfois l’encre et la copie des cancres du septième art…

Les choses s’améliorent un peu lorsque nous arrivons à Paris. La petite Cosette a le mérite de chanter d’une voix douce, ce qui délasse des hurlements des autres comédiens et de leurs faciès grimaçants. Quant à Thénardier, incarné par le fantastique Sacha Baron-Cohen, il apporte à l’insu du réalisateur un peu de rire et donc de vie dans cette mise en scène où le pompier le plus épais le dispute au larmoyant manié à la truelle. Le soulagement se confirme avec les insurgés, également traités avec emphase, mais le réalisateur semble s’être quelque peu essoufflé, ce qui fait du bien à tout le monde. Cela deviendrait même presque supportable si les représentations de Paris ne suscitaient une sorte de curiosité horrifiée. On se demande d’où sortent ces bâtiments dont on ne reconnait pas même l’architecture. Mettez Rome, Paris et Londres dans un sac, secouez le tout, fabriquez un décor en carton avec les morceaux rassemblés dans le désordre, saturez les couleurs, jouez de la caméra pour donner une impression de gigantisme, délabrez le tout parce que c’est vieux et que c’est la révolution, et vous aurez une idée des décors. Pour qui ne connaîtrait pas l’oeuvre, impossible de comprendre ce qui anime les insurgés ou de voir dans le suicide de Javert autre chose que le mouvement de folie d’un flic neurasthénique. Notez, on est tenté de le suivre pour échapper nous aussi au désastre.

Tout ceci relève du grand guignol. En entendant la salle applaudir à la fin, on se pince. En est-on vraiment arrivé à un tel niveau de vulgarité pour qu’une horreur pareille suscite un quelconque plaisir ? Le film relève du sabotage. Qu’il soit récompensé est une preuve de plus que notre époque manque singulièrement de finesse et de style. Le seul réconfort, c’est de savoir que les critiques étaient mauvaises (à l’exception quand même de Match, Le Parisien, 20 minutes et le JDD). La presse n’est donc pas complètement idiote. A voir pour se faire une idée précise de l’étendue des dégâts. Et pour Sacha Baron-Cohen, décidément génial.

23/02/2013

La vie privée est-elle encore taboue ?

Filed under: Coup de griffe,questions d'avenir — laplumedaliocha @ 12:36
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Et si le livre de Dame Iacub sur DSK marquait un tournant dans le journalisme à la française ? Un tournant que nous daterons arbitrairement du jour de la parution des bonnes feuilles de l’objet qu’on dit « littéraire » dans un support « d’information politique et générale ». Autrement dit, le 21 février 2013. Etudiants en journalisme, retenez bien cette date, elle est historique. Jusqu’à ce jour fatidique, tous les journalistes politiques français disaient que jamais ô grand jamais, ils ne dévoileraient la vie privée d’un homme politique. C’était leur fierté,  leur honneur, leur marque de fabrique. Ce qui les distinguait notamment de leurs chiens de confrères anglo-saxons et leur satanée presse de caniveau. Il semble bien que la belle éthique ait pris un coup de canif avec l’affaire du cochon sublime. Notez, c’est le propre du cochon, dans l’imaginaire collectif, que de tout salir…

Saluons la naissance du reportage sexuel

La fille de François Mitterrand, tout le monde savait, tout le monde se taisait. Vie privée ! Et qu’importe si cette vie privée s’exerçait en partie aux frais de l’Etat…Les frasques réelles ou supposées de DSK avant l’affaire du Sofitel ? Vie privée. Une seule voix s’était élevée, celle de Jean Quatremer, correspondant de Libé à Bruxelles, mais on l’avait fait taire. Ah l’insolent, le traître à l’honneur du journalisme français. Tout cela donc et bien d’autres choses que nous avons oubliées et surtout ignorées relevait  de la vie privée. Il ne fallait  en parler sous aucun prétexte. Jusqu’à ce jour glacial de février 2013 où l’on nous dévoila la couverture de l’Obs encensant les confidences de plumard d’une intellectuelle subversive en reportage free lance dans les draps de DSK. Fichtre ! La dame y raconte 7 mois de liaison avec le sulfureux politique qu’elle qualifie de cochon. Saluons la naissance d’un nouveau genre journalistique : le reportage sexuel. Evidemment, personne n’imagine que la chose ait pu être téléguidée dès le départ, non, l’envie d’écrire l’a sans doute saisie subitement lors d’une déprime post-coïtale. Et comme chacun sait, l’écriture chez certains, c’est comme le sexe, un besoin irrépressible. Tout comme a dû être irrépressible l’envie de Stock d’éditer ce chef d’oeuvre. Et non moins irrépressible fut donc la tentation pour l’Obs d’en extraire les bonnes feuilles…des fois qu’un confrère lui souffle le trésor au nez et à la barbe…

La trouille sous le masque de l’éthique

A ce stade, on est bien obligé de tenter une analyse. Procédons par ordre, à la manière des juristes. Le récit d’une liaison avec un homme politique en vue relève-t-il d’un sujet de vie privée ? En tout cas c’est bien à cette vie privée là – autrement dit essentiellement aux affaires de coeur et de sexe que songent mes confrères quand ils jurent la main sur le coeur que leur déontologie leur interdit d’en parler -. Qui a transgressé la règle en l’espèce ? Pas une journaliste, mais une juriste/chercheuse/chroniqueuse à Libération. L’honneur de la corporation est sauf, c’est donc une étrangère à notre petite communauté qui a commis cette chose. Oui, sauf qu’elle est reprise en Une par l’Obs. Les raisons invoquées sont nombreuses, la crise de la presse qui lève les pudeurs inutiles, le caractère innovant du livre, son extraordinaire valeur littéraire. On ne rigole pas. Au fond, on peut raisonnablement supposer que la petite communauté journalistique s’est sentie dédouanée par le fait que l’auteure n’était pas du sérail et qu’elle avait en outre vaguement bricolé autour de ce déballage de vie privée un prétexte littéraire. Immoral de coucher avec un homme politique pour le raconter ensuite ? Non, délicieusement transgressif, moderne en diable, fantastiquement artistique, nous explique-t-on. Passons… On ne peut se défendre de penser que la situation de DSK n’est pas étrangère à tout ça.  D’abord, il est à terre, son avenir politique est mort, il est devenu inutile de le flatter ni même de seulement le préserver. Où l’on découvre que la morale de la presse est tout sauf conforme à l’impératif catégorique kantien (faire le bien pour le bien et non dans l’espoir d’un avantage ou la crainte d’un châtiment). Si l’on respecte la vie privée, ce n’est pas par amour d’une certaine éthique mais tout simplement parce qu’on a la trouille des retombées. Tout de suite c’est moins glorieux. Ensuite et surtout, DSK reste aux yeux de certains terriblement bankable et la presse comme l’édition se sentent suffisamment en danger pour envoyer valser leurs ultimes réserves.

Une victime inoffensive et bankable

Alors ? Faut-il considérer comme je le proposais en introduction que le journalisme français vient de rompre avec le respect de la vie privée ? Finalement je ne pense pas. DSK est l’exception qui confirme la règle. Pour la suite, gageons que la trouille continuera d’être bonne conseillère. La morale peut évoluer dans une société, ou plus précisément se diluer, en particulier sous l’influence des modèles étrangers ou  l’attraction du profit. En clair, imiter les copains anglo-saxons est si tentant qu’on finira par céder, surtout si c’est juteux. Mais pas maintenant. Car une autre force s’y oppose, bien plus puissante, la fameuse collusion entre pouvoir et médias. Tant que l’intérêt de la presse continuera d’être du côté d’un silence amical et complice, la vie privée restera le grand tabou des médias français. Gare toutefois à ceux qui se retrouveraient durablement à terre. Nous avons compris en effet que, fouettés par la crise, les médias sont capables de toucher à la vie privée sans états d’âmes, pour peu que la victime soit inoffensive et bankable. Quitte à alourdir singulièrement le dossier, une ultime question se pose : quel est l’intérêt en termes d’information de cette publication et de sa reprise par un grand hebdomadaire ? Aïe, oui, je sais, ça fait mal…La presse est nue.

22/02/2013

Un diamant dans la boue

Filed under: Coup de chapeau !,Salon littéraire — laplumedaliocha @ 10:38
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51om9YYSUvL._SL500_AA300_Les plus anciens lecteurs de ce blog se souviennent peut-être qu’un commentateur un jour ici a attiré mon attention sur le billet d’un avocat blogueur. Ce lecteur, c’était Mussipont. L’avocat, Maître Mô. J’ai oublié de quelle histoire judiciaire il s’agissait. Qu’importe, si chacune est singulière, toutes ont en commun de nous emmener au coeur de l’humain, là où Dostoievski apercevait à la fois la plus terrible noirceur et la plus belle des lumières, comme il le raconta au retour de son séjour au bagne de Sibérie. A l’époque, j’ai relayé l’information de Mussipont, Eolas est tombé dessus par hasard et Internet a fait son oeuvre, propulsant Maître Mô vers une célébrité méritée.

L’avocat-blogueur a sorti un recueil de ses billets à la Table Ronde en 2011. Parmi les multiples tâches essentielles ou accessoires que l’on note mentalement d’exécuter dans une journée, il y avait celle-ci qui me taraude depuis plus d’un an : signaler la parution du livre. Lorsque j’ai enfin trouvé le temps, il était trop tard, l’actualité avait repris sa course folle. Mais en lisant la chronique de Daniel Schneidermann chez @si ce matin, je me suis souvenue aussi que j’avais noté d’aller voir la dernière chronique de Maître Mô signalée par Eolas. L’ennui avec la malbouffe médiatique ce n’est pas seulement qu’elle est toxique en soi, c’est qu’elle parvient à vous détourner de l’essentiel. Un peu plus et je loupais cela ! Daniel a raison de signaler ce texte en contrepoint des errances sur DSK dont nous discutions hier. L’effet de contraste est sidérant entre les guignoleries médiatiques orchestrées par des spécialistes du marketing décérébrés pour distraire et surtout remplir les poches des maquereaux de la culture et ce récit-là qui arrache un diamant de la boue dans laquelle les autres se noient. Alors je vous y renvoie, histoire d’ajouter un tout petit maillon à la chaine de l’intelligence.

Et au passage, je répare mon défaut de 2011 en signalant la sortie du recueil en poche. Puisse-t-il écraser d’un succès mérité tous les produits toxiques dont l’édition nous inonde…Voilà, il y a les porcs fabriqués par le marketing pour titiller notre goût réel ou supposé de la fange, du scandale et du sexe graveleux. Et puis il y a aussi des livres qui ne font pas la Une des newsmagazines mais qui valent infiniment mieux. Raison de plus pour que je joue les discrètes caisses de résonance d’@si en ces lieux. Cela ne suffira sans doute pas à faire autant de bruit sur un bon livre que d’autres en font sur un dérapage, mais qui sait ? Il n’est jamais trop tard pour partir à la reconquête, millimètre par millimètre, du terrain investi par la bêtise et la vulgarité. J’invite tous les blogueurs et les internautes qui me lisent à y ajouter leur maillon. C’est la réponse la plus utile que l’on puisse apporter, me semble-t-il, à l’indignation et à la colère dont nous sommes légitimement saisis face aux errances du système…

21/02/2013

De l’autre côté de la ligne jaune

Filed under: Coup de griffe,Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 16:00
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Au début on lit. Puis on relit. On se pince. On songe que ce n’est pas possible, qu’on n’a pas compris, qu’il doit y avoir une erreur quelque part. Que c’est une blague du 1er avril qui se jouerait du calendrier, un fake, comme on dit sur Internet. Et puis on abdique, face à l’évidence. Bien en peine de trouver ne serait-ce que l’once du début d’une défense, d’un argument ou seulement de l’ombre de celui-ci qui donnerait à penser qu’il existe une légitimité possible à une telle chose. On revêt mentalement sa robe d’avocat, et l’on continue de chercher en vain des raisons de plaider contre son indignation. Mais non, rien. Le grand vide.

Une femme écrivain, chroniqueuse à Libération, juriste de formation a rencontré DSK début 2012, entamé une liaison avec lui, puis sorti un livre pour raconter la chose. Un livre dont l’Obs s’empresse de sortir les bonnes feuilles et où l’on peut lire ceci : « Ce qu’il y a de créatif, d’artistique chez Dominique Strauss-Kahn, de beau, appartient au cochon et non pas à l’homme. L’homme est affreux, le cochon est merveilleux même s’il est un cochon. C’est un artiste des égouts, un poète de l’abjection et de la saleté. Le cochon, c’est la vie qui veut s’imposer sans aucune morale, qui prend sans demander ni calculer, sans se soucier des conséquences. Le cochon, c’est le présent, le plaisir, l’immédiat, c’est la plus belle chose qui soit, la plus belle part de l’homme. Et en même temps le cochon est un être dégueulasse, incapable d’aucune forme de morale, de parole, de sociabilité. L’idéal du cochon, c’est la partouze : personne n’est exclu de la fête, ni les vieux, ni les moches, ni les petits. Alors que DSK m’a toujours semblé être franchement à droite, ce communisme sexuel auquel il aspire en tant que cochon me réjouit ».

Sur @si, on apprend que DSK a mal pris la chose. Joli euphémisme. Sa réponse est ici. Et l’on se demande où il a trouvé les mots – quelque soit ce qu’on pense de l’homme – pour réagir à pareille infamie. On se dit qu’un politique, ça a quand même le cuir drôlement épais…

Alors on cherche à en savoir plus sur l’auteure et l’on consulte wikipedia. Extrait : « Parmi les causes qui lui sont chères, citons : la défense du droit à la prostitution, du mariage et de l’adoption pour les homosexuels et lesbiennes, des méthodes de procréation artificielle, le végétarisme. Elle s’en prend au féminisme français, qu’elle juge trop moralisateur car demandant une extension toujours plus grande de la répression pénale et elle défend l’idée que la révolution sexuelle des années 1970 a été un échec partiel dans la mesure où elle a renoncé à ses ambitions émancipatrices. Toutes ces prises de position lui ont valu de violentes critiques, notamment de la part de certaines féministes françaises plus traditionnelles, mais aussi le fervent soutien de nombreux militants et militantes des droits des minorités sexuelles ». Le 21 avril 2012, lors de l’émission Réplique d’Alain Finkielkraut sur France Culture, elle explique que le viol n’est pas toujours traumatique, ce qu’elle illustre par cette comparaison : « Il y a des gens qui ont été à Auschwitz qui ont été traumatisés et d’autres non. Dans Libération du 29 septembre 2012, elle exprime des propositions dans un article intitulé « Pour un service public du sexe »2. »

Du coup, on comprend un peu mieux. C’est du dynamitage, donc. On envoie valser les valeurs ou ce qu’il en reste, un morceau de string déchiré et qui ne tenait plus qu’à un fil. Le voilà coupé. Tout de suite on se sent plus à l’aise. En plus, il parait que c’est de la littérature….Alors, on est forcé de s’incliner. Accessoirement, certains tentent  une vague critique d’ordre déontologique. La dame aurait conspué l’attitude des médias à l’égard de DSK avant de se rendre coupable elle-même d’un tel livre. Alors ça grince un peu…Accessoirement, disais-je.

DSK est célèbre, l’auteure va le devenir, par ricochet. « Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? » Interrogeait en son temps Figaro...vous vous êtes donné la peine de b…  « .Oui, enfin, vous m’avez comprise. La presse se lèche les babines, songez donc, du cul, de la politique et de la célébrité, les ventes sont assurées. En plus, l’homme est à terre, il ne risque pas de faire grand mal, même si on le blesse à mort. Notre société n’aime plus la corrida, elle ne veut plus tuer le taureau dans l’arène, elle préfère tuer les hommes à la télévision. Elle a raison, ça ne saigne pas, c’est plus hygiénique. Bienvenue dans l’ère du crime aseptisé. A chaque époque ses hypocrisies, ses tocades et ses postures morales. L’éditeur ne se tient plus de joie, le tirage du livre promet déjà de dépasser ses plus folles espérances.

Au terme de cette  promenade effarante au pays de « l’information », on finit par comprendre que l’on touche ici à la quintessence du système médiatique, enfin débarrassé de ses ultimes pudeurs. Et l’on frissonne…

20/02/2013

Gaulois, et alors ?

Filed under: Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 13:32
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Avez-vous lu la lettre de Maurice Taylor (scoop Les Echos), le patron de Titan qui se surnomme lui-même le Grizz ? Sinon, courez-y. Le texte intégral vaut mieux que les citations rapportées en boucle par les médias. Notez la décontraction des formules de politesse, le délai de la réponse – ce monsieur n’a évidemment pas de secrétaire susceptible de le prévenir quand il reçoit la lettre d’un ministre alors qu’il est en déplacement -, la logique brutale, le ton caricatural. Pour un peu, on l’embrasserait pour le remercier de tant de franchise. Grâce à lui, on y voit plus clair. La mondialisation, c’est donc au moins en partie ça…dans des proportions qui restent à déterminer. Il y a quelques années (2008 ou 2009), l’Obs avait sorti un papier remarquable sur un financier new-yorkais qui expliquait que les marchés actions, c’était fini même aux US, et qu’il partait en Chine investir sur les marchés de matières premières. D’ailleurs, ses deux filles étaient déjà là-bas, elles apprenaient le mandarin et leur cher papa leur avait constitué des portefeuilles sur lesdites denrées, enthousiaste à l’idée qu’une prochaine sécheresse ferait flamber le prix du blé et enrichirait ses chéries en même temps qu’elle tuerait des millions de gens. Business is business. L’homme était photographié à cheval sur le cochon qui décorait son bureau. C’est le meilleur papier sur la crise que j’ai jamais lu…avant les propos du Grizz, bien entendu.

Crucifié sur l’autel du cynisme

Entre nous, la fuite de cette lettre dans la presse est quand même un sacré coup de bol pour le gouvernement. Elle signifie : « vous voyez, on fait tout ce qu’on peut, mais on a affaire à des monstres absolus de cynisme, donc si ça rate, c’est que vraiment on ne pouvait pas faire plus ». Pour la CGT aussi, c’est un coup de bol : elle s’empresse de souligner qu’elle avait raison de s’opposer au projet de reprise de Titan. Ah ! La jouissance d’être dans le bon camp pourrait nous faire oublier l’ennui de n’avoir pas à bouffer. Réchauffons donc cette petite certitude au creux de nos âmes, les gaulois ont raison d’avoir peur de la mondialisation. Notre gouvernement échoue, mais en beauté, crucifié sur l’autel du libéralisme le plus affreux. Evidemment, on pourrait aussi rêver de succès, mais ça, ça supposerait moins d’effets de manches et plus d’habileté or voyez-vous, nous, on aime les effets de manche. On vit de révolte et d’eau fraiche. Dommage qu’on ne puisse pas, contrairement à nos lointains ancêtres, accrocher la tête de l’ennemi au bout d’une pique, le bonheur serait total. Oui, mais les emplois, m’objecterez-vous. On ne peut pas tout avoir…

Vous avez dit « village gaulois » ?

« Mais cet épisode malheureux auquel M.Montebourg a eu l’intelligence de ne pas répondre, doit faire prendre conscience que des exemples comme Amiens Nord nuisent à l’attractivité du pays et qu’il est grand temps d’arrêter de penser que la France peut continuer à se comporter comme un village gaulois déconnecté des réalités du monde » note, à propos de cette triste affaire, mon confrère du Monde Stéphane Lauer sur son blog. Qu’il me permette de disconvenir respectueusement. A chaque fois que des intérêts internationaux sont en jeu et que la France lève le doigt pour exprimer un désaccord ou une vision différente, on l’accuse de gauloiserie. Et il se trouve toujours des voix en son sein pour reprendre le petit refrain masochiste de notre soi-disant incapacité à nous aligner sur l’air du temps, en clair sur la domination libérale d’origine anglo-saxonne. On défend l’usage du français ? Gauloiserie, tout le monde parle anglais aujourd’hui. On prône notre modèle social ? Gauloiserie, l’heure est au libéralisme pur et dur. On émet des doutes sur la dérégulation de la finance ? Gauloiserie, il faut libérer les énergies. On refuse de se placer entre les mains de vagues instances privées censées réglementer des pans entiers de notre vie ? Gauloiserie, le schéma démocratique classique – législatif, exécutif, judiciaire – est dépassé, vive la tyrannie des experts payés par les lobbys. Je le sais, pour l’observer à titre professionnel toute la sainte journée.

Et si nous réapprenions à être fiers de nous, à défendre nos convictions ? Si nous nous rendons parfois coupables de gauloiseries, ce n’est pas en raison de notre méfiance plus que légitime à l’égard d’une mondialisation emmenée par des pays anglo-saxons à mille lieues de notre culture et de nos valeurs et qui ont, de surcroît, montré avec panache ces dernières années, l’étendue infinie de leurs dérives. Non, si gauloiseries il y a, c’est dans notre gout de la polémique et de l’auto-flagellation qui prend trop souvent le pas sur l’action. Elle est là, la gauloiserie. Pas dans les idées,  plus que pertinentes, mais dans la manière de les défendre, sans trop y croire et en dépensant plus de salive que de sueur. « On n’abuse pas sans risque de la faculté de douter » prévenait Cioran.

15/02/2013

Périlleuse stupidité

Filed under: Affaire Kerviel,questions d'avenir — laplumedaliocha @ 09:56

« Ne réfléchissez pas, faites votre travail ! » telle serait la maxime en vogue actuellement dans le management. C’est en tout cas ce que rapporte Sophie Peters, éditorialiste à La Tribune, dans un article où elle évoque une récente étude sur la crise financière dans La City rédigée par les professeurs Andre Spicer (de la Cass Business School, qui fait partie de l’université City University de Londres) et Mats Alvesson (de l’université de Lund, en Suède). La réflexion ralentit l’action, c’est bien connu. Par conséquent, il s’agit en quelque sorte de « lobotomiser » les salariés pour huiler la machine et assurer son fonctionnement optimal. Et cela, y compris dans les banques où l’on se vante pourtant d’embaucher des salariés de très haut niveau. L’auteur appelle cela le management par la stupidité.L’article n’est pas forcément très clair, mais le développement de cette culture de la stupidité parlera, j’en suis sûre, à tout le monde. Et puisque l’affaire Kerviel revient sur le devant de la scène, je saisit l’occasion pour m’en servir d’illustration. Rappelons que dans cette affaire la Société Générale affirme n’avoir pas été au courant des investissements de Jérôme Kerviel. Ce qui a été entériné par le tribunal correctionnel de Paris puis confirmé par la Cour d’appel. « On se moque de nous », songe le public. « Quand j’ai 300 euros de découvert, la banque m’appelle et Jérôme Kerviel, lui, aurait investit deux fois 30 milliards en 2007 puis 50 milliards dans les 18 premiers jours de 2008 sans que personne ne voit rien ? Absurde ! »

Mon métier n’est pas de comprendre les problèmes…

Hélas non, ce n’est pas absurde et c’est bien le vrai scandale de cette affaire. Dommage qu’il se soit trouvé occulté par l’agitation médiatique. Les juges ont suffisamment décrit les techniques de dissimulation utilisées par le trader, je n’y reviens pas, pour ceux que ça intéresse, l’affaire est décortiquée par le menu dans l’arrêt de la Cour d’appel de Paris, ici. Aux dires de la Commission bancaire (aujourd’hui rebaptisée ACP), qui a infligé 4 millions d’amende à la banque pour défaut de contrôle interne, les moyens utilisés par Jérôme Kerviel n’étaient pas particulièrement sophistiqués. En clair, ils auraient été détectés si le contrôle interne de la banque avait été à la hauteur, ce qui n’était pas le cas. Mais une fois qu’on a dit cela, on n’est pas encore au coeur du sujet. Pour vraiment comprendre, il faut se rapporter aux explications des contrôleurs devant l’inspection interne de la banque puis le juge d’instruction. Car évidemment on leur a demandé comment ils avaient traité les alertes déclenchées régulièrement par le trader (plus de 70 en quelques mois) et pourquoi celles-ci n’avaient pas débouché sur des investigations plus poussées.

Voici en substance ce qu’a répondu une salariée du back office à qui Jérôme Kerviel aurait remis une note de produit en finnois pour expliquer l’une de ses opérations détectée par le système.

Question : avez-vous compris les explications de Jérôme Kerviel en réponse à l’alerte que vous avez traitée ?

Réponse : non, mais le manuel de contrôle interne ne me demande pas de comprendre, il me demande d’enregistrer la réponse.

Question : pourquoi n’avez-vous pas informé votre hiérarchie ?

Réponse : Parce que ce n’est pas prévu par la procédure.

L’inspection interne de la banque confirme dans son rapport que la salariée dit vrai.

Par la suite, le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke interroge le responsable du service.

Question : pourquoi vous être contenté des explications apportées par le trader et n’avoir pas cherché plus loin ?

Réponse : parce qu’à l’époque je considérais que mon travail n’était pas de comprendre les problèmes en profondeur, mais de faire taire les alarmes, je m’aperçois rétrospectivement que j’ai eu tort.

Dans le cadre de mon enquête sur l’affaire Kerviel, je suis allée consulter de nombreux spécialistes. L’un d’eux m’a expliqué des choses absolument glaçantes. En substance, pour gérer de très grands groupes, il faut mettre en place des procédures internes. Seulement voilà, ces procédures qui décrivent par le menu les fonctions de chacun ont un effet pervers, elles déresponsabilisent tout le monde. A commencer par le dirigeant d’entreprise qui peut dormir sur ses deux oreilles, il a sollicité les meilleurs consultants du monde, mis en place les meilleures procédures, sa responsabilité est blindée. Les salariés aussi car ils n’ont pas à réfléchir ou à faire preuve d’initiative, ils appliquent les consignes, c’est tout ce qu’on leur demande. Et ce spécialiste d’ajouter : le salarié qui sortirait de la procédure pour poser une question, loin d’être méritant, serait considéré au contraire comme le grain de sable qui va désorganiser la machine, faire perdre du temps et ennuyer tout le monde. Ce spécialiste ne connaissait de l’affaire Kerviel que ce qu’en disaient les médias, mais il me décrivait à l’évidence la situation avec une grande lucidité si l’on se rapporte aux échanges mentionnés ci-dessus.

Mortels process

Ce triomphe de ce qu’on nomme les « process » sur l’intelligence des salariés s’observe dans d’autres domaines. Par exemple dans le contrôle légal des comptes, c’est-à-dire la vérification par des professionnels de l’exactitude des comptes des entreprises. L’un de mes amis commissaire aux comptes a vendu récemment son cabinet, une petite firme de quelques dizaines de salariés, à l’un des 4 géants mondiaux de l’audit et du conseil. Il travaille désormais au sein du mastodonte et confie sans difficultés l’admiration qu’il ressent devant la qualité des professionnels qui y exercent et l’organisation de ce type de structure. A une réserve près. « Un jour je suis allé voir l’un de mes nouveaux associés pour lui parler d’une boite dont je vérifie les comptes depuis des années, raconte-t-il. Il me semblait utile de lui relater l’histoire de l’entreprise et de son dirigeant pour qu’il comprenne la société en profondeur. Il m’a répondu : ce n’est pas le problème, as-tu rempli le dossier, coché les cases, appliqué la méthodologie ? ». Ces firmes n’ont pas le choix, elles vendent une signature, ce qui leur impose de développer des méthodologies assurant le même niveau de qualité et de sécurité de leurs prestations dans le monde entier.  Il ne s’agit donc pas ici de sombrer dans la dénonciation facile. On peut toutefois s’interroger sur des systèmes d’organisation, de contrôle et de management qui privilégient les procédures sur l’intelligence humaine. Et il est sans doute temps de se demander s’il ne conviendrait pas de repenser ces systèmes. Car en se privant d’une partie des ressources intellectuelles des professionnels, on prend le risque de voir surgir de nouvelles affaires Kerviel. Il y a de fortes chances aussi que l’on rende la tâche des salariés bien terne, quand elle ne devient pas franchement absurde, ce qui nous renvoie à la question de la souffrance au travail…

Note : Jérôme Kerviel a déposé un pourvoi en cassation, sa condamnation n’est donc pas définitive. Pour ceux que l’affaire intéresse, les références du livre publié en mai 2012 où je raconte le dossier depuis l’embauche du trader en 2000 jusqu’à sa condamnation en 2010 sont ici.

12/02/2013

Le Pape, Hollande et le reste…

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:42
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Nous avons appris hier la décision du Pape de renoncer à sa charge. Du coup, j’ai survolé quelques articles. Et j’ai frissonné. Ainsi donc, on traite cet événement là comme n’importe quel autre ? Certains en plaisantent, même. On dit que François Hollande aurait lancé « nous ne présentons pas de candidat », tandis qu’une ministre aurait twitté qu’elle n’avait pas été consultée avant la décision. Quant aux Femen, elles se sont fait remarquer. On est prié d’applaudir devant tant de décoiffante et libératoire modernité. Ou moderne liberté, les deux conviennent. En tout cas, des femmes nues à Notre-Dame qui saluent la renonciation du Pape, c’est le signe incontestable de l’avènement d’un monde meilleur. Demain, ou après-demain au plus tard.

Quelque chose me dérange singulièrement dans le traitement de cette information et les réactions qui l’accompagnent. Pas ce qui interpèle Daniel Schneidermann chez @si, quoique son analyse soit intéressante. Il voit dans les médias une sorte de nouvelle église, il n’a pas tort. En ce qui me concerne, le problème est ailleurs. Il me revient en mémoire l’incroyable déférence éblouie de la presse sur nombre de sujets, au hasard le lancement d’un produit Apple. Du coup,  je ne puis m’empêcher de faire la comparaison entre les deux. Les plus érudits en matière biblique songeront sans doute au veau d’or. Je ne vais pas jusque là. Simplement,  je m’étonne que notre société se dise laïque, quand elle n’a fait en réalité que remplacer un dieu barbu, par quelque gourou commercial qui change au gré de la mode. Et si j’observe plus particulièrement la réaction de notre gouvernement de gauche et d’une partie de la presse, je souris en songeant que ceux-là sont debout devant la religion, mais à genoux devant tant d’autres choses. Notez, quand on se traine aux pieds de la consommation, ce libéralisme mis à la portée des caniches,  il est de bon ton de déboulonner les vieilles idoles, histoire de se prouver qu’on est libre. Mais libre à quel point et au regard de quoi, là est peut-être la question….

05/02/2013

Les aventures de Twitter à l’Assemblée

Filed under: questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:37

Unknown-1Les aventures de Twitter ressemblent à celles de Oui-Oui, la série apparait aussi charmante qu’inépuisable. Ainsi donc, après Twitter à l’Elysée, puis Twitter au Palais de justice, et même Twitter à la guerre, voici venu l’épisode de Twitter à l’Assemblée nationale. Entre nous, le caractère  progressiste du mariage homosexuel ne pouvait qu’engendrer, oups, pardon, le mot est sensible en ce moment, ne pouvait donc que s’accompagner d’une innovation technologique. Comme dirait mon copain Muray, vive : « les avancées qui vont de l’avant sans craindre d’aller plus loin que loin » et plus encore les « progrès inéluctables qui ont le vent du futur dans les voiles ». Ici, la forme et le fond s’accordent en une alliance parfaite. Twitter donc, est entré dans l’histoire  de l’Assemblée nationale – à défaut de s’être trouvé une place dans son règlement – à la veille du week-end dernier. Pour le plus grand bonheur des modernophiles, dont bien évidemment je suis.

Un débat souillé ?

En dignes historiens de l’instant – c’est la jolie définition qu’on donne parfois des journalistes – tentons d’être précis. Tout a commencé le 1er février, sur un malentendu. Christian Jacob (UMP) fait une demande de rappel au règlement après avoir cru comprendre qu’Hervé Mariton (UMP) s’était fait traiter sur Twitter de « conservatrice coincée » par Sergio Coronado (Vert). En réalité, il y a sans doute eu méprise, sur fond de comparaison audacieuse avec la série américaine Desperate Housewives. Le Lab, qui nous offre le meilleur de la politique, s’en explique ici. Entre nous, si ceci est le meilleur, je préfère tout ignorer du pire.  L’affaire rebondit et s’envenime avec un tweet de Jérôme Guedj (PS) : «Je rejoins la séance, déprimé par avance de devoir supporter tant d’inepties et de mauvaise foi. Ils voulaient un débat, ils le souillent.» Il n’en était pas à son coup d’essai. Nouveau rappel au règlement. Claude Bartolone, le président de l’Assemblée, répond alors que son autorité se limite à l’enceinte de l’hémicycle. Et Dieu sait que sur ce coup-là, il a déjà bien du mérite. Depuis, ça n’arrête plus : Tweet incendiaire, rappel au règlement, et ainsi de suite. Pour se faire une idée, c’est ici et partout ailleurs.

Un peu de retenue peut-être ?

On observera qu’Internet en l’espèce tient parfaitement son rang de défouloire. Il semble en effet que ce soit l’obligation de supporter d’entendre défendre les 5 000 amendements de la droite jugés ineptes par la gauche qui justifie ce besoin de s’épancher dans la cage sans barreaux de l’oiseau bleu. La gauche tweete son irritation, la droite réplique, et c’est le cercle vicieux. Du coup, surgit la question cruciale : faut-il réglementer l’usage de Twitter au Parlement, voire installer des brouilleurs ? Autant essayer de retenir la pluie avec une passoire. Plus sérieusement, on ne voit pas quelles raisons pourraient être invoquées pour brider la liberté d’expression publique des élus du peuple. Il n’y a qu’à faire appel au sens de la retenue et à la dignité de chacun pour que tout rentre dans l’ordre. Pas sur ce texte-là bien sûr, chacun a compris pour le ressentir dans son intimité la plus profonde qu’il rendait fou, mais gardons espoir pour les suivants.

La régulation par l’instinct de survie

Au demeurant, l’usage de Twitter pose ici la même question qu’ailleurs : peut-on tout twitter ?  Ses humeurs, ses courses au supermarché ou bien encore ses cors au pieds du moment que ça amuse/intéresse un public ? Disons simplement que cette désinhibition de la parole publique venant des politiques,   lorsqu’elle ne les pousse pas à la bourde stratosphérique, nous interroge au minimum sur ce que font réellement nos gouvernants dans les réunions de travail, et a fortiori lors des événements historiques comme le vote du mariage pour tous. Mais bon….Gageons qu’il en ira du législatif comme de l’exécutif et du judiciaire, un bon dérapage bien saignant devrait suffire à rappeler chacun aux impératifs de la survie,  – à défaut de sens du respect de l’autre, des institutions ou que sais-je encore d’aussi suranné – et ramener un peu d’ordre. La somme des égoïsmes individuels fait le bien commun, comme le disait fort justement le père du libéralisme, notre maître à tous.

Retour-son

Twitter est entré d’une autre façon au Parlement. C’est en effet la première fois à ma connaissance qu’on live-twitte, autrement dit qu’on commente en direct sur Twitter,  la discussion d’une loi. En tout cas avec cette ampleur. Pour avoir un peu étudié la chose en matière judiciaire, je sais que les acteurs ne sont pas insensibles à ce retour-son sur leur prestation. Autrement dit, les avocats dans une salle d’audience regardent ce que twittent les journalistes, car cela leur permet d’évaluer en direct le poids de leurs arguments. De là à considérer que le peuple des twittos est susceptible d’influencer les débats parlementaires, il n’y a qu’un pas….En l’espèce, l’exercice donne le pire et le meilleur. S’il est vrai qu’on y croise quelques bons mots, des précisions techniques utiles et des blagues assez drôles, on est frappé aussi d’observer à quel point l’outil sert à certains de vomitoire, à d’autres d’helium à nombril (ah, le nombre d’apprentis juristes-psychanalystes-spécialistes de bioéthique et j’en passe qui donnent des leçons aux députés, c’est fascinant !). Sans compter les militants qui ont parfaitement mesuré le pouvoir potentiel de l’outil. Notons qu’une lourde tendance se dégage, elle consiste à se moquer des physiques et des fringues sur l’air de : vous avez politiquement tort parce que vous êtes physiquement mal tourné.

Enfin…si la liberté d’expression n’autorisait à dire que des choses capitales à des moments historiques, je ne vois pas qui aurait le droit de s’exprimer à part Voltaire, Zola et Martin Luther King. Et même, il se trouverait sûrement des esprits chagrins pour contester leur légitimité. Si j’avais écrit ce billet demain, j’aurais cité BHL, Christiane Taubira, et François Hollande, mais nous ne sommes encore qu’aujourd’hui…

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