La Plume d'Aliocha

30/11/2012

Peut-on tout tweeter ?

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 22:22
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La petite communauté du zozio bleu est en colère ! J’entends par là Twitter et non pas une quelconque assemblée d’adorateurs du phallus, précision importante puisqu’une vérification rapide sur Internet de l’orthographe de « zozio » m’apprend que le mot désigne autant « l’oiseau » en langage enfantin, qu’autre chose à ma connaissance dénué d’ailes (mais non de capacité à s’envoler, il est vrai). Je dis cela à l’attention de ceux qui ricanent au fond de la salle. Rangez vos sourires, le sujet est sérieux.

Deux magistrats que les internautes aiment beaucoup, Gascogne et Bip_Ed, ont été dénoncés par le journal Sud-Ouest alors qu’ils twittaient un procès d’Assises auquel ils participaient respectivement en tant qu’avocat général et assesseur. Le confrère, qui se décrit comme cybersceptique, aurait mieux fait de tremper deux fois sa plume dans l’encrier avant de lever l’anonymat de nos amis. Notez, Sud-Ouest le défend en invoquant un respect parfait de la charte éditoriale du journal. Il conclut également :  » la rédaction a respecté les principes déontologiques de « Sud Ouest », mais elle aurait pu tout aussi bien opter pour un choix différent ». Chacun attribuera à cette étrange chute le sens qu’il veut. Pour ma part, j’y vois quand même l’expression d’un léger embarras.

Les deux magistrats ont immédiatement fermé leur compte Twitter. La Chancellerie aurait demandé un rapport. Le parquet a fait appel du verdict. Bref, c’est la tornade classique quand les médias s’emparent d’un sujet. Touchez pas à notre liberté d’expression se sont écriés en choeur les Twittos (nom donné aux utilisateurs de Twitter). Et Eolas de souligner tout à la fois que les magistrats ont le droit de s’exprimer et qu’en l’espèce ils font plus pour l’image de la justice en présentant un visage humain, souvent drôle, parfois émouvant de leur travail, que toutes les campagnes de communication du ministère.

Pour autant, la communauté judiciaire ne semble pas unanime. Ainsi, un magistrat de la Cour de cassation s’est interposé au milieu de l’échange de tweets avant que l’affaire n’éclate pour émettre des doutes sur la pertinence de l’exercice en plein procès. « C’est quand même limite de tweeter pendant une audience », écrit-il, puis il ajoute, « ça donne l’impression de ne pas s’intéresser à ce qui se passe ». Ce à quoi Gascogne répond non sans pertinence :  « si ça se voit, je suis d’accord ». De son côté, Pascale Robert-Diard, célèbre chroniqueuse judiciaire du Monde, pointe le problème du respect dû au justiciable.

Comme dans toutes les grandes tragédies, il me semble ici que les deux camps ont raison. Pour avoir suivi sur Twitter avec gourmandise Gascogne et Bip_Ed , mais aussi d’autres juges (dont je ne citerai même pas les pseudo, de peur de leur faire des ennuis, mais qui se reconnaîtront), il est exact que les fragments de vie qu’ils racontent,  l’esprit dont ils font preuve, la sensibilité aussi, représentent une formidable opportunité pour les citoyens-twittos de mieux comprendre leur justice, de mesurer la difficulté de la fonction de juger, et même de discuter avec ces juges anonymes.

Seulement voilà. L’argument se retrourne. Et sans prétendre porter un quelconque jugement, je me sens obligée de livrer un témoignage. Depuis que je les lis, il m’arrive fréquemment de me demander, en même temps que je savoure leurs récits, si l’utilisation intensive de Twitter ne les distrait pas exagérément de leur travail. Et dans ces moments-là, je corrige de moi-même : après tout, qu’ils discutent là ou à la machine à café avec leur greffier…Je sais aussi qu’il faut se méfier de la fausse impression d’omniprésence sur Twitter. Vous vous connectez, vous lisez les mêmes, et vous en tirez la conclusion hâtive qu’ils sont là 24h sur 24, ce qui est faux, ils sont juste là en même temps que vous. Et puis « ils » ce sont souvent au bas mot 40 personnes que vous suivez vraiment avec attention et que vous finissez par confondre dans l’image globale de « twittos de talent ». Mais plus profondément, je rejoins Pascale Robert-Diard sur la question du respect dû au justiciable. On peut lire ces tweets comme des instants d’audience et d’humanité. On peut aussi y voir des juges qui plaisantent sur un site à connotation ludique, même si on peut y écrire des choses graves, du destin des justiciables qu’ils tiennent entre leurs mains. Je ne dis pas que c’est ce qu’ils font, car je crois au contraire qu’il s’agit pour eux d’une soupape de sécurité dans l’exercice d’un métier que je sais rude, épuisant de responsabilité et souvent douloureux. Et que s’ajoute à cela une déconsidération quasiment constitutionnelle : la justice est l’un des trois pouvoirs que l’on s’obstine à déqualifier en simple « autorité » depuis Napoléon. Sans compter une insuffisance chronique de moyens qui aggrave singulièrement l’exercice d’une mission déjà difficile.  Moi, je le sais, mais les autres lecteurs ?

A mon avis, on retrouve ici le danger que je pointais dans un précédent billet (je ne suis évidemment ni la première ni la seule à l’évoquer) :  l’ego, le risque qu’il y a à se laisser emporter par l’ivresse de satisfaire un public. Ceux qui défendent aveuglément la liberté d’expression dans cette affaire devraient songer que celle-ci n’autorise pas tout. Elle doit être protégée, c’est vrai, mais au même titre que d’autres droits, d’autres libertés, et d’autres valeurs. Par exemple la respectabilité de l’institution judiciaire dont dépend la confiance qu’on lui porte et donc la capacité de vivre ensemble dans une société à peu près pacifique.

Cela étant, j’espère que cette affaire n’aura aucune suite désagréable pour nos deux héros, ils ont je crois assez souffert comme cela du bruit qu’ils ont déclenché et de la levée intempestive de leur anonymat qui a largement contribué à « fabriquer » le fait d’actualité rapporté par mon confrère. S’il ne les avait pas dénoncés, cette conversation serait restée comme des milliers d’autres conversations sur Twitter entre juges, la chronique anonyme de sentiments d’audience relatifs à une affaire impossible à identifier, en un lieu parfaitement inconnu. Autrement dit : rien. Sauf la question de fond : jusqu’où les juges – mais aussi les politiques d’ailleurs et bien d’autres professionnels, journalistes compris – peuvent-ils aller sur Twitter sans nuire à eux-mêmes en cas de perte d’anonymat pour ceux qui ont des pseudos et, plus grave, à l’image de la collectivité (profession, entreprise, institution, activité) à laquelle ils appartiennent ?

S’il y avait une conclusion à tirer pour la Chancellerie de cet incident, je propose modestement qu’elle abandonne toute idée de sanction à l’égard des deux intéressés en considérant qu’ils ont été les pionniers d’une nouvelle forme de liberté d’expression et qu’on ne saurait leur reprocher d’avoir enfreint des règles qui, certes, existent dans l’absolu, mais n’ont pas encore donné lieu à une jurisprudence susceptible d’en éclairer l’application sur Twitter. Et qu’elle ouvre une réflexion sur le sujet des nouvelles technologies dans le monde judiciaire, ce qui ne pourra qu’enrichir tout le monde…

Mise à jour 1/12 à 19h40 : merci à Gilbert Duroux d’avoir signalé cette affaire alors que nous évoquions sous le précédent billet la possibilité de tweeter la guerre.

Mise à jour 3/12 à 12h15 : face à la divergence d’informations entre Mediapart évoquant l’absence de demande d’enquête ou rapport à la Chancellerie et Le Monde parlant d’une demande de rapport, j’ai vérifié auprès de magistrats de la Cour concernée, il n’y a en effet à ce jour aucune demande de la Chancellerie sur ce dossier, mais une procédure de rapport hiérarchique classique.

27/11/2012

Tweeter la guerre ?

Filed under: Brèves,Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 18:10
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Mais si, c’est possible de parler d’autre chose que de l’UMP. Tenez, hop, je le fais, pour vous conseiller ce billet de Sara Hussein, journaliste à l’AFP, qui raconte l’utilisation qu’elle a fait de Twitter à Gaza et s’interroge sur les avantages et les inconvénients de l’outil. Tant que j’y suis, je vous recommande d’explorer le blog « Making off » de l’AFP qui raconte le quotidien des agenciers. Parmi les billets en prise immédiate avec l’actualité, un photographe raconte son travail à Notre-Dame-des-Landes, un reporter vidéo se demande jusqu’où il est possible de filmer l’insoutenable spectacle de la guerre, deux journalistes vous emmènent visiter les coulisses médiatiques de l’audition de Nicolas Sarkozy dans l’affaire Bettencourt. Un autre regard sur l’actualité, hors format imposé, plus personnel dans le ton et fort intéressant. En lisant ces récits, on mesure l’écart entre leur travail et ce qu’on en perçoit dans le brouhaha infernal des médias. C’est à se demander parfois s’il ne faudrait pas envoyer valser tout ce qu’on fait aujourd’hui pour laisser libre cours à ces récits-là…ou, à tout le moins, leur accorder davantage de place.

18/11/2012

Frissons d’Assises, l’instant où le procès bascule…

Il faut que je vous parle d’un livre, toutes affaires cessantes. Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur judiciaire du Figaro, publie chez Denoël Frissons d’Assises, l’instant où le procès bascule. Quatorze grandes affaires judiciaires, depuis Guy Georges jusqu’à Bissonnet en passant par Clearstream, donnent chacune lieu à un chapitre où l’auteur, après avoir résumé les faits, décrit le moment où le procès bascule. Le retournement, l’instant de vérité arraché par une victime, un juré, un avocat qui pose enfin la question clef. On y découvre Besse, truand repenti, entamant un dialogue de haute volée sur le crime et la rédemption avec l’avocat général, la reine Badaoui avouant enfin qu’elle a menti. On s’embourbe dans les mensonges d’Emile Louis protégeant la « bestiole » qui sommeille en lui ou encore dans l’affolant déni de David Hotyat, s’inventant deux fantômes terrifiants de criminels pour supporter le souvenir du massacre de la famille Flactif. Et l’on retient ses larmes quand les jurés tendent comme un seul homme leurs mouchoirs à l’accusé qui s’effondre dans son box.

Il y a quelque chose de fascinant dans les procès d’assises. Peut-être le fait d’effleurer le grand mystère de l’âme humaine…Lorsqu’on a en plus la chance de pouvoir, à défaut d’y assister, lire les récits de professionnels de haut niveau, l’intérêt de l’exercice rivalise alors avec les grandes oeuvres littéraires, en tout cas à l’époque où les écrivains puisaient dans les faits divers l’inspiration qui leur permettait de donner naissance à des chefs d’oeuvres.

On l’ignore souvent, mais ce journalisme là est éprouvant. J’ai souvenir d’un très bel article du chroniqueur de France 2, Dominique Verdeilhan, dans le premier numéro de la revue Crimes et Châtiments (Les affres du chroniqueur judiciaire) racontant sa visite du lieu sordide où Marc Dutroux enfermait ses petites victimes et qui fut leur tombeau. Le journaliste en sort bouleversé et retourne au tribunal, claquemuré dans le silence, muet d’horreur. L’heure arrive de faire sa chronique en direct : une minute,  une minute pour synthétiser cliniquement l’information du jour. Une minute à tenir…avant de pouvoir enfin aller marcher seul et pleurer pour évacuer l’insoutenable spectacle dont il a été le témoin… J’ai été troublée de retrouver sous la plume de Stéphane Durand-Souffland, dans l’introduction de son livre, la même description de la solitude du chroniqueur judiciaire qui porte au fond de lui les traces indélébiles des drames qu’il a observés et auxquels bien souvent, il a participé à son corps défendant.

Nous sommes à Toulouse pour le procès de Patrice Alègre. La mère d’une des victimes, dont on dit qu’elle dort sur la tombe de sa fille, pousse soudain un cri déchirant à l’audience, raconte Stéphane Durand-Souffland, « un cri de bête blessée, un cri de chanteuse de Fado, rien qu’à son évocation des frissons me parcourent. De retour à l’hôtel, je m’assieds derrière mon ordinateur et, voulant retranscrire fidèlement les paroles de cette femme, je relis mes notes. Tout en écrivant, je sens couler les larmes brulantes de mes yeux, je les revois tomber sur mon clavier, j’entends le silence de ma chambre comme un écho interdit au cri des Assises, je me souviens de Toulouse noire sous la pluie, je me dis que c’est bien d’avoir pleuré après l’audience seulement ». Je n’ai pas lu l’article du journaliste sur cette audience, mais je gage qu’il n’y avait pas trace de larmes dans celui-ci. Informer interdit de pleurer.

Car informer en l’espèce ne consiste pas à titiller la fibre émotionnelle du lecteur, c’est parvenir à synthétiser dans un espace souvent dérisoire (article ou temps d’antenne radio/TV), une journée d’audience dense, riche de rebondissements, d’émotions, de drames mais aussi de querelles d’experts, de mensonges, de dénis, identifier la pièce essentielle qui, ajoutée aux autres, finira par édifier la vérité judiciaire. Ceux qui y parviennent se comptent sur les doigts d’une seule main, tant l’exercice est difficile…Chapeau !

Pour les lecteurs qui veulent en savoir plus, voici une interview vidéo du journaliste. Je vous renvoie également à ses chroniques savoureuses du procès Kerviel, en lien dans ce billet.

Note : aux passionnés de chronique judiciaire, je rappelle la publication par Le Monde de ses récits de grands procès, et les articles fabuleux de Joseph Kessel sur les procès Pétain, Eichmann et Nuremberg. Je vous renvoie aussi à l’interview sur ce blog de Didier Specq, chroniqueur judiciaire de Nord Eclair.

16/11/2012

Touche pas à mes certitudes !

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 10:43
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Etes-vous prêts à plonger dans la grande polémique du moment ? Pierre Péan et Philippe Cohen sortent un livre sur Le Pen chez Laffont. Un livre qui remet en cause un certain nombre de certitudes sur l’épouvantail légendaire de la politique française. Pour comprendre ce qui va se passer, il faut connaître un peu le dessous des cartes. Il y a quelques mois, l’un des deux auteurs me confiait avec un embarras mêlé d’effarement qu’il était en train de découvrir, à force de consulter des tonnes de documents, d’interviewer des dizaines de personnes, bref d’entrer au coeur du mystère Jean-Marie Le Pen, que le portrait médiatique de celui-ci ne collait pas au personnage. Pire, que Le Pen n’était peut-être pas l’antisémite qu’on avait toujours pensé. « On va se faire démolir par les confrères » m’avait-il confié, un brin fataliste. C’est tout à l’honneur de ces deux journalistes que d’avoir accepté d’abandonner leurs préventions et de livrer ce qu’ils ont découvert. Il y a tant d’écrits journalistiques qui forcent les sujets à entrer dans le cadre fixé au départ. Il y en a même qui confondent information et militantisme, de sorte que ça ne les dérange pas outre mesure de tordre la réalité pour nourrir leur combat.

Seulement voilà. Quand les médias forgent une vérité sur plusieurs décennies, elle devient quasiment impossible à corriger. Eux-mêmes n’ont pas envie de se dédire. Quant au public il a adhéré à ce qu’on lui présentait et participe à la défense des certitudes qu’on lui a mis dans la tête. Je le sais d’expérience puisque je le vis tous les jours sur le dossier Kerviel. Moi aussi j’étais partie dans l’idée de défendre le trader contre la méchante banque, et j’ai dû renoncer à mon analyse simpliste du départ. La réalité apparait toujours plus complexe quand on l’observe de près, en acceptant de céder à la tyrannie des faits, d’abandonner ses certitudes et de livrer finalement des conclusions qui ne plairont pas. Quand on m’interroge sur l’affaire, il n’est pas rare que mes explications suscitent des réactions très violentes. L’idée de la méchante banque est si satisfaisante que certains refusent obstinément de l’abandonner…

Les deux journalistes vont déranger, c’est sûr. Et ils se feront dézinguer, à n’en pas douter. En particulier par ceux qui n’ont pas digéré leur précédent fait d’arme, La Face cachée du Monde. Gardez cela présent à l’esprit quand vous lirez les critiques, car vous allez immanquablement assister à une guerre de clans journalistiques. Au hasard, Daniel Schneiderman ricane ce matin à propos du livre. Comme vous le savez @si est partenaire de Mediapart et Mediapart, c’est Plenel et Plenel, c’était Le Monde à l’époque de la Face cachée…Il n’y a peut-être pas de lien, mais il est toujours utile de savoir le mieux possible qui parle…La question à ce stade, c’est que voulons-nous en tant que public ? Continuer de chérir des idées simples et satisfaisantes, au risque de se tromper, ou accepter la description d’une réalité compliquée, dérangeante, nuancée, grise qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponse ? Qu’importe me direz-vous, à force de trop comprendre, on n’agit plus. Tout le monde trouve toujours des excuses. C’est un risque, en effet. Pour autant, sans être une spécialiste de la chose militaire, loin s’en faut, il me semble que la qualité de l’information est stratégique dans une guerre, non ?

Note : à l’attention des visiteurs occasionnels, je ne fais pas ici de politique, et si j’en faisais, elle ne serait pas du côté du FRont National. Pour lever toute ambiguïté, ceci n’est pas une défense de Jean-Marie Le Pen, mais une réflexion sur le journalisme. 

14/11/2012

Hélas, Internet n’a rien changé….

Filed under: A propos du blog,questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 22:43

Il est temps que je vous fasse quelques confidences. Nous avons beaucoup parlé ici de la qualité des médias, conspué le racolage, le simplisme, les petites phrases, appelé de nos voeux un journalisme de qualité qui prendrait le temps de creuser les sujets, qui tournerait le dos à la tentation de la facilité et  à la tyrannie des ventes. Hélas, trois fois hélas !

Depuis que j’ai créé ce blog, en 2008, j’ai eu le temps d’observer ce qui marche ou pas en termes de sujets de billets. Ce d’autant plus qu’ils sont repris par Marianne, de sorte que j’analyse également ce qui est vendeur chez eux et ce qui ne l’est pas. Fantastique expérience pour un journaliste. Nos patrons nous reprochent tellement notre indifférence aux questions de diffusion et de marketing, c’est-à-dire  de ce qui nous nourrit (et eux aussi par la même occasion). Ils nous prennent pour de doux intellos hors des réalités. Sans doute ont-ils raison, mais je pense qu’il est souhaitable que nous le demeurions. Chacun son métier, nous produisons de l’information, ils la vendent, ne changeons surtout pas les journalistes en commerciaux, ce serait  dangereux et contre-nature. Toujours est-il qu’au terme de 4 ans d’expérience, le constat est cruel.

– Ce qui ne marche pas : Admirer. Evoquer ce qui va bien. Saluer un bon livre, un article bien torché, recommander une exposition, partager sa joie (libération des journalistes Ghesquière et Taponier)…..Ce type de billets est affligé d’un nombre de visites en berne (comme par exemple le récent billet sur l’écriture), et de maigres commentaires, quand ils ne sont pas tout simplement aigres (le public se méfie de l’admiration).  C’est intéressant car on se demande régulièrement dans la presse s’il n’y aurait pas une place pour un journalisme de ce qui va bien. Le public lui-même finit par nous détester à force de nous entendre annoncer de mauvaises nouvelles, c’est même une critique récurrente. Il faut croire qu’il se trompe sur ses propres attentes…

– Ce qui marche modérément : l’analyse, l’opinion. Normal, c’est ce qu’on vient chercher sur un blog. Mais ce n’est avec cela qu’on fait un tabac. Le constat est cependant à nuancer car, sous réserve d’une analyse plus approfondie, il semble bien que cela ait fait le succès d’Eolas.

– Ce qui marche bien : la critique, la dénonciation. Je n’ai plus en tête tous les billets qui ont cartonné, mais je me souviens de plus notable. C’était celui sur Ruquier. A l’époque, Marianne m’avait même envoyé un mail pour s’en réjouir. Le site avait glané 50 000 visites sur ce billet en un temps record. Il n’est pas inutile de revenir sur sa genèse. La veille, je lisais les chroniques télévisées de Matzneff dans Combat (La séquence de l’énergumène). Et  je songeais que j’avais la plume un peu timide comparé à lui. Je m’étais endormie dessus, et le lendemain matin, ce billet à jailli spontanément. Carton. Si je vous raconte l’histoire du billet, c’est parce que je sais d’expérience qu’un auteur qui rencontre un public, ça relève d’une conjonction de facteurs assimilable à un miracle. Il y avait Ruquier, bien sûr. Plus on s’attaque à un personnage médiatique, plus on buzz, en économie on appelle cela du parasitisme. Et puis Matzneff, j’ai écrit sous son influence. Mais le choix de Marianne de publier le billet un samedi, jour de l’émission de Ruquier, a sans doute joué aussi. Le succès médiatique, c’est une question de moment, un peu comme une rencontre amoureuse.

– Ce qui cartonne : l’actualité. Et c’est quelque part réconfortant. Les billets qui ont suscité le plus de trafic sur la plus longue durée (non seulement ils attirent beaucoup de visiteurs le jour même – plus de 2000 contre 1200 en moyenne pour un papier ordinaire -, mais ils continuent d’être consultés des mois, voire des années après) sont ceux en rapport avec l’affaire Kerviel, chez moi, comme chez Marianne (plus de 80 000 lecteurs pour certains d’entre eux).

– Ce qui est indispensable au succès : les relations. Je me souviens du temps pas si lointain où les blogueurs stigmatisaient les journalistes en dénonçant notamment parmi leurs pires tares, leur allégeance aux réseaux. Quelle ironie, lorsqu’on se retourne et qu’on observe à quel point Internet fonctionne au moins autant que le monde réel sur…le réseau. Si Eolas n’avait pas mentionné ce blog peu après son ouverture, provoquant ce jour-là 6 000 visites en l’espace de quelques heures, il n’aurait peut-être jamais accédé à une quelconque visibilité. Ou alors cela aurait pris infiniment plus de temps. L’effet Eolas s’est confirmé à chaque fois qu’il recommandait un billet. Aujourd’hui, le grand vecteur, c’est Twitter, et sur Twitter, l’avocat possède encore une influence de choix. Eolas n’est pas un réseau, je n’en ai pas et j’ai horreur de cela, c’est une rencontre.

Voilà. Maintenant, que croyez-vous que je devrais faire si je voulais passer de la 26ème pace du classement des blogs catégorie Société (ce mois-ci), à la première place ? Dénoncer, de préférence un personnage important, à la Une de l’actualité, dans des termes violents. Vous comprenez maintenant l’intérêt économique pour la presse des couvertures  sur Hollande et avant lui Sarkozy (au passage, un miracle Sarkozy question buzz, écrivez n’importe quoi, du moment que vous dénoncez Sarkozy, vous faites un carton) ?

Que les lecteurs habitués de ce blog se rassurent. J’écris ici pour le plaisir, ou par urgence de dire ce que j’ai sur le coeur. Par conséquent, je me moque bien de ma courbe de fréquentation. Il est vrai que lorsqu’on écrit, la tentation de la reconnaissance est forte. Mais jusqu’ici, je me suis toujours interdit le racolage, il m’est même arrivé de ne pas traiter certains sujets par refus de la facilité. Je ne m’en vante même pas, ceci est un travers de caractère, pas une vertu ; pour une raison que j’ignore moi-même, je suis allergique à la facilité. En tout état de cause, il existe à mes yeux quelque chose d’infiniment plus gratifiant et plus noble que l’utilisation de vieilles ficelles usées pour séduire les lecteurs : la rencontre miraculeuse. Elle survient, ou pas. Ceux qui réussissent ce tour de force méritent d’être salués (au hasard, l’auteur d’Harry Potter, celui de Indignez-vous, la revue XXI, le blog d’Eolas), pas les suiveurs qui analysent cliniquement le succès et tentent d’en tirer une recette industrielle. Ces-derniers ont toute ma sympathie, mais je réserve mon admiration à ceux qui ont ouvert la route.

Qu’on le veuille ou non, le web redécouvre à son corps défendant (c’est sa grande vertu d’en être choqué), les vieilles ficelles usées de la presse traditionnelle. Ce qui marche sur Internet, c’est la même chose que ce qui marche dans les vieux médias. La critique, le scandale, la célébrité, mais aussi fort heureusement l’actualité.  Et de même que dans les vieux médias, on trouve un public pour autre chose, c’est vrai, mais hélas minoritaire. Comme l’écrivait Céline, à propos de la Révolution française, dans sa thèse de médecine sur  Semmelweiss  :  « l’humanité s’ennuyait, elle brûla quelques dieux, changea de costume et paya l’histoire de quelques gloires nouvelles. Et puis la tourmente apaisée, les grandes espérances ensevelies pour quelques siècles encore, chacune de ces furies partie sujette pour la Bastille en revint citoyenne et retourna vers ses petitesses ». La révolution Internet nous montre ce que nous sommes, des consommateurs d’actualité, mais aussi et malheureusement surtout, de nouveauté scandaleuse, de pipole et de fariboles. Rien n’a changé.

Je m’en voudrais cependant de terminer sur une note négative. J’ai très vite compris il y a quelques années que les fantasmes des blogueurs sur une information enfin libérée, grâce au web, des travers des vieux médias relevaient de l’utopie.  Ce n’est pas un outil, même aussi puissant et révolutionnaire qu’Internet, qui peut changer l’homme. En revanche, pourquoi ne pas introduire dans les médias un concept que l’économie connait bien, celui de consommation durable ? C’est au public, me semble-t-il, de choisir parmi l’offre infiniment riche d’information, de culture et de divertissement, ce qui vaut la peine et ce qui doit disparaître. Il est temps de rompre avec la vieille critique qui considère que c’est aux médias qu’il appartient de servir de la qualité. Cela n’arrivera pas, en tout cas, pas tant que nous vivrons dans un système libéral. Pour autant, faut-il se positionner en victimes impuissantes et se laisser gaver d’horreurs ?

Allons donc ! On décide bien dans une grande surface de choisir un chocolat équitable, un plat préparé allégé en gras et en sel, un pain bio, le meilleur rapport qualité-prix, alors pourquoi ne pas faire plus attention à notre consommation d’information ? Je vais vous le dire. Parce qu’il n’y a pas d’action du gouvernement en ce sens, pas de bande défilante en bas d’une mauvaise émission pour mettre en garde contre les méfaits de l’abrutissement, pas de préjudice objectivement observable chez le consommateur de malbouffe médiatique. Et plus profondément, parce que nous vivons une drôle d’époque qui ne supporte plus le gras sur le ventre, ni les rides autour des yeux,  mais s’accommode fort bien de la cellulite de l’esprit. On peut attendre un siècle pour s’apercevoir de notre erreur, ou bien réagir maintenant….

13/11/2012

Saluons la naissance de l’info LOL

Filed under: Comment ça marche ?,questions d'avenir — laplumedaliocha @ 14:19
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C’est avec un intérêt sans cesse renouvelé que je découvre les splendides progrès de l’abrutissement collectif orchestrés par les médias. Tenez, par exemple, un article de Slate commente avec enthousiasme le génie de l’ équipe d’Europe 1 qui anime le Lab. C’est quoi me direz-vous ? Une poignée de journalistes, m’apprend Slate, qui développe depuis 2011 une approche du site d’info parfaitement ébouriffante. L’idée ? Transformer les tweets de célébrités ou d’individus lambda en articles, éplucher la presse pour y dégotter des petites phrases et les monter en mayonnaise, examiner toutes les vidéos dans l’espoir de dégotter un buzz, bref, exploiter les déchets de l’information.

Vous me direz, le recyclage actuellement c’est tendance. Pas faux. Et puis l’idée nous vient des Etats-Unis, c’est dire si elle doit être bonne ! Bref, il se pourrait que l’on tienne enfin une piste sérieuse pour rentabiliser l’information à l’ère d’Internet. Evidemment, la qualité des articles est à l’avenant. On vous y parle des bras d’honneur des ministres, du smartphone d’Ayrault, des abonnés twitter de Morano. Surtout, on met l’accent sur le LOL, comprendre le rigolo, le divertissant, le qui-prend-pas-la-tête. Le plus grand fait d’arme du site ? Avoir été le premier à sortir la phrase de Peillon sur le cannabis. Le Monde, Mediapart, France Info, Arte et tous les autres n’ont qu’à bien se tenir !  Sans vouloir casser l’enthousiasme de mon jeune confrère, tout ceci n’a de nouveau que l’apparence technique. Miser sur le communautarisme est une vieille ficelle de la presse spécialisée. Elle sait depuis longtemps que les gens aiment se lire et se voir en photo dans le journal, autant que surveiller leurs collègues, confrères, concurrents. Tout comme la presse locale s’enracine précisément dans l’information de proximité. Parler de la partie de pétanque de dimanche dernier fait plaisir aux intéressés, à leurs copains, leurs voisins et assure donc ventes et abonnements. Le Lab vient de réinventer la poudre ! Parfois il va un peu loin en faisant de l’information avec du presque rien, concède le journaliste de Slate (sans blague !), mais il se pourrait bien quand même que le Lab soit le meilleur site d’info du moment. Sur le terrain de la rentabilité, c’est possible, mais en termes de qualité, je suis un peu plus circonspecte.

Comme il semble loin le temps où l’on nous promettait qu’avec Internet c’en serait fini du racolage honteux de la presse écrite, que de la toile allait jaillir enfin une information libre, indépendante et de qualité. Nous y sommes. Il y a enfin de courageux esprits pour dénoncer, vidéos à l’appui,  la pratique du bras d’honneur dans le monde politique. Notons au passage que la technologie permet ici à nos envoyés spéciaux d’avancer les preuves irréfutables de leurs allégations. Le journalisme y gagne donc considérablement en crédibilité au regard de l’époque préhistorique où il sommait ses lecteurs de le croire sur parole, faute de pouvoir mettre ses documents en lien dans le papier. La démocratie est sauvée. Il était temps !

Note : Merci à Fredo de m’avoir signalé cet article.

Mise à jour 14/11 à 14h08 : Ci-après le commentaire d’Antoine Bayet, rédacteur en chef du Lab, que je trouve suffisamment bien tourné et pertinent, y compris dans sa critique à mon endroit pour être signalé.

Bonjour Aliocha,

Me voilà comblé : moi qui vous lis depuis de nombreuses années, voire le site dont je suis aujourd’hui le rédacteur en chef décortiqué sur cet espace me ravi, évidemment – quand bien même vous en écrivez beaucoup de mal.

Je suis un peu déçu, cependant : vous semblez avoir découvert et jugé Le Lab à partir d’un article le présentant, plus qu’à partir de votre propre lecture critique de nos articles.

Ca me chagrine énormément (ne pas pouvoir vous compter parmi nos lecteurs fidèles) et ça me surprend aussi un peu de votre part, vous qui, régulièrement, exhortez les journalistes à remonter à la source.

Mais c’est pas très grave : comme je suis gentil, je reprends les explications, pour vous raconter ce que vous auriez vu si vous étiez venue vous confronter au Lab.

Nos articles sont donc de deux genres :

> La curation, mot un brin barbare pour parler de « revue de presse ».

Mais attention, on ne fait pas toujours cela brut : on essaye non seulement de faire de la mise en avant d’infos et de déclarations qui finiraient, parfois, sans notre relais, dans les oubliettes de l’info ET de les décrypter, et de lire entre les lignes. Un de mes petits « slugs » préférés – ce mot clef par lequel on débute souvent nos articles – c’est « VOSTF » : traduire la langue politique en langue normale.

Un de nos récents cartons, en stat, c’est la rédaction de cet article, sur « Le Petit Copé Illustré » – où l’art et la matière, pour Copé, de ne pas répondre aux questions des journalistes.

http://lelab.europe1.fr/t/le-petit-cope-illustre-en-quatre-lecons-5614

Je vous en recommande la lecture, je suis sûr qu’il va vous plaire – et je puis vous assurer qu’il nécessite un temps d’écoute + d’analyse + de rédaction certain.

Toutes nos reprises ne sont pas aussi longues, aussi analytiques. Parfois, c’est plus court, ça tient en quinze lignes … et c’est très bien comme ça, aussi.

> La production d’infos 100% non vues ailleurs : et oui, figurez-vous que, malgré nos horaires en flux tendu et notre ouverture 7j/7 de 6 heures à 22 heures, on se débrouille pour sortir sur le terrain politique.

On essaye d’aller là où personne ne va : dans la cabine du réal des questions au gouvernement, sur France 3, par exemple :

http://lelab.europe1.fr/t/les-qag-decryptees-par-le-realisateur-de-france-3-5640

Et, exemple beaucoup plus chaud : quand on va dans la salle de presse de l’Elysée, c’est pour essayer de raconter, en live, comment ça se met en scène, une conf de presse présidentielle :

http://lelab.europe1.fr/t/en-direct-les-coulisses-de-la-premiere-conference-de-presse-de-francois-hollande-a-l-elysee-confpr-5875

Oh, je ne vous dis pas que l’on réussit toujours tout, hein. Mais on essaye.

Tout ça pour vous raconter qu’avec la chouette équipe du Lab, notre objectif, c’est de produire une info qui essaye de sortir des agendas officiels et ultra-dominants (ça devrait vous plaire, cette lecture bourdieusienne de l’info, je crois).

Une info qui creuse, qui fait des pas de côté et qui, en même temps, ne se prend pas non plus trop la tête.

Je suis sûr que si vous exercez votre vrai jugement, et-non-ce-que-vous-en-lisez, vous aimerez.

Beaucoup.

On en reparle après ?

Antoine Bayet

PS : Ah oui, quand même, pour la rentabilité -> il n’aura sans doute pas échappé à la journaliste spécialiste ès gros sous que vous êtes que Le Lab n’affiche, depuis un an, aucun espace pub ?

11/11/2012

L’écriture est un chant de l’âme

Filed under: Réflexions libres,Salon littéraire — laplumedaliocha @ 09:21

On m’a demandé cette semaine d’intervenir dans un cours de Master en communication juridique au Panthéon, pour expliquer mon métier, la différence entre le blog et le journalisme, l’écriture. Vastes sujets ! Parlons donc un peu d’écriture puisqu’on me pose souvent la question : comment ça marche ? C’est moins en tant qu’auteur que je livre ici quelques réflexions décousues – dieu me préserve de tant de vanité – que de lectrice passionnée depuis toujours.

L’écriture est un don, au sens d’un talent inné. Un don que l’on reçoit, ou plus modestement, une légère prédisposition qu’il faut travailler sans cesse. De sorte que c’est souvent une souffrance. A en croire Cioran, qui a très vite abandonné le roumain, sa langue natale, pour s’exprimer en français,   l’exercice serait même particulièrement douloureux dans notre langue : « Quelle consommation de café, de cigarettes et de dictionnaires pour écrire une phrase tant soit peu correcte dans cette langue inabordable, trop noble et trop distinguée à mon gré ! » (in Histoire et Utopie). Mais c’est également une gourmandise. Pour écrire, il faut aimer les mots. Il faut aussi cultiver cette passion qu’à mon sens Balzac a porté au sommet : celle d’exprimer au plus juste ce que l’on veut décrire. Quel orfèvre par exemple quand il peint au début de La Peau de chagrin l’arrivée du héros du roman dans un cercle de jeu du Palais Royal. Nous sommes en pleine journée, le jeune homme pauvre et désespéré qui entre dans la salle a décidé de jouer sa dernière pièce d’or, autrement dit sa vie. S’il perd, il ira se noyer dans la Seine. Et Balzac de décrire les réactions des joueurs qui ressentent immédiatement que ce garçon là n’est pas venu comme eux se livrer à son vice, mais interroger son destin. Tout le monde s’interrompt et l’observe   :

« Ne faut-il pas être bien faible pour obtenir de la pitié, bien triste pour exciter une sympathie ou d’un bien sinistre aspect pour faire frissonner les âmes, dans cette salle où les douleurs doivent être muettes, ou la misère est gaie et le désespoir décent ? « .

Quelle finesse de regard et quelle  délicatesse de plume !

L’écriture est un don au sens d’une capacité à donner. En particulier dans le journalisme de presse écrite où le métier consiste ni plus ni moins à livrer ce que l’on a découvert à un public. Je me souviens d’une amie il y a fort longtemps qui venait de rater pour la troisième fois son bac, et avait notamment récolté une note catastrophique à l’épreuve de philosophie. « Mais pourtant tu aimes la philo ? » l’interrogeai-je lors d’un dîner. « Oui, mais ce que je sais est à moi, je ne veux pas le donner » me répondit-elle. J’en suis restée ébahie. Elle ne voulait pas restituer ce qu’on lui avait appris ! Et ce refus était si puissant chez elle qu’elle préférait au fond décrocher une mauvaise note que d’écrire ce qu’elle savait. Nous nous sommes perdues de vue, mais je gage – et j’espère – qu’elle n’est pas devenue journaliste.

L’écriture enfin est musique.  « De la musique avant toute chose et pour cela préfère l’impair » conseillait Verlaine. Tout le charme de Balzac est à mes yeux contenu dans le rythme de valse auquel il était si attaché. Tenez, par exemple : « On a bien raison de dire qu’il n’y a rien de plus beau que frégate à voile, cheval au galop et femme qui danse ». A contrario, comme Kléber Haedens a raison dans son Anthologie de la littérature française, quand il décrit la peine infinie que se donnait Flaubert pour écrire, jusqu’à crier ses phrases dans un gueuloir pour s’assurer de leur musicalité, avant de conclure, assassin :  « Mais rien à faire, Flaubert n’est pas musicien ». Evidemment, le plus grand musicien du 20ème siècle, c’est Céline. Plusieurs comédiens ont tenté de le lire à haute voix. Georges Wilson, par exemple,  le déclame sur un ton à la Gabin récitant du Audiard. Ce n’est pas idiot dans la mesure où justement Audiard a été très fortement influencé par Céline. Surtout, la violence du propos célinien, son rythme haché peuvent donner  le sentiment qu’il y a chez cette homme-là du Ventura dans les Tontons flingueurs. A tort. En réalité, le seul comédien qui ait compris Céline à mon sens, c’est Fabrice Luchini. Il ne « gueule » pas Céline, il le susurre, comme Céline lui-même susurrait ses réponses aux interviews, vicieusement, baladant son interlocuteur, jouant au choix et avec un génie drôlatique extrême la victime ou l’imbécile profond.

Si l’écriture est musique, c’est que la pensée est elle-même musique, tout comme la vie. De sorte que celui qui la décrit va percevoir cette musique et l’accorder à sa propre musicalité intérieure pour en faire jaillir une expression plus moins réussie d’un événement ou d’un sentiment. C’est à mon sens de cette rencontre que nait le récit singulier, de sorte que plusieurs personnes peuvent assister à la même scène et décrire les choses de façon radicalement différente, y compris dans le journalisme, pourtant enjoint d’être l’esclave dévoué de l’objectivité. Un confrère de la presse audivisuelle me confiait un jour qu’il avait du mal à trouver la première phrase du livre qu’il voulait écrire sur un événement d’actualité le touchant de très près. Ah, la première phrase ! Quel écrivain en herbe n’a pas rêvé d’être l’auteur du célèbre « Longtemps je me suis couché de bonne heure » de Marcel Proust. Dans son roman Firmin, l’écrivain américain contemporain Sam Savage livre des observations très drôles et très justes sur le sujet. Extrait :

« J’avais toujours imaginé que si, d’aventure, j’écrivais un jour l’histoire de ma vie, la première phrase en serait saisissante : quelque chose de lyrique à la Nabokov, « Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins » ou de radical à la Tolstoï au cas où le lyrisme me ferait défaut, « Les familles heureuses se ressemblent toutes, les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon ». Les gens se rappellent ces mots, même quand ils ont tout oublié du livre qui va avec. Mais à mon avis ne matière d’amorce on n’a jamais surpassé celle du Bon soldat de Ford Madox Fox : « Voici l’histoire la plus triste qu’il m’ait été donnée d’entendre ». J’ai beau l’avoir lue des dizaines de fois, j’en reste encore comme deux ronds de flan. Ford Madox Fox, lui c’était un grand. Tout au long de cette vie de dur labeur dédiée à l’écriture, jamais je n’ai livré combat aussi viril – oui, viril, c’est le mot ! – que pour donner une forme à ces premières phrases. J’ai toujours pensé que passé ce cap, le reste viendrait tout seul. Je me représentais cette première phrase comme une sorte d’utérus fourmillant d’embryons de pages vierges, de bourgeons, fruits du génie, mourant d’envie d’éclore. L’intégralité de l’histoire exsuderait, pour ainsi dire, de cette matrice. Quelle erreur ! C’est tout le contraire qui arriva. »

Notons au passage le talent de l’auteur qui se joue de son lecteur en évoquant sous les traits de l’échec ce qui me parait personnellement une jolie réussite …Le paragraphe que je cite correspond en effet aux toutes premières lignes du roman. Facétieuse première phrase que celle qui s’interroge sur l’art…de la première phrase !

Mais alors, qu’avez-vous répondu ? s’impatienteront quelques lecteurs plus attentifs que moi au fil de mon discours…« Ne cherchez pas la première phrase, elle n’existe pas. Laissez monter en vous la musique de ce que vous voulez exprimer, oubliez les mots, avant eux, bien avant, il y a l’émotion. Alors et alors seulement, la première phrase jaillira, et elle sera juste et belle ».

Ecrire, c’est un peu comme les autres disciplines artistiques, c’est aussi une question de regard. Il faut savoir choisir dans une scène ou un événement ce qui est notable, écarter le reste, et jouer des mots autant que des silences. Joseph Kessel a couvert pour France Soir le procès Pétain. Dans l’un de ses articles, il s’appesantit sur le képi lauré du maréchal posé sur la petite table près de lui dans la salle d’audience. Ce képi qui a coiffé un grand homme de la guerre de 14-18 et qui accompagne le militaire déshonoré deux décennies plus tard devant ses juges est en effet le personnage principal du procès, le noeud du drame qui se joue dans le prétoire. Voilà pour le choix. Passons au silence. A ce sujet, j’en ai déjà parlé ici mais je le cite de nouveau parce qu’il me bouleverse. Il s’agit d’un extrait des reportages d’Albert Londres au bagne de Cayenne, ceux-là même dont la force et l’intelligence ont entraîné la fermeture de cet enfer (ah ! le pouvoir des mots, quand ils sont bien utilisés !) :

« Il ne nous restait qu’une maison à visiter.

Quelque chose, tête recouverte d’un voile blanc, mains retournées et posées sur les genoux, était sur le lit dans la position d’un homme assis.

C’était le lépreux légendaire à la cagoule.

– C’est un arabe ? demande le Pasteur.

– Oh ! non ! fait une voix angélique qui sort de derrière le voile, je suis de Lille.

La photographie d’une femme élégante était posée sur sa table.

– Eh bien ça va mieux ?

Ses doigts étaient comme des cierges qui ont coulé. 

– Lève ton voile un peu mon ami, que je regarde.

Il le releva tout doucement, avec le dos de ses mains. Ses yeux n’étaient plus que deux pétales roses. Nous ne dirons pas davantage, vous permettez ? »

 

Quelle puissance d’évocation dans ce silence sur la description de ce visage dévasté par la lèpre. Quel talent que celui de se taire à temps…

09/11/2012

Le temps des médias

Filed under: questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 09:20
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Passionnante interview que celle de Dominique Wolton publiée dans La Tribune. Le directeur de l’Institut des Sciences de la Communication au CNRS y analyse la crise de légitimité des médias et plein d’autres choses encore. Je ne vais pas le paraphraser, le mieux est de vous y renvoyer. Observons au passage que ce très long article compte 22 000 signes, preuve s’il en était besoin que son auteur a choisi d’ignorer l’impératif catégorique kantien de la presse actuelle : faire court, pour faire court car les lecteurs n’ont plus le temps de lire. Ouf, ça fait du bien !

Justement, puisque nous parlons du temps, Dominique Wolton explique dans cet entretien que le temps de la politique n’est pas celui des médias. Son observation vaut pour le gouvernement d’un pays, mais pas seulement. Chaque domaine ou presque pourrait avancer que son temps n’est pas celui des médias. C’est le cas de la justice qui met des années à instruire et juger un dossier. De  la science dont les travaux s’étendent sur des décennies. De l’entreprise, dont on ne peut juger le développement qu’à long terme. Et de tas d’autres domaines d’activité encore. Du coup, on peut se demander si le temps des médias n’est pas exclusivement celui des…médias. Mais au fait, de quels médias parlons-nous ? S’il s’agit de désigner la partie d’entre eux qui produit de l’information (radio, télé, presse écrite, web) bien sûr que ces médias-là sont tributaires de l’urgence, celle consistant à informer le plus vite possible. La valeur de l’information est intrinsèquement liée à sa nouveauté et diminue à mesure que l’information est connue. De fait, informer rapidement n’est pas seulement un travers professionnel mais une question économique, a fortiori depuis qu’Internet a bougé les lignes du temps (le quotidien n’est plus le summum de la rapidité de l’information écrite) et imposé son exigence de gratuité. Préoccupation économique que Dominique Wolton dénonce à juste titre, à ceci près que la survie de la presse est suffisamment menacée pour qu’on entende l’argument. Il ne s’agit pas ici de gagner plus que les autres, mais d’éviter de mourir.

La culture du « tout, tout de suite »

Mais les médias ne seraient-ils pas au fond tributaires d’une accélération dont ils ne seraient qu’en partie responsables ? Les nouveaux joujoux technologiques multiplient les promesses de vitesse et nous transforment, de fait, en consommateurs d’instanténéité. La possibilité de téléphoner où que nous soyons et quand nous le voulons a fait son apparition il y a 20 ans avec le portable. Puis la généralisation d’Internet jusque sur ces téléphones a renforcé cette  culture du « tout tout de suite ». Il n’y a donc pas que les organes d’information qui vivent dans l’instantanéité, mais plus généralement chacun d’entre nous. De sorte qu’on peut se demander si le public ne tend pas lui aussi à exiger la vitesse. Dans ce cas,  le divorce évoqué par Dominique Wolton entre des médias impatients et un public lassé de cette hystérie pourrait n’être que provisoire. Ce qui n’est pas réjouissant d’ailleurs.

La seconde n’est pas l’unité de temps de l’entreprise

Il est intéressant d’observer au passage que l’utilisation des nouvelles technologies dans la finance a fait émerger les mêmes interrogations que celles soulevées à propos de l’information. « Quelle entreprise vit à la seconde ? » s’interrogent par exemple les détracteurs, forts nombreux y compris chez les économistes libéraux,  du trading haute fréquence. Cette technique consiste à programmer des ordinateurs pour lancer des millions d’ordres sur le marché dans un délai calculé à la nanoseconde. La vitesse est ici si précieuse que les établissements financiers paient à prix d’or le droit d’installer leurs ordinateurs au plus près de celui de l’entreprise de marché (la bourse) car la longueur du câble conditionne la rapidité de l’exercice et donc les juteux bénéfices espérés. Ces ordinateurs achètent et vendent des titres, mais il est bien évident qu’ils ne se comportent pas en investisseurs éclairés investissant dans une entreprise en considération de ses potentialités de développement. De fait, on peut avancer en la matière que la finance s’est déconnectée de l’économie (un peu plus encore…) et que son temps n’est définitivement plus celui de l’entreprise qu’elle est censée accompagner et servir, tout comme l’information semble en passe de se déconnecter (quel paradoxe !) d’un grand nombre de domaines dont elle prétend pourtant s’emparer légitimement. L’ennui, c’est que dans les deux cas, le plus rapide tend à imposer son rythme au plus lent, érigeant la rapidité en valeur suprême. Au point que tout ce qui est lent apparait sujet à caution. La justice est taxée de lourdeur administrative, la politique qualifiée d’immobiliste si elle n’annonce pas trois réformes par jour, la science moquée pour son ignorance quand elle invoque la durée nécessaire à ses travaux.

Que les geeks se rassurent, cette réflexion à haute voix sur le temps des médias et celui de la finance n’est pas une mise en cause déguisée d’Internet ou de l’IPhone. Le désir de vitesse a toujours habité le coeur de l’homme, tant mieux s’il s’accomplit. La question, là comme ailleurs, vise plus à se demander si nous sommes maîtres du progrès ou si par hasard ce ne serait pas le progrès qui finirait par nous diriger et parfois peut-être, nous égarer. Toujours est-il que nous sommes appelés à évoluer désormais dans un double espace-temps. Celui de la communication, virtuel, mondial, instantané, et celui beaucoup plus lent, du monde réel. Comme souvent, faisons confiance à l’adaptatabilité de la nature humaine pour reprendre ses marques, mais il y aura immanquablement des zones de friction. Par exemple quand un dossier politique, judiciaire ou scientifique rappellera aux impatients que nous sommes devenus, qu’il faut parfois du temps pour faire les choses, qu’on ne redresse pas une économie en quelques heures, qu’on ne juge pas un homme le temps d’une émission de TV ou encore qu’il ne faut pas espérer de la science des réponses immédiates à toutes nos questions. A moins bien sûr que ces ultimes refuges d’une « lenteur » nécessaire ne finissent par céder à la tyrannie de l’instantanéité…

06/11/2012

Qui n’a pas lu Zoé Shepard ?

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 09:22
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On me dit qu’il y a encore des gens qui n’ont pas lu Absolument dé-bor-dée de Zoé Shepard. Notez, absorbée par quelques tracas mineurs d’ordre privé en 2010 lors de sa sortie, je l’avais manqué. Erreur réparée pour mon plus grand bonheur dimanche après-midi !

Il vient de sortir en poche, par conséquent vous n’avez plus aucune excuse pour passer à côté, l’effleurer d’une main hésitante, et renoncer, on ne sait trop pour quelle raison, à faire cette acquisition de choix. Surtout que par un mois de novembre qui promet d’être aussi pluvieux que le précédent, les occasions de rire doivent être saisies au vol et sans délai. Les plus anciens lecteurs de ce blog se souviennent sans doute du lien dans ma blogroll vers  « Eloge de la pipeautique » où l’auteur racontait jour après jour  ses premiers pas d’administratrice territoriale dans une collectivité. On y découvrait The Boss, sa fidèle secrétaire surnommée Coconne, le Don (le maire), Simplet, membre éminent du gang des chiottards (le cabinet du maire) et autres personnages savoureux. Eh bien Absolument dé-bor-dée, c’est la compilation de ces inoubliables billets étincelants d’humour, décapants d’insolence, impertinents en diable.

Pour vous mettre en bouche, un extrait pris au hasard (vous l’ouvrez à n’importe quelle page et vous hurlez de rire, donc non, je n’ai pas pris la bonne feuille qui vous inciterait à verser une obole de 7,20 euros au marchand pour vous apercevoir que vous auriez pu vous contenter de lire ce tout petit billet):

Zoé Shepard raconte l’arrivée dans le service d’un stagiaire surnommé Bizut. Elle vient de l’inviter à entrer dans son bureau et, forcément, ça se passe mal, comme tout le reste dans cette collectivité :

« Je vois la poignée s’abaisser convulsivement plusieurs fois sans que rien ne se passe.

– Il y a un problème ?

– je n’arrive pas à ouvrir la porte m’informe-t-il de l’autre côté.

S’il n’y arrive vraiment pas, deux conclusions s’imposent : il a le parfait profil pour travailler dans le service ; il va rapidement devenir chef. Ne pas réussir à ouvrir une porte, même Coconne ne me l’avait jamais faite. Je pose la pile de dossiers par terre, vais ouvrir la porte et m’écarte pour laisser passer un Bizut écarlate. Joignant le geste à la parole, j’explique doctement : pour ouvrir une porte je vous suggère une méthode qui nous vient d’Indonésie. Il suffit de mettre la main sur la poignée et hop, d’un coup sec, vous abaissez la poignée et vous poussez la porte.

– C’est vraiment indonésien ?

– Non, ouvrir une porte c’est international…quoique, au Japon c’est un peu différent, les portes coulissent.

– Comme les rideaux métalliques des boutiques ?

– Non elles coulissent horizontalement pas verticalement. Comme dans les films d’Ozu par exemple.

– O-quoi ?

– Ozu… Le gout du riz au thé vert, Crépuscule à Tokyo…

Le Bizut me regarde, les yeux emplis de détresse et je précise  :

– Elles coulissent comme dans une ancienne pub pour le déodorant Obao

– Ah oui ! Je me souviens ! s’exclame-t-il rasséréné que nous ayons enfin une référence commune ».

Le plus drôle dans cette histoire, c’est que l’auteur a eu beau changer les noms, les lieux, et faire tout ce qui était possible pour anonymiser le livre, certains fonctionnaires se sont reconnus et n’ont pas hésité à la dénoncer. C’est dire si le récit est l’exact reflet de la réalité…Cela lui a valu 4 mois d’exclusion ferme et six mois avec sursis. Que les fonctionnaires qui me liraient se rassurent, il me semble que le privé n’a rien à envier au népotisme et à la glandouille généralisée qu’on nous décrit ici….En tout cas, j’en aurais autant à raconter sur mon quotidien. Ceux qui la connaissent déjà seront ravis d’apprendre que Zoé Shepard vient tout juste de publier son second livre : Ta carrière est Fi-Nie.

02/11/2012

Couacs en stock

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 12:25

Les médias ont leurs mots à la mode. Celui du moment, c’est « couac ». Une recherche rapide sur le Net m’apprend qu’un couac est « un son discordant ». On croit comprendre à la lecture de la presse qu’un couac, en langage journalistique contemporain, désigne une déclaration d’un membre de la majorité qui se révèle n’être pas en ligne avec la position officielle du gouvernement sur un sujet donné. Le plus exemplaire est celui de Jean-Marc Ayrault sur les 35 heures. Si j’ai bien compris, il aurait répondu à un journaliste que le débat n’était pas tabou. Il n’en fallait pas plus pour que « pas tabou » constitue l’amorce du début d’un soupçon d’une remise en cause de la mesure emblématique de la gauche par l’actuel Premier Ministre. Or, comme chacun sait, en matière médiatique l’amorce du début d’un soupçon est déjà un fait, autrement dit une information. Immédiatement, la presse exige des réactions. L’Elysée s’irrite, la droite se gausse, la gauche se défend, les articles pleuvent : démentis, précisions, promesses, critiques, ricanements. Il y a de quoi nourrir des dizaines de papiers, pour ne pas dire plus. Et au passage, désorienter le public tout en foutant le bordel dans la sphère politique. N’étant pas journaliste politique, je me garderais de faire un procès d’intention aux confrères qui connaissent  le sujet mieux que moi. Il n’est pas impossible qu’ils aperçoivent dans cette phrase d’Ayrault l’expression enfin publique de confidences en off, ou bien encore qu’ils jugent utile de révéler l’importance des divergences de courants au sein du gouvernement, ce qui expliquerait qu’ils se soient emparés de ce bout de déclaration au sens incertain pour en faire une information.

Ce qui est plus ennuyeux dans la dénonciation en vogue actuellement des couacs, c’est le mécanisme pervers qu’elle est susceptible d’enclencher. Le contraire du couac, c’est la communication lisse, soigneusement préparée, articulée autour « d’éléments de langage » projetés à tous les intéressés sous forme de powerpoint par des communicants grassement payés. Le résultat final est bien connu, il s’appelle la langue de bois. L’art de dire rien, en choeur, et à grands renfort de déclarations creuses. Est-ce cela que nous souhaitons ? La communication nous aurait-elle à ce point intoxiqué que tout ce qui sort de ses autoroutes soigneusement balisées nous apparaisse comme l’effrayant aveu d’une pensée perverse nécessitant une révélation immédiate au public ? A moins bien sûr qu’il ne s’agisse simplement de buzzer ? Toujours est-il que la dénonciation des couacs réels ou supposés ne pourra qu’inciter les politiques à surveiller davantage leur langage et à s’exprimer de manière encore plus insipide, si toutefois c’est possible. Il faudrait un jour s’interroger sur l’étonnant penchant masochiste du journalisme qui le pousse inéluctablement à faire le jeu de sa grande ennemie : la communication…

Mise à jour 19h00 : sur le conseil éclairé de H. et parce que nous sommes au coeur d’un long week-end, voici une approche détente de notre épineux problème : communication et langue de bois. 

 

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