La Plume d'Aliocha

23/06/2012

Quand sonne l’heure des vérités

Filed under: Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 11:19
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Palais de justice, jeudi 21 juin, neuvième jour d’audience 16h30 : le moment est enfin venu d’entendre Daniel Bouton, président de la Société Générale à l’époque des faits. C’est l’homme qui a géré la perte, organisé l’augmentation de capital et sauvé la banque. C’est aussi celui à qui l’on reproche les « années fric » et dont on dénonce l’arrogance autant qu’on moque les costumes mal coupés. Un inspecteur des finances, un morceau d’intelligence pure, l’un de ces hommes qui participent dans l’ombre au gouvernement d’un pays. Pas très grand, le visage rond, les cheveux gris, le costume aussi, on peine à croire, en le voyant arriver dans la salle avec sa petite mallette à la main, pas show off pour deux sous, que cet homme-là pèse des millions et a dirigé des dizaines de milliers de personnes.

Des positions létales

Les avocats de la Société Générale ne l’interrogent pas, ils se contentent de le lancer, et Daniel Bouton démarre son récit du week-end maudit où Socgen a failli couler. « Dans la nuit du samedi au dimanche Philippe Citerne (le directeur général) m’appelle pour me dire : il nous arrive quelque chose d’incroyable, Jérôme Kerviel nous raconte une histoire dans laquelle il a fait gagner 1,4 milliards à la banque de manière simulée. C’est sans précédent un rogue trader qui fait gagner de l’argent. Vers 11heures dimanche matin, Jean-Pierre Mustier m’annonce que le trader vient d’avouer qu’il a construit une position longue (acheteuse) de 50 milliards, le ciel nous tombe sur la tête. La vie d’un certain nombre de personnes va basculer et en particulier la mienne. C’est un dissimulateur épouvantable car il quitte la banque le samedi soir en ne disant pas qu’il a continué à augmenter des positions déjà létales ». Létales, c’est le grand mot de Daniel Bouton, il le répète plusieurs fois. Mortelles, en langage courant. Il poursuit le récit en évoquant le sauvetage de la banque, les autorités de tutelle l’augmentation de capital.« Il ne doit pas y avoir de positions directionnelles dans une banque, j’avais constitué de petites équipes de besogneux qui n’avaient pas l’autorisation de faire de l’overnight » poursuit-il, mais on peine à le croire sur ce sujet surtout qu’il confie fièrement un peu plus tard que c’est lui qui a déplafonné les bonus. « C’est vrai qu’il y a eu un problème d’ajustement de moyens, admet-il, il nous manquait une centralisation par trader et une cellule tournante ».

Interrogé sur l’hypothèse d’une manipulation, il répond de but en blanc : « c’est n’importe quoi ! » avant de s’embourber dans une explication macroéconomique sur la crise des subprimes. Soudain, il lance une phase choc qui réveille tout le monde : « c’est du même niveau que le complot du 11 septembre ». « Ce matin, j’ai réfléchi un peu, c’est idiot au regard du fonctionnement de la Société Générale ou alors c’est moi personnellement qui m’en occupait la nuit…Le comploteur dans cette théorie, ça ne peut être que moi, Philippe Citerne ou Jean-Pierre Mustier (le patron de la banque d’investissement). Cette cinquième ou sixième version de Jérôme Kerviel ne vaut pas mieux que les précédentes ».

– Jean Reinhart, l’un des avocats de la banque : Il y a deux ans, vous vouliez comprendre, est-ce que vous avez progressé ?

– Monsieur Kerviel s’est enfoncé vis à vis des policiers puis des juges dans un système dans lequel il ne peut s’avouer à lui-même qu’il a fait ça pour gagner un bonus supplémentaire, comme un shadock. C’est vrai que dans notre pays, on croit plus facilement le petit jeune que le gros méchant banquier.

L’étrange scénario d’un attentat contre le monde bancaire

Le témoignage de Philippe Houbé ? Il le démolit d’une phrase :  « l’homme de Fimat est touchant car je suis sûr qu’il est sincère. Et en même temps, ça s’explique en une demi-seconde, il ne voit qu’une jambe, ne comprend rien et tire des conclusions complètement fausses ».

A la question de Frédérik-Karel Canoy, avocat des actionnaires, regrettez-vous le terme de terroriste ?, Bouton apporte une réponse intéressante : « le 23 au soir, je ne sais pas quelles peuvent être les motivations de Monsieur Kerviel. Il y a peut-être plusieurs Kerviel dans plusieurs établissements et donc c’est un attentat terroriste ». On croit comprendre que la banque a imaginé, à un moment donné, qu’elle était en train de vivre un nouveau 11 septembre, sauf qu’en l’espèce il ne s’agissait plus de lancer des avions dans des tours, mais de faire exploser le système financier mondial à l’aide de traders terroristes. Joli scénario qui ne manquera pas d’alimenter l’imagination des auteurs de thrillers…

C’est lorsque Richard Valeanu, l’un des avocats des salariés, l’interroge sur le manque de moyens, que Bouton révèle le banquier dans toute sa splendeur. « J’ai fait le choix d’installer le siège de la banque sur la commune de Nanterre plutôt que celle de Londres, mais ce n’est pas facile en droit français quand on se trompe de 300 unités »…En clair, il aurait embauché plus « d’unités » si le droit du travail français était plus clément avec les employeurs.

C’est au tour de David Koubbi de l’interroger. On attendait avec impatience l’affrontement des deux hommes, hélas il n’en ressort rien.  Le témoin veut-il s’excuser d’avoir traité un présumé innocent de terroriste, c’est à dire de poseur de bombes qui tue des gens ? Pas avant le jugement, répond Daniel Bouton.

– Quand l’affaire a éclaté, personne ne croyait à la théorie de la banque…tente David Koubbi qui continue de rappeler les doutes d’origine pour tenter d’invalider le storytelling de la banque. Hélas, on ne coince pas si facilement un homme comme Daniel Bouton. « Ah ! Un grand avocat parisien vient de reconnaitre dans cette chambre que cette affaire est incroyable ! » réplique, triomphant, l’ex-pdg de la banque.

Et lorsque David Koubbi évoque la rémunération de Bouton, 5000 ans de salaire malgache, l’homme ne cille pas. Tout au plus estime-t-il, au vu des questions trop longues de l’avocat que, sans doute, il ferait mieux de s’asseoir pour écouter ses théories.

Il est 19h30, la présidente suspend l’audience un quart d’heure. Dans les couloirs presque vides à cette heure tardive, je croise Daniel Bouton escorté par deux gendarmes jusqu’à la sortie arrière du palais, place Dauphine. Il a l’air un peu perdu et porte sur lui la solitude du témoin qui vient de s’exprimer à la barre et s’en retourne sans savoir ce qu’on a pensé de ce qu’il a dit.

19h50 : il ne reste plus qu’une poignée de journalistes dans le « poulailler », Stéphane Durand-Souffland du Figaro, Mathieu Delahousse, RTL, Pascale Robert-Diard du Monde, Valérie de Senneville des Echos, Laura Fort qui suit le procès en live pour La Tribune. Nous échangeons nos impressions, les mines sont fatiguées. L’après-midi a été orageuse et lourde, autant à l’extérieur que dans la salle. Dehors, la fête de la musique a débuté, mais aucun son ne parvient à percer les épais murs de pierre du palais. Le drame que nous observons depuis deux semaines nous enveloppe.

Il reste deux témoins de moralité à entendre.

Le premier  est une jeune femme qui a connu Jérôme Kerviel à l’université. Il travaillait plus que les autres, il était gentil et pas flambeur. Ce n’était pas un génie, mais un bosseur. La banque n’a pas de question, la présidente non plus, le témoin se retire.

« Ce n’est pas un génie mais un gentil garçon attachant »

Le deuxième témoin, c’est Jean-Raymond Lemaire, l’expert informatique qui a rencontré Jérôme Kerviel le vendredi qui a suivi l’annonce au marché de la « fraude ». Grand, moustachu, le visage rose et la silhouette solide des gens qui ont un bon coup de fourchette, il y a quelque chose d’un père noël chez cet homme-là. Sur sa chaise, Jérôme Kerviel vient de quitter sa position de défense. Il a décroisé les bras et joint les mains, comme si une trêve invisible venait d’être déclarée. Le soir-même, il lui proposait de dormir chez lui pour échapper à la presse qui le traquait. C’est une décision qu’il a prise en quelques secondes, question de confiance. Ensuite, il l’a embauché pour tenir la comptabilité de sa société. Il « était gentil, aimable, très poli, ses collègues l’aimaient bien » explique le témoin. « Ce n’est pas un génie mais un gentil garçon, attachant. Il fait ce qu’on lui dit, il est courageux, mais il n’a pas beaucoup d’initiative. Quand on lui demandait quelque chose, tant que ce n’était pas cadré, il revenait nous voir ». Jérôme Kerviel en prison ? Il n’y croit pas : « ce n’est pas possible, il n’a ni tué, ni violé ». Le vrai Jérôme ? C’est celui d’avant tout cela, il ne le connait pas. Lui a rencontré un garçon qui regardait par terre et parlait tout bas. L’ex-trader a quitté son emploi en janvier 2011 pour s’occuper à plein temps de sa défense. Depuis, les deux hommes continuent de se voir, environ tous les deux mois. A-t-il trahi votre confiance, demande un avocat ? Pas encore.

Il est plus de 20 heures, on s’apprête à partir quand la présidente Mireille Filippini appelle Jérôme Kerviel à la barre. « Venez nous parler de vous ! ».

Le trader se lève, s’approche du micro. « On m’a demandé plusieurs fois en première instance qui j’étais, je ne comprenais pas la question. Mes parents m’ont appris la valeur travail. Ma mère était coiffeuse, dès l’âge de 14 ans j’ai commencé à l’aider au salon. Quand Daniel Bouton déclare que ma motivation c’était le bonus, je le prends comme une insulte pour moi et  mes parents. Je suis très fier de l’éducation que l’ai reçue. Quand je suis entré à la Société Générale, on m’a appris de nouveaux codes, mais l’argent n’a jamais été ma motivation. Durant 4 ans ma parole a été mise en doute, je n’ai toujours dit que la vérité ». Un silence solennel règne dans la salle, les mots de Jérôme Kerviel sonnent juste, son discours est fluide.« Par la force du travail, on m’a proposé un poste, je n’ai pas cherché ce travail, je n’ai pas de complexe d’infériorité. Il y a des gens plus intelligents que moi, je vis très bien avec cela. J’essayais de bien faire mon boulot, c’était une passion. Très certainement j’étais à côté de la réalité, mais très fortement encouragé par mes supérieurs. J’ai été blessé et choqué qu’on puisse m’accuser d’un système frauduleux, je n’ai fait qu’appliquer la technique de la banque. Un monde qui était ma passion, j’aimais la Société Générale, c’était ma deuxième famille. Voir, lorsque l’affaire a éclaté, qu’ils me lâchaient et ne disaient pas à quoi ils avaient assisté, cela m’a blessé et fait énormément de mal ».

« Je n’attends qu’une chose, c’est que ce calvaire cesse ! »

« Ce n’est pas tant ma situation personnelle, mais les dommages collatéraux…La voix de l’ex-trader se brise. Les journalistes lèvent la tête de leur carnet, la salle suspend son souffle, le silence est absolu. Jérôme Kerviel cherche au fond de lui-même la force de poursuivre son récit. « Ma mère a développé une maladie pendant cette affaire, elle est en fauteuil roulant. Lorsqu’elle est sortie du coma elle m’a dit : je vais venir à ton procès parce que je sais que tu n’es pas un faussaire ». Les gorges se nouent. Dans ce procès où l’humain a tenu si peu de place, l’ex-trader au visage dur, à l’attitude si lisse depuis deux ans, laisse enfin se fissurer l’armure. « Je n’attends qu’une chose, c’est que ce calvaire cesse ».

David Koubbi l’interroge d’une voix douce, il ne faut surtout pas briser le charme, interrompre ce chant si fragile :

– Vous avez appris quelque chose depuis que vous n’êtes plus trader ?

– La virtualité des relations humaines, mais j’ai fait aussi des rencontres formidables, des gens gentils qui m’ont tout donné sans rien attendre en retour.

– Au plus profond de vous-même, vous considérez que vous devez des excuses à la Société Générale ?

– Aux salariés oui, mais c’était difficile tant que je ne comprenais pas, aujourd’hui j’ai compris.

– Et vis à vis de la Société Générale, de Daniel Bouton ?

– J’écoutais la déposition de Daniel Bouton, si l’épée de Damoclès au-dessus de ma tête n’était pas sur le poin de tomber, je répondrais que c’était le business model de la banque, tout nous encourageait à faire ce genre de choses.

– Et les 50 milliards ?

– J’ai perdu contact avec la réalité.

– Vous avez foi en la justice ?

– Bien sûr.

– Pourquoi ?

– C’est comme ça que j’ai été éduqué.

Il est 20h40, Mireille Filippini clot les débats. La semaine prochaine sera consacrée aux plaidoiries. Aux avocats désormais de défendre la vérité de chacun. Celle de Daniel Bouton, le grand banquier responsable de 160 000 personnes en 2008 qui ne comprend toujours pas comment l’un de ses traders a pu prendre des positions mortelles pour la banque et les dissimuler jusqu’au bout. Celle de Jérôme Kerviel dont la vie s’est arrêtée il y a 4 ans sans qu’il ne saisisse les raisons exactes de l’ouragan qui s’est abattu sur lui. Il croyait ne faire que son travail…Deux regards opposés, deux destins, deux vérités apparemment inconciliables. Et au milieu, la balance de la justice.

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34 commentaires »

  1. Vous devriez dire plutôt « la balance du droit ». Car si tout laisse penser que Kerviel sera condamné, ce sera conforme au droit, mais certainement pas à la justice.

    Commentaire par kuk — 23/06/2012 @ 15:50

  2. Contrairement à Jérôme Kerviel vous ne faites pas confiance à la justice ?

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 23/06/2012 @ 16:32

  3. Je fais confiance à la Justice, j’ai moins d’illusions au sujet de la justice.

    Commentaire par kuk — 23/06/2012 @ 17:17

  4. A propos de l’humain, et surtout de la « perte de contact avec la réalité », le magazine « Mon Œil » de ce jour nous rappelait la réaction de Jérôme KERVIEL à l’annonce des attentats de Londres.
    Voir ici, après la 25ème minute, et plus précisément à la 27ème minute, mais l’ensemble est à regarder 😉

    http://www.pluzz.fr/13h15-le-samedi-2012-06-23-13h15.html

    Commentaire par Yves D — 23/06/2012 @ 17:50

  5. Daniel Bouton, fan de Fight Club, étonnant ! Décidemment, encore un qui préfère recourir à une théorie fumeuse, ne serait-ce qu’un moment, plutôt que de voir la triste réalité … Sa belle entreprise dont il était si fier défaillante, impossible !

    Pour ce qui est de l’instant de vérité Kerviel, je pense en effet que le chemin qu’il prend ici doucement : repentance et conditions de travail harassantes était la seule défense qui aurait pu marcher. Très intéressant d’ailleurs d’avoir rappelé que sa 1° avocate était spécialiste du droit du travail. Mais ça tombe un peu comme un cheveu sur la soupe après toute l’agitation de Me Koubbi.
    Et puis je suis un peu gênée, Kerviel en fait en effet peut-être un peu trop. Sa maman malade … ce serait cynique de ne pas être compatissant, mais désagréablement je me rappelle qu’il n’hésitait pas à mettre en avant la mort récente de son père pour justifier qu’il ne partait pas en vacances.

    Commentaire par Maelle — 23/06/2012 @ 19:41

  6. Oups … « décidément »

    Commentaire par Maelle — 23/06/2012 @ 19:52

  7. @Maelle : c’est un être humain, tout en nuances, comme nous tous. Très franchement, je ne crois pas qu’il instrumentalise ses proches, pas le genre. Lors d’une interview dans 7à8 le dimanche qui a suivi sa condamnation, il a confié qu’il vomissait du sang certains soir en rentrant des audiences. « Qu’est ce que j’aurais du faire ? a-t-il lancé au journaliste qui l’interrogeait, dire cela au juge ? et combien de sang fallait-il cracher pour espérer diminuer la peine ? » Je le crois très orgueilleux et décidé à ce qu’on le suive non pas sur l’émotionnel, mais sur l’argument selon lequel la banque savait, le laissait faire, l’a encouragé. C’est sans doute Koubbi qui l’a poussé à mettre un genoux à terre et à raconter cela. Pour moi, ça sonnait juste. Le problème est ailleurs. Si vous recoupez ses déclarations avec le témoignage de Lemaire, vous découvrez un garçon qui fait ce qu’on lui dit, comme un enfant, sans forcément discerner le bien du mal et en changeant de code selon l’endroit où il se trouve et ce qu’il croit devoir faire. Et ça, ça nous renvoie malheureusement à la fameuse expérience de Milgram et à l’obéissance à l’autorité. Je crains qu’il n’ait obéi à ce quo’n appelle les signaux faibles, sans doute parce que ça encourageait son addiction. Son employeur quant à lui se défend sur les règles officielles qu’il a violées. Le noeud du problème est peut-être à cet endroit précis : il a senti/été aspiré par la logique du fric et n’a pas vu/voulu voir les règles qui l’encadraient.

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/06/2012 @ 19:58

  8. @Maelle : sinon, en effet, c’était la seule défense possible. L’ennui, c’est qu’il la refuse et que le garçon est obtus, c’est le moins qu’on puisse dire…;-)

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/06/2012 @ 20:02

  9. obtus, pas seulement. voir le message 4 de Yves D. et le lien donné, dans la série « les héros modernes sont des robots, la mutation a commencé, déjà accomplie chez certains.

    Pour moi la seule défense possible eut été de plaider la folie, enfin si on était dans une logique de vérité du moins, car c’est ce qui s’approche le plus de la vérité et, même en justice, la vérité est souvent la meilleure défense.

    Moi je l’ai perçu comme totalement coupé du réel, comme trader et comme individu. Il est très grave.

    Et les media qui en ont fait un héros, ne l’ont pas aidé à remettre les pieds sur terre dans le monde des humains.

    Commentaire par Schmilblick — 23/06/2012 @ 21:29

  10. Un cirque de grande renommée entraine des lions, des tigres, des panthères… Il le fait avec un grand talent, dans le cadre de règles de sécurité extrêmement strictes. Exhibés dans de prodigieux spectacles, ces animaux magnifiques lui rapportent beaucoup d’argent. Mais quand l’un d’entre eux échappe à son dompteur au cours d’une representation et sème la panique sous le chapiteau, il est abattu sans pitié ni autre considération.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 23/06/2012 @ 21:56

  11. @schmilblick : je ne pense pas que les médias en aient fait un héros, ils ont relayé son discours, c’est tout. C’est le public qui s’est emparé de l’histoire et l’a perçu comme un héros, à une époque où en voulait aux banques. C’est une erreur d’appréciation. Si on observe la situation, un trader a failli faire sauter une banque, il n’y avait donc aucune raison de le glorifier, tout au contraire, il était l’incarnation même du trader, il aurait du passer pour l’homme à abattre. Sauf que….il n’y a rien d’ordinaire dans ce dossier. Il s’est passé en France où on n’aime pas la finance, où l’on défend le faible contre le fort – c’est dans nos gènes -, à un moment très particulier : en pleine crise. Personnellement, j’accorde beaucoup d’attention à l’inconscient populaire – je n’aime pas le mot peuple, il est trop souvent employé par ceux qui veulent s’en extraire, moi je m’y inclus – pourquoi ça nous a intéressé cette affaire, pourquoi on a pris parti pour lui contre la banque, pourquoi il fascine ? Parce que son histoire exprime quelque chose sur nous, notre rapport au travail, à l’argent, les travers de notre société. JK n’est pas un héros, mais il est bien l’emblème de quelque chose de très profond, un mythe moderne. Là où je vous rejoins, c’est qu’il a pu prendre appui sur ce mouvement en sa faveur pour défendre l’indéfendable en justice.
    Il ne pouvait pas plaider la folie, c’est très restrictif en droit pénal, mais il aurait pu choisir en effet de dire qu’il avait fauté, qu’il avait été pris dans une spirale infernale. C’est d’ailleurs ce qu’il a dit au départ.

    @Denis Monod-Broca : il faudra que vous me disiez un jour comment on peut survivre dans notre société en situant le niveau de réflexion où vous le placez, ça m’aiderait sans doute à me sentir moins en rupture avec mon environnement 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/06/2012 @ 22:18

  12. @Yves D : dans son livre, il parle de cet épisode, et il dit que lorsqu’il a compris ce qu’il faisait, il a eu la nausée. Des journalistes qui racontent le même épisode prétendent même qu’il a été vomir aux toilettes. C’était en 2005, il venait juste de devenir trader, à cette époque, il avait encore conscience, fut-ce a posteriori, de ce qu’il faisait, mais la machine infernale était déjà enclenchée…Cela étant, ce n’est pas si étonnant que cela. Les idéologies ont aussi fait beaucoup de mal au nom d’une idée. C’est même assez humain de se laisse entraîner dans une spirale parce qu’on croit ou qu’on est addict à quelque chose. JK nous parle de nous, n’oubliez pas cela…;-)

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/06/2012 @ 22:32

  13. Aliocha, vous avez raison, c’est le public qui en a fait sinon un héros, un mythe.

    Quand je disais que sa seule défense possible eut été de plaider la folie, c’était un peu de l’humour (noir) 🙂 et en condensé ce que j’avais déjà suggéré avant. A savoir qu’il aurait dû reconnaître ses torts et manifester regrets, remords et repentir, témoignant qu’il avait pris conscience du problème, c’est à dire de ses torts. Mais… il ne le peut pas apparemment, et c’est pourquoi il me donne l’impression d’être fou. Car face à une faute aussi énorme, qui en elle-même frise la folie, crâner en attaquant et arguer de complots, en plus, se montrer ainsi incapable de remords et d’excuses et dépourvu de la conscience de ses actes, irresponsable en somme, pour moi, ça relève de la pathologie lourde.

    Grave faute de jugement de son avocat aussi, qui décidément…

    Sur le post précédent j’ai laissé des questions, car je m’en pose malgré tout, malgré la conclusion de sa folie à laquelle je suis arrivé.

    Si quelqu’un parmi les savants en finance passe par là…

    Commentaire par Schmilblick — 23/06/2012 @ 22:41

  14. @ laplumedaliocha

    Moquez-vous, moquez-vous… je n’ai fait que tenter de traduire pas une image ce que vous décrivez, billet après billet, avec tant de talent et de lucidité.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 23/06/2012 @ 23:13

  15. @Denis Monod-Broca : oh, je ne me moquais pas, c’est une vraie question, presque une sorte d’appel au secours 😉

    @Schmilblick : et pourquoi pas, au fond ? C’est folie contre folie. Dans son esprit, ça se défend, d’ailleurs, il fait lui-même le lien quand il dit qu’on le présente dans le jugement comme unique responsable de la crise financière, n’oubliez pas que ce garçon fait ce qu’on lui dit de faire…Milgram, vous dis-je !

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/06/2012 @ 23:19

  16. @la plume et Schmilblick

    Est-ce que les soldats allemands qui ont conduit les juifs dans les chambres et/ou ont lancé les gaz ont été jugés responsables de l’holocauste ? Elle est là, à mon avis, la question de fond. Qui est responsable, celui qui fait ou celui qui met en position de faire ? Parce que le « pauvre soldat ss » savait que ce n’était pas bien, si il ne le faisait pas, rien ne serait arrivé.

    Je suis plus septique de que tous les béni-oui-oui du « droit », j’ai vécu tout plein de situations professionnelles ou ce qui était « à faire » était dans la zone flou entre le interdit et recommandé. Alors oui, on peut partir et changer de métier… n’empêche.

    mais bon, c’est le coupable qui a fait tout seul, tout est sous contrôle, la vie continue et dans le bon sens, il suffit de voir l’espérance de vie en bonne santé inférieure à l’âge de la retraite, et le taux de gens refusant ou repoussant un soin. Nous faisons les bons choix, circulez y a rien à voir.

    la justice n’est pas juste car suivant l’avocat que vous avez avez (ou qui vous êtes) vous n’avez pas le même jugement. C’est un choix de société, un choix d’esclave, un choix de kappos….

    Commentaire par herve_02 — 23/06/2012 @ 23:22

  17. @herve_02 : lisez les livres sur Douch ou les mémoires atroces du commandant d’Auschwitz, ce n’était pas leur faute, ils appliquaient les consignes….Tout nous ramène à Milgram, ou a Dostoïevski. Dans les Frères Karamazov, il pose précisément cette question.

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/06/2012 @ 23:29

  18. @laplume

    pas au dodo ? votre chéri vas bouder, ce que j’en dit….

    pas besoin de lire, suffit de réfléchir, mais c’est vrai, c’est pas donné à tout le monde.

    Commentaire par herve_02 — 24/06/2012 @ 00:11

  19. Je ne suis pas complètement convaincu par le parallèle avec Milgram. JK fait-il ce qu’on lui dit demande de faire ou fait-il ce *qu’il croit* qu’on lui demande de faire? Je penche pour la seconde (en tout cas on n’a pas, à mes yeux réussi, à démontrer la première). Ou alors le « donneur d’ordre » est « la société », « l’ambiance », « le système » ou « la pression des pairs ».

    Une chose que je ne comprends pas très bien depuis le début de la série de billets: si c’est le système financier dérégulé globalisé le vrai coupable des actions de JK, pourquoi est-ce qu’il faudrait condamner pour autant la SocGen? Est-ce qu’elle n’est pas qu’un rouage elle aussi, une sorte de gros lampiste? Si c’est le système la cause, pourquoi serait-elle plus coupable des actions de Kerviel que BNP Paribas ou Goldman Sachs ou Milton Friedman et Friedrich Hayek ou que la Comission Européenne ou le FMI ou Ronald Reagan ou… ? Je précise que c’est plus une question pour des gens comme herve_02, Schmilblick et pas directement à Aliocha (mais tout le monde peut donner son avis hein, c’est juste pour qu’on ne pense pas que j’ai lu de travers les billets).

    Commentaire par JO — 24/06/2012 @ 00:17

  20. @laplume

    C’est là où nous différons complétement : je pense que Jérôme Kerviel est essentiellement un manipulateur, beaucoup de personnes qui travaillaient avec lui à la SG ont d’ailleurs ce sentiment-là, d’avoir été manipulées. Sans agression de ma part, êtes-vous vraiment sure de ne pas tomber dans ce piège vous aussi ? Bien sûr ce n’est que l’impression que j’en ai, après tout je ne l’ai jamais rencontré.

    Abdication de la conscience dans l’obéissance aveugle à l’autorité, on pense tout de suite à Auschwitz, et pour le dire simplement vaste débat. J’ai plutôt tendance à penser que l’individu est toujours responsable au fond de ses actes, mais bon tout le monde n’a pas à être d’accord avec moi.
    Mais vous savez, je suis une femme, et, quitte à choquer, quand j’ai entendu Kerviel dire, « « ils » ne pouvaient pas ne pas savoir » et tout le reste sur la SG, j’ai tout de suite penser à l’argument du violeur : « elle le voulait bien cette s*** » . Et ça me gêne beaucoup …

    @Schmilblick

    Fou est bien sûr un mot à employer avec des pincettes, mais en effet pour moi Kerviel n’est pas très équilibré. Plutôt qu’un granit breton tout en pudeur, je le trouve plutôt malsainement insondable. Un pov’ petit qui ne sait plus distinguer le bien du mal, qui voit des signes là où il n’y en a pas, ce serait donc un sociopathe ? Sans entrer dans les grands mots, parlons à tout le moins d’un manque de repère moral. J’ai d’ailleurs été très étonnée des résultats RAS de l’ examen psychologique au premier procès. Mais sans doute personne n’avait intérêt à ce que Kerviel soit déclaré irresponsable : que ce soit lui-même qui se tient en haute estime, ou la SG que l’on aurait accusée soit d’avoir embauché un « fou », soit d’avoir rendu quelqu’un « fou ». Et comme dit La Plume, la folie au pénal …

    Commentaire par Maelle — 24/06/2012 @ 00:25

  21. @Maelle

    il y a eu 70 alertes, des mails,des échanges téléphoniques…

    si vous êtes une personne qui travaille, comment pouvez-vous penser une seule seconde que les gens répondent à des mails sans les lire ?

    je ne dis pas qu’il y a eu complot, je pose la question simple : comment pouvez vous pensez une seule seconde que des 100aines de personnes au dessus de vous ne sont pas au courant de ce que vous faites ?
    si (le si est important) vous êtes dans un « trip », martingale secrète, comment pensez vous, lorsque vous donnez des réponses crédibles pour ne pas divulguez le truc, que vous êtes le seul dans des centaines de personnes (et des gens intelligents qui « dirigent » le marché) à savoir que vous dépassez les limites ?

    on en revient aux soldats SS, ce sont _eux_ les responsables, mais on a pas beaucoup à Nuremberg.

    Commentaire par herve_02 — 24/06/2012 @ 00:37

  22. @ Jo :

    le système ne peut être coupable, par définition, puisque c’est un système. Le système a sa logique qu’il intéresse de comprendre, pour certains, éventuellement pour en tirer des conclusions. Seuls des individus peuvent être coupables… selon la manière dont ils auront agi, au sein du système, même si on peut dire au sein du système qui incite à faire…

    Moi je pense que Kerviel a de lourdes responsabilités, mais au sein d’un système dont il a cru que il le servait en explosant les limites et les règles. Sous ce rapport j’aurais tendance à penser comme vous, il a cru. Il a cru qu’il pouvait exploser toutes les règles et sortir complètement du cadre. Et c’est pourquoi je pense qu’il est fou. Au sein d’un système qui pousse un peu à la folie tout de même. Peut-être est-il un produit caricatural de ce système dont il livre la vérité. N’empêche qu’il n’avait ni le droit, ni le pouvoir de faire ce qu’il a fait.

    A un individu on demande d’être responsable de ses actes en Justice.
    La responsabilité constitue ce qui permet de juger et de sanctionner.
    (c’est pourquoi, les faits étant établis, il est plus que maladroit de la part de Kerviel rejeter la faute sur l’autre ; comme font les gamins à l’école)

    Un système que l’on découvre mauvais on essaye de le faire changer, on s’y oppose politiquement, on essaye de s’en protéger, on le critique si on est un penseur ou un militant, mais on ne le traîne pas en Justice pour lui faire assumer ses responsabilités.

    Et un système, aussi malfaisant soit-il, n’efface pas la responsabilités d’individus comme sont les traders fous, qui n’agissent pas sous la contrainte et la menace, au péril de leur vie

    (pour distinguer du nazisme : là on risquait sa vie , c’est assez différent ; les traders ils sont dans l’adhésion au système, corps et âme)
    @ hervé

    Commentaire par Schmilblick — 24/06/2012 @ 00:48

  23. @Schmilblick

    ok… pensez vous sérieusement qu’un simple individu du système puisse penser que ceux qui le « contrôlent » ne lisent pas les mails dont ils fournissent une réponse ?

    ce que vous êtes en train de dire c’est que le ss de base est responsable de la schoa , ok, mais j’en ai pas beaucoup vu à nuremberg.

    attention, je ne pose pas un jugement, coupable ou non (on sait tous que, depuis le début, c’est coupable, on ne gagne pas contre le système), je ne fais que retourner vos certitudes, une sorte d’effet miroir.

    Commentaire par herve_02 — 24/06/2012 @ 01:15

  24. Procès fiction (selon que vous serez puissant ou misérable…) :

    Voici enfin le moment tant attendu du procès en appel « Crotta Croisières contre Jérôme Kelguigne » : la déposition du Commandant Daniel Zip, maître après Dieu du « General Tower », dérivant en plein Océan Atlantique, ce funeste samedi 19 janvier 2008.

    La Présidente : Commandant Zip, vous avez la parole.

    DZ : Je vous rappellerai tout d’abord le parcours professionnel de Jérôme Kelguigne, dans le bâtiment que j’avais l’honneur de commander :
    Jeune Diplômé de la Marine marchande, JK fut recruté par Crotta Croisières. Sa dernière affectation sur le « General Tower », était « assistant de l’Officier Mécanicien, en charge de l’optimisation des performances ».

    Il est en effet primordial pour la Compagnie, que non seulement ses paquebots arrivent à l’heure et à bon port en toute sécurité, mais aussi en optimisant au maximum les ressources en carburant.

    Toute économie dans ce domaine donne lieu à des bonus, dont l’ensemble de la hiérarchie bénéficie.

    Je vais vous expliquer comment JK, qui avait toute la confiance de ses supérieurs, a réussi à tromper l’ensemble de sa hiérarchie, provoquant l’arrêt des moteurs du « General Tower » et sa dérive en plein Océan Atlantique, moins de 24 heures après notre départ.

    Nous devions rallier New-York en 5 jours, après avoir quitté Le Havre le 18 janvier.

    JK, dont le machiavélisme ne peut que s’assimiler à un acte terroriste, a pris le contrôle de l’injection de fuel, grâce à une déconnexion des systèmes de mesure sensés prévenir l’Officier de quart d’une quelconque anomalie de l’injection.

    Celui-ci avait bien vu de nombreux « warning » clignoter à la Passerelle, mais il avait mis cela sur le compte d’une défaillance des ordinateurs, comme cela se produisait souvent et il ne s’en était pas inquiété.

    Ainsi, au lieu de consommer 10.000 litres de fuel à l’heure, c’est le chiffre astronomique de 100.000 litres qui a été injecté dans les moteurs, amenant une vitesse de croisière de 55 nœuds, au lieu des 24 habituels.

    Tout le monde se rendait compte que le navire filait très vite, mais les passagers étaient ravis et les Officiers mécaniciens et moi-même mettions cela sur le compte d’un vent arrière très favorable.

    L’exploitation ultérieure de la boîte noire du navire, qui enregistre tous les paramètres de navigation, nous a montré que la vitesse était bien réelle, mais personne n’avait songé à faire un rapprochement entre cette injection massive de fuel et la vitesse du navire…

    Bref, en moins 12 heures de navigation, nous avions consommé la totalité de notre fuel, les moteurs se sont arrêtés et nous avons commencé à dériver.
    Tous les Officiers dormaient à ce moment là. Je fus moi-même réveillé par l’Officier de quart : « Commandant, nous sommes en panne et nous dérivons ! »

    Un coup d’œil sur les jauges nous a plongés d’effroi ! Nous étions à sec ! C’est alors que j’ai eu l’idée de lancer un « MayDay » codé, pour que l’affaire ne s’ébruite pas.

    Par chance, le « Morgan Stanley » croisait dans la même direction, à quelques miles nautiques.

    Il arriva peu après, nous prit en remorque et nous avons pu rallier New-York à vitesse réduite, avec 6 jours de retard.

    Les conséquences de cet acte de vandalisme ont été gravissimes : Passagers mécontents, image de marque de la Compagnie ternie, licenciements de plusieurs Officier navigants, dont moi-même…

    J’ai dû quitter la Compagnie Crotta, à laquelle j’étais tant attaché et j’ai depuis créé une Société de Conseils, « Fuel Optimum », dont l’objectif est d’aider d’autres Compagnies à se prémunir de tels risques.

    Le Commandant Zip se tourne alors vers Jérôme Kelguigne :

    « Vous avez sali l’honneur d’un Commandant, vous avez mis en péril la vie de 4.500 passagers, tout cela pour un bonus ? »

    JK : « C’est vous qui touchiez le plus gros bonus, moi je n’étais qu’un pauvre soutier… »

    La Présidente hoche la tête, d’un air désapprobateur à l’égard de JK. On sent dans son regard que cette réplique ne l’a pas convaincue, car un Commandant de la trempe de Daniel Zip n’exerce pas sa haute fonction pour de l’argent, c’est évident…

    DZ se tourne à nouveau vers JK : « Je vous plains, vous avez trahi ma confiance… »

    La semaine prochaine est consacrée aux plaidoiries des Avocats, le verdict devrait intervenir début juillet, mais on pressent que Jérôme Kelguigne écopera du maximum.

    Bien sûr, il s’agit de pure fiction… On n’a jamais vu, dans la Marine, l’Armée ou l’Administration, un responsable assez couard pour faire endosser sa responsabilité par un lampiste… Idem dans les grandes catastrophes industrielles ou aéronautiques… Ce sont toujours les dirigeants qui endossent la responsabilité pénale.

    Mais une Banque française fait exception à la règle… Non seulement elle n’endosse aucune responsabilité, mais elle fait prendre à la Justice des vessies pour des lanternes et la Confrérie applaudit !

    Au royaume des aveugles, les borgnes sont Rois !

    Commentaire par ramses — 24/06/2012 @ 04:49

  25. @Maelle : j’aurais pu me faire manipuler, autant par lui que par la banque d’ailleurs, dans un procès, chaque partie tente d’attirer les journalistes dans sa vérité, laquelle est toujours présentée comme incontestable et sans nuances. C’est pourquoi j’ai écrit le livre en me tenant éloignée des avocats des deux camps. Au procès, j’ai attendu la semaine dernière pour parler aux avocats et je m’en suis excusée en leur disant que je me méfiais de leur talent, ce qui est vrai 😉 Sur JK, je me contente de décrire, sans livrer totalement le fond de ma pensée. Vous observerez que j’étais de son côté en 2010 et que j’ai bougé 😉 Je n’aime pas juger, par conséquent, l’obligation d’objectivité qui pèse sur mon métier me convient fort bien. Je rapporte les faits, pour que chacun se forge son opinion. Dans le livre, je donne la mienne, mais j’ai fait en sorte que chacun puisse développer un autre avis en présentant tous les éléments en ma possession, y compris ceux qui n’allaient pas dans mon sens.

    En première instance, le parquet a dénoncé justement non pas l’argument du violeur mais celui du cambrioleur reprochant à sa victime d’avoir un caniche comme chien de garde au lieu d’un bas-rouge. Quant à la responsabilité de l’homme et du système, elles me paraissent indissociables pour comprendre la situation, ensuite, le jugement sur la responsabilité individuelle dépend en effet de l’approche morale et philosophique de chacun. J’aurais tendance comme vous à croire dans la responsabilité individuelle, mais avec circonstances atténuantes.

    Commentaire par laplumedaliocha — 24/06/2012 @ 10:43

  26. @ Bonjour Aliocha,

    Fichtre.. ! Entre l’argument ad hitlerum, le concept aredtien de banalité du mal, Milgram – Jérôme Kerviel serait-il passé par la fenêtre si la Socgen le lui avait demandée ? – et, la vision simpliste du droit (sa domination symbolique…ce qui n’est pas totalement faux en soi et que j’admets bien volontiers), je me demande si le point godwin là n’a pas eté atteint !.

    Je ne peux que vous suivre quand vous dites que ce procès rend fou !

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 24/06/2012 @ 12:32

  27. @ laplumedaliocha

    Je vous livre mon « truc », il ne date pas d’hier :

    L’idée qu’il n’y a ni monstres ni saints, les hommes étant semblables, frères, tous « à l’image de Dieu », et la croyance que cette idée est juste, vraie, objective, vérifiée, aident à voir les choses telles qu’elles sont. Ce n’est pas une garantie mais ça aide…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 24/06/2012 @ 12:50

  28. Qui a tué Davy Moore ?
    Qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

    C’n’est pas moi, dit l’arbitre, pas moi
    Ne me montrez pas du doigt !
    Bien sûr, j’aurais peut-être pu l’sauver
    Si au huitième j’avais dit « assez ! »
    Mais la foule aurait sifflé
    Ils en voulaient pour leur argent, tu sais
    C’est bien dommage, mais c’est comme ça
    Y en a d’autres au-d’ssus de moi
    C’est pas moi qui l’ai fait tomber
    Vous n’pouvez pas m’accuser !

    Qui a tué Davy Moore ?
    Qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

    C’n’est pas nous, dit la foule en colère
    Nous avons payé assez cher
    C’est bien dommage, mais entre nous
    Nous aimons un bon match, c’est tout
    Et quand ça barde, on trouve ça bien
    Mais vous savez, on n’y est pour rien
    C’est pas nous qui l’avons fait tomber
    Vous n’pouvez pas nous accuser !

    Qui a tué Davy Moore ?
    Qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

    C’n’est pas moi, dit son manager, à part
    Tirant sur un gros cigare
    C’est difficile à dire, à expliquer
    J’ai cru qu’il était en bonne santé
    Pour sa femme, ses enfants, c’est bien pire
    Mais s’il était malade, il aurait pu le dire
    C’est pas moi qui l’ai fait tomber
    Vous n’pouvez pas m’accuser !

    Qui a tué Davy Moore ?
    Qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

    C’n’est pas moi, dit le journaliste de la Tribune
    Tapant sur son papier pour la une
    La boxe n’est pas en cause, tu l’sais
    Dans un match de foot y a autant d’dangers
    La boxe, c’es une chose saine
    Ca fait partie de la vie américaine
    C’est pas moi qui l’ai fait tomber
    Vous n’pouvez pas m’accuser !

    Qui a tué Davy Moore ?
    Qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

    C’n’est pas moi, dit son adversaire, lequel
    A donné le dernier coup mortel
    De Cuba il a pris la fuite
    Où la boxe est maintenant interdite
    Je l’ai frappé, bien sûr, ça c’est vrai
    Mais pour ce boulot on me paie
    Ne dites pas qu’j’l’ai tué, et après tout
    C’est le destin, Dieu l’a voulu.

    Qui a tué Davy Moore ?
    Qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 24/06/2012 @ 13:24

  29. bon sur le post précédent je parle seul, mes questions resteront en suspend

    Puisqu’il a été question de Milgram je voulais rappeler que si le test a établi le conformisme d’une majorité, capable d’obéir à des ordres absurdes impliquant la torture si ceux-ci sont émis par l’autorité de la science, -par la science en tant qu’elle fait autorité- ceux qui ont résisté et refusé, sont ceux qui avaient des principes, des valeurs qu’ils ne voulaient pas bafouer : nommément les chrétiens croyants et les communistes. Ceux qui n’étaient pas « dénués de pensée » pour reprendre l’expression de Arendt.

    S’il est vrai que c’est au nom de la soumission supposée obligée à un pouvoir que l’on commet des crimes lorsqu’on y est incité par le dit pouvoir dont l’autorité n’est pas interrogée, en revanche c’est par le fait de penser à ce qu’on fait et assumer ses responsabilités, que l’on résiste, grâce à l’attachement à des valeurs et à des principes.

    Ce qui demande du courage et des convictions, moins répandus que le conformisme sans doute.

    [Pour mémoire les nazis lors de leur procès eurent pour unique défense : je n’ai fait qu’obéir aux ordre ; et si le sujet est abordé, c’est parce qu’il a été question d’Arendt et de Milgram]

    Accuser un système que l’on a fait fonctionner bien au delà de ses règles et de ce qu’il exigeait, pour se défausser, est une défense… faible.

    Commentaire par Schmilblick — 24/06/2012 @ 21:43

  30. « Terrorisme, Milgram, ss, la choa, Crotta Croisières contre Jérôme Kelguigne, … »

    Décidément cette affaire est si perturbante qu’on cherche des repères-métaphores pour arriver à la saisir et à la comprendre, faute d’arriver à la remettre dans un contexte cohérent !

    Tiens, j’y vais aussi de ma métaphore : imaginons que le chef de rayon produits frais d’un grand groupe de distribution alimentaire mette à mal son employeur parce qu’il a commander quelques 5 milliards de kg de petits poids…
    Dans la logique de son job, il a fait ce qu’on lui demande de faire : le mois d’avant il en vendu plusieurs centaines de kg de petits poids, dégageant un joli bénéfice pour son employeur très heureux de cette belle opération, c’est donc normal et logique qu’il continue dans sa belle lancée.

    Seule la grandeur des chiffres est déconnectée du réel, mais on imagine mal que cet employé modèle ait pu passer commande d’un tel volume de légumes sans que sa hiérarchie ou le simple service administratif n’ait pu le voir, car les commandes sont en général validées par les tuyaux bureaucratiques internes.

    Le chef de rayon produits frais sera-t-il condamné à de la prison et à rembourser les 5 milliards de kg de petits poids à son patron ?…

    Commentaire par Oeil-du-sage — 25/06/2012 @ 15:20

  31. @Oeil-du-Sage

    Bien vu ! Et d’autant plus savoureux que l’ancien Président avait comparé les Juges d’instruction à des petits pois !

    Commentaire par ramses — 25/06/2012 @ 17:54

  32. Excusez moi mais plusieurs choses ne fonctionnent pas du tout dans votre analogie de commande de petits pois
    – a-t-il commandé 50 milliards de petits pois alors qu’il était limité à 125 millions pour toute son équipe composée de x gugusses, ? faites la division par le ,nombre de gusses
    – a-t-il fait des faux pour masquer sa commande -sachant donc qu’il n’avait pas le droit
    – est-il entré dans les comptes de se boîte pour les truquer et perturber le système de contrôle informatisé ?
    = ceci pour l’aspect délit pénal
    s’il n’a rien fait de tout ça, il a commis une faute professionnelle qui fait douter de sa santé mentale, mais pas de délit pénal
    donc ça ne le conduit pas au tribunal

    Maintenant pour les conséquences dans le réel :
    – sa commande ruine-t-elle son entreprise qui implose (pas seulement le rayon légumes contraint de fermer)
    – la ruine de son entreprise entraîne-t-elle des ruines en chaîne de quantités de gens, épargnants et actionnaires, et d’entreprises qui en dépendent de sorte que toute l’économie du pays en est affectée étant donné la nature de cette entreprise ? (parce qu’une banque c’est ça : ça garantit l’épargne des gens et finance les entreprises ; c’est son côté rouage indispensable au système)

    Donc avec votre achat de petits pois, vous ne tenez pas une comparaison qui tient la route.

    Vous auriez pris comme comparaison le pétrole, ça marchait mieux. Un employé d’une grosse boîte de pétrole qui fournit le pays, chargé des achats, et qui, pour des raisons irrationnelles et imprévisibles alors qu’il est chargé d’acheter 100 millions d’unités de mesure de pétrole, décide d’en acheter 5 ou 6 milliards, ce pourquoi il serait obligé de sortir une garantie de 50 milliards, et que, au total de ses erreurs et au rebours de ses prévisions, non seulement ce n’est pas 5 ou 6 milliards qu’il rentre, ni même 100 millions5 ou 6 milliards, mais c’est 5 ou 6 milliards qu’il perd. Panique dans le pays, plus rien ne marche, etc.
    (le tout avec les dissimulations et autres falsifications et traficage des systèmes de contrôle, bien sûr, ne pas oublier)

    Donc dans le cadre d’un besoin impératif, pour ce qui est de la production du pays et qui la conditionne, non seulement c’est pas 100 millions mais 5 ou 6 milliards, et pas en + mais en moins.

    Qui va être accusé au pénal : l’acheteur qui a fait une grosse erreur qui met quantité de gens dans la merde ? ou son patron ?

    Ce qui choque : que JK soit condamné à payer quasiment 6 milliards, car ça n’a pas de sens, même si la monstruosité de la somme est à la hauteur dela monstruosité de ses fautes ; néanmoins impossible, semble absurde.

    Mais que la condamnation semble absurde tellement on est est hors échelle permet-il pour autant de le disculper de délits établis et de le décharger de ses responsabilités ?
    Cela n’autorise pas non plus à abandonner toute logique ni rapport au réel, en l’occurrence ne dispense pas de réfléchir à l’impact et aux conséquences de la banqueroute d’une des plus grandes banques du pays.

    Commentaire par Schmilblick — 26/06/2012 @ 14:43

  33. @Schmilblick

    Vous me faites rire avec votre « banqueroute » !

    Regardez les bilans de SocGen ces 3 dernières années, elle se porte comme un charme !

    Commentaire par ramses — 26/06/2012 @ 18:31

  34. @Schmilblick, 32 : vous êtes atteint du syndrome que j’essaye d’expliquer dans mon commentaire avec la métaphore des petits pois : celui qui consiste à chercher absolument à remettre cette affaire dans un contexte logique et cohérent, or cette affaire justement est illogique et incohérente.

    D’ailleurs vous argumentez avec des remarques justes quand on est dans la normalité, mais qui justement ne tiennent pas dans cette affaire :

    – « a-t-il commandé 50 milliards de petits pois alors qu’il était limité à 125 millions » : justement JK avait des limites, mais virtuelles car il les a outrepassées sans difficulté aux yeux et à la barbe de sa hiérarchie pour le moins complaisante.

    – « a-t-il fait des faux pour masquer sa commande -sachant donc qu’il n’avait pas le droit » : en matière de banque, il semble que les habitudes consistent à prendre quelques libertés avec les procédures.

    Par exemple, à un autre échelle il m’est souvent arrivé de déposer de nombreux chèques à la banque sur le compte d’une entreprise. Le banquier s’apercevant que nous avions oublié d’endosser les chèques (nom, n° de compte, date, lieux, signature) nous appelait pour nous le signaler et nous dire de ne pas s’inquiéter, il s’occupait lui-même de le faire. En clair il chuintait son client et la procédure en endossant lui-même les chèques. Et je ne vous parle même pas de procédures autrement plus importantes que les banques outrepassent quotidiennement pour se simplifier la vie et aller plus vite, voire corriger une malencontreuse erreur de saisie…

    J’imagine qu’au niveau des procédures de contrôles des traders, c’est ce qu’il se passait du temps de JK, et surement encore aujourd’hui.

    Commentaire par Oeil-du-sage — 27/06/2012 @ 09:13


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