La Plume d'Aliocha

29/08/2012

L’apocalypse selon Unilever

Filed under: Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:49
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Il y a quelques mois nous tremblions à l’idée que les agences de notation puissent nous dégrader et, ce faisant, mettre à genoux tout un peuple par l’effet conjugué de la folie médiatique et de la dinguerie des marchés financiers. Et puis l’affaire a laissé place à d’autres nouvelles suscitant d’autres angoisses. Qui aurait imaginé à l’époque qu’un fabricant de lessive se transformerait à son tour en oracle et nous prédirait comme ça tout-à-trac, le retour de la pauvreté en Europe ? Et pourtant Unilever l’a fait.  Comme le note @si, on ignorait que la pauvreté avait disparu de nos aimables contrées. Le site relève également que tous les médias ont offert comme un seul homme une tribune au lessivier lui permettant de se faire de la publicité gratuitement. Car Unilever, fort de sa prédiction cataclysmique, annonçait dans le même temps la mise sur le marché de produits de plus petite taille à un prix moins élevé. Personnellement, j’ai entendu la nouvelle sur BFMTV qui est un des rares médias à avoir démaquillé l’information et posé la bonne question : ne risque-t-on pas de nous faire avaler une jolie augmentation du prix au litre ou au kilo, sous couvert d’une diminution du prix à l’unité ? Eh oui, c’est fort probable. Pourquoi les médias ont-ils relayé ainsi, me direz-vous ? Parce que les sujets « crise » ont le vent en poupe actuellement. Ecrivez « crise » dans un communiqué de presse et vous êtes sûr d’avoir un coup de fil de journaliste dans la seconde.

Qu’importe cette petite errance médiatique,  le plus important à mon sens est ailleurs.  La multinationale, dont on trouve les produits partout mais que l’on serait bien en peine de situer sur la carte si on nous demandait où se trouve son siège social, ce mastodonte qui ausculte en permanence le pouls de ses consommateurs dans chaque pays du monde, cet oeil gigantesque qui jamais ne se ferme a donc aperçu la déconfiture de la « région commerciale Europe »et nous l’annonce, sans ciller. On en frissonne. Que cela n’interpelle personne montre que nous nous sommes habitués à l’idée de n’être que de simples consommateurs. Dans ces conditions, comment s’étonner que ce soit une multinationale de lessive qui nous informe de notre prochaine disparition ? En cessant de consommer, nous cessons forcément d’exister. Je me souviens de la fin du roman Plateforme de Houellebecq. Le génial auteur, l’un des seuls romanciers en France qui fasse autre chose que de s’explorer le nombril en se demandant pourquoi il est moins rond que le trou de son c.l., ce visionnaire donc fait dire à son personnage principal alors qu’il imagine la fin de sa vie de modeste salarié français parti s’installer en Thaïlande : « Quelques vendeurs ambulants hocheront la tête. Mon appartement sera loué à un nouveau résident. On m’oubliera, on m’oubliera vite ».

Unilever, dont la crédibilité est infiniment supérieure à celle d’un marchand ambulant thaïlandais, nous donne pour morts, en tout cas au regard de notre capacité à consommer de la lessive. Il faut croire que nous mourrons salement, ce qui ajoute au tragique de la situation une connotation sordide. Imaginez donc des cohortes de consommateurs sans le sous errant à travers l’Europe dans leurs guenilles puantes ! Avec les anciens dieux au moins, nous avions le sentiment de pouvoir négocier, prier, supplier et qui sait peut-être obtenir un miracle, même si Alfred de Vigny trouvait cela lâche. Le dieu de la lessive quant à lui n’a trouvé, du haut de son olympe surplombant notre société de consommation mondialisée,  qu’une chose à faire : nous précipiter plus vite dans le précipice en nous vendant plus cher les produits de première nécessité. Un truc à nous faire regretter les colères fracassantes du bon vieux barbu de la Bible ou les facéties de ces dévoyées de divinités romaines. Mais bon, il y en a qui voient dans l’éradication des superstitions infantiles de nos ancêtres un splendide progrès de civilisation. Tâchons de croire qu’ils ont raison, cela nous épargnera la souffrance indicible de mourir lucide. Et sale, de surcroît.

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36 commentaires »

  1. Bonjour Aliocha,

    « Qui aurait imaginé à l’époque qu’un fabricant de lessive se transformerait à son tour en oracle et nous prédirait comme ça tout-à-trac, le retour de la pauvreté en Europe ?  » Unilever ne prédit pas grand chose, il ne fait que constater. Outre le fait qu’il est heureux de savoir que cette entreprise, comme toutes les entreprises, se préoccupe des marchés qui sont les siens (et donc fasse de la prospection et des études sur ce sujet), les informations sont par ailleurs disponibles: http://www.ndf.fr/nouvelles-deurope/28-08-2012/la-france-nest-plus-un-pays-riche?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+ndf-fr+(Nouvelles+de+France) ou plus précisément là: http://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/Economie_et_Statistiques/base_de_donnees/chiffres-cles-zone-euro/zoneeuro.pdf. Désolé, mais là, c’est le grand silence. On attend tous impatiemment les déclarations de ce ministre à qui le surnom d’éolienne va si bien tellement il brasse du vent. Remarquez, au sujet du silence sur ce genre d’information, nous sommes maintenant habitués. Cela ne m’étonne même pas.

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 30/08/2012 @ 09:18

  2. Tiens c’est marrant, je me fais le même genre de commentaire quand les médias reprennent comme un seul homme qu’à compter du 13 mai 2011 [date imaginaire], la terre vit à crédit écologique, sans s’interroger une seule seconde sur le concept et ses limitations…
    Et comme ça avait bien marché la dernière fois, on a maintenant droit à une version annuelle (genre à compter du 7 octobre 2012 [date imaginaire encore], nous vivrons à crédit écologique)…

    Commentaire par Cimon — 30/08/2012 @ 12:14

  3. Quel pessimisme quand même !

    C’est peut-être pour ça que les « zombies » sont à la mode !
    Tapez « zombieland » sur Google, et vous aurez plus de 8 millions de réponses !
    D’ailleurs la bande annonce du film (de 2009) commence par : « Planète Terre, lieu d’habitation de plus de 6 milliards de gens. Aujourd’hui, notre existence même est mis en danger par les épidémies, le changement climatique et des ressources qui s’épuisent … »

    Mais peut-être est-ce surtout l’australien George Miller qui avait vu juste dès 1979, avec son « Mad Max » …
    Qui d’ailleurs devrait connaitre un « épisode 4 » en cours de tournage ( http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18615040.html ) !
    George Miller, qui avait suivi des études de médecine avant de s’orienter vers le cinéma, disait à propos de son film : « Je crois qu’un film comme Mad Max a une fonction importante : il nous permet de faire face à nos angoisses et peut-être de nous en défaire. »

    Grâce à Unilever, on peut aussi faire du bon business sur le pessimisme (mais ce n’est finalement pas nouveau) …

    Commentaire par Yves D — 30/08/2012 @ 12:34

  4. A propos des déclarations faites par UNILEVER (au passage, vous pourrez savoir le nom de quelques-uns de produits que cette firme commercialise) : « Le patron d’Unilever Europe vient de faire un constat de bon sens. «La pauvreté revient en Europe nous sommes en train de nous y adapter.» Voila le résultat de décennies d’erreurs, de mensonges, de dirigisme . » (http://leblogalupus.com/2012/08/30/ledito-du-jeudi-30-aout-2012-leuro-des-elites-coute-que-coute-par-bruno-bertez/#more-43721)

    Bon après-midi

    Commentaire par H. — 30/08/2012 @ 15:20

  5. Bonsoir Aliocha.

    Le défonçage de porte ouverte façon Unilever n’a pas assez produit d’Unités de Bruit Médiatique pour arriver à mes pauvres et ensablées oreilles provinciales… et je m’en félicite.

    Si ces nigauds pensent deux secondes que je me laisserai berner par une ficelle aussi grosse, c’est bien qu’ils sont encore plus ignares que je n’aurai pu l’imaginer, et j’ai une imagination féconde, croyez-moi. Je continuerai à scruter les étiquettes pour déchiffrer, tous sourcils froncés, l’information capitale en matière de courses en GMS : le prix au litre ou au kilo.

    Et puis comme j’ai envie de rendre scoop pour scoop, j’assène mon coup de massue façon Madame Irma : Unilever fait semblant de partir, il feint de nous abandonner à notre sort de presque nouveaux pôvres. Il garde un œil dans la place, cherche à voir si et comment on frétille, et puis revient (sans être jamais tout à fait parti : c’est très Louis-de-Funèsque tout ça !).

    P.S. : qu’est ce que vous m’avez manqué !

    Commentaire par Zarga — 30/08/2012 @ 21:50

  6. « Je continuerai à scruter les étiquettes pour déchiffrer, tous sourcils froncés, l’information capitale en matière de courses en GMS : le prix au litre ou au kilo ».
    Pour les produits comme la lessive, ça devient difficile de bien comparer. Entre le concentré, le super ou l’ultra concentré (qui fait qu’on en rajoute toujours un peu trop dans la machine parce qu’on se dit qu’avec si peu, ça va pas bien laver) comment voulez-vous qu’on s’y retrouve, ma brave dame ?

    Commentaire par Gilbert — 01/09/2012 @ 18:47

  7. Ne pas oublier un autre phénomène qui rendra impossible une comparaison saine : La disponibilité !

    Qu’une boîte comme Unilever décide de ne proposer que ses petits emballages plus cher, que ses 3 concurrents décident que c’est une bonne idée, et votre emballage plus gros, moins cher et plus écologique (plus on emballe gros, moins on a besoin de matériaux pour le faire… Bon je sais, je parle à l’heure des doubles ou triples emballages) n’existera simplement plus…

    Pour donner un exemple, dans l’autre sens ça fait longtemps qu’il est devenu impossible en supermarché d’acheter une saucisse de Montbéliard. On peut en acheter 2, ou 6, ou 12, mais pas 1. Cette fois-ci, le produit est périssable, et donc l’intérêt du consommateur serait d’acheter une petite quantité, mais visiblement les différents producteurs se sont mis d’accord plus ou moins implicitement pour forcer la vente d’une quantité plus importante. Et même si la vente pas lots est interdite en France, allez essayer pour un produit de ce type où n’en acheter qu’une ouvre obligatoirement l’emballage de l’autre d’obtenir gain de cause, et vous m’en direz des nouvelles. Déjà que pour n’acheter que 4 yaourts, il faut se battre…

    Commentaire par Gathar — 02/09/2012 @ 08:13

  8. Bonsoir,

    Sur Arte, mardi 4 à 20h50, un docu sur GS http://www.arte.tv/fr/Programmes/242,date=4/9/2012.html

    La présentation:

    « Comme un thriller
    Marc Roche, journaliste au Monde et spécialiste de l’économie (auteur du best-seller La Banque – Comment Goldman Sachs dirige le monde) et Jérôme Fritel (grand reporter et rédacteur en chef de l’émission « L’effet papillon » sur Canal+) ont mené l’enquête. Ils ont récolté les témoignages accablants d’anciens salariés de Goldman Sachs (les dirigeants actuels ayant refusé de s’exprimer), de banquiers concurrents, de régulateurs, de leaders politiques, d’économistes et de journalistes spécialisés. Outre la qualité de l’investigation, le montage rythmé et l’esthétique des images rappellent les meilleures séries américaines. Un documentaire à savourer comme un thriller, avec une tension qui ne cesse d’augmenter au fur et à mesure que l’on voit la banque étendre ses tentacules jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir politique européen. »

    une rediff prévue le 19.09.2012 à 10:25

    Commentaire par gabbrielle — 02/09/2012 @ 20:09

  9. @ Gilbert :

    Hum…

    C’est vrai qu’avec les effets de mode recherchés, il est parfois difficile de s’y retrouver.

    Personnellement, pour la lessive je me contente depuis longtemps de produits MDD, même si je sais bien qu’ils sont fabriqués par les mêmes grands groupes.

    Les distributeurs semblent encore suffisamment puissants pour imposer un contenant échappant aux diktats des marques.

    Commentaire par Zarga — 04/09/2012 @ 20:16

  10. @ Zarga
    D’après un comparatif des lessives réalisé par une association de consommateurs (celle qui se demande « Que choisir ? »), la lessive qui est arrivé deuxième, quasiment à égalité avec la première, c’est la lessive Leader Price (en doses solubles). Cette lessive est vendue deux fois moins chère que les lessives de marque.

    Commentaire par Gilbert — 04/09/2012 @ 21:06

  11. Je pense qu’Unilever nous annonce à mots couverts l’ouverture prochaine des « Lavomatics du Coeur ».

    Commentaire par Mère Denis — 08/09/2012 @ 21:10

  12. Les distributeurs font travailler les grandes marques, selon un cahier des charges moins contraignant pour les produits qu’ils commandent que pour certains des produits qui sortent sous le nom de la marque.

    Mais manifestement, certain détergents de marque contiennent des enzymes nettement moins gloutons que les actionnaires desdits grands groupes lessiviers…

    Ô misère : on pense trouver dans une lessive de marque les meilleurs enzymes, sortis de la meilleure écurie, la crème de la crème… et pfuitttt! On se rend compte qu’en fait de cracks, on nous refourgue un troupeau de chevaux borgnes!

    Ça ne vaut pas un pet de lapin!

    Commentaire par Zarga — 10/09/2012 @ 19:47

  13. HG vient de sortir un bouquin « Plus d’un an après sa libération et celles de Stéphane Taponier et leur traducteur Reza des mains des talibans afghans, Hervé Ghesquière donne dans cet ouvrage publié vendredi par Albin Michel sa « part de vérité » au terme d’une contre-enquête auprès de ceux qui l’ont accusé d' »irresponsabilité ».

    http://nord-pas-de-calais.france3.fr/info/547-jours–herve-ghesquiere-regle-ses-comptes-75426032.html

    les billets qu’Aliocha avait consacrés aux 2 journalistes sont là

    https://laplumedaliocha.wordpress.com/2011/07/23/ghesquiere-je-vais-continuer/
    https://laplumedaliocha.wordpress.com/2011/07/01/ils-ont-pris-des-risques-pour-nous-tous/
    https://laplumedaliocha.wordpress.com/2011/06/

    Commentaire par gabbrielle — 12/09/2012 @ 08:19

  14. bonsoir

    avez vous vu le reportage sur Goldman sachs realisé par deux jounalistes? qu’en avez vous penser, suite a votre enquete dans le monde complexe de la finance ?

    Commentaire par Lisa — 12/09/2012 @ 19:20

  15. @Lisa : Il m’a rappelé Inside Job. Je ne suis pas une spécialiste de Goldman Sachs mais il m’a paru de très bonne tenue. Ma première réaction est de me dire : à quoi bon ? Les journalistes sortent l’info et puis…..rien. Enfin rien dans l’immédiat, j’ose espérer que petit à petit, de façon plus ou moins souterraine, les gens qui ont le pouvoir de changer cela, c’est-à-dire les citoyens mais aussi quelques décideurs éclairés s’en serviront à bon escient. Il est intéressant de noter au passage que c’est un français, Michel Barnier, (commissaire européen au marché intérieur) qui gère les réformes financières post crise de 2008 en Europe. La commission européenne fait un travail gigantesque en ce moment pour mettre de l’ordre. Bien sûr, elle ne fera pas une révolution, mais une simple reprise en main – en clair une régulation renforcée – serait déjà une avancée notable. A condition de ne pas se laisser balader par le lobby bancaire, ni de céder à la pression de Londres qui partage la même approche que Wall Street sur les questions de finance, et de ne pas s’embourber non plus dans les intérêts particuliers et souvent divergents des Etats membres. En tout cas pour suivre Barnier de près sur l’une de ces réformes, je salue son courage et sa détermination (non, ce n’est pas un ami, je dis cela parce qu’on a tendance à ne pas voir les efforts de ceux qui tentent d’assainir le système, or ils existent).
    Le seul bémol que j’émettrais, c’est qu’on avait le sentiment en regardant le reportage que Goldman Sachs nourrissait le projet de diriger le monde. Nous assistons bien à une guerre à l’heure actuelle, toutefois, je ne pense pas qu’elle se résume à un établissement, si puissant soit-il contre le reste de la planète. En tout état de cause, la vraie guerre, la plus importante, qui se déroule dans l’indifférence médiatique totale, c’est l’affrontement entre l’axe new-york/Londres et l’Europe continentale, le premier défendant encore et toujours un libéralisme totalement débridé, quand la seconde prône une régulation renforcée. C’est une guerre idéologique, culturelle et économique capitale qui se joue sur le terrain de la finance, mais aussi dans des domaines beaucoup moins visibles comme le droit, la comptabilité, la langue etc.

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/09/2012 @ 19:40

  16. Bonjour Lisa et bonjour à tous,

    Moi je retiens l’interview surréaliste (un grand moment de TV comme dirait Libé) de Trichet dans ce reportage…que je sachs valait bien son pesant de gold…man !

    http://www.liberation.fr/economie/2012/09/09/mario-draghi-questions-interdites_845033

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 13/09/2012 @ 09:11

  17. Pour ma part je n’ai jamais compris pourquoi l’Europe n’etablissait pas une place financiere concurrente de Londres, ou elle instaurerait sa propre regulation.

    Apres tout, pourquoi une grande partie des transactions financieres mettant en jeu d’une part des entreprises, d’autre part des etablissements bancaires cotes en zone euro se font-elles dans un pays qui conchie la monnaie europeenne ? Hallucinant. Il suffirait d’instaurer de grosses taxes dissuasives en retour.
    Et pour les traders et autres salaries des banques d’investissement, etant donne l’etat du marche du travail dans le secteur, ils seraient bien contraints d’accepter de quitter leur tres « chere » capitale britannique.
    Que resterait-il de la City  le jour ou ne s’y feraient que les transactions en livres Sterling ? Car les Americains se moquent completement de la GB, et les Asiatiques auraient tot fait, au mieux de leurs interets, de quitter le navire.
    Choisir un pays et une ville ou placer cette place financiere demanderait bien sur des concessions. Paris, Francfort me semblent exclus, pourquoi pas Luxembourg, ou mieux Bruxelles.

    Parfois je me dis qu’on est vraiment trop bete en Europe, c’est comme avec l’ultra protectionnisme americain. Mais bon, encore faut-il avoir la volonte politique commune et les c***lles de taper du poing sur la table. Rien n’est perdu, les Allemands en particulier vont bien un jour se rendre compte qu’ils ne pesent que 80 millions d’habitants.

    Commentaire par Maelle — 13/09/2012 @ 13:36

  18. @ laplumedaliocha

    Croyez-vous que M. Barnier, la commission européenne, l’Europe en tant qu’entité pseudo-étatique aient quelque pouvoir que soit en face du monde de la finance et des places de la City et de Wall Street ? Je crains bien que non. La déconfiture de l’euro est une illustration, aussi triste que flagrante, de cette impuissance. La monnaie européenne devait rivaliser avec le dollar, non ? On voit ce que ça donne…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 13/09/2012 @ 17:37

  19. @Denis Monod-Broca : pour une fois, je suis plus optimiste que vous. C’est une guerre économique face à des intérêts incroyablement puissants, mais c’est aussi un conflit idéologique, culturel, philosophique. Prenons l’exemple du droit. A première vue, n’importe quel juriste français vous dira que la common law, c’est-à-dire le système anglo-saxon, domine le monde. Il vous dira cela parce que ce droit prédomine en effet dans les relations économiques et plus encore dans la finance. En réalité, il y a plus de pays dans le monde qui relèvent d’un système de droit écrit comme le nôtre que de la fameuse common law. Les anglo-saxons ont compris avant nous qu’exporter son système juridique dans un pays émergent, c’était préparer l’arrivée de ses entreprises. Alors ils installent leurs cabinets d’avocats énormes, paient des bibiliothèques, rédigent des codes, forment des juristes locaux à leur système. Du coup, les juristes d’Europe continentale ont pris le train avec un peu de retard mais tentent de contrer cette influence. Avec des moyens moindres, mais d’autres atouts (alternative au modèle américain, droit plus clair car codifié, rayonnement de la tradition française etc.). Cela n’a l’air de rien un système juridique, mais c’est le produit d’une culture, d’une manière de penser, ça détermine un vivre ensemble et c’est un vecteur économique car on fait plus facilement des affaires avec quelqu’un qui raisonne de la même façon, qui parle le même langage. Cet exemple pour vous montrer que la puissance financière n’est pas tout mais aussi que la guerre économique à des enjeux qui dépassent l’économie. Et pour en revenir aux instances européennes, elles ne défendent pas seulement une vision raisonnable et régulée de la finance, mais aussi un mode de vie, une culture, des langues, des traditions. C’est pourquoi je crois que le combat est moins inégal qu’il y parait. Il est en même temps beaucoup plus important qu’on ne l’imagine.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/09/2012 @ 19:10

  20. Pour en revenir au documentaire sur Goldman Sachs, je signale l’excellente analyse de Judith chez @si : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=5199
    Elle dénonce la théâtralisation de la mise en scène de manière tout à fait passionnante. Le plus amusant, c’est que les @sinautes, dont je pensais – à tort visiblement – qu’ils défendraient la dénonciation dans le reportage de la pieuvre capitaliste, saluent au contraire le décryptage. Alors comme ça, juste pour jouer les trouble-fêtes, je mets un bémol. Ce qui m’a embarrassé personnellement, c’est le complotisme, volontaire ou pas, du reportage. Il me semble que c’est une erreur de fond. En revanche, sur la forme, je comprends la nécessité de la mise en scène et même je la salue. Pour deux raisons. D’abord il me semble toujours pertinent de faire l’effort d’accrocher son interlocuteur quand on communique, en particulier sur un sujet aussi aride que la description du fonctionnement d’une banque. Ensuite, parce que j’aime l’idée de journalistes qui s’indignent et tentent de faire partager leur indignation, quitte à forcer le trait (à condition de rester factuellement exact).

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/09/2012 @ 19:35

  21. La guerre fait rage en effet, guerre dite « économique » mais qui n’est pas seulement économique. Sa composante culturelle et juridique a certainement son importance, on n’y pense pas assez, vous avez raison.
    Suis-je optimiste ou pessimiste ?
    1/ je n’attend effectivement rien de bon de Bruxelles. Ils savent là-bas réglementer la fabrication du fromage au lait cru et interdire la fusion de Legrand et Schneider, mais à part ça…
    2/ ce constat que nous sommes en guerre, constat fait depuis belle lurette maintenant, devrait soit effectivement nous inciter à nous battre et à nous sacrifier, soit nous commander de chercher les chemins de la paix. Or nous ne nous faisons ni l’un ni l’autre. Pendant longtemps j’ai cru qu’il fallait faire la guerre, fut-ce la guerre à outrance, afin d’être dans le camp des vainqueurs. J’en suis revenu. Je pense que ce serait pure folie. Je pense la paix préférable à la guerre, fussions-nous du côté des vaincus, quel qu’en soit le prix…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 13/09/2012 @ 19:53

  22. @Denis Monod-Broca : même si vous ne voulez pas vous battre, vous êtes obligés. Vous ne pouvez pas obtenir moins en vous battant qu’en abdiquant et en laissant les vainqueurs fixer leur prix.

    Commentaire par kuk — 13/09/2012 @ 21:43

  23. « La communication remplace trop souvent le journalisme », dit-il. Voilà qui va plaire à Aliocha ;-!

    Suite à la parution de son bouquin, Hervé Ghesquière s’exprime à nouveau sur les plateaux télé et dans la presse. L’interview à Télérama est là http://www.telerama.fr/medias/herve-ghesquiere-en-afghanistan-le-discours-officiel-etait-dormez-tranquille-tout-est-sous-controle,86590.php

    Commentaire par gabbrielle — 14/09/2012 @ 05:48

  24. Ce que je vais dire est un peu simpliste, mais il y a en definitive deux facons, je dirais anthropologiques, de voir le monde. D’une part ceux qui pensent que les rapports economiques et d’echanges sous-tendent tout, et ceux pour qui c’est au contraire le politique, ou plutot le politico-religieux.
    Pour ma part, je ne suis pas marxiste et fais donc partie de la seconde categorie. 
    Alors non, la finance ne dirige pas le monde – et Goldman Sachs encore moins (on a deja parle ici de ce que les theories complotistes ont de dangereux qu’elles empechent de voir les vrais problemes) – et en consequence oui on peut la reformer si on en a la volonte politique.
    Bien sur ca ne veut pas dire que les acteurs de la finance en question ne sont pas puissants et qu’ils se laisseront faire tranquillement …

    Commentaire par Maelle — 14/09/2012 @ 08:33

  25. Le décryptage formel du documentaire par Judith Bernard (auteure, metteure en scène, comédienne, et professeure de lettres dont le sport favori est de percer les secrets de construction des langages médiatiques) est passionnant, c’est une grille de lecture rigoureuse en « sémiologie télévisuelle » et digne d’une analyse de « 3ème cycle de La Fémis (ex IDHEC) ».

    La conclusion est sans appel à l’égard de ceux qui l’ont produit : « les hommes d’images qui ont épaulé Marc Roche dans la réalisation ont fait leur métier – produire de l’image, du spectacle, de l’émotion. Selon les règles de la télévision – hystérie des effets, dramaturgie moralisante. Avec les effets produits par le langage télévisuel : disparition des causes au profit des effets, ignorance des structures au profit des personnages, et pour finir, comme toujours : dépolitisation, du sujet traité, comme du sujet percevant (le téléspectateur) » et, sévère d’ajouter : « En la matière, ce n’est pas seulement insuffisant ; c’est irresponsable».

    Insuffisant probablement ! Le livre existe de toute façon et le téléspectateur n’est jamais dupe, alors à lui d’aller plus loin et de chercher ce qui lui manque.

    Personnellement, je n’ai rien appris de ce que je savais déjà ! En réalité « La banque qui dirige le monde » n’est pas la première dès lors qu’elles sont interdépendantes : JP Morgan, Barclays, Deutsche Bank etc….sont même plus dangereuses « Too big to fail »

    D’ailleurs, Jean Claude Trichet dans le film, dit qu’il ne faut pas faire de Goldman Sachs un cas isolé.

    Cela étant, parler d’irresponsabilité me paraît excessif ? Le film pose en filigrane la question politique ce que Marc Roche, précisément, a souligné lors de la présentation du documentaire : « Pourquoi rien n’a changé en 4 ans et qu’on est finalement au même point et même pire que lors du déclenchement de la crise financière de 2008 ? Rien a été fait depuis la fin 2008, au contraire, elles ont repris le pouvoir !».

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 16/09/2012 @ 11:25

  26. Euh…j’oubliais ! Mario Draghi président de la BCE a été vice président europe entre 2002 et 2005 de Goldman Sachs : la boucle est bouclée…mais ça, politiquement, on le savait déjà ?

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 16/09/2012 @ 11:55

  27. @Le Chevalier Bayard : je crains qu’il ne faille deviner derrière « politique » le mot « idéologique ». Marc Roche est spécialiste de la banque, donc il porte un regard factuel et technique, assorti d’une indignation qui se traduit en l’espèce par les effets dénoncés. C’est toute la différence entre journalistes spécialisés et journalistes généralistes, me semble-t-il. La logique implicite du reportage est celle de l’univers où vous et moi évoluons : on constate techniquement des dérives, on s’interroge sur la manière de les corriger, tout en nous inscrivant à l’intérieur du système. Un regard extérieur au système va positionner ou souhaiter voir positionner le débat sur le terrain du libéralisme versus Mélenchon (pour simplifier, pardon pour la caricature). En réalité, les deux positions peuvent se rejoindre au final dans une interrogation commune sur la pertinence du système, mais elles partent de point de départ opposés, les faits pour les premiers, les idées pour les seconds.
    Sur la mise en scène, lors de la sortie du film Armadillo consacré à la guerre en Afghanistan, je me souviens avoir lu des commentaires sur le fait que c’était une expérience nouvelle consistant à introduire une forme d’esthétique dans le récit pour toucher le spectateur. Il faut évidemment se méfier de cette approche en ce qu’elle est une source possible de manipulation. Maintenant, en ce qui me concerne, j’ai toujours préféré les modes esthétiques d’accession au savoir, je pense qu’il ne faut pas se priver de cette piste journalistique, elle suppose juste une grande honnêteté chez ceux qui y recourent… Mais après tout, le beau, le bon, le juste ne se confondent-ils pas ?

    Commentaire par laplumedaliocha — 16/09/2012 @ 13:13

  28. @ Kuk

    « Même si vous ne voulez pas vous battre, vous êtes obligés. Vous ne pouvez pas obtenir moins en vous battant qu’en abdiquant et en laissant les vainqueurs fixer leur prix »

    « Obtenir » : est-ce cela l’alpha et l’oméga de la vie, obtenir, avoir, le plus possible, et de préférence au meilleur prix ? sincérement je ne le crois pas.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 16/09/2012 @ 19:13

  29. @ Denis Monod-Broca : Bien sûr, mais nous avons tout de même besoin d’un peu. Or, si nous ne nous battons pas, ils ne nous laisseront rien.

    Commentaire par kuk — 17/09/2012 @ 00:22

  30. @Kuk

    Mais qui, « ils » ?

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 17/09/2012 @ 21:50

  31. Aliocha : « Mais après tout, le beau, le bon, le juste ne se confondent-ils pas ? »

    Les films de Léni Riefenstahl, la cinéaste d’Hiler, sont très beaux…

    Commentaire par Gilbert — 18/09/2012 @ 02:14

  32. @Denis Monod-Broca : vous avez dit que nous sommes en guerre. Contre qui d’après vous ? Nous-mêmes ?

    Commentaire par kuk — 18/09/2012 @ 08:46

  33. @Denis Monod-Broca : un exemple à l’appui de mon commentaire #30 : http://www.20minutes.fr/article/1005397/mitt-romney-video-pourrait-couter-presidence

    Commentaire par kuk — 18/09/2012 @ 09:09

  34. @ Kuk 8h46

    « – Pourquoi l’ennemi est-il un imbécile ?
    – Parce qu’il croit que l’ennemi, c’est nous »

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 18/09/2012 @ 11:40

  35. @ Kuk 9h09

    Je ne vous pas le rapport.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 18/09/2012 @ 11:42


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