La Plume d'Aliocha

16/06/2012

De la difficulté d’acheter un téléphone…

Filed under: Choses vues — laplumedaliocha @ 11:42
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Depuis que je suis devenue un auteur à succès (joke), j’ai décidé d’acheter un IPhone. Hélas, l’opération s’est avérée beaucoup plus compliquée que je ne l’imaginais.

Le fierté du dinosaure

Lorsque la merveille Apple est sortie, il y a déjà quelques années, une sorte de réflexe profondément réactionnaire dont j’ignorais la puissance chez moi m’intima l’ordre de ne pas céder à la mode. Au fil du temps,  la résistance devint un jeu, une provocation, presque une rebellion. Plus l’impérieuse nécessité de passer au smartphone se faisait sentir – ah ! le poids de la vie en société – et plus je chérissais mon petit Samsung à clapet. Je pouvais le poser sur une table en terrasse, le sortir tranquillement dans le métro, le promener dans la rue sans craindre un instant le vol. Je vous accorde qu’il ne fallait pas craindre non plus d’être ridicule, mais j’assumais. Sauf que, coincée dans le procès Kerviel depuis deux semaines, j’ai du admettre que l’accès à mes mails, à Internet et à Twitter me faisait cruellement défaut. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, songeai-je en entrant chez un dealer de drogue technologique, vendredi matin. C’est qu’il n’était plus temps de commander sur Internet, je voulais l’objet maintenant, tout de suite, j’étais prête pour le grand saut et, me connaissant, il fallait en profiter.

Grave erreur…

– Bonjour, je voudrais un IPhone, lançai-je à la jeune femme venue m’accueillir dans la boutique. Je m’attendais à voir des euros clignoter dans les yeux de la donzelle et un sourire de caisse enregistreuse illuminer son visage. Grave erreur.

– Pourquoi voulez-vous un IPhone ? me lança-t-elle d’un air suspicieux.

– euh, pour téléphoner…. Pourquoi, c’est mal ? J’avais l’impression d’avoir commis une bourde, mais je ne voyais pas très bien laquelle…

– Il est plus cher, moins performant et c’est le plus volé ! m’asséna-t-elle du ton irrité qu’on prend face à un imbécile profond. Les autres marques proposent des téléphones avec beaucoup plus d’options et bien plus performants.

– euh…je n’en doute pas, mais moi c’est pour téléphoner et lire mes mails, donc s’il ne ne me propose pas les derniers jeux en vogue, l’appareil photo du grand reporter et la future caméra préférée de Lelouch en raison de ses performances exceptionnelles, je m’en ferai une raison…

A ce stade, je précise que j’avais préparé ma visite, exploré le site de mon marchand de dope techno, identifié le modèle, choisi le forfait et calculé la remise à laquelle j’avais droit grâce à mes 40 000 points de fidélité de dinosaure qui n’a pas changé de portable depuis l’an 3 ou 4 avant IPhone. Donc le job de la marchande était simple, allumer son ordinateur, checker mon compte client, aller chercher l’objet en stock, me tendre la machine à CB et encaisser l’oseille. Hélas, ce type de commerce où vous entrez acheter un objet et ou vous ressortez, ô miracle, avec la chose en 10 minutes chrono est aussi révolu que mon Samsung à clapet.

– Ah, bon, qu’est-ce qui est mieux alors ?

– Tous les conseillers sont occupés, repassez entre 15h et 18h, il n’y aura personne.

De retour au bureau, j’explore à nouveau le site sans comprendre très bien en quoi l’IPhone serait moins bien que les 200 autres modèles proposés. La comparateur ne m’aide guère, vu qu’il ne peut comparer que 3 appareils et surtout qu’il jargonne au point que le langage des financiers m’apparait soudain simple comme un cours de maternelle à côté de ce bordel technique sans nom.

Comme au guichet de la mairie…

16 heures, je retourne  à la boutique. Las ! Tous les conseillers sont encore occupés. Ce qui a changé, c’est qu’il y a 5 personnes en plus qui attendent et qu’il faut prendre un ticket comme au rayon, pardon au guichet, Carte d’identité/passeport de la mairie du coin. Si le commerce se transforme en administration, on n’est pas sorti ! Au bout de 30 minutes, se pose le problème classique : faut-il s’accrocher ou renoncer ? Je m’accroche, surtout qu’une joyeuse ambiance commence à régner dans la file d’attente. Entre compagnons de galère, on s’épaule, c’est humain…Au bout d’une heure, mon numéro s’affiche enfin et une commerciale bondissante me prend en main. Je décide de ne pas prononcer le mot IPhone pour ne pas l’effrayer. Là-dessus, parce que la vie est mal faite, mon téléphone sonne. Bravant les regards effarés, je sors mon antiquité dans ce temple de la modernité. En raccrochant, je le brandis en direction de la commerciale : « vous voyez, c’est pour ça que je change de téléphone ». Avec un professionnalisme d’infirmière psychiatrique face à un dément en pleine crise, elle n’affiche aucune expression et se plonge dans son écran pour en sortir le listing des téléphones auxquels j’ai droit.`

Bon sang, il y en a trois pages en écriture serrée ! Elle coche au bic des modèles en application de critères de sélection connus d’elle seule. Curieusement, les IPhone ne sont pas non plus sa tasse de thé. Elle me montre l’emplacement de la merveille Apple. Vide. On leur a volé. Je comprends mieux le traumatisme que j’ai infligé le matin même à la marchande en prononçant le nom du cher disparu…Nous voici en train d’observer un LG, un autre dont les initiales m’échappent, et un Samsung, dont je devine qu’il doit être l’arrière-petit-fils de mon vieux camarade. Dans la boutique, ils sont affichés à 1 euro, manque de pot, il parait que ce n’est pas pour moi, mais pour les heureux clients qui achètent un autre truc, je n’ai pas compris lequel. Pour moi, ils sont entre 75 et 275 euros. Evidemment, on me vante le plus cher, d’ailleurs un vendeur appelé en renfort le sort de sa poche pour me montrer à quel point il est beau, léger, performant et j’en passe… Il est vrai que les modèles en présentation sont vissés au comptoir de sorte qu’on ne peut pas les prendre en main. Il ne sont pas connectés non plus, donc on ne peut pas les tester. A ce stade, je songe que j’ai drôlement bien fait de venir en boutique, c’est tellement plus clair ! On m’assène des chiffres auxquels je ne comprends rien en gigamachin et bidulepixels. Je m’accroche à Samsung. Il y en a deux. « Celui-là est mieux parce qu’il est sous Androïd » me précise-t-on. Mince, et il ne souffre pas ? ai-je envie de demander à ma pétillante commerciale. Je préfère me concentrer sur sa liste. Pourquoi me le vendez-vous 275 euros alors que sur la feuille il y a marqué 75 ?

Partie de bonneteau

Ô misère, si j’avais su que j’amorçais une partie de bonneteau avec ma question idiote, je l’aurais fermé.

– Parce que vous réglez le portable en boutique et ensuite on vous rembourse 200 euros à compter de la deuxième facture.

– Ah ? Et comment on fait pour me rembourser ? 1 euros par mois jusqu’à la fin ?

– Non, si elle est inférieure à 200 euros, vous ne la payez pas et ainsi de suite…Mais en fait, 200 euros, c’est la limite, précise-t-elle.

Je crois comprendre que si je prend le modèle à 275, on me rembourse 200, à 75, on me rembourse 75, donc j’ai intérêt à prendre le plus cher. Sauf que sur le site, je ne l’aurais pas payé…enfin je crois, parce que, à ce stade, ma raison vacille. Tout ce que je saisis, c’est qu’il y a trois cartes noires dans le jeu et que le client, quoiqu’il fasse, ne trouvera jamais la rouge sur laquelle on l’incite à parier.

– Pas forcément, si vous prenez celui à 125, on vous rembourse 125 et en plus vous recevez un chèque de 30 euros. Donc avec celui à 125, vous gagnez de l’argent ! me lance-t-elle, triomphante.  Vous aurez 30 euros sur votre compte, précise-t-elle, des fois que je n’aurais pas compris.

J’ai en réalité parfaitement compris qu’on essayait de me faire prendre des vessies pour des lanternes…

Incapable de me décider, j’ai la tête farcie de pixels, d’androïd, de megagigamachins, et je joue en plus mentalement au rubik’cube parce que j’ai décidé de compliquer l’exercice en introduisant le paramètre du prix du forfait, lequel fait varier celui du téléphone. Et c’est là qu’au lieu de m’enfuir de ce monde de dingues, je pose encore une mauvaise question : 3Go de consommation Internet, ça représente quoi ?

– 189 heures de navigation Internet par mois, soit une heure par jour, me répond la commerciale.

Cette fois, je me lève et j’explique avec un gentil sourire que j’ai besoin de réfléchir. Entre nous, j’ai surtout besoin de retrouver mon monde, celui où il n’y a que 28 à 31 jours dans un mois et pas 189.

Une fois sortie,  les arbres, les passants, le bruit de la circulation, toutes ces choses enthousiasmantes de cohérence, me réconfortent. Le bilan de mon aventure est affligeant. J’ai perdu 2 heures de travail, je n’ai pas réussi à acheter un téléphone et encore moins un IPhone. Au point où j’en suis,  j’interpelle mon fidèle compagnon : toi et moi, je crois que c’est reparti pour 10 ans. Eh bien vous me croirez ou pas, je suis persuadée qu’à cet instant précis, il a claqué plusieurs fois du clapet dans ce qui ressemblait fort à une intense rigolade. Notez, c’était peut-être le contrecoup de ma drôle de plongée dans l’univers parallèle des opérateurs de téléphonie mobile.

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