La Plume d'Aliocha

21/09/2012

Corrida : le vieux monde résiste, mais pas pour longtemps

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 11:18
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Par la grâce du Conseil constitutionnel, la corrida a gagné ce matin le droit de continuer d’exister encore un peu en France, en tout cas là où elle se pratique depuis des siècles. Sans surprise, les anti-corridas ont dénoncé le lobbying du monde taurin. Un représentant de l’association Brigitte Bardot a précisé au passage que son combat, comme celui contre l’esclavage, serait long, c’est normal mais que la victoire était nécessairement au bout du chemin. Le lien entre l’esclavage et la corrida ne saute pas immédiatement aux yeux, mais ce n’est pas grave. Dans ce monde hypermédiatisé, le tout est d’associer dans un temps le plus bref possible deux mot-clefs, même s’ils n’ont rien à voir, pour peu qu’ils créent une connexion souhaitable dans le cerveau de l’auditeur distrait. Corrida = esclavage = mal absolu.

Bonne nouvelle, on a tué la mort !

Observons quand même que notre cher Conseil constitutionnel vient, au pays des droits de l’homme, de valider une pratique aussi scandaleuse que l’esclavage. Les sages de la rue Montpensier apprécieront. Notez, leur position s’explique sans doute par leur âge. C’est qu’il ne s’agit pas de perdreaux de l’année. Ils sont presque aussi vieux que la corrida, et donc ils maintiennent d’une main de fer les traditions de l’ancien monde, celui qui préexistait à la société hyperfestive dénoncée par Philippe Muray. Tandis que les anti-corridas sont les résistants de demain, les héros de ce monde nouveau construit à grandes pelletées de bons sentiments moisis et d’aspiration à un monde aseptisé où la souffrance et la mort n’auront plus leur place, parce qu’elles sont sales et moches. Le processus a déjà commencé. Il suffit pour s’en convaincre de fréquenter les crématoriums, ce que j’ai eu la tristesse de faire il y a 10 jours. Des chaises en plastique, une machine à boisson pour les familles, de fausses plantes vertes poussiéreuses, une petite musique d’ascenseur et, quelque part dans les entrailles de l’établissement, l’invisible machine à réduire la mort en cendres. Fascinante expérience que celle de la mort administrative et industrialisée. Le charmant local était si anodin qu’il aurait pu servir à n’importe quoi d’autre. « Songez donc, il faut que le bâtiment convienne à tout le monde, hier nous avons eu une cérémonie bouddhiste » me confiait le gestionnaire de la chose pour expliquer la décoration et notamment l’absence de toute référence religieuse. Sans doute. Mais j’ai personnellement été frappée par l’incroyable barbarie de ce lieu situé aux confins de nulle part, là où la séparation entre la vie et la mort ayant été gommée, il ne restait plus de place pour le chagrin, mais seulement un désespoir infini. Et j’ai songé : bon sang, ils ont même tué la mort !

L’avenir radieux des navets

Que les anti-corridas se rassurent, leur victoire sera certainement plus rapide qu’ils ne l’espèrent eux-mêmes. Car au fond, ils ont raison. L’an dernier, je suis retournée à la féria. C’était à Nîmes et cela faisait presque 20 ans que je n’avais pas revu de corrida. A peine arrachée à mes tracas parisiens, je me suis retrouvée sur un banc de pierre, dans un soleil aveuglant. La poussière, l’odeur des toros et des chevaux, la musique, la foule, la peur pour le torero, puis le soulagement, les applaudissements, les costumes d’or et le sang, tout ceci m’a tourné la tête. J’ai pu mesurer alors à quel point mes journées planquées derrière un écran d’ordinateur avaient pu me transformer en navet, en mouton docile et insensibilisé, bref, en ectoplasme post-moderne hyperfestif. Le déferlement soudain de la vie, torrentielle, odorante, multicolore, puis le surgissement du sang et de la mort ont bien failli me faire tourner de l’oeil. Je m’étais virtualisée, le processus n’était peut-être pas irrémédiable, mais il risquait bien d’être long à inverser. J’ai compris alors que la disparition de la corrida était inéluctable. Et que Muray avait raison d’annoncer le triomphe de l’Empire du Bien, c’est-à-dire au fond la mort de l’homme. Ectoplasmes, mes frères, je vous salue. Allons ensemble à Paris Plage, gavons nous de techno dans des rave party, pianotons avec fièvre sur notre IPhone5, et soignons notre désespoir de vivre dans une société débarrassée de l’amour, de la peur, de la joie, du rire, de la souffrance et de la mort à grands coups d’anti-dépresseurs, d’alcool, de substances illicites et de spiritualités de bazar. Et quand la dernière heure aura sonné, songeons avec confiance qu’il y aura peut-être deux ou trois personnes qui attendront sur une chaise en plastique, un gobelet fumant de mauvais café à la main, que nous ayons laissé la place à d’autres navets hallucinés. Ni fleurs ni couronnes.

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68 commentaires »

  1. J’ai toujours vu la corrida comme une barbarie, un spectacle cruel, plus proche des jeux du cirque que ce que voudraient nous vendre ses partisans.
    Cela n’empêche pas que je puisse comprendre le contexte culturel. Si j’avais grandi dans le sud-ouest et pas en Belgique, la cruauté de la pratique m’aurait probablement moins marqué.
    Le lien avec le crématorium, avec le coté aseptisé de nos vies actuelles me semble par contre douteux.
    On peut parfaitement être opposé à la mise à mort spectaculaire de bestiaux que l’on préférerait voir gambader paisiblement ET révulsé par la disparition de la mort et de la souffrance et de la vieillesse et de tout ce qui peut de près ou de loin nous rendre tristement humains

    Commentaire par JL — 21/09/2012 @ 11:55

  2. Votre anecdote sur le crématorium m’a fait penser à Clemenceau lors de l’enterrement de Monet : « Pas de noir pour Monet ! Le noir n’est pas une couleur ! »

    Où sont donc passés ces personnages hauts en couleur qui ont fait le charme de cette époque ? La notre est bien triste en comparaison.

    Commentaire par Paul B. — 21/09/2012 @ 12:10

  3. [JL m’a devance dans ses propos !]

    Je ne vous suis pas la dessus, Aliocha.

    Non, on peut, comme c’est mon cas, etre intimement repulsee par le spectacle de la corrida sans du tout accepter l’aseptisation de la mort dont vous donnez dans votre papier un exemple poignant.

    Vous confondez, me semblet-il, mort et mise a mort : ce n’est pas pareil. 
    La mort a ete mise en spectacle parfois de facon flamboyante a certains moments de l’histoire (je me rappelle avoir visite, fascinee, les catacombes de Kiev p.ex.), et on peut s’interroger a juste titre sur une societe comme la notre qui, dans un souci politiquement correct de pudeur mal placee, la passe a la trappe.
    Je comprends bien la dimension rituelle de la corrida : l’homme prehistorique contre le mammouth, le sacrifice de l’agnus dei …  Mais cela reste intellectuel et Je ne vois que la souffrance animale et une foule excitee. Peut etre est ce simplement que la corrida ne correspond ni a ma sensibilite, ni a ma culture bretonne.

    Bref dans mon monde ideal, la corrida n’existerait pas,  et si on me demandait dans un sondage si je suis pour son interdiction je repondrais oui.
    De la a militer contre la corrida, quand meme pas, il y a a mon sens des engagements plus  importants. 
    En passant, le parallelisme que Bardot ose faire entre la corrida et l’esclavage illustre encore une fois la misanthropie qui suinte tres souvent de ses propos.

    Commentaire par Maelle — 21/09/2012 @ 12:49

  4. Pardon, a la relecture, je m’apercois que ce n’est pas Brigitte Bardot qui parle mais un representant de sa fondation. Cela ne change pas grand chose sur le fond neanmoins.

    Commentaire par Maelle — 21/09/2012 @ 12:52

  5. Bon, si je comprends bien, vous ne voulez plus voir que des bœufs en stabulation, et des taureaux uniquement réservés aux saillies (avant de finir comme des bœufs à l’abattoir).
    Plus de corridas, et quelques taureaux subsistant, juste pour la préservation minimale des races, comme des chevaux de haras. Et pour des rodéos, peut-être, histoire de préserver quelques arènes.
    Et puis des chevaux camarguais, en nombre limité, suffisant pour des safaris photographiques.

    Après les poulets, les taureaux.
    Ah si, peut-être, des taureaux nains d’appartement ou de résidences secondaires ?
    Histoire de montrer qu’on aime les animaux ?
    Les toros de lidia (ou bravos) bénéficient au moins de trois ans au minimum de vie au grand air, en élevage extensif.
    Mais bon, je comprends les végétariens et végétaliens : c’est leur choix.
    Au moins est-il cohérent.

    Commentaire par Jef Tombeur — 21/09/2012 @ 13:14

  6. @Jef
    Du tout, je trouve simplement que la mise à mort chorégraphiée d’un animal n’a rien d’un spectacle attrayant.

    Commentaire par JL — 21/09/2012 @ 14:48

  7. Bardot et la comparaison corrida/esclavage ce n’etait rien, au regard de ce que je viens de lire sur internet (en l’occurence sur le site du Figaro) dans les commentaires suite a la decision du Conseil Constitutionnel.
    D’abord, corrida et viande halal. Argument : la tauromachie, ca c’est une tradition bien de chez nous. (enfin pas vraiment de chez moi comme je l’ai dit plus haut).
    Et bien sur l’inevitable corrida et avortement (l’argument se passant de commentaires : on tue bien les bebes, alors les taureaux).
    Je suis desolee de le dire car ce n’est pas un argument en soi et je me sens terriblement PC, mais ces pro-corridas (du Cafe du Commerce) ne sont pas tres sympathiques.

    J’entre davantage dans l’argumentaire de Jef. Mais abattre du betail pour le manger, ce n’est pas du tout le meme chose que tirer plaisir (?) au spectacle de la mise a mort d’un taureau

    Pour revenir a ce que dit Aliocha dans sa conclusion, si j’aime beaucoup les fest-noz donc, mon sentiment sur tout ce qui est tradition, folklore reste partage. Bien sur « les traditions locales ininterrompues », pour reprendre les Sages, sont tout particulierement en ligne de front contre l’homogenisation culturelle . Mais ce n’est pas non plus de la memoire, et encore moins  de l’histoire. On le sait bien,  le folklore apparait quand la realite sociale disparait, comme pour l’empailler. C’est cette dimension nostalgique,  conservatrice et meme mortifere qui m’est inconfortable.
    N’est-ce pas aussi virtuel, ou plus exactement illusoire, Aliocha, de vouloir vivre dans le passe ?
    Pour ma part, je n’ai pas vraiment envie de faire partie du « vieux monde ».

    Commentaire par Maelle — 21/09/2012 @ 14:57

  8. Réflexions un peu Ollé-Ollé?
    Non, pas sur la tête, je sors…

    Commentaire par araok — 21/09/2012 @ 14:57

  9. D’accord avec vous sur le sentiment de tristesse infinie que dégagent ces cérémonies d’incinération dans un crématorium.

    Sur la corrida : on ne comprend pas bien comment elle a pu se retrouver au menu du Conseil constitutionnel. Si ceux qui ont permis cela avaient en tête de ridiculiser la QPC, ils y ont assez bien réussi.

    Sur le fond : nombre de nos occupations, du théâtre au football, en passant par notre régime carné et le cirque, sont les héritières de rituels sacrificiels. C’est à l’évidence le cas de la corrida et du Palio de Sienne, entre autres, qui ont contre eux de ne pas assez bien dissimuler leur violence originelle.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 21/09/2012 @ 15:24

  10. @Denis Monod Broca : « dissimuler leur violence originelle », je vous rejoins, là se situe la faute. Ensuite, c’est une question de point de vue. La violence assumée de la corrida me convient mieux que la sordide brutalité d’un crematorium. A la réflexion, je crois que la différence se situe dans la présence ou non du sacré. Le sacré est partout dans la corrida, le rite, la musique, l’autel des toreros avant qu’ils n’entrent en piste, la représentation de la vie et de la mort. A l’inverse, le crematorium en est dépouillé à un point que je ne croyais pas envisageable, même dans mes pires cauchemars. C’est Houellebecquien, vide et désespérant.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/09/2012 @ 15:29

  11. @JL : loin de moi l’idée que l’on ne puisse être que d’un côté ou de l’autre, je pense simplement que notre société aspetisée est un terreau fertile pour les défenseurs des animaux dans leur combat contre la tauromachie.

    @Maelle 3 : Jean Cau disait que toute personne née au-dessus de la Loire ne pouvait pas comprendre la corrida. Et qu’une femme en plus ne pouvait l’aimer que pour de mauvaises raisons (comprendre je suppose l’excitation à la vue d’un macho tuant une bête pour ses beaux yeux). En avez-vous déjà vu ? Je veux dire dans des arènes, pas en morceaux à la télévision ? Je pose la question parce qu’il y a une grande différence entre l’idée qu’on se fait de la corrida et la réalité. A commencer par celle-ci (votre com 7) : absolument personne ne va à la corrida pour le plaisir de voir mourir un taureau, on y va pour voir un homme affronter un taureau. Et si le torero par maladresse tue l’animal en le faisant souffrir, il est conspué par le public. En réalité, l’amour de la corrida est et restera un mystère, même pour ceux qui fréquent les arènes depuis des décennies. Tous les afficionados se demandent ce qu’ils font là, jusqu’à ce que surgisse un moment de grâce inexplicable où l’homme danse avec l’animal, l’enroule autour de lui, bref, parvient à dresser la mort, à la frôler, s’en jouer, la dompter. C’est très exactement cela qu’on vient voir et cela renvoie à quelque chose de si profond et de si indicible que personne ne peut vous expliquer la nature exacte de cette émotion et pourquoi sans cesse on y retourne, même après plusieurs déceptions, même dans l’écoeurement de la souffrance, la nausée du sang, la peur de la mort, la chaleur, l’inconfort des gradins etc…Je conçois qu’on n’aime pas l’exercice qu’on le trouve vain, barbare, dépassé, mais par pitié qu’on ne se trompe pas sur ce qu’il est vraiment. S’il s’agissait d’aller voir mourir un taureau, je serais la première à demander que ça cesse. Et ne ne crois pas qu’autant de grands artistes auraient tenté d’effleurer le mystère de la tauromachie.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/09/2012 @ 15:51

  12. Sur le manque de mort dans votre vie quotidienne que vous compensez par un spectacle taurin, faites donc oeuvre de bénévolat dans un service d’urgence. Cela suffira à combler votre manque, je pense et les urgentistes pourront aller se changer les idées en regardant pousser les fleurs !
    Sur le coté graphique-sportif-artistique de la corrida, je veux bien ne pas en douter et quand l’homme joue avec la mort, dans ce cas, c’est avec la sienne et que certains puissent trouver cela excitant, pourquoi pas. On est là entre « adultes consentants » … (A ce titre, les gladiateurs pourraient être remis en scène). Mais je n’ai toujours pas saisi en quoi les picadors et la mise à mort sont indispensables au coté « artistique » de la corrida ….

    Commentaire par Eric — 21/09/2012 @ 16:12

  13. Merci Aliocha, c’est un très beau billet !

    Commentaire par Magfuel — 21/09/2012 @ 16:31

  14. @Eric : il n’y a pas de morts aux urgences, mais des arrêts cardiaques, c’est très différent. Et dans la logique de notre société hygiéniste et indutrialisée, des tiroirs réfrigérés suivis de crematoriums avec plantes en plastique et machines à café. Or, la mort, c’est plus que cela, vous ne pensez pas ?
    Sur la corrida, je note que vous trouvez plus respectable de voir des hommes s’entretuer plutôt qu’un homme vaincre un animal, argument traditionnel et parfaitement idiot du défenseur des animaux de base, canal « je préfère les animaux aux hommes ». Vous m’excuserez de ne pas vous suivre sur ce terrain là, bien que je sois à vos yeux une barbare, je trouve que vous n’êtes pas mal non plus dans votre genre. Les toreros jouent avec leur vie, et parfois la perdent. Pour le reste, je consens à vous livrer une explication que vous ne lirez pas mais d’autres que vous peut-être. Un toro de combat, ça pèse minimum 500 kilos, c’est doté d’une armure (les cornes) et ça charge tout ce qui bouge. Si l’on veut que l’homme ait une chance de pouvoir l’affronter armé seulement d’une cape et d’une épée, il faut auparavant rétablir une forme d’équilibre entre l’animal et l’homme, d’où le picador et les banderilles.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/09/2012 @ 16:35

  15. Certes, la mort finit toujours par un arrêt cardiaque mais la limiter à ça et aux tiroirs aseptisés des crematoriums démontre bien que votre vision est effectivement celle qu’on peut avoir quand on vit ses journées planquées derrière un écran d’ordinateur. Après quelques jours à recevoir des victimes d’accidents, vous conviendrez peut être que, tout compte fait, le spectacle du sang n’est pas indispensable et la mort vue comme ça n’est pas plus belle que celle des crématorium
    Sur la corrida, je ne dis pas qu’il faut revenir aux gladiateurs mais avoir la même démarche que celle qui a conduit à leur remplacement par d’autres spectacles (boxe, fight, …) à savoir la disparition de la mise à mort finale. On peut d’ailleurs s’interroger sur le retour, certes encore clandestin, de certains spectacles de combats « extrêmes » qui pourrait faire croire que tout compte fait, l’attrait du sang et de la mort n’est pas pour rien dans le plaisir « artistique » ressenti.
    Pour le reste, je termine sur une interrogation que vous ne lirez pas mais d’autres vous peut être: vous expliquez le fait que le picador et les banderilles sont nécessaires parce qu’on VEUT qu’un homme affronte le taureau « seulement » armé d’une épée. Vous ne trouvez pas que c’est un raisonnement un peu circulaire ????

    Commentaire par Eric — 21/09/2012 @ 17:04

  16. En effet, je n’ai jamais vu de corrida et, Dieu merci, personne ne va m’obliger a mettre le pied dans une arene ! C’est pour ca que legiferer sur l’interdiction de la corrida, je pense aussi qu’on a mieux a faire.

    La communion mystique de la foule exaltee devant l’animal sacrifie, a la Rene Girard, non merci. Je trouve que sous cette forme brute, ca ne correspond plus a notre societe, et ce n’est pas plus mal pour le coup. Ce n’est pas la dedans que je trouve personnellement reponse a mon besoin de sacre, pour le dire comme ca, et donc je ne vois en effet qu’un taureau tue en public, meme si je veux bien admettre que pour les personnes qui aiment la tauromachie c’est tout autre chose.

    Sans agressivite, car je vois bien que c’est plaisamment que vous reprenez les propos de Jean Cau, et que l’enjeu culturel du debat existe, je n’aime quand meme pas trop l’argument : t’es pas du sud ouest, tu peux rien y comprendre. Je prefere « rien d’humain ne m’est etranger ». D’ailleurs Hemingway, il etait de Nimes ?

    Commentaire par Maelle — 21/09/2012 @ 17:11

  17. @Maelle : du tout, j’ai horreur de Jean Cau, ne sreait-ce que parce que je suis une femme et née au nord de la Loire qui plus est, donc directement visée par sa critique (notez, j’ai du sang gitan, peut-être que ça compense) j’aurais du ajouter un 😉
    Et en effet, je ne dis rien d’autre : ça ne correspond plus à une forme d’existence qui pour moi est celle du navet, où les pulsions de vie et de mort, intimement liées, s’affacent au profit de je ne sais trop quoi de légumineux, mais bon…

    @Eric : l’explication ne justifie pas la corrida, nous sommes d’accord, mais tel n’était pas mon but non plus, je répondais à votre question sur le rôle du picador et des banderilles, rien de plus. Et j’admets tout à fait qu’on soit contre l’exercice, ce que je m’explique moins, c’est la volonté militante de le faire disparaître. Personnellement, si je menais ce type de combat, c’est aux élevages industriels que je m’attaquerais, parce que ça, franchement, c’est à vomir du point de vue des animaux et c’est plus ou moins mortel pour l’homme.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/09/2012 @ 18:24

  18. @ Denis Monod-Broca

    Une loi qui n’a pas valeur constitutionnelle le législateur peut y déroger et il ne s’en prive pas ! Nombreuses sont les exceptions en droit positif !

    Reprenons : l’article 521-1 du code pénal réprime les actes de cruauté commis contre les animaux, mais le législateur à l’alinéa 7 de ce texte a prévu des exceptions, notamment pour la Corrida :

    « Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie. »

    La loi manque de clarté : elle ne précise pas de limites territoriales pour l’organisation de spectacles tauromachiques, la notion de « tradition locale ininterrompue » reste vague : qu’entend-on par « tradition » ?

    Quelle régularité entend-on par « ininterrompue »? Des spectacles tauromachiques tous les cinq ans, tous les ans ? C’est donc au juge pénal d’apprécier et d’interpréter la loi.

    Or, en vertu du principe fondamental d’égalité devant la loi : le classement de la corrida au patrimoine culturel immatériel français en janvier 2011 posait, en substance, une double question.

    D’une part, comment peut-on classer au patrimoine national un acte réprimé par deux ans de prison et 30 000 euros d’amende sur 90 % du territoire ?

    D’autre part, au-delà de ce classement controversé, comment des « sévices graves et des actes de cruauté » (article 521.1 du Code pénal) peuvent-ils bénéficier d’une exception sous couvert de « tradition locale» (alinéa 7 de ce même article) ?

    En définitive, c’est le rapporteur du Conseil d’Etat le 6 juin 2012 dans ses conclusions qui a souligné le caractère « sérieux » de la QPC, « la difficulté réelle » qu’elle pose et le « contrôle de proportionnalité » à ses yeux « indispensable » que devrait exercer le Conseil constitutionnel sur les effets juridiques, fussent-ils « ténus », du classement décidé par le ministre au regard des dispositions pénales.

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 21/09/2012 @ 18:30

  19. Une société qui essaie délibérément de se dissimuler l’existence de la violence, la mort et la souffrance est sans doute un peu névrosée sur les bords.

    Mais une société qui inflige délibérément la violence, la mort et la souffrance afin d’en faire un spectacle pour le plaisir des yeux ne l’est pas moins.

    Évidemment, je suis né loin au nord de la Loire, alors peut-être suis-je disqualifié, selon Jean Cau, pour avoir un avis.

    Commentaire par Gwynfrid — 21/09/2012 @ 18:58

  20. @Gwynfrid : et que pensez-vous d’une société qui détient le record de consommation d’antidépresseurs ? Où les salariés se suicident sur leur lieu de travail ? Vous ne pensez pas qu’il existe la même dose de violence mais qu’elle s’exprime simplement de façon différente, moins visible, mais pas moins cruelle ? Notre violence ne saigne pas, ou très peu, c’est pourquoi nous ne la voyons pas.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/09/2012 @ 19:01

  21. @Aliocha :
    Le parallèle entre la corrida et l’esclavage m’a, pour ma part, sauté aux yeux. On est au tournant, comme vous le dites, la corrida n’en a plus pour longtemps, car c’est un acte de souffrance infligé au taureau uniquement pour satisfaire on ne sait quelle quête humaine, mais certainement pas un besoin vital. Les droits des animaux vont grandissant, et je m’en réjouis ! De même que le monde esclavagiste s’est un jour retrouvé à un tournant où l’abolition de l’esclavage était presque mûre. Les situations sont très comparables, on ferait un anachronisme en jugeant les esclavagiste d’antan avec nos valeurs actuelles ou en anticipant les jugements qu’émettront nos descendants, après des années d’abolition de la corrida, quand ils regarderont notre époque.

    Commentaire par kuk — 21/09/2012 @ 19:20

  22. Esclavage, crémation, courgette (ou endive) molle et corrida, ça fait un peu copieux en une seule goulée.
    1) L’esclavage et la corrida, je capte pas le rapport.
    2) La crémation sous musak avec endives (bio) vapeur, comme allégorie d’une pensée consensuelle sociale-démocrate triomphante, de type scandinave(t), je vois assez bien.
    3) C’est dur à défendre la corrida. Brel lui a causé du tort avec des paroles « fortes » : « C’est l’instant de triomphe où les épiciers se prennent pour Néron
    C’est l’instant de triomphe où les Anglaises se prennent pour Wellington ». Et puis c’est pas de gauche la corrida (cf. Jean Cau…beurk !). Et puis ce n’est pas toujours réussi. Et puis les toreros touchent beaucoup d’argent (Juan Bautista sera-t-il imposé à 75% ?). Même les catalans qui ne sont pas de gauche ont fermé les arènes de Barcelone…
    4) Alors oui, bientôt les taureaux peinards, pourront regarder Drucker dans Vivement Dimanche, sur la télévision de service public.
    5) « Le guet veille ! Il est onze heures, bonnes gens ! Dormez, le guet veille ! Il est minuit, bonnes gens ! Dormez, le guet veille ! »
    6) Je ne retrouve pas une citation de Malraux qui parle des deux visages de la mort, la mort taurine (sang & or) et la mort par décomposition (vers et champignons).
    Olé !

    Commentaire par Massilian — 21/09/2012 @ 19:53

  23. @ Aliocha
    « et que pensez-vous d’une société qui détient le record de consommation d’antidépresseurs ? Où les salariés se suicident sur leur lieu de travail ? »

    Ce sont là d’autres signes de névrose. Je ne suis pas capable de dire si le spectacle de la violence organisée permettait au « vieux monde », comme vous dites, d’avoir un taux de suicide moins élevé. Sans doute, le « vieux monde » bouffait moins de médicaments. Mais il consommait nettement plus d’alcool, ce qui revient plus ou moins au même.

    « Vous ne pensez pas qu’il existe la même dose de violence mais qu’elle s’exprime simplement de façon différente, moins visible, mais pas moins cruelle ?  »

    Bien sûr. Je n’ai pas dit le contraire. Cela fait partie de la dissimulation. Au lieu de mettre en scène, on cache. Je n’ai pas prétendu, non plus, qu’il y ait eu progrès sur ce plan. J’ai tendance à penser qu’en fait de névrose sociale, entre l’ancien et le nouveau, il y a match nul ou à peu près.

    Commentaire par Gwynfrid — 21/09/2012 @ 20:09

  24. @Kuk : les droits des animaux comme vous dites, pourraient commencer à s’exercer dans l’élevage intensif. Naitre pour vivre enfermé sur ses déjections (porc breton par exemple), dans le noir, sous médocs parce que leurs organismes sont débiles (au sens : faible), les uns sur les autres (poulets), à bouffer de la merde calibrée (porcs, poulets et autres) et mourir au choix cliniquement ou en souffrant salement, ça vous parait conforme aux droits des animaux ? Les toros de combat passent 4 ans à l’état quasi sauvage dans une prairie. Evidemment ne combattent que les mâles et encore les meilleurs d’un élevage, tout le reste du troupeau mène une vie que vous et moi aurions le droit d’envier sérieusement. Et les combattants, qui ne sont pas de gentils boeufs de labour mais des animaux dangereusement agressifs qui chargent pour tuer, les combattants donc meurent en combattants, et parfois sont graciés. S’ils souffrent, c’est 15 minutes, debout, avec une chance de s’en tirer car il y a des grâces, même si elles sont rares. Je trouve leur sort plus enviable que celui des animaux d’abbatoirs.Figurez-vous que les afficionados aiment les toros, passionnément, ils connaissent tous les élevages, évaluent leur qualité dans l’arène, exigent la sortie immédiate d’un animal qui n’est pas en état de combattre, saluent sa dépouille à la fin pour peu qu’il ait été brave. Pourquoi tue-t-on ce qu’on aime ? Demandez aux psy, c’est vieux comme le monde. Eros et Thanatos. En fait, ce qui dérange vraiment les anti-corridas, c’est qu’il y ait un public à cela, mais alors qu’ils se renseignent, au lieu de croire que ce public n’est qu’un ramassis d’abrutis sanguinaires. Je sais que l’argument irrite, mais on ne trouverait pas autant d’artistes fascinés par la tauromachie si celle-ci n’exprimait quelque chose de bien plus profond et intéressant qu’un simple gout du sang. Car si ce n’était que cela, croyez moi je serai en première ligne pour réclamer la fin de la tauromachie.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/09/2012 @ 20:11

  25. @Gwynfrid : ce ne sont pas des signes de névrose, trop facile, ce sont les signes d’une barbarie invisible mais mortelle. Parler de névrose, c’est sous entendre que les victimes sont malades, moi je pense qu’elles sont martyrisées. Seulement voilà, le harcèlement moral, ça occasionne des blessures qui ne saignent pas. Je vous parie que dans 20 ans, on regardera notre époque avec les même yeux qu’on observe les barbaries passées. Quant à l’alcool, tous les reportages du moment dénoncent l’alcoolisme des jeunes. Vous avez raison de dire qu’alcool ou antidépresseurs c’est la même chose, là où je ne vous suis plus c’est quand vous dites que les seconds ont remplacé le premier. Moi je pense qu’on cumule. Et plus on « vivra » dans un monde automatisé, derrière des écrans, soi-disant protégés de tout à commencer par protégés de la vie, plus on aura besoin de psychotropes pour supporter ce cirque. Quand je parle à la première personne du singulier dans le billet, ce n’est pas par fascination pour mon nombril, c’est parce que j’expérimente en permanence sur moi-même. Quand je suis allée à Nimes, j’ai vraiment compris les dommages infinis d’une vie derrière un écran, dans le cocon parisien. Maintenant, je suis à l’extrême pointe du délire moderne compte-tenu de mon métier, de la ville où j’habite, et de mon goût pour la toile, donc je veux bien croire que des gens plus équilibrés ne partagent pas mon angoisse. Et puis je vais tempérer, je crois qu’on finit toujours par corriger ses excès et revenir à la raison, sinon l’humanité aurait disparu depuis longtemps, mais bon, là, on déconne, à mon avis 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/09/2012 @ 21:23

  26. A mon avis, c’est juste que l’athéisme n’est pas une non croyance. Ils déportent leur imaginaire paradisiaque dans le futur au lieu de le déporter dans un autre espace comme les vieilles religions. Ce qui est inquiétant, c’est qu’on retrouve toutes les caractéristiques d’une religion qui prend le pouvoir :
    les rituels qui suffisent à faire une bonne action (concert anti-raciste dans un pays où les métiers les plus durs ne sont plus légitimes pour les français), le combat contre l’hérétique qui suffit à être une bonne personne (il y a bien sûr plus d’esclavagisme dans la fabrication de l’ordinateur que j’utilise par confort que dans la corrida), …

    Commentaire par Sadlig — 21/09/2012 @ 21:24

  27. D’un côté un animal élevé en pleine nature, sélectionné pour son agressivité, en pleine force de l’âge. 500 à 600kg de muscles, d’os, de cornes. Voyez le dans son pré, il est beau; s’il se rapproche, il fait peur. Il vit bien, passant son temps à brouter, courir, être entraîné, et baiser.

    De l’autre, un type en collant moule burnes et chaussons de danse, tenue de non camouflage à paillettes, dans les 80kg maxi. Il a droit à une épée et une cape couleur vive. Il s’est entraîné lui aussi, a révisé ses passes. Il a de l’expérience mais a quand même la trouille. C’est forcément un combat rapproché, il va devoir attirer l’animal et l’esquiver de justesse, le laisser le frôler, encore et encore, le blesser pour l’affaiblir et l’épuiser. Avec à chaque charge le risque que l’animal soit imprévisible ou que lui-même commette une petite erreur, ce qui lui serait fatal.

    Les cornes de l’animal ne sont pas émoussées, l’animal n’est pas drogué, il ne combat pas s’il est malade ou affaibli. Comme dans n’importe quel combat loyal auquel peuvent se livrer les humains.

    Il n’y a pas de sadisme dans l’arène, il y a seulement de la cruauté, cette efficacité à donner la mort. Oui c’est un combat à mort, il n’y a pas de diplomatie possible avec cette bête, pas de négociation, pas de cessez-le-feu.

    Que le torero touche beaucoup d’argent, c’est normal, quand on risque sa vie. Parce que même si la plupart du temps le torero gagne, il arrive que certains soient sévèrement embrochés, voire tués. Le principe d’un combat à mort.

    Personne n’est obligé d’assister à une corrida, comme personne n’est obligé d’aller visiter un élevage de porcs.
    J’aime la viande, j’apprécie pouvoir acheter du porc pas cher même si j’ai vu dans quelles conditions ces animaux survivent, ils n’ont strictement aucune chance. J’apprécie d’autant plus quand je me fais le plaisir d’un bon filet de boeuf ou de cheval estampillé « bio », imaginant que l’animal a été élevé correctement avant de finir dans mon assiette. Être au sommet de la chaîne alimentaire ne se choisit pas, on peut seulement choisir comment les êtres vivants qui vont devenir notre nourriture ont été traités et tués. Et de ce point de vue, le toro n’est vraiment pas à plaindre.

    Commentaire par Kouett' — 21/09/2012 @ 21:26

  28. @ le chevalier bayard

    Merci pour ces précisions juridiques que je n’avais pas, je le reconnais, éprouvé le besoin de rechercher.
    D’une certaine manière elles me donnent raison : si le rapporteur du Conseil d’État a tenu à préciser que la QPC était « sérieuse », n’est-ce pas, justement, parce qu’il demeure un doute de ce côté-là ?

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 21/09/2012 @ 21:46

  29. @ Gwynfrid et laplumedaliocha

    « Et plus on “vivra” dans un monde automatisé, derrière des écrans, soi-disant protégés de tout à commencer par protégés de la vie, plus on aura besoin de psychotropes pour supporter ce cirque. »
    « Soi-disant protégés de tout à commencer par protégés de la vie » : Quand Jésus dit « qui protège sa vie la perdra » il dit à peu près la même chose, non ? Tout cela n’est donc pas bien nouveau, puisque ce texte fut écrit il y a 2000 ans ou presque : il est d’autant plus absurde de persévérer encore et toujours…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 21/09/2012 @ 21:58

  30. @Denis Monod Broca : je n’y avais pas pensé, mais entre nous, l’ancienneté de l’observation nuit plus qu’autre chose si on se place dans la perspective de la société hyperfestive post moderne de Muray 😉 Plus sérieusement, merci pour ce précieux rappel.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/09/2012 @ 22:27

  31. @Sadlig : mazette, vous lisez Muray vous aussi ? En tout cas, il n’aurait pas dit mieux ! C’est d’ailleurs ce qu’on retrouve à mon avis dans la querelle entre défenseurs de la liberté d’expression et musulmans extrémistes manifestant contre les films et caricatures, deux formes d’extrémisme religieux….

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/09/2012 @ 22:30

  32. Avant de savoir comment il est plus opportun de tuer un taureau, en usine (pour le manger) ou en arène (pour le spectacle), il faut définir la notion de « tradition ininterrompue », puis s’interroger sur la pertinence de son maintien puisque les mœurs évolues.
    Mais pour la juridiction, seule compte la notion : est-ce que les faits rentrent dans le cadre ?

    Dans un tout autre domaine, en s’imposant en gaule, les Romains ont laissé les règles en place, à l’exception des immolations rituelles de victimes humaines aux dieux …

    Commentaire par fultrix — 21/09/2012 @ 22:41

  33. @Eric 15 : j’ai oublié de répondre à votre provocation (coup bas ? contresens ?) : « Certes, la mort finit toujours par un arrêt cardiaque mais la limiter à ça et aux tiroirs aseptisés des crematoriums démontre bien que votre vision est effectivement celle qu’on peut avoir quand on vit ses journées planquées derrière un écran d’ordinateur. Après quelques jours à recevoir des victimes d’accidents, vous conviendrez peut être que, tout compte fait, le spectacle du sang n’est pas indispensable et la mort vue comme ça n’est pas plus belle que celle des crématorium ».
    Vous opposez ce qu’au contraire je rassemble, les urgences et le crematorium : du scientifique du technique (louable et nécessaire mais insuffisant). Pour exprimer clairement ma pensée, la mort, sans rituel, sans esthétique, sans sacré, sans paso doble et costumes en or pour la corrida, sans orgues tonitruantes pour un décès, c’est obscène et désespérant. Voilà ce que je dis dans le billet. A la musique d’ascenseur, je préfère le colérique requiem de Mozart qui défie Dieu, face aux hypocrites abbatoirs, je choisis le ballet mortel de la corrida. Et je pense que c’est bien un combat perdu des anciens contre les modernes, de la foi contre l’administration, de l’art contre l’industrie, du sacré contre le profane, de la vie contre le rien. Les anti-corrida gagneront, c’est absolument certain. La question c’est : cette victoire est-elle souhaitable ? Qu’exprime-t-elle sur nous ? Où nous emmène-t-elle ? Quelle barbarie moderne se cache derrière l’ancienne barbarie que l’on veut éradiquer ? Allons-nous vraiment vers le meilleur comme nous le croyons ?

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/09/2012 @ 22:42

  34. Sur la corrida, deux réflexions: la première c’est que la corrida mourra peut-être plus d’avoir été instrumentalisée par Franco que d’être incompatible avec la vie moderne. Sans son réservoir culturel espagnol, je doute qu’elle survive en France. Car la corrida, espagnole, a été fortement associée à une certaine vision de l’Espagne, dont les espagnols (et particulièrement les catalans) se détournent aujourd’hui.

    Deuxième point: le lendemain de l’arrêt de la corrida, les toros disparaitront en tant qu’espèce. Ils n’ont strictement aucune autre utilité, et donc, personne ne paiera pour leur fournir de quoi continuer à vivre. Malgré sa sauvagerie, c’est une espèce domestique. Quant on voit le nombre d’espèces domestiques qui existaient en France en 45, et qui ont disparu ou quasiment aujourd’hui… (cochon « cul noir » du limousin, des dizaines d’espèces de pommes et poires, ânes, chevaux…)
    Bref, on pourrait faire le malheur (écologique) des toros en voulant les sauver.

    Sur la mort, il y a un très beau passage d’Anouilh sur les rituels dans Antigone bien sûr, qui en décrit à la fois le coté indispensable, et la misère systématique.

    Commentaire par Javi — 21/09/2012 @ 23:49

  35. @Aliocha : vous vous laissez emporter par des élans de lyrisme, mais vos questions ne sont pas plus pertinentes pour autant : il n’y a pas à opposer les bœufs qu’on mène à l’abattage et la corrida. Le fait que la conscience collective soit moins développée concernant la consommation de viande carnée que celle se rapportant à la corrida est certes regrettable mais logique : l’une se rapporte à un besoin vital, manger, au contraire de l’autre qui est du domaine de la culture et du divertissement. Bien qu’il soit possible de trouver des substituts à la consommation de bœuf, le renoncement est bien plus lourd de conséquences au quotidien que celui à la corrida.

    Evidemment que la corrida, c’est peanuts en douleur comparé aux abattages massifs. Mais parce qu’on n’est pas prêt à régler le problème de la consommation de viande, on devrait renoncer à régler celui de la tauromachie ? Parce qu’on n’arrive pas à régler les problèmes posés par le capitalisme, on devrait se désintéresser de problèmes de société plus mineurs ?

    Et puis votre argumentaire sur le bonheur du taureau de corrida… : au final le taureau aura eu une belle vie, c’est mieux que les bovins d’à côté, ils sont aimés… Je veux la belle vie pour le taureau + la belle mort, et pour moi elle ne ressemble pas à une succession de banderilles plantées une à une sur son échine.

    – Sous prétexte que l’arène ne concerne que quelques-uns d’entre eux, cela rend la pratique excusable ? A-t-on le droit de torturer (ou laisser torturer) quelqu’un par amour ? Non. Mais un animal oui. C’est ça qui dérange l’anti-corrida que je suis, cette supériorité de l’homme sur l’animal qui a toujours besoin de s’affirmer et se réaffirmer toujours alors qu’elle est évidente, banderille après banderille, bien plus que le public qui y assiste. A la limite, le taureau aurait 50% de chances de gagner, je me demande si la corrida ne me dérangerait pas moins.

    – Le taureau est parfois gracié ? Que l’homme est miséricordieux ! Mais au fait, quel est son crime au taureau ? Ne prenez pas les anti-corrida pour des crétins en pensant qu’ils réduisent les afficionados à un ramassis d’abrutis attirés par l’odeur du sang. Il y en a probablement de toute sorte, des qui vont à l’arène comme ils vont au stade, à l’opéra, d’autres qui y cherchent une émotion plus spirituelle. Certains artistes y trouveraient quelque chose de profond. Donc en gros les bénéfices sont plus importants que les coûts. Si le taureau n’était pas une bête mais un homme, dirait-on encore la même chose ?

    Commentaire par kuk — 22/09/2012 @ 00:44

  36. Curieux Aliocha que vous n’ayez pas compris l’idée de Bardot.
    Bien sûr qu’il y a un rapport entre l’esclavage humain et celui qu’on fait subir aux races animales simplement du fait qu’on détient le pouvoir et qu’ils sont en infériorité. On joue avec, on les martyrise, on les bouffe ..et ce ne sont pas des objets mais des êtres vivants qui parce qu’ils sont différents et que nous sommes les maîtres sont donc nos esclaves. Nous avons sur ces créatures vivantes droit de vie et de mort. Si c’est pas le pire esclavage, c’est quoi ?
    C’est surtout le premier et le seul vrai « racisme » l’autre, notre xénophobie et nos haines sont dirigées contre nos semblables: la race humaine. Nous les humains sommes tous de la même farine.
    C’est je crois le fond de sa pensée, j’y ajoute celle de Gandhi qui disait que le degré de civilisation d’un peuple tient tout entier dans la façon dont il se conduit avec les plus faibles.
    Quoi que vous en pensiez, cet opéra sanglant est un jeu où les spectateurs viennent voir blesser et mourir un être vivant qu’il soit humain ou animal et les mêmes osent porter un jugement .sur les coutumes des autres…(femmes lapidées et exécutions publiques !) chez-nous l’animal est « objet » .
    Si on perd cette vieille idée ce sera une avancée dans la civilisation.

    Commentaire par Scaramouche — 22/09/2012 @ 06:31

  37. Si vous voulez échapper à la monotonie fade du travail de bureau et voir par vous même cette frontière ténue entre la vie et la mort, pourquoi ne pas devenir reporter de guerre ?

    Commentaire par DM — 22/09/2012 @ 09:08

  38. Toute cette discussion m’evoque _Fittier, Happier_ de Radiohead.

    Commentaire par DM — 22/09/2012 @ 09:21

  39. @ Denis Monod-Broca

    Euh…s’il y avait un doute, le Conseil constitutionnel vient de le lever non ?

    Certes, la décision était prévisible et en ce sens on peut dire qu’elle vous donne raison.

    Pour le Conseil constitutionnel, le principe d’égalité devant la loi ne s’oppose pas à ce que « le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général », principe acquis à partir d’une décision du 16 janvier 1982.

    Autrement dit, le législateur est compétent pour moduler l’application concrète du principe d’égalité, y compris en matière pénale et il ne se gêne pas, car on sait bien que l’égalité devant la loi pénale s’accommode de sanctions différentes, selon l’âge du coupable récidiviste ou non, et suivant la vulnérabilité de la victime etc…les animaux eux ne sont pas titulaires de droit, et le devoir de ne pas se montrer cruel à leur égard n’a qu’une valeur législative.

    Le Conseil estime en conséquence que l’intérêt général d’une telle dérogation repose sur l’appréciation du législateur, quand bien même elle serait le résultat d’une action de lobbying des villes et régions pratiquant la tauromachie.

    Où l’on apprend ainsi qu’un comportement puni pour cruauté peut l’être dans une région mais pas dans une autre…la France ne serait donc pas une République « une et indivisible » ?

    S’agissant de la conformité de la loi qui l’établit, le Conseil fait observer que les dispositions contestées ne s’appliquent que dans les parties du territoire national où une tradition ininterrompue de corrida est établie, et pour les seuls actes qui relèvent de cette tradition.

    Il en déduit donc que cette dérogation est conforme à la loi qui l’établit, puisque celle-ci organise précisément le régime juridique des actes de cruauté envers les animaux.

    Le Conseil aurait cependant pu en juger autrement, car admettre la mise à mort d’animaux dans une loi dont la finalité est précisément la protection de ces derniers aurait pu lui sembler incompatible avec cette finalité.

    Là encore, il a refusé d’intervenir dans ce qui lui apparaît comme relevant du législateur.

    Sur la clarté et la lisibilité de la loi, force est de constater que l’interprétation de la notion de « tradition locale ininterrompue » par la jurisprudence s’est révélée particulièrement instable juridiquement.

    Or, le Conseil constitutionnel n’est pas compétent pour sanctionner le manque de clarté de la jurisprudence, mais seulement celui de la loi.

    La décision renvoie donc le législateur à sa compétence. C’est à lui qu’il appartient donc de considérer si la mise à mort des taureaux est un acte barbare et comme chacun sait : la loi est l’expression de la volonté générale !

    Cela étant, en juillet 2010, le parlement régional de Catalogne a décidé de voter une loi interdisant ce type de spectacle et, en
    France, il est intéressant de noter qu’une proposition de loi déposée par Geneviève Gaillard (PS) devant l’Assemblée Nationale en juillet 2011, n’a toujours pas été débattue.

    Force est de reconnaître que pour satisfaire a une « tradition locale », le législateur n’a pas hésité à établir une dérogation à la loi pénale, dans le seul but de répondre à une revendication identitaire ou communautaire.

    Comme l’intitulé de ce billet l’indique : le vieux monde résiste, probablement, pas pour longtemps…

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 22/09/2012 @ 12:43

  40. @ Denis Monod-Broca: Merci pour ce petit rappel, qui n’est pas inutile, y compris, sur le plan personnel, en ce qui me concerne !

    Commentaire par Gwynfrid — 22/09/2012 @ 13:37

  41. […] Vous en voulez plus? D’autres témoignages contre la corrida chez Happy hippie shake, Cocoon, La plume d’Aliocha, … […]

    Ping par Je suis contre la corrida | Working girl to… working mum! — 23/09/2012 @ 08:53

  42. Hello

    Avec plusieurs blogueuses, nous avons décidé de publier sur le thème : Les blogs disent NON à la corrida. Ca te dirait d’y participer avec ton article ?
    Il suffit de rajouter à la fin de ton article les liens des autres (il en sera fait de même avec ton article). Tu peux copier.coller la liste au bas de mon article : http://cestquoicebruit.com/blabla-2/la-corrida-est-un-art-ames-sensibles-sabstenir/ (par contre, il faudra la compléter au fur et à mesure).

    Bonne soirée
    Milie

    Commentaire par Milie — 23/09/2012 @ 17:16

  43. @Milie : hélas Milie, voir dans mon billet une prise de position anti-corrida est un contresens. Je fais partie des afficionados. Désolée pour le malentendu 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/09/2012 @ 18:02

  44. « L’an dernier, je suis retournée à la féria. C’était à Nîmes et cela faisait presque 20 ans que je n’avais pas revu de corrida. A peine arrachée à mes tracas parisiens, je me suis retrouvée sur un banc de pierre, dans un soleil aveuglant. »
    PUTAIN, mais c’est là le fond du problème!!!!
    Je suis né à Montpellier, je travaille à Nîmes, mais je n’ai JAMAIS assisté à une corrida.!!!!!!
    Ca ne m’emballe pas; mais ça ne me gène pas…
    Pourquoi vous y êtes allée pour critiquer ensuite?????
    Etonnant, non? aurait dit le pôvre Pierre…

    Commentaire par Alix — 23/09/2012 @ 21:08

  45. @Alix : faut lire, avant de commenter, ça aide le commentateur et ça soulage l’auteur. Merci.

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/09/2012 @ 21:13

  46. oui je viens de lire ton billet….
    On m’a donné une liste de liens et je n’ai pas eu le temps de tout lire encore…

    Commentaire par Milie — 23/09/2012 @ 21:59

  47. Je n’ai encore jamais vu de corrida. Donc je n’ai pas d’avis tranché sur le sujet, n’aimant pas juger ce que je ne connais absolument pas.
    Par contre j’adore les courses landaises (avis aux pro-interdiction de la tauromachie : elle comprend les courses landaises aussi et vos arguments ne tiennent plus pour ce cas), et honnêtement, j’y retrouve ce qu’ Aliocha dit trouver à la corrida : la danse entre l’homme et le taureau magnifiée par le risque de mort… mais très honnêtement si une telle beauté, une telle communion ne pouvait se terminer qu’avec la mort d’au moins un des deux protagonistes, j’arrêterai probablement d’en regarder, ce serait bien trop désespérant pour moi.
    C’est une chose d’admettre que le risque de mourir est inhérent à la vie et contribue grandement à son sel, et une autre de la rendre obligatoire

    Commentaire par Llya — 24/09/2012 @ 15:21

  48. Aliocha, il y a un truc qui me titille au coeur de votre article: le fait que la fin de la corrida (ou les crématorium climatisés) serait un symptôme de l’aseptisation de la,société.
    Est-ce que ce n’est pas,plutôt, parce que nous avons changé de rituels? Par exemple, que nous avons remplacé la violence stylisée de la corrida par la violence stylisée du cinéma ou de la télé? Quand je vois une série populaire comme Games of Thrones exhiber bras tranchés et sang qui coule à gros bouillon à longueur d’épisode, je m’interroge… ou pour prendre un exemple plus grand public: un simple journal de 20h, avec faits divers et sanglantes guerres lointaines, est-ce que ça ne remplit pas aussi cette fonction?

    Commentaire par QIAH — 25/09/2012 @ 11:35

  49. @QIAH : vous parlez de fonction, je ne vais pas jusqu’à dire que la corrida aurait une fonction, je pense qu’elle représente quelque chose. La violence sur écran que vous évoquez participe de cette aseptisation, et de la virtualisation, la violence est renvoyée à l’imaginaire, au même pas vrai, ou bien pour le 20heures soigneusement distanciée par l’écran et donc vidée de sa substance pour n’être plus qu’un vague concept. Au passage, je crains que cela ne soit terriblement dangereux de virtualiser ainsi la violence et la mort (ça nous renvoie à la bonne vieille polémique sur la dangerosité réelle ou supposée des jeux vidéo), mais bon, ce n’est que mon avis.

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/09/2012 @ 11:43

  50. Je ne sais pas… bon, je n’ai jamais assisté à une corrida, mais: est-ce que le fait que vous soyez assise dans les gradins au milieu de la foule ne virtualise pas aussi la violence que vous voyez? Pour parler comme au théâtre, est-ce que le quatrième mur n’est pas, aussi, un écran?

    Commentaire par QIAH — 25/09/2012 @ 12:04

  51. Bizarrement, je n’ai pas trouvé que les cérémonies mortuaires auxquelles j’ai assisté au crématorium d’Uccle (Bruxelles) aseptisaient la mort. En fait, je n’ai jamais autant ressenti la mort « en pleine gueule » que lors de la dispersion des cendres d’un vieux monsieur de 90 ans (et pourtant, j’avais assisté à sa mort, à l’hôpital). Mais je crois que tout dépend des endroits, et des défunts.

    J’ai déjà expliqué sous un autre billet ce qui me dérangeait dans la corrida : le fait qu’elle me renvoie à ma propre cruauté, à ma propre violence. Et sans doute aussi cette idéalisation de la mort : héroïque, sous le soleil et les bravos, sang et or dans l’arène… C’est ça qui me gêne et qui, d’une certaine façon, aseptise la mort pour moi. Parce que la mort, même quand elle est suivie des grandes orgues et d’un tombeau de marbre, elle n’est pas grande, elle n’est pas belle. La mort est inévitable, elle est la fin de toute vie (terrestre ?), mais elle est sale, elle est dure, elle est douloureuse. La mort, ça fait mal et ça pue.

    Commentaire par lambertine — 25/09/2012 @ 19:10

  52. des types qui s’habillent en rose pour tuer des vaches, ça m’a toujours paru bizarre, amis bon!!!

    Commentaire par legal — 26/09/2012 @ 22:12

  53. Attention Aliocha, vous devenez intelligent(e).

    Commentaire par Le Nom des Autres — 27/09/2012 @ 18:37

  54. @Lambertine : joli commentaire, vous avez raison, au crematorium on prend la morte en pleine gueule. Quand je dis « aseptise » j’évoque le traitement administratif, comme n’importe quel autre événement, de la mort. Effectivement, on la prend alors en pleine gueule pour peu que l’on ne se satisfasse pas de cela. En creux, il faut lire dans mon billet que la mort sans le sacré n’est pas admissible (ce qui m’amène à croire en quelque chose de supérieur, non parce que la réalité est insupportable, mais parce qu’elle est incomplète, c’est une banale quête de sens de ma part). Ce qui me fait dire au final, ce n’est pas l’idée de Dieu qui est absurde, c’est l’absence de dieu qui m’apparait au contraire comme impensable. je peux me résoudre à la mort d’un corps, pas à celle d’une âme. Cela me parait totalement insensé.
    La corrida vous renvoie à votre cruauté, la corrida elle-même ou l’idée de la corrida ?
    Je ne pense pas que le sacré, ou au minimum le décorum aseptise, je pense que ça donne un sens. Au demeurant, la corrida ne met pas en scène la mort, mais le contraire : triomphe sur la mort. Le « olé » de la foule salue la mort évitée par le torero habile qui a pris un risque insensé et s’en est sorti. C’est un hurlement de soulagement. On ne m’ôtera pas de l’idée que loin d’aller voir la mort, les afficionados vont voir un homme vaincre la mort. La corrida, c’est le rêve fou de regarder la mort en face et de la terrasser. C’est pourquoi les anti qui pensent que les spectateurs sont des dingues assoifés de sang font un contresens total. Ce qui ne m’empêche pas de comprendre qu’on ne supporte pas ce spectacle, je l’ai ressenti moi-même comme je le raconte. Simplement, il ne faut pas se tromper de combat.

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/09/2012 @ 21:13

  55. @Aliocha : le problème, c’est bien de terrasser une mort incarnée. Si vous pouviez remplacer cette incarnation par un dispositif aussi dangereux et imprévisible qu’un taureau mais mécanique, il n’y aurait pas d’anti-corrida. Car vous parlez de risque insensé, mais quand un torero, qui est payé pour cela (voilà qui confère du sens à son activité) s’en sort 99,99 fois sur 100, est-ce vraiment si risqué que cela ? Les anti qui pensent que les afficionados sont des dingues assoiffés de sang sont à mon avis bien moins nombreux que ceux qui souhaitent juste éviter qu’on torture une grosse bête sensible de manière non nécessaire.

    Commentaire par kuk — 28/09/2012 @ 05:11

  56. moi ce qui me choque, c’est le côté technique de la corrida: le taureau a une (très mauvaise) vision monochromatique, c’est à dire qu’il voit tout en gris et mal, il est atteint de strabisme convergent (le travail du torero consiste à agiter son chiffon au point de convergence du strabisme du taureau qui ne voit que cela et pas le toréador). tout le travail du toréador est de passer le plus près possible de la corne pour faire vibrer le spectateur, et je ne parle pas de tout le « travail » sur les cornes ‘en particulier depuis Domiguin) qui vise à diminuer la dangerosité de la bête. et puis quand le toréador commence à travailler la bête, celle ci est déjà passablement épuisée par tout ce qui a précédé. et last but not least la mise à mort est un geste très technique qui consiste à passer la lame entre 2 vertèbres qui sectionne la moelle épinière avant d’aller ouvrir le coeur provoquant une mort quasi instantanée, mais malheureusement il n’y a pas un pour cent de toréador capable de ce geste précis

    Commentaire par legal — 28/09/2012 @ 18:32

  57. Avec les manifs qui s’annoncent, vous inquiétez pas, le sang va pisser dru et ça sera pas du ketchup. Du bon gros baston comme sous cro-magnon, spectacle gratuit de rue.

    Commentaire par alut — 02/10/2012 @ 17:17

  58. Pour moi, tout a commencé quand l’empereur Constantin a interdit les combats de gladiateurs en 326. C’est à partir de là que je me suis vraiment mis à boire.

    Commentaire par oam — 03/10/2012 @ 10:27

  59. Merci et condoléances, Aliocha, très beau texte, et bien placé. Joli commentaire aussi, Kouett.
    Pour aller plus loin, comprendre, si ce n’est accepter, comment et pourquoi nous cachons la mort, et ce que cela dit de nous, je vous recommande les travaux de la discrète mais incontournable Noélie Viales (EHESS/Collège de France) : son classique « Le sang et la chair » ( http://terrain.revues.org/1999 ) ou certains de ses articles (plusieurs sont en ligne) – ça se lit tout seul.
    Sur les tauromachies, Frédéric Saumade, que vous soyez « pour » ou « contre », sauf si ça vous arrange de rejeter la pratique dans un infra-humain barbare et dépourvu de sens ( http://terrain.revues.org/2005 ).
    Sur le fond… Les anti-corrida, comme pour la plupart des mouvements proches, se recrutent surtout parmi des urbains, qui, à part des quelques animaux de compagnie anthropomorphisés et infantilisés, n’ont jamais partagé leur vie avec des animaux. Combien d’éleveurs parmi eux ? Je m’étonne toujours de leur arrogance à revendiquer une autorité sur un sujet – le traitement des animaux domestiques – dont ils ignorent tout.

    Commentaire par ratel — 04/10/2012 @ 10:48

  60. @Ratel : « Sur le fond… Les anti-corrida, comme pour la plupart des mouvements proches, se recrutent surtout parmi des urbains »

    Argument ad hominem qui parle de tout sauf du fond. Pas besoin d’être éleveur pour deviner ce que peut ressentir un taureau qui se fait planter des banderilles dans le dos pendant 20 minutes. Le sujet de la corrida n’est pas celui du traitement des animaux domestiques, mais celui du droit à infliger des sévices physiques à un autre être vivant doué d’un système nerveux. Quant à l’anthropomorphisme : je reprends les commentaires lus plus hauts :

    Aliocha(24) :
     » Et les combattants, qui ne sont pas de gentils bœufs de labour mais des animaux dangereusement agressifs qui chargent pour tuer, les combattants donc meurent en combattants, et parfois sont graciés »
    « (…) les afficionados (…) saluent sa dépouille à la fin pour peu qu’il ait été brave »

    Kouett’ (27) :
     » (…) [l’animal] ne combat pas s’il est malade ou affaibli. Comme dans n’importe quel combat loyal auquel peuvent se livrer les humains. »
     » il n’y a pas de diplomatie possible avec cette bête, pas de négociation, pas de cessez-le-feu. »

    Combattants, gentils, graciés, brave, loyal, diplomatie…

    Commentaire par kuk — 04/10/2012 @ 16:10

  61. @Kuk : Je ne crois pas que cet argument peut-être techniquement ad hominem soit sans pertinence sur le fond : la corrida, comme la chasse ou la consommation de viande, semble poser bien moins de problèmes à ceux qui vivent une empathie avec des animaux bien présents, qu’à ceux qui en imaginent – ou devinent, si vous préférez – une avec des animaux absents.
    Pour ce qui est de mon imaginaire propre, ou de ce que je devine, si je croyais en la réincarnation, le toro serait vers la tête de mes demandes d’affectation, tellement sa vie, globalement et mort inclue, me semble préférable à celle de la plupart des animaux non humains de cette planète.

    Commentaire par ratel — 04/10/2012 @ 17:16

  62. @ratel : L’argument de ceux qui « vivent une empathie » avec « des animaux présents » repose sur l’idée du bilan : je fais la somme du positif, je fais la somme du négatif, le positif l’emporte donc c’est acceptable. Je pense que ce type de raisonnement est très dangereux quand on discute d’éthique. Car on peut alors justifier bien des atrocités sous l’idée qu’au final, le positif l’emporte.

    La chasse, bien que possédant une dimension culturelle indéniable, ne me paraît pas s’inscrire dans le même cadre que la corrida. Il n’y a pas de volonté de faire souffrir l’animal, ou de lui attribuer des valeurs morales, comme les afficionados le font avec les taureaux. La consommation de viande marque un régime alimentaire qui remonte à l’émergence de l’homme. Sans ce régime de chasseur-cueilleur, l’homme ne serait pas ce qu’il est. Lire « le singe nu » de Morris par exemple. C’est une chose que de refuser de faire souffrir un animal s’il l’on peut s’en dispenser. C’en autre chose que de changer de régime alimentaire à l’échelle de la société.

    Commentaire par kuk — 04/10/2012 @ 17:57

  63. @Kuk, je ne vais pas rentrer dans un débat mano a mano, ce serait impoli envers Aliocha, entre autres, donc je m’arrêterai là. Je ne crois pas que vous ayez compris mes commentaires; vous n’avez certainement pas compris ce que nous mentionnais Aliocha en 11., qu’il n’y a pas « volonté de faire souffrir l’animal » dans la corrida, pas plus que quand un éleveur perce le nez d’un boeuf pour y passer l’anneau, par exemple, même si dans les deux cas il y a bel et bien souffrance. Je regrette que vous n’alliez pas lire quelques sources plus pertinentes sur le sujet que Morris, comme par exemple les auteurs que j’ai proposé – des chercheurs, non des militants d’un bord ou de l’autre -, qui vous éclaireraient sur le rapport en chasse, alimentation carnée et corrida, et sur bien d’autres choses. C’est tout.

    Commentaire par ratel — 04/10/2012 @ 18:24

  64. @ratel : vous avez raison. Je n’ai pas compris. J’ai aussi utilisé un raccourci très maladroit en parlant de « volonté » de faire souffrir l’animal. Je ne prétends pas que faire souffrir le taureau soit un objectif du torero, et n’ai jamais affirmé que la corrida soit dépourvue de sens ou de symbolisme. Ce qui me manque, c’est le caractère nécessaire du rite de la corrida. Si l’on admet que le rite est non nécessaire, alors on accepte qu’en le pratiquant, on inflige une souffrance évitable au taureau et que l’on passe au-dessus de celle-ci. Il y a volonté d’effectuer un rite contingent dont sait qu’il va entraîner la souffrance de l’animal (voila qui était mal raccourci par « volonté de faire souffrir l’animal »)

    Vos sources, j’ai cliqué dessus avant ma 1ère réponse. Je ne doute pas de leur intérêt. Admettez toutefois, avant de regretter que je n’aille les lire, que vos liens ne lient pas aux textes, et qu’il me faudrait de toute façon un peu de temps pour lire leurs 300 pages.

    Commentaire par kuk — 04/10/2012 @ 19:54

  65. @ratel. J’aurais toutefois une dernière question. Kouett’, dans un billet que vous avez apprécié (donc que vous avez probablement mieux compris que moi), dit :
    « Il n’y a pas de sadisme dans l’arène, il y a seulement de la cruauté »

    Selon le TLF : cruel : Qui prend plaisir à provoquer volontairement la souffrance physique ou morale d’autrui (ou d’un animal).
    D’après vous, y a-t-il de la cruauté dans l’arène ?

    Commentaire par kuk — 04/10/2012 @ 20:10

  66. Votre plume aurait fait des ravages autrefois, mais aujourd’hui grâce à internet et à cet océan d’informations ce petit pamphlet en hommage à la Corrida passe totalement inaperçu. Vous vous êtes trompé d’époque, mon très cher Aliocha. Les mœurs évoluent et les consciences aussi. Les corridas sont désormais les tristes vestiges d’une époque révolue. Connaissez vous bien tous les chiffres actuels ? Les arènes sont presque vides, les organisateurs ont du mal à boucler les budgets. « Ca eut payé » comme dirait Fernand, mais ça ne paie plus ! La « tradition », parlons-en. Elle n’est pas française et pas si vieille que ça dans notre beau pays. Arrêtez de penser que cette boucherie puisse être le moteur des férias. Sachez, mon bon Aliocha que la plupart des taureaux meurent par asphyxie étouffés par leur propre sang suite aux nombreuse hémorragies infligées par le matador. On nous a toujours fait croire qu’il suffisait d’un coup d’épée pour que l’animal s’écroule mort. Mais avez-vous déjà vu une Corrida ? L’animal souffre, titube, essaie de rester sur ses pattes, la langue pendante, la tête basse qu’il ne peut relever après la blessure mortelle du picador, le dos mutilé par ces dangereux harpons qui augmentent les saignements et la douleur. Tous les examens vétérinaires qui ont été pratiqués sur des taureaux de combat font les mêmes constats. La bête souffre horriblement, libérant de nombreuses toxines dans le corps rendant la viande impropre à la consommation.

    Alors STOP ! Prenez un autre sujet… et révisez vos fiches la prochaine fois.

    Commentaire par Christophe POULET — 07/08/2014 @ 18:03

  67. Ce n’est pas parce qu’on est adulte que l’on doit tuer l’enfant que nous étions…

    Commentaire par Christophe POULET — 07/08/2014 @ 18:11


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