La Plume d'Aliocha

25/09/2012

La pensée, l’écran et très loin, la vie

En cette rentrée littéraire, tournons donc joyeusement le dos à l’actualité (les Angot, Nothomb et autres stars du moment s’en remettront) pour regarder du côté des anciens. Et tant pis si ce blog s’en trouve définitivement classé dans la catégorie « réactionnaire indécrottable »  aux yeux des modernophiles.

Il est des auteurs dont on se demande ce qu’ils ont bien pu faire pour se retrouver dans un angle mort de l’édition. C’est le cas par exemple de Nikos Kazantzakis (1883-1957), un  monument de la littérature grecque, hélas  très peu réédité en langue française. Son nom ne vous dit peut-être rien et pourtant vous le connaissez. Trois de ses romans ont été adaptés au cinéma. Le Christ recrucifié, devenu sur grand écran Celui qui doit mourir (1957), Alexis Zorba, rebaptisé Zorba le grec (1964), et La dernière tentation, adapté par Martin Scorsese sous le titre La dernière tentation du Christ (1988). Difficile de résumer la pensée de cet auteur aux références éclectiques, tout à la fois docteur en droit, élève de Bergson, crétois jusqu’au fond de l’âme, poète, bouddhiste à ses heures, flirtant avec le communisme et fou amoureux du personnage du Christ. Cet esprit libre fut menacé d’excommunication par l’Eglise grecque, privé de prix Nobel en raison de son caractère insoumis et mis à l’index par le Vatican. Contrairement à nos iconoclastes de bazar actuels, il n’avait rien fait pour décrocher cette réputation sulfureuse. Elle lui était venue comme ça, sans doute parce qu’on pardonne rarement à ceux qui ont l’audace d’être eux-mêmes de nous confronter à nos propres démissions. Ecrivain, journaliste, homme politique, mais surtout aventurier de l’esprit, Kazantzakis a fait inscrire sur sa tombe : « Je n’espère rien. Je ne crains rien. Je suis libre ». Voilà qui sans doute résume l’esprit de son oeuvre mieux que toutes les savantes exégèses.

Dans Alexis Zorba, je suis tombée sur un passage qui m’a renvoyée à mes reflexions sur Internet et notre nouveau monde.  C’est un roman initiatique qui raconte la rencontre entre le narrateur, un intellectuel asséché par son savoir, et Alexis Zorba, sorte de force de la nature nietzschéenne qui va l’entrainer dans un voyage à la source de la vie, par-delà le bien et le mal, mais surtout par-delà l’esprit.  Installés dans un village crétois pour développer une entreprise qui s’avérera un échec,  les deux hommes assistent impuissants à la lapidation d’une femme. Son seul crime est d’être une jolie veuve que se disputent les hommes. A travers le récit que fait le narrateur de sa réaction, je n’ai pu m’empêcher d’apercevoir une intéressante mise en garde contre l’excès de pensée, en particulier de la manière dont ce travers s’exprime à l’époque des écrans.

« Je m’allongeai sur mon lit, éteignis la lampe et me mis encore une fois, selon ma misérable et inhumaine habitude, à transposer la réalité, à lui retirer son sang, sa chair, ses os, à la réduire en idée abstraite, à la lier à des lois générales jusqu’à ce que j’arrive à l’affreuse conclusion que ce qui était arrivé était nécessaire. Bien plus, que c’était utile à l’harmonie universelle. J’en venais enfin à cet ultime et abominable consolation : qu’il était juste que ce qui était arrivé arrivât.

Le massacre de la veuve entra dans mon cerveau, cette ruche où depuis quelques années tout poison se muait en miel, et le bouleversa. Mais aussitôt ma philosophie s’empara de cet affreux avertissement, l’enveloppa d’images, d’artifices et le rendit inoffensif. Ainsi les abeilles enveloppent le bourdon affamé qui vient piller leur miel.

Au bout de quelques heures, la veuve reposait dans ma mémoire, calme, souriante, changée en symbole ».

Amis éditeurs, faites un effort, puisque la Grèce occupe la Une de l’actualité, rééditez Kazantzakis !

Les amoureux de Prévert trouveront sans doute une résonance entre ce texte et Fleurs et Couronnes, dont voici un extrait :

« Les hommes sont devenus ce qu’ils sont devenus
Des hommes intelligents…
Une fleur cancéreuse tubéreuse et méticuleuse à leur boutonnière
Ils se promènent en regardant par terre
Et ils pensent au ciel
Ils pensent… Ils pensent… ils n’arrêtent pas de penser…
Ils ne peuvent plus aimer les véritables fleurs vivantes
Ils aiment les fleurs fanées les fleurs séchées
Les immortelles et les pensées
Et ils marchent dans la boue des souvenirs dans la boue des regrets
Ils se traînent
A grand-peine
Dans les marécages du passé
Et ils traînent… ils traînent leurs chaînes
Et ils traînent les pieds au pas cadencé…
Ils avancent à grand-peine
Enlisés dans leurs champs-élysées
Et ils chantent à tue-tête la chanson mortuaire
Oui ils chantent
A tue-tête
Mais tout ce qui est mort dans leur tête
Pour rien au monde ils ne voudraient l’enlever
Parce que
Dans leur tête
Pousse la fleur sacrée
La sale maigre petite fleur
La fleur malade
La fleur aigre
La fleur toujours fanée
La fleur personnelle…
…La pensée… »

Quel rapport avec le journalisme, demanderont ceux qui se souviennent de l’objet de ce blog ? Il y a quelques temps, Gil Mihaely, directeur de Causeur, s’interrogeait sur l’utilité des reporters de guerre, pour conclure finalement qu’ils risquaient leur vie pour rien. Il appelait alors de ses voeux l’émergence d’un journalisme d’experts analysant sur leurs écrans les images envoyés par les populations concernées via leur smartphone. Nous en parlions ici. Il y a de fortes chances que nous en arrivions là en effet, car tout nous y pousse, à commencer par le manque de moyens. Est-ce souhaitable, c’est une autre histoire….

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23 commentaires »

  1. Merci d’exister et d’écrire ça

    Commentaire par olivier s. — 25/09/2012 @ 21:32

  2. Merci beaucoup pour ces citations de Nicolas Kazantzakis, que je ne connaissais pas, et aussi de Prévert.
    Ils s’élèvent contre les dérives de la pensée et ils ont raison mais quel autre remède contre ces dérives que la pensée elle-même ?
    La pensée est comme la parole : elle est le véhicule du mensonge, mais aussi de la vérité. À condition de croire en la vérité.

    Nous voyons la vie et le monde à travers des écrans, c’est vrai et cette vision désincarnée est délétère. Le remède est-il bien cependant d’envoyer des reporters de guerre se faire tuer ? J’ai déjà exprimé ici des doutes à ce sujet.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 26/09/2012 @ 09:27

  3. Merci, Chère Hotesse, pour cette citation.
    Si je peux me permettre, une autre, pour éclairer son épitaphe:

    « La liberté, frères, ce n’est pas le vin, ni la femme douce, ni le bien dans les celliers, ni le fils dans le berceau, c’est un chant solitaire et dédaigneux qui se perd dans le vent. »
    Nikos Kazantzaki, l’Odyssée, prologue, page 32.

    Commentaire par araok — 26/09/2012 @ 11:35

  4. Rhâââ qu’il est doux de s’extraire de ce brouhaha, de ce charabia, de ce chabanais incessant à propos de tout et de n’importe quoi. Et de renverser les symboles posés sur l’étagère. « Ce qu’il y a de meilleur en l’homme, c’est le chien. » Alexandre Vialatte.

    Commentaire par Massilian — 26/09/2012 @ 17:30

  5. Un grand bonheur d’entendre enfin parler de Kazantzaki, on a vraiment l’impression qu’il est totalement inconnu en France ! Je me permets de vous signaler son plus grand livre (à mes yeux), Le Pauvre d’Assise. Qui exalte aussi la simplicité et la Pauvreté plutôt que l’intellect et ses compromissions, d’ailleurs.
    Merci d’avoir parlé de cet auteur extraordinaire !

    Commentaire par Anna K — 26/09/2012 @ 22:31

  6. Je me permet de replacer ici ma participation vu le peu d’intérêt suscité sur le forum de Marianne.

    Merci vraiment de ressusciter cet auteur. Pour moi Alexis Zorba fut la révélation de la fin de mon adolescence. J’avais dix neuf ans et j’ai vibré comme pas possible pour cette confrontation entre l’intériorisation intellectuelle et l’immersion dans la vie. Jamais pu aller voir le film quand il est paru plus tard pour cette raison. Ce qui s’exprimait ne pouvait pas se raconter en images.

    Il me semble que cela rejoint, par une autre porte, le choix de Rimbaud. Fallait-il rêver sa vie pour réaliser une œuvre d’art ou la vivre charnellement ? Se satisfaire d’une vie éthérée, en se nourrissant du monde sans l’habiter ou se repaître de ses saveurs les plus vulgaires ? On peut le dire aussi de la vie de Filippo Lippi. Ou de ses vies. Qui le jour peignait de sublimes madones au monastère où il était reconnu comme clerc et qui, la nuit, vivait et dormait au bordel au milieu des prostituées. Lui se permit de ne pas choisir et en paya le prix également.

    Bien sûr que le peintre se préserve de l’assèchement de la pensée grâce à ses pinceaux. Cette transformation sensuelle du ressenti qui atteint les sphères les plus lointaines que la pensée peine à traduire en mots. Mais, en ce qui concerne les autres activités artistique et intellectuelles, il me semble que pour tomber en état de création il est besoin d’entrer en manque. C’est la frustration qui est sublimée. Pour autant que l’on ait une once de génie. Ainsi, le dilemme reste posé et ne peut pas se résoudre. La grandeur de Kazantzakis est d’avoir su l’habiter en entier.

    Pour autant, la question concerne le penseur. Mais, quel que soit son sacrifice ou son incapacité à s’incarner, nous avons besoin de lui. Sa propension au cannibalisme, voire son nombrilisme le regardent. Et tant pis si tout cela aboutit à un désastre intime. Parmi cette cohorte, certains parviennent au sublime. Et nous nous en contentons en nous moquant des autres.

    J’ajoute que sur le plan politique cela oppose la raison technocratique et sa logique froide aux relations humaines, au ressenti, à l’empathie. Celle qui aboutit à conduire dans son autobus parisien l’enfant juif à Pithiviers sans entendre ses cris.

    Amicalement
    Franz

    Commentaire par Franz — 28/09/2012 @ 22:25

  7. Je suis pour ma part convaincu que l’instinct de vie, la pulsion de vie, sera la plus forte. Cette course actuelle au toujours plus de technocratie est le signe d’une certaine peur de vivre.
    Mais on ne peut indéfiniment pousser la vie vers la porte de sortie, elle finit toujours par revenir d’un côté ou de l’autre, par s’imposer, par triompher.

    Tous les tenants d’idéologies mortifères ont été défaits, soit par l’extérieur, soit par l’intérieur, c’est à chaque fois une question de temps. La question qui se pose n’est jamais « si seulement », mais toujours « quand ».

    Et pour ce qui est du manque de moyens, il peut être soit sclérosant, soit stimulant. C’est par la contrainte et le manque volontaire de marge, de latitude, que les tenants du modèle « Dogma » on rivalisé de créativité.

    Commentaire par Zarga — 29/09/2012 @ 09:17

  8. « Tous les tenants d’idéologies mortifères ont été défaits, soit par l’extérieur, soit par l’intérieur, c’est à chaque fois une question de temps. La question qui se pose n’est jamais « si seulement », mais toujours « quand ». »

    Une autre question se pose : ne suis-je pas, ne sommes-nous pas, nous, en ce moment-même, ici et maintenant, les « tenants d’une idéologie mortifère » ? Dans « Après l’histoire » Philippe Murray voit notre folie consommatrice d’aujourd’hui comme la continuation du fascisme d’hier, fascisme que nous sommes si fiers d’avoir vaincu… Il cite Pasoloni qui, 40 ans plus tôt, le disait déjà. La difficulté est toujours la même : voir la poutre que nous avons dans l’œil, et penser à la retirer.

    « Et pour ce qui est du manque de moyens, il peut être soit sclérosant, soit stimulant. »

    Le manque de moyens peut être stimulant, bien sûr. C’est la leçon que nous laisse le monachisme. Dans une période de grands troubles, qu’on pourrait comparer à la nôtre, les moines ont fertilisé des terres, asséché des marais, construit des monastères… qui, pour beaucoup, 10, 12 siècles plus tard, sont toujours là. Avec quels moyens? leurs bras (et leur foi.)

    « C’est par la contrainte et le manque volontaire de marge, de latitude, que les tenants du modèle « Dogma » on rivalisé de créativité. »

    Qu’est-ce que c’est le modèle « Dogma » ?

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 30/09/2012 @ 09:56

  9. Je suis tombé sur ce texte de la pholosophe Judith Butler publié sur le site du Monde.fr. Il me semble qu’il peut réconcilier corps et esprit, sphère publique et sphère privée. La question posée est somme toute fort simple : « comment menser une vie bonne dans une vie mauvaise ». Le fil qu’elle en tire s’inscrit dans un texte que je trouve très puissant.
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/28/pour-une-morale-a-l-ere-pre¬caire_1767449_3232.html

    Amicalement
    Franz

    Commentaire par Franz — 30/09/2012 @ 12:07

  10. @ Denis Monod-Broca :

    Ce que j’ai nommé maladroitement « Dogma » est en fait le mouvement « Dogme95 » au cinéma.

    Je vois bien comment la consommation érigé en en modèle, en ambition ultime, transforme des personnes à la base saines de corps et d’esprit en pantins : les derniers journaux télévisés ont relayés ces images en provenance d’Australie, où un jeune homme exhibait pour tout titre de gloire son statut d’être le premier consommateur au monde à avoir acheté l’Iphone 5.

    On essaie d’apaiser notre mauvaise conscience d’accros au jetable en nous convertissant au recyclage : une bonne action pour en racheter une mauvaise… triste comptabilité au terme de laquelle on ne demande qu’à pouvoir dormir tranquille.

    Mais je suis intimement convaincu que le vivant a toujours une longueur d’avance, et que tout ce que cette consommation à outrance finira par s’effondrer d’elle-même. Il suffit pour se rassurer de se reporter à ce principe de base, qui régit les piles de cubes que construisent les petits enfants : plus elles sont hautes, moins elles sont stables.

    Ce que disait Miguel de Unamuno est intemporel : « vous vaincrez, mais vous ne convaincrez pas ».

    C’est ce que fait le rouleau compresseur de la consommation : il prend le relais pour asphyxier les espaces qui ont recouvré leur liberté. Mais ce bulldozer avance toujours trop vite, et demande toujours trop en trop peu de temps, c’est ce qui le perd, c’est par là qu’il sera défait.

    Commentaire par Zarga — 30/09/2012 @ 15:17

  11. Et puis « l’amour, comme le soleil, baigne la terre, et la bonté est le grand fleuve où boivent tous les cœurs ».

    Émile Zola, « Le Docteur Pascal »

    Commentaire par Zarga — 30/09/2012 @ 18:33

  12. La citation de Kazantzakis ayant trait à une lapidation, il ne me semble pas hors-sujet d’évoquer ici le lynchage de Grenoble.

    Caïn tue Abel parce qu’il est convaincu que ses offrandes sont moins appréciées de leur divinité que celles d’Abel. Le drame de Grenoble fait un effrayant écho au récit biblique. Ceux qui tuèrent Kevin et Sofiane le firent, non pas pour une question de race, dethnie ou de religion mais parce qu’ils étaient convaincus que Réussite, la mère de nos divinités modernes, leur était moins favorable à eux qu’à leurs victimes.

    Tant que nous vénérerons la réussite comme nous le faisons, dévotement, aveuglément, de semblables drames se produiront. Quelle vertigineuse régression !

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 02/10/2012 @ 08:03

  13. Merci Aliocha (et les commentateurs) : je connaissais de nom le film « Zorba le Grec », mais aurait été incapable de le relier au livre et encore moins à son auteur Kazantzakis ! Mais ça m’a donné envie de le lire. Comme quoi ce blog ne se veut finalement pas que « sur le journalisme », mais bien plus sur la culture !

    Quant au lien avec le journalisme, je le trouve un peu « tiré par les cheveux ».
    L’extrait que vous citez parle avant tout de l’intégration psychique (l’acceptation) de l’insoutenable, par la pensée.
    Je ferai plus volontier un lien avec les mouvements révolutionnaires (« indignez-vous !) versus ceux qui « collaborent » (à tout régime dictatorial).

    Mais on peut en effet dériver vers le journalisme :
    Le journalisme ne se doit-il pas avant tout d’être le plus objectif possible dans sa relation des faits ?
    Mais qu’est-ce que l’objectivité à partir du moment où c’est un humain qui le raconte !

    Sans aller jusqu’à une mise en perspective forcément orientée (rien n’étant toujours « tout blanc ou tout noir »), la simple relation (au sens de relater) des faits sera entachée par l’histoire personnelle du relateur.

    Une analyse « journalisme d’experts » des images envoyées sera forcément plus « froide » que celle d’un journaliste qui y risque sa vie.
    Sera-t-elle plus « vraie » pour autant ?

    Commentaire par Yves D — 02/10/2012 @ 14:46

  14. @ Denis M-B & @ Zarga

    « Quelle régression », « la consommation s’effondrera » …
    N’est-ce pas justement Denis M-B qui écrivait que nous sommes « ici et maintenant, les “tenants d’une idéologie mortifère” ? »

    A vous lire, j’ai presque l’impression que vous verriez cet effondrement comme un soulagement, la fin d’une lente agonie …

    Pourtant l’histoire est familière de ce genre de régression: la civilisation des pharaons, puis celle des Grecs, puis celle de la Pax Romana se sont effondrées. Sur d’autre continents, on peut citer les Olmèques, les Mayas, etc.
    Ces civilisation étaient bien loin d’être parfaites, et en tout cas peu « démocratiques » (même si ce mot pourrait être utilisé à Athènes), mais elles ont prospéré des années … se sont effondrées, et parfois avec une disparition presque totale (les Olmèques par exemple), ou en tout cas un retour à « l’état sauvage ».

    Veut-on revenir à un « nouveau moyen-age » comme l’écrivait Alain Minc, mais aussi dès 1924, le philosophe russe existentialiste chrétien Nicolas Berdiaev ?
    Ou est-ce que finalement, comme l’écrivait JF Kahn en 2006, est-ce que « Tout change parce que rien ne change » ?

    Je précise que cette notion de « période noire et ténébreuse » du Moyen-Age est discutable, voir ici: http://www.herodote.net/articles/article.php?ID=83

    Commentaire par Yves D — 02/10/2012 @ 15:09

  15. Merci de cette precision Yves D.
    Ca m’enerve, mais ca m’enerve quand on critique quelque chose en le qualifiant de « moyen ageux ». Car ce n’est pas se referer a ce qu’a ete historiquement le moyen age, mais a l’idee recue que l’on veut bien s’en faire.
    Un petit exemple : l’esclavage n’existe pas dans l’occident medieval (le servage qui n’est pas la meme chose de toute facon disparait aux derniers siecles de cette longue periode historique)
    Et cette notion de retour a ce pseudo moyen age apres une sorte d’effondrement de civilisation, mot a prendre avec beaucoup de pincettes, est une idee que je qualifierais presque de romantique et qui ne me semble pas correspondre a ce que selon moi est l’histoire, faite davantage de courants profonds que de ruptures a un temps T. Bon, je mets a part les epidemies et catastrophes naturelles, quoiqu’elles concernent rarement une grande, au sens de vaste, civilisation.
    En meme temps si Attali et Minck disaient, allez soyons charitables, ne disaient que des choses intelligentes, ca se saurait. A force de se targuer de tout savoir sur tout …

    Commentaire par Maelle — 03/10/2012 @ 10:49

  16. Je reviens sur le lynchage d’Echirolles.

    Nos rois jadis étaient censés guérir les écrouelles. Nos présidents d’aujourd’hui guériraient-ils le chagrin ? Tout porte à constater que beaucoup de Français y croient, nos présidents les premiers. M. Hollande s’est en effet précipité à Echirolles, comme ses prédécesseurs l’auraient fait, pour consoler les proches des victimes. On trouve ça tout naturel mais ça n’a pas de sens. Cela n’a littéralement aucun sens. Il n’est pas dans la mission du président de la république de consoler ceux qui ont du chagrin.
    En outre, sur sa lancée, il a prononcé des paroles pour le moins étranges. « […] Nous allons dire à ces quartiers que les destins de ces jeunes soient à chaque fois protégés, garantis vers la réussite », « [ceux qui] sont morts dans des conditions affreuses, étaient des jeunes qui avaient réussi », a-t-il dit lors de sa visite à Echirolles. L’Etat peut-il, doit-il, garantir la réussite des jeunes ? Non, bien sûr ! Peut-on garantir la réussite de tous !? Evidemment pas ! Quelle bêtise ! Et en mettant le doigt sur ce qui semble bien être le motif même du crime, la jalousie des meurtriers devant la réussite des victimes, M. Hollande lui donne de la consistance, de la vraisemblance. Tel Caïn tuant Abel parce que les offrandes de son frère étaient, croyait-il, mieux acceptées par leur divinité que les siennes propres, les meurtriers de Kevin et Sofiane les auraient tués parce que la Réussite, mère de nos divinités modernes, leur souriait plus qu’à eux-mêmes. Quelle erreur profonde que d’exalter la réussite, motif du crime, au lendemain même du crime, sur les lieux mêmes du crime !
    Le président de notre république laïque ne devrait se comporter ni comme un roi sacré doué de pouvoir magique, ni comme le grand prêtre d’un culte idolâtre et sacrificiel.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 03/10/2012 @ 16:55

  17. @ Denis Monos-Broca :

    Ce qui ne fait plus sens, c’est le fait que ce déplacement présidentiel sur les lieux d’un drame affreux (un de plus) ne soit que de la représentation, que de la pantomime, vidée de toute substance.

    Votre parallèle avec les me rappelle l’attitude des souverains britanniques durant le Blitz sur Londres : il leur avait été conseillé au départ de quitter la capitale pour une résidence plus sûre, comme celle de Balmoral, par exemple. Ils s’y sont refusés, au motif que leur place était aux côtés du peuple qui souffrait mille maux.

    Il devrait, à mon sens, y avoir un peu de cela dans ces déplacements, où, hélas, on ne retrouve que les mines compassées de circonstance, et un discours formaté, interchangeable, que l’on peut mettre dans la bouche de n’importe quel président, pour n’importe quel drame, tant ce genre de situation s’est banalisé.

    « Peut-on garantir la réussite de tous !? Evidemment pas ! »

    Bien sûr que non, c’est évident. Il s’agissait plutôt (selon moi) de redire aux mêmes personnes, avec les mêmes phrases creuses, le même aplomb mensonger, qu’elles ne sont pas abandonnées de tous, qu’elles ne sont pas condamnées à dériver indéfiniment sur le radeau pourri qu’est devenu leur cadre de vie : le président semble dire qu’à travers lui, la nation n’abandonne pas ceux de ses enfants qui sont les plus démunis… solidarité de façade, qui ne masque plus le désintérêt (définitif ?) que manifestent les gouvernants à l’égard de certaines populations.

    Commentaire par Zarga — 04/10/2012 @ 09:33

  18. @ Yves D :

    Par effondrement j’entends plutôt une dissolution, un essoufflement, une liquéfaction du processus.

    Je ne vois rien de cataclysmique dans cette fin, je crois plutôt à une transition molle par laquelle le vivant et sa plasticité sans pareille reprend sa place, subrepticement.

    Je pense souvent aux navets les plus indigestes que les chaines de télévision privées et publiques essaient de nous servir jusqu’à plus faim : il reste toujours un espace, même minime, qui leur échappe, et par lequel la vraie vie s’insinue. Une fois qu’elle a le pied dans la porte, c’est gagné.
    Tout le reste est question de temps.

    Commentaire par Zarga — 04/10/2012 @ 17:14

  19. Bonjour et merci Aliocha pour cette présentation de Nikos Kazantzaki.
    Le sort voulut que je le connaisse après avoir réglé mes problèmes avec le bain imposé
    dans un baptistère (alors que je ne savais pas encore marcher) ce qui me permit de le
    lire sans y chercher de réponses. Alexis Zorba à lui seul est une bible de vie terrestre
    et l’on sait, par ailleurs, que l’auteur n’avait aucune illusion sur quoi que ce soit
    Son épitaphe résume assez bien le détachement des choses du monde (intellect
    compris) et c’est bien que des êtres de cette trempe existent.
    Remerciements aux traducteurs de ses oeuvres dont la rigueur n’est plus à démontrer.

    Commentaire par calamityjane — 05/10/2012 @ 10:55

  20. Mais, Zarga, n’est-ce pas parce qu’ils n’étaient pas, précisément, parmi les « plus démunis » (qu’est-ce que je hais cette expression), que le Président et sa cour a montré son intérêt pour les gamins assassinés (?) de Grenoble ? Parce qu’un fils de médecin des baux quartiers, étudiant brillant, n’était pas un « fils de rien » ? Ca a été répété encore, et encore, et encore, dans tous les articles parlant de ce fait-divers : sa mère était pédiatre. Mais, zut, à la fin !

    Commentaire par lambertine — 06/10/2012 @ 17:15

  21. J’avoue, j’ai pas tout lu. Je me suis arrêté à la comparaison entre BHL qui ne serait pas philosophe, tandis qu’Onfray le serait. Onfray, c’est un BHL au petit pied. Je ne vois vraiment pas la différence entre ces deux cornichons. Si Onfray est philosophe, je suis danseuse au Crazy.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 09/10/2012 @ 00:27


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