La Plume d'Aliocha

24/07/2012

Les injonctions contradictoires de la société de consommation

Filed under: questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:51

Le saviez-vous ? Il parait que les fruits et les légumes tuent la planète aussi sûrement que les pets des vaches. C’est la conclusion d’une étude récente menée par l’INRA et le CIRAD. Convenez que ces acronymes en imposent ! En clair, qu’on mange de la viande au risque de s’encrasser le système cardio-vasculaire ou une salade assaisonnée de vent, on bousille notre environnement de la même façon.

Une autre étude, réalisée par l’Ecole de management de Grenoble (là encore, c’est du lourd) révèle que le slogan « Mangez cinq fruits et légumes par jour » est contreproductif. Associé à des produits peu diététiques dans l’objectif de corriger l’impact de la publicité, il aurait en réalité pour effet de transformer nos amis les fruits et légumes – qui tuent la planète, je le rappelle, autant que la charolaise aérophagique – en alibis pour manger plus de saloperies industrielles bourrées de graisses, de sucres et d’autres choses qu’on préfère ignorer.  A ce stade, j’observe mon paquet de cigarettes. « Fume » me susurre le packaging éthéré, « tu vas mourir », me hurle au visage l’ignoble photo au dos. Splendide synthèse d’une société délirante !

Ainsi tentons-nous de survivre au milieu des injonctions contradictoires. L’industrie agroalimentaire se démène pour nous pousser à consommer tout et n’importe quoi, la science – plus ou moins indépendante – s’épuise à percer le mystère de notre longévité en même temps qu’à comprendre comment sauver la planète,  le gouvernement met son grain de sel pour éviter la faillite du système de sécurité sociale, les médias relaient tout ce cirque et nous voici transformés en girouettes schizophréniques.

Les exemples de ce type sont légion. Tenez par exemple, les poissons gras sont riches en omégas 3 indispensables à l’organisme, mais aussi en métaux lourds, dangereux. Il faut donc impérativement en manger, mais pas trop. Et encore, je n’évoque que la question du bien être de l’humanité, la planète  est peut-être d’un autre avis vu que les océans aujourd’hui ressemblent à des cimetières. Le vin rouge, selon les jours et les études, nous protège des maladies grâce à je ne sais quelle substance ou nous tue à cause de l’alcool. Les céréales complètes seraient idéales…. si leur enveloppe ne contenait l’essentiel des pesticides. La viande rouge, c’est indispensable, mais ça nous ramène au problème du pet des ruminants, de sorte qu’il faut choisir entre manger équilibré et sauver la couche d’ozone. Sans compter la question cardiovasculaire en cas d’abus, ou encore la menace d’un nouveau délire industriel nous inventant une maladie du type vache folle. Si l’on intègre à tout cela le paramètre capital de la survie de notre agriculture, l’affaire tourne au casse-tête insoluble.

Qu’en penser, me direz-vous ? Que la société de consommation va nous rendre fous. Mais après tout qu’importe, le business ne s’en portera que mieux. Et en particulier les laboratoires. Songez donc au nombre de pilules qu’ils vont nous faire ingurgiter pour pallier les méfaits de l’hyper-consommation, les conséquences psychologiques des messages aussi effrayants que contradictoires qu’on nous assène à longueur de temps, le manque de vitamines, l’excès de poids, le fantasme de la jeunesse éternelle etc.  Si j’avais su, j’aurais traversé la rue lors de mes études. En face de la faculté où l’on m’enseignait le droit, il y avait celle de pharmacie…

Note : je ne recommanderai jamais assez sur ce sujet l’oeuvre du philosophe Dany-Robert Dufour, à commencer par Le Divin marché aux Editions Denoël. C’est grâce à lui qui j’ai mis des mots sur le malaise diffus et persistant que m’inspire la société de consommation. 

13/07/2012

Contorsions médiatiques autour d’Audrey Pulvar

Filed under: Coup de griffe,Droits et libertés,questions d'avenir — laplumedaliocha @ 23:58

Quand je lis mes amis journalistes de gauche, je me sens soudain de droite. A la liberté de faire tout et surtout n’importe quoi qu’ils revendiquent, une envie folle me saisit d’opposer l’élégance du sacrifie dicté par l’éthique. Entre nous, cela a tellement plus de chic que la satisfaction vulgaire des intérêts personnels. Sans doute ai-je trop lu les auteurs classiques et pas assez Marc Levy, toujours est-il que  j’avoue me sentir étrangère à ce droit au bonheur qui m’apparait comme un curieux mélange d’ennui, de niaiserie et de nouvelle morale à deux drachmes vomie au kilomètre par des magazines féminins aussi incultes que décérébrés.

Pourquoi tant de rage, me direz-vous ? J’y viens. Parce que Audrey Pulvar prend la tête des Inrocks. Comme chacun sait, elle est la compagne d’Arnaud Montebourg, lui-même Ministre d’un improbable Ministère du développement productif – mais que serait un développement improductif, je vous le demande ? -. On ne sait pas trop ce qui a guidé le choix du magazine. Envie de subversion ou tentation d’allégeance ? Les deux explications se défendent.Quoiqu’il en soit, la communauté médiatique se force à applaudir officiellement ce qu’elle s’emploie à analyser comme relevant de la première hypothèse tandis que, dans l’ombre, quelques sourcils se froncent en songeant  à l’affront majeur ainsi fait à l’image d’un métier qui n’avait pas besoin qu’on aggrave sa réputation de servilité à l’égard des puissants. Mais bon sang, qu’il est difficile de critiquer les confrères ! Et plus difficile encore de dénoncer ses copains politiques. Alors on tergiverse, coincé entre l’apparence d’indépendance qu’il faut offrir au lecteur et les liens personnels, entre la critique qu’inspire tant d’audace par rapport aux règles du métier et la révérence aveugle qui est due au clan qui a chassé Sarkozy,  entre un sentiment diffus d’embarras et l’utilité de saluer cette nomination car, n’est-ce pas, on ne sait jamais. Quel triste spectacle !

Evidemment, on nous habille tout cela des oripeaux d’un progrès de pacotille. Progrès des droits de la femme, qui pourtant n’ont rien à  faire dans cette histoire de déontologie. Progrès des libertés, dont la France se targue si souvent à tort d’être le porte-drapeau mondial. En matière d’indépendance de la presse, elle ne l’est clairement pas, sauf peut-être pour la Chine ou la Corée du Nord. Progrès tout court car  ce qui est de gauche est ontologiquement juste et bon. Si l’on passe au fil du rasoir cette logorrhée embarrassée, la vérité se révèle à nue : la compagne d’un ministre en exercice va piloter un magazine parlant de politique. En d’autres termes, une représentante du contre-pouvoir, alliée de la façon la plus intime qui soit avec le pouvoir, est désignée pour diriger un organe du contre-pouvoir.

Qu’on me permette ici de servir l’argument que mon amie la presse de gauche redoute tant d’entendre : comment critiquer encore légitimement les groupes de presse entre les mains du « grand capital » quand c’est la direction éditoriale d’un journal elle-même, et non plus « seulement » les actionnaires, qui est alliée ouvertement au gouvernement ? Allons, je connais la réponse : parce que ce qui est de gauche est ontologiquement bon et juste, comme énoncé plus haut. C’était déjà ce que l’on comprenait des prestations d’Audrey Pulvar chez Ruquier, notamment lorsqu’elle s’était permis des commentaires personnels à l’endroit de François Copé en pleine « interview ». Comme le relève l’un des très nombreux articles de l’Obs consacré à l’événement en évoquant l’inspirateur éclairé de cette nomination  : « Proche du Parti socialiste, ancien conseiller des ministres de l’Economie et des Finances Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, Matthieu Pigasse, directeur à la banque Lazard, est également co-actionnaire du quotidien Le Monde et du Huffington Post français. On a prêté également à ce banquier amateur de hard rock un intérêt pour le quotidien Libération ». Que ceux qui ont jeté des pierres au Figaro ces dernières années se couvrent la tête de cendres !

 Bah !  Anne Sinclair a bien pris la tête du Huffington Post, rompant ainsi avec la jurisprudence qu’elle avait elle-même amorcée en renonçant à son émission 7 sur 7 il y a des années pour cause de relation avec DSK. Soyons modernes ! A quand Valérie Trierweiler, journaliste et compagne du Président de la république (ex-oxymore), à la direction du  Monde, ou de Libération puisqu’on nous dit que Matthieu Pigasse a des intérêts dans l’un et ressent des désirs pour l’autre ? Après tout, c’est une bonne idée de mettre les hommes au gouvernement et leurs épouses à la tête des organes de presse. Il ne nous reste plus qu’à militer en faveur d’une vraie parité pour que, d’ici 10 ans tout au plus, un prochain gouvernement de gauche voie fleurir les femmes ministres, tandis que leurs époux journalistes prendront la direction de nos sites d’information les plus influents. Alors et alors seulement, nous pourrons considérer que les forces de progrès ont triomphé.

Triomphé de quoi, me direz-vous ? Demandez à mes potes journalistes de gauche, moi j’y perds mon latin.

Mise à jour 14/07 10h45 : on me glisse à l’oreillette qu’il s’agit du ministère du redressement productif et non du développement productif. J’ai du mal avec la novlangue de la société hyperfestive si bien décrite par Philippe Muray…Et pourtant j’avais vu l’écueil et je m’étais concentrée. Rien à faire, mon cerveau n’imprime pas.

07/07/2012

Comme une perruque orange dans le potage

Filed under: Choses vues — laplumedaliocha @ 22:24
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Le repas de noce par Bruegel Le JeuneLe jour où les touristes étrangers qui visitent notre belle capitale décideront enfin de se révolter contre le mauvais accueil que leur réservent bistrots et restaurants, je gage que de nombreux parisiens se joindront à eux. A l’exception sans doute  des clients de cette célèbre enseigne qui a colonisé les plus beaux endroits de Paris et où il est de bon ton de se faire agresser par des serveuses mannequins douées d’une amabilité rappelant singulièrement l’attitude d’un CRS victime d’un pavé dans la gueule. Il y a des snobs qui trouvent du plus grand chic de se faire rudoyer, passons. Je croyais avoir tout vu en la matière, du serveur revèche qui vous balance votre café comme si commander un expresso dans un bistrot était le comble de l’extravagance, au restaurateur qui vous accueille avec la mine réjouie d’un commerçant qui se fait braquer, en passant par les établissements à la mode où, parce que vous avez réservé, on vous colle la plus mauvaise table,  celle coincée entre l’entrée, la cuisine et les chiottes, à l’endroit précis où les serveurs chargés de plats fumants bousculent les clients qui attendent leur tour en faisant trainer le bas de leur veste dans la moutarde de votre steack, tandis que les effluves d’un désodorisant atroce viennent vous polluer les narines. Devenue atrabilaire  à force de voir le commerce s’éloigner chaque jour un peu plus de l’image que je m’en fais – et qui se résume en gros à : le client est roi, tant qu’il reste poli, parce que c’est lui qui nourrit le commerçant – je croyais donc avoir tout vu et surtout le pire. Hélas, la pente est savonneuse et nous y glissons en patins à roulettes sans freins.

Au complet

Par une belle matinée de juin, un ami me dit « allons donc gouter les joies d’un soleil trop rare à la terrasse du restaurant le Mal embouché  (le nom a été changé, mais les victimes reconnaîtront), place du Marche St Honoré.  On ne peut pas réserver, mais si on arrive à 12h30 on a une chance d’avoir une place ». Me voici donc trottinant joyeusement vers ladite place en me régalant à l’avance de cet intermède amical et gastronomique. Arrivée sur site, je suis interpellée  par une donzelle en jupe à broderie anglaise, boots à chaussettes et cheveux en pétard orange fluo qui a l’air d’avoir confondu sa garde-robe avec celle de son arrière petite fille. Heureusement qu’on est en plein jour et que le quartier est chic, sinon j’aurais eu un doute sur son métier. « Bonjour, j’ai rendez-vous avec un ami peut-être déjà arrivé, nous serons deux » lui dis-je avec le sourire que je m’obstine à servir à Paris bien que l’on m’explique régulièrement que pour se faire respecter il faut prendre un air odieux. Comme la terrasse est immense et pour l’instant quasiment vide, je cherche déjà des yeux la table la plus agréable. « Désolée, nous ne donnons les tables que quand les gens sont au complet » me postillonne au visage la rouquine avec cet aplomb très particulier qui caractérise l’imbécile irrécupérable.

La tentation du coup de boule

J’étais venue me détendre et voici que je me découvre affligée d’une tare que j’ignorais : je ne suis pas « au complet ». Honte sur moi ! Par acquis de conscience, je m’observe pour vérifier qu’au moins je suis présentable. Test réussi : je ne suis ni à poil, ce qui aurait expliqué la réserve hautaine de la donzelle, ni même décoiffée et je ne pense pas avoir de chancre sur le nez, mais je m’effleure quand même le visage pour vérifier. A l’énoncé de cette règle idiote,  je comprends mieux l’attroupement qui s’est formé devant cette terrasse vide. Une bonne quinzaine de clients « pas au complet » attend de remplir les conditions fixées par le restaurant pour avoir le droit de s’asseoir. Des fois qu’on trompe le propriétaire en disant qu’on est deux alors qu’en fait on est seul…songez donc, c’est tellement courant ce genre d’escroquerie ! On pourrait en rire si on n’était  saisi à cet instant précis d’une envie folle de balancer un coup de boule. Ce truc-là part du buste, me dis-je soudain, en me souvenant de la leçon de Gérard Depardieu à Pierre Richard dans Les Compères. Tentée d’essayer sur le champ,  un je ne sais quoi d’éducation me fait opter  in extremis pour la solution la plus sage : foutre le camp.

Trop polis pour faire un scandale

Tandis que je cherche mon portable au fond de mon sac pour prévenir mon camarade qu’on change de crémerie et que c’est non-négociable, une autre furie à peu près conçue sur le même moule m’aborde. « Bonjour Madame, puis-je vous aider ? ». Non seulement, ils obligent les gens à attendre debout mais en plus ils sont idiots au point de ne pas identifier les clients qu’ils ont déjà rudoyés. J’affiche alors ostensiblement l’air de celle qui a entendu mais ne daigne pas répondre à un loufiat. S’il faut la jouer snob et con, je sais faire, c’est juste que je trouve ça minable.  « Suis à l’intérieur », vient de me textoter ma complétude. Bon sang, le pétard orange aurait pu me dire qu’il y avait une chance que mon ami soit déjà installé quelque part dans les entrailles de son établissement. Premier étage, point de camarade, un personnel un brin compatissant me recommande d’explorer le fond de l’autre bâtiment. Je redescend et découvre mon césame pour la terrasse  piteusement attablé dans ce qui ressemble plus à un réfectoire qu’à un restaurant. Lui et moi appartenons  à la même catégorie de victimes de la société moderne, trop bien élevés pour supporter de nous faire rudoyer par des malotrus, mais trop polis pour faire un scandale. C’est la pire des situations.  Le bourre-pif, on en rêve, mais il nous faudra sans doute endurer encore dix ans de souffrance avant de nous décider à sombrer du côté obscur de la bienséance.

Pour le principe, j’ai adopté ma mine la plus hautaine, balayé d’un regard souverainement méprisant cette cantine de bas étage et exigé la place en terrasse qu’on aurait dû m’allouer dès le départ. Sans surprise, la donzelle s’est mise aux petits soins puisque j’avais cessé d’être aimable. Hélas, les places au soleil avaient été colonisées entre temps par d’heureux « au complet ». Quand le moment de l’addition est arrivé, au terme d’un repas insipide, on nous a balancé du même ton d’imbécilité péremptoire :  le règlement, c’est à la caisse. Une cantine, vous dis-je, mais au tarif d’un restaurant parisien dans un quartier chic avec terrasse. « De toute façon, ils avaient perdu le pourboire dès le départ » m’a confié mon ami avec amertume. En partant, j’ai regardé la terrasse, elle était blindée. Profil : jeunes cadres dynamiques visiblement habitués des lieux. Si les parisiens non seulement supportent ce type de pratiques, mais les encouragent, tant pis pour eux.

Au fait, le coup de boule, ça part bien du buste, n’est-ce pas ?  Je vous laisse, il faut que je m’entraine.

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