La Plume d'Aliocha

16/11/2012

Touche pas à mes certitudes !

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 10:43
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Etes-vous prêts à plonger dans la grande polémique du moment ? Pierre Péan et Philippe Cohen sortent un livre sur Le Pen chez Laffont. Un livre qui remet en cause un certain nombre de certitudes sur l’épouvantail légendaire de la politique française. Pour comprendre ce qui va se passer, il faut connaître un peu le dessous des cartes. Il y a quelques mois, l’un des deux auteurs me confiait avec un embarras mêlé d’effarement qu’il était en train de découvrir, à force de consulter des tonnes de documents, d’interviewer des dizaines de personnes, bref d’entrer au coeur du mystère Jean-Marie Le Pen, que le portrait médiatique de celui-ci ne collait pas au personnage. Pire, que Le Pen n’était peut-être pas l’antisémite qu’on avait toujours pensé. « On va se faire démolir par les confrères » m’avait-il confié, un brin fataliste. C’est tout à l’honneur de ces deux journalistes que d’avoir accepté d’abandonner leurs préventions et de livrer ce qu’ils ont découvert. Il y a tant d’écrits journalistiques qui forcent les sujets à entrer dans le cadre fixé au départ. Il y en a même qui confondent information et militantisme, de sorte que ça ne les dérange pas outre mesure de tordre la réalité pour nourrir leur combat.

Seulement voilà. Quand les médias forgent une vérité sur plusieurs décennies, elle devient quasiment impossible à corriger. Eux-mêmes n’ont pas envie de se dédire. Quant au public il a adhéré à ce qu’on lui présentait et participe à la défense des certitudes qu’on lui a mis dans la tête. Je le sais d’expérience puisque je le vis tous les jours sur le dossier Kerviel. Moi aussi j’étais partie dans l’idée de défendre le trader contre la méchante banque, et j’ai dû renoncer à mon analyse simpliste du départ. La réalité apparait toujours plus complexe quand on l’observe de près, en acceptant de céder à la tyrannie des faits, d’abandonner ses certitudes et de livrer finalement des conclusions qui ne plairont pas. Quand on m’interroge sur l’affaire, il n’est pas rare que mes explications suscitent des réactions très violentes. L’idée de la méchante banque est si satisfaisante que certains refusent obstinément de l’abandonner…

Les deux journalistes vont déranger, c’est sûr. Et ils se feront dézinguer, à n’en pas douter. En particulier par ceux qui n’ont pas digéré leur précédent fait d’arme, La Face cachée du Monde. Gardez cela présent à l’esprit quand vous lirez les critiques, car vous allez immanquablement assister à une guerre de clans journalistiques. Au hasard, Daniel Schneiderman ricane ce matin à propos du livre. Comme vous le savez @si est partenaire de Mediapart et Mediapart, c’est Plenel et Plenel, c’était Le Monde à l’époque de la Face cachée…Il n’y a peut-être pas de lien, mais il est toujours utile de savoir le mieux possible qui parle…La question à ce stade, c’est que voulons-nous en tant que public ? Continuer de chérir des idées simples et satisfaisantes, au risque de se tromper, ou accepter la description d’une réalité compliquée, dérangeante, nuancée, grise qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponse ? Qu’importe me direz-vous, à force de trop comprendre, on n’agit plus. Tout le monde trouve toujours des excuses. C’est un risque, en effet. Pour autant, sans être une spécialiste de la chose militaire, loin s’en faut, il me semble que la qualité de l’information est stratégique dans une guerre, non ?

Note : à l’attention des visiteurs occasionnels, je ne fais pas ici de politique, et si j’en faisais, elle ne serait pas du côté du FRont National. Pour lever toute ambiguïté, ceci n’est pas une défense de Jean-Marie Le Pen, mais une réflexion sur le journalisme. 

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45 commentaires »

  1. En même temps, Schneidermann s’était fait virer par le Monde comme un malpropre, il ne les portait pas dans son cœur à une époque. Sinon, pour le reste, tout cela est bien évident, on est loin du jour où le monde médiatique arrivera à accepter le réel et laisser tomber ses préjugés. En même temps, c’est jamais simple pour un individu, alors pour une communauté, n’en parlons pas.

    Commentaire par Polydamas — 16/11/2012 @ 11:17

  2. Il n’y a plus d’agora ni de foule, mais il y les médias par lesquels, par l’intermédiaire desquels, nous faisons foule. Et la foule n’a que trop tendance à se rassembler contre, contre un ou des coupables, dont elle fait des victimes…
    Comment les médias pourraient-ils échapper à ce piège ? Ils sont l’agora moderne sur laquelle se rassemble la foule médiatisée, et dont elle a tant besoin..,

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 16/11/2012 @ 11:39

  3. @Polydamas : en effet, mais ils se sont réconciliés en décembre 2011 lorsque Plenel, interviewé par Daniel, a avoué qu’il avait commis une erreur en le virant. Peu de temps plus tard, les deux sites se rapprochaient pour proposer une offre conjointe d’abonnement à leurs deux sites. Je n’ai pas tout mentionné, mais il y a aussi un contentieux entre Daniel et Péan, ce dernier a quitté le plateau d’@si parce que Daniel insistait sur son supposé antisémitisme à propos du livre sur Kouchner.

    Commentaire par laplumedaliocha — 16/11/2012 @ 11:41

  4. Il me paraitrais intéressant de faire une lecture croisée de cet ouvrage avec celui de Caroline Fourest et Fiammetta Venner sur Marine Lepen ( ça commence ici : http://carolinefourest.wordpress.com/2011/12/10/lintimidation-version-marine-le-pen/ et pour le blog dans son ensemble, c’est là : http://carolinefourest.wordpress.com ).

    Commentaire par fultrix — 16/11/2012 @ 11:44

  5. En commentaire sur « @si est partenaire de Mediapart et Mediapart, c’est Plenel et Plenel, c’était Le Monde à l’époque de la Face cachée…Il n’y a peut-être pas de lien, mais il est toujours utile de savoir le mieux possible qui parle »> il faut savoir qu’il y a quelques années Schneiderman s’est justement fait virer du Monde par Plenel (notamment) parce qu’il avait osé écrire que peut être il y avait des choses intéressantes dans le livre…
    Bon, l’an passé ils se sont réconciliés a l’occasion d’un échange dans les locaux de Mediapart – vidéo sur Mediapart et @SI je crois – et Plenel a reconnu qu’il avait eu tord. Depuis les deux médias en ligne se sont rapprochés et proposent des abonnements communs.

    Bref tout cela pour dire comme vous le dite vous même en début d’article : c’est un peu plus compliqué.
    Pour dire aussi que, que l’on partage ou non l’analyse de Scheiderman, on peut au moins éviter le procès en suspicion au regard du passé (que je sache, d’être au Monde ne l’avait pas empêché d’être très critique contre son journal quitte a se faire virer !).
    En gros vous sembler utiliser l’air de rien la même ficelle que celle que vous dénoncez…

    Commentaire par Vonric — 16/11/2012 @ 12:02

  6. @Aliocha :

    D’accord pour juger que Schneidermann a déjà été mieux inspiré que dans le papier que vous liez (où il fait clairement ce qu’Arrêt sur Images dénonce chez les autres, une fois n’est pas coutume). Après, sur La face cachée du Monde, c’est un des rares à être sorti irréprochable de toute l’affaire, comme le signale Polydamas (il s’est quand même fait virer pour avoir osé parler du livre dans Le Monde).

    Sur le contentieux entre Péan et Schneidermann, c’est bien possible, l’émission s’était en effet assez mal finie…

    Bref, avec les réserves d’usage vu que je n’ai pas non plus lu le livre, j’aurais tendance à faire confiance à Péan et Cohen dans leur travail (La Face cachée avait beau être parfois sans intérêt, genre sur l’enfance de Plenel, on apprenait tout de même énormément de choses, largement assez pour justifier l’achat du livre).

    Et, effectivement, ça va donner lieu à une bataille invisible entre journalistes parisiens. Si Arrêt sur Image voulait bien faire son boulot, ça ferait un bon papier, parce que les non-insiders de la presse nationale (comme moi) risquent de n’y rien comprendre.

    Commentaire par Moktarama (@Moktarama) — 16/11/2012 @ 12:11

  7. On peut aussi se poser la question de l’intérêt de connaître la face cachée de JML… Ah, il a parlé de « Durafour crématoire » mais cette enquête approfondie nous permet de penser que derrière l’odieux personnage se cache un cœur d’enfant espiègle ? On s’en fout, non ? Tant qu’à réfléchir sur le journalisme, posons-nous plutôt la question du pourquoi ils n’enquêtent pas plus, par exemple, sur les causes de la crise actuelle (au delà du simpliste « on a trop dépensé »), ça intéresse sans doute beaucoup plus de gens, non ?

    Commentaire par mahikeulbody — 16/11/2012 @ 12:36

  8. Pour ce qui est des réactions, j’en ai attrapé une au vol… branchez vous sur le podcast de la matinale de France Inter, et écoutez la réaction de Patrick Cohen.

    Ce dernier s’étranglait presque de la remise en question de l’antisémitisme de Jean Marie Le Pen. Je veux bien qu’on m’expose certains des détails de l’épisode « Durafour crématoire » : c’est le même extrait qui tourne en boucle sur le sujet depuis des années, alors si certains à côtés peuvent nuancer cet épisode-là, ma foi, je suis preneur. Par contre, il y en a un que je ne vois jamais servir d’illustration, c’est le face-à-face entre Jean Marie Le Pen et Lionel Stoléru sur le plateau de Jean Claude Bourret. C’était au cours d’un journal télévisé de la mi-journée, sur feue « La Cinq », au cours duquel Jean Marie Le Pen se lance dans une question des plus alambiquée à l’endroit de Lionel Stoléru, où il est question de nationalité, de double nationalité… jusqu’à ce que Jean Claude Bourret l’interrompt poliment pour demander tout de go à Lionel Stoléru : « Etes-vous Juif? ».
    Là dessus, M.Stoléru est resté sans voix, et M. Le Pen s’est perdu dans je ne sais plus quelle sortie, tant la situation était inconfortable.

    Mais il n’y a jamais eu, à aucun moment du face-à-face, de dénégation de la part de M. Le Pen…

    Commentaire par Zarga — 16/11/2012 @ 12:52

  9. @Vonric et Moktarama : je n’utilise pas de ficelle, j’illustre juste le fait que la réception médiatique d’un livre dépend de son contenu, mais aussi dans ce tout petit monde, des relations entre les uns et les autres. Mon intention n’est pas ici de casser Daniel, je l’aime beaucoup même s’il m’agace aussi beaucoup ;-), il m’est juste tombé sous la plume au moment où je cherchais un exemple.
    Notez, je m’étonne que personne ne m’ait encore demandé quels étaient mes liens à moi ?
    Les voici :
    – je suis bloguese associée de Marianne et c’est Philippe Cohen qui m’a « embauchée ». Le bémol dans l’histoire, c’est que Marianne n’a jamais daigné m’offrir fut-ce seulement un abonnement au journal en échange du contenu gratuit que je leur offrais. Je suppose que je dois me contenter d’être rémunérée en notoriété…Autre bémol, j’ai envoyé mon livre à Philippe…qui ne l’a pas lu, mais l’a passé à un journaliste de Marianne pour qu’il y jette un coup d’oeil, lequel…ne l’a pas lu non plus. Pas cool.

    – avec Daniel : on se connait un peu, on se demande de temps et temps si on ne pourrait pas faire quelque chose ensemble, et puis on pense à autre chose.

    Commentaire par laplumedaliocha — 16/11/2012 @ 12:57

  10. Bonjour Aliocha,

    Pour résumer, on aurait donc raison de se méfier de la soupe médiatique habituelle et de ceux qui la fabriquent? Au delà du scandale que ce livre semble révéler (je précise que je ne suis pas un thuriféraire de Jean-Marie le Pen même si je le tiens pour un des personnage les plus intelligents de la classe politique), la profession à laquelle vous appartenez ne sort pas grandie de ce déballage. Serait-ce là le seul exemple existant où la manipulation grossière le dispute à l’incompétence la plus crasse (le parcours de votre livre dans les méandres d’une rédaction parisienne vaut son pesant de cacahouètes) ou bien est-ce une pratique usuelle et courante de prendre les « consommateurs » de médias pour des c…? L’utilisation qui a été faite du détestable « Durafour crématoire » est emblématique de la dérive que vous dénonciez dans un de vos billets récents. Où Jean-Marie le Pen a été très fort, c’est qu’il savait parfaitement comment ce mot serait utilisé et une fois de plus, la communication s’est imposée au détriment de l’info. Qui est le plus fautif dans cet exemple?
    Ne prenez pas cette diatribe pour vous (je réitère les propos que j’ai tenus récemment sur l’importance qu’ont votre blog et votre démarche personnelle) mais je crois qu’il est urgent que votre corporation prenne conscience de l’impasse dans laquelle elle s’est fourvoyée.

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 16/11/2012 @ 13:35

  11. @Aliocha :
    Oui, je me souviens de l’interview ridicule de Schneiderman sur le mot « cosmopolite » utilisé par Péan à propos de Kouchner et qui fleurait l’antisémitisme selon lui. Mais ça fait longtemps que je ne les suis plus, et ça ne me fait que du bien… 🙂
    Et merci de souligner les liens que vous avez avec les uns et les autres, cette transparence vous honore.

    Commentaire par Polydamas — 16/11/2012 @ 16:44

  12. Vous plaidez d’une certaine éthique qui semble être d’une autre époque, le journalisme est devenu un panier de crabes comme partout où chacun pour sortir du lot ou garder sa place doit fabriquer un personnage ou trouver un scoop, ils ne présentent plus les nouvelles mais les maquillent et on en a la preuve d’un pays à l’autre en écoutant les mêmes infos présentées de façons différentes . Certains sont la caricature d’eux -mêmes en orientant leurs questions et falsifiant les réponses et in fine on ne fait vraiment confiance à personne. Tout comme les photos sont retouchées les infos suivent.
    Votre profession comme les autres est un struggle for Life .

    Commentaire par Scaramouche — 16/11/2012 @ 17:07

  13. @H : ne soyons pas excessifs non plus. Personne ne dit que Le Pen est blanc comme neige, et certainement pas Péan et Cohen. Il n’y a pas que les médias qui aiment les idées simples, mais les politiques et le public aussi. On dérange tout le monde quand on commence à entrer dans les détails et à nuancer les constats.

    @Polydamas : ridicule, je ne sais pas, disons qu’il lui posait une question sans réponse. Comment voulez-vous prouver que vous n’êtes pas antisémite ? Péan répond qu’il ne l’est pas, Daniel revient à la charge, que répondre ? A sa décharge, quand les journalistes n’insistent pas on dit qu’ils se font balader, quand ils insistent qu’ils sont agressifs. Pas facile de trouver le juste milieu.

    @Scaramouche : lisez les journalistes de Balzac, ou les textes de Zola sur la profession, vous verrez quo’n souffre exactement des mêmes tares qu’il y a deux siècles. Donc il n’y a pas d’éthique d’une autre époque, mais une éthique tout court. Et des professionnels qui y sont plus ou moins sensibles….

    Commentaire par laplumedaliocha — 16/11/2012 @ 17:26

  14. En tout cas voila un;livre qui tombe à pic pour Jean-François Cope et tous les amateurs de pains au chocolat. Déja que ca ne le génait pas de faire du Le Pen, Si en plus, Jean-Marie est en fait un gentil garçon.
    Un survol (trop rapide) du web m’indique qu’on apprend aussi que Mitterand et tapie ont favorisé la montée de Le Pen et qu’on a pas trouvé de PREUVES qu’il a torturé en Algérie. Wouah c’est du lourd comme scoops !

    Commentaire par J-P — 16/11/2012 @ 17:32

  15. Le problème n’est pas que Le Pen soit, personnellement, antisémite ou non. Le problème, c’est quand les partis dits traditionnels surfent sur les idées nauséabondes du Front national pour piquer sa clientèle. En pure perte, d’ailleurs, sur le plan électoral, vu que les gens préfèrent toujours l’original à la copie. Malheureusement, en faisant du Le Pen, ce partis contribuent à faire progresser fait les idées puantes du FN. Le Pen, qui n’est pas le dernier des imbéciles, connait sans doute le théoricien marxiste Gramsci. Il sait très bien que l’essentiel est de gagner sur le plan des idées et que le reste suit.
    Au passage, une autre idée reçue à démonter, c’est la supposée profondeur de la foi de Le Pen, due au fait que Le Pen a su dragouiller dans les milieux intégristes catholiques. En réalité, Le Pen n’en a rien à foudre des bondieuseries de tous ordres. Des amis proches ont raconté que lorsqu’il était plus jeune, il s’amusait à pisser dans les bénitiers. Je ne sais pas si le bouquin de Péan et Cohen est éclairant sur cet aspect de la personnalité du gros blond borgne.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 16/11/2012 @ 17:54

  16. @Aliocha : « Comment voulez-vous prouver que vous n’êtes pas antisémite ? »

    Il suffit de prouver que vous avez un ami plus juif qu’un arabe.

    Commentaire par kuk — 16/11/2012 @ 19:12

  17. Ah ben tient, j’allais poster le même lien qu’ubu. En fait, c’est juste qu’il aimait l’artisanat allemand. (après, que le « vrai » personnage soit probablement plus complexe que l’image médiatique…

    Commentaire par babilsGM — 16/11/2012 @ 21:38

  18. En apprenant que son père s’est, somme toute, plutôt bien comporté pendant la guerre d’Algérie, Marine Le Pen s’est effondrée. Bien sûr, l’amour filial demeure, mais il se pourrait bien que la commission disciplinaire du parti se réunisse pour savoir si une pareille lopette peut rester président d’honneur du parti :
    http://www.legorafi.fr/2012/11/16/marine-le-pen-dit-toujours-aimer-son-pere-malgre-les-revelations-sur-son-bon-comportement-durant-la-guerre-dalgerie/

    Commentaire par Gilbert Duroux — 16/11/2012 @ 21:58

  19. @ aliocha # 13 :

    « On dérange tout le monde quand on commence à entrer dans les détails et à nuancer les constats. »

    Tiens, ça me rappelle ce que je disais au sujet du procès en sorcellerie qu’on avait intenté à l’époque à Balabanova, avec son histoire de momie à la cocaïne et à la nicotine!

    puisque les coups de pieds dans la fourmilière vous intéressent, régalez vous donc :

    http://www.franceculture.fr/emission-science-publique-faut-il-considerer-les-ogm-comme-des-poisons-2012-11-16

    C’est encore tout frais! J’étais sur la route, et je n’ai malheureusement pas pu consacrer à cette émission toute l’attention qu’elle méritait… mais j’ai tout de même réussi à capter quelques morceaux de bravoure! Encore merci le service public.

    Je ne me souviens plus du nom de cet historien qui rappelait que l’histoire était par définition soumise à révision, et que par conséquent un bon historien était par nécessité un bon révisionniste. Il récusait par là même la pertinence du terme « révisionniste » pour nommer toute personne remettant en cause la Shoah, lui préférant le vocable « négationniste ».

    Pour ce qui est de l’épisode Le Pen / Stoléru, je ne m’explique toujours pas pourquoi on n’exhume pas les images de cet échange… l’INA ouvre pourtant ses placards à tout le monde, non ?

    Commentaire par Zarga — 16/11/2012 @ 22:15

  20. @Zarga : A partir de 10:46 sur le site de l’ina. Mais après visionnage de l’extrait, je ne le trouve pas probant.
    http://www.ina.fr/media/television/video/CAG03010416/duel-sur-la-5-immigration-un-danger-pour-la-france.fr.html

    Commentaire par kuk — 17/11/2012 @ 09:09

  21. @ kuk :

    Dans mon souvenir, je revois M. Stoléru perdre ses moyens devant ce que M. Bourret met en évidence, et un M. Le Pen pas trop à l’aise sur le terrain sur lequel il s’avance. Je ne me souviens pas avoir entendu M. Le Pen affirmer les choses aussi clairement que s’il avait dit que ce qui le gênait chez M. Stoléru était sa qualité de français de confession juive. Mais il était bel et bien dans ses petits souliers.

    Mais bon, souvenirs, souvenirs… Je vais me repasser le lien que vous nous proposez, et confronter le souvenir au document. Merci.

    Commentaire par Zarga — 17/11/2012 @ 09:33

  22. @ kuk :

    Mouais…..

    C’est encore une fois la même question qu’on se pose au sujet de M. Le Pen : hasard ou coïncidence? Celui à qui il pose la question reconnait qu’il est bien de confession juive, tout en rappelant l’évidence, à savoir que juif c’est une religion et pas une nationalité.

    Et puis M. Le Pen botte péniblement en touche sans jamais répondre franchement à l’intervention de M. Bourret… rétropédalage à fond le nez dans le guidon, puis cafouillage à base de « on dit », et là on a le pompon : un tribun comme lui qui nous avoue tout benoitement qu’il a un peu trop prêté l’oreille aux cancans de concierges!

    Moi je n’achète pas.

    Pour rappel, un extrait du petit précis du bon sens commun : pour tout ce qui est du domaine du « on m’a dit » voilà ce qu’il convient de répondre : « ON est un con, alors tu m’dis QUI, ou tu m’dis rien ».

    C’est pas élégant, et je ne vois pas M. Stoléru se lancer dans ce type de répartie. Mais je trouve le rétropédalage suffisamment lamentable, et les explications assez pitoyables pour ne pas me dire que tout de même, ça fait beaucoup dans le style « hasard ou coïncidence ».

    Merci encore pour le lien!

    Commentaire par Zarga — 17/11/2012 @ 09:58

  23. Le Pen est toujours assez malin pour que ses sous-entendus puisse satisfaire les fachos et énerver le camp d’en face sans prêter le flanc direct à l’attaque de racisme (ou d’antisémitisme). Voir aussi comment il retourne l’argument de Stoléru sur le discours de Lepen de 1958 (vers la 17e minute). Ici, on peut comprendre qu’il n’attaque pas spécialement la judéité de Stoléru (il ne parle que de nationalité israélienne), mais simplement le caractère bi-national pour mettre en porte-à-faux un ministre en charge de l’immigration.
    Il est quasi-certain que Le Pen connaît la réponse à la question qu’il a l’air de poser naïvement, il a réussi à faire passer insidieusement le message que les juifs veulent de l’immigration pour l’exploiter à bas prix. C’est du Le Pen classique, mais impossible d’en tirer quoique ce soit à charge. Un mec comme ça manie si bien le verbe que c’est presque impossible de le coincer là-dessus. Mieux vaut examiner ses actes.

    Commentaire par kuk — 17/11/2012 @ 10:36

  24. @ kuk :

    Pour ce qui est des actes, j’ai encore en mémoire l’épisode « Jean Marie fait le coup de poing » à Mantes la Ville, en 1997…

    Commentaire par Zarga — 17/11/2012 @ 13:28

  25. C’est épouvantable, j’ai l’impression que tout cela est sans grand intérêt. Le livre et « la grande polémique », espérée par les auteurs (?) qui doit l’accompagner. Que va bouleverser le livre ? Est-ce important de savoir que papa Le Pen n’a pas torturé mais seulement molesté, brutalisé, rudoyé ou rossé des algériens pendant son service militaire ? Est-il un antisémite actif, dûment labélisé ou bien est-il seulement assimilé à antisémite occasionnel à cause de propos inconvenants ? Des capables de sortir « Durafour crématoire » ou pire avec un verre dans le nez, j’en ai croisé des tonnes, j’oserais dire que la France en possède un gisement important. Bref, les coulisses du personnage méritent-elles encore un opus ? Y-a-t-il de quoi bouleverser les convictions de ceux qui ne peuvent pas le piffer et de ceux qui le kiffent mortel ? Et puis ces histoires d’inimitiés de corridor entre Péan, Plenel et Schneiderman, ça ressemble fortement à du gossip pour les professionnels de la profession. On ose espérer que cela n’influe pas sur le sérieux de leur pratique journalistique, mais soudain on se pose la question….

    Commentaire par Massilian — 17/11/2012 @ 13:48

  26. @Massilian je ne suis pas d’accord avec vous. C’est important de creuser un sujet, d’affiner sa perception des choses, en attendant que les historiens fassent leur travail (d’ailleurs, les journalistes fournissent souvent des matériaux aux historiens en chroniquant le temps présent). L’ennui, et là je vous rejoins, c’est qu’on risque de rester à la surface des choses pour cause de maladie française de la polémique et de s’écharper sur une idée du livre, pire sur un procès d’intention des auteurs, plutôt que sur le livre lui-même. Surtout qu’il touche à des sujets sensibles, l’Algérie, l’extrême-droite, l’antisémitisme, la xénophobie etc…Amitiés et inimitiés ? Non, ça n’influe pas sur leur travail, en revanche cela influe sur ce que chacun dit du travail de l’autre. Quant à la polémique espérée, je vous dis au contraire qu’elle était redoutée. Au passage, ils savaient aussi qu’ils ne s’attireraient pas les bonnes grâces de Le Pen. Vous savez, c’est dur de travailler et de se prendre des tomates dans la gueule. Surtout quand vous voyez que ceux qui bossent beaucoup moins dans l’univers médiatique gagnent souvent beaucoup plus et en plus sont encensés. Au hasard les présentateurs de JT, les éditorialistes, les patrons de médias qui incarnent souvent aux yeux du public Le journalisme. En même temps, un article ou un livre de journaliste qui ne dérange pas, c’est un travail qui souvent a manqué sa cible. De là à dire que bien faire son boulot expose à rien d’autre qu’à prendre des tomates dans la gueule…c’est une des difficultés du métier 😉 C’est le reporter de guerre qui ramène des photos atroces et qu’on accuse de faire du sensationnalisme, d’emmerder l’armée de son pays et que sais-je encore. C’est le journaliste d’investigation qui lève un scandale et se retrouve attaqué en justice. Etc…Public, on a besoin de toi !

    @Tous : Daniel n’ayant pas exercé ici son droit de réponse (il m’a gentiment taclé par mail ce matin à l’aube) je précise qu’il conteste mon interprétation et se range du côté de ceux qui ont rappelé qu’il avait été viré pour avoir parlé de ce livre.

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/11/2012 @ 14:04

  27. Franchement, Aliocha, après des épisodes comme celui du poignard nazi oublié dans la maison dans laquelle son occupant a été torturé puis exécuté, en arriver à la conclusion « on ne peut pas dire que Le Pen a torturé », vous pensez vraiment que c’est juste l’aboutissement d’une enquête ? Ça ne relèverait pas d’une intention de « blanchir » l’ancien chef du FN ? Ou n’est-ce pas une façon de faire du buzz en prenant le contrepied de ce qui apparaissait jusqu’ici comme une évidence ?
    Qu’est-ce qu’il faut pas faire au nom de la lutte contre la bienpensance ! J’attends avec impatience le bouquin qui nous expliquera que Sarkozy a été le président qui a le plus œuvré pour l’instauration du communisme en France.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 17/11/2012 @ 16:54

  28. @Gilbert Duroux : je vais (encore) vous énerver, mais en tant que juriste, je peux vous dire qu’un poignard oublié dans le lieu d’une tuerie et marqué au nom de son propriétaire est un indice particulièrement grave pour l’intéressé. Mais pas une preuve. Et n’importe quel spectateur de séries policières le sait, même pas la peine de s’être tapé 5 ans de droit et 30 d’assises pour le comprendre. Moi je tiens aux droits de la défense, pas vous ? Et au moins autant à l’exactitude des faits, c’est-à-dire en l’espèce, à la différence entre ce qui est démontré et ce qui ne l’est pas. Sinon, j’ai insisté sur l’embarras des auteurs face à leurs découvertes, ça vous suffit pas ? Vous croyez que l’auteur qui s’en confiait à moi m’a enfarinée ? Qu’il m’a fait du teasing ? Franchement, je découvre la duplicité humaine tous les jours, mais là je ne vois vraiment pas quel aurait été son intérêt. On bavardait, le livre était en cours, c’est tout….en plus, c’est cohérent avec ce que je sais du métier de journaliste et ce que j’ai expérimenté avant dans mon cabinet d’avocat : la réalité est souvent grise. Je vous accorde que c’est terriblement ennuyeux, mais c’est ainsi. Quant j’étais à Assas, je fréquentais les partis politiques représentés. Beaucoup d’extrême droite, des royalistes, et quelques extrémistes de gauche. En ce qui concerne l’extrême droite (GUD, 3ème voie, UNI) l’avis sur Le Pen était unanime : un fantoche, un bouffon qui n’a jamais voulu du pouvoir, qui paralysait l’extrême-droite et la déconsidérait. Je viens tout juste d’acheter le bouquin de Péan et Cohen, ça ne m’étonnerait pas qu’ils aboutissent à une conclusion similaire.

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/11/2012 @ 17:46

  29. @aliocha. Je veux bien rétropédaler si je heurte l’amour du métier de journalistes courageux, appliqués, humbles, intègres et sincères. J’ai été emporté par l’impression que voilà un n’ième bouquin qui vient s’ajouter à la pile déjà énorme des faits, analyses, commentaires et révélations concernant la famille Le Pen, sa vie, son oeuvre et le prurit qu’elle incarne. Je n’arrive pas à considérer qu’il reste d’importantes zones obscures à éclairer car susceptibles de bouleverser ma (notre) vision de ce que les 3 générations de Le Pen représentent aujourd’hui en France. Je n’arrive pas à associer ce genre de bouquin (et les polémiques qu’il promet) à de l’héroïsme professionnel accompli dans des conditions extrêmes par des reporters anonymes et des investigateurs sans grade ou au travail des reporters de guerre dont les photos dérangent. « Public, on a besoin de toi ! »(sic) , d’accord; journalistes on vous aime, re-d’accord, mais faut pas pousser non plus…;-)

    Commentaire par Massilian — 17/11/2012 @ 18:47

  30. @Massilian : loin de moi l’idée de vous demander de rétropédaler 😉 je ne vous ai pas dit que vous aviez tort, j’ai dit que je disconvenais…si j’étais sûre d’avoir raison, ne serait-ce qu’une fois dans ma vie, ce serait un scoop intergalactique….en tout cas pour moi ! L’objet du billet était juste de rapporter un épisode qui m’avait plu, de dévoiler un peu le dessous des cartes. Sans cette conversation, j’aurais moi aussi cru à la tentation du buzz, comme quoi…
    Un énième bouquin ? Banco, je prends l’argument. Savez-vous que je me suis fait jeter par tous les éditeurs quand je suis arrivée avec mon bouquin sur Kerviel ? Le sujet est mort m’a-t-on répondu et vous n’avez jamais rien écrit, on sait pas qui vous êtes. Jusqu’au dernier, qui a dit oui. Coup de chance. J’étais recommandée. Et puis l’éditeur avait sans doute envie de sortir de son créneau technique management. On appelle ça une rencontre. Donc pour publier un livre, alors que l’édition se sent moribonde et hurle à la fin du monde (pour de vrai, c’est pathétique !), il faut avoir un sujet dans le vent ET être connu et/ou avoir déjà publié. Péan et Cohen, c’est vendeur, assurément. Parce qu’ils ont prouvé leur capacité à faire des enquêtes au long cours qui apportent quelque chose. Mais Le Pen, vendeur ou pas ? C’est marrant que vous trouviez le sujet épuisé. D’un certain côté vous avez raison. Le type est vieux, hors course ou presque, et il s’est tellement mis en scène qu’on se demande en effet ce qu’on peut encore apprendre sur lui. En même temps, il reste un épouvantail médiatique. A mon avis, l’éditeur a pensé comme vous, d’où le sous-titre « une histoire française » qui veut dire : oui, public, ça te concerne, on te parle pas seulement de Le Pen, mais de ton histoire politique, à toi.
    Evidemment, personne ne demande de lancer des fleurs sous les pieds de Cohen et Péan en hurlant de d’admiration, ce serait sot. Il s’agit simplement d’attirer l’attention sur une démarche possiblement intéressante, parce que je savais que tout ça s’enliserait dans la polémique et que je pense que le bouquin mérite peut-être mieux que ça.

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/11/2012 @ 19:04

  31. Aliocha, je suis attaché comme vous aux droits de la défense. Je suis sans doute plus vieux que vous, c’est pourquoi je ne m’arrête pas à l’histoire du poignard. Le Pen a reconnu lui-même avoir torturé. À plusieurs reprises, et dès 1962, dans le journal Combat. Oui, je sais, l’aveu n’est pas non plus une preuve. J’ajouterais « surtout s’il a été obtenu sous la torture », ce qui n’est sûrement pas le cas de Le Pen (faudrait pas renverser les rôles, tout de même). Admettons qu’il n’y ait pas de preuve irréfutable, il reste tout de même un faisceau (étymologie de fascisme) de présomptions long comme le bras. Alors oui, on peut s’interroger sur la volonté de Péan et Cohen de jouer les avocats de la défense. Vous me direz « ils font du journalisme ». Certes, mais il y a d’autres sujets de reportage et des causes plus nobles que d’essayer de blanchir à tout prix une vieille ganache. Je reste persuadé que leur créneau marketing c’est de jouer les mal pensants. Il y a une clientèle pour ça, qui considère que certaines idées sont censurées (alors que jamais les Zemmour, Élisabeth Lévy, Robert Ménard et Cie, qui jouent les martyrs, n’ont eu autant de tribunes, aussi bien en radio, télé que dans la presse écrite).

    Commentaire par Gilbert Duroux — 17/11/2012 @ 19:24

  32. Pour ceux qui auraient des certitudes, voici toute une série de faux témoignages :
    http://rebellyon.info/Tortures-par-Le-Pen-par-Hamid.html

    Commentaire par Gilbert Duroux — 17/11/2012 @ 19:30

  33. Et le clou, avec cette révélation de nos grands reporters, qui méritent au moins le prix Pulitzer :
    http://www.newsring.fr/societe/637-faut-il-outer-les-personnalites/21401-jean-marie-le-pen-aurait-eu-une-experience-homosexuelle-selon-pean-et-cohen

    Commentaire par Gilbert Duroux — 17/11/2012 @ 19:33

  34. Un truc qui donne le vertige, c’est de penser que les hommes politiques, et pas seulement Le Pen, sont des constructions médiatiques, avec de l’intentionnel (stratégie de communication) et de l’involontaire (rumeurs, diffamations, fantasmes, etc.) de la part des concernés. Nous ne connaissons pas ces gens, mais les médias nous donnent à la place de cette connaissance une familiarité factice, au-delà du vrai et du faux. C’est un peu comme dans les romans de Philip K. Dick, quand des personnages sont remplacés par des simulacres, et la démocratie contemporaine est peut-être caractérisée par une organisation médiatique de la politique en un monde factice dans lequel nous perdons tous contact avec la réalité.

    Commentaire par totoro — 17/11/2012 @ 20:16

  35. @Totora : wahou, vous venez d’exprimer en trois phrases ce que je peine à décrire en je ne sais combien de billets…..Merci !

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/11/2012 @ 20:47

  36. @ aliocha :

    Le billet plus le commentaire # 31 c’est exactement ce dont nous avons besoin. On pose les choses, puis on les pose à nouveau, histoire de recentrer.

    Je suis personnellement parti sur la réaction de Patrick Cohen, entendue sur la matinale d’Inter, parce que je la trouvais drôle, mais aussi parce qu’elle instillait l’ombre d’un doute : le bénéfice induit pour le vieux naufragé du « Paquebot » n’aurait-il pas été mal apprécié?

    D’où mes souvenirs qui remontent. C’est marrant d’ailleurs comme certaines séquences sont retenues par rapport à d’autres, et comme nous n’avons pas forcément les mêmes références. C’est plutôt rassurant, ça voudrait dire que nous ne sommes pas que de simples entonnoirs où il suffit de verser le brouet que l’on souhaite voir ingurgité.

    Commentaire par Zarga — 17/11/2012 @ 23:08

  37. @Gilbert Duroux : mais enfin quel intérêt Péan et Cohen auraient-ils à blanchir Le Pen ? Faire un coup médiatique ? Je n’y crois pas, justement en raison de l’étonnement embarrassé des auteurs face à leurs découvertes. Jouer le jeu de l’extrême droite ? Allons…Comme je vous l’ai dit, j’ai passé 5 ans à Assas, dont au moins 3 à évoluer dans l’univers politique de la fac qui excitait déjà davantage la journaliste perçant sous l’apprentie avocate que certains cours de droit à périr d’ennui. De fait, j’ai eu le temps d’observer ces fachos qui font si peur. Ils sont intéressants psychologiquement. Ce sont des types qui généralement sont inscrits à la fac mais multiplient les premières années car ils ne bossent pas. Contrairement à l’extrême gauche généralement très cultivée, en prise avec le réel, très bien organisée et surtout tournée vers l’avenir, les fachos sont des nostalgiques d’un passé mythologique, produit d’un assemblage hasardeux d’éléments historiques, d’esthétique à 4 balles, de fascination pour l’armée et d’envie de défendre on ne sait trop quoi au péril de leur vie. Il y a 98% de fantasmes malsains chez ces types là. Je dis bien de fantasmes. Le tout arrosé de mauvaise bière. Et une espèce d’envie née de l’ennui de donner un sens à leur vie par une violence plus souvent fantasmée qu’exprimée (surtout qu’à Assas on avait à faire à des petits bourges). De fait, je suis toujours un peu dubitative quand on m’en brosse un portrait inquiétant. Leurs idées sont dangereuses, je ne dis pas que des circonstances économiques difficiles ajoutées à un discours malsain sur l’immigration ne peut pas leur donner une soudaine résonance dans le public, mais ils restent quand même très cons et très minoritaires. Hâbleurs, parano, et un brin mytho. Avouez que ce serait intéressant si on découvrait la même chose sur Le Pen. Cela aiderait à comprendre le phénomène et à mieux le combattre, non ?

    Commentaire par laplumedaliocha — 18/11/2012 @ 10:35

  38. @ Aliocha
    Relisez-moi. Rien de ce que j’ai écrit est de l’ordre du fantasme. Juste une interrogation : à quoi bon, alors que Le Pen a fait son fond de commerce de la défense de l’Algérie française et plus généralement du colonialisme, alors qu’il a lui-même reconnu avoir torturé, vouloir réussir l’exploit journalistique consistant à démontrer qu’il n’est pas celui qu’il veut faire croire qu’il est ? Ce n’est sûrement pas pour le faire passer pour une mauviette et chagriner les bas du front qui adulent Le Pen pour les mauvaises raisons qu’on connait. Qu’est-ce qu’ils veulent démontrer ? Qu’un anticommuniste veuille démontrer que le communisme réel n’a pas apporté le bonheur de ceux dont il prétendait faire le bonheur, ça peut se comprendre. Que les anticapitalistes veuillent faire la même chose, ça peut aussi se comprendre. Mais chercher à démontrer que le chef des fachos ne serait pas la grosse brute qu’on imagine, quel est l’intérêt sinon donner un coup de pouce à l’idéologie défendue par le gros blond borgne ?
    Je ne vois vraiment pas le rapport entre les fachos d’opérette tels que vous décrivez les étudiants d’Assas et Le Pen qui, lui, n’est pas et n’a jamais été un militant d’opérette. Il s’est engagé volontairement pour aller en Algérie, quittant les bancs de l’Assemblée nationale (si c’est pas de l’engagement, ça ?)
    Par contre, je vois très bien le rapport entre certaines franges du courant souverainiste, que soutiennent Péan et Cohen, et le Front national. Les passerelles ne manquent pas et dépassent les frontières habituelles entre la gauche et la droite. Autour de Dupont-Aignan, par exemple, on trouve à la fois d’anciens chevènementistes et des militants qui aimeraient un rapprochement avec le FN. Du côté des laïcards intégristes, comme Riposte laïque, on trouve, également répartis, des militants proches de l’extrême droite et des militants comme Pierre Cassen (le porte-parole de Riposte laïque), qui vient de chez les trotskystes. Comme Robert Ménard, ancien de la Ligue, lui aussi.
    Quand on connait un peu la vie politique, on se rend compte qu’il y a de la recomposition et de la dédiabolisation dans l’air. Il se pourrait bien qu’on assiste bientôt à une course de vitesse pour savoir qui sera le premier à proposer une alliance en bonne et due forme avec le FN. Il ne serait pas étonnant que ceux qui décrivent le FN comme le premier parti ouvrier participent de cette dédiabolisation.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 19/11/2012 @ 00:05

  39. Pardon, Gilbert, et pardon, Aliocha, mais il me semble, à moi, que le but du livre de Péan soit bel et bien de faire passer J-M Le Pen pour un bouffon d’opérette.
    J’ai beaucoup fréquenté, dans ma jeunesse, les militants FN, et pas mal et cadres FN.Et plus on montait dans la hiérarchie, moins les « patriotes » étaient racistes ou antisémites. Pour ce que j’ai pu constater, les rodomontades médiatiques de JMLP n’étaient que de la com. Il n’en pensait pas la moitié d’un miette, mais elles lui donnaient des… électeurs. Pas assez pour être élu, mis assez pour toucher des sous et faire parler de lui.

    bon sang, si Le Pen n’est pas ce qu’il prétend être (et c’est bien ce que Péan et Cohen disent, non ?), la majorité de ses électeurs (non, je ne considère pas les électeur FN comme de pauvres gens manipulés, du moins, pas comme on tente de nous faire croire qu’ils sont manipulés) voteront ailleurs ! Parce que, ce qu’ils veulent, c’est un leader d’ « extrême-droite ».

    Commentaire par lambertine — 19/11/2012 @ 11:32

  40. L’histoire française de Le Pen est selon les auteurs une construction politique de plus de 30 ans de diabolisation avec un personnage qui relève davantage d’un « notable que d’un fascite » (F. Mittterrand).

    Sauf que cette stratégie aurait semble-t-il été inefficace puisqu’aujourd’hui Marine Le Pen est en passe de dé-diaboliser le FN, voire à le banaliser : en 74 il faisait 1% en 84 10 % aujourd’hui 20 % !

    Péan et Cohen réfute alors la critique selon laquelle ils participeraient, eux aussi, à cette banalisation ! A voir ou plutôt à lire donc…

    Le commentaire de Gilbert Duroux en @ 15 avec la référence à Gramsci me paraît bien vu.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 19/11/2012 @ 13:34

  41. Je me rappelle avoir vu il y a quelques annees un long reportage tres interessant sur le FN. Y etait en particulier decrit le caractere tres disparate de l’extreme droite francaise. Elle etait  meme definie comme animee par des forces  centrifuges lui donnant paradoxalement son essence et sa puissance. Certaines de ses composantes sont en effet carrement opposees : athees attires par une sorte de paganisme neo nazi  et ultra catho, jeunesse marginalisee goth ou skin  et vieux bourgeois ultraconservateurs a la Petain …
    Il ne faut des lors pas s’ etonner si J.-M. Le Pen ne coche pas pleinement toutes les cases, en particulier celle de l’antisemitisme.

    Si Le Pen a su rassembler sous la banniere du FN , c’est aussi que cela correspond totalement  au besoin de l’extreme droite d’aduler un chef quasi mythique. La torture en Algerie participe tristement, pour dire le moins, de ce mythe. Que ce soit vrai ou faux a finalement peu d’importance …

    Il y avait aussi dans ce reportage une analyse tres intelligente de la com’ Le Pen,  et en particulier de son gout pour les  petites phrases et tournures alambiquees. Elles etaient presentees comme autant de clins d’oeil plus ou moins appuyes, plus ou moins cryptiques a ces differents courants au sein du FN. C’est aussi l’humour d’extreme droite, et il fait peur.Le tout bien sur sans trop effaroucher le gros de l’electorat FN qui ne s’assume pas toujours, ou ne reflechit pas a ce pour quoi il vote vraiment. 

    C’est pourquoi je n’ai jamais pense qu’il serait possible que le FN devienne un parti de gouvernement perenne sans eclater. Que ses idees pernicieuses, sous une forme plus ou moins edulcorees et neanmoins puantes, fassent leur chemin dans l’opinion, c’est autre chose … 

    Commentaire par Maelle — 20/11/2012 @ 09:03

  42. La première impression est souvent la bonne, dit le dicton cela peut conduire a de rares erreurs d’appréciation, je suis d’accord. Mais, l’esprit de contradiction conduit aussi à l’erreur car il est pas essence infantile. Je vais a l’encontre du bon sens commun, de l’expérience commune qui conduit aussi a des règles, pour exister et montrer que j’existe ou bien tout simplement pour créer la polémique et vendre mon livre (?)…

    Le fait est qu’il y ait au fn, un noyaux dur qui a des idées antisémites et racistes et qui n’hésite pas brandir les théorie négationnistes quand il en a l’occasion et qu’il se sent en confiance, c’est un fait, j’ai personnellement assisté avec dégoût à ça. Ces gens la’, écoutent avec admiration et plaisir les grandes tirades de Jéan-Marie le Pen (c’est certainement pas pour rien) et croit dur comme fer que Marine le Pen est la digne héritière de papa qui continue a conduire en sous-main le parti. Alors, franchement, quand on connait ça et bien, on essaye de mettre en lumière des phrases dites en public qui révèlent la pensé profonde de ses acteurs et c’est pas chose facile, tant, ils maîtrisent la communication.

    Votre comparaison avec votre traitement de affaire Kerviel me semble hasardeuse. Je ne vois pas une corporation de journaliste venir vous contredire (ni même aller dans votre sens) l’absence de contradiction est d’ailleurs assez alarmant je trouve… car il y aurait de quoi débattre, des questions sont restées sans réponse, malgré votre volonté d’y répondre…les doutes sur l’unique responsabilité de ce Trader demeurent intactes quand on y regarde de plus près…d’ailleurs d’autres affaires du même genre apparaissent…

    Commentaire par Alan — 25/11/2012 @ 16:34

  43. « Quant au public il a adhéré à ce qu’on lui présentait » : Je crois me rappeler que les Français sont les plus critiques et les plus désobéissants de la planète. Beaucoup de lecteurs ne s’en laissent pas compter et connaissent bien la soupe servie par les grands média. Si un livre est écrit pour réhabiliter Jean Marie Le Pen, beaucoup de lecteurs sauront faire la part des choses. Il est connu que les grands journaux sont contrôlés par de grands patrons du cac 40 et donc par les gentilles banques qui bâillonnent les journalistes.
    Encore une fois, le public ne s’y trompe pas, cela est bien prouvé dans l’affaire Kerviel puisque plus de 80% des lecteurs du Figaro et des Echos estiment que son jugement est injustifié et très sévère.

    Commentaire par Jean Pierre Andrieux — 25/11/2012 @ 23:55

  44. […] et Pierre Péan de leur ouvrage sur Jean-Marie Le Pen. J’évoquais, il y a quelques semaines, les risques qu’avaient pris les deux journalistes en livrant des faits pas tout à fait en ligne avec ce qu’il est convenu de penser du leader […]

    Ping par Des faits et des opinions « La Plume d'Aliocha — 14/01/2013 @ 09:56


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