La Plume d'Aliocha

30/11/2012

Peut-on tout tweeter ?

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 22:22
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La petite communauté du zozio bleu est en colère ! J’entends par là Twitter et non pas une quelconque assemblée d’adorateurs du phallus, précision importante puisqu’une vérification rapide sur Internet de l’orthographe de « zozio » m’apprend que le mot désigne autant « l’oiseau » en langage enfantin, qu’autre chose à ma connaissance dénué d’ailes (mais non de capacité à s’envoler, il est vrai). Je dis cela à l’attention de ceux qui ricanent au fond de la salle. Rangez vos sourires, le sujet est sérieux.

Deux magistrats que les internautes aiment beaucoup, Gascogne et Bip_Ed, ont été dénoncés par le journal Sud-Ouest alors qu’ils twittaient un procès d’Assises auquel ils participaient respectivement en tant qu’avocat général et assesseur. Le confrère, qui se décrit comme cybersceptique, aurait mieux fait de tremper deux fois sa plume dans l’encrier avant de lever l’anonymat de nos amis. Notez, Sud-Ouest le défend en invoquant un respect parfait de la charte éditoriale du journal. Il conclut également :  » la rédaction a respecté les principes déontologiques de « Sud Ouest », mais elle aurait pu tout aussi bien opter pour un choix différent ». Chacun attribuera à cette étrange chute le sens qu’il veut. Pour ma part, j’y vois quand même l’expression d’un léger embarras.

Les deux magistrats ont immédiatement fermé leur compte Twitter. La Chancellerie aurait demandé un rapport. Le parquet a fait appel du verdict. Bref, c’est la tornade classique quand les médias s’emparent d’un sujet. Touchez pas à notre liberté d’expression se sont écriés en choeur les Twittos (nom donné aux utilisateurs de Twitter). Et Eolas de souligner tout à la fois que les magistrats ont le droit de s’exprimer et qu’en l’espèce ils font plus pour l’image de la justice en présentant un visage humain, souvent drôle, parfois émouvant de leur travail, que toutes les campagnes de communication du ministère.

Pour autant, la communauté judiciaire ne semble pas unanime. Ainsi, un magistrat de la Cour de cassation s’est interposé au milieu de l’échange de tweets avant que l’affaire n’éclate pour émettre des doutes sur la pertinence de l’exercice en plein procès. « C’est quand même limite de tweeter pendant une audience », écrit-il, puis il ajoute, « ça donne l’impression de ne pas s’intéresser à ce qui se passe ». Ce à quoi Gascogne répond non sans pertinence :  « si ça se voit, je suis d’accord ». De son côté, Pascale Robert-Diard, célèbre chroniqueuse judiciaire du Monde, pointe le problème du respect dû au justiciable.

Comme dans toutes les grandes tragédies, il me semble ici que les deux camps ont raison. Pour avoir suivi sur Twitter avec gourmandise Gascogne et Bip_Ed , mais aussi d’autres juges (dont je ne citerai même pas les pseudo, de peur de leur faire des ennuis, mais qui se reconnaîtront), il est exact que les fragments de vie qu’ils racontent,  l’esprit dont ils font preuve, la sensibilité aussi, représentent une formidable opportunité pour les citoyens-twittos de mieux comprendre leur justice, de mesurer la difficulté de la fonction de juger, et même de discuter avec ces juges anonymes.

Seulement voilà. L’argument se retrourne. Et sans prétendre porter un quelconque jugement, je me sens obligée de livrer un témoignage. Depuis que je les lis, il m’arrive fréquemment de me demander, en même temps que je savoure leurs récits, si l’utilisation intensive de Twitter ne les distrait pas exagérément de leur travail. Et dans ces moments-là, je corrige de moi-même : après tout, qu’ils discutent là ou à la machine à café avec leur greffier…Je sais aussi qu’il faut se méfier de la fausse impression d’omniprésence sur Twitter. Vous vous connectez, vous lisez les mêmes, et vous en tirez la conclusion hâtive qu’ils sont là 24h sur 24, ce qui est faux, ils sont juste là en même temps que vous. Et puis « ils » ce sont souvent au bas mot 40 personnes que vous suivez vraiment avec attention et que vous finissez par confondre dans l’image globale de « twittos de talent ». Mais plus profondément, je rejoins Pascale Robert-Diard sur la question du respect dû au justiciable. On peut lire ces tweets comme des instants d’audience et d’humanité. On peut aussi y voir des juges qui plaisantent sur un site à connotation ludique, même si on peut y écrire des choses graves, du destin des justiciables qu’ils tiennent entre leurs mains. Je ne dis pas que c’est ce qu’ils font, car je crois au contraire qu’il s’agit pour eux d’une soupape de sécurité dans l’exercice d’un métier que je sais rude, épuisant de responsabilité et souvent douloureux. Et que s’ajoute à cela une déconsidération quasiment constitutionnelle : la justice est l’un des trois pouvoirs que l’on s’obstine à déqualifier en simple « autorité » depuis Napoléon. Sans compter une insuffisance chronique de moyens qui aggrave singulièrement l’exercice d’une mission déjà difficile.  Moi, je le sais, mais les autres lecteurs ?

A mon avis, on retrouve ici le danger que je pointais dans un précédent billet (je ne suis évidemment ni la première ni la seule à l’évoquer) :  l’ego, le risque qu’il y a à se laisser emporter par l’ivresse de satisfaire un public. Ceux qui défendent aveuglément la liberté d’expression dans cette affaire devraient songer que celle-ci n’autorise pas tout. Elle doit être protégée, c’est vrai, mais au même titre que d’autres droits, d’autres libertés, et d’autres valeurs. Par exemple la respectabilité de l’institution judiciaire dont dépend la confiance qu’on lui porte et donc la capacité de vivre ensemble dans une société à peu près pacifique.

Cela étant, j’espère que cette affaire n’aura aucune suite désagréable pour nos deux héros, ils ont je crois assez souffert comme cela du bruit qu’ils ont déclenché et de la levée intempestive de leur anonymat qui a largement contribué à « fabriquer » le fait d’actualité rapporté par mon confrère. S’il ne les avait pas dénoncés, cette conversation serait restée comme des milliers d’autres conversations sur Twitter entre juges, la chronique anonyme de sentiments d’audience relatifs à une affaire impossible à identifier, en un lieu parfaitement inconnu. Autrement dit : rien. Sauf la question de fond : jusqu’où les juges – mais aussi les politiques d’ailleurs et bien d’autres professionnels, journalistes compris – peuvent-ils aller sur Twitter sans nuire à eux-mêmes en cas de perte d’anonymat pour ceux qui ont des pseudos et, plus grave, à l’image de la collectivité (profession, entreprise, institution, activité) à laquelle ils appartiennent ?

S’il y avait une conclusion à tirer pour la Chancellerie de cet incident, je propose modestement qu’elle abandonne toute idée de sanction à l’égard des deux intéressés en considérant qu’ils ont été les pionniers d’une nouvelle forme de liberté d’expression et qu’on ne saurait leur reprocher d’avoir enfreint des règles qui, certes, existent dans l’absolu, mais n’ont pas encore donné lieu à une jurisprudence susceptible d’en éclairer l’application sur Twitter. Et qu’elle ouvre une réflexion sur le sujet des nouvelles technologies dans le monde judiciaire, ce qui ne pourra qu’enrichir tout le monde…

Mise à jour 1/12 à 19h40 : merci à Gilbert Duroux d’avoir signalé cette affaire alors que nous évoquions sous le précédent billet la possibilité de tweeter la guerre.

Mise à jour 3/12 à 12h15 : face à la divergence d’informations entre Mediapart évoquant l’absence de demande d’enquête ou rapport à la Chancellerie et Le Monde parlant d’une demande de rapport, j’ai vérifié auprès de magistrats de la Cour concernée, il n’y a en effet à ce jour aucune demande de la Chancellerie sur ce dossier, mais une procédure de rapport hiérarchique classique.

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35 commentaires »

  1. Bonjour, je ne comprends pas trop cet article

    Je n’approuve pas vraiment ce qui a été fait. C’est effectivement se moquer. Pour décompresser il y a d’autres moyens.
    Je ne me permets pas dans m
    on métier de le faire (en contact avec le public ), ni même de répondre à mon téléphone portable : un simple manque de politesse et de considération de l’autre.

    Sans compter effectivement les risques : pourquoi pas en réponse des indications sur le jugement à donner ?

    Amitiés, bruno

    Commentaire par 7r2nwv4i — 30/11/2012 @ 22:36

  2. Ils sont anonymes mais identifiables comme étant des magistrats, et, même s’ils sont les plus grands amis du monde, ce qui n’a rien de choquant, devraient, pour préserver le respect dû à leur fonction et leur impartialité, s’échanger ce genre de blagues potaches par SMS ou oralement ; bien évidemment, hors l’audience, et, mieux encore, après le délibéré.

    Commentaire par kutsu — 30/11/2012 @ 22:43

  3. Personnellement, la question que je me pose, c’est comment le journaliste a-t-il sur la véritable identité de ces deux twittos, qui ne la crient pas sur les toits…

    Commentaire par Chicxulub — 30/11/2012 @ 23:26

  4. Effectivement, toute cette affaire n’en serait pas une si le lieu n’avait pas été révélé. J’espère qu’il n’y aura pas de suite pour eux, mais malheureusement il y a déjà des conséquences côté Twitter. Un vent froid souffle dessus.

    Décompresser en déconnant tout le monde le fait (en salle café, via la messagerie instantanée ou les mails) et on n’est jamais à l’abris d’une indiscrétion malintentionnée.

    Commentaire par VYGER91 — 30/11/2012 @ 23:41

  5. Billet remarquablement équilibré, qui résume parfaitement mon sentiment : à la fois dans la défense et l’accusation, et pour les mêmes raisons.

    Concrètement, l’identification était facile, pour n’importe qui se trouvant dans la salle en même temps qu’eux, surtout au bout de plusieurs tweets : j’imagine qu’on pouvait simplement corréler leurs tweets avec leurs actions (« j’ai fait pleurer le témoin », etc). Du reste, on ne le dit pas, mais il y avait (au moins) UNE personne qui avait avantage à dévoiler leurs noms : l’avocat des accusés…

    À ce propos, je me demande souvent comment Eolas n’a pas encore été « outé », par exemple par un des OPJ qu’il croise pendant les gardes à vue qu’il livetwitte, et pour lesquels, de fait, son identité devient transparente. Il y a bien UN OPJ inscrit sur Twitter, non ? Et parmi les 90 000 abonnés d’Eolas…

    Commentaire par Yann Leclerc (@cyelll) — 30/11/2012 @ 23:54

  6. …Je précise mon commentaire précédent : Eolas étant féroce envers certains OPJ, je comprendrais que celui qui comprenne subitement qu’il est l’avocat qui était en face d’eux pendant la GàV, ait envie de se venger en « l’outant ».

    Il est clair par ailleurs que chacun se bat avec ses armes : Eolas a une arme fabuleuse avec ses 90 000 followers, dont il use sans vergogne, mais quiconque connaît son identité détient simplement l’arme atomique…

    Commentaire par Yann Leclerc (@cyelll) — 01/12/2012 @ 00:23

  7. Le problème est, à mon sens, plus complexe que ça. J’entends, concernant les réactions des pour et contre.

    Le problème n’est pas Twitter en soi.C’est juste un outil de communication public.

    Est ce que les magistrats se parlent entre eux, est-ce qu’ils plaisantent sur les dossiers, est-ce qu’ils s’agacent de tel ou tel aspect ? La réponse est évidemment oui, pour ceux qui connaissent le monde judiciaire.Ils fréquentent les mêmes couloirs, mangent ds les mêmes restos. La différence est qu’ils le faisaient en direct, sans que personne ne les voient.

    Le problème de ce qui s’est passé est que ça s’est vu. Alors, c’est quoi le fond du problème : que ça existe ou que ça se voit ?
    Soit on se dit que ça ne devrait pas exister : on considère alors que le magistrat, dixit Maître Eolas, sont des êtres éthérés, qui ne pensent à rien sauf au droit et à la justice, qui n’ont aucun sentiment et ont une discipline si rigoureuse qu’ils ne s’abaissent jamais à aucun travers parce qu’il faut être irréprochable constamment.

    Personne n’est naïf, ces personnes n’existent pas. Bien plus, si c’est le cas, on leur reproche leur manque d’humanité, leur froideur, leur dédain et leur mépris pour la vie des braves gens. La bonne justice ne peut venir de « ces gens là »

    Ou alors, on se dit que ça peut exister, mais qu’il ne faut pas que ça se voit. Il faut préserver la sensibilité des braves gens qui n’accepteront jamais de se faire juger par des personnes qui peuvent se révéler aussi humains qu’eux. Et là, c’est la promotion de l’hypocrisie. En fait, ils sont aussi humains (nuls ?) que nous mais pour ne pas me heurter dans mes certitudes, ils ne faut surtout pas que je le sache, officiellement. Et ce que ça me donne plus confiance en la justice pour autant ? Certainement pas, je me dis que le monde judiciaire est une bande de menteurs qui a juste l’avantage de bien cacher son jeu.
    Pour moi, le magistrat doit être entre les deux. Il doit évidemment donner une image de rigueur et d’impartialité, mais il doit également se montrer humain, en reconnaissant ses limites et ses erreurs.

    Je considère que les deux magistrats en cause font partie de ces gens là. Ils ne sont pas hyper laxistes ou trop psychorigides. Ils ont conscience du sérieux de leurs fonctions, mais parfois fatiguent. Mais surtout, ils sont suffisamment humble pour penser que via Twitter, ils peuvent nous faire partager et nous aider à comprendre l’ampleur de la difficulté de leur mission.

    Et personnellement, ça me rassure de le savoir. Ds l’exercice de ma profession, je côtoie des magistrats qui ne me montrent que l’image qu’ils doivent renvoyer. C’est fatigant, j’ai fini par penser qu’ils ne comprenaient rien, et qu’en définitive, ils ne pouvaient juger la fragilité humaine. Pas l’excuser, l’appréhender.

    Dès que je les ai rencontrés sur Twitter, j’ai compris que je me trompais. Ils ont des principes, mais des doutes. Ils essaient constamment de jouer entre les deux et surtout, ils écoutent et partagent.

    Évidemment, des cons imbus de leur personne, il en existe chez les magistrats, comme chez les avocats et les autres professions. Mais, en général, c’est personnes là ne sont pas sur Twitter. Ce n’est pas assez « classe » pour eux. Vous imaginez ? Se mêler au commun des mortels ?!
    Pr en revenir à l’épiphénomène en question, mon avis est le suivant :

    Est-ce qu’ils doivent continuer à Twitter : oui, c’est important pour faire passer un message

    Est-ce qu’ils doivent conserver l’anonymat ? : oui, les braves gens sont intransigeants. C’est plus facile de fustiger une personne dénommée et le fond du message n’est plus audible

    Est-ce qu’ils doivent Tweeter les audiences ? : Je l’ignore. Ds les faits, je ne sais pas s’ils ont Tweetté pendant l’audience ou pendant les pauses. L’un ou l’autre, peu importe en fait.

    Si c’est pendant, ça donne l’image qu’ils ne écoutent pas. Mais je ne suis pas dupe, le magistrat qui griffonne son délibéré pendant que je plaide ou qui regarde par la fenêtre en pensant à sa liste de course, je sais qu’il ne m’écoute pas. Rendra-t-il une meilleure décisions que celui qui m’écoute et qui pense ds sa tête « j’en ai rien à foutre de ce que tu dis » ? J’en doute. Une décision ne se résume pas uniquement à ce qui se dit,même avec talent, mais dépend également du dossier, des preuves matérielles. L’important, c’est ce qui heurte sa réflexion, et ça se niche partout.

    Si c’est pendant les pauses, ds le cas présent, c’est plus complexe. Un procès d’Assises suppose une non communication totale entre chaque partie. Que ce soit Twitter ou autre. Ce n’est pas forcément la preuve d’une collusion mais en tout cas, ça met le doute. Et un procès, surtout pénal, ne devrait pas permettre le doute. En tous cas, ne devrait pas en donner l’apparence.

    De fait, la communication des noms dans l’article par le journaliste procède surtout d’un esprit d’intérêt personnel plutôt que général.

    Si on part du principe que la communication pendant un procès de deux magistrats est anormal et suppose au moins une remise en question, l’article en lui seul sans les noms suffisait. Les deux protagonistes l’auraient lu, voir leur hiérarchie. Le remise en question se serait faite d’elle même avec les éventuelles sanctions.

    De fait, ils auraient réalisé que « oui, twitter est public » Si on use, on doit en mesurer le risque et en assumer les conséquences.
    Je twitte sur ma profession, j’en assume le risque.

    Mais ce qui s’est passé, c’est que le journaliste a volontairement fait la démarche d’aller trouver les « patrons » pour s’assurer, inconsciemment ou non, qu’une sanction serait prise. Ça s’est doublé d’une dénonciation publique au cas où la sanction éventuelle ne serait pas assez sévère.

    La récompense : s’assurer un début de notoriété.

    Alors oui, le procédé est dégueulasse. Ils n’ont pas battu leur femme, pris de la drogue ou investi ds une opération de blanchiment d’argent, il ont TWITTé !

    Qt à l’argument : » moi, ds mon boulot, je suis irréprochable et je n’ai jamais fauté sinon je me serais fait viré » Pitié !!! Je suis bien placée pour savoir que le client (l’humain) ment toujours

    Commentaire par Tinkerbell — 01/12/2012 @ 00:49

  8. Précision sur mon message précédent : Désolée pr les fautes d’orthographe. J’ai écris comme je le sentais et je n’ai pas fais gaffe. #Pardon

    Commentaire par Tinkerbell — 01/12/2012 @ 01:56

  9. J’apprécie ce billet autant que celui de Pascale Robert-Diard.
    Il reste que personne ne peut rien contre un magistrat qui dort – je dis bien dormir, voire ronfler – en pleine audience, pas même le dénoncer, alors que ceux qui se tiennent éveillés sont lâchement pointés du doigt. Or je considère cette attitude, de loin, beaucoup plus insultante à l’égard du justiciable.
    Je pense aussi que beaucoup tweetent parce que ce métier est truffé de temps d’attente et de temps morts, pendant lesquels l’esprit trépigne et va beaucoup plus vite que la procédure, et que les piles de dossiers à consulter qui attendent poussent à se distraire au moins faute de pouvoir travailler réellement. De même pendant certaines audiences : la vivacité d’esprit est sanctionnée.
    Je préfère de loin les joyeux tweeteurs aux magistrats résignés et « adaptés » au système, qui s’endorment sans vergogne et sans que quiconque ose les réveiller.

    Commentaire par rejannf — 01/12/2012 @ 05:46

  10. Compression. Décompression. Communication. L’avocat général tweete avec l’assesseur pendant l’audience, pourquoi pas le neurochirurgien avec l’anesthésiste au bloc opératoire ?, le général John Allen, chez d’état major américain en Afghanistan flirtait et tchattait (orth. ?) au rythme de 37 mails par jour pendant deux ans avec une « social diva » de Tempa (Florida), 3 conducteurs sur 5 reconnaissent téléphoner au volant ou passer des textos. Décompressons. Communiquons.
    Ouvrir  » une réflexion sur le sujet des nouvelles technologies dans le monde judiciaire, ce qui ne pourra qu’enrichir tout le monde… » (sic), moi je veux bien chère Aliocha, cela ne peut pas faire de mal. Créons une commission, ouvrons un débat, réclamons des états généraux. Un Grenelle de l’hypercommunication. Communiquons sans entrave…. Et qu’est-ce qu’on fait du « Le sage tourne sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. » dixit Salomon dans l’Ancien Testament ? C’est pas fun et c’est plus valable ? Ah bon.

    Commentaire par Massilian — 01/12/2012 @ 11:11

  11. @Massilian : les juristes savent très bien penser, c’est l’une de leurs grandes vertus. Je ne propose pas une pitrerie politico-communicationnelle consistant à réunir toutes les parties intéressées pour faire semblant de consulter et de faire émerger de ladite consultation une solution déterminée à l’avance ;-), je parle de penser notre époque, au lieu de filer le vent dans le dos en agitant le drapeau d’une modernité technologique forcément bonne sous tous les aspects ou, au contraire de se braquer dans l’attitude de Salomon 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 01/12/2012 @ 13:19

  12. Peut-être que pour les professionnels, ou ceux qui les côtoient, il y a là un non-événement. N’étant pas de ce côté, je ressens un certain malaise à la lecture de tout ceci.

    Je me suis fait, une fois, la réflexion que je serais terrorisé à l’idée d’avoir à faire à la justice, tant la machine paraît froide vue de l’extérieur. Là-dessus, voilà que je tombe sur un téléfilm que proposait Arte, « la voleuse de Saint Lubin »… je me suis couché en frissonnant, me disant que décidément, je ne voudrais pas avoir à faire à la justice, tant la description qu’en faisait cette fiction était effrayante à mes yeux !

    D’un autre côté, je manque régulièrement de tomber de ma chaise en apprenant des détails sur le fonctionnement de l’institution judiciaire, comme ce déménagement d’un tribunal, où l’on n’a eu d’autre choix que de mettre des détenus à contribution pour aider à déplacer scellés et autres pièces de dossiers… comme illustration d’un manque avéré de moyens, comment faire plus criant ?

    Je conclus provisoirement en me disant que la profession de magistrat doit être bien dure à exercer, et que nous aurions tout à gagner à rapprocher cette sphère de tous ceux qui lui sont extérieurs.

    Commentaire par Zarga — 01/12/2012 @ 14:20

  13. @Aliocha. « Les juristes savent très bien penser, c’est une de leur vertus ». Tiens donc. J’en prends note, mais cette assertion n’engage que son auteur. Ce n’est pas mon opinion (Juriste : Celui qui, spécialisé dans la science du droit, en fait profession, par la pratique ou par des écrits. ie : Sarko juriste, DSK juriste, Guéant juriste, Dati juriste, je continue ?) Bas les toges ! A poil les juristes ! A l’aide Daumier ! On veut voir les ventres, les vanités sur quoi reposent ces cerveaux si brillants qui pensent si bien. Pensons notre époque en effet, avant qu’elle nous pense. Mais n’est-il pas déjà un peu tard ? Aux galères, les magistrats tweeteurs pendant les heures de travail ! Je fais confiance à la sagesse des magistrats pour la mesure de la sanction, c’est la condamnation par principe qui m’intéresse. On coupe son téléphone au cinéma, au théâtre, à l’hôpital et dans le prétoire. Vos traits d’esprits fulgurants peuvent attendre la pause casse-croute, messieurs les juristes avisés. Vos commentaires pédagogiques de même. L’instantanéité est sans valeur, c’est un leurre. 24h/24 je communique, j’existe. Là, je suis « live » en temps réel les mecs. On m’écoute. On me lit. Je suis une source. J’influe. INFLUENCE, mot maudit ! Cela suffit ! Débranchez-les farfadets vaniteux ! Le « si ça se voit, je suis d’accord… » de Gascogne le juriste vertueux est bête à pleurer. On se croirait en classe de 3e avec des cancres qui se passent des petits bouts de papier pendant le cours. Idem, le « j’ai fait pleurer le témoin », c’est totalement affligeant ! Donnez un visage plus humain de la justice ? Vous rigolez j’espère ! Réveillez-vous ! Le juste milieu entre la phrase de Salomon le braqué méditatif et le tweet éruptif du jouisseur égotiste , c’est tourner sa langue 3 fois et demi au lieu de 7. D’accord. Tiens, et puisque je suis chaud sur le sujet, il m’en reste au fond du sac : je trouve que le « délateur » (!) cybersceptique Montois de Sud-Ouest n’a fait que son boulot (donc ni lauriers, ni reproches) au lieu de chercher à faire copain-copain, tweet-tweet avec les néo-cicérons « stars » de la blogosphère.

    Commentaire par Massilian — 01/12/2012 @ 14:43

  14. Bonjour Aliocha,

    Comme si les carabins évitaient de plaisanter entre eux sur les misères humaines ou comme si, de temps en temps, une bonne blague bien gauloise suffisait à notre plaisir (ex: http://www.barraud.gmxhome.de/flash/vuillemin_03.html!!! Pardonnez-moi d’être crû mais encore un journaleux qui se fait sa petite érection tout seul dans son coin. Lever l’anonymat des deux coupables (on n’emploie pas le mot présumé, s’il vous plaît) est digne d’Albert Londres et mérite à coup sûr le prix Pulitzer. Marc Covet (cf les aventures de Nestor Burma, l’homme qui met le mystère KO) fait figure de brillant intellectuel en comparaison. Mentionner l’incident et déplorer simplement la conduite des deux impétrants, sans dévoiler leur nom, aurait pu ou serait passer pour de l’intelligence, le choix fait classe l’auteur pour ce qu’il est. Pour autant, je ne crois pas très subtil de tweeter pendant un procès d’assises même si le quotidien des magistrats légitime l’existence de soupapes de décompression (je suis personnellement bien placé pour le savoir). Comme disait feu Desproges : » On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui! » (surtout devant!!!). Cet incident mérite tout au plus un simple rappel à l’ordre. En étant méchant, je dirai qu’on a la presse qu’on mérite. Triste.

    Bon week-end

    Commentaire par H. — 01/12/2012 @ 15:00

  15. @H : je ne pense pas que ce jeune homme incarne La Presse 😉

    @tous : Eolas s’exprime chez Mediapart, c’est ici : http://www.mediapart.fr/journal/france/301112/les-reseaux-sociaux-l-anonymat-et-le-droit-l-oubli?onglet=commentaires
    si quelqu’un peut me dire ce qu’il dit en substance, suis preneuse, n’étant plus abonnée au site. (Voui, j’ai mes humeurs et en ce moment je boude Mediapart)

    Commentaire par laplumedaliocha — 01/12/2012 @ 15:04

  16. Tiens, j’étais persuadé d’avoir laissé un commentaire. Je dois avoir la maladie… celle qui a un nom genre autrichien.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 01/12/2012 @ 15:10

  17. @gilbert : en effet, toutes mes excuses, je vais le preciser des que j aurai acces a un ordi ( sent from my bidulphone)

    Commentaire par laplumedaliocha — 01/12/2012 @ 16:29

  18. Dénoncer nominalement, c’est une façon de se faire un nom dans certaines professions, c’est tendance.
    Dénoncer la pratique eu égard aux justiciables et aux confrères, pour une activité twitt en pleine audience, me semble une sorte de séance de « cours de maintien » .
    La pratique relève cruellement du sans gène, quel que soient les twittos en audience.
    Inversons les rôles : invitée à une cérémonie religieuse l’autre jour, l’officiant à rappelé au public qu’il faut éteindre le téléphone portable et ne pas mitrailler comme un dingue durant la cérémonie. Idem pour le théâtre ou l’opéra …

    Avec votre exemple, je vois une généralisation du manque de retenue et de respect du fait de ceux-là même censés montrer l’exemple (en relisant la charte de déontologie du magistrat, il y a l’honorabilité et d’autres trucs …).
    C’est malheureusement dans l’air du temps.

    Commentaire par fultrix — 01/12/2012 @ 18:39

  19. Tiens, c’est intéressant, je viens de voir sur Twitter que les médecins se posaient les mêmes questions que la communauté judiciaire sur l’utilisation de Twitter. Je n’y avais pas pensé…En revanche, je songeais en rédigeant ce billet à une autre profession que je suis de près, les commissaires aux comptes. A ma connaissance, ils ne twittent pas, dommage. Qu’est-ce qu’on rigolerait. Imaginez l’un d’entre eux se gaussant de l’application acrobatique d’IAS39 dans une grande banque française. Bon OK, je veux bien croire que ça n’amuse que moi….

    Commentaire par laplumedaliocha — 01/12/2012 @ 19:46

  20. @Fultrix : si je ne m’obligeais pas en permanence au penser contre soi, je hurlerais que tout fout le camp, à commencer par la politesse, la retenue, le respect de l’autre…seulement voilà, je pense qu’il faut faire avec son temps et tâcher de placer le curseur à un endroit où il permette à la liberté d’expression de vivre sans abimer d’autres valeurs. Pas facile. Au fond, je crois que nous sommes à une époque étrange, à la fois capable d’empathie à l’échelle mondiale et terriblement centrée sur l’ego de chacun. Un paradoxe que l’on retrouve sur Twitter. Nos juges satisfont une curiosité des citoyens à l’égard de la justice tout à fait saine, mais ce faisant, ils se placent dans la situation délicate du dérapage potentiel. A leur décharge, c’est un à arbitrage permanent qu’invite une utilisation raisonnée de twitter entre ce qu’on a envie de dire et ce qu’on peut dire, plus on utilise l’outil et plus on s’enhardit, donc plus la frontière de bon sens entre ce quo’n peut dire ou pas se déplace. En fait, ça nous ramène à l’état d’enfant testant les limites de notre entourage. N’est-ce pas l’éternelle problématique de la liberté ? 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 01/12/2012 @ 19:55

  21. @Massilian : joli, on dirait du Céline. Mais que celui qui n’a jamais commenté sur un blog leur jette la première pierre 😉 je vous taquine, mais un peu seulement. On essuie les plâtres en ce moment, nous tous, internautes. Un peu d’indulgence pour les juges pionniers de twitter. Ils ont cédé à la tyrannie de l’ego que vous nommez tentation d’influence ? Peut-être. Ou à l’excitation du jeu. Les médias sont dangereux. En tant que journaliste, quand j’ai débarqué sur la toile, j’ai été scotchée par le vent de liberté qui y soufflait. Mais aussi par l’inconscience de certains, l’ignorance des lois des autres (qu’il s’agisse des textes réprimant l’injure, l’incitation à la haine ou simplement les droits d’auteur). Internet m’a enhardie, mais comme je suis d’un naturel prudent, j’avance à pas comptés. En sentant bien les écueils. C’est pourquoi j’ai quasiment quitté Twitter. De fait, je me sens incapable de condamner ceux qui tombent dans les pièges que moi j’ai vus, parce que j’ai la sagesse de savoir que ma prudence n’est pas forcément partagée par tout le monde et que les autres ont d’autres qualités et d’autres défauts. Et je sais aussi qu’un jour je tomberai dans un piège que je n’aurais pas vu parce que nul n’est infaillible 😉 On découvre, on teste, on tâtonne, on se plante, c’est normal.

    Commentaire par laplumedaliocha — 01/12/2012 @ 20:15

  22. @laplume…

    si on arrive à pense que gascogne n’a pas suffisamment de sagesse pour un avoir certain recul sur certaines pratiques c’est dommageable à sa pratique professionnelle…

    Maintenant je pense que ce n’est pas la question qui est posée. Les gens, dans l’ensemble, n’ont aucun recul et foncent sur tout chiffon rouge qu’on agite devant leurs yeux…

    twitter je n’ai même pas de compte.. et face de bouc encore moins… mais vous ne pouvez pas expliquer aux gens… il faut qu’ils se prennent la porte dans la gueule pour comprendre….

    dont acte. la question de l’égo n’est que la preuve de la bétise…

    Commentaire par herve_02 — 01/12/2012 @ 21:52

  23. […] La petite communauté du zozio bleu est en colère ! J’entends par là Twitter et non pas une quelconque assemblée d’adorateurs du phallus, précision importante puisqu’une vérificati…  […]

    Ping par Peut-on tout tweeter ? | DROIT2012 | Scoop.it — 02/12/2012 @ 10:52

  24. A la décharge du journaliste qui a « outé » les pseudos, j’observe que lorsqu’on sait qu’on a plusieurs milliers de followers, que parmi eux il y a des journalistes qui suivent la chose judiciaire, on renonce de fait à son anonymat si on twitte pendant une audience à laquelle un de ces followers a des chances non nulles d’assister…

    Commentaire par tocquevil — 02/12/2012 @ 12:57

  25. @Tocquevil : moui, enfin quand on se dit cybersceptique, qu’on ouvre tout juste un compte Twitter, qu’on fait du teasing sur un futur papier à venir lequel dévoile justement les identités de deux célèbres twittos, après les avoir semble-t-il dénoncés à leur hiérarchie, on montre – jusqu’à preuve du contraire – qu’on a surtout bien compris comment se bâtir une petite renommée sur la peau des autres. A moins que notre ami n’ai simplement décidé de jouer les justicier. Dans les deux cas, je rejoins Pascale, c’est pas notre job de dénoncer ces magistrats. Un papier évoquant les faits sans les nommer aurait été aussi intéressant (mais moins buzzique). L’une des questions soulevées par l’affaire c’est jusqu’où les journalistes peuvent-ils aller dans leur auto-promo encouragée par les moeurs médiatiques sur Internet…Nous ne sommes pas des VRP de nous-mêmes ni de nos publications. La chose d’ailleurs avait irritée de la part de Mediapart il y a quelques temps.

    Commentaire par laplumedaliocha — 02/12/2012 @ 13:06

  26. @herve_02 : tiens, une furieuse envie me prend de rouvrir la boite de Pandore…Et un trader qui joue les fonds propres de sa banque ? C’est pas une preuve de bêtise aussi ? C’est pas l’illustration de la capacité à foncer dans le chiffon rouge ? On retrouve les mêmes facteurs, l’ego, l’addiction, le besoin de reconnaissance et la perte du sens des réalités…Mais dans ce cas, il y avait une banque qui poussait à cela, me répondrez-vous..Oui, comme ici il y a des acteurs économiques qui fournissent des joujoux, Facebook, Twitter et les autres et soufflent sur les braises de l’ego, de la quête de notoriété, de l’envie de se distraire etc. Je reconnais à JK les mêmes circonstances atténuantes qu’aux magistrats et à la banque les mêmes responsabilités qu’aux acteurs du web, ni plus, ni moins 😉 La société de consommation nous transforme en jouet entre les mains de boites surpuissantes qui manipulent nos bas instincts pour se remplir les poches.

    Commentaire par laplumedaliocha — 02/12/2012 @ 13:14

  27. Bon, mettons que le journal Sud-Ouest n’ait pas outé les deux magistrats en question, juste révélé l’affaire (car c’en est une). Vous pensez vraiment que la Chancellerie naurait pas cherché à savoir qui ils étaient ? Bilan, les deux zozios auraient quoi, gagné une semaine de tranquilité. Pas plus.

    Commentaire par motopolitain — 02/12/2012 @ 17:27

  28. Pour la réponse en 20, je vous cite « Nos juges satisfont une curiosité des citoyens à l’égard de la justice » …
    Ne s’agirait-il pas, à force de vouloir « faire plaisir », de transformer le prétoire en « foire » ou « place de grève » où le « bon peuple » vient se repaître d’un spectacle. Par la même occasion, le magistrat twittant offre un peu de cirque …

    Commentaire par fultrix — 02/12/2012 @ 17:39

  29. 24 tocquevil : très bien vu ; ça s’appelle le goût du risque ou plutôt l’inconscience totale

    « Un peu d’indulgence pour les juges pionniers de twitter. » Aliocha en
    que les juges aient de l’esprit et soient des marrants et montrent ainsi leur humanité, fort positif, qu’ils communiquent avec les moyens modernes, très bien, qu’ils donnent la preuve qu’ils ne dorment pas pendant les audiences, tant mieux

    mais enfin on se doute que les juristes plaisantent de leurs affaires et des acteurs qui en font partie, comme les médecins qui eux aussi ont un métier très dur et ont besoin de décompresser en plaisantant de la mort et des malades, et les profs, qui eux aussi ont un métier très dur, et les policiers, et les travailleurs sociaux et j’en passe qui ne se privent pas de rire des difficultés qui font leur quotidien, mais pas pendant [pendant je ne sais pas comment on souligne] qu’ils accomplissent leurs fonctions et leurs actes ni sous le nez des personnes visées et reconnaissables

    « Un peu d’indulgence pour les juges pionniers de twitter. » (Aliocha)

    non ! pionniers c’est très bien , mais pendant l’audience, non, en étant parfaitement reconnaissables donc à partir de la séance qui se tenait reconnaissable à partir des détails donnés en tweets, c’est de l’inconscience.

    On n’admettrait pas ça d’une autre profession , tenue par le secret professionnel et / ou une obligation de réserve par fonction, dont tous les membres plaisantent des affaires à traiter et des gens qui vont avec, dans les couloirs, mais pas sous leur nez et pas de manière publique !

    Quant à la dénonciation du journaliste, il est mal placé pour dénoncer les torts des autres en franchissant ainsi allégrement un interdit tout aussi déontologique que ceux dont il s’offusque.

    Mais on sait que l’indignation est un genre facile et qui paye. Certains en font des best-seller, même, avec quelques pages torchées vite fait..

    Commentaire par Schmilblick — 03/12/2012 @ 02:42

  30. Bonjour Aliocha

    Quand on réfléchit à ce qu’est un procès, et en particulier un procès d’assises qui est sa forme la plus solennelle, on comprend exactement à quoi Gascogne et Bip_Ed ont manqué.

    L’idée essentielle du procès c’est que le verdict « juste » ne peut émaner que de juges, professionnels ou citoyens-jurés, dont l’intime conviction se forme à partir de ce qui est dit contradictoirement à l’audience et à partir de cela seulement.

    Tout est organisé pour éviter que les jurés soient exposés à une influence extérieure aux débats d’audience. Le serment qui est exigé des jurés le rappelle : « « Vous jurez et promettez d’examiner avec l’attention la plus scrupuleuse les charges qui seront portées contre X…, de ne trahir ni les intérêts de l’accusé, ni ceux de la société qui l’accuse, ni ceux de la victime ; de ne communiquer avec personne jusqu’après votre déclaration ; de n’écouter ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l’affection ; de vous rappeler que l’accusé est présumé innocent et que le doute doit lui profiter ; de vous décider d’après les charges et les moyens de défense, suivant votre conscience et votre intime conviction, avec l’impartialité et la fermeté qui conviennent à un homme probe et libre, et de conserver le secret des délibérations, même après la cessation de vos fonctions .» L’instruction qui est lue aux jurés avant qu’il ne se retire pour délibérer aussi : « Sous réserve de l’exigence de motivation de la décision, la loi ne demande pas compte à chacun des juges et jurés composant la cour d’assises des moyens par lesquels ils se sont convaincus, elle ne leur prescrit pas de règles desquelles ils doivent faire particulièrement dépendre la plénitude et la suffisance d’une preuve ; elle leur prescrit de s’interroger eux-mêmes dans le silence et le recueillement et de chercher, dans la sincérité de leur conscience, quelle impression ont faite, sur leur raison, les preuves rapportées contre l’accusé, et les moyens de sa défense. La loi ne leur fait que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs : « Avez-vous une intime conviction ? » »

    Seul le président a accès au dossier de l’instruction pendant l’audience et la cour d’assises se retire pour délibérer sans le dossier.

    Toute l’instruction est refaite à l’audience.

    Dans mon petit tribunal de province, et j’imagine que c’est pareil ailleurs, les jurés ne peuvent pas pendant les suspensions d’audience s’égayer dans la salle des pas perdus. Ils sont entourés d’un cordon sanitaire quand ils vont aux toilettes, quand ils font leur pause clope ou qu’ils veulent s’offrir une barre de céréales à la machine à café.

    En communiquant entre eux à propos du procès pendant le temps du procès, Gascogne et Bip-Ed ont commis une faute bien plus grave qu’un manque de délicatesse ou qu’un manque de respect aux justiciables. Il faut également comprendre que la faute n’est pas liée à leur statut de magistrat. La faute aurait été la même si des tweets avaient été échangés entre un avocat ou un expert ou un témoin ou le directeur d’enquête et l’un des jurés non professionnels ou l’un des assesseurs

    Leur faute c’est d’avoir souillé le procès et cette faute est en réalité un sacrilège. Sur le moment je n’ai pas compris pourquoi le procureur général faisait appel, dès lors que le verdict était accepté par les parties. En y réfléchissant, c’est lui qui a raison : seul un nouveau procès peut, sur le plan symbolique, effacer cette souillure.

    Rien à voir donc avec la liberté d’expression des magistrats, dont la place est bien marquée dans le déroulement du procès, au moment du réquisitoire pour l’avocat général et du délibéré pour l’assesseur.

    Mon propos est sévère mais j’espère néanmoins que l’affaire n’aura pas de suites graves pour eux, car je les suis moi aussi, et qu’ils me sont toujours apparus, sauf sur ce coup-là, comme des magistrats appliqués à donner une image plus humaine et plus exacte de ceux dont le métier est de rendre la justice.

    Commentaire par ranide — 03/12/2012 @ 14:15

  31. @ranide. Merci. Je ne connaissais pas le texte du serment solennel exigé des jurés. J’ai tiqué sur le mot « souillure » la première fois que je l’ai lu. Mais c’est le bon. Il y a tâche, accroc, faute, bavure. Le jugement est maculé. C’est indiscutable. Je vous suis jusqu’au bout. A refaire au propre. J’ai beaucoup apprécié chacune de vos lignes qui me donnent selon vos propres termes : « une image plus humaine et plus exacte de ceux dont le métier est de rendre la justice. » Bravo.

    Commentaire par Massilian — 03/12/2012 @ 14:44

  32. Peut-on tout twitter ? Jean Quatremer répond : oui, même les pétages de plomb.
    Je ne sais pas s’il est médiatique, en tous cas il a sa place dans la catégorie « têtes de cons ». Jean Quatremer pète un câble parce qu’il a été égratigné par Acrimed :

    Commentaire par Gilbert Duroux — 03/12/2012 @ 16:57

  33. Il y a longtemps que je n’avais pas posté. J’ai eu un coup de chaud hier en lisant les commentaires. C’est heureux que l’ordi de la maison ne m’ait pas permis de répliquer tout de suite.

    @Massilian et RANIDE: BRAVO!

    Il est des planeurs qui n’ont pas foulé la moquette des vâches depuis … longtemps.

    L’atteinte à je ne sais pas quoi parce que Sud-Ouest a révélé l’identité des deux twitos? Pour au moins un des deux, personnellement étant de la basoche et le suivant depuis de nombreuses années notamment chez EOLAS, cela fait belle lurette que je l’avais reconnu. Il a donné de longue date tous les détails pour que cela se fasse sans peine. Je ne fréquente pas Twitter, mais il semble que pour le second, ce ne soit pas plus compliqué.Et puis il faut vraiment n’avoir jamais consulté Sud-Ouest pour imaginer qu’il puisse s’agir d’un brulot subversif ou/et réactionnaire.

    Et le top du top, l’atteinte à la liberté d’expression par des attardés ou des frustrés de la communication et des nouvelles technologies!??
    La Tour vous demande d’atterir immédiatement. On blaguait devant la justice criminelle, où seuls le Président, et pas les assesseurs, l’avocat général, et les avocats connaissent le contenu du dossier. Les autres découvrent le dossier à l’audience (les autres: les deux autres juges pro-, les 09 jurés, et leurs suppléants, le public dont les journalistes quand il n’y a pas huis clos).

    Le cardiologue qui pose une valve à votre grand-mère, le gynéco- qui « césarienne » votre compagne ou votre soeur …. ils sont bien libres de tweeter en bossant tout de même: ce ne sont pas des gens qui risquent un minimum de 10 ans de géole qu’ils ont entre leurs mains eux, ce sont des gens qui pourraient mourrir. Ils ont autrement plus besoin de décompresser pendant que des magistrats!

    Sannnnnnnns blaaaaaaague! Comme disait tous les quarts d’heure un client alcoolique, trouvé ivre au volant de sa bagnole pour la énième fois, cette fois une nuit à tourner dans un square animalier cherchant une sortie dans le noir, le gardien et les enquêteurs cherchant à comprendre comment il avait pu rentrer de jour avec sa berline sans que personne ne s’en aperçoive, tout étant fermé la nuit, alors que de jour ne sont ouverts que des passages piétons. Il était libre MAX?

    Commentaire par Grantumu — 04/12/2012 @ 16:20

  34. @Grantumu. Mon cher, vous allez me faire rougir. Vous en êtes un autre. Post salubre, tonique, rafraîchissant et tout à fait « Abonessian ». Devriez pas trop vous retenir quand ça vous démange. Ce ne sont pas les sujets qui manquent. Au plaisir de vous lire. Bonjour chez vous.

    Commentaire par Massilian — 04/12/2012 @ 16:45

  35. […] apparait aussi charmante qu’inépuisable. Ainsi donc, après Twitter à l’Elysée, puis Twitter au Palais de justice, et même Twitter à la guerre, voici venu l’épisode de Twitter à l’Assemblée […]

    Ping par Les aventures de Twitter à l’Assemblée « La Plume d'Aliocha — 05/02/2013 @ 21:37


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