La Plume d'Aliocha

04/01/2013

Information, vérité et liberté

Filed under: questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 09:54
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Le Monde daté du 30 décembre m’apprend que les quotidiens un peu partout dans le monde ont décidé d’augmenter leurs tarifs pour faire face à la diminution des recettes publicitaires et des ventes (page 16). Un autre article, dans le même numéro (page 5), avance l’idée que la presse papier ne pourra survivre qu’à condition de devenir un produit de luxe proposant à un tarif élevé une information à forte valeur ajoutée. Etrange comme la réalité semble donner pour l’instant raison à Marcel Gauchet. Souvenez-vous de ce qu’il disait il y a quelques temps déjà sur le retour à un vrai professionnalisme journalistique exigeant en réponse au papillonnement actuel et à l’obésité qui menace nos esprits de consommateurs de malbouffe médiatique.

Ainsi confie-t-il dans l’un des entretiens en lien :

« Nous sommes passés d’une économie de la rareté, où l’information était rare, chère, difficile à obtenir, à une économie de la surabondance, où on peut se procurer les plans de la bombe atomique en trois piques et tout savoir sur la vie privée du roi de Thaïlande. En fait, nous sommes en permanence dans le brouillard parce que nous n’arrivons pas à nous dépêtrer du trop. C’est inédit. Nos cerveaux sont frappés du syndrome de l’obésité. Il y a trop à bouffer et tout le monde s’empiffre. Notre problème revient donc à apprendre à naviguer dans ce flot qui nous déconcerte et où nous avons en vérité de plus en plus de mal à trouver de l’information pertinente éclairante, qui nous donne une prise sur le mouvement des choses ».

De là à imaginer que l’on ressente la nécessité de réinventer le journalisme dans sa fonction de tri, de hiérarchisation et d’éclairage, il n’y a qu’un pas…

…que franchit Marcel Gauchet : « La presse papier est là, justement pour fournir des clés, pour accroître la capacité d’exploiter toutes ces ressources désormais disponibles. Il y a une demande solvable pour ce rôle, même si elle est aujourd’hui minoritaire. Un véritable entrepreneur, de ceux qui ne suivent pas le troupeau, saurait repartir de cette base restreinte pour conquérir un public plus large ».

Pour lui, ce « désir d’autre chose » réinventera non seulement la presse papier, mais le journalisme lui-même : « Il est vrai que chacun peut aujourd’hui s’adresser directement à la Terre entière. Mais en pratique, où sont les lecteurs ? Aux abris, en général ! C’est un moment, pas un modèle. Ce que démontre le « tous journalistes » est précisément, a contrario, qu’il y a un vrai métier de journaliste. Qu’il faut redéfinir profondément, mais qui va sortir vainqueur de cette confusion car on aura de plus en plus besoin de professionnels pour s’y retrouver dans le dédale et nous épargner de chercher au milieu des 999 000 prises de parole à disposition. Il ne faut pas induire de l’amateurisme global la pulvérisation intégrale du professionnalisme. C’est l’inverse qui va se produire. Le moment actuel est un passage. Mais à l’arrivée, le niveau d’exigence à l’égard de la presse sera plus élevé et non plus bas ».

A ce stade, rien n’est gagné. Observons simplement que la presse papier tente le pari décrit par Gauchet ce qui, à défaut d’augmenter le nombre de ses lecteurs, améliore le compte d’exploitation des entreprises concernées. Il y a fort à parier que le combat sera rude tant on a donné de mauvaises idées au public en lui offrant pour rien ce qu’on lui proposait auparavant pour si peu. Il est possible d’ailleurs qu’en cédant à la gratuité, les éditeurs de presse n’aient pas commis qu’une bévue économique, mais aussi semé un virus mortel. Quelle valeur accorde-t-on à ce qui ne coûte rien ? Surtout quand l’offre gratuite devient si pléthorique, et donc apparemment si riche, que payer pour avoir la même chose – ou juste un peu mieux – parait inutile. Sans doute faudra-t-il, pour convaincre de la valeur de l’information de qualité,  surmonter un autre obstacle : celui du relativisme ambiant. J’entends par là de l’idée qu’après tout, il n’existerait pas de vérité objective, mais simplement des consensus. Le doute quant à l’existence d’une vérité objective est presque devenu un lieu commun s’agissant du journalisme. Combien de fois ai-je lu, ici et ailleurs, des internautes dénonçant le mythe d’une information objective, soulignant l’évident parti-pris des journalistes, leur envahissante subjectivité. A supposé que ce soit exact, faudrait-il alors s’y résigner, voire s’en satisfaire ?

J’étais sur le point de le faire quand j’ai lu le dernier billet du philosophe blogueur Philarête. Il y commente un ouvrage de son collègue américain James Conant consacré au célèbre roman 1984 : Orwell ou le pouvoir de la vérité. Philarête relève :

« Pour Conant, en effet, la force d’Orwell est d’avoir mis au fondement de sa critique du totalitarisme, non le concept de liberté, mais celui de vérité. Non pas, certes, la vérité plutôt que la liberté, mais la vérité d’abord, comme fondement de la liberté. Ce qui autorise le traducteur et préfacier de l’ouvrage, le toujours clair et précieux Jean-Jacques Rosat, à introduire la notion séduisante d’un « libéralisme de la vérité », qui ferait l’originalité d’Orwell.

Qu’est-ce que le « libéralisme de la vérité » ? C’est l’idée que « la préservation de la vérité objective et de la capacité de chaque individu à former des jugements objectivement vrais est la condition première et absolument nécessaire d’une vie libre » (Orwell ou le pouvoir de la vérité, p. VIII) ».

Cette observation me rappelle les propos d’Hannah Arendt, souvent cités ici, même si je conviens qu’ils n’évoquent pas tout à fait la même chose :

“Les faits sont la matière des opinions, et les opinions, inspirées par différents intérêts et différentes passions, peuvent différer largement et demeurer légitimes aussi longtemps qu’elles respectent la vérité de fait. La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat”.

Orwell est l’écrivain que l’on connait, mais il était aussi un journaliste. Ce n’est donc pas un hasard s’il développe cet attachement fondamental à la vérité objective.

Plus loin, Philarête éclaire le sens du propos d’Orwell  :

« D’après Conant, la force de 1984 est de pousser aussi loin que possible la description d’une société où le concept ordinaire et banal de vérité n’aurait plus cours. Et la grandeur tragique de ce malheureux Winston est de s’obstiner à vouloir être un homme ordinaire, pour qui « deux et deux font quatre ». »

Certes, me direz-vous, mais il s’agit dans le roman de décrire un système totalitaire, lequel ne nous concerne heureusement pas. Peut-être que si. Car le propos de Conant est finalement de dire qu’il n’y a pas de différence entre le Parti du roman d’Orwell qui nie le concept de vérité et ceux qui aujourd’hui s’attaquent à son existence objective…Au bout du chemin se trouve la même aliénation. Mais laissons-là le terrain philosophique que je m’en veux déjà d’avoir outragé de mes maladresses de néophyte (heureusement, je connais la bienveillance de Philarête à l’égard des libertés que je prends avec sa discipline). Je retiendrais simplement la proposition selon laquelle la vérité est conçue comme le fondement de la liberté. Si l’on adhère à cette vision, alors il me semble que l’information, notamment journalistique, prend soudain une importance capitale…Quant à débattre de son objectivité, ne nous trompons pas de sujet. Tous les journalistes savent ce qu’est la vérité objective, c’est leur métier que de l’observer pour la rapporter. Un événement s’est produit,  tel jour, à telle heure, dans telles circonstances. Ceci est observable et vérifiable. Qu’ensuite les récits puissent être teintés de subjectivité, se révéler plus ou moins complets, donner lieu à des interprétations conscientes ou non est une autre histoire…

Bonne année à tous !

Note : je vous invite à lire aussi les commentaires chez Philarête, toujours de très haute volée. Et pour ceux qui ne manqueront pas de soulever la question du journalisme et de l’objectivité, je recommande la lecture de l’ouvrage de référence sur ce sujet : Journalisme et Vérité par Daniel Cornu aux éditions Labor & Fides.

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45 commentaires »

  1. C’est le papier-matière lui-même qui va devenir rare et comme toute chose rare il va devenir cher (à l’instar d’un cheval malade)
    Bonne année Aliocha!

    Commentaire par zelectron — 04/01/2013 @ 10:26

  2. C’est un peu la poule et l’œuf, cette histoire de vérité objective et de consensus : s’il n’y avait jamais de consensus, le concept de vérité objective aurait-il pu se former ? Vous le dites : « ceci est observable et vérifiable », sous-entendu : par tous. Je laisse également aux philosophes le soin d’éclaircir cela.

    Votre billet prend plus de saveur encore quand on connait le champ journalistique dans lequel vous intervenez (juridique et économique si j’ai bien suivi). Or s’il y a bien un domaine dans lequel on fait passer des théories et des interprétations pour des faits objectifs, c’est celui de l’économie. Partant de là, on peut effectivement s’interroger sur la réalité de notre liberté, quand on n’entend parler que de coût du travail, de dette, de faillite de l’état, de spectre de l’inflation, de croissance.

    Très bien illustré par le dessin du jour : http://www.smbc-comics.com/index.php?db=comics&id=2845

    Commentaire par kuk — 04/01/2013 @ 10:59

  3. « Un événement s’est produit, tel jour, à telle heure, dans telles circonstances. Ceci est observable et vérifiable. »

    Euuuuuh… vous pouvez dire, par exemple, qu’il y a eu un accident de la circulation routière ; mais de *décrire* ce qui s’est passé *exactement*, … c’est une autre paire de manches !!!

    Vous m’excuserez de remonter à Mathusalem, en fait à mai 68 : à cette époque il y avait une « épidémie » de suicides par le feu [ce que « les journalistes » appellent *s’immoler*… enfin, passons !] et il se trouve (je vais avouer mon âge, là) que j’étais élève dans un lycée où s’est produit un de ces suicides – je sais donc ce qui s’est passé, assez exactement !

    Hé bien, la recension par « les journalistes » a suivi d’assez loin les faits ! Evidemment, la réalité du suicide ne pouvait être mis en doute… mais les détails !
    Un journaliste, par exemple, a prétendu que l’élève est sorti de son cours avec l’autorisation du professeur, ce qui implique la responsabilité du professeur dans cet évènement !

    Un autre, dans une veine misérabiliste, a décrit les hauts murs et l’environnement suicidogène du lycée ;->
    Sauf que – le lycée avait été reconstruit à neuf en périphérie, avec des bâtiments éparpillés dans la verdure ;-)))

    Médard, qui lit toujours avec plaisir vos articles 🙂

    Commentaire par Médard — 04/01/2013 @ 11:00

  4. @Zelectron : Bonne année également ! Ainsi donc les chevaux malades seraient à la fois rares et chers, il va falloir que vous m’expliquiez cette variante du gigot pas cher est rare donc il est cher 😉

    @kuk : je suis plus précisément une juriste de droit économique. Il me semble qu’en économie comme en droit, nous avons des faits et des discours sur les faits et il me semble que si l’on peut discuter des discours, les faits en revanche existent ou pas, sont justes, ou pas. Et en effet, si l’on part des mauvais chiffres en économie ou d’une mauvaise analyse d’une situation en droit, tout le raisonnement s’en trouve faussé. Mais comme partout, non ?

    @Médard : vous en avez un exemple plus récent avec une approche de la question de l’imposition à 75% qui me hérisse quand les confrères titrent sur ce que « coûte » la décision du conseil constitutionnel. Elle ne coûte rien, tout au plus entraine-t-elle un manque à gagner puisqu’une mesure fiscale se trouve retoquée. C’est la bévue des auteurs du texte qui coûte quelque chose. Sauf évidemment à dresser un procès politique au Conseil, mais nous voyons bien alors que nous sommes dans l’interprétation et oserais-je dire, dans le procès d’intention. Du coup, je vais y aller du mien. Je suis convaincue que le gouvernement sait depuis le départ que la mesure ne passera pas, mais ça l’arrange bien d’en faire porter le chapeau au Conseil.
    Voyez également la manière dont BFM TV relate depuis ce matin le fait que Depardieu ait la nationalité russe. Pour moi qui aime passionnément ce pays, son histoire et sa culture, réduire par le récit la Russie à son contestable dirigeant et à son taux d’imposition est assez choquant. Bien sûr que cet aspect là existe, mais bon sang la Russie ce n’est pas que cela.

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/01/2013 @ 12:43

  5. @aliocha : « la Russie ce n’est pas que cela » : en effet, c’est d’ailleurs ce qu’a mis en avant le citoyen Depardieu en vantant à juste titre sa riche histoire et ses grands auteurs.

    La particularité de la science économique est que les actions de ses agents reposent sur la confiance qu’ils ont en les autres agents ou l’évolution du système en entier. Ainsi, la sélection de l’information, son analyse devient elle-même un fait économique, puisque pouvant influer fortement sur des décisions modifiant les indicateurs économiques classiques. Ici, c’est donc le consensus qui devient le fait économique et non le fait économique qui provoque le consensus. Sinon, il n’y aurait jamais eu de bulles financière, de crise des subprimes, de modèles ou théories que l’on sait parfaitement fausses mais qu’on continue à appliquer parce qu’on sait que les autres font de même…

    Commentaire par kuk — 04/01/2013 @ 13:26

  6. Bonjour Aliocha,

    Tous mes vœux à vous, vos proches et à tous les lecteurs de ce blog en ce début d’année
    Votre billet part sur des sommets. Tant mieux. C’est une bonne mise en bouche pour cette année qui s’annonce, disons, un tantinet folklorique (http://chevallier.biz/2013/01/zone-e-creation-monetaire-donc-recession-novembre/ – La vérité est monotone et désagréable à entendre mais c’est la vérité. Se basant sur des observations objectives, M. Chevallier se trompe très rarement dans ces prévisions). Je ne sais pas si la Presse nationale va réussir ce saut qualitatif que nous souhaitons tous. Se positionner sur le haut de gamme est une chose, y arriver une autre. Ce billet en éclaire une partie: http://francoisschaller.agefi.com/?p=181. L’auteur y précise que la montée en gamme de l’industrie française prendra entre dix ou quinze ans. Je ne pense pas que délai soit plus court pour le système informatif dont un exemple bien récent montre à quel point celui-ci est gangrené par les relations incestueuses qu’il entretient complaisamment avec le politique (ce n’est pas, loin s’en faut, le seul problème). Si ce combat commence, il va être rude et rien ne dit que le succès soit au rendez-vous. La télévision, publique
    de surcroît, aurait-elle la louable prétention de donner l’exemple avec ces deux reportages diffusés au journal de 20 heures: http://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2013/01/03/france-2-les-pieds-dans-le-plat-charles-sannat/

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 04/01/2013 @ 13:54

  7. Bonjour Aliocha,

    Tous mes meilleurs voeux ! Puisse 2013 réaliser tous vos projets ! Mais, avant tout, bonne santé et ça sera déjà beaucoup !

    « Je suis convaincue que le gouvernement sait depuis le départ que la mesure ne passera pas, mais ça l’arrange bien d’en faire porter le chapeau au Conseil. »

    En effet, d’abord les stratèges en fiscalité du gouvernement (Bercy) en avaient conscience et une parfaite connaissance ensuite parce que politiquement ce n’est qu’une énième façon de se départir d’un « message » clivant et donc devenu, semble-t-il, trop impopulaire.

    Pour ma part, je dirais que « c’est un classique des classiques » !

    Surtout lorsqu’on sait, qui plus est que, Christian Eckert, rapporteur PS du budget à l’Assemblée avait envisagé de déposer un amendement pour contourner l’obstacle juridique et que Bercy l’en a dissuadé.

    On peut donc dire « Bercy beaucoup » !

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 04/01/2013 @ 14:30

  8. @laplume

    Sur le taux de 75%, sur une seule personne, il suffisait de mettre un « taxe csg » à partir de 1 000 000 en salaires ou revenus ou je ne sais quoi à la source, plutôt que de le faire sur un seuil d’imposition.

    Tout le monde à l’air de bondir sur ce truc confiscatoire, mais il ne faut pas oublier que le but est de « décourager » de continuer a gagner plus lorsqu’il faudrait plutôt partager le gâteau. Mais c’est vrai que toute « l’élite » de la france s’est construite sur une modèle de « concours » ou seul celui qui passe avant l’autre gagne (compétition plutôt que coopération) donc que les tristes sires veuillent garder l’habitude de « tout pour ma gueule car j’ai réussi » n’est que la conséquence logique.

    Maintenant, dans le monde entier la conséquence logique qu’une petite partie de population accapare le maximum et ne laisse que des miettes engendre haine puis violence. Chacun choisi son modèle de société, si le but est de « gagner » contre les autres, il ne faudra pas s’étonner que tout le monde s’y mette, chacun avec les armes qu’il possède.

    Bonne année , elle va être très intéressante, un vivre ensemble s’écroule, loin de toute manoeuvre politique et bien malin qui sait ce qu’il en sortira.

    Commentaire par herve_02 — 04/01/2013 @ 15:55

  9. @Aliocha,
    c’est l’exemple d’illustration scolaire d’un raisonnement sophiste
    On dit une santé de cheval, donc un cheval malade c’est rare
    Par ailleurs un diamant c’est rare et donc un diamant est cher
    Enfin puisqu’un cheval malade c’est rare, c’est donc qu’un cheval malade est cher.
    Les moines casuistes étaient les spécialistes de ces types de raisonnements lors des procès de l’inquisition pour condamner par exemple un mari , époux d’une charmante jeune femme, qu’ils s’empressaient de consoler après le bûcher du pauvre homme,dont ils s’accaparaient en sus maison, veaux, vaches, couvées. Les communistes ont usé des mêmes recettes lors des procès de Moscou pour s’approprier les biens qui leurs faisaient envie.

    Commentaire par zelectron — 04/01/2013 @ 16:41

  10. @ Aliocha : à propos du Conseil, le point de vue doctrinal de Martin Collet, Pr. de droit public à Assas Paris II, Faculté de droit que nous avons en commun je crois.

    Selon cet auteur : »sur le terrain technique la décision apparaît la plus novatrice et, surtout, la plus préoccupante : jamais auparavant le Conseil ne s’était aventuré si loin dans la mise en cause du pouvoir d’appréciation politique du Parlement »

    Qui conclut avec l’expression d’Edouard Lambert tirée de son célébre ouvrage de 1921 :  » Le gouvernement des juges et la lutte contre la législation sociale aux États-Unis  » qui traite de l’interprétation personnelle des « Sages » au détriment de la loi soit du contrôle judiciaire de la constitutionnalité.

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/03/les-sages-en-font-ils-trop_1812555_3232.html?xtmc=martin_collet&xtcr=1

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 04/01/2013 @ 17:04

  11. @ kuk : « C’est un peu la poule et l’œuf, cette histoire de vérité objective et de consensus : s’il n’y avait jamais de consensus, le concept de vérité objective aurait-il pu se former ? Vous le dites : « ceci est observable et vérifiable », sous-entendu : par tous. Je laisse également aux philosophes le soin d’éclaircir cela. »

    Les philosophes (certains) vous diront que ce n’est pas le problème : parce que la question est avant tout de savoir si l’on admet que la réalité est l’œuf. À partir de là, il y a un concept de vérité objective qui n’est pas le fruit du consensus, mais qui tient simplement du fait que la réalité existe (la vérité, c’est dire ce qui est). La relation de la poule et de l’œuf que vous évoquez se situe donc après la possibilité de la vérité objective, et elle porte sur des questions de méthodologie où il peut y avoir des désaccords (les opinions varient), mais où la citation d’Arendt que donne Aliocha s’applique complètement (les opinions ne sont légitimes que s’il y a un effort de viser les faits, le réel).

    Ça, c’est ce que disent certains philosophes : non pas qu’il y a une vérité objective toute faite, mais que nous devons viser à cette vérité parce que le réel existe, et le fait qu’il existe indique que la vérité n’est pas un consensus. Il est intéressant de noter que les philosophes qui ont prétendu faire la critique de cette conception de la vérité (je pense en particulier aux philosophes français des années 70) sont directement visés par la critique orwellienne du totalitarisme et de la double-pensée : ces philosophes, pour qui tout était interprétation et subjectivité (on ne vise pas les faits, on les invente, il n’y a pas de faits, le réel c’est ce que l’on veut), ne sont-ce pas ces philosophes-là qui ont suscité ou du moins inspiré cette déroute actuelle de l’information face à la réalité ?

    Commentaire par totoro — 04/01/2013 @ 17:44

  12. « Qu’est-ce que le « libéralisme de la vérité » ? C’est l’idée que « la préservation de la vérité objective et de la capacité de chaque individu à former des jugements objectivement vrais est la condition première et absolument nécessaire d’une vie libre » »

    Orwell venait de « redécouvrir » les enjeux de la révolution intellectuelle qui abouti à la Révolution française : les Lumières.
    Il se trouve qu’elles sont éteintes depuis les années 90 …
    http://calamiite.wordpress.com/2011/04/03/qui-a-eteint-les-lumieres/

    Meilleurs vœux et au plaisir de vous lire.

    Commentaire par fultrix — 04/01/2013 @ 18:21

  13. La vérité existe-t-elle ? Tout est là !
    Inutile d’ajouter « objective » à « vérité ». C’est même la rabaisser que de lui adjoindre un adjectif (comme c’est rabaisser la morale que de parler de « morale laïque »). La vérité est ou elle n’est pas. Y croyons-nous ? Pour ma part je m’efforce de le faire. On peut dire de la vérité ce que le grand rabbin Sitruk dit de dieu : « croire en lui c’est douter de lui tous les jours. » Ne pas croire en la vérité, en l’idée-même de vérité, c’est nier que le mot « vérité » ait un sens et c’est donc nier, par extension, que nos mots aient un sens. Pourtant, il faut bien qu’ils en aient un…
    Un système totalitaire est un système où seule a cours la (soi-disant) vérité officielle. vérité officielle qui n’est évidemment qu’un bloc inattaquable de mensonge(s).
    En effet, sans vérité, sans croyance en la vérité, quelle liberté reste-t-il ?
    Une société qui proclame « à chacun sa vérité » est une société livrée à la loi du plus menteur.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 04/01/2013 @ 19:04

  14. @Denis Monod Brocas : vous me rappelez un dialogue d’Henry Jeanson : à un personnage disant « la justice est généreuse, elle vous accorde un recours » un autre répond « la justice est sans adjectif, elle n’est ni au-dessus ni en-dessous » 😉
    j’avoue qu’à force de cultiver le penser contre soi, j’avais fini par flirter avec le relativisme, Philarête me ramène aux réalités.
    « Une société qui proclame « à chacun sa vérité » est une société livrée à la loi du plus menteur » dites-vous. Figurez-vous que je cherche depuis longtemps à vérifier un vieux souvenir. Peut-être que l’un des lecteurs avisés de ce blog pourra m’aider. Un vieil ouvrage d’histoire du droit que j’ai perdu commentait la fin de la démocratie dans la Grèce antique. De mémoire, le chapitre était titré « la République des avocats » et évoquait justement cette perte de repères, ce triomphe du sophisme.

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/01/2013 @ 19:12

  15. @Le Chevalier Bayard : avez-vous lu cela ? http://www.huffingtonpost.fr/guy-carcassonne/taxe-a-75-la-demolition-d-un-symbole_b_2380899.html
    quant au pouvoir des juges, il semblerait que Napoléon soit à l’origine de notre misère judiciaire 😉 il avait bien mesuré le danger des anciens parlements. Maintenant, tenter de fixer une limite aux alentours de 75% relève-t-il de l’excès de pouvoir ou du légitime pouvoir d’interprétation que notre droit confie aux juges parce qu’il a (ou avait à l’époque de Portalis) la sagesse de savoir qu’on ne pouvait tout prévoir dans la loi…. »On gouverne mal quand on gouverne trop » écrivait Portalis.

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/01/2013 @ 19:17

  16. @Herve_02 : tous mes voeux également ! Pour le reste, vous ne croyez pas que c’est un fantasme de vouloir limiter les salaires ? Dans notre société de consommation mondialisée, de plus bas jusqu’au plus haut tout le monde est incité à gagner plus que l’autre. Il y a simplement ceux qui y parviennent et les autres, qui en veulent aux premiers et ne rêvent que d’une chose, prendre leur place ou les faire tomber. La seule solution à mon avis, c’est de changer l’échelle des valeurs. Sinon, on ne fera que remplacer des tyrans obèses par d’autres tyrans obèses…

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/01/2013 @ 19:20

  17. @laplulme

    tout à fait… l’année commence bien nous sommes d’accord…

    Le but n’est pas de limiter les salaires mais diminuer le gain marginal avec l’augmentation global.

    Enfin, le premier pas pour changer de société est de limiter le pouvoir de nuisance de ceux qui « dirige », je dirais ceux qui « esclavagise ») avec un revenu universel de vie, permettant de se loger, se nourrir et avoir un minimum de confort, en adéquation avec la société actuelle.

    Ne pas être obligé de travailler. Cela va grandement fluidifier les relations sociales…

    Commentaire par herve_02 — 04/01/2013 @ 19:32

  18. Lu avec intérêt l’intervention de « Médard »
    En effet la différence entre le journalisme à l’anglo-saxonne et le nôtre est grande et je persiste à penser que si nous avions plus de précisions et un peu moins de littérature on ne s’en porterait que mieux
    Avoir du pré-digéré avec les opinions de certains n’est pas toujours ce qu’on recherche .
    De plus certains journaux entretiennent des forum où les médiateurs ne comprennent pas ce qui est écrit et censurent sans raison ce qui détourne de potentiels lecteurs
    Donnez nous des journaux de qualités avec des journalistes ayant une certaine éthique et nous achèterons la presse écrite.

    Commentaire par Scaramouche — 04/01/2013 @ 20:00

  19. @Scaramouche : j’en déduis que vous regardez en alternance Arte et LCP ? 😉 j’entends bien l’exigence de qualité et j’y adhère, mais comme l’explique Gauchet, cela impliquera au moins au départ d’accepter de s’adresser à un public confidentiel. Parce que dès qu’on vise le plus grand nombre, on se met forcément à bêtifier. Au passage, je vous signale que la presse américaine se porte fort mal.

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/01/2013 @ 20:53

  20. @ Aliocha : non ! Mais merci ! Il m’a échappé pendant les fêtes. Il est vrai que c’est bien un symbole POLITIQUE qui est fustigé !

    M. le Pr. Guy Carcassonne rappelle, toutefois, que l’essentiel de la réforme fiscale du gouvernement en particulier pour ce qui concerne cette mesure majeure qu’est l’alignement de la fiscalité des revenus du capital sur ceux du travail a été validée.

    Cela étant, que le Conseil constitutionnel de manière audacieuse ait édifié un ensemble de règles constitutionnelles à travers le – bloc de constitutionnalité – mérite d’être salué car il permet de contenir l’élan législatif dans les limites des principes auxquels les français sont attachés depuis toujours.

    Ainsi, l’Etat de droit en sort renforcé car le législateur est soumis à ce corpus de règles dont il ne peut s’affranchir.

    De ce seul point de vue il exerce donc une fonction de modérateur, et tempère opportunément la fougue de certaines majorités parlementaires, évitant ainsi que ne soient adoptées certaines lois « liberticides ».

    Pour autant, le principe même du contrôle de constitutionnalité peut être contesté : on peut y voir un « extravagant veto » (René de Lacharrière), car le mode de désignation des membres du Conseil constitutionnel (aujourd’hui anciens présidents et majorité de droite : le rapport Jospin devrait être le bienvenu… il était temps !) ne confère à ces derniers qu’une légitimité très réduite au regard de celle des parlementaires.

    http://www.huffingtonpost.fr/2012/11/09/commission-jospin-toutes-les-reformes-projet-de-loi-constitutionnel-pour-debut-2013_n_2098943.html

    En vertu de la théorie de la souveraineté, la loi expression de la volonté générale ne doit pas être entravée par un organe qui n’émane d’aucune désignation populaire.

    Vous et moi on le sait que trop la critique majeur dont bon nombre d’auteurs se font souvent l’écho c’est que le Conseil constitutionnel fonderait ses décisions sur des principes dont le contenu juridique reste imprécis ; en sanctionnant la loi au regard de ces principes, il est conduit à substituer son appréciation à celle des élus.

    Le reproche porte donc sur la subjectivité du contrôle qui pourrait permettre au Conseil constitutionnel de déclarer contraires à la Constitution les textes auxquels il est opposé.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 04/01/2013 @ 22:13

  21. @Le Chevalier Bayard : hélas, je n’ai pour toute référence en la matière qu’une remarquable intervention du Doyen Vedel lors d’une conférence au Panthéon au bénéfice du public très privilégié d’étudiants en philosophie du droit dont je faisais partie. Un étudiant lui a demandé comment il était possible de se prononcer en toute indépendance. Et le doyen de répondre que le problème n’était pas dans la capacité à s’émanciper de ses opinions personnelles, car c’était un présupposé nécessaire de l’exercice. Le vrai risque consistait à être tenté de voter dans le sens inverse de son opinion personnelle pour se prouver à soi-même sa propre indépendance. Quelle classe ! Mais bon, c’était Vedel…je n’affirmerais pas que tous les membres actuels du CC raisonnent de la même manière. Cela étant, pour la plupart, ils n’ont plus rien à prouver, que je sache…C’est la liberté des vieillards 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/01/2013 @ 22:24

  22. Evidemment, quand je dis « vieillard », je plaisante. Disons que les membres du CC en principe sont en fin de carrière et jouissent de la liberté attachée à ce statut.

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/01/2013 @ 22:27

  23. Pour ceux qui veulent savoir qui était le Doyen Vedel, c’est ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Vedel
    c’est une sorte de dieu pour les juristes contemporains.

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/01/2013 @ 22:29

  24. Et quand je dis « hélas » c’est parce que rencontrer un être d’exception peut ensuite inciter à croire bêtement que tous ses congénères fonctionnent sur le même modèle. Peut-être que oui et peut-être que non…

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/01/2013 @ 22:33

  25. @ Aliocha :

    « je suis plus précisément une juriste de droit économique ».

    Ben, chapeau bas ! Pour le dilettante que je suis, grand procrastinateur devant l’Eternel, le volume de travail que ça sous-entend m’épate
    .
    Pour ce qui est un travers (ou bénéfice, c’est selon le degré atteint…) induit, à savoir le « penser contre soi », il convient de garder à l’esprit le palier « légitimité », et de s’y arrêter. Ceci afin de ne pas se laisser embarquer, même à la marge, par le relativisme.

    J’ai cultivé à ma sauce le « penser contre soi » pendant des années, et j’en ai conclu que le stade de la légitimité était celui qui me convenait le mieux.

    Juste une petite digression… ce qui me chavire chez les juristes, c’est l’éloquence. Il y a là un bastion qui (j’espère) n’est pas prêt à tomber.

    L’éloquence et la langue… ce qui me conduit à la biographie de Madame de Maintenon, par Jean Cordelier. Un pur bonheur !

    Bananée, et meilleurs vœux à tous et toutes !

    Commentaire par Zarga — 04/01/2013 @ 22:36

  26. @laplume

    Un public c’est comme une classe : soit on décide de se la jouer facile, sans travail et on bêtifie, soit on décide de leur apprendre des choses et avec du travail, il est possible de fournir un contenu qui élève le niveau.

    Cela demande du travail, du sérieux et une liberté de parole qui devrait être lié à la carte de presse. Sinon tout le reste n’est que pub et propagande.

    Concernant « l’indépendance » de tout corps constitué, on peut tendre vers, mais il est tout bonnement impossible de l’atteindre car l’éducation, la formation, le statut social, la classe sociale tordent irrémédiablement la perception de la réalité. C’est ce que disait votre doyen : dans le doute, on devrait voter plus « dur » que ce que l’on pense pour corriger ce biais.

    Mais ce n’est pas possible pour des politiques qui ont passée tout leur vie à lutter pour se faire accepter et ont intégrés au plus profond d’eux même leurs « luttes ». Il n’est que voir la génération précédente, celle de mes parents qui a été tellement « forgée » ou « formée » qu’elle n’arrive plus à raisonner sereinement, elle ne fait que dérouler le raisonnement qui lui permet d’arriver à ce qu’elle à décidé comme vrai.

    Si en plus on tient compte que le vieux, par nature, est conservateur, comment voulez vous faire « avancer » la société avec des gens qui en majorité veulent la conserver comme elle est, même si ils acceptent à la marge quelques modifications sporadiques pour que ca ne leur pète pas à la gueule. Or dans ce cas là, les forces en présence ne font que se déplacer sur l’échiquier et rien ne se trouve changé. Si vous voulez un « nouveau » monde, il faut une redistribution des cartes qui ne peut que se faire en cassant sévèrement la manière dont cela fonctionne, pour que le « mercato » soit rapide et implique une vrai redistribution.

    Sur le conseil constitutionnel, à partir du moment il n’a pas cillé lorsque le gouvernement sarko s’est allié avec le ps pour modifier la constitution et signer lisbonne, un traité que le peuple a rejeté par référendum. Depuis ce jour là, le CC ne représente plus à mes yeux une autorité, juste des vieux de plus qui défendent les intérêts de leur classe.

    Commentaire par herve_02 — 04/01/2013 @ 22:46

  27. « La vieillesse est un naufrage » écrivait Chateaubriand avant d’être plagié par le général de Gaulle, qui en avait après Pétain. Je préfère Oscar Wilde : « Le dramatique de la vieillesse, ce n’est pas qu’on se fait vieux, c’est qu’on reste jeune ».

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 04/01/2013 @ 23:00

  28. Chevalier Bayard,
    Le Conseil constitutionnel n’est qu’un conseil et il n’est pas exécutif, il n’est que relatif comme tellement de choses de notre bas monde, à moins que les mots eux mêmes ne soient qu’imprécis.

    Commentaire par zelectron — 04/01/2013 @ 23:18

  29. Vous voulez me dire quoi exactement ? Il n’est pas exécutif bon d’accord ! Ce n’est pas le pouvoir législatif mais après ?

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 04/01/2013 @ 23:31

  30. un conseil dans notre langue peut être suivi ou non; cet organisme n’a pas le monopole de l’erreur.

    Commentaire par zelectron — 04/01/2013 @ 23:37

  31. Votre précision linguistique m’épate ! Vous en êtes sûr ? Est-ce que dans votre langue le Conseil était destiné historiquement à occuper une place maîtresse dans nos institutions ? Et, offrait-il toutes les garanties d’indépendance et d’impartialité que l’on peut attendre d’une institution qui censure la loi votée par le Parlement ?

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 05/01/2013 @ 00:08

  32. @ Denis Monod-Broca : en fait si, il faut ajouter un adjectif, car il y a deux grands types de vérités : les vérités objectives et les vérités formelles. Les deux sont tellement différentes que l’on ne sait pas s’il s’agit de la même idée de vérité dans les deux cas. Donc, le « objective » vient préciser que l’on parle du premier type.

    Commentaire par totoro — 05/01/2013 @ 02:36

  33. Cher sans peur et sans reproches
    Un gouvernement peut passer outre les avis du conseil, cela ferait le plus mauvais effet, mais c’est ainsi. Si par ailleurs il disposait de la majorité au congrès, il lui suffirait de faire modifier la loi pour que le conseil n’ait plus rien à dire.

    Commentaire par zelectron — 05/01/2013 @ 05:47

  34. Très bonne année à vous et merci de ce premier billet qui, étonnamment, reprend l’un des thèmes qui m’a marqué de mes dernières lectures

    Je pense notamment à « petite poucette » de michel Serres (philosophe lui aussi, entre autres activités -) ),

    Et il relate aussi l’hyper’information qui va changer le rôle de pas mal d’acteurs sociaux : les profs dont les élèves peuvent tout trouver seuls, s’ils cherchent, idem pour le rôle des médecins… Qui sont en face de patients informés etc etc

    C’est indiscutable , les journalistes ne sont pas en reste… Mais justement reste à savoir ce que l’on fait de toutes ces informations : s’il n’y a pas de « traducteurs » ou de « sélectionneurs », nous ne sauront pas faire grand chose de ces informations disponibles aisément ….

    Et à ce sujet, Votre phrase suivant laquelle « De là à imaginer que l’on ressente la nécessité de réinventer le journalisme dans sa fonction de tri, de hiérarchisation et d’éclairage, il n’y a qu’un pas. », est évocatrice

    Pour ma part elle ne fait que me rappeler les 9/10eme de mon activité : qualifier les faits afin de leur appliquer la bonne règle de droit (ou tenter de le faire dans le fatra’ actuel des textes dont plus personne ne sait si l’on en connaît l’intégralité et/ou la réalité car nombre de modifications/ réformes / jurisprudences passent sûrement inaperçu … faute non pas d’exister mais faute d’être sélectionnée pour ce qu’elle est vraiment )

    Et la je ne peux que me rappeler la phrase qui m’a marquée en 1ère année de fac, en cours de droit ‘sociologique pour ainsi dire : « le réel n’est jamais ce qu’on pourrait croire, mais il est toujours ce qu’on aurait du penser  » (g.Bachelard)

    Appliqué à notre thème du jour, cela me fait dire que les médecins, journalistes, juristes, prof et autres ne sont pas la pour créer tellement du savoir et / ou des informations (il y en a assez comme ça ) mais plutôt pour sélectionner , traduire, transmettre etc etc ce qui « nous intéresse  » réellement dans telle ou telle situation

    Reste à savoir ce qui « nous intéresse » tellement ?? (individuellement ? collectivement ? Socialement? Professionnellement ?)

    La encore… Le réel ne sera pas ce qu’au pourrait croire aujourd’hui ! 😉

    Commentaire par illiassov — 05/01/2013 @ 10:28

  35. @zelectron : euh, vous êtes sûr ? Il peut passer outre aux avis du Conseil d’Etat, en revanche, les décisions du CC s’imposent…Article 62 de la Constitution : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006071194#vide

    @illiassov : je n’ai pas lu le livre mais les interviews de Serre et je l’ai trouvé un peu candide sur ces évolutions, mais le livre est peut-être plus nuancé ?

    Commentaire par laplumedaliocha — 05/01/2013 @ 10:49

  36. PS – j’ai oublié d’ajouter que je pense que vous comprenez parfaitement ce que je veux dire lorsque je parle de qualification des faits … Je ne pense pas (non plus) être juriste toute ma vie en entreprise, ni avocat pour revenir à ce métier que j’ai exercé déjà il y a 6ans, mais je ne pense pas non plus que l’on puisse (se) changer autant que nécessaire pour oublier tout cela : nous resterons effectivement juristes toute notre vie, reste à accrocher une autre fonction/spécialité/passion à cela comme vous le faites dans le journalisme, et plutôt bien si je puis me permettre
    À bientôt !
    Vi

    Commentaire par illiassov — 05/01/2013 @ 10:49

  37. @aliocha : l’ouvrage plus nuancé? Je ne saurai trop dire, encore une qualification qui m’échappe ;
    La seule chose que je puis dire me concernant, c’est qu’il m’a marqué car j’ai l’impression qu’il a écrit « pour moi »… Il décrit tout ce que j’ai vécu, l’exemple du menuisier qui (lui aussi) peut s’ennuyer dans son travail qui a changé et n’est plus comme avant étant évocateur et applicable à tous métiers actuels dans nos sociétés occidentales je crois …
    Un petit tour en Afrique (pays les moins pauvres d’ailleurs en ce qui concerne mes 3 voyages de l’année 2012) vous remets quand même vite les idées en place !
    Ces informations aussi nous les avons, sur tous les pays du monde, mais encore faut’il les traduire pour ce que cela représente réellement : et pour ceux qui peuvent, comme moi, aller sur place et voir la vraie vie des gens est la meilleure traduction en direct’live sans interprète autre que soi-même 😉

    Commentaire par illiassov — 05/01/2013 @ 10:56

  38. @ 33 Cher particule élémentaire

    Perseverare diabolicum !
    Car, voyez-vous, dans notre langue si le Conseil ne détient pas le « monopole de l’erreur ? », comme vous dites, permettez-moi alors en ce début d’année de vous donner, suivant un adage populaire, un bon conseil quand on ne sait pas à qui on s’adresse : « il faut tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de plastronner des énormités » et encore je reste chevaleresque car à vaincre sans péril on triomphe sans gloire… surtout ne le prenez pas mal hein !

    Les électrons (particules élémentaires) peuvent être positifs ou négatifs et dans votre langue vous avez commis une erreur : donc vous êtes, si je puis me permettre, un zelectron négatif.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 05/01/2013 @ 14:33

  39. @chevalier

    Puisque vous semblez disposer d’un savoir intéressant, par quel miracle le CC arrivent en même temps à :

    – se ternir à la lettre de la constitution et non à son esprit en laissant faire le coup d’état permettant à un pouvoir exécutif de signer un traité refusé par la population, par référendum, car la méthode employée est « conforme à la constitution »

    – décider se s’extraire de la lettre de la loi en repoussant une loi qui « serait » contraire à l’esprit de la constitution alors que rien dans sa lettre ne semble s’opposer à icelle ?

    Soit je ne comprends pas un point important et j’aimerais bien le comprendre, soit c’est un peu à la tête du client, l’âge du capitaine le sens du vent et l’idée de ce que les « sages » se font de la société qu’ils veulent et se foutent un peu de la représentation populaire. Mais en ce cas, serait-ce encore une démocratie ?

    Commentaire par herve_02 — 05/01/2013 @ 16:40

  40. J’ai envoyé mon premier commentaire avant d’avoir lu le billet de Philarête. Et puis je l’ai lu. Il est en effet intéressant, extrêmement intéressant, et ce qu’il cite de Conan aussi. Si intéressant que c’est parfois difficile à suivre. Et je me suis dit que mon commentaire, à côté, était vraiment trop sommaire, trop simple. Mais après tout ne faut-il pas échapper à la complexité qui paralyse ? C’est très simple, il faut que ce soit simple, pas simpliste, mais aussi simple que deux et deux font quatre : la vérité existe. On peut s’interroger, on peut douter, on peut désespérer de s’en approcher jamais… mais si on n’y croit pas, si on ne s’efforce pas d’y croire, plus rien n’a de sens, plus rien ne limite le règne de la force.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 05/01/2013 @ 19:42

  41. @aliocha : dans la rubrique le hasard est parfois … Étonnant : après avoir lu le livre de michel serres, j’en cherchais un autre de lui et je suis tombé par hasard sur … Aliocha , de H.Troyat ?! 😉
    C’était environ 1 heure après nos échanges … Vraiment hasardeux le hasard ; du coup je l’ai acheté et vais tenter de le lire assez rapidement (selon le resumé de la 4eme de couv’, l’histoire aurait pu s’appliquer à mon grand père, presque immigré du fait de la guerre, mais il a « évité » cela car a dû repartir en Russie juste avant la fin de la guerre, et plus personne n’a jamais eu de nouvelles par la suite, malgré recherche de pas mal de gens comme lui… . Je tenterai peut étre des nouvelles recherches maintenant que tout est plus ouvert (ou moins fermé) … )
    À suivre donc, on en découvre tous les jours 😉

    Commentaire par illiassov — 06/01/2013 @ 00:37

  42. @illiassov : vous me raconterez, je ne l’ai pas lu. Mon Aliocha à moi est celui des Frères Karamazov 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 06/01/2013 @ 10:30

  43. @Denis Monod-Broca : ne vous inquiétez pas, je ressens la même chose quand je lis Philarête, ce qui explique pourquoi dans le billet je m’excuse de chahuter sa discipline. Le billet a même failli ne pas être publié tant j’en ressens intuitivement les maladresses et le manque de rigueur. Finalement, j’ai pensé qu’à vouloir trop bien faire, on ne faisait plus rien. Et je me suis dit que mon envie de partager ces liens était plus forte que mon souci de publier des choses accomplies 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 06/01/2013 @ 11:40

  44. @ herve_2

    S’agissant du traité vous évoquez le « coup d’Etat » d’autres on pu parler de « coup d’Etat simplifié » ou de « coup d’Etat rémanent » voire d’ « Abus de pouvoir »…

    Alors si c’est pour, « benoîtement », me demander mon sentiment j’avoue ne pas avoir de savoir particulier politique intéressant sauf que ; je ne peux que vous donner raison sur ce qui s’apparente à une forfaiture voire à une haute trahison, au sens constitutionnel du terme, comme n’a pas hésité à l’écrire à l’époque Anne-Marie Le Pourhiet professeur de droit public, mais cette expression a disparue avec la révision des dispositions sur la responsabilité pénale du chef de l’Etat intervenue en février 2007 et substituée par : « manquement à ses devoirs manifestement incompatibles avec l’exercice de son mandat » (art. 68).

    Pour autant, la mission du juge constitutionnel, en vertu de l’article 54 a été, fort logiquement, de juger le traité de Lisbonne contraire à la Constitution dans sa décision du 20 décembre 2007.

    Il a donc estimé qu’une nouvelle modification de la Constitution était nécessaire en vue de sa ratification. Elle est intervenue par la loi constitutionnelle du 4 février 2008 qui a donné la version actuelle de l’article 88-1.

    Ainsi, en vertu de l’article 89, c’est la procédure dite purement parlementaire (par opposition à celle de droit commun) qui a été appliquée.

    De sorte que, la modalité, en l’espèce, a été respectée à la lumière de la lettre et à l’esprit de notre loi fondamentale si l’on admet que le parallélisme des formes n’est pas requis eu égard à notre procédure référendaire en matière de traités (V.art. 11).

    A cet égard, il faut savoir que l’Irlande est un des seuls pays d’Europe où, en la matière, le peuple doit être obligatoirement consulté !

    Cela étant, le « privatiste » que je suis (fiscaliste) peut aussi s’interroger sur le contrôle de cohérence, comme le Pr de droit Collet ce « publiciste » précité qui dans mon précédent commentaire en @ 10, estime qu’au-delà de la « contribution exceptionnelle de 18% » de la loi de finance 2013 qui s’ajoute au – 45% + 4% + 8 % soit au fameux 75% de prélèvement au dessus 1 M€ – que dans sa décision du 29 décembre : « le juge va bien au-delà d’un tel contrôle de cohérence : il n’hésite pas à substituer sa propre vision de l’intérêt général à celle retenue par le Parlement ».

    En effet, l’exemple de l’annulation de la « taxe carbonne », déjà en 2009, l’avait été au motif du mécanisme jugé incohérent au regard du but que la loi lui assignait, ce qui était, pour le moins, déjà audacieux.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 07/01/2013 @ 00:45

  45. Petit HS: concernant le journalisme, et ses possibles modalités futures http://blogs.lexpress.fr/nouvelleformule/2013/01/08/le-cas-xxi/

    Commentaire par Kaeldric — 08/01/2013 @ 23:27


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