La Plume d'Aliocha

13/07/2012

Contorsions médiatiques autour d’Audrey Pulvar

Filed under: Coup de griffe,Droits et libertés,questions d'avenir — laplumedaliocha @ 23:58

Quand je lis mes amis journalistes de gauche, je me sens soudain de droite. A la liberté de faire tout et surtout n’importe quoi qu’ils revendiquent, une envie folle me saisit d’opposer l’élégance du sacrifie dicté par l’éthique. Entre nous, cela a tellement plus de chic que la satisfaction vulgaire des intérêts personnels. Sans doute ai-je trop lu les auteurs classiques et pas assez Marc Levy, toujours est-il que  j’avoue me sentir étrangère à ce droit au bonheur qui m’apparait comme un curieux mélange d’ennui, de niaiserie et de nouvelle morale à deux drachmes vomie au kilomètre par des magazines féminins aussi incultes que décérébrés.

Pourquoi tant de rage, me direz-vous ? J’y viens. Parce que Audrey Pulvar prend la tête des Inrocks. Comme chacun sait, elle est la compagne d’Arnaud Montebourg, lui-même Ministre d’un improbable Ministère du développement productif – mais que serait un développement improductif, je vous le demande ? -. On ne sait pas trop ce qui a guidé le choix du magazine. Envie de subversion ou tentation d’allégeance ? Les deux explications se défendent.Quoiqu’il en soit, la communauté médiatique se force à applaudir officiellement ce qu’elle s’emploie à analyser comme relevant de la première hypothèse tandis que, dans l’ombre, quelques sourcils se froncent en songeant  à l’affront majeur ainsi fait à l’image d’un métier qui n’avait pas besoin qu’on aggrave sa réputation de servilité à l’égard des puissants. Mais bon sang, qu’il est difficile de critiquer les confrères ! Et plus difficile encore de dénoncer ses copains politiques. Alors on tergiverse, coincé entre l’apparence d’indépendance qu’il faut offrir au lecteur et les liens personnels, entre la critique qu’inspire tant d’audace par rapport aux règles du métier et la révérence aveugle qui est due au clan qui a chassé Sarkozy,  entre un sentiment diffus d’embarras et l’utilité de saluer cette nomination car, n’est-ce pas, on ne sait jamais. Quel triste spectacle !

Evidemment, on nous habille tout cela des oripeaux d’un progrès de pacotille. Progrès des droits de la femme, qui pourtant n’ont rien à  faire dans cette histoire de déontologie. Progrès des libertés, dont la France se targue si souvent à tort d’être le porte-drapeau mondial. En matière d’indépendance de la presse, elle ne l’est clairement pas, sauf peut-être pour la Chine ou la Corée du Nord. Progrès tout court car  ce qui est de gauche est ontologiquement juste et bon. Si l’on passe au fil du rasoir cette logorrhée embarrassée, la vérité se révèle à nue : la compagne d’un ministre en exercice va piloter un magazine parlant de politique. En d’autres termes, une représentante du contre-pouvoir, alliée de la façon la plus intime qui soit avec le pouvoir, est désignée pour diriger un organe du contre-pouvoir.

Qu’on me permette ici de servir l’argument que mon amie la presse de gauche redoute tant d’entendre : comment critiquer encore légitimement les groupes de presse entre les mains du « grand capital » quand c’est la direction éditoriale d’un journal elle-même, et non plus « seulement » les actionnaires, qui est alliée ouvertement au gouvernement ? Allons, je connais la réponse : parce que ce qui est de gauche est ontologiquement bon et juste, comme énoncé plus haut. C’était déjà ce que l’on comprenait des prestations d’Audrey Pulvar chez Ruquier, notamment lorsqu’elle s’était permis des commentaires personnels à l’endroit de François Copé en pleine « interview ». Comme le relève l’un des très nombreux articles de l’Obs consacré à l’événement en évoquant l’inspirateur éclairé de cette nomination  : « Proche du Parti socialiste, ancien conseiller des ministres de l’Economie et des Finances Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, Matthieu Pigasse, directeur à la banque Lazard, est également co-actionnaire du quotidien Le Monde et du Huffington Post français. On a prêté également à ce banquier amateur de hard rock un intérêt pour le quotidien Libération ». Que ceux qui ont jeté des pierres au Figaro ces dernières années se couvrent la tête de cendres !

 Bah !  Anne Sinclair a bien pris la tête du Huffington Post, rompant ainsi avec la jurisprudence qu’elle avait elle-même amorcée en renonçant à son émission 7 sur 7 il y a des années pour cause de relation avec DSK. Soyons modernes ! A quand Valérie Trierweiler, journaliste et compagne du Président de la république (ex-oxymore), à la direction du  Monde, ou de Libération puisqu’on nous dit que Matthieu Pigasse a des intérêts dans l’un et ressent des désirs pour l’autre ? Après tout, c’est une bonne idée de mettre les hommes au gouvernement et leurs épouses à la tête des organes de presse. Il ne nous reste plus qu’à militer en faveur d’une vraie parité pour que, d’ici 10 ans tout au plus, un prochain gouvernement de gauche voie fleurir les femmes ministres, tandis que leurs époux journalistes prendront la direction de nos sites d’information les plus influents. Alors et alors seulement, nous pourrons considérer que les forces de progrès ont triomphé.

Triomphé de quoi, me direz-vous ? Demandez à mes potes journalistes de gauche, moi j’y perds mon latin.

Mise à jour 14/07 10h45 : on me glisse à l’oreillette qu’il s’agit du ministère du redressement productif et non du développement productif. J’ai du mal avec la novlangue de la société hyperfestive si bien décrite par Philippe Muray…Et pourtant j’avais vu l’écueil et je m’étais concentrée. Rien à faire, mon cerveau n’imprime pas.

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120 commentaires »

  1. Tout ceci n’est il pas simplement signe que nous sommes gouvernés et informés par un milieu extrêmement restreint et pratiquant l’entre-soi?

    Commentaire par DM — 14/07/2012 @ 00:06

  2. @DM : hélas, c’est au minimum l’apparence que cela donne et c’est déjà beaucoup trop. mais j’avais entendu dire : le changement, c’est maintenant. Aurais-je mal compris ?

    Commentaire par laplumedaliocha — 14/07/2012 @ 00:35

  3. Eh bien, au moins tout cela a-t-il l’avantage d’être bien visible. À rapprocher de l’éjection de M.Mougeotte du Figaro: ayant servi les intérêts politiques et économiques de l’actionnaire pendant des années, il est moins utile aujourd’hui du fait du changement de majorité. Donc, la porte. On ne peut pas reprocher à la presse française un manque de transparence: les relations incestueuses et les conflits d’intérêt sont affichés au grand jour, au vu et au su de tous.

    Tout ceci serait un problème si ce petit clan disposait d’un monopole. Mais, pour l’info, on peut de plus en plus voir la presse étrangère. Pour l’opinion, il y a des blogs comme celui d’Aliocha ! Évidemment on peut toujours regretter la Grande Presse de quand nous étions petits. D’un autre côté, nous avons Google. Ça pourrait être pire.

    Commentaire par gwynfrid — 14/07/2012 @ 01:09

  4. @Mme la journaliste

    Je crois que vous êtes la dernière à encore croire au journalisme. Le blog est une sorte de « zoo » pour humain : un endroit ou se retrouve relégués les derniers des races disparues.

    Le journalisme n’est plus possible dans un monde guidé par la com, monde dans lequel une entreprise en procès peut se permettre de balancer 100 millions d’euros de plan com pour insidieusement changer les termes du procés, un monde ou le chiffre d’affaire « communication » par an est supérieur au budget de l’enseignement secondaire, un monde ou le « politique » ne pense que pragmatisme et real-politik à la botte de la puissance économique.

    le journalisme est mort, il peut rester, peut être, éventuellement, quelques vrais journalistes (mais il n’est que voir l’accueil reçut par Denis Robert par ses pairs), mais ils sont comme St Jean prêchant dans le désert : ils n’ont aucun impact et finissent essoufflés et aigris dans la plus grande indifférence générale.

    Commentaire par toto — 14/07/2012 @ 01:16

  5. […] Quand je lis mes amis journalistes de gauche, je me sens soudain de droite. A la liberté de faire tout et surtout n’importe quoi qu’ils revendiquent, une envie folle me saisi d’op…  […]

    Ping par Contorsions médiatiques autour d’Audrey Pulvar - La Plume d'Aliocha | Divers 2.0. | Scoop.it — 14/07/2012 @ 01:19

  6. Redressement productif ! Décidément, vous n’arrivez pas à vous y faire.

    Commentaire par kuk — 14/07/2012 @ 01:40

  7. Le souci, c’est que l’actionnaire du Figaro doit continuer de vendre son rafale à l’Etat Français qui est pour l’instant son unique acheteur. Vous avouerez qu’il y a difficilement pire en matière d’entorse à la séparation des pouvoirs. Détrompez-moi, mais les actionnaires des inrocks n’ont rien de tel à vendre, leur santé financière ne dépend pas des bonnes grâces de l’Etat Français.

    Sinon, il faudra que je rachète le canard, la formule a changé, mais quelqu’un peut dire quelle part occupe la politique dans les inrocks par rapport, disons, aux pages spécifiquement culturelles (si on peut y établir une telle distinction) ? Parce qu’à vous lire, on à l’impression que le Figaro contre les Inrocks, ça fait match nul.

    L’argument ad hominem utilisé pour discréditer vos « amis de gauche » qui mettent en cause l’indépendance du Figaro ne fonctionne que contre vos amis de gauche. Mais pas contre tous les autres qui émettent la même critique. Donc la critique Figaro / grand capital n’est nullement délégitimée.

    Commentaire par kuk — 14/07/2012 @ 02:48

  8. Il y a des gens qui lisent les Inrocks ? Et d’autres qui écoutent les slogans électoraux ?

    Enfin, c’est un poil pareil à droite, la moraline en moins, il est vrai, l’accusation permanente d’être mauvais français en plus : ça compense.

    Commentaire par GM — 14/07/2012 @ 07:15

  9. franchement, je m’en tape que Audrey Pulvar soit à la tête des Inrock: j’ai apprécié cette journaliste bien avant qu’elle soit connue pour sa relation avec le ministre, mais surtout, si elle a le talent et les compétences, pourquoi ne serait elle pas nommée ? vous ne la voyez pas à la tête du Figaro Madame, non ?. et enfin, est ce que les Inrocks est un journal d’influence (à l’égal du Monde ou de Libération) ? peut être dans une sphère très parisianisme, mais franchement ! est ce que ça va changer la face du monde? petit aparté pour Anne St Clair, du fait que DSK soit mort politiquement, elle se trouve libérée de son engagement.

    Commentaire par Daniel Patin — 14/07/2012 @ 07:47

  10. La perspective immédiate de ne plus entendre ou voir AP me réjouit. Sa nomination est pour moi aussi problématique parce qu’un choix, en tout état de cause, impossible à comprendre.

    Commentaire par prestant — 14/07/2012 @ 09:13

  11. « Tes princes sont des rebelles » disait Isaïe, s’adressant à la ville de Jérusalem. Il pourrait faire le même reproche à la France d’aujourd’hui. Comment mieux exprimer qu’en ces quelques mots la défaite de la pensée ? En effet on ne peut pas être, sinon en se mentant à soi-même, à la fois prince et rebelle, Créon et Antigone. pouvoir et contrepouvoir.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 14/07/2012 @ 09:52

  12. Euh..
    Oui, et ?
    Une femme de gauche (et connue comme telle), compagne d’un ministre de gauche (et connu comme tel) d’un journal de gauche (et connu comme tel).
    Je ne vois pas ce qui dérange.
    Ce qui me dérange, moi, c’est un journal de gauche aux mains des Rothschild, et d’autres journaux (quels qu’ils soient) aux mains de marchands de canons.

    Commentaire par lambertine — 14/07/2012 @ 11:33

  13. Euh « à la tête d’un journal de gauche »…

    Commentaire par lambertine — 14/07/2012 @ 11:34

  14. @lambertine

    C’est quoi la gauche pour vous ? Vous trouvez que nous avons un gouvernement de « gauche » ? sérieusement ?

    Vous savez le « système » a déjà réglé le problème de la « critique » : il l’a intégré, digéré, et enseveli dans un torrent d’autres info toutes plus passionnantes les une que les autres.

    Le système s’en moque que les gens le critique, il n’y a pas moyen de faire sans, légalement : il décide et ajuste les règles pour rester toujours gagnant : La une des inrock c’est le péage engraisse le btp : tout le monde s’en cogne. S’il n’y a plus assez de monde qui prend l’autoroute, il y aura une taxe quelconque sur un truc quelconque qui sera versé au btp pour l’aider à entretenir « nos » routes.

    Tant que vous ne refusez pas le système, vous ne changerez rien du tout, vous gagnerez une super liberté tweat et une révolution de forum qui calme votre tension. Et puis lundi, hop au travail, comme la semaine d’avant, jusqu’à ce que lessivée, essorée le système vous évacue comme il va le faire avec 10 000 personnes de chez peugeot (ca c’est cool pour la croissance), et tout le monde s’en foutra, vous pourrez crever dans votre coin, en silence et même les gens de « gauche » sen moque d’une force…

    Moi j’ai toujours trouvé du travail, si il trouve pas c’est que c’est un faignant, j’vais pas payer pour lui. (sic)

    Commentaire par toto — 14/07/2012 @ 12:40

  15. @ Lambertine: Ce qui dérange, c’est que Mme Pulvar, avant d’être une femme de gauche, est une femme liée au pouvoir. Son indépendance à l’égard du pouvoir est inenvisageable. C’est un problème pour une journaliste dont le métier est par essence un contre-pouvoir.

    Du point de vue de la gauche, ça craint aussi, à moins que l’identification gauche=gouvernement ne vous paraisse naturelle. La gauche a justement besoin d’un minimum d’autonomie par rapport au gouvernement qui est issu d’elle. Sinon, il ne restera plus d’elle qu’une coquille vide.

    Commentaire par Gwynfrid — 14/07/2012 @ 12:42

  16. Pourrait-on avoir la nouvelle et l’analyse sans la condescendance ?
    Je suis de gauche, je le revendique, mais ca ne fait pas de moi automatiquement un idôlatre qui considere que tout ce qui se dit de gauche est automatiquement juste et bon. Même la dimenssion féministe me paraît plus pertinente qu’à vous, je trouve quand même que cette nomination est très mal venue, et je trouve que les comparaisons avec le Figaro sont parfaitement pertinentes.
    J’aime beaucoup la vision et l’analyse que vous nous donnez du monde journalistique, y compris vos dénonciations, et même lorsque c’est « mon » camp qui s’égare. Mais j’ai souvent l’impression que vos critiques de la gauche considèrent celle-ci comme un tout uniforme, où chacun est responsable des dérives de ses voisins.

    Commentaire par Tiruxu — 14/07/2012 @ 16:44

  17. « Journaliste » c’est devenu aussi vague que de « gauche ». Il y a des businessmen de gauche, des journalistes pipoles de gauche, etc. « De Gauche » c’est pas aussi contraignant que « Label Rouge » pour les poulets. Lié au pouvoir aussi c’est très flou. Pas besoin de coucher pour recevoir d’éventuelles « pressions » du pouvoir.Il y en a qui remuent la queue dés qu’on les siffle, d’autres qui lèchent toutes les mains qui les caressent. Et il y en a des qui aboient sans cesse contre tout ce qui bouge.
    Le monsieur D. Kessler qui tenait le manche aux Inrocks il est passé consultant à l’Elysée si je ne m’abuse. Etait-il plus proche du pouvoir que madame Pulvar ?
    Les Inrocks avec Pulvar à la batterie vont-ils perfidement distiller à l’insu des lecteurs des informations biaisées exclusivement favorables aux groupes préférés d’Arnaud ?
    Un coup de gueule sur les opérateurs de téléphonie mobile, un coup de gueule sur les bistrots parisiens, un coup de gueule sur le trafic d’influence de gauche chez les journalistes de gauche…. C’est tout du même tonneau. Attention Aliocha, il y a comme un relâchement, ça commence à ressembler aux vaticinations de Hugues Serraf…. Mais bon, je suis accro tout de même…

    Commentaire par Massilian — 14/07/2012 @ 18:44

  18. @Massilian : vous me flattez, Hugues est mon idole ! Je crains malheureusement que mon humour soit plus grinçant que le sien et donc moins agréable. Je songeais justement en faisant mon footing au parc (il pleuvait, alors que Hollande a échappé à la pluie, j’en ai déduis que Dieu est de gauche), je songeais donc qu’il était temps de rompre avec cette humeur chagrine pour renouer avec le ton plus serein d’antan. Entre nous, je crois que la révolte permanente de la toile finit par me perturber, à moins que ce ne soit le manque de vacances 😉 Je ne sais pas si Pulvar va nous polluer, je pense que ça pose un problème de principe et les gens qui remuent du troufignon pour tenter de contourner le problème m’irritent…

    @tiruxu : mon intention n’est pas de stigmatiser la gauche en général mais les commentaires sur cette nomination. Cela étant, j’ai souffert depuis 5 ans qu’on attaque la part de moi qui est de droite, permettez maintenant que je me gausse un peu !

    Commentaire par laplumedaliocha — 14/07/2012 @ 19:06

  19. Jean Quatremer s’agace, il a raison : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2012/07/une-connivence-normale-.html

    Commentaire par laplumedaliocha — 14/07/2012 @ 21:01

  20. en même temps Quatremer n’est pas connu pour sa capacité à réfléchir sur une situation sans partie pris. C’est un peu un idolâtre dans l’âme

    Commentaire par toto — 14/07/2012 @ 21:30

  21. Également, une petite observation personnelle : je travail dans un métier où c’est vite « un tout petit monde », pour reprendre le titre français d’un célèbre roman de David Lodge. Nous devons donc particulièrement faire attention aux conflits d’intérêts, et il y a habituellement des règles imposant aux personnes chargées de recrutements, mais aussi bien de simple évaluations, de se déporter en cas de conflit (avoir été collaborateur des candidats, leur être familialement liés, etc.).

    Le point est non seulement d’éviter le favoritisme, mais aussi les situations embarassantes (éconduire un proche), et surtout les soupçons.

    Curieusement, il semble que nous avons largement plus conscience des problèmes que des personnes qui, journalistes ou responsables politiques, se targuent de bien comprendre la société.

    Commentaire par DM — 15/07/2012 @ 14:03

  22. @DM : Vaste question que celle de l’éthique ! Je n’ai pas assez étudié les philosophes sur ce sujet pour dire des choses sophistiquées. Il me semble en l’espèce que nous avons à faire à des personnalités égocentriques qui ne supportent aucune frustration et parviennent sans peine à se convaincre que la satisfaction de leur intérêt va dans le sens d’un certain progrès : libération des travers d’une société poussiéreuse faite de machisme et de règles dépassées qui ne tiennent pas compte de la valeur personnelle. Si j’ai bonne mémoire, le philosophe Dany-Robert Dufour explique dans Le divin marché que nous passons d’une société de névrosés à une société de pervers. Les premiers sont frustrés de devoir respecter les règles sociales, les seconds s’en émancipent. Nos journalistes en vue et nos politiques comprennent fort bien la société, simplement, ils comprennent autre chose que vous et moi. Nous apercevons l’intérêt collectif de l’éthique ainsi que les avantages plus cyniques liés à l’image et à la réputation (un discours de professions réglementées, de scientifiques, et qui commence à s’enraciner dans l’économie), ils sentent de leur côté une aspiration naturelle mais discutable à l’émancipation de tout ce qui gène l’expansion de l’individu (c’est le discours des publicitaires, des journaux féminins, d’une partie de la littérature contemporaine, des psys, de certains philosophes etc…). C’est amusant de voir d’ailleurs l’évolution parallèle de deux discours antagonistes, celui de l’éthique considérée comme une condition du développement durable dans bien des domaines ou encore porté comme un héritage historique dans d’autres sphères et celui d’une certaine célébration de l’ego appelé à se libérer de tout ce qui l’étouffe. Notez, c’est vieux comme le monde, j’ai le sentiment toutefois que l’ego prend en ce moment quelques longueurs d’avance…

    Commentaire par laplumedaliocha — 15/07/2012 @ 14:50

  23. @DM : la petite différence entre les situations que vous décrivez et celle de Mlle Pulvar est que les personnes en question n’ont pas à abandonner leur job ou renoncer à un poste intéressant pour s’affranchir du conflit d’intérêt. Audrey Pulvar est actuellement sans emploi (à ma connaissance), sa formation est journaliste orientée politique. Il est normal qu’elle cherche à trouver un job.

    Commentaire par kuk — 15/07/2012 @ 15:52

  24. Le conflit d’intérêt c’est comme la prose de Mr Jourdain : dès lors que vous pratiquez le pouvoir, chaque geste, chaque mot est conflit d’intérêt sans que vous en susse rien. Tout n’est que question de mesure et de modération.

    Commentaire par Le bourgeois — 16/07/2012 @ 21:39

  25. J’aime beaucoup cette Gauche ultra-individualiste et ultra-libertaire. Être de Gauche, visiblement, pour certains, c’est privilégier les aspirations individuelles (« la pauvre Mme Pulvar, elle doit bien pouvoir travailler ») aux exigences collectives (« dans une démocratie, il doit y avoir des contre-pouvoirs indépendants »).

    Il y a également une relative mauvaise foi : untel journal de droite est peu indépendant, soumis à des intérêts, alors pourquoi diable un journal de Gauche (avec la majuscule) devrait-il l’être? Et ceux critiquant la Gôche sont nécessairement partisans, ou n’utilisent pas le ton qu’il faut, ou souffrent de biais de la pensée, bref : ils pensent mal.

    Pour ma part, en tant que réactionnaire fasciste, j’ai tendance à privilégier les exigences de l’éthique, du fonctionnement démocratique adéquat. Cela me rappelle les propos de Jules, dans son dernier billet : lorsque la règle est là, on s’agace de la contrainte, lorsqu’elle est absente, on s’indigne. C’est sans doute le corollaire d’une déliquescence du non-droit, conséquence de l’ultra-individualisme (promu par une partie de la Gauche et une partie de la Droite).

    L’homme-Dieu, sans racines, sans cadres, sans rien pour « l’opprimer » : un enfer. Le cas Pulvar (et ses justifications) n’est qu’un symptôme, de mon point de vue, d’un mal bien plus profond.

    Commentaire par Flash — 17/07/2012 @ 00:37

  26. @Flash :

    1) « La pauvre madame Pulvar, elle doit bien pouvoir travailler ». C’est vrai ou pas ?

    2) La réalité du contre-pouvoir journalistique tient plus à la pluralité des médias qu’à leur « indépendance ». Allez quantifier le degré d’indépendance d’un canard tenu par un actionnaire proche de réseaux politiques (et je ne parle pas du figaro) par rapport à celui dont la rédaction est confiée au conjoint d’un(e) ministre en exercice. Tout ça n’est qu’une vaste hypocrisie. Mougeotte, qui n’est marié à aucun ministre le disait à propos du Figaro quand il y était : « on n’est pas là pour emmerder la droite ». Symétriquement, croyez-vous qu’empêcher Pulvar d’accéder à la direction de la publication rendra les inrocks, tenu par Pigasse, plus indépendant ? Bref, comment mesurerez-vous l’indépendance ou l’asservissement d’un journal ? Par la qualité de ce que vous lisez dedans et surtout par différence avec les infos révélées par les canards de l’autre bord. Parlez-moi des scoops politiques réalisés par le Figaro pendant la décennie Sarkozy-Chirac.

    3) Je pense qu’une règle simple d’indépendance voudrait que l’actionnaire majoritaire d’un journal ne puisse pas avoir pour important commanditaire l’Etat. Il existe il me semble une règle de ce type aux Etats-Unis. Si vous voulez rajouter une règle sur les conjoints des ministres ou des élus, ça ne me dérange pas.

    4) Toute la discussion précédente porte sur les principes généraux. Selon ces principes, la teneur de la discussion devrait être strictement la même si Pulvar avait lancé son propre canard, avec 0 lecteurs au départ. On devrait s’indigner, crier haro sur le baudet au nom de l’indépendance de la presse. D’un point de vue pratique, qui peut affirmer sans rire que l’indépendance de la presse vacille sur son socle suite à la nomination de Pulvar aux inrocks ?

    Commentaire par kuk — 17/07/2012 @ 12:36

  27. @ Kuk, Audrey Pulvar peut parfaitement trouver un job qui ne présentera pas de conflit d’intérêt.

    La défense d’Audrey Pulvar « je ne serai pas l’organe du PS » est nulle et non avenue, puisqu’elle ne répond pas au coeur du problème : protester de sa bonne foi ne fait rien à l’affaire. Il suffit qu’il y ait apparence de conflit d’intérêt, quelle que soit par ailleurs la réputation d’intégrité des personnes en cause.

    On voit d’ailleurs bien que la position de Pulvar n’est pas tenable : peut-elle sérieusement déclarer, comme elle le fait, qu’elle respectera la rédaction si elle lui propose un sujet sur Montebourg « qu’il soit positif ou négatif » ? Ne voit-elle pas le dommage qui serait créé pour sa réputation et celle de son journal s’il venait à publier un papier POSITIF sur Montebourg ?

    Vous pouvez comparer, si cela vous chante, cette situation avec celle du Figaro qui publierait un article positif sur le Rafale, mais cela ne change rien à l’affaire : une journaliste en vue et qui se positionne volontiers en donneuse de leçons de vertu s’assied délibérément sur la déontologie la plus élémentaire, et vous devriez avoir à cœur de le dénoncer également.

    Commentaire par Tocquevil — 17/07/2012 @ 13:38

  28. @Tocquevil : Sur le Figaro, vous ne comprenez pas. Ce n’est pas le fait de faire un article ou pas au sujet du Rafale qui pose problème. Le Figaro ne peut pas être trop virulent avec le pouvoir en place, QUEL QUE SOIT le sujet, car son actionnaire est en affaires avec lui. Ainsi, le Figaro sera toujours tendre avec les puissants, quel que soit leur bord (même si davantage avec la droite, évidemment). On parle peu de l’éviction de Mougeotte, qui avait presque fait du figaro pour le Sarkozysme le pendant de l’Humanité pour le PC (au point même d’en émouvoir une partie de sa rédaction), cette éviction a eu lieu sans qu’Hollande n’y soit pour rien, ce fait peut s’analyser comme une preuve indirecte de la dépendance que vous dénoncez (ou n’être qu’une coïncidence, bien sûr). Rien a voir avec les Inrocks, désolé d’insister.

    Vous parlez de déontologie la plus élémentaire. Relisez la Charte de Munich, vous verrez que pour un journaliste, être en couple avec un politique n’enfreint aucune des 10 règles de celle-ci. Donc s’il s’agit de déontologie, elle n’est pas des plus élémentaires.

    Conflit d’intérêt, oui ! Mais qui a dit le contraire ? Je n’ai fait que minimiser l’incidence de cette nomination sur ce que vous appelez l’Indépendance de la Presse. Je me demande d’ailleurs quelle vision vous avez de cette la réalité celle-ci actuellement pour que vous montiez au plafond sur cette nomination.

    Commentaire par kuk — 17/07/2012 @ 14:41

  29. Ah, ah, ah ! http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php#14239

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/07/2012 @ 15:00

  30. @Aliocha : plus simple de rire que de discuter en détail comment se construit l’Indépendance de la presse. Je serais curieux de vous voir établir un classement des journaux par ordre d’indépendance des titres, ainsi que des pays, par ordre d’indépendance de leur presse en justifiant les critères retenus.

    Commentaire par kuk — 17/07/2012 @ 15:11

  31. @ kuk :

    La pluralité de la presse n’est qu’un des éléments de son indépendance. N’avoir que des « organes de presse officiels » de plusieurs bords politiques, ce n’est pas avoir une presse libre, indépendante, informant véritablement. Il n’y aurait, en vérité, aucune information véritable, peu important que les informations biaisées et tronquées qu’on nous délivre soient de couleurs politiques diverses. Il ne s’agit pas d’avoir des informations tronquées conformes à notre vision du monde, et donc ne nous bousculant guère. Il s’agit d’avoir des journalistes recherchant la vérité, avec rigueur et application, c’est-à-dire des journalistes qui essaient de tendre vers une relative objectivité, sans qu’ils aient à souffrir de pressions extérieures.

    La Justice, pour être respectée, doit être impartiale et paraître impartiale. Justice doit être faite, certes, mais elle doit aussi sembler avoir été faite. Il faut une apparence objective d’impartialité : c’est une condition nécessaire de la confiance qu’on porte à la Justice. Un magistrat qui aurait à juger son conjoint, qu’en penserait-on?

    Pourquoi cela serait différent pour la presse? La confiance qu’on porte en la presse ne nécessite-t-elle pas la même apparence objective d’impartialité (le terme n’a sans doute pas ici tout à fait le même sens que pour la Justice, mais je l’utiliserais ici à défaut d’un meilleur terme)? Que Mme Pulvar soit effectivement impartiale est parfaitement indifférent, tout comme il est indifférent que le Figaro le soit effectivement. Il y aura toujours suspicion, et cette suspicion est le pire des poisons. C’est de cela qu’il s’agit ici. C’est là tout l’enjeu de cette petite polémique, qui peut sembler bien dérisoire si elle ne révélait pas le naufrage du journalisme (entre autre).

    Quant aux règles élémentaires : avoir une certaine distance avec le sujet qu’on traite, c’est une des règles du journalisme si je ne m’abuse. Coucher avec le sujet qu’on traite ne me semble pas correspondre à un respect scrupuleux de cette règle.

    C’est embêtant, le journalisme : c’est un métier exigeant. Pauvres journalistes, ils subissent d’infâmes contraintes : rechercher la vérité, devoir garder une certaine distance avec le sujet qu’on traite, devoir résister aux pressions, ne pas pouvoir utiliser n’importe quelles méthodes, vérifier ce qu’on dit…vraiment, c’est horrible.

    NB : je ne critique pas que Pulvar, en réalité, elle n’est que le symptôme de maux qui, de mon point de vue, touchent le journalisme et plus généralement notre société.

    Commentaire par Flash — 17/07/2012 @ 19:34

  32. @Flash : en tant que directrice éditoriale, Pulvar sera bien moins en première ligne sur le plan de la rigueur du travail journalistique (vérification des infos, méthodes, distance, vérification) que les journalistes de terrain qu’elle dirigera. Figurez-vous qu’une rédaction a les moyens de manifester son mécontentement face à une commande de la direction trop partisane (cf libé avec la campagne pro Hollande de Demorand, le figaro avec Mougeotte)

    Souvenez vous surtout que l’indépendance et l’objectivité de la presse n’est qu’une conséquence de son exigence de rentabilité commerciale (et bien sûr de la liberté d’expression). En témoigne le succès de Mediapart et du canard enchaîné. Les presses partisanes se bornent à n’écrire que pour leur partisans et donc à avoir un public limité (le Canard enchaîné tire 1,5 fois plus que Le Monde ou Le Figaro). Sa situation est donc très différente de l’exemple de la Justice : une presse qui aurait à juger son conjoint, il vous suffit de ne plus la lire si vous n’avez pas confiance.

    Même d’une presse partisane vous pouvez tirer des informations si vous confrontez avec le même sujet traité par l’organe opposé. De la même façon, c’est du débat contradictoire qu’émerge lors des procès la vérité judiciaire, ou il y a deux camps qui n’ont même pas forcément le souci de la vérité. Le bon journalisme commence par le respect des faits, et même une presse partisane ne peut se soustraire à cette exigence sous peine d’être contredite par les concurrents puis perdre crédibilité et lecteurs. Donc votre histoire de suspicion ne tient pas : ou bien vous continuerez à acheter les inrocks parce que vous trouverez des infos dedans, ou bien vous cesserez. Que je sache, tout le monde peut être suspecté d’être partisan, comment juge-t-on ? En lisant le papier et en confrontant.

    Enfin rassurez moi. Vous comptiez réellement sur les inrocks pour assurer le rôle de contre pouvoir à l’Etat socialiste ? Vous croyez vraiment que la nomination de Pulvar y change quelque chose ?

    Commentaire par kuk — 17/07/2012 @ 22:29

  33. […] vive les acrobaties journalistiques. la langue ecrite permet heureusement des detours, et heureusement internet garde la memoire de ce qui a ete ecrit y a a peine 6 mois. bref, tdm chapeau bas"Quand je lis mes amis journalistes de gauche, je me sens soudain de droite. A la liberté de faire tout et surtout n’importe quoi qu’ils revendiquent, une envie folle me saisi d’op…"  […]

    Ping par Contorsions médiatiques | Contemporary fiction | Scoop.it — 17/07/2012 @ 22:57

  34. @kuk : je vous rappelle quand même que le directeur de la rédaction est le garant de son indépendance face à toutes les pressions, en interne à l’égard de la pub, vis à vis de l’extérieur pour toute les autres pressions. Il donne aussi par définition la ligne éditoriale du journal. Encore une fois, on peut polémiquer à l’infini sur l’indépendance subjective de chacun, ce n’est pas le problème. Le problème, c’est l’indépendance objective. Faute de pouvoir sonder les reins et les coeurs, ce qui n’est à la portée d’absolument personne, pas même des psy ou des voyants, on s’en tient à une approche raisonnable dans ce genre de sujet. Et l’on demande aux gens exerçant des fonctions sensibles de fournir au moins une apparence d’indépendance. C’est presque rien, une garantie si légère et fragile qu’elle apparait dérisoire, mais c’est justement pourquoi c’est un minimum non négociable.

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/07/2012 @ 22:59

  35. […] quoi qu’ils revendiquent, une envie folle me saisi d’op…”See on laplumedaliocha.wordpress.com Évaluez ceci :Share this:ShareFacebookTwitterEmailJ'aime ceci:J'aimeBe the first to like […]

    Ping par Contorsions médiatiques « stitb — 17/07/2012 @ 23:00

  36. @Aliocha : « Et l’on demande aux gens exerçant des fonctions sensibles de fournir au moins une apparence d’indépendance »
    Qui demande ça ? Celui qui lit le journal en question ou celui qui ne le lit pas ?

    Commentaire par kuk — 17/07/2012 @ 23:17

  37. Et pour l’instant, Pulvar n’est pas redactrice en chef, mais juste directrice éditoriale.

    Commentaire par kuk — 17/07/2012 @ 23:21

  38. @Kuk 36 : ni l’un ni l’autre, la profession au nom de ses valeurs essentielles. Le lecteur ne demande rien a priori, il conteste, quand il voit un problème. D’où l’intérêt de fixer des règles en amont pour éviter le désaveu en aval. Désaveu qu’en ce moment nous vivons de plein fouet.

    @Kuk 37 : donc elle fixe « juste » la ligne éditoriale que le rédacteur en chef (placé hiérarchiquement en dessous) sera chargé d’exécuter. A ce stade, il n’est pas inutile de rappeler comment fonctionne un journal. Vous avez d’un côté l’éditorial, ou le contenu si vous préférez. Il y a des rédacteurs, des grands reporters, des pigistes, des correspondants, des correcteurs (enfin il y avait) des secrétaires de réaction, des maquettistes, des chefs de service, des rédacteurs en chefs, un directeur de la rédaction(c’est la partie journalistes). De l’autre, des professionnels qui s’occupent de la pub, du marketing, du commercial, bref de tout ce qui rentabilise le contenu via la pub et les ventes. Et au sommet de tout ça, une direction générale et un PDG qui doivent vendre le journal en préservant l’indépendance de la rédaction. Dans ce schéma, Audrey Pulvar va définir la ligne éditoriale du journal, c’est-à-dire « juste » son contenu.

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/07/2012 @ 23:52

  39. @Aliocha 38 : Tentez vous de dire que la non indépendance d’un journal rejaillit sur toute la profession ? Je pense que le Canard ou le monde Diplo sont là pour prouver les contraire. Car si elle ne rejaillit que sur le journal en question par une baisse de son lectorat, alors je vous prie de m’excuser pour ma méprise, en fait vous vous inquiétiez de la santé des Inrocks !

    Commentaire par kuk — 18/07/2012 @ 00:06

  40. […] n’importe quoi qu’ils revendiquent, une envie folle me saisi d’op…” See on laplumedaliocha.wordpress.com Évaluez ceci :Share this:ShareFacebookTwitterEmailJ'aime ceci:J'aimeBe the first to like […]

    Ping par Contorsions médiatiques « stitb — 18/07/2012 @ 09:58

  41. @Kuk : seriez-vous en train de me dire que l’éthique on s’en fout du moment qu’un ou deux canards tentent de rester indépendants ? Permettez-moi d’avoir plus d’ambition pour mon métier que cela….
    premières conséquences de cette nomination : http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php#14247

    Commentaire par laplumedaliocha — 18/07/2012 @ 10:22

  42. @ kuk : Votre raisonnement me paraît avant tout commercial, pouvant s’appliquer à certains produits « ordinaires ».

    J’ai tendance à penser que tous les produits ne se valent pas (sans vouloir paraphraser Claude Guéant).

    Un journal n’est pas une boîte de haricots. On est en droit, je pense, d’en exiger un peu plus. De même que le journalisme politique n’est pas sensé être identique à la communication politique. Vous me répondrez, avec de nombreux exemples à l’appui, que la servilité n’est pas nouvelle en journalisme, que le journalisme politique que je le conçois n’existe pas en France. C’est vrai, vous avez raison. C’est très précisément ce que je déplore.

    Il y a des professions qui se structurent autour d’une éthique. Prenons les avocats : ils ne supporteraient pas qu’on leur applique une logique purement commerciale, du type « si un avocat ne respecte pas les règles fondamentales, ce n’est pas grave, les clients partiront. Si des clients restent, c’est qu’ils sont satisfaits ». J’ai tendance à penser que le journalisme est, ou devrait être, de ces professions-là. C’est là une nécessité puisqu’il s’agit-là d’une condition pour que les citoyens soient éclairés. Autrement dit : l’éthique n’a pas à être jaugée en fonction de l’intérêt commercial qu’il peut y avoir à s’y conformer, elle doit être jaugée à l’aune de l’intérêt général.

    Les Inrockuptibles, seuls, n’éclairent pas grand-monde, c’est vrai. Les choses sont différentes quand on considère l’ensemble des journaux. Mais comment peut-on réclamer une éthique pour l’ensemble des journalistes quand on ne s’indigne pas pour les cas particuliers faisant fi des règles fondamentales? Ce serait une belle hypocrisie.

    En bref : je m’inquiète plus pour le journalisme que pour les lecteurs, qui ne sont que des victimes indirectes du manque d’éthique des premiers.

    Commentaire par Flash — 18/07/2012 @ 11:09

  43. Pour l’instruction des complaisants à l’égard du conflit d’intérêt :

    http://www.liberation.fr/depeches/2012/07/18/thomas-legrand-quitte-les-inrocks-en-reaction-a-l-arrivee-d-audrey-pulvar_834039

    Extrait : « Forcément, elle aura des infos: si elle les dit, elle trahit son compagnon. Si elle ne les dit pas, elle trahit son journal et sa condition de journaliste. Pour moi, c’était impossible de rester. »

    Voilà, tout est dit, c’est facile à comprendre, le dilemme est clair et net, et le caractère aberrant de la situation aussi.

    Commentaire par Pierre — 18/07/2012 @ 12:37

  44. @Aliocha et Flash : Que vous le vouliez ou non, l’indépendance de la presse, « faute de pouvoir sonder les reins et les cœurs », ce n’est que le lecteur qui peut l’imposer par son choix de lecture. Et oui, l’éthique journalistique est une conséquence d’un impératif commercial. Si vous avez vu tant d’entreprises se doter de normes de qualité iso machin, ce n’est pas que par philanthropie et amour du travail bien fait, mais surtout parce que ça leur donne un avantage concurrentiel.

    Aucun diplôme (contrairement à la profession d’avocat), aucune éthique n’est règlementairement exigée pour pratiquer la profession de journaliste, une conséquence de l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Tout citoyen peut parler, écrire et imprimer librement ». Dans les faits, ne peuvent s’en sortir professionnellement que ceux pour lesquels les gens sont prêts à payer pour lire les articles, ce qui nécessite toutes les qualités d’éthique que vous avez mentionnées précédemment.

    Alors vous voudriez quoi ? Interdire à Pulvar de faire le métier de journaliste, de parler de ce qu’elle veut sous l’angle éditorial qu’elle veut ? L’article 11 vous en empêche. Si le lecteur est prêt à acheter de l’information biaisée ou non garantie indépendante, tant pis pour lui.

    Je comprends que vous vouliez protéger la profession soit d’amateurs peu scrupuleux, soit de gens de pouvoir (peu scrupuleux aussi). Dans la pratique, il est plus dur de décider comment se mettent en place ces règles, qui sont autant de restrictions à l’article 11. Je pense qu’une bonne solution, qui aurait évité l’arrivée de Pulvar, est le type de règlement intérieur existant au Monde, ou le choix de la personne en charge de la direction éditoriale doit être ratifiée par les journalistes. Il paraît malheureusement difficile d’imposer ce type de pratique à des détenteurs de journaux qui s’y opposeraient. Quant au départ de Legrand, il est logique, c’est à son honneur, mais cela répond aussi à un impératif commercial à préserver : ne pas entacher sa crédibilité future.

    Commentaire par kuk — 18/07/2012 @ 12:53

  45. @ kuk : tout ce que vous dites est sophistique, parce que vous ne pouvez conclure d’exemples à une loi générale : « l’éthique journalistique est une conséquence d’un impératif commercial ». Vous devez démontrer que l’éthique en question existe parce qu’il y a un impératif nécessaire et suffisant de nature économique. Mais l’exemple du Monde que vous donnez vous-même suffit à montrer que ce n’est pas le cas et que votre loi générale est fausse.

    Commentaire par zob — 18/07/2012 @ 13:26

  46. @kuk

    ca fait grand libéralisme épique votre truc. Mais je crois que vous passez au dessus de la question pour expliquer pourquoi il n’est pas nécessaire de se la poser.

    Et ensuite l’article 11 interdit d’empêcher Pulvar de créer son propre journal mais n’empêche pas de se poser la question de la légitimité de sa nomination, enfin bon …

    Mais bon, vous pensez que le marché et sa main invisible va réguler n’est ce pas ? TOUT le monde sait que ca ne marche pas et que le « marché » est juste une illusion entretenue par ceux qui veulent la loi de la jungle, car ils s’entretiennent au sommet de la pyramide par des accointances politiques et des législations sur mesure.

    Parce que vous dites : le lecteur choisit, certes, mais en ce cas, il faut supprimer immédiatement les 272 millions d’euros d’aides directes à la presse, parce que le lecteur il choisit pas les 17 millions d’euros au monde.

    C’est ce que j’adore avec les grands libéraux, ce sont les premiers à créer les distorsions de « concurrence » par des règles, des lois, des aides, des subventions ….

    Commentaire par toto — 18/07/2012 @ 13:54

  47. @toto : Je ne pense pas que vous m’ayez lu cautionner la nomination de Pulvar à la tête des Inrocks, à mon sens, les principales victimes sont les autres journalistes des Inrocks et leurs lecteurs, qui sanctionneront éventuellement en lâchant le titre, quand bien même le contenu du journal resterait identique. Ni que vous me voyiez opposé à tout système de régulation. Je dis juste qu’il faut faire bien attention quand on touche à la liberté d’expression ou de la presse. Voyez comment Mediapart, qu’on ne peut soupçonner d’être insensible aux dangers du libéralisme, préfère « la loi de la jungle » et freine des 4 fers quand on parle d’édicter un ordre des journalistes qui auraient un pouvoir similaire à celui des médecins ou des avocats.

    L’accusation de grand libéral me fait vraiment sourire. En passant, vous ne pouvez dénier l’influence de la pensée libérale dans le développement historique de la presse, puisqu’un des premiers combats de la presse a été la lutte contre la censure étatique. Mais, s’il vous plaît, ne généralisez pas abusivement à d’autres domaines dont je n’ai pas parlé. N’est pas 4ème pouvoir n’importe quelle activité économique.

    Maintenant, parlez moi de ces distorsions de concurrence et dites moi comment sont attribuées ces aides directes et sur quels critères. Parce que tant qu’elles se font sur les mêmes critères pour tous, pas de problème. Les problème, ce sont effectivement les aides discrétionnaires.
    Cet article parle bien du problème : http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-truffy/090910/aides-la-presse-le-rapport-cardoso-en-5-tableaux

    Commentaire par kuk — 18/07/2012 @ 15:03

  48. Kuk devrait surtout prouver l’affirmation suivante : « l’éthique journalistique est une conséquence d’un impératif commercial. »

    À partir du moment où c’est faux, puisque si c’était une loi générale il n’y aurait pas d’éthique, il semblerait que la réalité ne se conforme pas tout à fait au moule qu’il essaie de lui imposer.

    Commentaire par Dlore — 18/07/2012 @ 15:25

  49. @Dlore : D’où vient l’éthique journalistique alors, sachant que n’importe qui dispose du droit de publier ?

    Commentaire par kuk — 18/07/2012 @ 15:37

  50. N’importe qui dispose du droit de publier ; mais je ne suis pas certain que n’importe qui dispose d’une carte de presse et du statut de journaliste professionnel.

    Un journaliste professionnel, c’est (je cite l’article L.7111-3 du Code du Travail) : « Est journaliste professionnel toute personne qui a pour activité principale, régulière et rétribuée, l’exercice de sa profession dans une ou plusieurs entreprises de presse, publications quotidiennes et périodiques ou agences de presse et qui en tire le principal de ses ressources.

    Le correspondant, qu’il travaille sur le territoire français ou à l’étranger, est un journaliste professionnel s’il perçoit des rémunérations fixes et remplit les conditions prévues au premier alinéa. »

    On ne saurait donc assimiler complètement « n’importe qui » avec les journalistes. Leurs situations sont différentes ; les seconds répondent à une éthique particulière qui les distingue du « reste des mortels ». D’où les avantages qui leur sont consentis. Vous niez purement et simplement la spécificité du métier de journaliste en niant l’existence d’une éthique journalistique.

    Commentaire par Flash — 18/07/2012 @ 16:00

  51. @Flash : où ai-je écrit que n’importe qui publiant n’importe quoi était un journaliste ? Vous apportez de l’eau à mon moulin en citant l’article L7111 : il n’est nullement fait mention d’une nécessité d’éthique pour pouvoir aspirer au statut de journaliste professionnel, il suffit juste d’être payé assez pour ce qu’on écrit, libre à vous de vous y prendre comme vous voulez pour y arriver.

    Exemple (wikipedia) : Didier Porte : journaliste, chroniqueur et humoriste, soutient publiquement Jean Luc Mélenchon et appelle à voter pour lui pendant son spectacle. Peut être que Wikipédia se trompe et que Porte n’est pas journaliste.

    Ce qui ne signifie évidemment pas que cette éthique n’existe pas (contrairement à ce que vous essayez de me faire dire). Si vous voulez gagner la confiance de vos lecteurs, vous avez intérêt à :

    1. respecter la vérité, quelle qu’en puissent être les conséquences pour vous-même …etc..
    2. Défendre la liberté d’information, du commentaire et de la critique
    3. Publier seulement les informations dont l’origine est connue, ou de les accompagner si nécessaire des réserves qui s’imposent…
    Etc… charte de munich (http://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_de_Munich)

    Commentaire par kuk — 18/07/2012 @ 16:30

  52. @kuk

    Est-ce que vous pensez que s’interroger sur la nomination de pulvar s’est s’attaquer à la liberté de la presse ? et en suivant votre raisonnement, peut importe qu’on attaque la liberté de la presse pour pulvar et les inrocks, il restera tout plein de titres qui permettront cette liberté de la presse et tout plein de journaliste, hors pulvar.

    Le problème, en soit, ce n’est pas pulvar elle même, mais cette situation, per se. Comment une journaliste peut se retrouver en couple avec un politique. Vous remarquerez, pour pulvar et sinclair au moins, que c’est souvent (toujours ?) des journalistes politiques. Or cela interroge sur la relation du journaliste _avant_ d’être en couple, comment, alors qu’il est censé être un contre-pouvoir peut-il est en couple avec son « adversaire » ? Est-ce que cela veut dire qu’elle n’était pas objective depuis longtemps tout au long du jeux de séduction qui a abouti au couple ?

    C’est comme si le mari de la directrice de l’agence française du medoc qui délivre les AMM était le président de sanofi, cela poserait un problème identique. Pourtant cette femme doit aussi travailler, et son mari aussi…

    Commentaire par toto — 18/07/2012 @ 17:45

  53. @kuk en 50

    Si gagner la confiance des lecteurs était le moyen de vivre du journal, il n’y aurait ni publicité, ni subvention. comme j’ai l’impression que le CA des ventes du numéro n’entre que peu dans le budget du journal, votre notion de confiance des lecteurs est un peu moins « forte » que ce que vous semblez vouloir en faire.

    Oui dans le meilleur des mondes l’éthique des journalistes seraient réglée automatiquement par le choix des lecteurs et les entreprises les meilleurs en terme de produits et de politiques sociales survivraient mais on s’aperçoit, que sauf exception, c’est exactement l’inverse, comme la mauvaise monnaie chasse la bonne. C’est pour cela qu’il faut une régulation qui doit toujours peser pour avantager le plus faible et « équilibrer » la balance du déséquilibre.

    Commentaire par toto — 18/07/2012 @ 17:52

  54. @ kuk : d’où elle vient ? Mais, par exemple, de principes moraux très anciens comme l’honnêteté… C’est ce qui interdit de faire des généralités comme celle que vous faites. Bien sûr que l’éthique peut être un argument de vente, mais il ne s’en suit pas que l’éthique soit la conséquence de ce seul élément. Autrement, qu’est-ce qui n’en serait pas la conséquence ?

    Commentaire par Dlore — 18/07/2012 @ 18:35

  55. @Toto (51) : c’est une loi statistique : dès que des gens se côtoient, ils peuvent tomber amoureux : l’avocat de son client, le psychiatre de son patient, le professeur de ses élèves, le policier du voyou, le curé de son paroissien, le journaliste du politique. Étrangement, ce n’est pas ressenti de manière aussi tabou dans le cas du journaliste que dans les autres exemples cités.

    Il me semble qu’aucun journaliste ne demande à être cru sur parole, il savent que leur crédibilité se construit. Si vous avez trouvé le travail de Pulvar de qualité, alors même qu’elle construisait sa relation avec Montebourg, la question de son objectivité ne se pose pas vraiment.

    Votre exemple de Sanofi n’est pas très bon (mais ce n’est pas évident, je l’admets, pour avoir cherché aussi) le conflit d’intérêt favorise ici une entreprise particulière, alors que dans le cas Inrocks, il défavorise les Inrocks, sans compter qu’il y a une espèce de monopole pour juger les AMM des médicaments, au contraire de la presse qui juge un politique.

    @toto (52) : votre raisonnement du 1er paragraphe est faux : sans lecteur, pas de publicité. Le pouvoir d’achat des lecteurs autant que leur nombre décide des rentrées publicitaires. Selon ce site (dernier graphique) : http://www.csmpresse.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=156:chiffre-daffaires&catid=56:csmp-la-presse-en-chiffres&Itemid=113
    , entre 40 et 70% du chiffre d’affaire de la presse vient des ventes.

    Je ne suis pas opposé à une régulation, dites moi juste ce que vous proposez d’interdire et comment vous vous affranchissez de l’article 11 de la déclaration de 1789.

    Commentaire par kuk — 18/07/2012 @ 18:43

  56. @Dlore 53 : voilà que je suis accusé de malhonnêteté. Vous auriez pu dire : fourvoiement, ambigüité, mauvaise expression, discours contradictoire, mais non, il faut que ça tombe immédiatement dans le jugement moral. Je vous accorde que ma phrase laisse malencontreusement supposer que l’impératif commercial est la seule cause de l’éthique journalistique. Alors qu’il aurait mieux valu écrire : l’éthique journalistique est rendue nécessaire par l’impératif commercial. Ce qui est très banal, je vous l’accorde.

    Commentaire par kuk — 18/07/2012 @ 19:15

  57. @kuk

    Vous savez, moi, je ne propose rien, pour moi, la presse est morte dans les années 80, elle ne fait que vivoter et repousser la mort le plus loin possible dans une sorte d’acharnement thérapeutique et je dois avouer ne rien attendre d’elle tant que ce sera une industrie.

    Le problème est bien en amont de cela : nous formons (de formation/éducation) depuis une pelle d’années, 2 classes bien distinctes : celle qui gouverne (les happy few : politique & économie dans une partie fine, à mes yeux immorales) et le reste (avec une certaine gradation entre les très pauvre et les csp+). L’objectif est de transformer « le reste » en force de travail sans leur donner les moyens de sortir de cette situation et en mettant le plus de barrières possible à l’émancipation et avec la « crise » (entendre la fontaine de la croissance faisant couler l’argent à flot qui se tarit.) on s’assure le plus possible de faire payer le « pauvre » (il y en a bien plus.)

    Les problématiques, à l’échelle de la nation, sont complexes et difficilement à la portée du simple citoyen et la « presse » ne fait rien pour faire comprendre, pour que cela se sache (parce que le savoir c’est déjà le pouvoir).
    Le système politique est conçu pour pour qu’il n’y ai pas de renouvellement.
    Les appareils des partis sont taillés sur mesure pour que la tête qui dépasse ne puisse pas survivre.
    Les pouvoirs politiques en place sont à la botte de la grande entreprise qui a les moyens de mettre du beurre dans leurs épinards.

    Alors, vous savez le cas pulvar m’importe peu, ce qui m’importe c’est que _par nature_ elle ne pourra pas « militer » pour un changement dans le régime de nomination des politiques et que _par nature_ elle ne peut qu’aller dans le sens de faire perdurer le système qui montre dans les faits, tous les jours, qu’il n’est pas efficient pour gérer le monde aujourd’hui.

    Commentaire par toto — 18/07/2012 @ 19:38

  58. @toto : et comment êtes vous au courant de tout cela ?

    Commentaire par kuk — 18/07/2012 @ 19:47

  59. « voilà que je suis accusé de malhonnêteté. »

    En aucun cas, vous avez mal lu.

    Commentaire par Dlore — 18/07/2012 @ 20:53

  60. « l’éthique journalistique est rendue nécessaire par l’impératif commercial »

    Si c’est le cas, le Figaro est un mystère… ce ne serait d’ailleurs pas le seul mystère. L’impératif commercial ne nécessite qu’un semblant de véracité, suffisant pour donner le change. En fait, l’impératif commercial ne nécessite aucune éthique en particulier

    Commentaire par Dlore — 18/07/2012 @ 21:06

  61. @Kuk sur éthique et journalisme : à ma connaissance, l’éthique en tant qu’argument commercial ou encore comme moyen d’éviter un risque d’image, c’est très nouveau. Ce qui l’est moins, c’est que des professions sensibles comme médecin, avocat, notaire, policier ou encore juge estiment, ou qu’on estime pour elles, qu’elles doivent obéir à des règles de comportement spécifiques, au-delà du simple respect des lois et règlements, en raison du caractère sensible de leur métier du point de vue de l’intérêt général. Un marchand de tomate qui vend des légumes pourris ne fait pas grand mal, un notaire qui fait un faux porte atteinte à la confiance que l’on juge nécessaire d’accorder à certains actes graves, un avocat qui viole les règles de conflits d’intérêts, un commissaire aux comptes qui certifie des comptes faux, idem. Les journalistes traitent d’une chose d’intérêt public, l’information, en conséquence de quoi, ils doivent obéir aussi à des règles spécifiques. Contrairement aux autres professions, en France nous n’avons pas d’ordre parce que nous n’en avons pas voulu et parce que contrairement aux autres nous avons des statuts de salariés et non pas de professionnels libéraux, ce qui complique le sujet en introduisant une problématique salarié/employeur que les autres découvrent longtemps après avoir adopté une déontologie et constitué un ordre. Pour autant, nous avons ressenti la nécessité d’avoir une déontologie. Et figurez-vous que cette déontologie fonde l’organisation des groupes de presse, ce qui n’est quand même pas rien (séparation entre l’éditorial et le reste, distinction de contenu entre la pub et l’information). Je vous rappelle que pour la CEDH nous sommes les chiens de garde de la démocratie. Pas tous et pas tout le temps, mais globalement c’est ainsi que l’on considère notre métier. Droit à l’information du public, liberté d’expression, droit d’informer, c’est du lourd, et ça dépasse de loin le simple problème commercial. Maintenant, ce que je regrette à titre personnel, c’est que n’ayons pas encore compris que l’éthique aujourd’hui dans le domaine économique, c’est un argument commercial en effet. Toute l’économie ou presque a compris cela sauf la presse. Moi je suis kantienne, j’aimerais que les gens pratiquent l’éthique pour elle-même, mais je suis aussi pragmatique, si le comportement moral n’intéresse pas certains en soi, qu’au moins ceux-là aperçoivent qu’ils ont un intérêt économique réel à y adhérer. En ce sens, Pigasse a beau être banquier, il témoigne par son choix d’une ignorance du journalisme qui se traduit concrètement par une erreur économique et stratégique majeure, ce qui arrive souvent quand un financier s’invite dans une activité industrielle dont il ignore tout. Hélas, certains mettront encore du temps à comprendre que loin d’être un frein à l’intelligence et à la réussite, l’éthique est au contraire une intelligence durable et même à mon sens, le summum de l’intelligence. Vous me direz, dans notre société du courtermisme, il ne faut pas s’étonner qu’une telle évidence ne saute aux yeux de quasiment personne. C’est prend l’oseille et tire-toi. Dont acte. Mais on en reviendra vite, de ces excès-là 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 18/07/2012 @ 21:06

  62. @kuk

    Sûrement pas par un journal de l’industrie de la presse, que ce soit les inrocks, libé, le monde, figaro, canard, nouvel obs, et tout le toutim. C’est un travail perso sur ce qui se passe. Vous cherchez absolument à trouve des intérêts à la presse, ils n’existent qu’en creux. En permettant à 10 personnes de deviner « en creux », la presse en abrutit 1000. Pour moi le bénéfice risque est négatif.

    Il n’est que vois le traitement de l’affaire SocGen que j’ai suivi un peu. A chaque fois que je regarde une affaire et que je creuse un peu : paff la « population » subit une propagande. La presse est, aujourd’hui, un poison mortel pour la démocratie.

    Commentaire par toto — 18/07/2012 @ 21:11

  63. @Dlore : désolée, je viens de voir deux de vos commentaires bloqués en attente de validation, j’ignore pourquoi…mystères du chasseur de spam

    Commentaire par laplumedaliocha — 18/07/2012 @ 22:30

  64. @Dlore : « Mais, par exemple, de principes moraux très anciens comme l’honnêteté… C’est ce qui interdit de faire des généralités comme celle que vous faites. »

    Admettez que le pronom-verbe, « C’est » peut très bien être compris comme relié à « honnêteté », plutôt qu’à « éthique ». Donc je dois comprendre que je manque d’éthique ? J’ai mal lu ou bien vous vous êtes mal exprimé.

    Sur le point éthique : Vous pensez donc que le Figaro ne respecte aucun devoir mentionné dans la Charte de Munich ? Vous pensez qu’un journal qui ne respecterait aucun point de cette charte aurait malgré tout des chances de succès commercial ? Exemples ?

    @toto : Allez-y, donnez nous vos sources d’information. Il y a une émission sur @rrêts sur images dont c’est le principe. Elle n’est pas toujours inintéressante.

    @Aliocha : Nous sommes donc bien d’accord, cette nomination va desservir en premier lieu les Inrocks et ses journalistes, puis ses lecteurs. Sinon, pouvez-vous nous dire ce que risquerait légalement un organe de presse qui ne respecterait pas la séparation commercial / éditorial et sur quel texte cette sanction (ou cette organisation) repose ? La CCNTJ ?

    En matière journalistique, le matériau brut est délicat : qu’est-ce qu’une information non biaisée, pertinente, libre ? Chacun aura une réponse différente, il sera donc difficile d’imposer quoi que ce soit à son sujet sans contrevenir à l’article 11. Souvent, une information nait du rapprochement de plusieurs faits. Allez quantifier l’honnêteté intellectuelle dans les rapprochements qui sont effectués…

    Commentaire par kuk — 18/07/2012 @ 23:01

  65. @Aliocha 61: sur la nécessité d’un code de déontologie/ordre/éthique partagé dans la profession
    Pour commencer par la conclusion, j’y suis totalement opposé, et ce, quelle que soit la profession concernée. L’argument « de base » est assez simple, même si je peine à le formuler élégamment: de quel droit une structure plus ou moins auto-proclamée peut-elle se prétendre source de droit? Dans le cas de la Presse, si la Constitution pose les principe de la liberté d’expression (pas spécialement généreux en France comparativement au 1er amendement américain), ce n’est pas pour qu’il soit amoindri, bricolé, par ailleurs. Mais le point est plus général. Si l’Université Française, par délégation de l’Etat, me considère comme avocat, médecin, compétent, diplomé, pouvant faire valoir cette qualité, il est ‘anormal’ que cette qualité puisse m’être retiré par un tiers qui n’agit pas par délégation de l’Etat, et sur des critères n’étant pas ceux d’attribution du diplôme. Je ne suis pas opposé à ce qu’un médecin, un avocat soit radié suite à un manquement grave à ses obligations, mais dans ce cas, ce devrait être à l’Etat lui-même de prendre cette sanction. L’inéligibilité, ou le retrait du droit de vote sont des peines existantes, l’interdiction d’exercice pourrait en être une. Pour caricaturer ma position, je dirais qu’être radié de la médecine pour ne pas avoir payé sa cotisation à l’Ordre me semble un tantinet excessif.
    Si le Droit, la Santé, l’Information sont des biens communs à tous, à la Nation, ce doit être à la Nation de s’en emparer, de légiférer sur leur bon ou mauvais usage. C’est au Parlement de synthétiser un consensus politique sous forme de règle commune.
    Les codes d’éthiques, cela revient à privatiser la loi, à créer des zones autonomes, des autorités, sans aucune des contreparties requises. Qui les contrôle (au sens sanctionne)? Qui les nomme? Qui borne leur fonction (ce qu’elles peuvent ou non adresser)? Comment résoudre les conflits avec des règles externes? Au hasard, je suis médecin et journaliste, quid de règles ‘contradictoires’? Plus amusant: et si deux organisations ‘concurrentes’ de journalistes se dotent chacune d’une charte différente, on fait quoi? Obliger d’en choisir une?
    Comprenez moi bien: je ne suis pas contre l’éthique, puisqu’il ne faut plus dire morale, c’est vieux, dépassé et un peu sale. Simplement, elle ne peut être que personnelle, une ligne que l’on se fixe soit même mais qui n’est pas exigible d’autrui. Les exemples abondent de comportements que je ne pratique pas, n’aime pas, désapprouve, mais que pour rien au monde je ne souhaite interdire.
    Pour en revenir à A. Pulvar, je pense qu’elle n’aurait pas du postuler à ce poste, que son employeur n’aurait pas du le lui attribuer. Mais dans elle comme lui sont libres de leurs choix et c’est heureux. Comme nous sommes libres aussi de les approuver ou critiquer.

    Commentaire par kaeldric — 18/07/2012 @ 23:21

  66. @Kaeldric : le problème que vous énoncez est identifié par les professions sophistiquées en matière de déontologie. Ainsi, le respect de la déontologie des avocats est assuré au premier degré par l’ordre, sous le contrôle en appel d’un juge (sauf erreur de ma part). Par ailleurs, le code de déontologie des avocats a été homologué récemment par décret. La privatisation, vous voyez, est loin d’être totale. C’est à peu près pareil pour les CAC (commissions régionales de disciplines, chapeautées depuis 2003 par un organisme public, le H3C) et sans doute d’autres professions. Les journalistes se méfient justement de ce qu’ils analysent comme un risque d’intrusion dans leur travail, voire de sanction arbitraire, idéologique, économique, d’où leur méfiance, fondée mais surmontable comme nous le montrent les autres professions.

    Commentaire par laplumedaliocha — 18/07/2012 @ 23:44

  67. @Aliocha: Bien que ça ne réponde pas entièrement à ma question (la légitimité de cette source de réglementation), je peux entendre ce point concernant avocats et médecins. Car ce sont des professions réglementées. Je ne connait pas les détails, mais il me semble qu’être médecin impose des obligations légales spécifiques (de type non assistance à personne en danger, mais très renforcée) alors même qu’un délit opposé spécifique existe (exercice illégal de la médecine). Donc que l’Etat s’en mêle soit. Bien que je reste très mesuré sur la délégation même partielle de se pouvoir vers un ordre interne.
    Le cas des journalistes est très différent dans son essence. Techniquement, que fait un journaliste de plus ou de moins qu’un citoyen ordinaire? Je ne parle bien sur pas ici de qualité du travail, mais des obligations et contraintes légales spécifiques. Je peux me tromper, mais c’est pour résumer très peu de choses: la protections des sources du coté des droits spécifiques, et quelques contraintes portant sur les revenus pour l’obtention de la carte de presse.
    En un sens, c’est ce qui fait la force du journalisme: pas de filtre à l’entrée de la profession, tout le monde peut tenter s’y lancer. Ensuite comme toujours, tout est question d’opportunité, de talent, de chance… Cette absence de contraintes permet justement à des profils très divers d’y parvenir, chacun amenant sa petite voix, qui éclaire différemment le sujet. Vous même êtes juriste d’origine, certains peuvent venir de la finance, des technologies, du sport… C’est un autre débat, mais je crains que les « école de journalisme » soit justement davantage un mal qu’un bien en ce qu’elle formate les journalistes, les transforment en « employés corporate de l’information » (c’est un horrible anglicisme, mais vous voyez l’idée).
    La contrepartie de cette ouverture, de cette absence de spécificité forte, c’est qu’il est difficile de réglementer sans toucher à la liberté de tous les citoyens. Il y aurait une voix possible, vers laquelle on tend « doucement » il me semble. Un renforcement de la protection dont bénéficie les journalistes (un secret des sources réel et effectif, fort, ce qui est en pratique loin d’être le cas) qui permettrait de poser une contre partie elle aussi plus stricte à à cette protection, des règles spécifiques.
    Mais il est à craindre que cela ne règle pas le problème. On se retrouvera de fait avec deux classes de journalistes, les ‘certifiés’ et les ‘indépendants’, qui se côtoieront. Sans que cela ne change rien à la direction du journal, source ici de votre billet. Diriger un journal, est-ce être journaliste? Je ne vois pas en quoi. Le PDG de Renault serait sans doute incapable de vous expliquer le fonctionnent d’un injecteur ou une boite de vitesse, celui d’Airbus les lois de la l’aérodynamique, pendant que les patrons des grandes banques semblent ne pas comprendre grand chose non plus aux outils de leur profession (je l’admet, ce dernier exemple est un coup bas!). Un dirigeant, y compris dans un journal, est d’abord là pour organiser, structurer, s’assurer de produire ce qui est mis en vente, le distribuer… Bien sur il faut comprendre le milieu dans lequel il exerce, ses contraintes, entendre les remontées de ceux qui ‘font’. Mais à supposé (grand saut dans la fiction) qu’une charte déontologique soit nécessaire à la carte de presse, et qu’on admette qu’Audrey Pulvar y déroge, que cette carte lui soit retirée (ça en fait des hypothèses): en quoi cela l’empêcherait-il de diriger un journal?

    Commentaire par Kaeldric — 19/07/2012 @ 08:47

  68. « Les Inrocks » et le PS ne sont pas « de gauche » ? Alors, disons que les Inrocks sont proches du PS, ou plutôt de la range parisiano-intello du PS dont font partie Montebourg et Pulvar. Ils en sont tellement proches que, si Mme Montebourg (puisque c’est en tant que Mme Montebourg que son cas pose problème) a été nommée à la tête des Inrocks, c’est parce que son prédécesseur venait d’être nommé… à l’Elysée. Si les rôles avaient été inversés (Pulvar à l’Elysée et Kessler aux Inrocks), croyez-vous vraiment que la politique éditoriale du journal aurait varié d’un iota ? Cette soi-disant affaire d’éthique est une question d’apparence, et uniquement d’apparence. Et avec la nomination de Pulvar, l’apparence des Inrocks reflète ce que sont les Inrocks : un hebdo proche du PS, donc du pouvoir actuel. Les lecteurs savent à quoi ils s’engagent lorsqu’ils le lisent, et ils le savent officiellement. Comme les lecteurs du Figaro savent qu’ils lisent un journal appartenant à un marchand de canons député UMP. Je rejoindrai Kuk en disant que l’essentiel pour la « liberté » et l’ « indépendance » de la presse, c’est que ces journaux, et des milliers d’autres, peuvent cohabiter, et que le public, pour peu qu’il s’intéresse un peu à l’information, peut croiser les différentes visions de celle-ci.

    Commentaire par lambertine — 19/07/2012 @ 09:49

  69. J’aimerais dire aussi qu’il y a quelque chose qui me met profondément mal à l’aise dans cet article et dans ce débat : l’idée du journaliste nécessairement sauveur du monde révélant les turpitudes du pouvoir. L’idée de la presse contre-pouvoir et gardienne de la démocratie. Albert Londres, « J’accuse », Le Watergate, « Mille Milliards de Dollars » et « Tintin et le Lotus BLeu ». J’ai l’impression de me retrouver dans un conte de fées. Oh, je ne prétends pas que les héros n’existent pas. Seulement qu’ils n’ont que rarement (très très très rarement) une influence réelle sur l’existence des peuples et des gens. L’influence de la presse, c’est une fois par siècle celle de Zola, et régulièrement celle (à un niveau moindre en terme de conséquences, mais le principe est le même – qu’on l’appelle « com » ou propagande, et cela depuis la création du premier quotidien) de Joseph Goebbels et de Radio Mille Collines. Mais la presse, et, pardon, Aliocha, une majorité de journalistes (à qui je ne jette pas la pierre, parce que c’est ça ou rien), c’est surtout les chiens écrasés, les ragots people et les publireportages présentés comme du rédactionnel pour des chaussures à semelle rouge et de la poudre de riz (Tiens… en aurait-on fait tout un foin, si Mme Montebourg avait signé chez Cosmopolitan ou Voici ?). C’est sans doute très triste, mais des tas de gamins qui se rêvaient Woodward se retrouvent, au nom du droit (?) à l’information et du devoir (?) de dire la vérité en train de faire un papier sur Gregory, qui a planté sa voiture parce qu’il était bourré, ou sur le divorce de Johnny et Vanessa.

    Commentaire par lambertine — 19/07/2012 @ 10:17

  70. A la limite, les commentateurs défenseurs de l’indépendance et de la pluralité de la Presse devraient davantage s’interroger sur le remplacement de Mougeotte au Figaro suite à l’élection d’Hollande. Rappelons qu’Hollande avait refusé de s’exprimer dans ses pages pendant la campagne suite à une campagne jugée trop partisane.

    @Kaeldric : Les patrons des grosses boîtes type Renault ou Airbus sont tous issus de Polytechnique. Autant dire qu’ils ont reçu une formation scientifique d’élite et qu’ils ont des connaissances en matière de fonctionnement d’un moteur ou de mécanique des fluides. C’est d’ailleurs un drame que de voir autant de cerveaux si bien formés scientifiquement faire autre chose que de la science.

    Commentaire par kuk — 19/07/2012 @ 10:55

  71. @Lambertine 68 : il y a une différence entre un engagement idéologique et une proximité avec le pouvoir. Une presse de gauche est capable de critiquer le pouvoir, précisément au nom de son engagement (c’est la ligne qu’adoptent Mediapart et @si, ce-dernier s’étant malheureusement politisé de manière insupportable). On reprochait justement au Figaro sous Sarkozy non pas d’être de droite, mais de faire allégeance via sa direction au pouvoir en place.

    @Lambertine 69 : non, non, non et non. Notre vieille démocratie capricieuse et fatiguée ne ‘aperçoit même plus de ses propres mérites. Voyez autour de nous les pays qui n’ont pas la chance d’avoir une presse libre, eux mesurent le poids de cette liberté. Nous, nous l’avons, donc nous nous en fichons. Il ne s’agit pas de raisonner sur l’influence de tel ou tel journaliste dans un dossier précis mais de reconnaître qu’un des attributs et non des moindres d’une démocratie est d’avoir une presse qui peut s’exprimer librement sans se retrouver en taule ou au bout d’une corde. Il y a beaucoup de déchets dans les médias ? Eh oui, comme dans l’ensemble de notre société de consommation. Là comme ailleurs, il faut apprendre à consommer durable, intelligent, à identifier les bons journalistes, les bons médias, à reconnaître l’information de valeur. Plutôt que de jeter le bébé avec l’eau du bain 😉 Quant à la mythologie, moi j’y tiens tout particulièrement. Non pas pour faire croire que nous sommes tous des Albert Londres en herbe y compris le rédacteur qui fait les légendes sur les photos de Voici, mais pour garder à ce métier une âme, des valeurs, des références capables de guider chacun dans l’exercice quotidien de son métier.

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/07/2012 @ 10:56

  72. @ kuk : « C’est » porte sur l’exemple. Ou plutôt sur un contre-exemple qui interdit de faire une généralité. Là où vous voyez une insulte, il y a juste de la logique.

    « Vous pensez donc que le Figaro ne respecte aucun devoir mentionné dans la Charte de Munich »

    Il semblerait que vous abusiez des généralités : « tout », et maintenant « aucun ». Souvent (je dirais même toujours), ce type de raisonnement ne fonctionne pas quand on l’applique à la réalité, car la réalité n’est pas une affaire d’affirmation absolue. Donc non, je ne pense pas ce que vous dites. Je dis seulement que Dassault et Mougeotte ont fait des déclarations sans ambiguïté qui s’accordent mal avec les premiers points de la charte, voire les contredisent. Là il s’agit d’un journal de droite, mais à gauche on fait aussi la même chose, avec plus de discrétion, voire en faisant passer cela pour de la vertu…

    Maintenant, j’aimerais souligner l’horreur orwellienne de la situation. Comme de plus en plus souvent dans ce genre de conflits d’intérêt, l’intéressée nous dit que l’on peut avoir confiance. Donc :
    * la personne obtient un poste pour lequel on peut douter qu’elle sera aussi impartiale que possible. En fait, comme l’a dit de manière limpide Thomas Legrand, toutes les branches du dilemme conduisent à la conclusion que l’on ne peut gérer une telle situation ;
    * la personne nous dit quelle saura gérer la situation ;
    * nous devons croire la personne en laquelle il est objectivement impossible d’avoir confiance.

    Autrement dit : « Ayez confiance, même si vous ne pouvez avoir confiance » ; « Croyez-moi, même si vous ne pouvez me croire » ; « Je dis la vérité », dit le menteur.

    On nous demande un acte de foi qui suppose la destruction de notre raison. Bref, c’est un viol de l’esprit.

    Commentaire par Dlore — 19/07/2012 @ 11:27

  73. @ Kuk, si je vous suis bien, Mougeotte, aurait été débarqué pour un successeur choisi pour sa capacité à être plus conciliant avec le nouveau gouvernement, gros pourvoyeur de contrats de l’actionnaire principal ? Et ce serait un signe de la dépendance du Figaro à l’égard du pouvoir, quel qu’il soit ? On a tout de même du mal à vous suivre.

    La plupart des observateurs saluent plutôt l’arrivée d’un journaliste de la maison, qui incarne une droite « ferme mais intelligente » et donc susceptible d’accompagner un renouveau de la pensée de droite, plutôt que le suivisme sarkozyste incarné par Mougeotte qui avait indisposé la rédaction et une partie des lecteurs. Je n’y vois donc pas de menace pour l’indépendance et le pluralisme de la presse.

    A part ça, je salue la pugnacité et la pertinence des arguments d’Aliocha.

    Commentaire par Tocquevil — 19/07/2012 @ 11:36

  74. @Dlore : Après triple relecture, je confirme que votre phrase est au mieux ambigüe.

    Vous n’allez pas me la faire sur les quantificateurs et la logique : il suffit que le Figaro respecte au moins un point de la Charte de Munich pour que vous ne puissiez pas dire que le Figaro n’a aucune éthique, d’ailleurs, vous ne le dites pas. Mais j’aimerais bien que vous exhibiez un seul exemple de canard qui connait le succès commercial sans aucune éthique (personnellement je n’en connais pas). Car vous n’avez en rien étayé l’affirmation que : « l’impératif commercial ne nécessite aucune éthique en particulier ».

    Vous dites « On nous demande un acte de foi qui suppose la destruction de notre raison. Bref, c’est un viol de l’esprit. »
    Qui est ce « nous » ? vous et les autres lecteurs des inrocks ? vous êtes libres de choisir un autre journal, les Inrocks ne vous demandent rien, Les Inrocks proposent. vous et les autres lecteurs ? A fortiori, les Inrocks ne vous demandent rien puisque que de toute façon vous ne lirez pas le résultat de leur travail.

    Commentaire par kuk — 19/07/2012 @ 12:36

  75. « Après triple relecture, je confirme que votre phrase est au mieux ambigüe. »

    Et je vous en ai expliqué le sens.

    « Vous n’allez pas me la faire sur les quantificateurs et la logique : »

    Ce n’est pas une question de se la faire ou pas, mais d’être logique ou pas.

    « il suffit que le Figaro respecte au moins un point de la Charte de Munich pour que vous ne puissiez pas dire que le Figaro n’a aucune éthique, d’ailleurs, vous ne le dites pas. »

    Et donc il n’y a pas de problème avec ce que je dis…

    « Mais j’aimerais bien que vous exhibiez un seul exemple de canard qui connait le succès commercial sans aucune éthique (personnellement je n’en connais pas). »

    Encore ce « aucun », qui, en passant, contredit la phrase précédente… En parlant en terme de « aucun » et « tous », vous placez vos interlocuteurs dans l’impossibilité de vous répondre.

    « Car vous n’avez en rien étayé l’affirmation que : “l’impératif commercial ne nécessite aucune éthique en particulier”. »

    Si, j’ai dit qu’il suffit d’une vraisemblance de véracité, et la politique éditoriale du Figaro, qui a outragé jusqu’aux journalistes du Figaro eux-mêmes, montre que l’on peut vendre même en s’affranchissant de certains liens à la réalité. Et vous, avez-vous justifié le fait que selon vous l’impératif économique nécessité une éthique ? je ne crois pas.

    « Qui est ce “nous” ? vous et les autres lecteurs des inrocks ? vous êtes libres de choisir un autre journal, les Inrocks ne vous demandent rien, Les Inrocks proposent. vous et les autres lecteurs ? »

    Je ne parle pas du lecteur tout seul qui choisit (ce qui reste à démontrer, vu que sociologiquement certains lectorats sont plus ou moins homogènes) ; je parle de la relation journalistes/lectorat que demande la personne en plein conflit d’intérêt. Elle demande la permission de violer notre raison. Je voulais mettre ainsi en lumière la violence absurde qui se cache derrière ce genre de complaisances.

    Commentaire par Dlore — 19/07/2012 @ 12:55

  76. @Dlore 74 : Je sens que ça va être assez stérile de discuter logique avec vous. Un dernier essai :

    1) en quoi le « aucun » contredit la phrase précédente ?

    2) Si j’ai bien compris votre raisonnement, vous dites « pas besoin d’avoir une éthique pour vendre, il suffit de produire une vraisemblance de véracité » et vous prenez en exemple le Figaro. Mais dans le même temps, vous admettez que le Figaro a une certaine éthique (cf. « et donc il n’y a pas de problème avec ce que je dis »). Donc un exemple peu convaincant.
    Vous dites “l’impératif commercial ne nécessite aucune éthique en particulier”. En passant, c’est vous qui utilisez « aucune » ici, ça ne me pose pas de problème, mais une bonne façon de prouver votre affirmation serait d’exhiber un exemple de journal qui vend sans aucune éthique. Sinon, comment pourriez-vous garantir que le peu d’éthique qu’aurait le journal en question n’est justement pas nécessaire à sa survie économique ?

    3) Je justifie que l’éthique est nécessaire à la survie d’un journal de deux façons qui se complètent :

    – l’état des lieux : je ne connais aucun journal qui vend sans un minimum d’éthique. Ça ne prouve rien bien sûr, mais ça laisse penser que l’affirmation précédente n’est pas forcément absurde.

    – un raisonnement logique : qui va avoir envie d’acheter un journal qui :
    . respecte la vérité une fois sur deux
    . colporte des rumeurs sans précautions d’usage type conditionnel
    . ne rectifie aucune information inexacte
    . s’autorise le plagiat, la calomnie ou les accusations sans fondement
    . altère les textes et les documents
    . confond le métier de journaliste avec celui de publicitaire
    . dont les journalistes se soumettent aux pressions extérieures à leur direction rédactionnelle

    Commentaire par kuk — 19/07/2012 @ 13:40

  77. « 1) en quoi le “aucun” contredit la phrase précédente ? »

    Parce que vous me faites dire une chose, et vous me demandez ensuite de dire le contraire.

    « Donc un exemple peu convaincant. »

    Ça ne vous convainc pas vous, mais un journal qui est éthique une fois sur deux n’est pas éthique. Une personne qui vous ment une fois sur deux est un menteur, pas une personne éthique.

    « Vous dites “l’impératif commercial ne nécessite aucune éthique en particulier”. En passant, c’est vous qui utilisez “aucune” ici, ça ne me pose pas de problème, mais une bonne façon de prouver votre affirmation serait d’exhiber un exemple de journal qui vend sans aucune éthique. »

    Non, j’utilise le mot « aucun » avec « en particulier », ce qui n’a pas le même sens en français. Donc, non, je n’ai toujours pas à répondre à votre injonction « d’exhiber un exemple de journal qui vend sans aucune éthique. »

    « je ne connais aucun journal qui vend sans un minimum d’éthique. »

    En fait, vous êtes passé de l’affirmation que l’impératif économique nécessite une éthique à l’affirmation que cet impératif nécessite un minimum, autrement une feuille de vigne morale.

    Un minimum d’éthique ne veut pas dire « éthique » (voir exemple ci-dessus) ; bien plus, quand on prétend être éthique par impératif catégorique, eh bien on n’est pas éthique, car si l’impératif économique l’exigeait, on ferait le contraire. Or, un impératif éthique nous dit : tu respecteras la vie privée de cette personne ; l’impératif catégorique nous dit : tu respecteras la vie privée de cette personne, mais si ça peut gagner de l’argent, tu ne la respectera pas.

    Voilà le fondement du problème : l’impératif économique et l’impératif éthique sont deux choses différentes.

    « qui va avoir envie d’acheter un journal qui : »

    La presse people et trash contredit tout ce que vous dites après cette phrase.

    Commentaire par Dlore — 19/07/2012 @ 14:29

  78. @Dlore : En lisant vos différents commentaires, je n’arrive pas à savoir si vous considérez que le Figaro a une éthique. Au début, il semble que non, puis pas tout le temps, mais là vous dites que quand on a une éthique une fois sur deux, c’est en réalité qu’on n’a pas d’éthique. Pourtant, vous ne me contredisez pas quand j’écris que vous admettez que le Figaro a une certaine éthique… Mais j’ai sûrement mal lu.

    Commentaire par kuk — 19/07/2012 @ 15:22

  79. En effet, vous avez mal lu.

    Sinon, pourquoi ne pas répondre sur les points soulevés contre votre affirmation ? c’était la question de départ…

    Commentaire par Dlore — 19/07/2012 @ 15:40

  80. @Dlore : D’accord j’ai mal lu. Mais au final, le figaro a une éthique ou pas ?
    Sur votre le premier point de votre réponse : « un minimum d’éthique ne veut pas dire éthique », vu que j’ai mal lu pour ce qui précède, je peux pas vous répondre, ne sachant pas ce que je dois comprendre.

    Sur le deuxième point : qui va acheter un journal qui… J’attends toujours que vous me citiez un titre. Si vous me citez Entrevue ou Choc, leur société éditrice a été placée en redressement judiciaire en 2009, France Soir, on ne compte plus ses déboires financiers. Figurez-vous que même dans la presse people, la concurrence est féroce et une certaine éthique est nécessaire pour survivre.

    Commentaire par kuk — 19/07/2012 @ 15:59

  81. @Tocquevil : désolée, mon chasseur de spams est devenu dingo 😉 je viens de vous voir …et de vous débloquer !

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/07/2012 @ 16:25

  82. Mais au final, oui ou non l’impératif économique nécessite l’impératif éthique, dès lors qu’être éthique par économie est une contradiction dans les termes ? OUI ou NON est-ce une contradiction, et si non comment est-ce possible d’être éthique pour des raisons économiques puisque pour les mêmes raisons on pourra ne pas l’être ?

    Commentaire par Dlore — 19/07/2012 @ 16:55

  83. @Dlore : On n’est pas forcément éthique par choix économique, mais on constate que les journaux qui survivent sont ceux qui ont un minimum de déontologie. Prenons une image évolutionniste : tout peut exister ou apparaître : des journaux non éthiques et des journaux éthiques, mais les premiers ont tendance s’éteindre plus rapidement, les journaux qui ont une longue existence sont plutôt de la 2ème catégorie. Dans la concurrence des espèces, celles qui ont un avantage reproductif ont tendance à être sélectionnées, alors même cet avantage résulte d’une mutation due au hasard, non choisie. Je pourrais dire que le fait d’avoir des membres permettant de nous déplacer est une conséquence de la lutte pour la survie (impératif économique), même si cette qualité est apparue progressivement par une succession de hasards.

    Le figaro, éthique ou pas ?

    @Tocquevil (73) : ce timing n’est peut-être qu’une coïncidence. On peut penser de toute façon qu’en début de mandat, le figaro n’ira jamais bien loin dans la critique du pouvoir en raison des contrats que signe son possesseur avec le même pouvoir, ou bien qu’ayant échoué à faire passer la droite, ils n’ont plus rien à espérer avec le pouvoir en place et peuvent se remettre à faire du journalisme, en tout cas, comme vous dites, le doute sera toujours permis et rien que cela pose problème.

    Commentaire par thuram15 — 19/07/2012 @ 17:47

  84. thuram15 = kuk

    Commentaire par kuk — 19/07/2012 @ 17:48

  85. @kuk

    mais dans votre raisonnement sur la longue vie de l’éthique et la mort rapide de l’étique éthique, vous occultez le phénomène de masse. S’il y a 2 journaux éthiques qui vient longtemps et 300 non éthiques qui se renouvellent tous les 2 ans à cause de la lassitude du lecteur, cela fait tout de même moins de 1% de presse qui informe un peu et donc, statistiquement, maximum 5% de gens informés : c’est le phénomène de masse.

    C’est pour cela que la théorie du marché qui régule ne fonctionne pas : à chaque instant T il y a un déséquilibre qui tendrait à se ré-équilibrer, mais à chaque instant T+1, il y a de nouveaux acteurs qui viennent faire perdurer le déséquilibre. Il n’est que voir l’oligopole dans les télécoms, la presse, les pétroliers, les banques, les partis politiques, les lessives, les médocs, l’agro-alimentaire, ……

    Commentaire par toto — 19/07/2012 @ 18:29

  86. @ thuram15 : les critères de survie sont donc évolutionnistes et non éthiques… et comme c’est la survie qui fait critère, l’éthique ne s’en suit pas nécessairement. CQFD.

    Commentaire par Dlore — 19/07/2012 @ 18:52

  87. @Dlore : vous avez mal lu.

    Commentaire par thuram15 — 20/07/2012 @ 01:10

  88. Aliocha,

    Il y a une différence entre un engagement idéologique et la proximité avec le pouvoir. Soit. Mais comment juger de la « proximité avec le pouvoir » ? Un Kessler susceptible d’être officiellement nommé à l’Elysée aurait-il été moins proche du pouvoir qu’une femme de ministre ? Mougeotte était-il le mari d’une officielle UMP ? Ce qui m’agace, dans cette histoire, c’est que « proximité » signifie « proximité apparente ». La proximité cachée mais réelle, ben, elle n’a pas d’importance.
    Personnellement, mais ce n’est que mon avis, quand je lis un journal, je préfère savoir qui est qui.

    Commentaire par lambertine — 20/07/2012 @ 10:16

  89. Oh, pitié, Aliocha ! Non, je ne me fiche pas de la liberté de la presse, et je n’ai aucune envie de voir des journalistes (ni personne, d’ailleurs) croupir en prison. Mais j’ai du mal à croire à(1) l’indépendance de la presse (désolée, mais quand je vois des journaux appartenir à des banquiers et des marchands de canons…), (2) l’influence de la presse en tant que « contre-pouvoir » (combien de personnalités mises en examen dans des histoires proprement scandaleuses dénoncées dans la presse – officielle ou d’opposition – sont réélues haut la main ?), (3) l’impartialité des journalistes (ce manque d’impartialité étant contrebalancé par la pluralité des organes de presse).
    Et, bon, j’avoue que cette « liberté de la presse » en tant que contre-pouvoir consiste bien plus en une critique de l' »adversaire » qu’en une critique des membres de son propre camp… et encore moins en une critique du « système ». Vous en connaissez beaucoup, vous, des journaux d’info nationale mettant en cause la suprématie du libéralisme économique ou la nécessité de la croissance ?

    Sinon, excusez-moi, mais j’ai envie de dire « qui veut faire l’ange, fait la bête ». Non, l’essentiel de la presse ne consiste pas à être un contre-pouvoir, mais à donner au public ce qu’il demande : du sang, du sexe, du luxe et des larmes. Je suis désolée, mais l’ « âme » et la « valeur » du journaliste qui fait son billet sur une photo de « Voici » ou sur Grégory qui a planté sa voiture contre un platane… Je ne condamne pas cette personne, mais l’assimiler à un « contre-pouvoir » me semble totalement absurde. Et je ne condamne même pas la presse locale, ou la presse people, ou la presse féminine. Ou même la presse culturelle (genre Les Inrocks) quand elle engage une femme de politique. Je dis juste que ces presses-là n’ont rien à voir avec les « valeurs » que vous défendez, même quand elles disent la vérité.

    Commentaire par lambertine — 20/07/2012 @ 10:56

  90. @ thuram15 : c’est amusant, à chaque fois que j’énonce des arguments, vous faites comme s’ils n’existaient pas. Un rapport avec votre schizophrénie de pseudos peut-être ?

    Commentaire par Dlore — 20/07/2012 @ 11:28

  91. @Dlore : Vous ne souhaitez pas vraiment discuter. Vous exigez des réponses à vos questions mais sans accepter la pareille en retour. Je propose donc d’arrêter cet échange stérile.

    Commentaire par kuk — 20/07/2012 @ 12:40

  92. @ kuk : Rétablissons la réalité. Dès ma première question simple, vous n’avez eu de cesse de faire dévier le débat sur vos questions, donc de vouloir imposer VOS exigences, au lieu de répondre. Que je sache, répondre systématiquement par des questions, ce n’est pas discuter. Et à chaque fois que j’ai avancé des arguments simples et clairs qui réfutent l’idée que l’impératif économique nécessité un impératif éthique, vous avez changé de sujet. Votre pirouette finale n’est donc pas très étonnante.

    Commentaire par Dlore — 20/07/2012 @ 13:06

  93. @ Lambertine : remettre en cause la nécessité de la croissance? Effectivement, je me demande pourquoi personne ne prône l’appauvrissement général. Et il ne doit pas être bien compliqué, ma foi, de trouver des journaux nationaux critiquant les dérives de la finance et la suprématie d’impératifs de rentabilité sur d’autres impératifs importants.

    Commentaire par Flash — 20/07/2012 @ 18:29

  94. Je ne parle pas de « remettre en cause les dérives de la finance », mais de remettre en cause « la finance », et, oui, le mythe de « la croissance ». En clair, « le système », pas « le gouvernement ». TOUS les journaux d’info nationale sont plus ou moins inféodés au libéralisme. Je ne dis pas qu’ils ont tort ou raison, je dis que ce n’est pas si différent de « la Pravda » quand on parle de liberté de la presse. Et que ce n’est pas étonnant quand on voit à qui ils appartiennent.

    Commentaire par lambertine — 20/07/2012 @ 19:33

  95. La finance est un phénomène qui a plus de 4000 ans (on retrouve des marchands finançant d’autres marchands dans la cité d’Assur et à Kanish, dès le XIXème siècles avant J.C). Le libéralisme économique est plus ou moins né au XIXème siècle, avec des variations idéologiques importantes. La finance a pris de l’importance après 1980. J’avoue donc que lier, en soi, la finance au libéralisme économique me laisse pantois. Et vouloir abolir la finance et la croissance, c’est une doctrine tout de même relativement proche de l’état d’esprit antérieur à la Renaissance, avec la prohibition du prêt à intérêt par l’Eglise.

    Quant à la récession, la Grèce l’expérimente. Ils n’ont pas l’air satisfait. Si vous parlez d’une décroissance contrôlée, partant du constat qu’une croissance infinie n’est pas possible dans un monde fini, c’est déjà plus soutenable. Relocaliser l’activité économique, réduire sa dépendance aux énergies, sa production de déchets, sa consommation de matières premières, lutter contre l’obsolescence programmée, favoriser par des choix individuels la décroissance de la population, tout cela ne remet pas en cause l’idée même de liberté. C’est tout simplement avoir une autre optique, mais je ne vois pas en quoi cela remet en cause la liberté de circulation, la liberté d’entreprendre, la liberté du travail ou d’autres libertés économiques. Bien sûr, on peut arriver à ces résultats par des moyens autoritaires, en supprimant la liberté d’aller et venir, en supprimant la possibilité de créer des projets, en supprimant le choix de son travail. Mais je suis certain que ce n’est pas la voie que vous privilégiez, n’est-ce pas?

    Commentaire par Flash — 21/07/2012 @ 12:03

  96. Je ne crois pas avoir lié la finance au libéralisme, ni demandé l’abolition de quoi que ce soit. Je constate simplement qu’aucun journal d’envergure nationale, malgré la liberté de la presse, ne remet le système en cause. Ils remettent des hommes en cause, voire des entreprises ou des institutions, elle dévoilent des scandales plus ou moins grand à l’occasion (en général quand ils touchent des personnes du « clan » adverse), ils jouent un rôle d’information, mais en ce qui concerne le système lui-même, ils ne peuvent le remettre en cause parce qu’ils en font partie. C’est vrai que, demain, je peux créer mon journal dans lequel je peux militer pour l’abolition du prêt à intérêts, conformément à la doctrine de l’Eglise (et, si je ne me trompe pas, de l’Islam). Quelles seront ses chances face aux journaux détenus par les banquiers (dont les Inrocks, dont Libération ?). Et dans quelle mesure ces journaux détenus par les banques sont ils libres et indépendants ? Très franchement, je trouve ça beaucoup plus inquiétant que la nomination d’une femme de ministre à la tête d’un hebdo essentiellement culturel.

    (Maintenant je ne suis pas précisément un chantre de la décroissance, et je ne prétends pas être une experte en économie. Je constate simplement que les principes défendus par la grande presse, de quelque bord politique que soient les journalistes et la rédaction, sont les mêmes.)

    Commentaire par lambertine — 21/07/2012 @ 13:04

  97. Je ne vois pas ce que la gauche et la droite viennent faire là dedans ? On peut être de gauche (ou de droite) et ne pas apprécier le mélange des genres. Mais peut-être qu’Aliocha considère que le PS et ses satellites Nouvel Observateur, Libération, Les Inrocks, c’est la gauche ? Le PS ne remet pas en cause le capitalisme, que je sache. Tout au plus fournit-il un peu de vaseline pour que ça glisse mieux.

    Commentaire par Gilbert — 23/07/2012 @ 03:36

  98. Pour étayer un peu, il suffit d’examiner les premières mesures du gouvernement « du changement ». Pendant la campagne, un petit jeune (Juan Branco) était chargé de draguer les anti-Hadopi. Première mesure de la nouvelle ministre de la Culture, Aurélie Filipetti : débarquer Juan Branco. Et dans le même temps on charge Pierre Lescure, qui a des intérêts dans les majors et qui est administrateur d’une société (Kudelski) élaborant des dispositifs de cryptage pour protéger les données numériques, de plancher sur la question d’Hadopi. On devine à l’avance ses conclusions. C’est pas du conflit d’intérêt majuscule, ça ? C’est de gauche, ce genre d’arrangements ?
    Autre exemple. Hollande avait promis de mettre fin au cumul des mandats et de moraliser la vie politique. Qu’est-ce qu’il fait ? Il crée une commission présidée par Jospin (quand on veut enterrer un problème, on crée une commission) et qui recrute aussi sec Roselyne Bachelot, l’ancienne ministre maquée avec les labos pharmaceutiques à qui elle a acheté pour des millions de vaccins H1N1 inutiles, qu’il a fallu jeter. C’est de gauche, ça ? Mais peut être considère-t-on qu’augmenter les smicards d’un carambar par jour c’est cela, la gauche.
    Quant aux Inrocks journal de gauche, c’est à mourir de rire. Demandez aux nanas qui turbinent aux Inrocks (SR, maquettistes, etc). C’est peut-être le canard le plus esclavagiste et qui traite le plus mal les précaires de la place de Paris.

    Commentaire par Gilbert — 23/07/2012 @ 03:53

  99. @Gilbert : désolée, j’appelle de gauche les gens qui se revendiquent de la gauche. Si c’est pas bon, faut faire le ménage chez vous. Maintenant qu’un journal de gauche traite mal ses employés, ça ne m’étonne pas une seconde. La gauche intello germanopratine n’est qu’un ramassis de donneurs de leçons écoeurants. A droite au moins, on croit au travail et on le rémunère. On ne pleure pas le soir en bouffant son caviar sur le sort des salariés qu’on a exploité toute la journée pour se payer ledit caviar. Vous voyez, c’est pour cela au fond, que je vais rester de droite. Tenez, par exemple, mon cher journal Marianne reprend mes billets gratuitement depuis 3 ans. Et n’a jamais été capable de m’offrir un abonnement au journal papier. Amusant, non ? Il parait que leur responsable des abonnements ne veut/peut pas. Et je passe sur Anne Sinclair à la tête du Huffington Post, concept juteux fondé sur l’exploitation commerciale d’un contenu gratuit, sinon, je vais encore m’énerver. Mais vous me direz, Sinclair, elle n’est pas de gauche, c’est ça ? Et DSK non plus, il n’est pas de gauche. Pas plus que Mathieu Pigasse. Mais dites-moi, ils serait peut-être temps de le leur dire qu’ils ne sont pas de gauche tous ces gens-là parce que je crois qu’on nage en plein malentendu.

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/07/2012 @ 14:02

  100. C’est pas un malentendu, c’est une arnaque. Bien évidemment que DSK et Pigasse sont de droite… comme vous si j’ai bien compris (puisqu’enfin vous savez où vous habitez).

    Commentaire par Gilbert — 23/07/2012 @ 14:17

  101. Un petit conseil de lecture pour, justement, aller au delà des étiquettes. La bonne question pour Alain Accardo (mon ancien prof à l’école de journalisme de Bordeaux), c’est :  » Comment être vraiment de gauche, à une époque où « le système capitaliste a revêtu la défroque socialiste » ? »
    http://atheles.org/agone/contrefeux/denotreservitudeinvolontaire/index.html

    Commentaire par Gilbert — 23/07/2012 @ 14:27

  102. @Gilbert : je n’aime pas les étiquettes, par conséquent je refuse de m’en coller sur le front. Ce que je suis indéniablement, c’est plus proche des gens qui se rebellent que de ceux qui veulent maintenir le système en place. Je suis anti société de consommation, écoeurée par les injustices sociales, ulcérée par la manière dont on bousille l’homme et la planète au nom du profit, affligée par l’égoïsme ambiant, je crois en des valeurs dépassées comme l’honnêteté, la vertu, le sens de l’honneur, la politesse et le respect des autres. Qui suis-je ? Femme de droite ou de gauche ? J’ai peur que la réponse ne soit ni d’un côté ni de l’autre car ce clivage est depuis longtemps dépassé… 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/07/2012 @ 14:32

  103. « Que ceux qui ont jeté des pierres au Figaro ces dernières années se couvrent la tête de cendres »

    Mais pourquoi? Perso je suis plutôt de gauche, du coup quand un (pseudo) parti de gauche fait des trucs du style, je ne me contente plus de la simple et vulgaire caillasse; je sors le tronc d’arbre!

    Mais c’est peut-être pour ça que je serais jamais journaliste?

    Commentaire par gnarf — 23/07/2012 @ 17:25

  104. @ laplumedaliocha

    Si tel ou tel tient à se dire « de droite » ou « de gauche », libre à lui. Mais je suis comme vous je n’aime pas les étiquettes dont on affuble autrui. Et puis que sont-elles, aujourd’hui, cette droite et cette gauche ? Toutes les deux professent en paroles la même sainte horreur de l’immobilisme, et toutes les deux sont dans les faits complètement bloquées, irrémédiablement parlysées, définitivement immobilisées par leur idéologie, non leur idolâtrie de la réussite. Alors…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 23/07/2012 @ 19:31

  105. @Denis Monod-Broca : je crois en effet que l’idéologie sclérose, comme tout ce qui épargne l’effort de penser en proposant/imposant une pensée toute faite. C’est pourquoi je les refuse. Cela étant, je crois aussi que le clivage est dépassé. L’avenir me parait être dans l’écologie, celle de Gary qui n’oppose pas l’homme et la planète mais qui comprend au contraire que sauver la planète, c’est sauver l’homme, qu’en partant du respect de notre environnement, mieux, du respect tout court, on a une chance d’aller quelque part. Vous me direz, ça nous ramène au message de toutes les religions, il fallait sans doute tuer dieu pour le comprendre 😉 Et sur la réussite, je ne sais plus qui j’ai entendu dire il y a quelques mois que la gauche au pouvoir était une contradiction insoluble…il n’y a plus de clivage droite/gauche, mais un clivage conservateurs repus contre révoltés affamés. Qui sait ? Il n’y a peut-être d’ailleurs jamais eu que cela…Portez les rebelles et les purs au pouvoir et les voici qui oppriment et qui se pervertissent, c’est tristement mécanique.

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/07/2012 @ 20:06

  106. Ce n’est pas qu’on tue dieu pour comprendre, c’est qu’on tue, qu’on fait dieu celui qu’on a tué, qu’on croit alors avoir compris, et qu’on recommence…

    Comment sortir de l’addiction au « toujours plus » ? Individuellement, collectivement, comment faire ? C’est une vraie question. Comment en sortir ? Le monachisme fut une réponse, il y a quelques siècles. Une telle piste de réponse n’est pas aussi absurde qu’elle en a l’air : il ne faut pas s’arrêter à l’apparence (robe de bure et compagnie) mais à la réalité (une vie saine et frugale, aidée par la conviction qu’elle est la condition de l’espoir et de l’avenir).

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 23/07/2012 @ 20:30

  107. @Denis Monod-Broca : hélas, comment voulez-vous mener une vie frugale quand tout, absolument tout, vous assène qu’au contraire, le bonheur est dans la consommation à outrance ? Bien sûr, on peut jouer les saumons remontant le courant, mais combien y parviennent ? 😉 Lors d’un de mes séjours en Crète, j’ai vu dans un village un vieil homme attablé sous un arbre. Il buvait un petit verre d’eau de vie et mangeait quelques figues en contemplant les montagnes. La scène aurait pu évoquer la solitude et l’ennui, elle dégageait au contraire un sentiment de sérénité absolue. Je crois que ce jour-là, j’ai croisé un grand sage…Comme par hasard, c’est justement la Grèce qui souffre en premier et le plus fort de la crise financière et au-delà de cela, de l’éclatement de la société de consommation en Europe. Quel symbole !
    (je rebondis, je bavarde, et j’oublie de dire que j’aime beaucoup votre première phrase…)

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/07/2012 @ 21:04

  108. Espérons que votre sage sous son arbre ne souffre pas, lui, au moins, de la crise financière…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 23/07/2012 @ 21:21

  109. Je suis mort de rire quand je lis que les notions de gauche et de droite n’ont plus lieu d’être ou que la lutte de classes, c’est dépassé. La lutte de classes, ça existe depuis la nuit des temps et je ne vois rien qui fait que ça n’aurait plus lieu d’être. Je dirais même le contraire. Finalement, Aliocha, vous confirmez votre positionnement. Ne vous en déplaise, c’est toujours du côté de la droite que l’on dit que la gauche et la droite sont des notions dépassées, comme c’est du côté patronal que l’on dit que les syndicats ne servent à rien.

    Commentaire par Gilbert — 24/07/2012 @ 13:21

  110. @gilbert

    Y a-t-il vraiment de quoi être mort de rire ?
    Il y a bien une différence, bien sûr, entre défendre les petits et les sans-grade et défendre l’ordre établi. Mais quand la droite et la gauche se veulent autant l’une que l’autre, à quelques nuances près, les défenseurs des petits et des sans-grade et que la droite et la gauche sont, à quelques nuances près, aussi acharnées l’une que l’autre à défendre l’ordre établi, je n’y vois guère pour ma part matière à réjouissances.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 24/07/2012 @ 16:12

  111. @ Denis Monod-Broca
    Je crois que vous vous trompez sur la nature de mon rire. C’est cette négation grotesque de l’étiquette « de droite » qui me fait rire. Même Sarkozy dirigeant le gouvernement le plus antisocial depuis la Libération ne voulait pas que l’on dise qu’il était de droite. Et ce n’est pas parce que le parti dit socialiste renie ses valeurs et protège lui-aussi l’ordre établi (rappelez-vous l’avant campagne, tout le monde, y compris à droite, y compris du côté du patronat, voulait DSK, celui que Hollande a parfaitement remplacé) que les notions de gauche et de droite ont disparu pour autant. Je reprends à mon compte ce que dit Gérard Filoche, de la gauche du PS, quand il conteste l’idée qu’il y aurait « une classe moyenne ».
    « Quand 5 % de la population possède environ 50 % du patrimoine, possède l’essentiel de la rente, des actions, elle est maîtresse de la finance et de la propriété des moyens de production, des biens immobiliers et mobiliers. C’est une toute petite partie de la population qui vit de l’exploitation du travail des autres. On peut même y ajouter les « cadres supérieurs », cela ne rajoute que très peu d‘éléments : les cadres dits « supérieurs » (assimilables aux employeurs, échappant au droit commun du travail) sont moins de 0,2 % des cadres ».
    Ce qui fait que les 95 % de la population ne se coalisent pas pour éliminer les 5 % de parasites, c’est tout simplement parce que la notion de conscience de classe n’est pas suffisamment développée. La meilleure preuve avec Aliocha, qui fait partie des précaires et qui, régulièrement, prend la défense de ceux qui l’exploitent.

    Commentaire par Gilbert — 24/07/2012 @ 17:42

  112. @Gilbert : c’est marrant, j’ai revu Mille milliards de dollars ce we, c’est à peu près le discours de Dewaere, si vous n’avez pas vu le film, je vous le recommande. D’ailleurs je me suis demandée combien de sociétés il fallait aujourd’hui pour totaliser mille milliards de dollars de CA. Et ça m’a renvoyée aux produits financiers dérivés, évalués à 300 000 milliards en ce moment (chiffre FBF)…bref, je ne prends pas la défense de ceux qui m’exploitent, c’est pas mon genre. Sur déjà 25 ans de vie professionnelle (bon sang, ça va vite quand on commence à bosser à 17 ans), j’ai été salariée à peu près 10 ans, cela m’a suffit pour mesurer l’exploitation de l’homme par l’homme. Comme je n’avais pas le pouvoir de changer le système, et pas l’envie d’y adhérer pour devenir moi-même un élément de la chaine d’exploitation, je m’en suis écartée, et j’ai choisi d’être free lance. Je vous accorde que j’aurais pu choisir de me syndiquer, hélas, je suis allergique à toute forme d’embrigadement. Mais croyez-moi, le sujet dans son aspect collectif est loin de me désintéresser. Je dirais même que l’idée d’y apporter ma pierre prend forme. Admettez qu’il puisse y avoir d’autres formes d’action que le combat syndical. A chacun selon ses contraintes, ses faiblesses et ses talents… 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 24/07/2012 @ 20:42

  113. @ Gilbert

    Au fond nous sommes assez d’accord, les notions de droite et de gauche existent bel et bien, en tant que concepts, seulement en pratique les partis censés les représenter ne les représentent plus, sauf à aller aux extrêmes.

    5% d’exploitants parasites, 95% de précaires exploités : je ne conteste pas vos chiffres mais vos qualifications sont trop caricaturales pour mener bien loin, sinon vers la révolution et ses excès, pour ne pas dire ses horreurs.

    Eliminer celui qui vous gêne a été pratiqué depuis que l’homme est homme, depuis Caïn et Abel. Seulement voilà, cela conduit à l’injustice, nous le savons, cet expédient nous est donc interdit. C’est très embêtant, je vous le concède, mais nous en somes là, et nous ne pouvons pas faire comme s’il en était autrement.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 24/07/2012 @ 20:42

  114. Aliocha : « je crois en effet que l’idéologie sclérose, comme tout ce qui épargne l’effort de penser en proposant/imposant une pensée toute faite. C’est pourquoi je les refuse. Cela étant, je crois aussi que le clivage est dépassé. L’avenir me parait être dans l’écologie, celle de Gary qui n’oppose pas l’homme et la planète mais qui comprend au contraire que sauver la planète, c’est sauver l’homme, qu’en partant du respect de notre environnement, mieux, du respect tout court, on a une chance d’aller quelque part ».
    Problème : comment peut-on concilier l’écologie avec le capitalisme, qui ne voit que la recherche du profit ? Et avec le libéralisme (économique) qui veut le moins de règlementation possible et qui fait tout pour que l’on consomme n’importe quelles conneries ?
    L’écologie ne peut -être que de gauche puisque pour faire accepter l’idée de, disons, « croissance limitée » ou d’une « autre croissance » et même, soyons fous, de « décroissance », il faut réduire l’écart des richesses et limiter l’accumulation de ceux qui se goinfrent pendant que d’autres crèvent de faim. Allez dire aux plus pauvres qu’ils doivent manger bio pour pas polluer la terre et se serrer la ceinture parce que les ressources de la planètes sont limitées…

    Commentaire par Gilbert — 25/07/2012 @ 13:31

  115. @Aliocha : en quoi se syndiquer est-il une forme d’embrigadement (pris au sens péjoratif : Faire entrer, généralement de force, dans une organisation fondée sur l’autorité et le peu d’importance accordée à ses membres – Trésor Langue Française) ?

    Commentaire par kuk — 28/07/2012 @ 09:01

  116. @Aliocha : « A droite au moins, on croit au travail et on le rémunère »
    Vous êtes sérieuse ?

    Commentaire par kuk — 28/07/2012 @ 09:16

  117. @Gilbert (114) : Augmenter le niveau de vie de ceux qui crèvent de faim n’est pas incompatible avec l’augmentation de l’écart des richesses (si les riches augmentent encore plus vite leur niveau de vie). C’est un argument classique de la droite : les pauvres d’aujourd’hui sont beaucoup moins pauvres que ceux d’il y a un siècle « en valeur absolue ».

    Commentaire par kuk — 29/07/2012 @ 13:29

  118. @ kuk
    Est-ce que vous lisez les différents commentaires avant de réagir ? Le problème posé est de consommer moins, en raison des ressources limitées de la planète (sinon il nous faudra plusieurs planètes si les pays sous développés se mettent à consommer comme nous). La question de l’écart des richesses est donc posée pour que collectivement nous acceptions de consommer différemment. S’il importe d’augmenter le niveau de vie de « ceux qui crèvent de faim », il ne faut pas que le niveau de vie global augmente. Donc il faut bien baisser le niveau de vie des plus riches.

    Commentaire par Gilbert — 31/07/2012 @ 01:37

  119. @gilbert : oui, je lis tous les commentaires et particulièrement les vôtres que dont j’apprécie autant le tranchant que la pertinence.

    Passons sur le fait que mathématiquement, deux fonctions f et g (représentant par exemple le niveau de vie des riches et des pauvres) peuvent être croissantes ainsi que leur différence f – g (l’écart du niveau de vie augmente), tout en respectant la contrainte que f < M et g < m (les niveaux de vie ne dépassent pas un seuil maximal fixé à l'avance). Je vous concède qu'alors, l'écart des niveaux de vie augmente de moins en moins vite.

    Votre raisonnement consiste à comparer le niveau de vie à une ressource quantitative limitée qu'il reviendrait à se répartir entre les individus, comme pourrait l'être une production de matière première. Je pense que ce n'est vrai qu'en partie, notamment sur les matières premières, eau bouffe, pétrole, et encore, il faudrait prendre en compte l'influence de la démographie (en réduisant la population humaine, tout le monde peut consommer plus) et le fait que ces matières premières sont en partie renouvelables.

    Néanmoins, des tas de services sont collectifs, avec un coût marginal très faible, l'augmentation du niveau de vie se fait alors à égalité pour tous ceux qui peuvent en profiter sans limitation de ce nombre, ce qui rompt déjà avec votre modèle. Les services à la personne rentrent également difficilement dans votre modèle, ainsi que de nombreux services dématérialisés.

    Même si l'on acceptait votre modèle, le tarissement des ressources premières entraînera nécessairement (sauf progrès scientifique exceptionnel) avec la logique actuelle non écologiste une réduction du nombre de gens qui consomment trop, par une élévation du prix de la matière première en question. Donc il n'est même pas nécessaire d'être écologiste pour envisager la décroissance ou la croissance limitée, elle aura lieu dans le système actuel.

    Commentaire par kuk — 31/07/2012 @ 11:52

  120. en référence à votre comm 99

    mais chère Aliocha quand vous écrivez

    « La gauche intello germanopratine n’est qu’un ramassis de donneurs de leçons écoeurants. A droite au moins, on croit au travail et on le rémunère. On ne pleure pas le soir en bouffant son caviar sur le sort des salariés qu’on a exploité toute la journée pour se payer ledit caviar. Vous voyez, c’est pour cela au fond, que je vais rester de droite. »

    c’est un discours à fond de droite , comme vous en lâchez qq signes de temps en temps
    rien n’est plus connoté de droite (et même de droite extrême, assez poujadiste) que cette notion de gauche caviar (inventée par Le Pen, si je ne me trompe…)
    L’image !
    Les intellos (germano-pratins bien sûr, faut pas avoir peur des caricatures caricaturales ni des lieux communs) qui tels Jekyll et Hyde, le jour sont de gauche et la nuit se gavent de caviar …

    Ah quelle image !

    Complétée par : A droite au moins, on croit au travail et on le rémunère.

    Je suppose que dans vos livres d’histoire c’est la droite qui a réduit la semaine de travail, inventé les congés payés et les diverses protections sociales et proposé d’elle-même périodiquement les augmentations de salaires, devançant les syndicats, les grèves et autres revendications des travailleurs.

    Funny 🙂

    Commentaire par Schmilblick — 02/08/2012 @ 23:21


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