La Plume d'Aliocha

08/12/2012

Sécuriser le système financier ? Pas si facile…

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 12:26
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Le gouvernement présentera le 19 décembre prochain en conseil des ministres sa loi sur les banques. Celle-ci se fixe pour objectif de tirer les leçons de la crise de 2008 et propose notamment le cantonnement dans des filiales autonomes des activités considérées comme spéculatives. Dont acte. Au passage, le projet de réforme renforce les pouvoirs des deux gendarmes compétents pour surveiller la finance en France, l’AMF qui s’occupe des marchés financiers, l’ACP qui est en charge des banques. Fort bien. Pour mémoire, la loi dite de régulation bancaire et financière, adoptée en octobre 2010, donc sous le précédent gouvernement, avait déjà resserré les boulons. Le dossier législatif permettant de comprendre les objectifs du texte et de suivre son processus d’élaboration est ici (que faire d’autre par un week-end gris de décembre que lire des documents techniques et roboratifs, je vous le demande !).

Laissons de côté l’infernal débat sur l’utilité de séparer banque d’investissement et banque de détail et si oui, selon quelles modalités. Les Etats-Unis s’engagent dans la voie de la séparation, la Grande-Bretagne aussi, l’Europe y travaille, la France se jette à l’eau, chaque pays ou région ayant son modèle à défendre (pour la France c’est la banque universelle), ce qui explique en grande partie la différence des solutions adoptées. Je retiens juste une remarque très pertinente que m’avait faite il y a plusieurs mois un responsable de Finance Watch : si l’on opte pour la séparation, prenons garde à ce que les banques n’exigent pas en contrepartie une régulation allégée pour les activités spéculatives, sous prétexte qu’elles ne mettront plus en péril les dépôts des épargnants, car on risque alors de laisser se développer une activité dangereuse susceptible d’emporter le système dans sa déconfiture en cas de faillite. Eh oui, car le système financier est un tout, qu’on le veuille ou non, et que l’argent ira là où il y a aura le moins de règles, de sorte qu’on risque de créer une gigantesque bulle qui aura l’effet d’un tsunami lorsqu’elle éclatera. Pas sûr alors que les digues juridiques résistent à la vague.

Venons-en plutôt à la surveillance. Ce qui est troublant quand on observe les affaires Kerviel et Picano-Nacci, c’est que la Commission bancaire savait, bien avant que les banques concernées n’avouent de gigantesques pertes de trading, que les systèmes de contrôle interne étaient insuffisants. Elle le savait, elle l’avait dit aux intéressées et elle les avaient sommées de se mettre en conformité avec leurs obligations. Et puis rien. Dans le cas de Caisse d’Epargne, l’inspection générale de la banque (un corps de contrôleurs internes) l’avait aussi fait remarquer. Résultat des courses, la commission bancaire a frappé….après la catastrophe. Société Générale s’est vue infliger 4 millions d’euros d’amende en juin 2008, au terme d’un rapport d’enquête de l’autorité bancaire absolument calamiteux pour la banque rouge et noire. Elle n’a pas fait appel. Et pour cause. D’abord la sanction était modeste. Ensuite, cela confortait sa thèse dans le cadre de l’affaire Kerviel selon laquelle elle n’était pas complice du trader mais aveugle à ses activités. Caisse d’Epargne quant à elle a été sanctionnée à hauteur de 20 millions d’euros (entre temps le plafond légal de sanction susceptible d’être prononcé avait été relevé, passant de 5 à 50 millions). Elle a fait un recours devant le Conseil d’Etat et a gagné sur un point de procédure.

Question : que font les gendarmes financiers français ? Ils bossent. Mais pas assez efficacement, pour plusieurs raisons.

D’abord, il y a une question de moyens. Ainsi l’AMF ne cache pas qu’elle manque d’hommes et d’outils informatiques pour suivre correctement le fonctionnement des marchés financiers, notamment depuis l’apparition du trading haute fréquence. Par exemple, pour dépouiller les carnets d’ordre et tenter de démontrer une manipulation de cours, il faut des mois de travail rien que sur une seule valeur. Des mois de travail…A l’ACP, certains parlementaires au moment de l’affaire Kerviel ont pointé le vrai problème : des inspecteurs en nombre insuffisants, et sans doute pas assez qualifiés. Voir à ce sujet l’audition de Christian Noyer à l’Assemblée nationale en février 2008.

Mais il n’y a pas que cela. Leurs pouvoirs sont nettement inférieurs à ceux de la police. Les contrôleurs peuvent se rendre dans les entreprises, demander des communication de documents, auditionner des gens. Mais pas perquisitionner, ni placer en garde à vue. La raison ? Il s’agit d’autorités administratives et non d’instances judiciaires. Elles sont censées travailler plus vite que le système judiciaire et offrent donc moins de garanties procédurales. De fait, elles ont aussi moins de pouvoirs.

Entre en compte également un facteur psychologique. Les petits acteurs de la finance ont l’habitude de se plaindre auprès des journalistes des différences de traitement dont ils sont l’objet par rapport aux gros acteurs et j’ai tendance à les croire. Quand un petit se fait choper lors d’un contrôle, il est sanctionné immédiatement. Un gros en revanche passera plus facilement entre les mailles du filet. Parce qu’il est un acteur historique, parce qu’il a de la surface, parce qu’il inspire plus confiance qu’un petit surgi de nulle part. C’est pourtant le gros qui met le plus en danger à la fois ses clients et le système…Et puis il y a encore une autre raison. En théorie de la régulation économique, on sait que pour qu’un régulateur soit efficace, il faut que sa légitimité soit reconnue. Et pour qu’elle soit reconnue et acceptée par les puissants acteurs qu’elle surveille, il faut que son action soit considérée comme juste, ce qui suppose des arbitrages permanents entre sévérité et consultation, obligation et coopération, sanction et transaction.

On l’aura compris, ces réglages de fine horlogerie  maintiennent un équilibre à peu près acceptable dans les périodes calmes. Mais à la faveur des crises, on découvre soudain qu’il aurait sans doute fallu frapper plus tôt et plus fort. Que la négligence de contrôle interne, mollement reconnue par l’établissement qui s’engage tout aussi mollement à la corriger, s’est avérée mortelle. Alors on sort une loi pour déplacer le curseur. Et à ce moment-là, les acteurs hurlent. Pas tout à fait à tort. Attendez-vous à entendre nos banques françaises  rappeler au gouvernement qu’elles ne sont pas à l’origine de la crise, qu’elles n’ont commis finalement que peu d’erreurs, qu’elles sont solides, qu’il faut protéger leur modèle qui s’est avéré plus résiliant que d’autres. Qu’aussi et surtout, il ne faut pas les pénaliser sur le grand marché international en leur liant réglementairement les mains et les pieds, tandis que leurs concurrentes pourront batifoler librement. Bref, l’examen de la future loi bancaire devra arbitrer, une fois encore, entre la compétitivité de la place de Paris et la sécurité du système. Et il n’est même pas certain que dans cet exercice de haute voltige, un gouvernement de gauche soit en mesure d’adopter une position plus radicale qu’un gouvernement de droite. On pourrait en conclure que de ces réglages dépendra la sécurité future de notre système. Oui et non. S’il est un domaine particulièrement mondialisé, c’est celui de la finance. La crise de 2008 a montré qu’un ménage américain surendetté pouvait provoquer la fermeture d’une usine en France. La sécurité du système dépend donc de la capacité des grandes régions du monde à adopter des solutions communes et, qui plus est, à faire les bons choix. On n’y est pas. En revanche, ce que l’on observe c’est que les crises se succèdent à un rythme de plus en plus rapide et se révèlent de plus en plus graves…

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23 commentaires »

  1. Pour le coup, je trouve votre vision des banques et de la finance internationale très « angélique »…

    Vous oubliez, notamment, le pouvoir de nuisance et de chantage que le modèle de banque universelle préserve… et que les banquiers ne veulent pas lâcher… d’autant plus qu’en termes de ressources, ce serait les priver de tant « d’avantages »…

    En tout état de cause, imaginons un instant que ce gouvernement s’attaque, par exemple (ce n’est qu’un exemple ;o))), à la pieuvre BNP (avec ses 189 filiales dans des paradis fiscaux opaques), on comprend très vite que pour cette entreprise tout est prêt pour faire échec à n’importe quelle mesure que pourrait prendre un gouvernement…

    J’en viendrais presque à regretter que les militaires ne fassent plus de politique en France ; au moins, eux portaient dans leur façon d’appréhender le monde qu’un combat n’est pas perdu tant qu’il n’a pas été mené à son terme…

    Commentaire par Incognitototo — 08/12/2012 @ 16:23

  2. @Incognitototo : angélique ? M’étonnerait, pour une raison simple : je n’ai pas de vision des banques et d’ailleurs ce n’est pas d’elles que je parle, mais de leur supervision. Dans ce cadre, il n’est pas faux de dire que toute régulation régionale, voire nationale, a deux défauts : une capacité limitée à prévenir un risque mondial, une propension certaine à créer des distorsions de concurrence. Et si je le dis, ce n’est pas pour servir leur discours, mais pour pointer le coeur de ce qui est en train de se jouer. Au politique ensuite de décider s’il préfère la sécurité à la concurrence ou l’inverse, et dans le premier cas, comment organiser celle-ci sans pénaliser inutilement les acteurs économiques (sinon, c’est la panne de crédit), étant entendu qu’en face (GB et US) c’est ainsi qu’on raisonne au plan national, que ce ne sont pas des anges et qu’ils ne feront pas de cadeaux. Maintenant, si vous voulez mon avis, je suis favorable à une Europe continentale qui ait le courage d’imposer un modèle très régulé face aux dérives de l’axe Londres-New-York. Ce dont il faut être conscient, c’est qu’au-delà des discours politiques et médiatiques caricaturaux contre la finance et des ambitions légitimes en faveur de la régulation, c’est une vraie guerre économique qui se joue, ce qui ficèle les gouvernements même s’ils se gardent bien de l’avouer 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 08/12/2012 @ 17:07

  3. Bonsoir Aliocha,

    « Le gouvernement présentera le 19 décembre prochain en conseil des ministres sa loi sur les banques. » Je pouffe car je ne crois absolument pas que ce gouvernement, comme les précédents, souhaite un tant soi-peu s’attaquer aux établissements financiers. Encore de l’opportunisme et de la démagogie étroitement imbriqués qui ne déboucheront sur rien ou pas grand chose. Des effets d’annonce, une posture martiale et, au final, un savant repli sur des positions préparées à l’avance… La nourriture est bien trop bonne à la cantine. Plusieurs raisons à cette gesticulation très médiatique au storytelling parfait:
    1) les relations bien trop étroites entre le pouvoir financier et le pouvoir bancaire. Trop souvent, on retrouve à la tête des ces établissements des personnes issues d’un sérail identique (mêmes grandes écoles, aller-retours incessants entre la haute fonction publique et la direction de ces grands établissements financiers, etc…). Les loups ne se mangent pas entre eux, c’est bien connu.
    2) une absence d’application des lois existantes comme, par exemple, celle relative à la publication des résultats financiers à date et échéance constante. Un exemple avec la BNP: « C’était la seule grande banque dans le monde qui ne publiait pas ses comptes trimestriels (comme le rappelle un récapitulatif du tableur Excel publié par BNP), ce qui est contraire aux règles, donc sanctionnable et condamnable mais jamais condamné, évidemment ! » (http://chevallier.biz/2012/11/bnp-paribas-3°-trimestre-2012/) . Je vous renvoie aux papiers publiés par Jean-Pierre Chevallier sur son blog. Ce dernier fourmille d’exemples de ce genre sans que la puissance publique ne s’en émeuve comme celui-ci: http://chevallier.biz/2012/12/bons-records-et-financement-des-partis/. Sans verser dans un poujadisme de mauvais aloi, cette puissance publique a moins de pudeur quand il faut traquer le pauvre automobiliste qui a l’outrecuidance de dépasser la vitesse limite de quelques km/h!!! Curieusement, là, elle trouve toujours les ressources financières nécessaires et la répression est sans limite au point, que lorsque vous roulez un peu, vous passez plus de temps à scruter les bas-côtés que la route..
    3) comme vous le soulignez très justement, l’insignifiance des moyens dévolus à la traque des fraudeurs éventuelles n’a d’égal que la modicité des amendes et peines encourus quand ou s’il y a, enfin, procès. De mémoire, le pôle financier du tribunal de Paris est réduit a sa portion congrue et un savant et subtil mélange des genres est entretenu entre prérogatives du pouvoir judiciaire, du pouvoir administratif, instances de tutelle et autorités de régulation (genre haute autorité machin chose).
    4) je ne suis pas qualifié pour savoir si Jérôme Kerviel ou Boris Picano-Nacci, pour ne citer que les deux cas plus connus, méritaient de passer en justice. Mais, d’une certaine façon,j’ai du mal à comprendre, ou du moins je comprends très bien vu les points soulevés plus haut, pourquoi l’Etat se mêle d’affaire interne, Evidemment, si les deux impétrants ont violé un texte de loi (et seul Dieu sait combien il y en a en France. C’est d’ailleurs comme cela qu’il est devenu Dieu!!!) mais que leurs employeurs assument leurs errements sans toujours réclamer de l’aide. Les pouvoirs publics auraient laissé tomber le Crédit Lyonnais il y a vingt ans, certains serreraient un peu plus les fesses maintenant. C’est ce que les autorités américaines ont fait avec Lehmann Brothers avec un réel succès en matière de respect de Bâle III (http://chevallier.biz/2012/12/leverage-des-banques-systemiques-mondiales-3°-trimestre-2012-2/).

    Je terminerai en vous disant que je ne suis pas étonné de savoir notre pays si bien classé en matière de corruption, 22ème, quasiment au dernier rang des puissances économiques (http://leblogalupus.com/2012/12/06/corruption-la-france-au-22eme-rang-mondial/). Rien que de très surprenant quand on voit le nombre croissant de personnalités politiques condamnées ou suspectées (ça vaut aussi pour d’autres pays: http://www.lepoint.fr/monde/berlusconi-j-entre-en-scene-pour-gagner-08-12-2012-1547315_24.php). Tant que notre démocratie n’aura pas réglé cette problématique, le reste ne sera que coup d’épée dans l’eau. Mais je crans fort que cette tâche, indispensable si on veut que la démocratie perdure, ne s’apparente au mythe de Sysiphe tant le mal est profond. Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités et des sanctions qui soient à la hauteur.

    Bonne soirée

    Commentaire par H. — 08/12/2012 @ 17:41

  4. Vous parlez de la régulation, de la supervision.
    Les USA ont été confronté au même problème sous Reagan où la ligne politique était à la dérégulation.
    Nous savons ce à quoi cela mène et un homme a raconté par le menu les erreurs politiques : l’idéologie libérale dérégulatrice, la volonté de ne pas faire de vague pour ne pas créer de panique et la délinquance financière facilité par la création de produits financiers complexes, une réorganisation de la comptabilité et la fameuse optimisation fiscale …
    L’auteur s’appelle William K. Black et l’ouvrage est intitulé « Une fraude presque parfaite, la fraude patronale dans les caisses d’épargne ». Nous avons déjà eu l’occasion d’en parler.

    Commentaire par fultrix — 08/12/2012 @ 18:22

  5. Posez-vous les questions suivantes :
    Quel est le pays qui n’a point souffert de la fraude de Wall Street de 2007?
    Quel est le pays, dont le reste du monde envie ses règlements bancaires et sur l’investissement ?
    Quel est le pays qui possède des Banques déclarantes des records de bénéfices trimestre après trimestres, pendant que le reste en rêve?
    Quel est le pays qui possède le meilleur système de réglementation bancaire et d’investissements qui a empêché la débâcle ressentie dans le reste du monde.

    Un conseil: c’est la même réponse Pour toutes les questions.
    Une fois que vous découvrez la réponse, demandez-vous pourquoi la France continue d’élire des politiciens qui n’apportent pas de véritables solutions applicables aux activités bancaires de votre pays et les problèmes budgétaires qu’ils entrainent.

    Les nouvelles politiques françaises de pénaliser les détenteurs de capitaux permettra d’accélérer l’exode des fonds si nécessaires pour créer plus d’emplois.

    Commentaire par fitoussi — 08/12/2012 @ 21:02

  6. Franchement, qui peut croire qu’un gouvernement « de gauche » qui a ce genre de type dans ses rangs (et je ne parle même pas de soupçons de compte en Suisse) pourrait sérieusement ne serait-ce qu’envisager de s’en prendre à la finance ?
    http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/12/08/jerome-cahuzac-l-accroc_1801886_823448.html

    Commentaire par Gilbert Duroux — 08/12/2012 @ 23:53

  7. « Sécuriser le système financier ? Pas si facile… »

    Faut-il vraiment sécuriser le système financier ? La question n’est pas simple provocation. Sécuriser un pays c’est multiplier et radicaliser ses ennemis. Sécuriser l’emploi c’est augmenter et aggraver le chômage. Etc. Sécuriser le système financier n’est-ce pas le condamner (et nous condamner) à des crises à répétition toujours plus graves ?

    En 2008 les États ont cru bon, pour se protéger, pour protéger leurs banques et leurs épargnants, de dépenser des centaines de milliards, empruntés au système financier, pour sauver le système financier. Mais qui va les sauver maintenant ?

    La peur, la quête de sécurité, sont mauvaises conseillères.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 09/12/2012 @ 10:26

  8. Bonjour Aliocha,
    Quelques pièces, versées au débat (contradictoire) :

    1. http://0z.fr/8Uko5
    2. http://0z.fr/j7HsY
    3. http://0z.fr/G6LDG
    4. http://0z.fr/L9tqf
    Et puisque c’est le président Obama qui nous le dit, alors… 5. http://0z.fr/vLocL

    Bien à vous.

    J.-Ph.D

    P.S. : Vous noterez, j’espère, que cette fois-ci, j’ai dit bonjour… 😉

    Commentaire par J.-Ph.Denis — 09/12/2012 @ 11:19

  9. @J_P Denis : je note surtout que vous venez ici faire de l’auto-promo et que vos assemblages ésotériques de documents n’ont de sens que pour vous. Il me semblait utile de vous le préciser puisque vous êtes enseignant et devez avoir le souci d’être compris (en tout cas je l’espère). Pour information, des professeurs de droit m’ont demandé de participer à une conférence sur l’affaire Kerviel d’ici peu. Vous voyez donc que je ne déplais pas à l’ensemble du milieu universitaire, mais à ma connaissance seulement à vous. Celui de vos collègues qui m’a appelée l’a fait après avoir lu mon livre, dont il m’a dit qu’il l’avait aidé à comprendre l’arrêt de la cour d’appel. Cordialement.

    Commentaire par laplumedaliocha — 09/12/2012 @ 11:36

  10. Petite précision aux lecteurs du blog, Jean-Philippe Denis fait partie des défenseurs inconditionnels de Jérôme Kerviel qui m’ont dans le nez pour des raisons assez variées et souvent mauvaises. Certains parce que je n’ai pas été éblouie par la défense menée par David Koubbi, d’autres parce que je ne souscris pas à la théorie du complot Socgen. Je ne l’ai écartée ni dans le livre – qu’ils critiquent tous en coeur sans l’avoir lu – ni lors de mes interventions dans les médias, j’ai simplement dit à chaque fois que c’était possible, mais que je n’y croyais pas. Cela suffit pour déclencher une sympathique campagne de dénigrement à mon endroit. Qui me fatigue parfois quand elle pollue la discussion ici mais au fond m’indiffère…

    Commentaire par laplumedaliocha — 09/12/2012 @ 11:43

  11. j’aimerai surtout que l’on m’explique que si on trouve normal de sanctionner BP ou Total pour une marée noire, il est presque impossible de sanctionner qui que ce soit dans les milieux financiers.

    Les crises financières font autant de dégâts si ce n’est plus. Des millions de gens au chômage, des avenirs perdus, des gens qui ont du abandonner leurs études, des entreprises qui par contrecoup ont fait faillite….

    Les banques n’ont rien remboursées, les états ont du s’endetter, les particuliers ont du s’endetter et devront réduire leur train de vie, mais elles ont le culot de remplir les journaux financiers de publireportage pour nous expliquer que les impôts les prennent à la gorge, la régulation les empêches de travailler et de créer des milliard d’emplois à la microseconde payés un ou deux Bill Gates par semaines….

    C’est très bien d’envahir l’Irak qui serait soit disant un nid de terroristes, mais je commence à me demander si le système financier dans son ensemble ne devrait pas lui aussi être considéré de la sorte. Ces gens là menacent? Mais sur le fond ils ont quoi comme arme hormis notre lâcheté?

    Y a des trucs comme ça que j’aimerai comprendre.

    Commentaire par Frédo — 09/12/2012 @ 12:08

  12. @Frédo : leur arme ? Tant qu’on vivra dans le système actuel, on aura besoin d’eux. Donc on laisse Lehman faire faillite, pour faire un exemple et leur ôter de la tête qu’on les sauvera à tous les coups, et puis on continue à faire tourner le système parce que si on arrête de pédaler, tout s’effondre. Plus profondément, la planète financière est dominée par les anglo-saxons et donc par une idéologie libérale qui considère notamment que les crises font partie du système, qu’elles sont naturelle, inéluctables et même nécessaires. Tout le reste de la finance suit plus ou moins cette logique imprimée par le plus fort. Agir ? A l’échelon national, c’est-à-dire citoyen, c’est impossible. Il faut que tous les gouvernements concernés s’accorde sur une législation mondiale et une supervision mondiale. Mais ça, c’est pas demain. Parce que nous sommes avant tout en situation de concurrence, exacerbée lors d’une crise car il s’agit alors de sauver les économies nationales et les grands acteurs locaux. Nous sommes ficelés. Mais gardons espoir, la mondialisation des peuples est plus lente que celle de la finance, mais pas irréalisable 😉 les changements de mentalité seront très lents, mais ils viendront.

    Commentaire par laplumedaliocha — 09/12/2012 @ 12:15

  13. @ Aliocha

    Mon post précédent n’était peut être pas clair mais je souscris pleinement à la création d’une instance de régulation des turpitudes bancaires. Je souligne cependant que ces turpitudes n’ont rien à voir avec un quelconque libéralisme, tout au plus pouvons nous les taxer de conceptions anglo-saxonnes de l’industrie de la finance, vu la hargne avec laquelle les gouvernements successifs les traquent (cf exemples cités précédemment). Je me permets de vous rappeler quelques réflexions de Jean-François Revel sur ce qu’est le libéralisme:
    1) « Le libéralisme n’a jamais été une idéologie, j’entends n’est pas une théorie se fondant sur des concepts antérieurs à toute expérience, ni un dogme invariable et indépendant du cours des choses ou des résultats de l’action. Ce n’est qu’un ensemble d’observations, portant sur des faits qui se sont déjà produits. (La grande parade – Essai sur la survie de l’utopie socialiste, Jean-François Revel, éd. Plon, 2000, p. 63)
    2) « …il existe dans la tradition politique française, de droite comme de gauche, une tendance à n’accepter la démocratie que dans la mesure où elle écrase l’individu, en commençant par l’écraser d’impôts, ce qui est le meilleur moyen de le réduire à l’impuissance, et aussi dans la mesure où l’État peut par conséquent substituer ses décisions collectives à toutes celles qui normalement devraient être individuelles.
    La démocratie française, quoique issue du suffrage universel, a donc, dans sa façon d’annihiler l’initiative personnelle, des effets sur la société très semblables à ceux des régimes autoritaires. L’individu, voilà l’ennemi! C’est vrai pour tous les courants anti-libéraux,
    qu’ils soient français ou non. Même quand les décisions de l’État se révèlent désastreuses et ruineuses, son crédit reste cependant
    intact, puisque les Français sont convaincus que l’individu et le marché ne peuvent amener que l’injustice et le désordre. » (article paru dans la revue Commentaire). J’ajouterai à titre personnel qu’il n’est pas de libéralisme sans règle mais dans un pays où l’Etat est faible là où il devrait être fort (Police, Justice et Défense) et fort là où il devrait être faible voire inexistant (le reste), les pauvres citoyens ne doivent attendre rien d’autres que la multiplication des taxes (http://www.boursier.com/actualites/economie/immobilier-les-deputes-tapent-encore-au-portefeuille-17762.html) et les restrictions de liberté (« Les Français veulent l’égalité, et quand ils ne la trouvent pas dans la liberté, ils la souhaitent dans l’esclavage. » Alexis de Tocqueville).

    Accréditer l’inverse, c’est considérer que les élus qui ont eu la faiblesse de souscrire des emprunts dits toxiques auprès de Dexia sont décidément des jouets aux mains des banquiers comme des simples victimes. J’imagine donc que ces mêmes élus; lorsqu’il s’agit de financer leurs achats immobiliers font preuve de la même naïveté alors que le brave français moyen évite, autant qu’il le peut, de souscrire des emprunts à taux variables quand il achète sa maison. Désolé mais ça ne tient pas la route. Les grands élus, de droite comme de gauche, de ce pays ont tous une formation supérieure. L’explication est donc à chercher ailleurs. C’est comme le jusqu’au boutisme de ce gouvernement dans l’affaire de Notre Dame des Landes. L’aspect purement technique me paraît un peu léger. Pas vous?

    Enfin, un dernier point. Jean-Pierre Chavellier mentionne dans ces posts les irrégularités dont il crédite la BNP. Je suis surpris que cela ne fasse pas réagir la journaliste que vous êtes, au moins à titre « privé », sur ce blog. Il a peut être tort quoique, à titre personnel, je le trouve infiniment plus crédible que Médiapart et consort. Ceci dit, il me semble plutôt facile de confirmer ou d’infirmer ses dires. Si la première hypothèse est juste, ce que je crois, ne pensez-vous pas qu’il serait plus sérieux pour ceux qui nous gouvernent d’imposer le simple respect des textes existants plutôt que de brasser l’air médiocrement?

    Bonne soirée

    Commentaire par H. — 09/12/2012 @ 16:40

  14. Bonsoir Aliocha.

    C’est un peu hors sujet par rapport au billet du jour, quoique, mais enfin ce n’est pas tout-à-fait déplacé par rapport aux thèmes centraux du blog.
    http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2012/12/09/le-scandale-stapel-ou-comment-un-homme-seul

    -a-dupe-le-systeme-scientifique/

    Commentaire par ranide — 09/12/2012 @ 21:54

  15. Aliocha : « Mais gardons espoir, la mondialisation des peuples est plus lente que celle de la finance, mais pas irréalisable 😉 les changements de mentalité seront très lents, mais ils viendront ».

    Quoi ! Aliocha qui prône l’internationale. Gauchiste !

    Commentaire par Gilbert Duroux — 10/12/2012 @ 02:08

  16. « A l’échelon national, c’est-à-dire citoyen, c’est impossible. Il faut que tous les gouvernements concernés s’accorde sur une législation mondiale et une supervision mondiale. »
    C’est là une question essentielle ! Mais je ne suis pas d’accord.
    Attendre une législation mondiale, qui ne viendra jamais, c’est renoncer à exercer notre responsabilité de citoyens, et pour la France c’est renoncer à exercer sa responsabilité de nation libre.
    Pris dans une foule lynchant une victime, attendre que tous se retirent pour se retirer est vain, mais on peut, individuellement, décider de le faire et espérer qu’on sera imité…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 10/12/2012 @ 09:30

  17. @commentaires 10 et 11.

    Bonjour Olivia, (vous permettez que je vous appelle Olivia, l’usage des pseudos a ses limites…)

    Jacques Derrida a mieux répondu que moi, et je lui laisse donc la parole : http://youtu.be/YyAZabNsMz4

    Pour le reste, ayant peu de goût pour la polémique, je me contente de noter trois choses :

    1. Je suis ravi que des universitaires vous invitent, tant le rapprochement entre mondes « professionnels » et « académiques » dessine incontestablement un futur viable pour les uns comme pour les autres.

    2. Sur l’université, je suis ravi que vous vous souciez de ce que signifie ce métier, sur lequel j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer longuement, notamment ici : http://0z.fr/7q8yU ou là : http://0z.fr/GT553

    3. Sur l’affaire qui nous intéresse (la « finance » et ses dérives), je maintiens que le débat est enferré jusqu’à l’absurde tant que n’est pas soulevée la seule question qui vaille : dans quelle mesure les cas « Vivendi » ou « Société Générale » sont-ils (ou non) d’abord l’équivalent d’ « ENRONs » à la française ?

    En ce domaine, effectivement, ma religion, effectivement, est faite : http://0z.fr/PJh9I

    N’allez pas chercher d’autres motifs à mon engagement dans le cadre du procès Kerviel dont il est d’évidence que celui-ci est malheureusement, et jusqu’à l’absurde, confiné à voir les parties se déchirer, et ceci sans intérêt aucun au regard de la seule chose qui importe pour un scientifique : la quête de vérité.

    D’ailleurs, sur ce thème, un texte, fort intéressant, d’un collègue, Professeur à l’Université Paris Sud (Orsay) : http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/camt/fr/memoires/donnees_colloques/07_03_29-30_Conference_Histoire_de_la_comptabilite/program_fichiers/zimnovitch.pdf

    Enfin, vous l’aurez compris, je considère un blog comme est un espace de liberté – dans mon cas de recherche – et non nécessairement d’enseignement. Mais puisque vous semblez peu goûter les vidéos, peut-être me ferez-vous l’honneur d’un commentaire sur ce texte, lequel n’en contient point… ? http://0z.fr/HTNHy

    A ce propos, le dernier colloque de l’Association Internationale de Management Public s’est tenu la semaine dernière à l’Université Paris 2 Panthéon Assas ( http://www.airmap.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=84&Itemid=91 ). J’ai eu l’occasion d’y défendre, avec une collègue de l’Université de Versailles, un papier de recherche intitulé : « de la dépendance du juge à l’indépendance du gestionnaire : quelques leçons du procès dit « Kerviel » ». L’audience, essentiellement – mais pas exclusivement – universitaire, a eu l’air d’être intéressée.

    Cela me suggère une idée : l’association internationale de management stratégique tient son congrès annuel au mois de juin prochain à Clermont-Ferrand ( http://www.strategie-aims.com/accueil/287 ). On pourrait envisager d’y organiser une table ronde sur vos thèmes de prédilection, et ainsi prendre le risque d’un débat où les positions des uns et des autres pourraient, sinon se réconcilier, du moins s’enrichir.

    N’hésitez pas à me contacter via le formulaire de contact de mon blog, si vous pensez comme moi que cela peut être une piste intéressante. Attention toutefois aux délais : les propositions de table ronde doivent être adressées d’ici fin janvier…

    Bien à vous.

    Jean-Philippe Denis

    Commentaire par J.-Ph.Denis — 10/12/2012 @ 10:54

  18. @ J.- Ph.Denis

    Otez-moi d’un doute s’agissant de votre point 3, mais uniquement à propos de votre alinéa 6 (si j’ose dire) et, particulièrement, des quelques leçons du procès « Kerviel » que vous avez pu tirer donc de leçons de droit j’imagine (public ou privé ?) : y avait-il des spécialistes du droit : magistrats, avocats, professeurs de droit, juristes d’entreprise etc… à ce colloque ?

    http://www.airmap.fr/images/stories/evenements/20121205_AIRMAPv4.pdf

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 10/12/2012 @ 14:03

  19. Quelques petites remarques.

    Pour ce qui est de la separation entre banque d’investissement et banque de detail, il  ne faut pas perdre de vue que les Etats Unis sont un immense marche et que la City et Wall Street sont les deux plus grandes places financieres au monde ; leurs banques peuvent donc se permettre d’etre specialisees. En France, une banque d’investissement non adossee ne serait-elle pas difficilement viable ?

    Il faut aussi savoir que le grand n’importe quoi a l’origine de la crise des subprimes americaines ce n’etait pas dans les banques mais plutot chez ces intermediaires, marchands de tapis, qui fourguaient des prets a des personnes insolvables et parfois vulnerables en leur faisant miroiter la lune (et ne parlons pas de cette enorme connerie du credit hypothecaire que notre cher ex president avait d’ailleurs voulu un moment generalise en France! On a eu chaud …)  Rien a voir avec ce qui se passe chez nous ou vous allez a l’agence du coin voir votre conseiller de clientele qui suit une procedure. Maintenant, que les banques (souvent europeennes) en freewheeling spirit aient gaiement specule avec ces prets qu’elles n’avaient pas accordees et dont elles ne voyaient pas le risque, assurement !
    Juste une petite anectode personnelle. J’ai longtemps vecu aux Etats Unis et j’ai donc eu a assurer appartement et voiture. Eh bien, pour cela, a ma grande surprise, vous n’allez pas voir l’equivalent de la Matmut ou de la Maaf, non, vous vous adressez a un broker. C’est d’ailleurs ce meme genre d’intermediaires auxquels vous avez a faire pour votre assurance sante, le financement de votre retraite … Bien sur les Etats Unis sont un tres grand pays, federal de sucroit. Mais pour moi francaise , et donc sans doute plus jacobine que je ne l’avoue, cet eparpillement est tres dangereux.

    Pour rester dans cette notion d’intermediaire, Aliocha, il y a quelque chose que vous n’evoquez pas dans votre billet, ou alors de facon indirecte dans votre deuxieme paragraphe, et qui me semble tres important dans cette question de la reglementation du systeme bancaire, c’est le shadow banking, cette finance de l’ombre tres difficilement encadrable et que le ficelage de l’industrie bancaire traditionnelle pourrait bien favoriser.

    Commentaire par Maelle — 10/12/2012 @ 14:15

  20. @ Maelle,

    S’agissant du crédit hypothécaire il me semble que vous voulez parler de l’hypothèque rechargeable inspirée de la pratique anglo-saxonne que connaissent d’autres législations européennes (notamment la loi belge) et introduite par l’ordonnance du 23 mars 2006 relative aux sûretés dont les dispositions sont prévues à l’article 2422 et suivants du Code civil et, en effet, en droit interne le formalisme est tiré du droit de la consommation donc avec des textes « d’ordre public » c’est-à-dire strictement encadré.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 10/12/2012 @ 17:58

  21. Cher Chevalier Bayard, vous avez raison, je n’ai pas été assez précise dans cette parenthèse où je me laisse aller, avec pas mal de retard, à un certain Sarkozy-bashing .
    Alors voici en lien un article de Libé datant de 2008 qui, je trouve, résume assez bien la polémique. http://www.liberation.fr/politiques/0101120202-sarkozy-etait-il-partisan-des-subprimes-a-la-francaise.

    Commentaire par Maelle — 10/12/2012 @ 18:48

  22. @ Aliocha # 12 :

    « …la planète financière est dominée par les anglo-saxons et donc par une idéologie libérale qui considère notamment que les crises font partie du système, qu’elles sont naturelle, inéluctables et même nécessaires. »

    Je veux bien admettre dans un certain sens le caractère inéluctable de certaines crises, étant entendu que nous sommes soumis aux lois de la nature, et que mère nature nous en pond une de temps en temps.

    Là où je tique, c’est sur le fait que ce baratin grossier ne sert en fait qu’à légitimer les turpitudes des uns et des autres. Je n’ai pas fait de droit, mais il me semble pourtant qu’à la base « Nemo auditur propriam turpitudinem allegans. » On met le bazar, on fait la culbute, et on veut récupérer sa caillasse…

    Une partie de la mouise dans laquelle on se débat tous vient quand même d’agissements répréhensibles, non ?

    Pourquoi se prive-t-on de mettre tout ce beau monde le nez dans son caca ? C’est tout de même un comble !

    Commentaire par Zarga — 10/12/2012 @ 21:42

  23. Pour avoir été controlé par la commission bancaire à plusieurs reprises lorsque je m’occupais d’un département crédits documentaires, je peux témoigner que les inspecteurs de la CB n’y connaissent rien et que les semaines passées à faire de soi-disant controles leur servaient avant tout à découvrir nos activités.

    Commentaire par Pierre — 11/12/2012 @ 08:53


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