La Plume d'Aliocha

10/01/2013

Gare à la mise en scène du malheur des victimes

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 09:26
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Chaque année au mois de janvier, les juridictions (tribunaux de grande instance, cours d’appel, Cour de cassation)organisent ce que l’on appelle leur « rentrée solennelle ». Devant une assemblée de gens de justice et de personnalités, le chef de la juridiction et celui du parquet prononcent chacun un discours dans lequel ils évoquent généralement le bilan de l’année écoulée et abordent des sujets liés à l’actualité judiciaire. La rentrée solennelle de la Cour d’appel de Paris s’est déroulée hier en présence de la ministre de la justice, Christiane Taubira. A cette occasion, Jacques Degrandi, Premier président de la Cour, s’est exprimé sur la place de la victime dans le procès pénal. Je reproduis ci-après ses propos portant plus particulièrement sur la médiatisation des victimes et ses dangers.

« Il est légitime que la victime ait toute sa place dans le procès. La prise en compte de son préjudice justifie un accompagnement spécifique et une réparation juste. Mais il ne faut pas céder à la tentation de la transformer, selon les termes du Doyen Carbonnier, «de sujet passif du délit, en agent martial de la répression ». Pendant de nombreuses années, les fonctions de la sanction pénale, protéger la société, punir le coupable et permettre sa réinsertion, ont occulté les réparations ravalées au rang d’accessoire civil presque encombrant de la procédure pénale. C’était une erreur. Mais elle ne doit pas être réparée par la dérive, qui ne relève plus de l’hypothèse d’école tant certaines procédures illustrent ce propos, d’une mise en scène du malheur destinée à favoriser le deuil des victimes, au point de dénaturer la justice pénale transformée en catharsis, en simple instrument de vengeance collective et individuelle. Il n’est plus exceptionnel que des acquittements de cours d’assises ou des relaxes de tribunaux correctionnels qui, sans même qu’on analyse sérieusement les tenants et aboutissants du procès, soient stigmatisés et caricaturés au nom de victimes empêchées, par d’incompréhensibles décisions de justice, de faire leur deuil, comme si cet objectif, que chacun peut comprendre et ressentir au plus profond de lui-même, était l’objectif en soi du procès pénal. Le retentissement négatif de telles réactions est considérable dans les procès médiatisés. Ils donnent lieu à des commentaires publics non contradictoires, perçus comme des vérités judiciaires, qui sont de nature, lorsque le jugement ne répond pas aux attentes qu’ils expriment, à faire accuser la justice de rajouter à la douleur des victimes. Sans compter la certitude alors communément partagée que l’institution judiciaire s’est fourvoyée dans quelques obscurs luttes d’influence qui l’ont pervertie pour faire triompher l’injustice ». (Extrait du discours de Jacques Degrandi, rentrée solennelle du 9 janvier 2013).

Et c’est ainsi, suis-je tentée de conclure, que l’on alimente dans les médias le soupçon, voire le rejet, des institutions dans l’esprit des citoyens. Sacrée responsabilité, quand on y pense…Les habitués de ce blog se souviennent sans doute que nous avons abordé cette question à l’occasion de l’affaire dite des « tournantes » ici et . Jacques Degrandi se concentre dans son intervention  sur la question de la place de la victime dans le procès pénal, mais ses observations valent également pour des personnes mises en cause ou condamnées à qui des émissions de divertissement et parfois même des lieux d’information offrent complaisamment une tribune. Je songe à Jérôme Kerviel invité du 20 heures le soir même de la confirmation en appel de sa condamnation puis quelques jours plus tard chez Ruquier en compagnie de son avocat ou encore à Ziad Takieddine, invité chez le même Ruquier (On n’est pas couché). On ne peut évidemment pas interdire aux gens qui le souhaitent de s’exprimer dans les médias. Après tout, les erreurs judiciaires existent.  C’est donc aux médias qu’il appartient de développer une réflexion éthique sur ce sujet. Les chroniqueurs judiciaires le savent bien. L’ennui c’est quand d’autres journalistes non spécialisés – ou pire de simples animateurs – s’emparent de ce type de dossiers. On ne peut que recommander au public de lire ou regarder avec la plus extrême méfiance les informations portant sur un sujet judiciaire qui ne donnent la parole qu’à une seule partie et à ne jamais oublier que la vérité judiciaire ne peut être démocratiquement autre chose que le résultat d’un long et patient débat contradictoire dans lequel la raison s’emploie à canaliser l’émotion.

Note 11h45 : on me signale tout juste la naissance ce jour du site Présumé Innocent créé par deux étudiants de Science Po avec le soutien du grand pénaliste Hervé Témime. Le site se fixe pour objectif de permettre aux personnes victimes d’atteintes à la présomption d’innocence de faire entendre leur voix, mais aussi d’éclairer le public sur le fonctionnement du système judiciaire.

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35 commentaires »

  1. je vais proposer une idée révolutionnaire: si les raisons d’un jugement étaient systématiquement expliquées dans un document accessible au public.
    je crois bien que ce n’est pas toujours le cas.

    Cela éviterai aux journalistes de se tourner vers les habitués du bistrot Chez Marcel ou ces associations fort bruyantes et très attachées à décider elle même ce qui est autorisé de dire et penser sur tel ou tel sujet… faute de mieux pour remplir un papier.

    bonne années 2013

    Commentaire par Fredo — 10/01/2013 @ 09:46

  2. @Fredo : les décisions sont publiques, hélas elles ne sont pas toujours accessibles. Et quand elles le sont, il reste des difficultés. Tout le monde n’a pas la curiosité d’aller les lire, elles sont forcément moins chatoyantes à « consommer » qu’une émission de Ruquier, moins faciles à comprendre aussi. L’exemple Kerviel est sur ce point édifiant. Les deux décisions de justice font 100 pages, elles sont sur le Net, le procès était ouvert à la presse qui y est venue en grand nombre (une centaine de journalistes à chaque fois), des compte-rendus des audiences ont été dressés par plusieurs médias en première instance et la tribune en appel, également accessibles en accès gratuit. Mais tout ceci ne pèse absolument rien, face à un garçon qui a une belle gueule et qui vient accompagné de son avocat très habile dans les médias, expliquer qu’il est victime d’on ne sait trop quoi, sur fond d’opinion publique violemment anti-banque. On voit donc bien que c’est au niveau de Ruquier que se situe le problème et que tous les documents du monde en accès libre ne peuvent rééquilibrer la balance judiciaire quand un média puissant appuie sur l’un des plateaux de la balance.

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2013 @ 09:53

  3. Que faire? Une idée (un peu iconoclaste pour le coup). Utiliser la comm! Puisque qu’il y a un ‘pré-procès’ puis un ‘post-procès’ dans les médias, dans lequel, à ce jour l’institution judiciaire est absente, pourquoi ne pas créer un poste de ‘Public Relation’, représentant de ministère, chargé de courir de radio en télé pour expliquer les décisions. Pour des raisons évidentes, il devrait n’avoir aucun accès au dossier autre que ce qui est public, devrait avoir quelques bases en droit (voir un peu plus) et surtout du bagout, le sens de la formule, une bonne tête.
    L’institution est régulièrement attaquée dans les médias. Ce qui est normal, un procès satisfait rarement toutes les parties. Mais ne pas se défendre n’est pas une stratégie. Si l’institution veut être comprise respectée, il faut qu’elle aille au devant des citoyens. Faire le gros dos, ça peut être efficace ponctuellement. Sur le long terme, c’est mortel.

    Commentaire par Kaeldric — 10/01/2013 @ 10:06

  4. et que faire pour réparer quelque préjudice lorsque le coupable est insolvable ?

    Commentaire par zelectron — 10/01/2013 @ 10:21

  5. @Kaeldric : ça a un peu commencé depuis que les parquetiers communiquent sur les enquêtes en cours. Evidemment, tout pousse en effet à ce que vous évoquez. Excepté une chose : faut-il vraiment que tous les domaines de l’existence se plient à la tyrannie médiatique ? La justice ici doit-elle pallier elle-même le manque d’éthique et de professionnalisme des médias ? Votre représentant, devra-t-il veiller jour et nuit à répondre à chaque fois qu’un avocat plaidera sur les marches du palais, qu’une association se mettra à hurler pour la promo de sa cause, qu’un condamné refera le procès chez un guignol ? Les médias préparent-ils le triomphe de la connerie sur l’intelligence, du bruit sur la réflexion, de l’exhibitionnisme sur la pudeur ? Je crois bien, et il y a des jours où ça me fout en rogne 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2013 @ 10:30

  6. @Fredo
    Ce n’est pas toujours souhaitable.
    Imaginons un cas simplifié : une personne est disculpée d’un viol parce qu’elle est impuissante.
    Doit-on dire à la France entière, dans le JT de 20h, que Monsieur Truc est impuissant ?

    Commentaire par XavierT — 10/01/2013 @ 10:30

  7. @zelectron : c’est un autre sujet, il existe des dispositifs. Si vous pensez à Kerviel, c’est une affaire entre ses avocats et ceux de Socgen. Je signale au passage qu’on attend pour le 28 janvier la décision dans l’affaire Picano-Nacci (Caisse d’Epargne) où se pose également la question des dommages-intérêt à hauteur de 315 millions d’euros.

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2013 @ 10:31

  8. @Aliocha: vous dites « faut-il? ». Je ne pense pas que ce soit la bonne question. Sauf à contraindre les médias (je ne crois pas en l’autorégulation dans un secteur concurrentiel en général, et encore moins dans les médias), il faut bien s’adapter. Dans la presse il y a un principe de droit de réponse. On peu imaginer la même chose. Quand l’Institution s’estime mise en cause, un droit de réponse pourrait être approprié. A utiliser à bon escient, bien sur. Les médias ne privilégient pas la bêtise à l’intelligence, ils privilégient le spectacle. Alors oui, un spectacle basé sur la bêtise est plus facile à produire, mais ceux qui ont réussi à incorporer de l’intelligence ont une toute autre portée.

    Commentaire par Kaeldric — 10/01/2013 @ 10:44

  9. Nous sortons de plusieurs années où l’on s’est appliqué à faire semblant de faire coïncider la « justice » avec la vox populi, et il en reste quelque chose, puisque l’on continue de réclamer des référendums à tout va là où la voie démocratique ordinaire et organisée doit suffire.
    Nous ne sommes pas près de sortir de cette sorte de « maladie », qui prétend à grands renforts d’analyses plus ou moins bon marché, que l’on peut « faire son deuil » d’un traumatisme ou d’une perte considérables… Il suffirait donc d’une peine assez lourde ou d’une indemnité substantielle pour effacer le souvenir d’un viol, la perte d’un enfant, et que sais-je ? Qui peut le croire ? L’intrusion de ce « psychologisme » dans les tribunaux n’a-t-elle pas fait suffisamment de dégâts, si l’on s’en tient seulement à l’influence qu’avaient pu exercer sur le jeune juge Burgaud les fameux « experts » ayant examiné les enfants, ainsi que la tendance initiale de l’opinion publique ?
    Je continue pour ma part de trouver choquantes les déclarations médiatiques des personnes qui jouent un rôle important dans une enquête, procureurs ou juges d’instruction. Cela devrait être interdit. En revanche si les « victimes » et leurs avocats trouvent plaisir à s’exhiber, à s' »exprimer », tant pis pour elles, elles perdent ce faisant toute crédibilité en gagnant un peu de compassion et la sacro-sainte notoriété tant convoitée : on peut dire qu’elles trouvent déjà là leur compte, leur compensation, et que la justice peut donc suivre son cours de façon impertubable, sans rien leur devoir.
    La prise en compte de la victime s’apparente trop souvent à la recherche d’un bouc émissaire, coûte que coûte, et cela nous renvoie à des temps archaïques haïssables. Ou au Far-West. En revanche la mise en exécution et le suivi de son indemnisation quand elle y a droit, est beaucoup trop négligée, mais cela relève d’un autre processus. Notons que par les temps qui courent, en outre, le statut de « victime » est de plus en plus réclamé par de nombreux inculpés.

    Commentaire par rejannf — 10/01/2013 @ 10:55

  10. * Tout à fait d’accord avec votre comm Aliocha.

    Cette idée qu’il faille forcément une peine -et la + sévère possible lorsqu’il y a crime- pour pouvoir « faire son deuil » et comme condition de celui-ci, est une idée fausse, qui pervertit la Justice, et réintroduit la vengeance individuelle. La justice n’est alors plus rendue au nom de la société, signifiant une peine proportionnée au crime telle que la société l’estime juste, par la voix du Législateur, mais elle doit , selon cette vue, « venger » la victime pour qu’elle puisse faire son deuil, croit l’opinion commune, dont les media se font l’écho. Croyance que les media n’inventent en rien, c’est l’opinion commune, basique, spontanée, majoritaire, ignorante du droit, des principes de la justice. Mais dont ils se font l’écho.

    Cela est parfaitement pervers.
    Pervers de revenir en deça de la justice au sens moderne, républicain, rousseausiste, démocratique, à la vengeance.
    pervers de laisser l’opinion s’entretenir dans cette illusion.
    Perversion d’une époque, selon moi.

    Cependant les journalistes, s’ils ne dépassent pas le niveau de l’opinion commune, dans notre époque où le consensus de l’opinion tend à remplacer la vérité et l’exigence de vérité (Wikipédia qui résume exactement cela, est le symptôme de notre époque, une encyclopédie pour se conforter dans les opinions les = communes ! ), les journalistes, à cette condition, s’ils ignorent le droit , et les autres aspects de la culture, ne font qu’ampliifer ses travers, ses défauts, ses errances et ses erreurs.

    Mais il n’existe pas « les journalistes », mais des journalistes de type et qualité différents, non ? Et variables selon les media (évidemment ! différence fondamentale) et selon les domaines. Ils n’ont pas tous les mêmes compétences ni les mêmes domaines de compétences.

    Donc il vaudrait mieux dire les journalistes qui ignorent par trop le droit … (mais on pourrait ajouter aussi lorsque c’est le cas, l’histoire, la philosophie, éléments de formation essentiels au commentaire de l’actualité…) et qui de ce fait commettent de grosses bourdes et entretiennent l’opinion dans le mauvais sens, celui du poil, celui de sa pente naturelle : la vengeance à la place de la justice, la haine des riches à la place de l’analyse critique du capitalisme…

    La philosophie et l’exigence de vérité qui la résume, dont parlaient Gauchet et Philarête que vous aimez citer, s’est construite dans la critique et la mise en doute de la doxa, l’opinion commune.

    Pourquoi n’enseigne-t-on pas le droit dans les écoles ? Un minimum, quelques bases du droit et quelques principes, utiles à la formation du citoyen . A mon avis.

    * par ailleurs, bon, on ne peut plus ajouter de comm sur l’affaire du mariage accordé aux homos.

    n’empêche qu’une majorité de Français est opposée au débat de ce sujet à l’école. ouf ! les adultes ne sont pas encore complètement fous pour faire débattre de la sexualité des adultes par les enfants et de préférence des formes de sexualités marginales, et à l’école qui plus est.

    Je dis ouf ! malgré ces oppositions hyper-partisanes, tout ce cirque fait par la droite et l’Eglise catholique romaine -on n’entend qu’elle-, cirque indécent pour occuper tout l’espace mediatique, une majorité d’adultes semble ne pas être complètement folle… ni perverse.

    Ouf ! pas évident que la perversion ne soit pas en passe de devenir majoritaire.

    Commentaire par Schmilblick — 10/01/2013 @ 12:50

  11. @Schmiliblick : si je puis me permettre, je n’aperçois jamais rien de pervers dans un débat, au contraire, c’est l’absence de débat contradictoire dans les médias qui biaise le récit de l’affaire judiciaire. Par conséquent, je ferais personnellement le lien inverse de celui que vous proposez entre ce dossier et celui du mariage homosexuel.

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2013 @ 13:50

  12. @Schmilblick : j’ajoute que traiter l’église de perverse est un contresens, non ? Notez que je vous dispense du terme de blasphème 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2013 @ 13:52

  13. Plus exactement, je vous épargne le terme « blasphème »

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2013 @ 13:53

  14. et 30% environ pensent que ce débat à l’école serait une bonne chose. Les autres ne savent pas .
    30% c’est déjà beaucoup, beaucoup trop, et pour moi, ahurissant qu’autant de gens pensent pouvoir faire « débattre » les enfants sur de tels sujets, et convoquer leurs maîtres à se mêler de monter ces « débats » en épingle.
    .
    Car éveil à la conscience politique lors de l’enfance, et aux notions de la citoyenneté, ou se voir sollicité par les profs à qui serait déléguée cette tâche, d’avoir un avis sur la sexualité des adultes dans ses formes plus ou moins « étranges » , voilà qui n’a strictement rien à voir.

    Le premier appartient à l’éducation, le second à la perversion, selon moi.

    De plus, du point de vue des enseignants, la tâche en question me semble, à moi, une tâche dont on ne peut décemment les charger les enseignants, à la différence de la formation aux notions de la citoyenneté, du droit et de la politique moderne. Notions qui ont leur raison d’être, sont formatrices. les autres, c’est la sollicitation d’entrer dans les marécages de la sexualité sur laquelle il faudrait prendre position. Pourquoi ? Pourquoi les enfants, devraient-ils avoir seulement, tout simplement, un avis sur l’homosexualité ? Serait-ce obligatoire d’avoir un avis sur la question et sur toutes les questions ayant rapport au sexe, dès le plus jeune âge et sur toutes les questions les plus rares, pour les enfants des écoles et à l’occasion leur bourrer le mou ?

    Cela est aberrant et frise la perversion. Ne pas perdre de vue que les enfants, les adolescents, certains d’entre eux, selon les cas, et d’autres plus tardivement encore, n’ont aucune représentation possible de l’homosexualité. Ce sont des affaires irreprésentables, inimaginables pour certains enfants, jusqu’à un certain âge, fort variable : pourquoi les plonger dans les questions d’homosexualité, de force, si jeunes, alors que ce n’est en rien leur problème ? En rien. Pour la plupart d’entre eux qui ne se pose pas la questions, et de toute façon ce genre de question vient au gré et au ryhtme d chacun et n’a pas à être imposée.

    Foutez la paix aux enfants ! et surtout évitez de les instrumentaliser et à l’occasion de les traumatiser. Un peu de respect pour les enfants.

    Commentaire par Schmilblick — 10/01/2013 @ 14:09

  15. (Extrait du discours de Jacques Degrandi, rentrée solennelle du 9 janvier 2012). ==> ce n’est pas plutôt 2013 ?

    Commentaire par H4mm3r — 10/01/2013 @ 14:09

  16. @H4mm3r : Oups, pourquoi faut-il toujours qu’il y ait une erreur…misère ! Merci !!!

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2013 @ 14:11

  17. @Schmilblick : j’ai pas d’avis, sauf oui au débat par principe. Et je serais donc d’accord avec vous si le gouvernement ne caressait pas l’idée de préciser dans les manuels scolaires la sexualité des personnages historiques. Alors, on en parle ou pas, de ces problèmes de cul ? Faudrait s’entendre non ?

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2013 @ 14:22

  18. @Schmilblick

    > « et surtout évitez de les instrumentaliser et à l’occasion de les traumatiser. »

    EUh…. pourquoi pas, mais alors pourquoi expliquer en même temps (pas vous) que « donner » un enfant à 2 papas ou 2 mamans ne pose aucun soucis car l’enfant va comprendre ?

    Et coeur du problème (en sus de l’institution) est la place de l’enfant dans le processus, mais il est stupide de lui demander son avis ? Ah oui ils sont mineurs : ils font ce qu’on leur dit de faire… belle démocratie…

    Je dois être un peu idiot car je sens une contradiction.

    Commentaire par herve_02 — 10/01/2013 @ 14:29

  19. @ Aliocha 11 : c’est l’idée de faire débattre les enfants dans les écoles sur ces sujets qui est perverse selon moi. Et gravement.
    Evidemment pas l’idée de débat.

    Mais porter ce « débat » devant les enfant s est gravement pervers

    parce que
    1- il ne s’agit pas d’avoir un débat sur le fond de la question de l’homosexualité : qui serait habilité à dire le vrai sur cette question ?
    Il s’agit de faire entrer dans le droit pour qu’il la règlemente, une situation de fait. Point.

    2- la société n’est pas sollicitée de se prononcer sur les bienfaits ou les méfaits de ce type de sexualité, et mode de vie, et heureusement encore ! La société n’est pas appelée à juger l’homosexualité. Et heureusement encore ! Elle en est bien incapable, dans son ensemble ou ses membres pris un à un . La société exprime qu’il est juste de donner des droits à une catégorie . Rien d e plus, rien au-delà, pas de jugements de valeurs, ni appui, ni condamnation ; seules les religions se mêlent de cet aspect, et plus ou moins selon leurs obsessions (ne parlons pas des obsessions de l’Eglise romaines quant à la sexualité …) (

    Bref et encore une fois il ne s’agit pas de juger de l’homosexualité ni pour en faire l’apologie ni pour la condamner, il ne s’agit d’exprimer aucun avis sur ce sujet et sur ce sujet il n’y a pas débat, ni matière à débat. Juste la question d’une loi devenue nécessaire car le droit doit rattraper les faits qui l’ont précédé.
    Imaginez-vous qu’on peut être totalement favorable à l’institution de ces droits pour les homos, et avoir dans le même temps plus que de fortes réticences sur l’idée d’un « mariage » homo avec adoption et tout ça ? s’interroger sur ce désir de normalité des homos qui ont toujours, dans leurs mouvements de libération, vanté la beauté de leur différence ? etc. Il ne s’agit pas de s’immiscer dans leurs contradictions, leurs fantasmes, leurs problèmes intimes. Mais ces familles que certains ont déja constituées va-t-on les jeter au bûcher ? Il faut une loi, car elles existent. Aujourd’hui, on leur donne les même droits.

    Durant ce temps, les religions, et leurs adeptes, mais aussi, les médecins, les philosophes, les psychanalystes, les anthropologues, les penseurs etc. tous sont libres de conserver leur avis sur les bienfaits ou les méfaits de cette visibilité de l’homosexualité dans la société, sur le fait que cette forme de sexualité ne cesse de faire parler d’elle, ait des revendications, un désir de normalité peut-être, des prétentions et conceptions qu’elle veut faire reconnaître alors qu’on n’est en rien d’accord avec cette vision, et cette minorité qui va jusqu’à soutenir de telles revendications de normalité : se marier comme tout le monde (soi-disant), on peut en penser tout ce qu’on veut, accord ou désaccord : rien n’est plus normal que d’être divisé, d’avis divers sur pareil sujet.

    Vous remarquerez que toutes communautés intellectuelles, de culture ou de valeurs, sont toutes complètement divisées sur cette question, sur le fond de l’affaire de l’homosexualité, les uns et les autres occupent les pages des journaux pour soutenir de s positions inverses : preuve que nulle discipline ni position dans la société, ni référence culturelle, y compris religieuse, ne peut prétendre détenir une vérité sur ce fait qui dérange tout le monde, soyons honnête-

    Alors , si à l’évidence ce sujet divise, en ce sens qu’il ne peut faire l’unanimité, par définition, -ce pour quoi il vaut mieux s’en tenir à la question des droits pour tous et ne pas s’aventurer dans des débats de fond, insolubles, impossibles – en faire débattre les enfants et solliciter leur avis ? Au mieux c’est une plaisanterie, une pire une perversion due à un sacré aveuglement, une sacrée dénégation, de ce que c’est que la sexualité, l’inconscient et l’enfance.

    Désolé, c’est ce que je pense.

    Commentaire par Schmilblick — 10/01/2013 @ 14:37

  20. Bon, entre nous, je sais que notre société est fascinée par les questions sexuelles, au point qu’on en vient à manifester dans la rue sur des questions de cul (dieu que c’est passionnant), mais j’aimerais, si c’était possible, qu’on puisse aborder d’autres sujets.

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2013 @ 14:40

  21. Mais notre culture a inventé l’amour et notre histoire en est pleine
    http://next.liberation.fr/sexe/2013/01/10/amour-a-la-francaise-et-si-les-americains-avaient-raison_872752

    Denis de Rougement , a écrit là-dessus, il y a longtemps déjà « L’amour et l’occident », bien d’autres aussi_…

    Commentaire par Schmilblick — 10/01/2013 @ 15:37

  22. @Schmilblick : mon cher, figurez-vous que j’ai une belle étagère de littérature érotique. Malgré tout, il m’arrive de penser à autre chose, si, si ! Je sais, c’est dingue, mais c’est vrai 😉

    Bon, sinon, je viens d’achter XXI et de commencer à lire leur manifeste, j’invite tous les confrères à le lire. J’en ferai un petit commentaire mais d’ici là, ce qui me saute aux yeux, c’est que chacun d’entre nous aurait pu l’écrire et aurait ainsi fait bondir de rage ses patrons. Car il ne dit rien de plus que remettons le journalisme à l’honneur, ce que la plupart de nos employeurs détestent entendre et à quoi ils répondent invariablement que nous sommes de doux rêveurs étrangers aux réalités économiques.

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2013 @ 17:28

  23. Ah, l’attention portée aux victimes ! Ayant eu quelque temps à couvrir l’actualité judiciaire, j’ai constaté qu’effectivement, nombre de nos confrères s’intéressent d’abord aux parties civiles… quand ce n’est pas juste aux faits spectaculaires qu’elles entendent dénoncer. Je me suis souvent opposé à ma rédaction en chef, sans toujours le plus grand succès, pour faire de la chronique judiciaire, en écoutant aussi les juges du siège, en respectant le contradictoire du mieux possible, en jouant en fait au ping-pong entre les parties avant que les magistrats se prononcent.

    J’en ai retiré beaucoup de satisfaction, ayant eu l’impression de mieux comprendre les exigences de notre métier. Le tribunal pénal est un théâtre d’affects, souvent violents, même dans les « petites » affaires correctionnelles. L’empathie doit nécessairement y être canalisée pour mieux juger… ou même simplement rendre compte de ce qui a été dit. Il est parfois bien difficile de ne pas souffrir en même temps qu’une victime déclarée qui, même quand elle poursuit à tort une autre personne, peut être tout à fait de bonne foi dans son sentiment que la justice va lui apporter réparation. D’autant qu’il arrive que le parquet lui-même aille dans ce sens, dans un premier temps ou jusqu’au bout du procès.

    Cette expérience m’a aussi mieux fait comprendre – et respecter – le métier d’avocat. En défense, au pénal, ils n’ont pas souvent la partie facile.

    Commentaire par Martin K — 10/01/2013 @ 17:56

  24. Pour que la victime ait le sentiment que « la justice est passée », encore faudrait-il parfois que son conseil lui explique ce qu’il y a à attendre du procès en fonction du dossier mais aussi du fait que la procédure aille jusqu’à son terme. Un conseil qui fait de la com’ dessert son client d’autant plus qu’il n’y a pas de jury à convaincre … même si lors d’assises, les jurés sont mis à l’écart, justement, de ce genre de gesticulations.

    En minorant l’attention portée à la victime, il s’agissait de se concentrer sur le coupable et les faits, échappant ainsi à la vindicte ou à la puissance du plaignant, comme sous l’ancien régime. Avec certaines « curées » médiatiques, j’ai l’impression que l’on va revenir à la justice privée, exécutée par les magistrats … A quand le prix du sang en oubliant les circonstances et l’auteur des faits ?

    Commentaire par fultrix — 10/01/2013 @ 18:34

  25. @Martin K : en clair, se donner la peine de bien faire son métier rend heureux. Vous prêchez une convertie 😉 Si vous n’avez pas encore lu le manifeste de XXI courez l’acheter, ils ont failli me faire pleurer dans le métro, les vaches ! ça fait tellement de bien d’entendre un discours sur le métier intelligent, plein d’espoir, de foi d’enthousiasme, j’en ai encore les larmes aux yeux….

    @Fultrix : les avocats qui communiquent disent en substance que si le procès se joue dans les médias alors leur rôle consiste à défendre aussi là. ça se défend, même si je ne suis pas complètement convaincue. Kerviel s’est ramassé à cause de cela. En même temps, au stade où il en est, il n’a plus le choix, à défaut d’avoir sauvé sa cause en justice, il faut lui façonner un rôle de héros victime d’abord du système bancaire puis de l’aveuglement judiciaire.

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2013 @ 20:03

  26. @laplume…

    une étagère de littérature érotique et pas une chance indescriptible en amour…

    en faites vous communication ? arggg non /o\ pas taper.

    Commentaire par herve_02 — 10/01/2013 @ 20:10

  27. @herve_02 : oui, enfin en même temps il y a bien un millier de bouquins chez moi, donc une étagère ça fait une trentaine, pas de quoi en faire tout un plat 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 10/01/2013 @ 21:01

  28. on doit avoir le même goût des livres.. et je dois avouer ne pas en avoir une trentaine. Il y a des petits plats qui sont exquis…

    Commentaire par herve_02 — 10/01/2013 @ 21:04

  29. Nous sommes dans une société qui rêvent d’un monde sans souffrance et qui se radicalise autour de cette imaginaire absurde. Le rôle de la justice devient donc d’enlever la souffrance.

    Commentaire par Sadlig — 10/01/2013 @ 23:53

  30. @Aliocha,
    Alors toujours à charge exclusive contre Kerviel, pas un brin de culpabilité de la Générale, de Bouton, ni de ses acolytes ? 🙂

    Commentaire par zelectron — 11/01/2013 @ 06:07

  31. En ce qui concerne le proces des « tournantes » il ne vous a sans doute pas echapper, Aliocha, que fin novembre le Nouvel Obs a voulu expliquer le verdict apres avoir eu acces au dossier (illegalement ? C’est une vraie question, je n’y connais rien). C’est une expression souvent galvaudee mais ici je crois qu’on peut l’employer : quelle misere humaine, c’est absolument terrible.

    Commentaire par Maelle — 11/01/2013 @ 09:05

  32. La revendication d’une centralité des victimes dans le processus judiciaire suit de façon concomitante la prospérité de notions telles que le « travail de deuil ». Le mécanisme que recouvre cette expression n’a pourtant pas la clarté qu’on lui prête. Je me souviens d’un reportage au JT suite à un terrible accident d’autocar, et le commentaire du reporter affirmait: « le travail de deuil pour les familles a commencé », avec en gros plan l’image de la chapelle ardente. Le mot travail signifie une activité de production, qui vise un résultat tangible, un effet certain si l’on y met les moyens et l’effort. Néanmoins, comment supposer qu’on puisse jamais parvenir à consommer un deuil, à faire taire la souffrance? Cet optimisme naïf rejoint en l’occurrence les fascinations contemporaines pour les promesses déraisonnables des psychothérapies modernes – càd les auteurs qu’on regroupe dans les librairies au sein des rayons intitulés « Bien-être et développement personnel ».

    A défaut de pouvoir assigner un objectif clair et sûr à cette démarche d’appropriation du deuil, on se réfugie derrière l’aporie qui consiste à postuler « çà ne peut pas faire de mal », et au prix d’un raisonnement semblable à celui du pari pascalien, la société vient à revendiquer la sévérité maximale contre les accusés de crime, au seul motif d’un impératif cardinal de prise en compte de la souffrance inextinguible des parties civiles. On oublie incidemment l’intérêt général de la société dans son ensemble: d’une part l’éventuelle prise en compte des familles des condamnés, innocentes de leur tort et néanmoins susceptibles d’être touchées indirectement par le verdict, mais aussi l’intérêt le plus large de la collectivité en terme de sécurité, car pour un condamné bien réinséré, il y a une victime potentielle en moins. La nécessité de réinsertion des délinquants constitue une promesse d’avenir, qui contribue en dernier lieu à assurer l’ordre civil – Or, les peines de prison désinsèrent, c’est même leur finalité essentielle.

    Commentaire par Switz — 11/01/2013 @ 12:08

  33. Je voudrais conseiller en outre à chacun de relire le procès fait à TARTARIN dans Port TARASCON ; ce procès se déroule dans les locaux où nous sommes aujourd’hui, même si la description des lieux n’en est pas fidèle ; en effet, pendant la vie de DAUDET, le TGI avait son siège à TARASCON à l’Hôtel de Preignes.

    Commentaire par Lane Rodgers — 12/01/2013 @ 15:24

  34. C’est « le sous-préfet aux champs » qui est le plus … les mots me manquent …

    Commentaire par zelectron — 13/01/2013 @ 20:52

  35. Assez d’accord avec cela. Mais je n’ai pas un avis très personnel, c’est un peu du formatage d’ex-étudiant en droit. Je veux, par là, dire que pour un connaisseur du droit, il y a ce réflexe épidermique à voir bafouée la présomption d’innocence et à donner trop de tribune aux victimes après délibération, décision de justice. Je me souviens de la réaction immédiate de mes parents lorsque j’ai défendu la présomption innocence et le secret de l’instruction face aux journalistes au cours d’une affaire médiatique. J’ai réagi en juriste, en oubliant que la pensé humaniste de gauche était bien différente, et même celle du peuple en général. Pour eux ces notions ne servent qu’à protéger les puissants, qui peuvent tranquillement influer sur l’enquête dans le secret, et faire en sorte qu’elle n’apparaisse jamais au grand jour. Par contre, les petits sont assurés d’avoir un procès qui ira jusqu’à son terme.
    Je ne conteste pas nombre d’affaires à caractère politique et sensible qui ont pu aller devant les tribunaux grâce à la pugnacité d’un ou plusieurs journalistes zélés. Mais condamner toute une architecture judiciaire pour cela? Je reste sceptique. De même, il est légitime d’avoir fait sortir les victimes de leur simple rôle de témoin dans le procès pénal. Doit-on leur laisser tribune médiatique lorsqu’elles n’ont pas gain de cause? J’en doute, là aussi. Et si elle l’ont eu? Un peu de discrétion reste de mise, malgré tout.

    Commentaire par Valuet — 08/02/2013 @ 15:42


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