La Plume d'Aliocha

07/01/2013

Mariage gay, vous avez le droit d’être d’accord

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:23

Il est des sujets où le débat n’a pas sa place. Des réformes dont l’intérêt est présenté comme si incontestable que toute discussion s’avère inutile. Tout argument contraire impossible car soupçonné au choix de malveillance ou d’aveuglement. Certains l’auront reconnu grâce à ce court portrait, j’entends évoquer ici le mariage dit « pour tous » que je préfère appeler mariage homosexuel parce que je voue un goût suranné aux expressions cliniques plutôt que féériques.

BFM TV recevait hier soir Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits de la femme et porte-parole du gouvernement. Comme de bien entendu, on a évoqué lors de cette émission politique des sujets aussi majeurs en temps de crise économique que le départ de Depardieu ou encore le « mariage pour tous ». La com’ politique décidant depuis bien longtemps déjà de l’agenda médiatique en lieu et place des journalistes qui ont laissé faire, il fallait bien se plier aux fumigènes politiques du moment. Panem et circenses. Soyons contre les méchants riches et pour le bonheur de tous. Philippe Muray, ce génial théoricien de l’homo festivus moderne,  doit bien rigoler s’il voit ça de là-haut.

Pour débattre avec la ministre du mariage homosexuel, BFM avait invité l’Abbé de la Morandais. Wikipedia m’apprend qu’il aurait dit il y a quelques mois y être favorable à titre personnel. Toujours est-il que sur le plateau il a relayé la position, ou plutôt l’opposition de l’Eglise catholique, pour toutes les raisons que l’on connait sur la famille et pour une autre encore, la nécessité de conserver certains repères. Lors de cet échange, la ministre a déclaré que les arguments des opposants au « mariage pour tous » ne tenaient pas. Elle a aussi avoué en réponse à une question de l’abbé qu’elle n’avait pas lu le rapport que Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France, a adressé en octobre dernier au gouvernement. De même, elle ignorait que l’Eglise catholique est opposée à la procréation médicalement assistée, dont on nous dit qu’elle fera l’objet d’un projet de réforme de la famille en mars dans le prolongement du « mariage pour tous ». En d’autres termes, la ministre du droit des femmes et la porte-parole du gouvernement montre ainsi qu’elle ne sait rien des arguments dont elle dit pourtant qu’ils ne tiennent pas la route.  Il me semblait que la politique supposait d’arbitrer entre des positions opposées, j’ai dû me méprendre. Observons quand même que tous les dignitaires religieux français ont exprimé leur opposition au projet dans une belle unanimité. Je vous renvoie à la vidéo intégrale de leur audition devant l’assemblée nationale. Il me semble que ces autorités, dont c’est la vocation de penser le devenir de l’homme, et qui accessoirement représentent bien plus de français que les associations gays et lesbiennes, méritaient quand même un peu plus d’attention, si ce n’est de respect. En fait de quoi, on devine au mépris que leur oppose le gouvernement, qu’elles ne sont que de vieilles choses réactionnaires qu’il convient de ne surtout pas écouter. Dont acte. Quant aux philosophes, psychanalystes et autres, qui émettent des réserves, on s’en fout aussi.

Face au slogan du Progrès accolé à celui de l’Egalité, toute objection apparait donc nulle et non avenue. C’est pourtant assez rare, à ma connaissance, les projets de réforme qui ne possèdent que des avantages, mais bon…On notera que la ministre a vanté les mérites du « mariage pour tous » dans un collège du Loiret en octobre (la vidéo est ici), mais que Vincent Peillon quant à lui a interdit aux écoles catholiques d’organiser un débat sur ce même sujet. De fait, il n’en faut pas plus me semble-t-il pour comprendre que sur ce sujet-là, nous n’avons qu’un droit, celui d’être d’accord. Mais pas n’importe comment. Pas de se mettre d’accord à l’issue d’une grande réflexion collective, pas d’adhérer librement au terme d’une réflexion approfondie au nouveau modèle familial et de société qu’on nous propose, fondé désormais sur la négation de la différence des sexes, non, le droit d’être d’accord est ici exclusif de toute capacité à s’interroger ou à douter. Il faut embrasser la Cause, a priori et sans réserve.  Alors même qu’Elisabeth Guigou soutenait, en présentant le PACS en novembre 1998, qu’il ne fallait justement pas toucher à la famille qu’elle décrit comme « l’articulation et l’institutionnalisation de la différence des sexes ». Est-il interdit de s’interroger aujourd’hui sur ce brusque revirement de la gauche ? Il est peut-être justifié, mais comment le savoir si l’on n’en discute pas ? A l’évidence, toute réflexion est prohibée, ce serait faire outrage au Progrès et à l’Egalité. Et l’on essaie de nous faire croire que ce sont  les religions qui sont dogmatiques ? Laissez-moi rire ! Que les partisans de la réforme se rassurent. Elle passera. Demain ou après-demain au plus tard. Parce que d’autres pays l’ont déjà faite, parce que c’est ce qu’on pense être le sens de l’histoire et parce que nul ne résiste longtemps à la promesse d’un monde meilleur. Il sera toujours temps ensuite de s’apercevoir qu’en voulant résoudre un problème réel et grave, celui de l’homophobie, on en a déclenché d’autres…Au fond, c’est peut-être le risque à courir pour construire ce fichu monde meilleur.

Propulsé par WordPress.com.