La Plume d'Aliocha

13/09/2012

Ethique en toc

Filed under: Débats,Droits et libertés — laplumedaliocha @ 22:28
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Tandis que Vincent Peillon souhaite inscrire la morale laïque au programme scolaire – ce qui amuse mon ami Philarête  – le gouvernement s’embourbe dans le dossier Pulvar-Montebourg- Pigasse, faute précisément d’avoir appliqué les principes de base de l’éthique.

Pour les distraits, je rappelle le contexte. Les Inrocks ont embauché Audrey Pulvar, compagne du ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, au mois de juillet dernier en qualité de directrice de la rédaction (le plus haut poste dans un journal). Tout récemment, la banque Lazard, dirigée par Matthieu Pigasse, (également patron des Inrocks ainsi qu’actionnaire du Monde et du Huffington Post), a obtenu de Bercy un marché public : c’est à elle que revient le soin d’orchestrer le montage de la Banque publique d’investissement destinée à financer les PME. Et hop ! Des esprits chagrins ont tout de suite imaginé que l’obtention de ce marché était la contrepartie de l’embauche d’Audrey Pulvar. Un renvoi d’ascenseur en quelque sorte. Le communiqué de presse (Source Bakchich via l’excellent dossier d’ @si) évoque une décision commune de Pierre Moscovici et d’Arnaud Montebourg. Mediapart, qui défend l’actuel gouvernement avec autant d’empressement et de naïveté qu’il enfonçait le précédent, avance que Montebourg aurait été en réalité écarté par Moscovici, dont il contesterait d’ailleurs la décision. On est tenté de dire : peu importe le soupçon est là, et c’est grave.

Lors de la nomination d’Audrey Pulvar à la tête des Inrocks quelques journalistes avaient discrètement protesté, mais leurs inquiétudes déontologiques s’étaient retrouvées englouties sous le flot habituel d’arguments féministes fumeux scandés par des esprits aussi généreux que légers  : non, une femme ne pense pas forcément comme son homme, non elle ne doit pas lui sacrifier sa carrière, oui Audrey Pulvar est indépendante, par principe et jusqu’à preuve du contraire. En réalité, cela posait bel et bien un problème  : la compagne d’un homme de pouvoir à la tête d’un organe du contre-pouvoir, ça fait désordre. Objectivement. Inutile de polémiquer sur la capacité ou non d’Audrey Pulvar à s’émanciper de son homme. Cette seule question est une insulte à son endroit, même quand on pense bien faire en y répondant par l’affirmative avec conviction. Bien sûr qu’elle est présumée professionnelle et indépendante, le sujet n’est pas là. Le sujet c’est que sa position est objectivement intenable car source potentielle de conflits d’intérêts et donc de soupçon. Dans ce genre de situation, les professions plus disciplinées que la nôtre sur le terrain déontologique (mais pas forcément meilleures) ont une solution fort simple : l’abstention. En cas de risque de conflit d’intérêts, on refuse d’accomplir la mission, d’occuper le poste, de réaliser l’action qui pose un problème d’apparence d’indépendance. Pour éviter précisément ce qui est en train de se produire. On redoutait une influence gouvernementale sur la ligne éditoriale du journal, le problème a surgi ailleurs, ce qui illustre au passage le nombre d’ennuis auxquels on s’expose quand on refuse d’appliquer la solution dictée par l’éthique.

Bien sûr, l’apparence d’indépendance n’est pas une garantie absolue, mais c’est ce qu’on a trouvé de mieux pour éviter de s’embarquer dans des spéculations hasardeuses sur l’indépendance profonde de chacun.

On observera au passage que c’est un fort mauvais exemple à présenter aux futurs élèves des cours de morale laïque annoncés par Vincent Peillon. Les gamins auront beau jeu de citer le comportement pour le moins léger des politiques afin de mettre leurs enseignants dans l’embarras (ah les sacripants !). C’est le plus vieux réflexe du monde que d’invoquer, pour s’affranchir d’une règle, l’excuse du voisin transgresseur. Alors quand en plus le mauvais sujet appartient à l’élite, celle-là même qui est censée donner l’exemple, l’argument prend une force toute particulière. Bonne chance aux futurs enseignants de morale laïque !

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26 commentaires »

  1. Ce qui me fait penser à une citation de Tocqueville que je ne résiste pas au plaisir de partager:

    « Ce qu’il faut craindre, ce n’est pas tant la vue de l’immoralité des grands que celle de l’immoralité menant à la grandeur. Dans la démocratie, les simples citoyens voient un homme qui sort de leurs rangs et qui parvient en peu d’années à la richesse et à la puissance ; ce spectacle excite leur surprise et leur envie : ils recherchent comment celui qui était hier leur égal est aujourd’hui revêtu du droit de les diriger. Attribuer son élévation à ses talents ou à ses vertus est incommode, car c’est avouer qu’eux-mêmes sont moins vertueux et moins habiles que lui. Ils en placent donc la principale cause dans quelques-uns de ses vices, et souvent ils ont raison de le faire. Il s’opère ainsi je ne sais quel odieux mélange entre les idées de bassesse et de pouvoir, d’indignité et de succès, d’utilité et de déshonneur.»

    Il me semble que c’est à peu près ce que dit Aliocha.

    Commentaire par Philarête — 13/09/2012 @ 23:28

  2. Bonsoir aliocha,
    Je crois que votre article et cette situation soulève deux problèmes distinct :
    – l’embauche par une personne de la femme d’un ministre, qui va ensuite recevoir des contrat de l’état,
    – les relations entre politiques et journalistes, qui mettent à mal l’objectivité et la déontologie du contre pouvoir que sont les médias.

    Le premier problème est difficilement soluble, et peut donner lieu à des arguties sans fin. On pourrait de facto interdire à un conjoint de ministre de travailler pour un groupe ayant des relations avec un l’Etat, mais il est vrai que cela freinerait très fortement les possibilité de carrière du conjoint, c’est indéniable.

    Par contre je pense que le deuxième problème n’en est pas un. Les médias n’ont jamais été objectifs et ne seront jamais des gardiens de la démocratie. Il ne sont que la voix de leurs propriétaires ou bailleurs de fonds. C’est vrai pour le Figaro, Le Monde, ou le Canard Enchainé. C’est juste le propriétaire qui change, est donc le point de vue. Audrey pulvar est aux inrocks? La belle affaire!! Ça crée juste un changement de point de vue. C’était un journal d’opposition, ce sera un journal du pouvoir. Et après, tant que cette relation n’est pas caché, tout le monde peut recontextualiser la situation. Bref, C’est ni mieux, ni pire. Mais ça ne mérite pas en soi de faire polémique.

    Commentaire par Adrien Bis — 14/09/2012 @ 00:06

  3. Vous mettez le doigt sur un  » problème sociétal » qui est celui de l’exemple.et du vieil adage : « Fais ce que je dis et pas ce que je fais » on en voit les éffets pervers partout et principalement à l’école où les exemples sont ceux donnés par les aînés, les professeurs étant autant tenus à montrer courtoisie, écoute et bienveillance face à leurs élèves. Ce n’est pas toujours le cas.
    Savoir enseigner savoir discuter savoir appliquer certaines règles lorsqu’on détient un pouvoir quel qu’il soit et montrer l’exemple , tout est là.

    Commentaire par Scaramouche — 14/09/2012 @ 08:43

  4. Audrey Pulvar s’entichant d’un futur-ex-ouvrier de chez PSA ou Arnaud Montebourg declarant sa flamme à l’employée de sa boulangère….Ce doit être possible en Démocratie
    Et leurs enfants (Kevin ou Paul?) sauront-ils saisir l’opportunité des contrats d’avenir?

    Commentaire par Padova — 14/09/2012 @ 08:57

  5. Le grand problème de la société actuelle est que nous avons oublié la valeur de l’exemple.
    C’est valable pour tous et encore d’avantage pour celui qui détient un pouvoir . On disait autrefois « Noblesse oblige »
    Or depuis le simple instituteur et que ce soit dans la rue dans les boutiques ou en famille on exige de l’autre ce qu’on est incapable de donner soi-même.
    Avant de s’en indigner il serait bon de faire son propre examen,, Peut-être que le népotisme a toujours existé, mais disons qu’il était moins voyant et moins donneur de leçons.

    Commentaire par Scaramouche — 14/09/2012 @ 09:47

  6. @Philarête : Merci Philarête. C’est en effet ce que j’aurais dit si j’avais la plume de Tocqueville et la profondeur de sa réflexion 😉 Cela étant, en lisant votre belle citation, je songeais que Balzac aurait pu écrire la même chose tant cette question l’obsédait (et moi par la même occasion puisque Balzac a été mon précepteur – non je ne suis pas agée de 150 ans -)

    @Adrien Bis : voui, faisons tout et n’importe quoi, envoyons valser les règles, cultivons le tout pour ma gueule avec enthousiasme, puisque tout est pourri de toute façon…Hélas, je ne pense pas ainsi, mais je sais qu’il faut parfois faire un détour pour mesurer la pertinence de la règle.

    @Padova : oups, vous voulez dire que tout ceci n’est qu’affaire d’ambition, allons, allons, une si belle histoire d’amour, quel mauvais esprit 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 14/09/2012 @ 11:18

  7. @tous : mon chasseur de spams est un peu dingue en ce moment. Si votre commentaire n’apparait pas, soyez patients, je ne censure personne, c’est le blog qui débloque !

    Commentaire par laplumedaliocha — 14/09/2012 @ 12:16

  8. Je plussoie Adrien Bis. Et il ne s’agit nullement de dire que « tout est pourri de toute façon » ! Simplement que rien n’est objectif. Audrey Pulvar aux Inrocks, ce n’est ni mieux ni pire que Serge Dassault (député UMP) à la tête de : Le Figaro, L’Express, Presse Océan, La Voix du Nord, Le Progrès, Le Dauphiné, Le Bien public…

    Commentaire par Ginkgo — 14/09/2012 @ 12:19

  9. Oups pardon : Dassault : sénateur UMP (et non député)

    Commentaire par Ginkgo — 14/09/2012 @ 12:19

  10. @Gingko : et moi je ne plussoie pas. Et j’ai même du mal à comprendre pourquoi on excuse à gauche ce qu’on dénonce à droite. Dassault, c’est mal, Pulvar, c’est pas plus mal, donc au fond tout est OK. Voilà toute l’ambition morale de la gauche donc : faire pas plus mal que la droite. Comme dirait Gabin dans Le Président : « quand on a cette ambition là, on ouvre un bazar, on ne dirige pas une nation ! » Lamentable.

    Commentaire par laplumedaliocha — 14/09/2012 @ 19:24

  11. Une petite différence entre Pulvar et Dassault : la première est salariée et peut se faire virer n’importe quand, le second est proprio du journal.
    La première est en situation inconfortable surtout quand la gauche est au pouvoir, le second l’est tout le temps puisque la commande publique, joue un rôle majeur dans les résultats du groupe, quelque soit la majorité. La première n’a aucune puissance financière et n’influe que sur un seul journal à tirage respectable mais limité, le deuxième est un géant du CAC 40 et de la presse, à la puissance de feu (au propre comme au figuré) inégalée en France.

    Donc oui, Pulvar aux Inrocks c’est mal – et Dassault et le Figaro and co, c’est très mal (et pas seulement parce que l’une est de gauche et l’autre de droite :-)). Vous avez peut-être entendu la chronique de Sophia Aram sur France Inter à son sujet, assez cinglante, lu les dossiers d’@si et quelques autres papiers vénimeux. Preuve que cette situation titille une partie, certainement trop faible, mais non négligeable de la gauche. Alors arrêtez de parler de l’ambition morale de « la gauche ». Le PS n’est pas la gauche.

    Commentaire par kuk — 14/09/2012 @ 20:32

  12. @ Adrien bis et à ceux partageant son avis : l’objectivité, en soi, est sans doute inatteignable.
    Mais on peut tenter d’y tendre, c’est-à-dire poser une distance entre soi et ses préjugés. Douter, surpasser ce doute, trancher. Interroger les faits. Voir ce qui est de l’ordre du postulat et ce qui est de l’ordre de la démonstration. Cibler les faiblesses d’une démonstration.

    La rigueur intellectuelle est-elle étrangère au journalisme, qui ne serait qu’un militantisme variant en fonction des envies du propriétaire du moment? J’ose croire que non. C’est, à vrai dire, une vision désespérante du journalisme.

    Et, quant au rapport entre démocratie et journalisme : pouvoir connaître la réalité des faits me semble bien au contraire absolument essentiel. Un journal non indépendant car soumis au pouvoir risque d’occulter ce qui gêne, de dissimuler ; en tout cas, la confiance en l’information sera très relative. Un journal non indépendant car soumis aux impératifs de rentabilité risque de voir modifier son sens des priorités (agissant en fonction d’impératifs étrangers à l’information et à son importance) et de créer des polémiques de toutes pièces pour hystériser (et vendre). Dans un cas comme dans l’autre, c’est regrettable.

    Sinon, rien à ajouter au billet d’Aliocha. Comme je l’avais exposé, la question n’est pas de savoir si elle est indépendante ou non en son for intérieur ; c’est-à-dire savoir si elle peut maintenir totalement séparé son coeur de sa tête (ce qui est un exercice que je juge quasiment impossible…). Le problème, c’est bien la défiance (fort logique au demeurant) que cela induit. Ainsi, une décision politique est a priori vue avec soupçon de ce seul fait. Ainsi, la crédibilité disparaît. Ainsi, la légitimité de l’action s’évanouit. Et qu’est-ce qu’une politique illégitime? Pas grand-chose. Et qu’est-ce qu’un journaliste non crédible? Une information non crue? Quasiment rien aussi.

    Je ne peux m’empêcher

    L’indépendance, c’est donc un état d’esprit -et un combat à mener en son for intérieur- ; c’est aussi une apparence. Sur ces deux fronts, les journalistes ont fort à faire. Je leur souhaite bien du courage.

    Commentaire par Flash — 15/09/2012 @ 01:59

  13. L’objectivité en matière de journalisme est un des serpents de mer du métier. On en a beaucoup parlé sur ce blog. Comme certains le savent ici, j’ai une formation d’avocat à la base et je pense justement que l’organisation du débat judiciaire est susceptible de nous éclairer. Quand on avance un argument en justice, l’adversaire doit toujours être placé en situation d’y répondre, c’est ce qu’on appelle le principe du contradictoire. Ainsi le juge peut-il, en entendant les arguments des parties, avoir une vision complète du dossier et rendre son jugement.

    Ramené au journalisme, cela nous oblige à rendre compte des faits, mais aussi à solliciter l’opinion des personnes mises en cause. Un bon papier, à mon sens, c’est un papier qui parvient à donner une vue d’ensemble sur un sujet en rendant compte de ses contradictions et de ses nuances. Est-ce de l’objectivité ? Pas parfaite, sans doute, car il entrera toujours dans l’organisation du récit une part de subjectivité involontaire qui heurtera les puristes. Mais c’est le minimum à faire, et en même temps le mieux que l’on puisse faire. Au demeurant, quand un article n’est pas objectif, les lecteurs le détectent vite et s’en indignent. Voilà qui démontre sans doute en creux que l’objectivité existe et qu’elle est souhaitable puisque son absence saute aux yeux et irrite…

    L’objectivité a été mon obsession pendant toute la rédaction de mon livre sur Kerviel : présenter la position de chacune des parties (Socgen, Kerviel, les salariés et les actionnaires), m’interdire toute pollution de sentiment personnel, m’effacer derrière le récit des faits. L’une des clefs en l’espèce était de s’abstenir de vouloir démontrer quoique ce soit et de s’en tenir à une sorte de description chirurgicales. Aujourd’hui, mes amis me demandent systématiquement ce que je pense de Jérôme Kerviel car ils sont frustrés de ne pas parvenir à identifier mon opinion à la lecture du livre. C’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire. J’ai en effet un avis sur Jérôme Kerviel, mais il ne regarde que moi, il a beaucoup varié, et il pourra varier encore, de sorte qu’il n’a pas grand intérêt. L’important, c’est qu’à la lecture du récit, le public puisse se faire sa propre opinion ou, à tout le moins, se poser les bonnes questions.

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/09/2012 @ 14:02

  14. Chère hôtesse, vous êtes bien discrète depuis trop longtemps…
    Je me permets plutôt de souligner ce qu’avait de méprisant le terme de redressement moral employé par le ministre. Que notre moral soit dans les chaussettes, je suis prêt à l’admettre mais que ma morale soit tordue, alors là, je proteste.
    Bientôt les maisons de redressement de ma jeunesse?
    je vais t’apprendre la politesse, petit con!

    Commentaire par araok — 15/09/2012 @ 14:07

  15. @Flash
    Mais on peut connaître la réalité des fait aussi bien en lisant les Inrocks, que le Figaro ou le canard. Il y a des lois qui permettent d’avoir cette garantie. Là où tout change, c’est dans l’analyse qui va en être faite. Et là on sait que c’est parfaitement impossible pour un journal d’être parfaitement objectif, parce que un journal étant un objet économique et politique sera toujours prisonniers de ses propres intérêt. Que la femme d’un ministre pantoufle dans un journal, ou qu’un sénateur, membre d’un parti majeur en possède un ne me choque pas. A partir du moment où c’est transparent, on peut recontextualiser.

    @Aliocha
    J’avoue qu’en plus je ne jamais compris cette demande d’un journal « objectif ». C’est un pur non sens. L’objectivité des médias ne peut résider que dans son pluralisme. Vous prenez en exemple le fonctionnement de l’institution judiciaire. Je trouve la comparaison très bonne mais n’en fait pas la même analyse (cf plus haut). Aucun des acteurs du débat (en considérant que le juge ne fait que le diriger) n’est objectif. Chacun fait feu de tout boit pour démontrer son point de vue. On ne verra pas un avocat de la défense soulever de lui même un argument qui nuirait à son client (un bon avocat en tout cas).
    Et c’est au juge de trancher ensuite. Et ça marche bien
    Les journaux c’est pareil, c’est au lecteur, in fine, de se faire son opinion. Et inutile de soulever l’argument que souvent on n’achète qu’un journal, un juge qui n’écoute que ce que dit le proc, ça doit bien se trouver aussi.

    Commentaire par Adrien Bis — 15/09/2012 @ 16:33

  16. au final, que pensez vous du fait qu’une femme ou compagne d’un homme de pouvoir conitnue a etre journaliste? Est ce compatible ou pas?
    j’ai du mal a comprendre trierwaler qui attaque un journal pour une photo, elle devrait pourtant connaitre les journalistes et etre encore plus souple avec eux

    Commentaire par Lisa — 15/09/2012 @ 16:39

  17. @ Adrien Bis : un bon avocat ne tait pas les faits pouvant nuire à son client. Il part du principe que son adversaire n’est pas un demeuré. Et laisser le terrain libre à son adversaire pour développer sa thèse sur un point sensible, c’est là un gros risque. Un bon avocat prend tous les faits, et la démonstration qu’il fait doit être logique ou du moins avoir l’apparence de la logique. Il faut que ce soit vraisemblable, il ne s’agit pas de mentir, d’être un mercenaire de la parole. Il s’agit d’apporter un éclairage sur un dossier ; un éclairage technique, un éclairage humain. Et cet éclairage, on ne saurait le tirer du néant. Même l’avocat doit faire preuve de rigueur et respecter un certain nombre de règles quant aux débats.

    Ce que les gens veulent, ce n’est pas l’opinion politique du journaliste. L’édito est là pour être une tribune d’opinions. Ce qu’ils veulent dans les articles, ce sont des faits. Pas des faits bruts, bien sûr : il s’agira aussi de démonter les artifices de la communication, de dissiper les doutes, d’éclairer les mensonges. Il s’agit en somme d’avoir une approche rigoureuse, qui n’a rien d’incompatible avec le fait d’avoir une opinion politique.

    Or, n’est pas une approche rigoureuse une adhésion inconditionnelle, les dépêches du Gouvernement étant une Parole Révélée, tout comme une critique systématique sans aucune mise en perspective. Cette rigueur-là fait parfois défaut et n’a rien à voir avec la question du pluralisme : il s’agit de savoir si le journaliste fait son job (un journaliste ne fait pas de la com’…). Autrement dit, pour que le pluralisme soit utile, c’est-à-dire pour qu’on ait plusieurs analyses, encore faut-il avoir des analyses et non des postures dictées par la paresse intellectuelle (liée à l’absence de rigueur), à la peur de perdre les annonceurs ou aux sujétions affectives.

    Petit détail amusant : dans la formation des journalistes au CFJ, j’ai ouï-dire qu’on apprenait aux futurs journalistes à couper la parole et à provoquer les invités affiliés au FN pour qu’ils ne puissent pas parler. Sans doute est-ce là une chose indifférente, puisqu’il y a Minute. Mais pour ma part, cela me chagrine. Le militantisme tuera le journalisme. Et une fois que le journalisme sera mort, à quoi bon le pluralisme?

    Commentaire par Flash — 15/09/2012 @ 18:33

  18. @Flash,
    De même qu’un avocat, un journaliste ne ment pas, parce qu’il encours de grave problème légaux s’il le fait, mais en analysant des faits, il va présenter un raisonnement logique qui pourra montrer des choses ou une autre. La aussi, entre les fait, qui sont plus ou moins indiscutable, et leur appréciation, qui dépend du corpus moral de tout un chacun, il y a une différence. Et dès qu’on donne une appréciation, une analyse, on est plus dans l’objectivité brut des faits.
    Et justement, un journal ne doit pas être juste une mise en ligne de fait brut. Pour ça il y a l’AFP.

    Prenez l’exemple de la guerre en Syrie. Les journalistes qui sont là-bas font un travail journalistique remarquable. Mais ils ne sont pas objectifs. Ils ne sont présent que d’un coté, ne voient qu’une partie des choses. Pire, comme on pourrait probablement déjà écrire plusieurs thèses sur les évènement ayant eu lieu, ils ne peuvent pas tout mettre dans leurs articles, et donc ils sélectionnent leurs informations, nous donnant selon eux ce qui est le plus important. Et là on est déjà dans l’opinion.

    Alors à quoi bon exiger quelque chose qui finalement est contre nature? Que chaque journaliste analyse les fait qu’il couvre comme bon lui semble, selon leur valeurs morales et/ou ses intérêt politique et économique. Du moment que leurs intérêts sont connus, tout le monde peut relativise la portée d’un article.

    Commentaire par Adrien Bis — 15/09/2012 @ 18:55

  19. @ Aliocha #6 :

    Hors sujet, mais je viens de terminer la relecture de « La Rabouilleuse », et j’ai entamé celle de « Pot Bouille »… Redressement moral, déontologie : c’est du joli tout ça !

    C’est marrant, je ne me souviens pas avoir subi pareil rapt lors de ma première rencontre avec Flore Brazier. Ce coup-ci, par contre : séquestré !

    Pour finir, avez-vous lu ou relu dernièrement Thérèse Raquin ? Non?

    Courez-y.

    A bientôt pour une réaction plus en phase avec le thème proposé.

    (Quoique Balzac…)

    Commentaire par Zarga — 15/09/2012 @ 19:48

  20. Ah, ah, ah, l’avocat de Clara Morgane (et accessoirement de JKerviel) classé parmi les plus puissants de France. Mais qu’est ce que GQ entend exactement par « puissant » en l’espèce ? http://www.gqmagazine.fr/pop-culture/saga/diaporama/les-avocats-les-plus-puissants-de-france/2105/image/275356

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/09/2012 @ 22:41

  21. Mais voyons, refaire le monde sur RTL avec Fogiel, si ca ce n’est pas super puissant …

    Commentaire par Maelle — 15/09/2012 @ 23:04

  22. Plutôt d’accord avec Adrien, mis à part que je vais plus loin : les journalistes ne mentent peut-être pas, mais les journaux mentent. Tous les journaux mentent. Pas en racontant des choses fausses, pas même en les analysant d’un point de vue plus ou moins biaisé, mais par omission. Et ce n’est pas nécessairement de la mauvaise foi de leur part : ils y sont obligés. Ils ne peuvent pas « tout » publier. Donc, ils trient les infos, et le tri n’est pas anodin. C’est d’ailleurs le tri de l’info qui fait la « couleur » d’un journal, bien plus que ses analyses ou ses éditoriaux. Et ce tri est inévitable.

    Commentaire par lambertine — 17/09/2012 @ 17:51

  23. Cette affaire souligne le manque d’un Ministère, celui du Redressement de l’Ethique et de la Morale Politique.

    Commentaire par Oeil-du-sage — 17/09/2012 @ 20:13

  24. Globalement d’accord avec votre article, sauf quand vous dites que Mediapart « défendrait l’actuel gouvernement avec autant d’empressement et de naïveté qu’il enfonçait le précédent », j’ai l’impression qu’on ne parle pas tout à fait du même journal. Je vous cite juste quelques liens récents quand au traitement par Mediapart d’actus récentes qui se rapportent (directement ou indirectement) au gouvernement. Même si vous n’êtes pas abonnée, je pense que vous aurez accès au chapeau des articles en question:

    http://www.mediapart.fr/journal/france/160912/l-oubli-fiscal-du-ministre-francois-lamy
    http://www.mediapart.fr/journal/international/120912/en-coulisses-le-gouvernement-s-echarpe-sur-les-contours-de-la-future-eu
    http://www.mediapart.fr/journal/economie/140912/la-banque-publique-d-investissement-coule-avant-meme-sa-mise-leau
    http://www.mediapart.fr/journal/france/110912/une-dynamique-emerge-contre-le-traite-europeen-tscg
    http://www.mediapart.fr/journal/france/280812/socialistes-vous-avez-aime-la-renovation-voici-la-caporalisation
    http://www.mediapart.fr/journal/france/050912/sarkozy-hollande-l-anormale-continuite

    http://www.mediapart.fr/journal/france/140912/des-gendarmes-varois-racontent-les-pratiques-illegales-contre-les-roms
    http://www.mediapart.fr/journal/france/030912/evry-mise-en-scene-oblige-lexpulsion-des-roms-court-circuite-la-justice
    http://www.mediapart.fr/journal/france/280812/environ-2000-roms-ont-ete-deloges-cet-ete

    Commentaire par Jor — 17/09/2012 @ 21:23

  25. Cette déconnexion entre paroles et actes est un mal mortel.
    C’est le thème d’un récent billet de Paul Jorion sur son blog : Stiglitz et lui (et d’autres) disent la nocivité des politiques économiques actuellement suivies, ils sont connus, lus, invités sur les plateaux de télévision, l’actualité apporte la vérification quasi expérimentale de leurs analyses, et pourtant rien ne se change. Leur parole ne compte pas.
    Sakorky prononça un discours dans lequel il dit solennellement que « la violence n’est jamais une solution » et quelques semaines plus tard il lança la France dans une campagne militaire contre la Libye, manifestement certain que la violence serait une solution. Ses paroles, ses propres paroles, n’avaient pas compté.
    Les socilalistes disent « pas de cumul » et ils cumulent à qui mieux mieux, ils disent « pas de mélange vie publique-vie privée » et ils les mélangent sans retenue. Leurs paroles ne comptent pas
    C’est beaucoup grave qu’une simple question d’ethique.
    Nous avons foi en l’argent, foi en la réussite, foi en la force… mais nous n’avons plus foi en la parole. C’est un mal mortel.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 18/09/2012 @ 12:00


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