La Plume d'Aliocha

02/12/2012

Reportage d’utilité publique

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 14:26

Voilà un bout de temps qu’en regardant les étiquettes de prix dans les grandes enseignes de fringues, je me demandais comment il était possible de vendre du cuir à des tarifs aussi bas. La réponse fait froid dans le dos. C’est le magazine Envoyé Spécial qui l’a donnée récemment avec ce reportage tourné au Bangladesh : Cuir, les forçats de la mode. L’enquête vous emmène dans les tanneries où les occidentaux ne vont jamais, bien loin des usines presque « modèles » que l’on fait visiter aux grandes enseignes clientes. Lieux de travail insalubres, température ambiante de 50°, produits chimiques à gogo, absence totale de protection des salariés, travail 7 jours sur 7, salaire indécent et au bout : la maladie et la mort. Et comme si tuer les salariés ne suffisait pas, avec les déchets des tanneries….on nourrit les poissons. Bah voyons ! Si on peut pourrir la chaine alimentaire en plus, pourquoi se gêner ? Sans compter les fumées qui intoxiquent toute la région. Quant aux objets en cuir, sac, blousons, chaussures, ils sont cancérigènes. Je vous laisse découvrir les grandes enseignes à remercier pour tant de beaux efforts en faveur du développement durable. Croyez-vous que pareille horreur ait fait un buzz ? Faites comme moi, googlisez le sujet, regardez combien de fois la vidéo a été visionnée, tweetée, mentionnée sur Facebook, c’est édifiant. Questions : le vrai journalisme, ça intéresse qui, parmi tous ceux qui se plaignent de la médiocrité des médias ? Et nos chères mannequins qui font régulièrement leur show contre la vraie-fourrure-qui-tue-les-animaux, elle s’intéressent quand au-vrai-cuir-qui-tue-les-hommes ? Saleté de société de consommation.

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34 commentaires »

  1. Tout petit post, mais au combien intéressant . J’espère qu ‘il attirera beaucoup de commentaires. J’ai effectivement acheté il y a quelques semaines un cartable en cuir car j’en ai eu assez de ces sacs en tissu synthétique noir pour y ranger dans ma tablette. J’ai trouvé ce cartable un peu cher et d’un cuir un peu trop fin.
    Il en est, semble t il du cuir comme de la mise au rebut des ordinateurs.
    Est ce que la solution dans les deux cas n’est pas locale:
    -mise au rebut des ordinateurs en local avec aide au nettoyage des sites polués
    – création localement des cuirs

    Mais l’ éternelle question des personnes qui vont perdre leur travail.

    Commentaire par Marc Andres — 02/12/2012 @ 15:31

  2. Reportage d’utilité publique – et blog d’utilité publique aussi.

    Commentaire par Gwynfrid — 02/12/2012 @ 15:43

  3. Tres bon reportage.
    Je trouve désespérant que personne (à part vous !) ne l’ai remarqué.
    C’est pas le genre de truc qui intéresse Greenpeace, cela montre combien les luttes écolo sont biaisées ….

    Commentaire par Bérénice — 02/12/2012 @ 16:14

  4. euh….. sans vouloir faire mon rabat-joie…. des reportages de cette trempe sur ceux qui font le cuir dans des conditions déplorables, j’en ai vu à l’école.. c’est à dire… il y a …..pfff vous deviez pas être vieille…

    j’adore l’ingénuité de la génération actuelle, pas de mémoire, pas d’histoire, peu de culture et qui redécouvre la vie à travers le poste de télé

    Commentaire par herve_02 — 02/12/2012 @ 16:14

  5. Et ? Ca signifie donc qu’ils ne servent à rien, parce que nous continuons à acheter ces produits ?

    Commentaire par lambertine — 02/12/2012 @ 16:46

  6. J’ai vu, comme vous, le reportage en direct, à la TV.

    Pour ce qui est de la « niaiserie » des entreprises et commerces qui vendent à « pas cher » en ignorant tout … Faut pas rigoler !
    Le « pas cher » a toujours une explication, il y a toujours quelqu’un qui perd : le producteur (sa petite main, ici) ou le client final (celui qui paie et mange des pâtes durant 15 jours ou renonce faute de pouvoir se l’acheter ).
    Pour faire un parallèle absolument pas pertinent, c’est un peu comme lors que une grande entreprise fait transporter des déchets dangereux par route ou mer avec un matériel pourri, rongé à la rouille avec un conducteur enchainant les cadences et qui s’étonne de la survenue d’un accident alors qu’il a choisi cet opérateur-là parce que cela coutait moins cher …

    Il ne faudrait pas non plus oublier la « niaiserie » du client qui veut avoir sans savoir …

    Commentaire par fultrix — 02/12/2012 @ 17:25

  7. @lambertine

    non cela ne signifie pas qu’ils ne servent à rien. Mais honnêtement la très grande majorité s’en cogne la cahouette du sdf qui va crever dans la rue d’à coté cet hiver.. alors c’est vous dire s’il est intéressé au sort de l’ouvrier de l’autre bout du monde qui lui permet de répondre à son conditionnement pavlovien d’achat frénétique avec son revenu qui diminue.

    De mon point de vue (j’ai tendance à être contre tout paraît-il), il me semble que l’on ne peut pas déplorer le comportement qui est __acquis__ (enseigné par la société actuelle), qui est le fondement de son économie, de son aspect social, de son évolution, de son développement, en expliquant que le modèle actuel est le seul viable et pertinent ET dans le même temps s’étonner de ce qu’il produit.

    Ces conditions de travail sont le fondement même de cette société capitalistique. Et cela ne va pas s’arranger. Lorsque les « crétins », les « pigeons » et la bande des cons en général expliquent que la compétitivité en france est incompatible avec la croissance : c’est en se référant à ce que l’on peut voir dans ce reportage. Et la majorité acquiesce en pensant que c’est son voisin (faigniant bien entendu) qui sera mis au boulot plutôt que d’être payé à rien foutre… Nous sommes tous le con d’un autre.

    Ces reportages servent à convaincre ceux qui le sont déjà… ca fait du buzz sur fessebouc, mais les même abrutis vont voter pour les même crétins qui vont proposer les même mesures et ensuite filer dépenser pour noël les 600 euros de moyenne en produits chinois et consort fabriqués dans des conditions sociales et politiques déplorables….

    Ouais…. ca sert un max…. c’est un reportage de conviction… pour des convaincus… Demain les gens auront oubliés et ne retirendront qu’une seule chose : ca pourrait être pire pour nous… et ils vont encore accepter de descendre les marches de l’ascenseur social en panne. Bientôt il faudra montrer les reportages des gens qui meurent de faim pour émouvoir, car le reste, à ce là moment, sera leur quotidien.

    Commentaire par herve_02 — 02/12/2012 @ 17:34

  8. à berenice: c’est un peu facile d’attaquer Greenpeace quin’est pas là pour se défendre. C’est un bon moyen de dévier le sujet…
    à herve_2: je trouve comique cette manière de trouver les JEUnes bien naif car ils auront connaitre un sujet vu à la téléquand ils n’etaient pas nés. on réagit sur un sujet donné au moment où le sujet apparait. C’est vrai que la seule réaction à chaud ne suffit pas mais je crois que vous mˆeme réagissez à chaud. C’est à mon avis idiot d’avoir comme seule réaction sur un sujet que de vouloir décridibiliser la personne (ou de décribililiser une personne absente du blog).

    Commentaire par Marc Andres — 02/12/2012 @ 17:38

  9. @Marc Andres

    Vous n’y êtes pas du tout. Le sujet n’apparaît pas, il existe depuis des lustres et tout le monde le sait. quand vous achetez un truc en plastique à 50 cts, osez dire que vous n’imaginez pas une seule seconde que celui qui le « produit » ne gagnent pas 10 euros de l’heure.

    Ensuite je ne vois pas ou je parle de jeunes. Il doit y avoir 3 générations qui ont le même comportement. Et chaque génération fait perdurer le phénomène par la génération suivante en sachant pertinemment ce que cela implique.

    Je ne cherche à décrédibiliser personne mais faire un constat simple : ON sait que ce que l’on consomme est produit dans un enfer social et politique. Nous votons pour des gens qui accentue le phénomène (et nous le savons). Nous nous plions à ces règles. il ne faut pas ensuite venir chouiner quand ca passe dans le poste.

    Vous pensez que les iphones et autres mac bidules sont produits aux states par des ouvriers qualifiés qui peuvent faire vivre leur famille décemment avec le salaire de leur travail ? vraiment ?

    Et je ne réagis pas à chaud… Cela fait bientôt 10 ans que je gueule après cela. Il n’est même pas rentable de faire de l’ordinateur d’occasion : Le prix de collecte + les trucs techniques + une install propre + un conseil/livraison et ca revient plus chère qu’un neuf en 5 fois moins bien.

    Mais remarquez, je suis celui qui est contre tout, donc je reste cohérent. Mais à ma décharge je m’use à montrer que l’on peut remonter le courant… un peu…. si on le veut vraiment…

    Commentaire par herve_02 — 02/12/2012 @ 18:48

  10. @Herve_02 : vous allez me trouver naïve mais le contrat de que je passe avec le commerçant quand j’achète pas cher c’est : une qualité inférieure du matériau, fait machine et pas à la main, éventuellement dans un pays où la main d’oeuvre est moins chère non parce qu’elle est exploitée mais parce que le niveau de vie n’est pas le même. Cela ne m’enchante à aucun niveau et en particulier pas sur le troisième point, mais ça reste acceptable à mes yeux. Maintenant, au fil des reportages, je sais désormais que nos portables et nos ordi pourrissent l’Afrique (d’où le fait que j’ai gardé mon téléphone à clapet plusieurs années), que les jeans usé pourrissent les poumons de ceux qui les usent, au Maghreb de mémoire, que le cuir tue, et je m’attends encore à entendre de nouvelles horreurs….

    Commentaire par laplumedaliocha — 02/12/2012 @ 19:24

  11. à hervé_02: oui votre propos est bien résumé en deux mots: « je gueule ».
    pour ce qui est de décridibiliser, c’est vrai que je parlais alors à Berenice.

    Commentaire par Marc Andres — 02/12/2012 @ 19:46

  12. @laplume…

    D’abord le commerçant, ne s’en doute ni plus ni moins que vous, il l’achète à un grossiste qui l’achète à un autre qui l’achète à un importateur qui l’achète en direct en chine à un autre intermédiaire qui l’achète …qui l’achète …qui l’achète …

    TOUT le monde sait que total finance en extrême orient des pouvoirs totalitaires pour garder de la main d’oeuvre pas chère, même gratuite.
    TOUT le monde sait que l’armée française « maintient » l’approvisionnement d’uranium dans des pays ou cela expulse les gens de chez eux (et pollue leur environnement) alors que la france paye le dictateur bienveillant (ou pas)
    TOUT le monde sait que les grandes marques de fringues font travailler des enfants et certains trouvent même cela acceptable si on leur donne un peu de l’école au travers.
    TOUT le monde sait que l’on envoie dépolluer l’amiante en afrique ou asie et que ca les tue.
    TOUT le monde sait que big pharma va faire des tests grandeurs natures en afrique sur des populations pauvres qui ne ralleront pas des effets secondaires.
    TOUT le monde sait que l’omc se bat avec les brevets sur les médocs en laissant crever dans les pays pauvres les gens qui ne peuvent pas se soigner avec des médocs vendues 500 euros pour le mois(ils ont même fait plier l’inde).
    TOUT le monde sait que lorsqu’on autorisera l’exploitation des gaz de schistes, on va polluer les nappes, les gens du coin, pourrir la terre pour des siècles.
    TOUT le monde sait que l’accident nucléaire au japon est une catastrophe sans précédent que nous allons payer pendant des 100 aines d’années.

    Ce sont des infos simples à trouver, qui ont même parfois été écrites dans des livres, de journalistes ou de militants. Mais, en gros, tout le monde s’en cogne du moment que ce n’est pas dans son jardin. Que certains ne sachent pas, individuellement, c’est fort possible, mais la société, en tant qu’entité, le sait. Les cours de bourses dépendent de cela. Une personne un peu intéressé à l’autre, qui se renseigne un peu et lit des livres et/ou des sites internets est à même de le découvrir tout seul…. Et ca pourrait même être au programmes scolaires. non ?

    Maintenant TOUT cela est le fondement de notre société économique actuelle. Il ne faut pas se voiler la face, lorsque les crétins affirment que l’on est payé trop chèr (je veux bien leur donner ma place et prendre la leur), ils expliquent qu’il FAUT que nous allions vers ces « horreurs » que vous découvrez : Il ne faut plus que l’on soigne les gens (solidairement) parce que cela coûte de l’argent, il ne faut plus que l’on indemnise les gens sans travail (pour éviter qu’ils ne crèvent de faim et de froid) parce que cela coûte…, ils veulent que l’on soit au même niveau que les pauvres des pauvres. et la moitié des français votent pour : ils pourront continuer à dépenser les 600 euros de KDO et en donner à tous (et plusieurs chacun).

    La société à formé des gens individualistes (sinon ca n’aurait pas pu marché ce qu’ils ont fait : il fallait que les gens entrent en compétition avec les autres, ca assure leur suprématie) voila… TOUT le reste n’est que le simple déroulé de ce postulat : une mise en concurrence mondiale, qui tire toujours vers le moins chère le moins social, le moins humain.

    Je ne vous trouve pas naïve, seulement la vie que vous menez vous emmène bien loin de ses interrogations. Plus on court et moins on réfléchie… et ils nous font beaucoup courir.

    Lorsqu’avec un abonnement internet sur votre mobile pour 30 euros par mois (téléphone smartphone offert) vous pouvez touiter de partout, comment croyez-vous que vous ne payez pas plus chère ? c’est simple : les gens de FT orange qui se suicident, ca a quand même un peu un rapport.

    Commentaire par herve_02 — 02/12/2012 @ 19:54

  13. C’est vrai que quand on regarde les « vieux » reportages de J-Y Cousteau, on a l’impression qu’ils ont été tournés la semaine dernière …
    Chaque génération à ses donneurs d’alerte. En ce moment, la mer semblant un peu « passée de mode », c’est plutôt « La terre vue du Ciel » avec Y. Arthus-Bertrand …

    Pour rebondir sur ce qu’évoquait BERENICE, le pire c’est que des associations, du genre WWF, fonctionnent maintenant avec force plan de com’ et de marketing.
    Elles refusent délibérément de traiter certains sujets car ils ne sont pas « assez vendeurs » …

    Et puis il faut aussi se rendre comte que la préoccupation « écolo » vient toujours après le court terme. Et en période de « crise économique », le court terme est malheureusement souvent anti-écolo (e.g. pas de taxe sur l’essence car on a besoin de sa voiture pour aller travailler de + en + loin).

    Pourtant, pour paraphraser HERVE02, il est possible d’aller contre ce courant : par exemple, les AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), mouvement originaire du Japon (hé oui !) deviennent un vrai succès.
    Et il existe de plus en plus d’initiatives de ce genre même pour le textile.

    Mais il faut pour cela des hommes et des femmes bien informées pour qu’elles s’estiment responsables de leurs actes.
    Donc il faut encore des reportages qui informent et dénoncent.

    Commentaire par Yves D — 02/12/2012 @ 20:01

  14. @Herve_02  »

    Heu, faut peut-être pas trop pousser quand même !
    Je crois beaucoup en la « création destructrice » de Schumpeter. Une conséquence, c’est l’indispensable adaptation des entreprises.

    Les rentes de situation ne peuvent pas durer éternellement, or c’est ce qu’était France Télécom pendant longtemps. Ca a d’ailleurs permis à BULL, à travers des subventions prises sur les bénéfices énormes d’un FT nationalisé, de survivre des années .

    Le changement au sein de FT était inévitable. Maintenant il y a différentes façons de gérer ce changement.
    Ce qui a poussé des salariés de FT devenu Orange à se suicider, c’est souvent des histoires personnelles, mais aussi (surtout ?) un management complètement inadapté.
    Mais pas une concurrence acharnée avec d’autres opérateurs.

    Commentaire par Yves D — 02/12/2012 @ 20:10

  15. @yves

    ah ah ah ah …. la concurrence à fait baisser les prix -> cela devrait faire baisser les marges -> cela devait faire baisser les rentes de situation #fail, il a été décidé de garder les même marges avec un marché des prix à la baisse -> mise en place de plan de corrections -> mise en place d’un management qui DEVAIT faire entrer un carré dans un rond -> il y a eu de la casse de salarié, c’est la suite logique, shumpeter ou pas.

    C’est la même chose lorsque vous passez, par exemple, la traite des vaches à un robot de traite : il y a « de la casse » : ca veut dire des vaches qui crèvent… TOUT le monde le sait… théorie économique ou pas…

    la variable d’ajustement c’est l’humain, la ressource humaine… et c’est là que la casse se passe. Faut pas prendre les vessies pour des lanternes.

    Commentaire par herve_02 — 02/12/2012 @ 20:31

  16. Une petite mise en perspective historique, loin de la societe de consommation, pour ceux que ca interesse … Dans l’esprit « rien de nouveaux sous le soleil » …

    Au Moyen Age, les tanneries etaient toujours en dehors des remparts, en aval sur un cours d’eau, dans les faubourgs mal fames, a cause de la puanteur, des risques de maladie et de la pollution.

    Pas de mondialisation certes mais pas de reportage non plus.

    Commentaire par Maelle — 02/12/2012 @ 22:29

  17. en relation avec ce sujet, Envoyé Spécial proposait il y a quelques temps un reportage sur les blue jeans fabriqués en Turquie, je crois… pour un produit délavé, on utilisait du sable projeté sous pression, qui refilait la silicose aux ouvriers. La silicose, disparue de chez nous depuis pas mal de temps, et qui fait sa réapparition aux portes de l’Europe, pour un pantalon qu’on préfère délavé et bon marché si possible.

    Commentaire par Zarga — 02/12/2012 @ 23:23

  18. 1 si le reportage a été peu vu sur le web, peut-être est-ce dû au choix technique de F2 qui le rend illisible sur mobiles et tablettes ?

    2 – le travail du cuir est une horreur, depuis la nuit des temps. À Paris il se réalisait le long de la bievre, dans un quartier puant qui a gardé dans son nom la trace de sa puanteur : Mouffetard.

    Commentaire par Emmanuel — 03/12/2012 @ 00:53

  19. Le travail du cuir a toujours été une horreur, au Moyen-Age les tanneries se trouvaient à la sortie de la ville et à l’époque de Néandertal au dehors de la grotte… et bon, rien de nouveau sous le soleil, c’est normal de faire bosser les tanneurs comme il y a mille ans (ou cinquante mille. pourquoi pas, les ouvriers du Bangladesh devraient utiliser des silex comme racloir… quoi que j’ignore si l’on trouve du silex au Bangladesh…)
    Bon sang ! Oui, ce travail a toujours été pénible. Mais non seulement nous ne sommes plus au Moyen-Age, nous avons les moyens de le rendre moins pénible et moins mortifère, mais même au Moyen-Age les conditions de travail étaient moins terribles que cet esclavage moderne. Les conditions de travail dans ces usines (de cuir, mais pas seulement) sont un choix délibéré de nos entreprises, de leurs actionnaires (qui « ne savent pas » mais ne supportent pas que leurs dividendes ne soient pas maximaux) et de leurs clients (qui veulent acheter toujours plus à moindre prix).

    Commentaire par lambertine — 03/12/2012 @ 10:27

  20. Je retiens le terme d’esclavage utilisé par Lambertine, il me semble qu’une fois encore au lieu de se masturber intellectuellement sur les fautes passées, on gagnerait à faire gaffe à ce qu’on fait aujourd’hui. C’est bien de reconnaître l’esclavage des siècles passés, mais quand est-ce qu’on ouvre les yeux sur celui d’aujourd’hui ? Ah, c’est vrai, il est dissimulé à nos regards par les jolies publicités des marchands de fringues…

    Commentaire par laplumedaliocha — 03/12/2012 @ 10:33

  21. Je ne suis pas d’accord Aliocha, il est toujours important de comprendre ce qui se passait avant ; l’histoire c’est de la masturbation intellectuelle, vraiment? Quand j’ai lu votre billet c’est, déformation professionnelle oblige, la première chose qui m’est venue à l’esprit, le travail du cuir a toujours été un truc dégueulasse, simplement tout le monde l’a oublié. Plus généralement, ce que vous dénoncez existe depuis toujours, la société de consommation (que vous fustigez à la fin de votre billet) et la mondialisation n’ont fait que déplacer le problème. Mais au moins aujourd’hui il n’est plus idéologiquement acceptable de dire que c’est bien, dans l’ordre des choses ; c’est déjà un énorme progrès, ne trouvez-vous pas ?

    Pour en revenir aux problématiques spécifiques à la société de consommation, qui aujourd’hui veut payer pour acheter des vêtements ou des meubles (on préfère suivre la mode et jeter au bout de quelque temps, pas sûr qu’à la longue ca revienne moins cher d’ailleurs)… des jouets (j’en ai connu des bobos, pour le dire ainsi, qui avaient beau jeu de fustiger les jouets made in China, enfin … avant de devenir à leur tour parents !) … des forfaits mobiles (suivez mon regard) … Les groupes industriels, les actionnaires très bien, mais ne dégageons pas la très grande responsabilité individuelle du consommateur lambda qu’il est pour moi un peu trop simple de prendre pour un attardé manipulé. La mauvaise conscience est la chose au monde la mieux partagée.

    Au fait, Lambertine, comment pouvez-vous suggérer, ne serait-ce qu’un instant, que les conditions de travail et de vie en général au Moyen Age, que ce soit ici ou ailleurs, étaient peut-etre plus favorables ?

    Commentaire par Maelle — 03/12/2012 @ 11:52

  22. @Maelle : pour passer mon temps à tenter de remonter le courant, je peux vous dire que si, on est manipulé et que si on ne cède pas, on souffre. Par exemple pour se nourrir à peu près correctement. Entre les poissons nourris avec on ne sait trop quoi, les fruits et légumes aux pesticides, les soi-disant produits régime/bio gavés d’huile de palme, les plats préparés trop salés, les boissons trop sucrées, les fromages fabriqués en normandie avec du lait des pays de l’est…à croire que le commerce est devenu une gigantesque escroquerie. Je passe sur les nouvelles technologies qui me semblent conçues sur le modèle de l’escroquerie du consommateur avec les téléphones offerts mais en réalité loués à des prix prohibitifs. Et maintenant, les fringues. Le tout relayé par les pages conso des magazines qui pour avoir de la pub alimentent la grande machine à faire consommer tout et n’importe quoi en masse et sans discernement. Acheter maintenant est devenu un exercice de haute voltige consistant à se demander à quel niveau on se fait avoir : prix, santé, éthique ? Souvent les trois. Mais tout ça est recouvert sous une épaisse couche de pub donnant l’illusion qu’on vit dans un monde de bisounours et que le bonheur est dans la consommation.

    Commentaire par laplumedaliocha — 03/12/2012 @ 12:41

  23. Je ne suggère pas. Je dis que, par exemple, les fêtes religieuses (si… si…) et le repos obligatoire qui s’y rattachait diminuait largement la possibilité pour un patron de faire travailler ses employés ou apprentis 7 jours sur 7, et qu’à l’époque il valait mieux ne pas prendre les règles des ordres, des corporations, des guildes ou de l’Eglise par dessus la jambe si on tenait à garder son autorisation d’exercer. Maintenant, je n’ai pas dit que c’était le paradis non plus. Particulièrement dans les tanneries. Quant aux conditions de vie, j’avoue que je suis très heureuse d’avoir pu accoucher sous péridurale et de jouir de prothèses dentaires et du chauffage central. Mais je ne crois pas que les ouvrières de Dacca ont la possibilité d’accoucher sous péridurale, et de s’offrir des prothèses dentaires. Quant au chauffage central… elles auraient plutôt besoin d’air co.
    Mais une des grosses différences, c’est surtout qu’on faisait avec les moyens de l’époque, même si on n’en était plus au racloir en silex taillé. Or, aujourd’hui, il y a moyen de tanner le cuir dans des conditions plus hygiéniques, plus humaines, que dans ces usines du Bangladesh. Il y a moyen d’instaurer des lois sociales limitant l’exploitation ouvrière, et des lois tout court concernant le respect de l’environnement. Des lois aussi (françaises, européennes, peu importe) imposant des critères permettant ou pas à un produit d’être importé. C’est une simple (oui, simple) question de volonté politique.

    Quant à la « société de consommation » elle a bon dos. La société de consommation, c’est vous et moi, et tous les autres. Pas seulement en tant que consommateurs, mais aussi – souvent – en tant qu’actionnaires. Alors, oui, nous sommes plus ou moins conditionnés – par la pub, par la com’, par la presse aussi, qui trop souvent nous dit qu’il n’y a pas d’alternative – à acheter tout et n’importe quoi à moindre prix. Nous n’avons pas le choix ? Bien sûr que si. Pas pour tout, peut-être (difficile de trouver un téléphone portable fabriqué en Europe à partir de matières premières européennes), mais en ce qui concerne l’alimentation, l’habillement, la maroquinerie, l’ameublement, l’automobile… oui, il y a moyen. C’est plus cher ? C’est à voir… A (très) court terme, peut-être. A long terme, quand on prend en compte le coût social et environnemental de ses achats, ça m’étonnerait.
    (Et ne vous moquez pas trop des « bobos » : un bon nombre d’entre eux font réellement attention à la provenance des jouets de leurs enfants).

    Commentaire par lambertine — 03/12/2012 @ 12:49

  24. @Aliocha
    J’ai pour ma part choisi de ne pas etre dupe (au fait qui croit encore a la pub ?) et de faire avec ma mauvaise conscience. Assez cynique, je suis sans doute, pour reprendre une discussion precedente, une epouvantable TINA (Thatcher pas Turner) ! Plus serieusement, pour ce qui est de consommer, je fais des choix en me fiant a mon propre jugement.

    @Lambertine

    Les bobos qui font vraiment attention a la provenance des jouets qu’ils achetent a leurs enfants ne meritent sans doute plus de porter ce joli nom. Au demeurant cette anectode c’est du (deux fois) vecu !
    Pour votre second paragraphe, je ne peux etre que d’accord avec vous.

    Commentaire par Maelle — 03/12/2012 @ 13:31

  25. Ces reportages ne sont pas totalement inutiles, même si leurs effets sont dérisoires. Ainsi, un reportage sur le sablage des jeans, pour les « délaver », qui se fait sans aucune précaution, et entraine des silicoses chez les ouvriers, avait forcé le gouvernement turc à légiférer sur la question, et à imposer que les ouvriers portent des masques. Malheureusement cela n’a pas beaucoup gêné les fabricants, puisque maintenant se sont des ouvriers bangladeshis qui font le travail.

    Au fait, pour toutes celles et tous ceux qui aiment le noir, savez-vous que c’est la pire de toutes, la seule qui soit 100% chimique et impossible à « faire autrement ». Là aussi les ouvriers prennent un maximum.

    Commentaire par Alain38 — 03/12/2012 @ 14:20

  26. @ Alain38

    Il y a en effet en Chine des rivieres noires a cause des usines qui fabriquent des millions de denims pour le monde entier. 
    L’article que j’ai lu a ce sujet il y a quelque temps mettait en avant a la fois le manque de qualite de certains jeans pas chers qu’on est oblige de changer tres souvent (les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre l’inusable 501 bleu clair ou fonce ancien modele a la coupe parfaite) et le besoin cree par les designers, en particulier US, qui se sont empares du marche a la suite de Calvin Klein, pour une multitude de jeans hors de prix de toutes les couleurs (l’ete dernier aux EU c’etait la mode epouvantable pour la silhouette feminine du denim pastel) et de toutes les formes (legging, slim, straight, boot cuts, flare, loose, shortcuts, j’en passe et des meilleurs). Comme le dit mon mari, ce qui etait un no brainer, acheter un denim (le suscite feu 501), est devenu super complique. Ca donne a reflechir a la pouf’ qui sommeille en moi. 

    @Aliocha

    Au fait je voulais vous dire combien j’apprecie votre avant-derniere phrase sur les mannequins …

    Commentaire par Maelle — 03/12/2012 @ 18:17

  27. « Saleté de société de consommation. »
    Oui, on peut dire ça, saleté de société de consommation !
    Au XIXe siècle on disait, métaphoriquement, que l’émancipation des juifs leur avait permis de s’assoir « au grand banquet de l’universel ».
    C’est là le résumé d’un contresens tragique !
    Il y avait bien grand banquet, car qu’est-ce que la société de consommation sinon un grand banquet ? mais d’universel, point. La société de consolation profite à beaucoup mais pas à tous. Elle n’est ni universelle ni égalitaire. Elle enrichit les riches, renforce les forts, nourrit les rassasiés. Et l’universel, celui qu’exprime la pensée biblique, celui que le peuple juif a nourri et entretenu pendant près de 20 siècles, qu’en reste-t-il désormais ? qui reprendra le flambeau !
    Ah oui ! on peut le dire : saleté de société de consommation !

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 04/12/2012 @ 11:41

  28. Merci Aliocha pour ce post. J’avais loupé ce reportage.
    Ca fait des lustres que notre système capitaliste génère cette énorme injustice : le pillage et la sur-exploitation des populations qui n’ont pas eu l’heur de naître avec de la soie entre les fesses.
    Les protestations s’élèvent régulièrement; comme ce reportage; ou comme Nicolas Hulot hier soir sur Canal qui rappelait que c’est parce qu’on mange de la viande que les peuples primitifs du Brésil sont décimés pour faire place à la culture du soja.
    Ces protestations sont-elles utiles ? Elles nous donnent mauvaise conscience, mais ne changent pas notre société de consommation.
    Je pense hélas que ces injustices (ces crimes devrais-je dire) perdureront tant que notre société ne se sera pas écroulée.
    Soit par une révolte des exploités. Soit par la révolte de la planète elle-même, qui pourrait bien un jour décider de ne plus être vivable. Je ne vois pas d’autre issue.
    En attendant, j’essaye de limiter ma propre empreinte sur la planète et les hommes, mais je sais bien que nous sommes loin du compte.

    Commentaire par Ginkgo — 04/12/2012 @ 16:23

  29. @ Denis M-B
    Ou alors, comme le disait si bien Jean Gabin das la Traversée de Paris : salauds de pauvres !
    Même pas capable de se payer des fringues à un rpix qui leur permettrait d’être fabriquées en france …

    Ya de quoi être cynique … mais la « société de consolation », vous l’aviez fait exprès, ou c’est une (heureuse) faute de frappe ??

    Commentaire par Yves D — 05/12/2012 @ 00:50

  30. @ Yves D.

    « Consolation » au lieu de « consommation » est bien une faute frappe, amusante en effet, peut-être aidée par la correction automatique de l’iphone…’

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 05/12/2012 @ 07:42

  31. J’ajoute à mon post, une remarque, sous forme de question à Aliocha : cela ne vous est pas pénible d’entendre le matin les chroniques radio des journalistes dits « techno » qui vantent les mérites de telle ou telle tablette numérique ? J’ai parfois l’impression que les journalistes sont devenus les agents commerciaux des Apple, Nokia et autres Samsung…( sous couvert de reportages « scientifico-technologiques »)
    Si une journaliste se mettait un matin à chroniquer sur les yaourts Gervais et La laitière , il se passerait quoi ?

    Commentaire par Bérénice — 07/12/2012 @ 22:46

  32. @Berenice : je n’écoute pas ce genre de choses, je suis une journaliste autiste aux médias….justement parce que je sais que nous sommes tous, moi comprise, manipulés par la com’. Certains en sont un peu conscients et luttent, j’essaie d’en faire partie, d’autres pas.

    Commentaire par laplumedaliocha — 07/12/2012 @ 23:25

  33. merci pour votre réponse… A propos de l’indépendance des médias, et de leur rôle, j’imagine que vous avez lu le dernier papier de Plenel à propos de l’affaire CAHUZAC http://www.mediapart.fr/journal/france/101212/le-ministre-la-presse-et-la-democratie?onglet=commentaires
    titre : « Le ministre, la presse et la démocratie »

    Commentaire par Bérénice — 10/12/2012 @ 19:53

  34. commentaire déplacé dans le billet du jour (m’suis trompée !)

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/12/2012 @ 20:39


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