La Plume d'Aliocha

12/12/2012

Petite leçon de liberté d’expression

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 15:37

En France, la liberté d’expression s’ennuie. Elle a des états d’âme d’enfant gâté. Il est vrai qu’on lui passe tout, du coup elle n’a plus goût à rien.

Oh,  il arrive bien de loin en loin que l’un d’entre nous se retrouve devant un tribunal pour avoir outrepassé quelque limite élastique, sur la vie privée par exemple. Ou bien pour s’être égaré dans l’injure ou la diffamation.

Tout au plus quelques groupes actifs défendant des intérêts catégoriels avec fureur parviennent-ils de temps en temps à fouetter la liberté d’expression jusqu’au sang, lui rappelant le temps de sa jeunesse, lorsqu’elle devait se battre à chaque instant pour exister. Alors, certaines voix s’élèvent pour dire que décidément on n’a plus le droit de parler de rien en France…Ah  ? J’ai plutôt tendance à penser qu’on ne sait plus parler de rien, ce qui est différent. Que l’on trompe l’ennui sur les forums d’internet en poussant quelque gueulante dont la grossiéreté, à l’abri de l’anonymat, donne à son auteur l’illusion de la liberté. Liberté d’insulter, liberté d’être vulgaire, liberté de haranguer, embusqué derrière son masque et son écran. Jolie liberté que celle du corbeau ou du fou furieux…

Jolie liberté aussi que celle des médias, jouant en permanence la surenchère de bruit et de fureur, de jugements à l’emporte-pièce et de foutaises montées en épaisse et indigeste mayonnaise.

Et si la liberte d’expression, c’était autre chose ? Si c’était par exemple pour un avocat, lors d’un exercice d’éloquence, d’interpeler sa profession, son bâtonnier, le ministre de la justice et chaque citoyen sur la mort de Bel Laden et la manière dont nous faisons semblant de ne pas voir ce qu’elle a violé en nous de si précieux ? Installez-vous confortablement et regardez cette vidéo (Discours de Benjamin Mathieu). C’est celle du discours du Deuxième secrétaire de la Conférence. La cérémonie a eu lieu le 7 décembre au Théâtre du Châtelet. Seulement la télévision ne retransmet pas ce genre d’événement. Pas assez distrayant. Voire en l’espèce, bien trop subversif. Tant que vous y êtes, écoutez aussi l’éloge d’un grand nom du barreau, Joe Nordmann, par le Premier secrétaire de la Conférence, Quentin Lancian (sur la même page en lien que ci-dessus). Et puis revenez ici, nous parlerons de la liberté d’expression, la vraie. Celle qui n’a besoin ni de superlatif ni de grossiéreté pour se sentir exister, mais simplement d’un référent, de courage et de réflexion.

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49 commentaires »

  1. Le site du Barreau rame à mort !
    Le quicke Time en mp4 dysfonctionne, c’est bien dommage.
    J’ai pourtant la réputation d’être à jour sur ce genre de logiciel.

    Commentaire par fultrix — 12/12/2012 @ 17:57

  2. @Fultrix : non ? Et ma vieille bécane de blonde technophobe à moi fonctionne ?! Dingue !

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/12/2012 @ 17:59

  3. Bon, j’ai essayé sur mon PC poussif de bureau et ça marche, je teste en ce moment sur mon Mac hyperperformant à la maison, idem. Au passage, je précise pour les lecteurs non habitués à ce type d’exercice de rhétorique que le discours qui commence par un repas de poisson est bien celui relatif à Ben Laden. C’est aussi cela, la liberté attachée à l’exercice, déstabiliser ses auditeurs 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/12/2012 @ 19:59

  4. « Si c’était par exemple pour un avocat, lors d’un exercice d’éloquence, d’interpeler sa profession… »

    Trouvé sur « Wiktionnaire » (mais parce ce que l’orthographe m’interpellait…)
     » Interpeller (toujours en usage), du latin interpellare (« interrompre »), dérivé de pellere (« pousser »). (1990) La graphie interpeler est rendue possible par les rectifications orthographiques, au titre de la section : « Anomalies : suppression de la consonne double après un e muet »
    mais bon, moi j’écris toujours « interpeller »

    Commentaire par Alix — 12/12/2012 @ 20:30

  5. Bonsoir Aliocha,
    Quels discours! J’ignore si cette année fut exceptionnelle, ou si tous les ans les discours sont à ce point forts. Il y aurait là matière à anthologie.
    Ces discours sont libres, dans leur propos, leur forme, pire même, leurs contradictions. Et pourtant, quel exercice classique que le tribun, au pupitre, face à l’assemblée. Ciceron ne s’y serait pas senti désorienté.
    L’Histoire nous à offert la liberté de parole. Mais le talent d’en servir si brillamment reste rare. Ceux qui comme moi n’ont pas ce talent peuvent aussi, à leur échelle, participer, revendiquer de tels propos. En maintenant vivace cette liberté, pour que de tels moments restent possibles.

    Commentaire par kaeldric — 12/12/2012 @ 21:55

  6. Je regarderai la vidéo sur Joë Nordmann. C’était un drôle de coco. Je dis ça parce que je l’avais rencontré au procès Papon. C’était, certes, une grande figure du barreau, mais il était un peu (beaucoup) stalinien sur les bords. Faut dire qu’à l’âge qu’il avait, après avoir soutenu le régime soviétique toute sa vie, c’était plus dur que pour les plus jeunes de prendre quelque distance.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 12/12/2012 @ 22:46

  7. J’ai écrit mon commentaire avant de voir la fiche de Joë Nordmann sur Wikipédia. Mea culpa, je vois qu’il a finalement fait son autocritique à propos du régime soviétique. Mieux vaut tard que jamais (je ne dis pas ça pour me rattraper aux branches, mais 1965 c’est tard par rapport à ceux qui ont réagi dès que les procès de Moscou furent connus).

    Commentaire par Gilbert Duroux — 12/12/2012 @ 23:16

  8. @Kaeldric : vous écrivez fort bien, on ne peut pas tout avoir 😉 et d’ailleurs qu’en savez-vous , ça se travaille. Oui, c’est chaque année aussi bien, et ça me ressource. Certains font rire, d’autres, plus nombreux pleurer, mais à chaque fois on retrouve la même liberté, consubstantielle à cette profession. Je n’en connais pas d’autre qui puisse ainsi chahuter ses représentants, qui ne se couche pas devant un ministre…En plus je trouve que cette réunion annuelle qui rassemble une grande partie de la profession autour de ses valeurs, en cultivant son histoire en même temps qu’elle s’enracine dans le présent est très intelligente. Ensuite, dirait Céline, chacun retourne sans doute à ses petites misères quotidiennes, ces gens ne sont pas des surhommes, mais ils ont des valeurs de référence, et ça c’est précieux. Pour prendre la mesure de la chose, il faut savoir que la salle était remplie de hauts militaires dont le général Georgelin, venu remettre un prix. Qu’au premier rang il y avait le bâtonnier Castelain que Benjamin Mathieu interpelle sur son silence lors de la mort de Ben Laden. Qu’importe s’il froisse l’armée en dénigrant une opération militaire fut-elle américaine, un garde des sceaux en lui disant qu’il ne sert à rien, l’avocat dit ce qu’il a à dire. Ce qui est réconfortant dans une démocratie. Je suis contente que ça vous ai plu.

    @Gilbert Duroux : quand j’ai dit que je pensais à vous il n’y avait nulle provocation ou ironie de ma part. Je suis heureuse d’avoir entendu parler pour la première fois de cet avocat non sur son engagement aveugle en faveur du communisme au point de nier la barbarie stalinienne, mais sur l’ensemble de sa vie, belles actions et erreurs comprises. Et j’adhère à la conclusion de l’avocat : ils étaient où les tièdes et les censeurs quand celui-là se battait ? L’auteur du discours nous montre bien là à quoi sert un avocat, non pas à défendre l’indéfendable mais à inscrire les actes discutables d’un homme dans son histoire pour leur trouver un sens. Ce qu’on n’a justement pas fait avec Ben Laden…

    @Alix : depuis le temps que je me posais la question. Il est vrai qu’avec un e muet, je supprime une consonne, mais je n’avais pas été plus loin dans ma réflexion 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 09:39

  9. @laplume

    je suis toujours fasciné par ce charisme que certains peuvent avoir, étant capable de faire de beaux et longs discours. Et cet exercice là est, on ne peut le nier, anthologique.

    Maintenant, sans vouloir être contre tous et tout, à tout crin, il ne faut pas mélanger les choux et les carottes et poser sa petite rancœur contre le tout venant qui « gueule sur internet », dans l’anonymat (personne ne l’est sur internet, faut arrêter de prendre les gens pour des tanches), et je passe sur l’armée mexicaine des libertés d’être vulgaire, d’insulter etc… On aurait presque l’impression d’entendre un vieux député ou sénateur ump s’offusquer « qu’avec le internet c’est devenu un repaire de terroristes en puissance ».

    Je crois que cette manifestation s’inscrit dans un cadre bien précis et que ses « dépassements » de la bienséance parisiano-franchouillarde est acceptée pour ce qu’elle est : un exercice de réthorique. C’est un jeux, la construction d’un discours, une plaidoirie qui montre, démontre, démonte un cas : un travail d’avocat. C’est devenu tellement tabou d’interpeller la « hiérarchie » que lorsqu’une fois dans l’année quelques personnes le font, c’est un « magnifique exercice de liberté d’expression ». OK

    Cela montre surtout 2 choses :
    1 – que la contestation a été parfaitement intégré dans le système et qu’elle ne change rien.
    2 – que la liberté d’expression ne sert plus à rien, à part se faire plaisir : Quelles vont être les répercutions __pratiques__ de ces dénonciations ? Qu’est ce que cela va changer ? Rien.

    C’est un divertissement, fort culturel, mais un divertissement. Sacrée liberté d’expression

    Enfin comparer le discours de personnes dont le métier est de discourir (la crème de cette ‘élite’ qui plus est) avec le tout venant dont l’état n’arrive pas à assurer le minimum d’éducation scolaire : instruire des personnes capable d’écrire sans trop de fautes après 12-13 ans à l’école…

    Commentaire par herve_02 — 13/12/2012 @ 10:24

  10. @Herve_02 : sur internet : ce que je veux dire, un peu brutalement il est vrai, c’est que la liberté d’expression se cherche sans se trouver. C’est difficile de vivre une liberté lorsque celle-ci n’a pas à se battre pour exister. La liberté d’expression s’ennuie. C’est le sentiment en tout cas que j’ai. Alors elle cherche, dans l’art comme ailleurs, à enfoncer les ultimes barrières, de l’élégance, de la politesse, des tabous. Mais sans succès. Elle s’ennuie. Et l’on sent bien que ça ne va nulle part, qu’une fois quo’n a lâché son coup de gueule (la blogueuse comprise) on ne sent pas vraiment mieux. Tout ceci semble si dérisoire. De fait, je prends chaque année une leçon de liberté d’expression lors de cette manifestation. Notamment, quand j’y réfléchis, parce que dans la soi-disant élite que mon métier m’oblige à cotoyer, l’usage est de cirer les pompes pour s’élever, de taire les choses déplaisantes, ou bien de les exprimer en langue de bois. A l’inverse, chez les avocats, c’est à la capacité de résistance que l’on mesure la qualité et le talent. C’est cela, au fond, qui est jouissif. Alors oui, c’est un exercice de style, mais un exercice de style à rebours du léchage de cul et de la soumission, le tout dans une forme élégante. Et plus profondément, c’est un exercice d’adhésion renouvelée à des valeurs. Je ne vise pas Internet en tant que repaire à horreurs mais en tant que lieu d’expression nouvelle et libérée. Force est de constater que la chose est souvent décevante.

    Quant au caractère distrayant parisianniste, non. Si vous suivez les liens, vous verrez que les secrétaires de la conférence ont une fonction sociale fondamentale. Ils ne font pas que se distraire sur la scène d’un théâtre. Cet art oratoire, ici purement formel, est aussi et surtout leur outil de travail, celui qui peut sauver de la prison. Seulement pour maintenir vivace cette tradition de la résistance, de la contestation, de la défense, il faut la replonger régulièrement dans le bain de l’histoire, il faut la cultiver. Vous noterez sur Ben Laden que quelques voix se sont élevées à l’époque, notamment sur Internet pour émettre des doutes sur la nécessité de hurler de joie et de parler de justice. Toutefois, je ne me souviens pas avoir lu de raisonnement aussi structuré que celui de cet avocat sur les raisons pour lesquelles il n’y avait pas lieu de dire que justice avait été faite. Par conséquent, j’ai trouvé utile de le signaler. C’est une utilité supplémentaire de l’exercice, me semble-t-il 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 10:49

  11. « […] de Bel Laden et […] »
    Je ne sais pas ce que vous lui trouviez ! En ce qui me concerne, ce n’était pas trop mon type 😉

    Commentaire par Xavier — 13/12/2012 @ 11:11

  12. Oh pardon, j’ai cliqué trop tôt…
    Je voulais aussi dire que c’est rigolo, parce que vous abordez le même sujet qu’Éolas dans son dernier billet :
    http://www.maitre-eolas.fr/post/2012/12/11/Libert%C3%A9s%2C-libert%C3%A9s-ch%C3%A9ries

    Commentaire par Xavier — 13/12/2012 @ 11:12

  13. @Xavier : je n’avais pas vu. Il faut croire que la profession d’avocat est la seule qui sache encore ce que signifie liberté d’expression 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 11:48

  14. @laplume,

    Vous ne m’avez pas compris : OUI c’est leur métier de bien parler pour sauver des inculpés innocents (au moins en partie) mais CETTE manifestation est prise comme un divertissement, comme un exercice de style, comme une exhibition de leur art oratoire. Lorsqu’un acteur de théâtre déclame des vers à faire pleurer : c’est __exactement__ la même chose. Le sujet est différent, les métiers sont différents, mais la portée est la même : le résultat EST la réalisation de l’activité. Elle ne porte pas à plus, elle n’implique pas un changement, elle n’induit pas une modification immédiate. Certes elle peut faire réfléchir individuellement, mais cela ne fera pas revivre laden, ni faire comparaître ses bourreaux/assassins devant une cours de justice pour expliquer comment ils ont respecté (ou pas) les conventions de Genève.

    Ouais c’est jouissifs d’entendre 15 mecs qui parlent bien dire à une palanquée de connards imbus de leur responsabilité que ce qu’il font n’est pas bien, ok, ça soulage, mais in fine ça change quoi ? sérieusement ? l’impression que « ça a été dit » ? ok, si cela vous permet un orgasme (de nos jours ça ne se refuse pas).

    Cette « liberté d’expression » dont vous ne trouvez pas l’âme sur internet, c’est la résultante de ce questionnement : qu’est ce que cela va changer ? Prenons un exemple, dans un commentaire sous un sujet chez marianne, on apprend que du coté français, les « pères fondateurs » de l’europe sont des anti-sémites, collabo, pétainistes, atlantistes (1)

    Est-ce que cela va changer quoi que ce soit ? est-ce que les gouvernements successifs vont modifier la trajectoire ? est-ce que la politique européenne va se recadrer sur quelque chose de plus humain ? NON Parce que l’élite médiatique continue à lui lécher le cul avec délectation et parce que la véritable liberté d’expression, le vrai travail de journaliste est devenu un « divertissement », destiné à écrire des livres qui seront lus comme des romans, avec indignation à la clé, puis, comme des romans, oubliés et retour à la « vraie vie ».

    Le « peuple » en a ras la casquette, mais les outils dont il dispose ne lui permettent pas d’influer sur le cours de sa vie, alors il entre en désespérance et son mode de communication, propre à sa « classe » n’est pas un discours construit comme celui de la crème des avocats. Il ne va pas faire de « la pléiade » pour crier son incompréhension de voir un mec, tricher ouvertement lors d’élection interne pour se retrouver en position de se présenter à la présidence, il va juste dire que c’est un encullé. Oui c’est moins classieux que 25 minutes de discours flamboyant avec épithètes et attributs et tournures agréables : mais cela dit la même chose. Et cela ne change rien. Certains se lassent et enferment leur désespérance au fond d’eux (quitte à se détruire) et d’autres poussent un peu le bouchon un peu plus avant, et tout recommence, certains se lassent, d’autre non etc…. il faudra à un moment une rupture, parce que dans ceux qui auront tenu sans se désespérer on retrouvera les enragés qui seront devenu violents car ils n’auront pas trouvé d’autres moyens d’agir.

    La liberté d’expression ne vaut que si elle permet de véritable changement, si elle est relayé par des instances qui ont le pouvoir de faire plier, d’être écouté ET entendu. Vous savez les chiens de garde de la démocratie blablablabla… remparts contre la barbarie et toussa

    Voila ce que pense Michel Naudy, journaliste placardisé qui s’est suicidé, de cette élite médiatique qui donne le ton « A leurs yeux, les classes populaires sont une réserve d’indiens. Ils ne les connaissent pas ; ils ne viennent pas de ces milieux ; ils n’en connaissent pas les codes ; ils n’en connaissent pas les préoccupations ; ils n’en connaissent pas les conditions de vie ; ils n’en connaissent pas la culture ; ils n’en connaissent pas les traditions. Dès l’instant que ces gens sortent de leur rôle, celui de gens pittoresques identifiables à des poncifs idéologiques, ils deviennent dangereux »
    (trouvé également sur marianne)

    (1) http://www.marianne.net/Salaires-ceux-que-la-crise-n-empeche-pas-de-dormir_a225124.html?com#comments
    >>> ici >>> 13.Posté par Jacky EOUZAN le 13/12/2012 07:34

    Commentaire par herve_02 — 13/12/2012 @ 12:17

  15. @Herve_02 : et alors, vous proposez quoi ? Un suicide collectif ? Ou bien continuer de s’exciter avec les papiers de Marianne (entre nous s’il existe un repaire de gauche caviar, c’est bien ce canard depuis que JFK en est parti). Bien sûr que si les mots ont le pouvoir de changer les choses. Et même ce discours que vous trouvez si vain. Peut-être que lors de la prochaine exécution sommaire d’un ennemi public la justice lèvera la main pour dire qu’on déconne, parce qu’un jeune avocat aura mis le doigt dans la blessure lors d’un exercice d’éloquence, dans un théâtre, pour faire semblant. Parce qu’il aura traité tout le monde de guignols (quand même !). Permettez-moi de préférer cela au papier facile de Marianne. A tout prendre, l’avocat est autrement plus sérieux.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 12:44

  16. Comme le relève assez justement un internaute en commentaire sous l’article, la fin du monde a commencé puisqu’on annonce le départ de Pulvar des Inrocks http://www.leparisien.fr/laparisienne/actu-people/les-inrockuptibles-audrey-pulvar-sur-le-depart-13-12-2012-2404249.php

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 13:54

  17. « Celle qui n’a besoin ni de superlatif ni de grossiéreté pour se sentir exister, mais simplement d’un référent, de courage et de réflexion. »

    Que la liberté d’expression ait besoin de courage et de réflexion, j’en suis d’accord, mais qu’est-ce que ce réfèrent dont vous parlez ?

    Je n’ai pas encore trouvé le temps d’écouter tous les discours mais merci beaucoup de nous les avoir signalés.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 13/12/2012 @ 14:04

  18. @Denis Monod-Broca : franchement, regardez-les, ça devrait vous plaire. Le référent ? Pour ces avocats, c’est la justice, leur tradition ancestrale de défense, le respect de la robe qu’ils portent. Il me semble que si on ne sait plus quoi faire de la liberté d’expression, c’est tout simplement parce qu’on ne trouve plus de valeurs à défendre, non ? Et que l’invective, la colère, la frustration ne mènent jamais très loin 😉 alors que dénoncer la lâcheté par exemple d’une justice qui n’a pas été capable de s’indigner de la mort de Ben Laden sans procès, ça a de la gueule. Ceux qui ont dénoncé cela à l’époque me semblaient bien en peine d’argumenter très loin. Parce qu’il leur manquait justement les références que l’avocat que je cite ici a trouvées, lui. C’est ce qui donne de la profondeur à son discours, ce qui l’écarte d’une simple posture oratoire qui consisterait à plaider une cause sulfureuse pour le seul plaisir de l’exercice rhétorique.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 14:24

  19. C’est jamais bien malin de se citer soi-même mais, sans certainement avoir le talent de M° Mathieu, j’avais écrit ça en mai 2005 :

    « Justice est faite » dit M. Alexis Brézet reprenant, comme M. Sarkozy, les termes de M. Obama.
    Non, justice n’a pas été faite.
    Une opération commando a été menée à bien, une bataille a été gagnée, une revanche a été prise, une vengeance a été consommée, une mise a mort a été exécutée, un homme a été jeté en pâture à l’opinion, un sacrifice a été offert au dieu de la force… il y a diverses façons de décrire l’événement mais affirmer en l’affaire que justice a été faite est une tragique méprise.

    Et aussi ça :

    Jean-François Kahn oppose dans son bloc-notes Ben Laden et Jésus, fils du diable et fils de dieu, apôtre de la haine et apôtre de l’amour. Oui certes. La vie de l’un est parsemée de crimes, celle de l’autre est sans tache. Mais il en va tout autrement aux yeux de la foule. Là, l’opposition s’estompe, les différences disparaissent. La foule de Jérusalem hier était persuadée de la culpabilité pleine et entière de celui-ci, les foules occidentales aujourd’hui sont persuadées de la culpabilité pleine et entière de celui-là, à égalité. Et la foule, toujours, sûre de son bon droit, est convaincue, à l’unanimité, aujourd’hui comme hier, que le coupable doit être éliminé, qu’aucune pitié n’est de mise, qu’aucune larme ne mérite d’être versée sur son sort, qu’il en va de la justice, de la paix, de l’intérêt général… « Il y a intérêt à ce qu’un homme meurt pour le peuple », dit le grand prêtre Caïphe. Ces mots vieux de 2000 ans résonnent étrangement. Ils expriment avec grande lucidité ce que pense la foule. Ils disent aussi sans ambiguïté, si l’on croit un tant soit peu en la justice, que la foule se trompe. Non, il n’y a jamais intérêt à ce qu’un homme meure. L’exécution de Ben Laden n’est pas une victoire, elle est une tragique défaite. En dépit de nos solennelles pétitions de principes et de nos promesses sans cesse renouvelées et de nos sempiternelles professions de foi et des leçons de morale que sans vergogne nous déversons sur le monde… nous retombons toujours dans la pensée sacrificielle.

    Ou encore ça :

    Dans le code pénal la peine capitale a été effacée, dans les esprits elle est loin d’être abolie.
    Aucun crime n’est plus en France d’une gravité telle que son auteur mérite la peine capitale. Mais nous considérons que certains hommes, l’actualité en donne un exemple frappant, sont si profondément coupables qu’ils méritent d’être éliminés, même sans jugement.
    Cela est absurde. C’est reprendre d’une main ce qu’on a donné de l’autre. C’est ne pas savoir ce que les mots veulent dire.
    Si nous étions cohérents, c’est le contraire que nous ferions : nous considérerions que certains crimes sont si graves qu’ils méritent d’être punis de mort et nous serions convaincus que jamais aucun homme ne doit être exécuté. En d’autres termes, si nous étions aussi rationnels que nous prétendons l’être, nous aurions maintenu la peine capitale dans le code pénal, et nous ferions un effort volontaire et constant pour la chasser de nos esprits et qu’ainsi elle ne soit pas appliquée. Nous prétendons avoir aboli la peine de mort et nous nous réjouissons de l’exécution extrajudiciaire de Ben Laden : c’est complètement inconséquent !

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 13/12/2012 @ 14:52

  20. @Denis Monod-Broca : les exercices sont différents, il plaide, vous écrivez, mais la lucidité est la même…

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 14:58

  21. De là à dire que l’essentiel de l’inspiration nait d’une transcendance, qu’il s’agisse de l’idée de justice ou de celle de Dieu…Seulement voilà, le discours mediatico-commercial du moment tend au contraire à gommer toute forme de valeur, celles-ci étant considérées au choix comme des freins au plaisir ou des tyrans préhistoriques à abbatre pour le plus grand bonheur de l’humanité.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 15:00

  22. @Aliocha 21: voilà qui nous éloigne de la liberté d’expression. Je ne saurais l’exprimer en seulement quelques lignes, il faudrait un billet complet pour traiter ce point. Mais non, sans mépris, rancœur ou perversité, il est possible de nier la transcendance. Pas en tant que fait social, bien entendu, le concept existe, est utilisé, et nombreux sont ceux qui y croient (faute de meilleur mot). S’il m’arrive de ne pas être inspiré, je ne l’avais encore jamais attribué ces faiblesses à mon relativisme matérialiste 🙂

    Commentaire par Kaeldric — 13/12/2012 @ 15:39

  23. Mais Cher Kaeldric, je ne fais que lancer une hypothèse, n’hésitez surtout pas à développer votre pensée ! Vous avez ici toute la place que vous voulez.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 15:46

  24. @laplume

    ce qu’on fait ? vous posez la question ? j’explique pendant whatmille lignes que les gens se renferment parce que la presse, les journalistes ferment leur mouille et vous journaliste vous demandez ce qu’il faut faire ? Vous vous cachez derrière quelques avocats qui font leur show d’éloquence pour espérer qu’un jour la justice fasse son travail ?

    Je ne dois pas bien avoir compris…. La liberté d’expression en chienne de garde du journalisme qui disparaît. Il fallait le faire. Vous ne croyez pas que ce qui a été dit n’aurait pu être dit par un journaliste ? ce n’est pas son métier ? il ne peut poser la question à un avocat ? il ne peut compulser, réfléchir ? Surtout il aurait pu avoir un véritable impact _national_ et dans l’opinion et pas une manifestation « réservée » ou ne vont que ceux qui savent déjà et font perdurer la chose.

    Ce n’est pas la liberté d’expression qui disparaît c’est la lâcheté du journaliste qui déséquilibre le système qui était en place.

    ce qu’il faut faire ? son travail je dirais, mais lécher des culs ça fatigue.

    Commentaire par herve_02 — 13/12/2012 @ 16:46

  25. @Denis Monod-Broca

    Le sujet de la morte d’OBL mérite effectivement une plus ample discussion, celle-ci n’a jamais été véritablement ouverte, tant la difficulté reste grande de défendre l’archivilain ennemi de l’occident. Il me paraît cependant que l’état de guerre demeure par principe une suspension – à caractère temporaire certes – des normes qui encadrent la violence d’Etat, et que par conséquence l’expression « exécution extra-judiciaire » me paraît ici hors sens – de même que je trouve aussi impropre que vous la réaction d’Obama (« Justice is done »).

    A moins de développer un point de vue conspirationniste, il me paraît difficile de ne pas conclure que Ben Laden était clairement architecte d’une organisation qui a pour objet l’agression armée contre les Etats-Unis (ainsi que d’autres Etats), et que par voie de conséquence l’usage de la force militaire contre cette organisation et ses membres constituait une réponse légitime.D’autres options pouvaient être préconisées, mais là n’est pas le sujet.

    Je ne livre pas ici une apologie enthousiaste de l’homicide de Ben Laden, simplement j’ai le sentiment que l’opération qui a abouti à sa disparition ne peut être considérée différemment que l’embuscade aérienne contre l’avion de l’amiral Yamamoto en 43, repérée suite à un décodage de messages radio – un exemple parmi d’autres. Je cite à dessein le cas particulier de cet amiral, car on le disait très réticent à la guerre, il n’était également pas protagoniste des nombreux crimes commis par le Japon impérial à l’époque, ainsi n’aurait-il probablement pas été traduit en justice à l’issue de la défaite s’il avait survécu – à l’instar d’autres responsables nippons. Peut-être même l’aurait-on vu plus tard en visite cordiale auprès de ses anciens adversaires et signer des autographes de sa biographie. De nombreux généraux nazis ont de fait suivi ce plan de carrière durant les années 50 et 60.

    Franchement, il y a à mon sens beaucoup d’autres motifs de contestation qui peuvent être portés contre les actions des Etats-Unis depuis 2001: la tolérance manifeste envers la torture, l’hybris impérialiste au moment de l’aventure irakienne, l’impasse d’une intervention militaire en Afghanistan qui ne présente plus aujourd’hui un caractère évident de nécessité, l’impéritie dans la conduite de ces guerres, et, bien entendu, la surprenante croissance des attaques par drones sous le mandat d’Obama, qui atteste que malheureusement, l’Amérique n’arrive pas à se détacher du plaisir immature de contempler les manifestations de sa propre puissance. Il ne faut pas se focaliser sur la mort de Ben Laden, il s’agit d’une incontestable victoire tactique, mais au-delà de ce constat, cela reste un évènement dont nous ne savons pas aujourd’hui évaluer l’exacte portée.

    Commentaire par Switz — 13/12/2012 @ 16:55

  26. @Herve_02 : tiens, ça faisait longtemps que l’on n’avait pas lancé la pierre aux journalistes. Figurez-vous qu’ils en ont marre les journalistes, parce que ce qu’ils disent, tout le monde s’en fout. Vous sortez un scandale sur un homme politique ? Il est réélu trimphalement ? Vous rapportez des images de guerre ? On vous accuse de vouloir faire des ventes en montrant des horreurs. Vous dénoncez un scandale économique ? Tout le monde trouve ça trop compliqué à comprendre. Les chiffres d’audience des chaines télé sont formels : Ruquier sur France 2 intéresse bien plus qu’Envoyé Spécial. Et je ne vous parle pas d’Arte. Alors qu’on ne vienne pas critiquer ensuite la petite élite qui a tout compris : elle amuse les foules et s’en fout plein les poches. Vous savez pourquoi ? Parce que la mode est au ventre plat mais à l’esprit cellulitique. Fin de civilisation. Personne n’y peut rien.

    @Switz : ce ne sont pas les Etats-Unis qui sont en cause, après tout, on leur a déclaré la guerre et ils ont répondu par la guerre. Dont acte. Ceux que vise Benjamin Mathieu, ce sont les gens de justice qui se sont tus et ont ainsi trahi leurs valeurs. Et il a raison de pointer cela. Plus profondément, nous aurions tous gagné à ouvrir le dossier en justice et à comprendre ce qui s’était passé.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 17:08

  27. @herve_02 et @laplume : Moi, petite étudiante de province, n’ayant qu’une connaissance extrêmement limité du fonctionnement de la Justice française et internationale au gré de quelques grands procès couverts par quelques grands médias et de quelques articles (Dieu merci) de la Plume d’Aliocha, j’ai pris plaisir et intérêt à écouter les discours des deux secrétaires de la Conférence. J’y ai appris des choses, je me suis laissée surprendre par leurs effets de rhétoriques, je me suis étonnée qu’une personne en robe si jeune puisse interpeler (?…ça fait bizarre quand même…) de manière si insolente de vénérables pontes de la Justice, j’ai appris qui était Joe Nordmann, j’ai apprécié le fait de pouvoir constater qu’il y avait encore une place dans le Justice d’aujourd’hui pour sa propre remise en cause et que ce qui a été dit dans des dizaines de chansons de rap est également parvenu, sous une autre forme certes, aux oreilles de nos élites, et pas n’importe lesquelles, celles qui ont du pouvoir, le pouvoir de priver les hommes de leur liberté, voire de leur liberté d’expression…
    (Voir Youssoupha-Menace de Mort http://www.youtube.com/watch?v=Arve4ZB8jog ).
    Puis j’ai lu tous vos commentaires, je me suis encore étonnée à la lecture des commentaires pertinents d’Hervé et j’ai été agréablement surprise par la manière dont La plume d’Aliocha (que j’en profite pour remercier pour ses billets que j’ai toujours plaisir à trouver dans ma boîte email : enfin quelqu’un qui semble faire son travail…!) défendait son point de vue.
    Puis j’ai eu envie de laisser moi-même un commentaire, c’est rare croyez-moi, je suis plutôt du genre désabusée, « de toute façon ça sert à rien qu’à rajouter un peu d’incompréhension, j’ai pris ce que j’avais à prendre ». J’ai pris part au débat, j’ai agi !
    Ce soir, c’est tartiflette avec les copains, je vais en profiter pour leur toucher un mot de tous ça, de manière non anonyme…On va parler de la Justice, à laquelle on connaît rien ou si peu mais telle qu’on la perçoit, on va parler d’Internet, de l’Information et des commentaires de bas de page, on va parler de Ben Laden et de ses morts, on va parler de l’injustice…et peut-être même de l’Ajustice…
    Alors vous voyez à nous tous, à vous quatre, les deux Secrétaires, la blogueuse et Hervé, vous aurez peut-être changé quelque chose en moi, puis moi en les autres…n’est-ce pas ainsi que changent les mentalités ? N’est-ce pas ainsi que l’on change les choses à l’échelle d’une société ? N’est-ce pas ainsi qu’évolue notre perception du monde ? N’est-ce pas cela en fait faire vivre et jouir de la liberté d’expression ?

    Commentaire par Clarounchkaya — 13/12/2012 @ 17:57

  28. @ xavier (12)

    Je crois que pour une fois Maître Éolas se plante en invoquant la liberté d’expression parce qu’il serait question de refuser une publicité allant contre les valeurs du Nouvel Obs’. M° Éolas devrait savoir que le Nouvel Obs’ est, théoriquement, un journal d’opinion de gauche (je dis bien théoriquement parce que lorsqu’on lit la bouillie libérale de Joffrin, on peut s’interroger) et que par conséquent refuser de donner des tribunes à des adversaires idéologiques n’a rien à voir avec l’atteinte à la liberté d’expression. Il y aurait atteinte à la liberté d’expression si, par exemple, on interdisait au Front national de publier. Ce n’est pas le cas, il y a des tas de publications qui relaient les idées du FN. Ou bien si on n’accordait pas à ce parti le temps qui doit être le sien sur les médias publics. Ce qui n’est pas le cas non plus, La Pen a eu son temps de parole pendant la présidentielle et est toujours invitée sur les ondes publiques. Il en va de même pour l’association du professeur Lejeune qui peut parfaitement faire publier ses écrits.

    M° Éolas : « En outre, l’auteur se scandalise que le journal qui a publié le manifeste des 343 salopes publie une telle pub, confondant le contenu rédactionnel et le contenu publicitaire, alors que le second ne sert qu’à financer le premier qui seul représente les idées de la rédaction. »
    M° Éolas, grand spécialiste du droit, donneur de leçons universel, devrait savoir qu’un canard peut refuser de faire paraître une publicité sans qu’il y ait refus de vente. Ce n’est pas nouveau, la loi sur la liberté de la presse date de mars 1881. Elle laisse une grande liberté au responsable d’un journal, qui peut à tout moment interrompre la diffusion d’une publicité qui serait « contraire aux lois et réglementations en vigueur, ou qui serait contraire à la bonne tenue, la bonne présentation ou l’image de marque du support ». Ce même responsable n’a pas à justifier de son refus.

    Mais peut être que M° Éolas a comme idée du pluralisme et le la liberté d’expression cette fameuse formule de Godard : la démocratie, c’est 5 minutes pour les juifs et 5 minutes pour Hitler. Il est complètement délirant à vouloir que chaque journal soit pluraliste. Voudrait-il obliger les publications d’extrême-droite à passer les pubs de SOS racisme ?

    Commentaire par Gilbert Duroux — 13/12/2012 @ 18:12

  29. @laplume

    alors on fait quoi ?

    Ensuite, juste pour polémiquer : le travail du journaliste ce n’est pas de mettre fin à un état mais de le dénoncer : que des politiques soient (RE)élus alors qu’ils ont été dénoncés par des articles ça change quoi au métier de journaliste qui est de dénoncer ? Ça l’empêche de continuer à faire son travail qui est de dénoncer ? il en a marre ? oui tout le monde en a marre. Alors on fait quoi ?

    @Clarounchkaya
    c’est trop d’honneur pour moi 😉 mais la flatterie marche toujours avec les vieux mâles.

    Commentaire par herve_02 — 13/12/2012 @ 18:32

  30. @Gilbert Duroux : de gauche l’Obs ???? Ah, ah, ah, alors moi je suis trotskiste. Parlons donc de la ligne rédactionnelle, j’adore les objets qu’ils nous présentent sur le thème : si t’as pas ça à 50 ans c’est que t’as raté ta vie. C’est ceux du Fig Mag mais version rive gauche ! Quant à Eolas, je l’ai lu très vite mais je partage son allergie pour les censeurs-au-nom-des-bons-sentiments-et-du-progrès-inéluctable-de-l’humanité-vers-un-monde-meilleur-pour-peu-qu’on-fasse-taire-les-réacs.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 19:11

  31. Herve_02 : pourquoi faut-il toujours que vous soyez aimable avec toutes les femmes ici excepté avec moi ? Qu’ai-je donc fait au bon dieu pour susciter chez le macho de base une envie immédiate et irrépressible de me clouer le bec ? Ô misère….

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 19:12

  32. @ aliocha
    Pourquoi ai-je utilisé l’adverbe « théoriquement », d’après vous ? Sinon je ne vois pas où est la censure. Où avez-vous vu que la presse d’opinion serait obligée de donner la parole à tout le monde ? Ça n’a rien à voir avec la censure. « Présent », « Minute », « National Hebdo » ne donnent pas la parole à Besancenot, que je sache. Et inversement « Rouge » n’offre pas des tribunes à Le Pen. Personne ne hurle à la censure pour autant. C’est tout à fait normal. La censure, ce serait d’interdire l’un de ces titres.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 13/12/2012 @ 19:40

  33. @laplume
    Moi macho ? Sexiste par éducation, je veux bien, mais macho… je veux bien vous laisser payer l’addition si vous m’invitez c’est dire si vous vous trompez.

    Vous ne flattez pas le vieux mâle, vous le brossez dans le mauvais sens du poil, alors forcement ça grogne…. 😉

    bon allez ❤ ❤ ca va comme ca ? ou il faut être plus…. explicite ?

    Commentaire par herve_02 — 13/12/2012 @ 19:43

  34. @Gilbert Duroux : j’ai vu votre « théoriquement » mais pour une fois que je peux faire comme mes lecteurs et ignorer délibérement une nuance de raisonnement, ça me délasse ! Plus sérieusement, ce canard ne mérite pas son appellation de journal de gauche, mais bon. Et c’est une fille de droite qui vous le dit. Pour Eolas, je crois qu’il conteste, comme moi d’ailleurs, toute forme de prétention à interdire aux autres de parler ou à se scandaliser qu’on puisse les laisser s’exprimer. Genre la mairie de je ne sais plus quel arrondissement de Paris qui coupe l’électricité au moment de l’interview de Frigide Barjot. C’est nul comme attitude. Pourquoi croyez-vous qu’un tout jeune avocat, qui doit peser 40 kilos tout mouillé, qui n’a à ma connaissance aucun appui particulier, peut se permettre lors d’une cérémonie officielle de tacler ses représentants, les juges et un ministre ? (voir le discours cité dans le billet) Parce que justement la tradition de la profession leur offre cette incroyable liberté de tout dire. Dans le débat judiciaire d’ailleurs, on retrouve la protection de cette liberté, l’avocat jouissant d’une immunité quasi-totale. C’est comme ça qu’on peut penser, contredire, évoluer, amener les autres à évoluer si l’on pense avoir raison. Pas en imposant le silence. Ce n’est pas pour rien que sur un blog consacré au journalisme je fais l’éloge de la liberté d’expression telle qu’elle est vécue par les avocats. Je crois que ma profession devrait en prendre de la graine.

    @Herve_02 : il faut être plus explicite, je comprends pas vos bidules. En revanche vous me confirmez les raisons de mes difficultés avec la gente masculine. Il faut que j’apprenne à sourire et à me taire.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 19:57

  35. @Clarounchkaya : Contente que cette découverte vous ait intéressée, mais oubliez la « petite étudiante de province », il n’y pas d’esprit pompeux ici, j’y veille, donc ni grands ni petits, ni parisiens ni provinciaux 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 20:05

  36. @laplume

    Attention si vous abordez la gente masculine avec sourire et silence c’est un statut de plan cul que vous cherchez (mais comme vous semblez cherchez l’orgasme y a moyen de moyenner)

    Pour les bidules, comme les smileys, ils se lisent en tournant la tête (mais de l’autre coté) ca fait des petits coeurs. Pour les trucs plus explicites j’hésite un peu, il y a des jeunes filles ici et je ne veux pas non plus montrer que ma rustrerie peut vite revenir.

    Commentaire par herve_02 — 13/12/2012 @ 20:06

  37. @Gilbert Duroux : l’Obs aurait pu refuser, il publie. Donc Eolas n’oblige aucun canard à publier ce qu’il ne veut pas, il invite juste une lectrice à ne pas hurler quand quelque chose ne lui plait pas. Justement au nom de la liberté d’expression.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 20:07

  38. @Herve_02 : ah, tout s’éclaire ! Donc, en fait, je ne change rien et j’assume ma position intenable de cérébrale romantique 😉 Pour les petits coeurs, fichtre, vous connaissez des trucs de d’jeuns !

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 20:09

  39. @ Aliocha

    Ben non. Éolas ne s’adresse pas qu’à la lectrice puisqu’il reproche à Joffrin et à Dély de s’excuser au lieu d’assumer la publication de la pub : « Au Nouvel Obs, la liberté d’expression est un dysfonctionnement, une erreur de fonctionnement interne déplorable qui justifie des excuses motivées ». Au passage, Aurore Bergé ne réclame pas la censure, elle reproche au journal son manque de cohérence (de la même manière qu’un lecteur de « La Décroissance » pourrait être choqué de trouver dans son canard une pub pour la dernière Porsche 911). Toujours au passage, Éolas dit une grosse connerie lorsqu’il dit que « seul le rédactionnel représente les idées de la rédaction ». Si c’était vrai on ne verrait pas, comme ça arrive parfois, les journaux refuser certaines pubs parce qu’elles vont à l’encontre de leur ligne éditoriale.
    Enfin, Éolas pourrait nous épargner la grandiloquence ampoulée de sa conclusion : « France, depuis quand as-tu peur du premier mot de ta devise ? » Où a-t-il vu que la liberté était menacée dans cette affaire de pub mal assumée ? Il s’écoute plaider, ma parole.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 13/12/2012 @ 20:28

  40. @Gilbert Duroux : oui, mais on n’est toujours dans la réaction a posteriori, puisqu’il commente les excuses, pas l’absence de publication. D’ailleurs, j’aime beaucoup sa formule, même s’il y a toujours avec Eolas un je ne sais quoi de mauvaise foi qui peut irriter, j’en sais quelque chose 😉 Moi ce qui me choque, ce sont les pubs « devenez trader » sur les sites Internet, en particulier quand vous faites une recherche d’articles sur les rogue traders. En première analyse c’est choquant, en deuxième, c’est con. Mais bon, con et choquant ne sont ils pas les deux adjectifs qualifiant la publicité en général et tout particulièrement en ce moment ?

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/12/2012 @ 20:35

  41. @ Aliocha # 18 :

    « …l’invective, la colère, la frustration ne mènent jamais très loin »

    Concernant l’invective, chère hôtesse, je ne suis pas tout à fait d’accord.
    Ça se travaille, voyez-vous, et ça offre parfois des pépites ! Il y a un peu plus d’une vingtaine d’années de cela, je suis tombé dans « Actuel », sur un article consacré à Laurent Tailhade, qui fut en son temps surnommé par Léon Bloy « le cyclope des vespasiennes ». L’article en question citait une intervention de Tailhade qui pestait à l’époque contre la pompe avec laquelle la république recevait le Tsar Nicolas II… un régal !

    La rubrique livres de « La Croix » a aussi attiré mon attention, il y a quelques temps, sur un des cahiers rouges de Grasset, consacré aux souvenirs littéraires de Léon Daudet… et je viens de mettre la main sur ce lien, nous pourrons échanger nos impressions respectives après lecture :

    http://fr.wikisource.org/wiki/Livre:L%C3%A9on_Daudet_-_Souvenirs_des_milieux_litt%C3%A9raires,_politiques,_artistiques_et_m%C3%A9dicaux_%28I_%C3%A0_IV%29.djvu

    Pour peu qu’elle soit maniée avec talent, l’invective mène loin ! Et sous une certaine forme, je lui reconnais une parenté avec la liberté d’expression.

    Pour ce qui est de l’anonymat d’Internet, j’y vois parfois un avatar de la facilité avec laquelle la distance laisse à penser à certains qu’ils peuvent laisser aller leur trop-plein de bile et de fiel où bon leur semble.
    Je le rapprocherais de la propension de certaines personnes à être d’une grossièreté sans borne au téléphone : on est loin de son interlocuteur, on ne le voit pas et lui non plus ne vous voit pas : alors on se déboutonne, n’est-ce pas ? On se débraille, on gesticule, on vocifère… c’est la fête !

    J’en ai fait l’expérience, et j’ai constaté que dans la majorité des cas, l’agité du combiné se radoucissait à mesure qu’on se rapprochait de lui, et que l’échange se faisait face à face, dans le blanc des yeux.

    A rapprocher des réflexions de Daniel Cornu sur l’Internet et l’anonymat… je ne pense pas vous avoir jamais remercié de nous avoir mis en lien les écrits de monsieur Cornu, alors : merci !

    Dites, c’est dense en ce moment, c’est nourrissant, ça fait un bien fou ! Quelle fraîcheur ! Mille fois merci !

    Commentaire par Zarga — 13/12/2012 @ 23:58

  42. Oh, et puis faudra que je retrouve une interview de Jean Carmet, celle où il raconte certains de ses canulars.

    Ça se déroulait sur des années ! ça donne le vertige, et en même temps ça fait envie… j’adore le passage où il raconte comment pendant des années il s’est fait passer pour un con, et comment il a peu à peu semé le trouble : « Carmet, il est pas si con que ça : l’autre jour, je l’ai même vu passer avec un livre sous le bras ! » (de mémoire, sans garantie sur le verbatim, mais l’esprit y est) le tout conté avec son air inimitable.

    Et puis un film : « Comment réussir sa vie quand on est con et pleurnichard »… et puis Stéphane Audran, tout de même…

    Commentaire par Zarga — 14/12/2012 @ 00:19

  43. Merci pour cette découverte.

    Commentaire par gnarf — 14/12/2012 @ 01:04

  44. @ aliocha et @herve_02

    Pan ! le drame. Je suis, chère aliocha, contraint de dire que je suis, pour une fois, d’accord avec Herve_02.
    « tiens, ça faisait longtemps que l’on n’avait pas lancé la pierre aux journalistes ». Et bien, Herve_02 a raison. Les chiens de garde de la démocratie s’ébaubissent devant la performance de certains avocats. Tout va bien et l’info est intéressante. Mais le contenu ?
    « Figurez-vous qu’ils en ont marre les journalistes, parce que ce qu’ils disent, tout le monde s’en fout ». Donc ils ne disent plus rien ? Alors ils ne sont plus les chiens de garde de la démocratie ? Alors pourquoi maintenir le secteur de la presse française en activité à grand coup de millions ?
    (1,2 milliard d’€, projet de loi de finance 2013, rapport d’octobre 2012, sans parler de votre niche fiscale, mais ça, c’est un détail).

    La nature ayant horreur du vide, lors de la disparition de la presse française, d’autres journaux prendront le relais (étranger bien-sûr, allemands ou anglais par exemple) et le journalisme perdura.

    Ceci dit, vous connaissez bien les blogs, Twitter et autres. Vous voulez vous faire entendre ? Alors faites du Buzz (avec du fond). C’est bien plus efficace que deux articles dans le Figaro, Le Monde ou L’humanité.

    Pardon pour ma mauvaise humeur de ce soir

    Commentaire par Ctpjano — 14/12/2012 @ 22:15

  45. @Ctpjano : vous êtes pardonné. Cela étant, je n’ai pas dit qu’on ne bossait plus pour autant, j’ai juste dit que c’était désespérant de hurler dans le vide. Il y aura toujours du travail journalistique parce qu’il y aura toujours des gens curieux, un brin idéalistes et courageux. Je dis juste que c’est désespérant de voir qu’on gagne plus sur tous les plans à chanter le petit bonhomme en mousse qu’à faire des trucs utiles dans les médias, parce qu’il y aura toujours plus de gens qui veulent se détendre que de gens qui veulent réfléchir. Sauf que dans un société où triomphe l’adage « prend l’oseille et tire-toi » on peut se demander s’il y aura encore un financement pour faire réfléchir dans les années qui viennent. C’est cette question là qui se pose aujourd’hui au journalisme. Et sans vouloir mettre pompeusement la démocratie à toutes les sauces, il s’agit bien ici d’une question de démocratie. Gagner moins que des guignols, pas de problème. Pas pouvoir tirer subsistance de son travail, c’est plus ennuyeux. Que je fasse du buzz ? Surement pas. Je suis intervenue hier à un colloque à Lyon 2 sur l’affaire Kerviel, à côté de 4 professeurs de droit. Ils m’ont invitée parce qu’ils ont compris l’affaire et les décisions de justice en lisant mon livre, m’ont ils dit. Et ils m’ont remerciée ensuite de n’avoir pas dérapé dans le journalisme de caniveau. C’est ce qui a rendu mon travail crédible à leurs yeux. J’aurais pu mettre sur la place publique la vie privée de JK par exemple. Un éditeur me me l’avait demandé, en soulignant que pour attirer l’attention de mes confrères, il fallait du croustillant, sinon, je n’aurais pas d’article et donc pas de vente. Je le savais, je ne suis pas sotte, mais je préfère l’estime d’universitaires au buzz et plus profondément, je préfère le boulot sérieux aux pitreries. J’ai fait ce livre justement pour que des scientifiques s’en emparent et puissent, sur la base des faits bruts que j’ai rapportés, essayer d’améliorer le système. Cela étant, dans le système actuel, on ne vit pas de ce genre de démarche. C’est cruel, mais c’est ainsi. A vue de nez, le livre va me rapporter une petite poignée de milliers d’euros. Pour deux ans de travail. Et le risque de me faire écraser par Socgen pour avoir sorti un livre sensible sur elle à son nez et à sa barbe. Cette peur s’est avérée finalement infondée, mais le risque était réel. Vous trouvez ça rentable ? Quant à faire du buzz avec un scoop sur un blog, c’est inenvisageable. Sans la protection – relative – d’une rédaction, si vous sortez un scoop, vous êtes mort. Vous me voyez ici, toute seule dans mes escarpins, m’en prendre par exemple à Jérôme Cahuzac ? Comment je fais pour résister à une déclaration à l’assemblée me traitant de menteuse ? Où je trouve de quoi payer un avocat pour me défendre en correctionnelle dans un procès en diffamation ? Lequel de mes confrères reprendra les révélations d’une blogueuse ? Aucun.

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/12/2012 @ 16:57

  46. Sinon, @si recommence à faire des émissions utiles. Dans celle-ci, le Canard et Mediapart révèlent leurs méthodes de travail sur l’affaire Cahuzac et, au passage, leurs divergences de vues. Passionnant : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=5451

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/12/2012 @ 17:00

  47. J’ai écouté Benjamin Mathieu. Tout y est en effet. La vengeance confondue avec la justice, la complicité de nos dirigeants, le silence unanime et notre culpabilité à tous, le sacrifice et la sacralisation… Ce qui donne encore plus de force à la démonstration c’est cet élément que j’ignorais ou que j’avais oublié, les USA avait intenté une action en justice contre Ben Laden. Le plaignant s’est débarrassé de celui qu’il accusait…
    Je n’apprécie pas à 100% le ton, le phrasé de Benjamin Mathuru mais la construction, et le sens, de son message en font un superbe morceau d’éloquence. On en regrette presque les applaudissements. Ne sont-ils pas une façon d’accepter, une fois de plus, que la justice ait été bafouée ? : bravo ! bel exercice ! passons au suivant…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 16/12/2012 @ 17:22

  48. @Denis Monod-Broca : the plaintif shoot the defendant…Moi ce que j’avais oublié c’est que sur les 12 décisionnaires, il y avait 6 avocats….Oui, il y a quelque chose de sulfureux, de grinçant, de subversif dans son discours. ça me dérange aussi, mais entre nous, j’aime bien qu’on me dérange, qu’on me tire le tapis sous les pieds, qu’on me montre qu’il reste des pistes d’expression inexplorées. Pour peu que ce soit fait avec culture et élégance.

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/12/2012 @ 10:08

  49. @Zarga : oui, bien sûr, avec le talent tout est possible. Ce qui nous ramène à la discussion amorcée avec Kaeldric, la liberté d’expression a-t-elle besoin d’un référent comme je l’avance, ou juste de talent ? Je suis prête à concéder que le talent peut suffire 😉 Je me souviens dans mon épais volume des oeuvres complètes de Muray d’un article où il dézingue des universitaires qui ont écrit contre lui dans Le Monde. C’est bourré de noms d’oiseaux, proche de l’hystérie et absolument jouissif ! Sur Carmet, j’ai toujours été allergique au bonhomme, peut-être parce qu’il jouait trop bien au con pleurnichard, mais je vous crois sur parole ! Maintenant, cherchons aujourd’hui un invectiveur talentueux, a priori, je n’en vois pas…

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/12/2012 @ 10:13


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