La Plume d'Aliocha

28/10/2012

Le contradictoire, talon d’Achille des médias

Filed under: Comment ça marche ?,Débats — laplumedaliocha @ 15:34

L’affaire dite des « tournantes » (1), celle de l’étude Séralini sur les OGM et le procès Kerviel soulèvent, dans un espace de temps très réduit, la même question passionnante : celle du contradictoire dans les médias. Qu’est-ce donc que le contradictoire me direz-vous ? Une règle que les juristes connaissent bien et qui offre la meilleure garantie possible de l’équilibre dans un débat judiciaire propice à l’élaboration d’une décision éclairée que l’on appelle : jugement. En permettant à chaque partie de produire ses preuves, d’avancer ses arguments et de discuter ceux du contradicteur, on assure l’égalité des armes, et l’on donne la possibilité à celui qui doit se prononcer de le faire en toute connaissance de cause.

Or, que voit-on lorsque les médias s’emparent de sujets hautement polémiques comme les affaires judiciaires ou encore les grandes questions scientifiques touchant la santé publique ? Une machine médiatique qui s’emballe et se retrouve ballotée au rythme de la communication des uns et des autres. « Quelle honte ! » ont hurlé les associations féministes à la suite du verdict prononcé dans l’affaire des tournantes. Personne n’a assisté au procès puisque celui-ci s’est déroulé à huis clos. Qu’importe. Les médias avides de commentaires et de réactions tendent le micro à celui qui veut s’exprimer. Qu’il soit bien informé et compétent pour répondre importe certes, les journalistes ne sont pas des abrutis, qu’il soit objectif, c’est moins important, voire carrément sans intérêt. Si d’autres avis sont en mesure de s’exprimer, il y a une chance de limiter les dégâts. A supposer bien sûr que l’on table sur un public constamment branché sur les médias, apte à saisir tous les avis contradictoires dispersés entre chaines de télé, stations de radios et presse écrite, d’en dresser la synthèse et d’en tirer un avis éclairé. Un tel public n’existe pas. Au demeurant, le système n’est pas fait pour encourager ce type de démarche. Il fonctionne au contraire à l’émotion, appelle la déclaration simpliste et fracassante, plussoie le jugement à l’emporte-pièce. Les raisonnements sages et mesurés ne buzzent pas, or, pour vivre, les médias doivent buzzer. Au demeurant, dans l’affaire des Tournantes, je n’ai pas entendu autre chose que des critiques. De gens qui ne savaient pas.

Les médias, quatrième degré de juridiction ?

Si l’on reste un instant sur le terrain judiciaire, on observe le même phénomène dans l’affaire Kerviel. Jérôme Kerviel et son avocat courent les radios et les télévisions depuis le 24 octobre, date de l’arrêt de la cour d’appel de Paris qui a confirmé en tous points la condamnation de l’ex-trader : RTL, Journal de 20 heures sur France 2, On n’est pas couché. A chaque fois, l’ex-trader exprime son incompréhension de la décision, tandis que son avocat surenchérit en pointant  les aspects à son sens critiquables du raisonnement des juges. Il faut croire que les médias sont devenus le quatrième degré de juridiction de notre système judiciaire. Evidemment, il ne viendrait à l’esprit de personne dans une démocratie d’empêcher un condamné de crier à l’injustice.

L’ennui, c’est que les magistrats ainsi mis en cause, et derrière eux l’institution judiciaire, ne peuvent pas se défendre car il n’est pas d’usage pour un juge de commenter sa décision. Il y a donc bien ici inégalité des armes – médiatiques – entre un prévenu condamné qui critique la justice et des juges sommés de se taire. Dans ce dossier, seule la Société Générale pourrait  à la rigueur s’exprimer et, en justifiant la décision qui va dans son sens, défendre par ricochet la justice. Pour des raisons qui la regardent et qui ne sont guère surprenantes, elle se tait. Nous n’avons donc ici que l’avis d’une partie. Très bruyant. Agitant les mécanismes émotionnels dont les principaux sont la haine de la finance, la méfiance à l’égard des institutions, et la sympathie naturelle que suscite l’homme seul contre le reste du monde. Ces sentiments ne sont pas absurdes, mais dieu qu’ils sont dangereux lorsqu’ils sont manipulés par des personnes qui ont intérêt à tout, sauf à faire appel au raisonnement et à l’objectivité. Il faut bien admettre qu’hier soir sur le plateau de Ruquier, les questions posées à Jérôme Kerviel et à son avocat étaient plutôt sensées et tentaient de rétablir une distance objective. Mais le format de l’émission penchait si fort dans le sens inverse que je doute qu’elles soient parvenues à mettre un bémol au discours servi par l’ex-trader. Par ailleurs, sur la compréhension générale du dossier, je ne suis pas sûre que le travail des chroniqueurs judiciaires suffise, malgré leur immense talent – je pense au Monde, au Figaro et à l’Obs – à contrebalancer l’idée force qui ressort de cette affaire complexe : la justice est folle de condamner un homme à 5 milliards de dommages intérêts, elle est aux ordres, elle protège le système et les banques. Evidemment, pour se forger sa propre opinion, on peut aussi lire les 105 pages de l’arrêt.

La science aussi impose le contradictoire

Que ce soit l’affaire des Tournantes ou celle de Kerviel, les deux dossiers ont jeté le même discrédit médiatique sur la justice. Si l’on songeait un instant à stopper la machine et à prendre la mesure des ravages que l’on occasionne dans l’esprit des citoyens français en leur donnant en permanence et à tort le sentiment que leur justice est au choix folle ou à la botte, on serait pris de vertige. Heureusement, un scandale chasse l’autre. Au suivant !

Passons aux OGM. Pour que les choses soient bien claires, je mange bio depuis toujours, je suis par nature allergique à toute forme de système, critique à l’égard des thèses officielles, et profondément convaincue enfin que la vérité scientifique d’aujourd’hui pourra se révéler demain une erreur. Pour autant, je pense qu’on ne peut lire qu’avec le plus grand intérêt – sous l’angle de la critique des médias – le texte signé par 6 académies scientifiques en réaction à l’étude Séralini montrant sur tous les médias des rats atteints de tumeurs aux proportions gigantesques, présentées comme la conséquence de l’ingestion d’OGM. Le document, signalé par @si qui à mon avis n’en tire pas toutes les conclusions utiles est ici (PDF), en voici un extrait :

« La médiatisation de l’article de G.E. Séralini et son impact sur l’opinion ont été d’autant plus importants que ces travaux concernent la sécurité de notre alimentation, sujet auquel les Français sont très sensibles. Les médias télévisés ont largement repris des images chocs qui n’ont pu que frapper les téléspectateurs. Ils ont ainsi contribué à alimenter des peurs totalement irrationnelles dans la mesure où les résultats présentés n’ont aucune validité scientifique.

Pour limiter de telles dérives, les six Académies recommandent la création auprès du Président du Conseil supérieur de l’audiovisuel d’un « Haut comité de la science et de la technologie ». La mission de ce Haut comité serait d’attirer l’attention du Président du CSA sur la médiatisation de travaux scientifiques remettant en cause des savoirs partagés par la très grande majorité de la communauté scientifique internationale sans que les responsables de chaînes de télévision ou de radios se soient auparavant assurés de leur validité, alors que la diffusion de ce qui pourrait s’avérer par la suite comme « une fausse nouvelle » aura profondément et indûment influencé les Français, parfois de manière irréversible. Ce Comité qui dans le cas le plus fréquent ne pourrait fonctionner qu’a posteriori, devrait être très réactif dans la mesure où les problèmes qu’il aurait à analyser nécessitent souvent des réponses rapides ».

Cette déclaration a le mérite de soulever une excellente question sur le terrain de l’éthique. La réserve que j’émettrais c’est qu’il faut prendre garde, compte-tenu de l’importance des enjeux économiques attachés à ces dossiers, de ne pas instaurer une censure susceptible de protéger les firmes internationales – et l’ego des chercheurs en vogue- sous prétexte d’éviter les dérives médiatiques.

Que nous enseignent au fond ces affaires ? Que tout le monde aujourd’hui a compris le fonctionnement des médias et en joue. Leur goût du spectaculaire, leur obligation de travailler dans l’urgence, leur manque de moyens. Que vous soyez puissant ou misérable, vous pouvez désormais vous emparer d’un micro pour délivrer votre vérité. Quelque part c’est un progrès. Mais il a son revers : balloter le public au gré des émotions contradictoires, semer le trouble dans les esprits, engloutir la raison sous le sentiment. De fait, seuls les esprits les plus éclairés et les plus vigilants auront une chance d’exploiter toutes les ressources de cette nouvelle expression de l' »information » pour en sortir enrichis. Les autres ne seront que des cerveaux disponibles que la communication remplira de ses messages toxiques. A moins bien entendu que les médias ne s’interrogent sur le nouveau monde dans lequel ils évoluent et s’aperçoivent enfin qu’ils ne sont plus que des pions entre les mains de gens qui jouent de leurs travers…

(1) Il est reproché aux journalistes d’utiliser le terme de « tournantes » au lieu de viol collectif et de donner ainsi une image édulcorée de la réalité de ces horreurs. Après réflexion, je maintiens personnellement l’usage de ce terme qui me semble désigner un phénomène bien précis dont il me semble que tout le monde comprend à quoi il renvoie. 

Mise à jour 29/10 à 18h13 : Laurent Ruquier a bien fait d’inviter Jérôme Kerviel et David Koubbi : 1,9 millions de téléspectateurs. Je défie quiconque de venir encore me dire que si les médias produisaient des choses intelligentes le public serait au rendez-vous.

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44 commentaires »

  1. Quand la raison d’état s’y oppose le contradictoire n’ose.

    Commentaire par zelectron — 28/10/2012 @ 16:12

  2. @Aliocha : D’accord avec la majeure partie de votre billet. Néanmoins, je suis curieux de savoir pourquoi vous êtes « profondément convaincue enfin que la vérité scientifique d’aujourd’hui pourra se révéler demain une erreur ». Rien ne vous oblige bien sûr à satisfaire cette curiosité. Pensez-vous réellement que demain la vitesse à laquelle tombe une pomme ne sera plus celle prévue par la théorie ? Il faut voir que les relations entre les choses qu’on a mises en évidence un jour ne cessent pas d’être vraies le lendemain parce qu’on a troqué une théorie pour une autre. Si ces relations avait un caractère de vérité, alors elles seront nécessairement traduites dans la nouvelle théorie. Ni la théorie de la relativité, ni la théorie quantique n’ont rendu fausse la théorie de Newton.

    Commentaire par kuk — 28/10/2012 @ 16:44

  3. je me demande si je n’aurais pas du écrire « quand la déraison d’État » …

    Commentaire par zelectron — 28/10/2012 @ 17:26

  4. @kuk: Je pense qu’Aliocha visait en priorité la médecine et la biologie, sciences dans lesquelles ses considérations sur la véracité scientifique sont des plus pertinentes (l’histoire de ces sciences est remplie d’exemple de vérité d’un jour considérées plus tard comme des erreurs graves). Ceci dit, son affirmation reste vraie jusque dans les sciences plus « dures » comme la chimie ou la physique, même si les exemples sont moins frappant et nécessite une connaissance plus fines de ces sujets. Pour revenir sur votre exemple, notons que le modèle de Rutherford de l’atome (électron en orbite autour du noyau) est un modèle de la physique newtonienne classique longtemps considéré comme fondamentale (en dépit d’un défaut connu sur le rayonnement des charges accélérées) et qui a été invalidé par la mécanique quantique: ainsi, bien que physique quantique et newtonienne se recouvre sur un large domaine, la physique quantique a été introduite pour corriger des erreurs du modèle newtonien (qui était auparavant considéré comme parfait). Il en va de même pour la physique relativiste vis à vis de la physique newtonienne. Enfin, soulignons qu’à ce jour physique quantique et physique relativistes sont toujours considérées comme incompatible (seule la physique quantique en boucle les réunies), elles sont pourtant toutes les deux considérées comme vraies…

    Commentaire par Shanar — 28/10/2012 @ 17:45

  5. Pour revenir sur le cas de l’étude de Séralini, son mérite n’est pas d’avoir remis en cause l’innocuité des OGM (le manque de rigueur scientifique semble l’en empêcher) mais d’avoir médiatisé le peu de fiabilité des études pro OGM. Depuis l’étude de Séralini, on entend enfin la communauté scientifique se réveiller (médiatiquement) pour dénoncer la mauvaise science, mais pour constater que cette mauvaise science constitue aussi une grande partie de la littérature pro OGM.
    A mon sens, la connaissance du grand public sur l’état de la science des OGM s’est améliorée grâce à l’étude de Seralini.

    Commentaire par kuk — 28/10/2012 @ 18:10

  6. Entièrement d’accord avec le 2e commentaire de kuk. Dans une émission d’@si, Seralini – surtout Corinne Lepage – défendaient au total assez mollement l’étude, revenant toujours, et de façon convaincante à l’argument selon lequel les défaut des études soumises à l’appui des dossiers d’OGM sont encore plus faible au regard des critères pris en compte par les critiques (taille des populations d’animaux, durée de l’essai). Autrement dit : peut-être que mon étude ne vaut rien, mais alors les leurs valent moins que rien. Au point qu’on pourrait se demander si ce n’était pas le but réel de l’étude : frapper un coup médiatique pour dénoncer l’insuffisance des exigences en matière de preuve d’innocuité des OGM. C’est peut-être une interprétation un peu complotiste. Mais si c’était vrai, ou pourrait dire que Seralini et Lepage ont tout compris du système médiatique.

    Commentaire par lnk — 28/10/2012 @ 21:14

  7. Mécanique quantique ou relativiste ne sont pas considérées « vraies » mais comme des théories efficaces qui marchent bien pour décrire des phénomènes précis.

    La Vérité vous la trouverez dans les maths, vous la chercherez en philosophie, mais pas en Science !

    Il y’a des connaissances à confronter régulièrement à l’observation et à corriger si on est dans l’erreur. Il y’a des théories à améliorer, amender ou jeter pour une meilleure. Mais n’utilisez pas le mot Vérité à torts et à travers comme des absolus que subitement on contredirait.

    Les gens ne font aucune nuance et ensuite s’imaginent que rien n’a de sens si ce n’est la folie.

    Commentaire par Oomu — 28/10/2012 @ 21:21

  8. @Kuk 2 : je dis cela pour des raisons beaucoup moins éclairées que Shanar en 3 (que je remercie au passage pour son commentaire très intéressant). En réalité, cela me vient d’un très ancien cours de philosophie du droit sur un sujet passionnant. Il était question de savoir si la justice pouvait se permettre de trancher une question scientifique – en l’espèce il s’agissait d’une querelle sur l’inventeur de la radio qui avait donné lieu à un procès – réponse : non. Vous savez pourquoi ? Parce que la justice est trop puissante, quand l’une de ses décisions est passé en force de chose jugée (plus susceptible de recours) elle est définitive et on ne peut pas revenir dessus. Or justement, on nous avait expliqué alors que la science se construit sur ses erreurs et qu’on ne peut donc pas juger à un instant « t » une vérité scientifique, au risque ensuite d’empêcher la science de se corriger et le savoir d’avancer. Vous noterez que ça nous renvoie notamment au problème des lois mémorielles.

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/10/2012 @ 21:47

  9. @Kuk 5 et Ink 6 : vous vous rendez compte que vous avez si bien intégré le fonctionnement des médias qu’il vous semble acceptable de publier des approximations….Fichtre ! Je comprends votre raisonnement, mais vous ne trouvez pas qu’il fait un peu froid dans le dos ?

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/10/2012 @ 21:49

  10. @Shanar : mon raisonnement était loin d’être aussi nourri, mais précisément, je vous remercie pour cet éclairage. Voyez ma réponse à Kuk sur Justice et science, le débat pour ma part m’avait passionnée. Cela nous renvoie évidemment au contre-exemple qui semble avoir servi de leçon aux juristes : le procès de Galilée.

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/10/2012 @ 21:52

  11. @laplumedaliocha: Au sujet de l’invention de la radio, il me semble que c’est un problème historique (savoir ce qui s’est réellement passé) ou encore de définition (qu’appelle-t-on radio, exactement?) mais pas un problème scientifique.

    Totalement d’accord qu’on ne fait pas trancher les questions scientifiques par la justice, car l’autorité de la chose jugée empêche la poursuite sereine du débat scientifique.

    Commentaire par DM — 29/10/2012 @ 00:24

  12. @Aliocha (9) : à la base, les approximations devraient être empêchées par les comités de lecture des revues scientifiques. C’est aussi ça qui fait froid dans le dos. Qu’on retrouve ces approximations puissance 10 dans les medias une fois le filtre des comités de lecture passé me semble assez logique. Le commerçant d’OGM, qui tente d’apporter la preuve de l’innocuité de sa technologie ne se soucie pas de publier ses résultats à l’ensemble de la communauté scientifique, mais seulement d’obtenir l’agrément de l’organisme de contrôle avec des conditions semble-t-il moins contraignantes que ce qu’exigent les comités de lecture des revues scientifiques (?). Après j’admets que ce fonctionnement de type buzz (la médiatisation de l’étude Seralini), mais pour une bonne cause (montrer que les études pro OGM sont insuffisamment argumentées) n’est pas spécialement pour me plaire, même si au final il a été efficace.

    @Shanar(4): il me semble que la physique relativiste a été surtout introduite devant l’échec à mettre en évidence l’existence d’un référentiel absolu (problèmes de l’entrainement de l’éther), donc qu’il s’agit plus d’esthétique et de simplification de la mécanique que d’un réel besoin de combler les lacunes de la théorie newtonienne qui du reste, régit encore l’immense majorité des calculs effectués par nos ingénieurs. Les vérifications expérimentales, montrant sa meilleure adéquation au monde observé sont essentiellement venues après coup.

    @Oomu : bien sûr, on peut discuter des heures du sens à donner à la « vérité » ou « réalité » en sciences, ce n’est pas vraiment l’objet du billet, je reprenais surtout le terme d’Aliocha de « vérité scientifique » auquel je pense qu’on peut donner un sens convenable. Je me réfère à l’idée de de Henri Poincaré qui écrivait dans « La science et l’hypothèse » :

    « Sans doute, au premier abord, les théories [physiques] nous semblent fragiles, et l’histoire des sciences nous prouve qu’elles sont éphémères : elles ne meurent pas toutes entières pourtant, et de chacune d’elles il reste quelque chose. C’est ce quelque chose qu’il faut chercher à démêler, parce que c’est là, et là seulement qu’est la véritable réalité »

    Commentaire par kuk — 29/10/2012 @ 01:09

  13. Aliocha : « Que nous enseignent au fond ces affaires ? Que tout le monde aujourd’hui a compris le fonctionnement des médias et en joue. Leur goût du spectaculaire, leur obligation de travailler dans l’urgence, leur manque de moyens. Que vous soyez puissant ou misérable, vous pouvez désormais vous emparer d’un micro pour délivrer votre vérité. Quelque part c’est un progrès ».

    Vous plaisantez, j’espère ? Il faut vraiment avoir la tête dans le sable pour ne pas constater la profonde inégalité quant à l’accès aux médias. Je sais bien que la critique des médias vous fait horreur, mais de là à refuser de voir une réalité qui crève les yeux… Il y a quelque chose de pathologique dans votre aveuglement. Pour la peine, je vous propose l’ami Balbastre en guise de remède :

    Commentaire par Gilbert Duroux — 29/10/2012 @ 03:29

  14. @gilbert Duroux : excellent, votre remède. Mais il dit bien (comme Aliocha) que même les petits ont compris le fonctionnement médiatique (l’exemple des profs de Lille qui essaient d’obtenir un article dans la Voix du Nord), avec des communiqués de plus en plus courts… L’accès est possible pour tout le monde, mais évidemment, il n’est pas égal.

    Commentaire par kuk — 29/10/2012 @ 09:46

  15. […] au blog d’Aliocha, j’ai su qu’il y avait une mise en ligne de la décision de la cour d’appel sur […]

    Ping par Thémis et l’affaire Kerviel | Calami, ite ! — 29/10/2012 @ 10:41

  16. bon sang de bonsoir
    c’est bien gentil tout cela, mais c’est quoi le truc qui empêcherait les médias d’être des médias?
    On est dans une démocratie dans laquelle on nous demande de prendre des décisions régulièrement sur des sujets parfois techniques. Comment le peux t’on sans être raisonnablement informé?

    C’est le boulot des médias non? alors qu’et-ce qui les empêche de la faire?
    Les journaux sont vraiment inondés de mails de gens les suppliants de faire de l’info sensationnaliste plutôt que de l’info?

    Il est possible que cela se vende plus, mais en quoi peut t’on en conclure que le public EXIGE (c’est le mot à la mode dans les agences de marketing) d’avoir de la non info à la place de la vraie info?
    Il achète ce qu’on lui propose, rien d’autre. Sinon on pourrait tout aussi bien justifier le lynchage en place publique de tout violeur d’enfant et que sais-je d’autre.

    Un exemple intéressant: le GIEC publie un rapport hyper technique que pas plus de 1% de la population serait capable de lire. Et pourtant ils publient AUSSI un rapport destiné aux décideurs. Les décideurs n’ont pas besoin de savoir en quoi la relation de Clapeyron a été la communauté scientifique à faire un consensus ils ont besoin de connaître le degré de fiabilité de telle ou telle conclusion.

    Comme quoi c’est possible, même dans la finance, partout d’expliquer les enjeux. Laissons les Eolas s’exciter s’il manque des détails, on s’en fiche. On a besoin de comprendre rien de plus. Les avocats règleront les détails.

    alors franchement il est où le problème qui empêche les journaux de se focaliser sur le message plutôt que de buzzer et décrypter pendant des heures le dernier lapsus d’une personnalité?

    Commentaire par Frédo — 29/10/2012 @ 12:53

  17. @Frédo : oui et non. Il est vrai que les consultants de presse bassinent leurs clients sur le mode : les lecteurs n’ont plus le temps de lire, il faut faire court et con (con, ils ne le disent pas, mais c’est induit). Et puis il faut faire racoleur, parce qu’il y a tellement de bruit médiatique que pour se démarquer, on pense n’avoir pas d’autre choix que de donner dans le simplisme et le caricatural. Maintenant, sur une offre plus intelligente, convenons au vu des scores d’audience télévisés que Ruquier attire infiniment plus de spectateurs le samdei soir qu’un reportage sur Arte ou un autre sur LCP. Tout le monde dit que c’est con Ruquier, mais tout le monde regarde…

    Commentaire par laplumedaliocha — 29/10/2012 @ 13:00

  18. L’avis de Philippe Bilger sur la défense médiatique de Jérôme Kerviel : http://www.philippebilger.com/blog/2012/10/kerviel-r%C3%A9compens%C3%A9.html

    Commentaire par laplumedaliocha — 29/10/2012 @ 13:20

  19. S’agissant du communiqué de l’académie des sciences, il faudrait tout de même mentionner les contestations dont il a lui-même fait l’objet :

    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/661194-l-etude-de-seralini-sur-les-ogm-pomme-de-discorde-a-l-academie-des-sciences.html

    Sur ce sujet des OGM, je n’ai pas l’impression que la contradiction fasse défaut. Les critiques de Séralini ont largement pu se faire entendre ; ce dernier leur a répondu, en particulier lors de son audition par l’Assemblée Nationale, dont le compte-rendu est facile à trouver pour qui veut bien s’en donner la peine:
    http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-soc/12-13/c1213003.asp

    Les « pros » comme les « antis » ont effectivement déployé des stratégies d’occupation des médias. On ne peut pas prétendre en revanche que les éléments de fond demeurent introuvables, ou ne soient pas abordés. L’un et l’autre coexistent.

    Commentaire par Damien — 29/10/2012 @ 13:24

  20. Diantre, diantre, Chère Aliocha (vous permettez ?). On croirait lire une critique d’Eolas de la grande époque. Deux, trois remarques sur les publications scientifiques (dans les médias). Il est assez courant de voir la machine médiatique s’emballer pour tel ou tel sujet à la mode (OGM) ou sur des sujets brulants (finance) mais je ne vois que très rarement dans la presse écrite et encore plus rarement à la télé (ARTE et autres mis à part) en face d’un Kerviel par exemple, un chroniqueur un peu spécialiste du domaine concerné (dans ce cas la justice) pour simplement dire que les X milliards de dommages et intérêts ne sont que la conclusion automatique (au sens de la loi) de la condamnation de M. Kerviel. Qu’un jugement sur un cas singulier ne vaut pas loi pour les jugements à venir (tournante)…
    J’ai, dans le cadre de mes activités, à juger des publications scientifiques. Elles concernent mon domaine de compétence et, croyez moi, ce n’est pas de la tarte. Vérification des hypothèses, des lois utilisées, de la biblio, avant de porter un jugement sur le fond. Et une erreur est toujours possible, surtout si on fait vite : souvenez vous de NATURE et la mémoire de l’eau.

    Ce que je souhaiterais des médias généralistes, c’est qu’ils se souviennent qu’ils ne sont pas des pros de tel ou tel domaine (avec un peut être, un si, un probablement …) MAIS SURTOUT qu’ils arrêtent de colporter tout et surtout n’importe quoi : le moteur à eau , les systèmes à rendement surnuméraire et autres foutaises.

    Mais vous avez raison, la procédure doit être contradictoire … j’ai lu ça quelque part ….

    Commentaire par ctpjano — 29/10/2012 @ 14:07

  21. @ Aliocha :

    « En permettant à chaque partie de produire ses preuves, d’avancer ses arguments et de discuter ceux du contradicteur, on assure l’égalité des armes, et l’on donne la possibilité à celui qui doit se prononcer de le faire en toute connaissance de cause. »

    Il est des affaires dans lesquelles la production des preuves peut prendre des lustres, au cours desquels (dans le cas de scandales sanitaires) les plaignants disparaissent purement et simplement.

    P.I.P., Médiator, Distilbène… la procédure contradictoire permet si souvent aux avocats de livrer un combat de tranchées à chaque plaignant, de façon individuelle (pas de class action, hein ?) qu’on peut ainsi faire trainer les choses suffisamment longtemps pour que la maladie se charge de vous débarrasser d’autant de gêneurs.
    Plus de plaignants, plus de preuves, plus de poursuites ?

    Pour ce qui est des études sur les OGM, une question me revient sans cesse à l’esprit : quid des éventuels conflits d’intérêt ?

    Qui songe seulement à demander à tous ces messieurs, accusateurs comme détracteurs, s’ils n’appartiennent pas à une fondation ou organisme lambda financé par tel ou tel groupe, qui développe le produit incriminé, ou qui travaille sur une variété concurrente ?

    Commentaire par Zarga — 29/10/2012 @ 14:23

  22. @Zarga, c’est que les auteurs font en général une déclaration sur l’honneur comme quoi il n’y a pas de conflit d’intérêt. Il ne sert donc à rien de demander, il faut juste enquêter et trouver soi-même.
    Lire les [http://toutsepassecommesi.cafe-sciences.org/2012/10/23/critique-de-deux-articles-pro-ogm-plutot-ennuyeux-quon-ma-signale|conclusions] d’un blogueur scientifiques qui a détruit l’étude Seralini, et qui porte son regard sur deux études pro- OGM :

    Commentaire par kuk — 29/10/2012 @ 14:33

  23. Bonjour Aliocha

    Vous nous aviez signalé le passage de JK et de son avocat à l’émission « On n’est pas couché » et j’ai donc visionné cette partie de l’émission. Plus que de contradictoire, c’est de contradiction que ça manquait. Il n’y a peut-être pas de reproche à faire à M. Ruquier qui n’est qu’un amuseur public. Mais ne peut-on exiger de ses deux comparses, Mme Polony et M. Caron qui prétendent être journalistes, qu’ils aient un minimum de culture juridique, qu’ils connaissent leur dossier ou même qu’ils soient seulement attentifs à ne pas laisser un invité débiter des contre-vérités à propos d’un procès qui s’est tenu publiquement et dont la presse généraliste, toutes sensibilités confondues, a normalement rendu compte ? Comment ont-ils pu laisser laisser Me Koubbi faire état de témoignages ou de courriels « accablants » pour la SG qui auraient été produits à l’audience mais non exploités, quasiment mis sous le boisseau, sans relever qu’aucun des journalistes présents au procès ne les avaient signalés comme tels ? La rôle d’un journaliste c’est seulement de tendre un micro ?

    Je vous trouve bien indulgente avec vos confrères, parce que franchement à ce point de passivité on frise la propagation de fausses nouvelles ! N’est-ce pas la négation même du métier de journaliste ?

    Les gens n’ont plus le temps de lire ? Oui et non. On n’a sans doute jamais autant lu, partout et tout le temps, pas les journaux-papier ou les livres, mais sur les écrans depuis qu’ils se sont faits mobiles avec les liseuses, les tablettes et les smartphones. Je me suis plusieurs fois fait la réflexion que les « papiers » d’un journaliste qu’il diffusait sur son blog étaient souvent plus intéressants que ceux qui étaient destinés à une publication sur le support officiel de son journal, c’est tout de même un comble. Et pour approcher d’une information correcte aujourd’hui, il ne faut plus seulement avoir le temps de lire, il faut aussi avoir le temps de chercher une information un peu approfondie (celle qui va au-delà de la dépêche AFP et qui est autre chose qu’un buzz) : l’affaire Séralini est typique à cet égard.

    Je suis un peu étonné que tous ces nouveaux terminaux mobiles n’apparaissent pas encore comme les supports « naturels » de diffusion d’un vrai travail journalistique.

    Commentaire par ranide — 29/10/2012 @ 14:40

  24. @Zarga
    la justice n’existe pas, il n’y a que des juges…

    Commentaire par zelectron — 29/10/2012 @ 14:43

  25. @ kuk :

    Je ne sais pas si mes informations sont correctes, mais il me semble bien que parmi les professionnels de santé ayant participé à certains travaux relatifs aux pollutions domestiques (solvants dans les colles des meubles en panneaux de particules et autres composés organiques volatils), certains ont mis le « paquet » pour passer sous silence la place et l’importance du tabagisme passif, ayant à coeur de torpiller systématiquement toute allusion, ou tentative d’aborder le sujet.

    Du coup, certains se sont penchés sur ce curieux vide, et ont finis par mettre à jour les émoluments perçus par nos braves spécialistes… émoluments versés par l’industrie du tabac!

    Tous nos dévoués professionnels de santé avaient omis de mentionner un quelconque conflit d’intérêt, réel ou potentiel…

    Commentaire par Zarga — 29/10/2012 @ 18:25

  26. Quelques détails supplémentaires :

    « Au delà des contestations directes de faits avérés, le lobbying scientifique de Philip Morris a également pris une tournure bien plus pernicieuse. Toujours financés par le cigarettier américain, des scientifiques ont organisé des conférences pour parler d’un sujet bien précis: la pollution de l’air intérieur dans les maisons et les lieux de travail. Toutes les causes qui participent à la pollution de l’air intérieur, les allergènes, les animaux, les champignons, les émanations de gaz diverses sont abordées lors de ces congrès, sauf, bien sûr, le tabagisme passif. »

    En lien vers Le Figaro, qui cite Le Monde :

    http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/05/25/18252-experts-francais-vendus-lindustrie-tabac

    Puis l’article du Monde sur le blog suivant :

    http://itsgoodtobeback.com/2012/05/guerre-secrete-du-tabac-la-french-connection-au-service-de-lindustrie-du-tabac/

    Commentaire par Zarga — 29/10/2012 @ 19:33

  27. @Zarga : oui, c’est exactement ce que je dis. Inutile de leur demander, il faut vérifier soi-même.

    Commentaire par kuk — 29/10/2012 @ 19:48

  28. Bonjour Aliocha

    À propos de la difficulté d’informer sur une question technique, vous avez une réflexion interessante de Jean-Marc Jancivici sur le réchauffement climatique. http://www.manicore.com/documentation/serre/journalistes.html
    Il critique l’application pure et simple du contradictoire car le journaliste ne peut se contenter de présenter deux thèses à équivalence lorsqu’il existe des arguments scientifiques (juridiques sur le montant des DI ou de fonctionnement des marchés financiers dans le cas de J. Kerviel) en faveur de l’une des thèses.

    Commentaire par stellar — 30/10/2012 @ 02:26

  29. Là où on a vu à quel point le contradictoire faisait défaut, c’est en matière d’interview.

    On nous a abreuvés d’approximations grossières pendant les cinq dernières années, pendant les campagnes électorales, sans qu’il se trouve un journaliste, spécialisé ou généraliste, pour contredire le locuteur.

    Bien sûr, certains ont montés leur « véritomètre » pour confronter après coup les dires des différents intervenants aux données chiffrées officielles, fournies par les diverses administrations.

    Mais un détail me tarabuste depuis un bon moment : un bon nombre de données sont en accès libre (vive l’open data!), alors comment se fait-il qu’aucun journaliste ne mène une interview muni de sa tablette, lui permettant d’accéder en temps réel aux bases de données en accès libre, et de vérifier en temps réel les dires de tel ou tel responsable politique?

    Je rêve de voir un journaliste interrompre un responsable politique pour lui dire ceci : « désolé monsieur/madame le/la ministre, député(e), président(e), candidat(e), mais ce que vous avancez est faux ».

    Ce serait si difficile que ça de mettre sur pied une équipe de journalistes, avec un ou plusieurs interviewers et quelques collaborateurs en retrait chargés de vérifier en temps réel les assertions d’untel ou d’unetelle, qui pourraient pour le coup apporter la contradiction, et demander à l’interlocuteur venu présenter ses propositions de nous expliquer la ou les raisons de tels décalages ?

    Moi ça me saoule de voir après coup que les uns ou les autres nous ont raconté des bobards, et que sur ces bobards le buzz monte comme une mayonnaise indigeste.

    Commentaire par Zarga — 30/10/2012 @ 12:53

  30. @ kuk # 28 :

    Mais si les spécialistes font des déclarations sur l’honneur, qui s’avèrent fausses, que se passe-t-il ? N’est-il pas prévu de sanctionner ?

    Si non, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres….

    Commentaire par Zarga — 30/10/2012 @ 12:56

  31. Aucun homme politique ne se prêterait à ce jeu là, ce serait leur mise à mort garantie !
    Henri Queuille savait ce qu’il disait : les promesses électorales …

    Commentaire par zelectron — 30/10/2012 @ 13:10

  32. @Zarga : ça existe déjà, mais le fact checking en direct n’est pas si évident. Ca prend du temps de retrouver l’info, surtout quand les comparaisons se font de pays à pays. Lisez le blog de libé (desintox) ou du monde (les decodeurs), vous verrez qu’il faut souvent plusieurs sources différentes pour confondre celui qui profère une annerie en direct. Le centre de formation des journalistes avait testé un dispositif, avec un backcourt de journalistes chargés de vérifier en direct, Bourdin le fait aussi sur RMC, quand il rencontre une erreur manifeste. On se souvient aussi de Lapix contre Marine Le Pen.
    Lire cet article sur ce sujet du « factchecking » en direct :
    http://desintox.blogs.liberation.fr/blog/2012/10/messieurs-les-interviewers-encore-un-effort.html

    Commentaire par kuk — 30/10/2012 @ 14:45

  33. @ Zelectron # 32 :

    On est donc soumis au bon vouloir de ces messieurs-dames?

    Ce sont à la base des représentants, qui reçoivent mandat, ils ne sont propriétaire d’aucune charge, juste dépositaires, pour une durée définie, renouvelable ou non, selon que les suffrages se portent ou non sur la personne concernée.

    C’est fini l’époque où l’on achetait sa charge, me semble-t-il.

    Alors si la pression s’exerce sur nos élu(e)s dans ce sens, il n’y a plus pour elles/eux qu’à se soumettre.

    Commentaire par Zarga — 30/10/2012 @ 17:02

  34. Si l’étude de Seralini ne peut être considérée comme probante, disent ses critiques, c’est qu’elle est notoirement insuffisante étant donné qu’elle n’a examiné les effets des OGM que sur deux mois, n’a pas croisé les différentes causes de produits divers, polluants, auxquels sont exposées les populations (car l’effet de produits combinés est fort important et fort utile à connaître ) etc.

    Son étude est tout à fait insuffisante, dit-on.

    Le problème est que l’étude faite sur les OGM afin de connaître leur innocuité ou leurs éventuels effets dangereux pour la santé, qui a conclu à leur caractère inoffensif et qui a ainsi permis leur autorisation… est exactement du même type : observations sur deux mois, tests n’incluant pas des données croisées de divers produits et polluants.

    Le scandale créé par l’étude de Seralini et la publicité qu’il lui a donnée a/ devrait avoir ce mérite de faire ressortir ce petit problème : IL N’EXISTE AUCUNE VERITABLE ETUDE SUR LES OGM, à ce jour, qui donc permettrait de conclure de façon avérée aussi bien à l’une qu’à l’autre possibilité.

    Autre élément à prendre en compte : si les politiques ne peuvent que s’appuyer sur les résultats des études des chercheurs pour voter des lois, accorder des autorisations ou interdire certains produits, -car eux-mêmes n’en savent strictement rien de manière véritable, c’est l’évidence même- encore faut-il que les chercheurs ne soient pas empêchés de réaliser ces études. Ce qui n’est pas le cas. Les lobbys que constituent les grandes chaînes de l’agro-alimentaire usent de tout leur poids, et il n’est pas négligeable, pour empêcher ces études. Même chose dans d’autres domaines, tel celui des industries pharmaceutiques.

    Mais il en va de même pour les effets de la pollution de l’air sur la santé et pour beaucoup de produits soupçonnés d’être nocifs et consommés à grande échelle : il n’y a pas d’études véritables, approfondies.

    Et le problème de la production des preuves dont parle à juste titre Zarga tient aussi en grande partie à cela.

    Donc l’idée d’instituer une Haute autorité veillant à la validité des études publiables dans les media grand public, du type « Haut comité de la science et de la technologie », est tout à fait nécessaire pour les media auxquelles elles rendraient service… mais insuffisante.

    Il faut aussi trouver les moyens d’obtenir que puissent se faire les études nécessaires, que torpillent les grands lobbys industriels.

    De ce point de vue , le scandale créé par l’étude de Seralini, a au moins le mérite de permettre de poser le problème et de forcer les politiques à y réfléchir. Il est clair qu’ils sont sous la pression d’énormes intérêts et qu’il est donc nécessaire de contourner l’obstacle.

    De ce point de vue les media ont un rôle d’information à jouer en faisant connaître les problèmes, nombreux, Distilbène, produits des laboratoire Servier et autres : sans les media le problème serait simplement inexistant. Mais, comme la plus belle fille du monde, les media ne peuvent donner que ce qu’elles ont : sans études scientifiques, elles ne peuvent apporter les preuves concernant divers produits qui sont soupçonnés d’être nocifs.

    Du reste certains scientifiques le disent :  » L’article du professeur Séralini a l’immense mérite de mettre en évidence qu’il n’y a pas suffisamment d’études portant sur les effets à long terme des alimentations à base d’OGM… les organismes établis comme l’INRA ou l’ANSES, devraient entreprendre des études approfondies sur des échantillons plus nombreux. Celles-ci permettraient de sortir par le haut d’une querelle aux paramètres évidemment biaisés. Il faut que le débat d’idées ait lieu, dans le calme, et sans avoir à subir les pressions des lobbys qui s’expriment pour ou contre des opinions, sans même prendre le temps de les discuter. »

    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/661194-l-etude-de-seralini-sur-les-ogm-pomme-de-discorde-a-l-academie-des-sciences.html

    Commentaire par Schmilblick — 30/10/2012 @ 21:29

  35. Albert Einstein lui-même l’a dit: une découverte ne s’impose que très

    peu en forçant par la démonstration et la preuve la conviction

    intellectuelle de la communauté scientifique; elle s’installe plutôt

    par la disparition progressive des tenants de l’ancienne thèse et leur

    remplacement dans les postes influents par la nouvelle génération de

    chercheurs.
    JF Revel La connaissance inutile, page 166.

    Hé, oui,mais comment apprécier la pertinence de la résistance d’un

    groupe de savants dont la carrière, les positions, le prestige

    dépendent tout entiers de l’autorité que leur confère la théorie en

    passe d’être détrônée?

    Exemple d’un nuisible: Marcellin Berthelot, grand chimiste (la

    thermodynamique chimique), ni stupide, ni ignorant et pourtant…
    Au XIX ème siècle les grands chimistes qui s’opposaient à la théorie

    atomique étaient regroupés autour de Marcellin Berthelot, personnage

    considérable, professeur au Collège de France, secrétaire perpétuel de

    l’Académie des Sciences où pendant 10 ans le mot atome fut interdit de

    séjour.ET,pour couronner le tout, ministre de l’Instruction Publique,

    et à ce titre interdisant que l’on parlât d’atomes dans les programmes

    d’enseignement.

    Bonjour à tous.
    Araok

    Commentaire par araok — 31/10/2012 @ 10:43

  36. A supposer que tous ces débats se déroulent à armes égales (pots de terre/pots de fer) nous pourrions imaginer que la (im)puissance publique pourrait rendre un arbitrage juste (là nous outrepasserions les frontières de la triste réalité) mais non ! il semblerait qu’il y ait quelques oublis dans cette discussion: les pressions, chantages, intimidations et autres artifices de coercition inavouables et si discrets (quasi-secrets) que personne ne peut en faire état.

    Commentaire par zelectron — 31/10/2012 @ 12:29

  37. À propos des OGM, comme pour d’autres « grandes questions », l’étude de Séralini permet de faire diversion. Un des reproches que l’on peut faire aux médias dominants, c’est de ne traiter et de focaliser sur un seul aspect d’une question, le plus vendeur bien sûr. Dans le cas des OGM, c’est le danger supposé (le trouillomètre, ça fait vendre, coco). Alors qu’il y a bien d’autres raison d’être contre l’imposition des OGM (marchandisation du vivant, obligation de passer sous les fourches caudines des grands groupes comme Monsanto, suicides massifs de producteurs de coton indiens endettés parce que les rendements n’ont pas été à la hauteur des promesses, etc).

    Commentaire par Gilbert Duroux — 31/10/2012 @ 12:45

  38. @ Araok :

    Ceci me rappelle furieusement le procès en sorcellerie dont fut victime Svetlana Balabanova, lorsqu’elle rendit publique l’information suivante : la momie de Henoubtaoui, une prêtresse de la XXIème dynastie (1085-950 avant J.C.) contient des traces de nicotine et de cocaïne !

    La réaction du sérail concerné par un tel coup de tonnerre ne se fit pas attendre : la pauvre Balabanova fut trainée dans la boue, insultée, et même menacée. C’était une incapable !

    Svetlana Balabanova est pourtant une toxicologue et médecin légiste confirmée : mais ça pèse peanuts pour ses détracteurs, qui voient le sol se dérober sous leurs pieds de mandarins confortablement installés.

    Balabanova se met à douter : et si la momie avait été contaminée ? Comme elle a travaillé pour la police en tant que médecin légiste. elle sait qu’il existe une méthode infaillible qui permet de déterminer si un défunt a réellement absorbé de la drogue : Il suffit pour cela d’analyser la gangue des cheveux.

    Celle-ci conserve les traces des molécules correspondantes pendant des mois, ou indéfiniment en cas de décès.
    Ce procédé, qui a déjà permis de confondre des criminels, et il est reconnu par les tribunaux. Inattaquable.

    Une fois encore, l’incroyable résultat s’impose : la gangue des cheveux d’Henoubtaoui contient nicotine et cocaïne. L’hypothèse d’une contamination extérieure ne tient donc pas.

    Patatras ! Tous les persifleurs en furent pour leurs frais ! Adieu confort moelleux des certitudes, Exit chaleur douillette des théories admises de tous. Les pontifiantes courges qui avaient abreuvés d’injures la pauvre Svetlana Balabanova durent se rendre à l’évidence.

    Commentaire par Zarga — 31/10/2012 @ 12:47

  39. Le problème du contradictoire, c’est que cela prend du temps.
    Il faut d’abord que chacun puisse s’exprimer sur tel ou tel sujet (cela a été fait pour le mariage ouvert aux couples homosexuels dans le Monde, cela a aussi été fait pour l’étude de Séralini dans un second temps).
    Il faut ensuite analyser ces diverses interventions.
    Il faut, enfin, que le journaliste mette en perspective et juge de la « force probante » de ces déclarations. Quelle déclaration est conforme aux faits? Laquelle est la plus conforme à la logique?

    Plus que le principe du contradictoire stricto sensu, ce qui compte c’est la contradiction…c’est-à-dire la mise en perspective. Cette mise en perspective est plus longue, plus compliquée, expose plus aux critiques qu’un simple copier-coller. C’est pourtant le coeur du travail journalistique.

    Cela n’a pas été assez fait pour l’affaire Kerviel. Vous avez quelques chroniqueurs judiciaires qui l’ont fait. Mais, pardonnez-moi cette vulgarité, c’est comme pisser dans un violon. Faire comprendre que Me Koubbi avait une défense infiniment médiocre, qu’il n’a avancé aucune preuve ou presque, que la théorie du complot était un pari très risqué, c’est peine perdue. Expliquer la règle de droit -fort logique en soi, l’absurdité venant des sommes en jeu- ne sert à rien face à la conviction aveugle.

    Et, lorsque la Cour de cassation déclarera irrecevable les moyens de J. Kerviel comme étant mélangés de fait et de droit, là encore on hurlera aux juges vendus au Grand Capital (demain, on les accusera d’être d’affreux gauchistes…). L’appel à témoin de J. Kerviel pour son pourvoi en cassation m’indique qu’il pense que la Cour de cassation va rejuger les faits. Il se fourre le doigt dans l’oeil. De nouveaux témoignages ne changeront rien.

    Commentaire par Flash — 31/10/2012 @ 13:20

  40. Aliocha comment vous joindre en privée ou par mail

    Commentaire par vaudequin — 03/11/2012 @ 10:03

  41. @vaudequin : mon mail est dans la rubrique « à propos de l’auteur »

    Commentaire par laplumedaliocha — 03/11/2012 @ 13:51

  42. Excellent billet !
    Une remarque cependant, le Conseil d’État et la Cour de Cassation ne sont pas un troisième degré de juridiction. La Cour de cassation n’est en principe que juge du droit et ne se prononce pas sur les faits et si le Conseil d’État peut être juge du fond, ce ne sera qu’en première ou seconde instance. Les médias seraient donc le troisième et non le quatrième degré.

    Commentaire par Heb — 06/11/2012 @ 00:27

  43. […] à l’occasion de l’affaire dite des « tournantes » ici et là. Jacques Degrandi se concentre dans son intervention  sur la question de la place de la victime […]

    Ping par Gare à la mise en scène du malheur des victimes « La Plume d'Aliocha — 10/01/2013 @ 09:27


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