La Plume d'Aliocha

05/06/2012

Kerviel : « je n’ai jamais eu l’objectif d’être trader »

Filed under: Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 23:06
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Palais de justice, Lundi 4 juin 8h30 du matin : Une forêt de caméras, d’appareils photos et de micros tendus sur des perches signale l’entrée de la première chambre de la Cour d’appel de Paris, où va se tenir le procès en appel de Jérôme Kerviel.   Une journaliste TV briefe ses équipes pour ne pas rater l’arrivée de la star du jour. Son problème, c’est que la salle est située précisément entre les deux accès au Palais, par le boulevard d’un côté, la place Dauphine de l’autre.  Impossible donc de savoir  par où le trader va arriver, il faut répartir les équipes et compter sur sa bonne étoile. Soudain, une clameur retentit, immédiatement suivie d’un galop furieux. On se plaque contre les colonnes de pierre pour laisser passer ce qui ressemble fort à un troupeau de bisons. Les barrières anti-émeute vacillent, au point que les gendarmes se précipitent pour tenter de contenir l’incroyable cohue que vient de déclencher l’arrivée au palais de Jérôme Kerviel.   Au milieu de cette houle, quand la vague se creuse, on aperçoit parfois son visage, éclairé par les caméras. Tout cela n’a duré que quelques secondes, déjà il est dans la salle. Les lourdes portes  se referment sur lui, l’océan furieux s’apaise. Dans le calme retrouvé, les journalistes de presse écrite et le public sont invités enfin à entrer. On nous installe sur un balcon qui renforce l’image théâtrale naturellement attachée à un procès. Surtout dans cette salle prestigieuse, richement ornée, où se tint notamment le procès Pétain et qui sert aujourd’hui aux cérémonies solennelles et aux prestations de serment des avocats.

Quelques mètres plus bas, les acteurs s’installent et bavardent avec une étonnante décontraction. La travée de droite quand on fait face au tribunal accueille Jérôme Kerviel et ses conseils. Celle de gauche est réservées aux parties civiles. A les observer, on se croirait deux ans en arrière. Tous les personnages sont identiques. Le trader, costume bleu nuit, chemise blanche, cheveux coupés court, chaussures à la mode,  n’a pas changé. Il porte le même masque de guerre que lors du premier procès, à croire que le temps s’est arrêté. Du côté de la Société Générale, on retrouve Claire Dumas, la représentante de la banque, entourée de ses trois avocats dont Jean Veil qui sort d’un immense cartable un code pénal et un code de procédure pénale, de l’eau, un ordinateur portable et quelques volumineux dossiers.  Frédéric-Karel Canoy, l’avocat des petits actionnaires, Daniel Richard et Richard Valeanu, les avocats des salariés, virvoltent dans les travées. Ils cherchent leur rôle, aurait sans doute commenté Céline.

La Société Générale « squatte »

9h10 La sonnerie annonce l’entrée de la Cour. Jérôme Kerviel rejoint la chaise qui lui est destinée, bois et cuir bleu, devant les bancs où sont assis ses avocats. La présidente, Mireille Filippini, s’installe entourée de ses deux assesseurs, un homme et une femme. Dans leur robe, les juges semblent anonymes, interchangeables. Ainsi le veut le rituel, ils incarnent la justice, et celle-ci n’a pas de visage. Enfin presque…La présidente est une femme brune aux cheveux très courts, à la mine volontaire et concentrée. D’entrée de jeu, elle enjoint à toutes les parties civiles de se positionner sur les bancs de gauche. Les avocats concernés, ceux des actionnaires et des salariés, en profitent pour se plaindre avec la joie mauvaise du gamin à qui la maîtresse vient de donner raison en cour de récréation : « depuis le début, la Société générale fait comme si elle était la seule partie civile, elle squatte ! » lance l’un d’entre eux. Evidemment, les conseils de la banque protestent. « Quatre rangées pour la Société Générale ça fait beaucoup » assène la présidente d’un ton sec. Jean Veil, tout tremblant de fureur, ramasse ses affaires en vrac, quitte son banc et s’installe ostensiblement au fond de la salle sur la dernière banquette, non sans avoir bougonné quelque chose du genre « pour 4,9 milliards on peut avoir la place de s’installer ». Finalement l’avocat revient quelques instants plus tard et s’assoit le long du mur, pas très loin du parquet et surtout du côté gauche de la salle. Satisfaite d’avoir institué un rapport de force à son avantage, la présidente s’attaque à la liste des témoins pour indiquer quand ils seront entendus.  Comme en première instance, il y a des défections, des agendas surchargés, des mauvaises volontés et des peurs.

« Je considère que je ne suis pas responsable de cette perte »

Le moment est venu d’appeler Jérôme Kerviel à la barre ou ce qui en tient lieu, un pupitre en plexiglas surmonté d’un micro. Il se tient debout, très droit, les deux jambes écartées, les épaules cabrées,  les mains croisées devant ses cuisses. Toujours aussi impeccable, lisse, illisible. Un acteur. Interrogé sur sa situation personnelle, il répond qu’il n’a plus de travail depuis un an et qu’il est sans revenu… 

Pourquoi avez-vous fait appel du jugement, interroge la présidente.

Je considère que je ne suis pas responsable de cette perte, j’ai toujours agi en connaissance de cause de ma hiérarchie, répond Jérôme Kerviel. Il voudrait en dire plus mais la présidente l’interrompt. Tandis qu’il se rassoit,  elle débute le long exposé des faits qui doit introduire les débats. A l’évidence, la technique ne l’effraie pas, au contraire, la voici qui plonge dans l’infernal jargon financier, mais aussi dans l’organisation de la banque, elle-même hermétique à souhait. Kerviel ne travaillait pas à la Société Générale mais chez SGCIB, (Société générale corporate and investment banking), c’est totalement différent. L’anglais, elle s’en joue la présidente. A croire qu’elle fait exprès d’adopter un accent français qui semble tout droit sorti d’une blague de café du commerce. Le P&L qu’il est de bon ton de prononcer « pi n’èl » devient avec elle le « pé et èl ». Il faudra s’y faire, d’ailleurs elle prévient : il est recommandé de laisser tomber les put et les call pour leur préférer leur traduction française, à savoir les options d’achat et de vente.

Jérôme Kerviel l’écoute, immobile. On devine qu’il évalue la juge, qu’il note mentalement les erreurs et les approximations. Peut-être qu’il s’en amuse, à moins que déjà il n’anticipe les explications qu’il devra fournir, ou les brèches d’ignorance dans lesquelles il pourra s’engouffrer. Lui qui connait si bien la finance, mais qui peine tant à faire comprendre combien elle est indigne et à quel point il n’a fait qu’en révéler les noirceurs…. Son avocat lui donne une note, le trader la lit et tend la main en arrière sans se retourner pour obtenir de quoi écrire. On lui passe un grand bloc sur lequel il s’empresse de griffonner.

L’horloge murale égrène lentement les minutes, tandis que la présidente poursuit sa plongée dans l’épaisse boue jargonneuse de l’affaire. Deals, appels de marge, warrants, modélisation, Eliot, contreparties, base tampon, stress tests, value at risk, strike, référentiel, limite de réplication, spiel, directionnel, market making. Jérôme Kerviel masse de temps en temps son épaule gauche qui, visiblement, le fait souffrir. Les journalistes sont à la peine. Une incompréhension lasse se lit sur les visages du maigre public. C’est donc cela, l’affaire Kerviel ?

10h15 : la présidente rappelle le trader à la barre, on dresse l’oreille. A-t-il subi un media training depuis le premier procès ? Toujours est-il qu’il s’exprime plus haut, plus fort, plus lentement, au point qu’on parvient à le comprendre.  Il est prié de raconter son parcours professionnel. On retiendra que la Société Générale a été son premier et unique employeur, à compter d’août 2000. Il n’avait que 23 ans. En l’écoutant relater cliniquement son CV, on songe à la défense menée par Olivier Metzner en première instance : Jérôme Kerviel n’est rien d’autre que la créature de la Société Générale. C’était pas mal vu, quand même…

Jérôme Kerviel se rassoit, la présidente reprend l’exposé des faits, un léger assoupissement gagne la salle. Les avocats piantotent sur leur téléphone portable. L’histoire, ils la connaissent par coeur. Pour l’instant, ils n’ont pas grand chose à faire. Il n’est même pas indispensable d’écouter.

Mandat or not mandat ?

Jérôme Kerviel est rappelé à la barre pour s’expliquer sur le travail qui était le sien à la Société Générale. Le voici qui tergiverse. Son activité d’arbitrage était mal nommée,  car elle était plus risquée que ne l’est une traditionnelle activité de ce type consistant à jouer sur les écarts infimes de cours entre deux places de cotation. Surtout, il commence à poser les jalons de sa défense : il conteste l’assertion selon laquelle il aurait eu un mandat. Et pour cause, c’est l’existence d’un mandat assorti de limites précises qui conditionne  l’infraction-clef du dossier, à savoir l’abus de confiance. Si on lui a posé des règles écrites et claires, alors on peut lui reprocher de les avoir dépassées, dans le cas contraire, il ne reste plus que l’introduction frauduleuse de données et le faux et usage de faux, dont la gravité est bien moindre. Il tente aussi de placer que sa hiérarchie savait ce qu’il faisait mais la présidente le bloque dans son élan. Elle entend avancer pas à pas et pour l’instant, elle étudie la question de son activité, des limites qui l’encadraient ainsi que celle de ses collègues. Sans surprise, jérôme Kerviel objecte régulièrement aux questions pratiques qu’on lui pose : « ça dépend, c’est plus compliqué ». Mais la présidente ne se laisse pas entrainer sur ce terrain, elle discute avec lui pied à pied, technique contre technique, le ramenant à la logique quand cela s’avère nécessaire. Doucement mais surement, elle trace une ligne, celle-là même que les personnes mises en cause par la justice tentent si souvent de faire bouger entre la réalité et le mensonge, le licite et l’illicite, l’excuse légitime et l’argument intenable. David Koubbi, l’avocat du trader,  commence à s’inquiéter et ça se voit, il passse la main dans ses cheveux, bouge sur sa chaise, et finit par se décider à intervenir pour préciser que son client  connaissait la limite mais pas sa portée. La présidente le tacle : « vous aurez la parole quand je vous la donnerai, c’est votre client qui a voulu s’exprimer« .

« Je n’ai jamais eu l’objectif d’être trader »

L’avocat et son client sont en train de s’apercevoir que la présidente a travaillé son dossier, elle ne se laisse pas faire. Tout ceci sent la déconfiture. Et quand Jérôme Kerviel entonne une énième fois le refrain du « c’est plus compliqué », elle l’envoie dans les cordes d’une seule question : qu’est-ce qui est plus risqué, une position directionnelle d’un faible montant ou une position couverte d’un montant plus important ? Jérôme Kerviel ne peut répondre qu’une chose : la première.

C’est alors qu’intervient l’avocat général.

– Est-ce que la spéculation pure entrait dans votre mandat ?

– oui, mais je conteste le mandat,

– dans ce cas pourquoi avoir dit lors du premier procès, comme en témoignent les minutes, que cela n’entrait pas dans votre mission ?

–  s’il existe une limite de 125 millions d’euros pour le directionnel (la spéculation), c’est bien qu’on a le droit d’en faire.

Bien vu, sauf qu’il est mal placé pour invoquer des limites dont il nie par ailleurs l’existence.

L’avocat général revient à la charge :

– vous avez également dit que vous saisissiez des positions fictives sans en informer vos chefs pour masquer vos positions ouvertes.

– Est-ce que je me levais pour prévenir à chaque fois que je faisais une opération fictive, la réponse est non. Est-ce que mes supérieurs savaient, la réponse est oui. C’est à cette dernière question que je répondais.

La présidente reprend la main.

– Il est écrit dans le cahier de trading que le but n’est pas de gagner de l’argent…

– dans ce cas, pourquoi fixer des objectifs financiers ?

– pourquoi êtes-vous devenu trader ?

– parce que j’étais passionné par la finance. J’ai commencé au middle office, et puis j’ai voulu me rapprocher de la salle des marchés parce que c’est là que ça bougeait le plus. Mais je n’ai jamais eu l’objectif de devenir trader. En France, je n’ai pas le profil, d’ailleurs on me l’a toujours fait comprendre dans la salle des marchés. C’est très rare qu’un assistant trader devienne trader.

« Je n’ai jamais eu l’objectif devenir trader, en France, je n’ai pas le profil, d’ailleurs on me l’a fait comprendre dans la salle des marchés »….Et si nous étions là au coeur du sujet ?

Note : J’ai quitté les débats à midi, ils n’étaient pas terminés. L’audience a repris l’après-midi, je n’y étais pas.

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30 commentaires »

  1. Intéressant ça que la juge ne se laisse pas entraîner sur le chemin de la supposé complexité. C’est absolument nécessaire pour établir la part de responsabilité des uns et des autres. Malheureusement rien ne garantit que ce sera suffisant.

    Commentaire par lordphoenix — 06/06/2012 @ 13:18

  2. Je croyais qu’on ne pouvait faire appel d’un jugement que lorsqu’un élément nouveau l’autorisait ? En l’occurrence, quel est cet élément nouveau ? Le dialogue que vous relatez est surprenant : « – pourquoi voulez-vous faire appel ? – parce que je ne suis pas responsable… », réponse coupée par la Présidente en plus.
    J’ai acheté votre livre. J’espère mieux comprendre cette affaire, qui, je suis d’accord avec vous, semble au cœur de pas mal des dysfonctionnements actuels de la planète finances.

    Commentaire par Ginkgo — 06/06/2012 @ 14:14

  3. À confirmer par les juristes qui hantent ces lieux mais à ce que je sache il n’y a pas de conditions particulières pour pouvoir faire appel. C’est pour les révisions qu’il faut obligatoirement des éléments nouveaux

    Commentaire par lordphoenix — 06/06/2012 @ 14:35

  4. moi je veux bien que Kerviel ait pris des risques insensés, spéculé au-delà du raisonnable (au-delà des 125 millions autorisés, ce qui à soit seul en dit long sur la spéculation bancaire qui est le sport favori des dits établissements qui, d’aide au financement des entreprises et particuliers, sont devenus des organismes de spéculation : ce qui est apparu en 2008 avec la dite crise des subprimes, et les diverses affaires Goldmann Sachs, Madoff et la suite, soit tous ces placements pourris qui ont été refilés en douce, donc de manière malhonnête, à tous les organismes bancaires du monde entier, mettant ceux-ci en crise)…. je veux bien que Kerviel ait dissimulé ses opérations, truqué et fait diverses choses peu réglementaires, -ce en quoi il n’est pas le seul- mais la responsabilité de la banque : quid de la responsabilité de l’organisme qui l’employait ? quid des contrôles ? quid des assurances que la banque doit à ses clients, qui impliquent donc suivi et contrôle des opérations de ses traders ?

    Quelles que soient les fautes de Kerviel et sans rentrer dans tous les détails techniques pour s’y noyer, il ne faudrait pas noyer la responsabilité de la banque qui DOIT a ses clients des assurances et garanties. Autant sur les produits de placements, que sur les comptes de dépôts ou coffres forts, il ne faudrait peut-être pas l’oublier. Elle embauche des gens capables de faire des opérations sur des sommes faramineuses sans les contrôler aucunement ? On rêve !

    On parle de Kerviel car la somme est phénoménale, mais combien d’organismes bancaires ont spéculé et triché sur des sommes bien plus phénoménales encore ? Organismes bancaires qui se sont ainsi plantés et qui ont entraîné une crise de la finance à l’échelle mondiale, puis des Etats , crise de la dette due au soutien apporté aux banques et leur renflouement, et une crise économique dont on ne voit que les débuts et qui semble emporter le monde, à commencer par l’Europe, dans un tourbillon destructeur.

    Kerviel en épouvantail, en vilain méchant malhonnête exemplaire sur fond de pratiques bancaires sur lesquelles il n’y a rien à dire, la preuve : aucune action en justice (Goldmann Sachs a-t-il dû rendre des comptes ? a-t-il eu affaire à la Justice ? ) ?

    Franchement c’est énorme.

    Du reste le procès, que l’on peut suivre en live sur Libération, commence à aborder ce « petit problème » : Kerviel érigé en bouc émissaire pour cacher la crise des subprimes .

    Que voilà une bonne question !

    Commentaire par Schmilblick — 06/06/2012 @ 15:11

  5. Le problème est que la justice ne peut juger que des hommes et des actes pas un système…

    Commentaire par lordphoenix — 06/06/2012 @ 15:13

  6. Le live sur La Tribune est , amha, plus complet et intéressant que sur Libé ou sur le NO http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120606trib000702332/proces-kerviel-j-etais-un-peu-comme-un-hamster-dans-une-roue.html

    Commentaire par gabbrielle — 06/06/2012 @ 15:23

  7. La justice a à mon sens les moyens d’inquiéter d’autres personnes. Les commissaires aux comptes délivrent un rapport (publié) sur le fonctionnement du contrôle interne. Certes, ils ont une obligation de moyens et non de résultat, cependant si on considère l’énormité des sommes en jeu, il me paraitrait difficile pour eux de démontrer que ces contrôles on été appropriés et suffisants …
    De la même manière les dirigeants de la société communiquent sur la qualité du contrôle interne. Là encore, il me semble qu’il y a moyen de les prendre à défaut.

    Commentaire par patrickc — 06/06/2012 @ 16:37

  8. @Ginkgo

    Avant de broder sur rien, c’est plutôt simple d’aller rechercher l’information :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Appel_(justice_fran%C3%A7aise)

    Commentaire par hohoho — 06/06/2012 @ 18:08

  9. P.R-D/Le Monde et S.D-S/Le Fig ont rendu leur copie, manque plus qu’Aliocha 😉

    http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2012/06/06/proces-kerviel-et-la-these-du-complot-fit-son-apparition/

    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/06/06/01016-20120606ARTFIG00707-jerome-kerviel-crie-au-complot.php

    Demain, l’audience ne reprend qu’à 14 heures.

    Commentaire par gabbrielle — 06/06/2012 @ 20:17

  10. @lordpheonix5

    il ne s’agit pas de juger tout le système de la finance internationale dans ce procès, pas plus que dans un autre quel qu’il soit.
    Ce n’est évidemment pas ainsi que fonctionne la Justice qui n’a à s’occuper que de cas précis ayant fait l’objet d’une plainte.

    De manière générale il s’agit de savoir si les banques peuvent être considérées comme responsables de leurs pertes, et comment cela peut se solder -c’est le cas de le dire- éventuellement en Justice. Question jamais posée, il convient de le remarquer.

    Et il s’agit de savoir si dans ce cas Kerviel est seul responsable ou si par hasard la SG qui l’employait n’avait pas de responsabilité -à commencer par une responsabilité envers ses clients- qui en passe par un suivi et un contrôle de ce que font ses traders -avec leur argent- quand ils brassent des sommes monumentales en leur nom et lorsqu’ils occasionnent des pertes, à la banque et à ses clients..
    Dans le cas présent peut-on admettre que la banque n’ait aucune responsabilité de ce qu’il se passe en son sein ?

    Il s’agit de savoir aussi si dans ce cas Kerviel n’aurait pas été un bouc émissaire à la place de la banque. Ce qui est du ressort de la Justice dans ce procès est d’évaluer les responsabilités de Kerviel ET de la banque.

    Que la banque se pose en victime est tout de même extaordinaire. Même si c’est Kerviel qui était aux manettes et a appuyé sur les boutons, la banque qui organise ce trading serait-elle absente des dérives ?

    Commentaire par Schmilblick — 06/06/2012 @ 20:24

  11. La comparaison peut sembler de mauvais goût mais le cas Kerviel fait penser au cas Papon. L’un comme l’autre sont accusés d’une énorme, inhumaine, faute collective (leur participation ici au massacre des juifs, là à la folie insensée de la finance mondiale). L’un et l’autre ont une part de culpabilité, ce qui empêche de les dire innocents, et pourtant il est injuste de leur faire porter le chapeau, de faire d’eux des victimes émissaires. Enfin, la faute et ses conséquences sont si lourdes qu’on comprend que ni l’un ni l’autre n’acceptent d’en porter la moindre part.

    Nous portons tous une part de responsabilité dans un désastre d’une telle vertigineuse dimension. Encore une fois c’est Aliocha Karamasov qui a raison, quand il se sent coupable du mal qui se commet, quel qu’il soit, où que ce soit.

    La justice fait ce qu’elle peut. Comment innocenterait-elle Kerviel ? (elle n’innocenta pas Papon) mais ce ne sera pas juste car, quels que soient ses torts, et ils sont grands, il paiera et sera le seul à payer pour une faute collective.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 06/06/2012 @ 23:15

  12. @Denis Monod Broca : Quels sont mes torts ?

    Commentaire par kuk — 07/06/2012 @ 01:04

  13. @ Schmilblick

    En juillet 2008, la commission bancaire (autorité de contrôle du secteur bancaire) a infligé à la SoGen un blâme pour des « carences graves de son système de contrôle interne ».

    Sa responsabilité a donc été reconnue pour ses défaillances puisque d’importants manquements ont été relevés par le rapport d’enquête, en particulier les carences des contrôles hiérarchiques qui se sont poursuivies pendant une longue période, à savoir l’année 2007, sans que le système de contrôle interne ait permis de les déceler et de les corriger.

    La banque a alors écopé d’une amende record de 4 millions d’euros : la plus grosse amende infligée pour de tels cas ne dépassait jamais le million d’euros.

    Quant à savoir d’une manière générale si les banques sont responsables de leurs pertes (?) vous voulez dire qu’on ne pourrait pas les tenir responsables de leur gestion ?

    S’agissant de la SocGen, les 5 Mds € de pertes ont fait l’objet d’une augmentation de capital monté en 4 jours, manifestement, la perte a été assumée et son représentant légal « démissionné ».

    Enfin, même pour engager ne serait-ce que 1/10 ème des positions pharaoniques masquées (50 Mds € !) par son collaborateur, le PDG de la SocGen devait avoir l’autorisation de son conseil d’administration.

    Que le contrôle hiérarchique ait failli ça ne fait aucun doute mais peut-on croire Jérôme Kerviel quand il dit que son employeur le savait ?

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 07/06/2012 @ 09:10

  14. @ kuk. À vous de savoir.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 07/06/2012 @ 10:12

  15. Les traders sont embauchés pour faire de l’argent en spéculant. La question est en effet celle du contrôle afin que certaines limites ne soient pas dépassées, ce sur quoi la SG a failli. C’est avéré, vous le rappelez.

    Je pose la question des responsabilités partagées : Kerviel a engagé 5 milliards, sans prévenir semble-t-il puisque la dissimulation de ses opérations est reconnue par lui-même, sans que la banque le sache, c’est ce qu’elle dit et il semblerait que les systèmes de contrôle étaient dans l’incapacité de contrôler quoi que ce soit.

    Kerviel a manifestement commis de son propre chef un certain nombre d’actes qui peuvent lui être reprochés comme des fautes, du moins par la banque puisqu’il a mal géré ces sommes et fait perdre à la banque.
    Mais la banque se posant en victime alors qu’elle ne contrôle pas ces opérations dont le trader a le pouvoir, partage la responsabilité -vis à vis de ses clients et vis à vis des institutions publiques appelées à la renflouer en cas de perte.

    Quand chaque citoyen lambda perd sur un investissement raté bénéficie-t-il de subventions publiques pour se faire rembourser ?

    Que la SG se retourne contre son trader qui a réussi de telles contre-performances est compréhensible. Le problème est que le procès s’arrête là car les pouvoirs publics, eux, ne portent et ne porteront jamais plainte contre les banques lorsqu’elles ont perdu du fait de leurs décisions d’investissement qui les exposent au risque de faillite, parce que les pouvoirs publics, l’Etat en un mot, soutiennent les banques en tant qu’organismes supposés d’utilité publique de manière générale, même si elles mettent le/les pays entiers en faillite du fait de LEURS erreurs et de leur spéculation.

    C’est là ce qui donne l’impression de disproportion et d’injustice : que Kerviel soit seul à payer, pour avoir fait tourner la machine qui lui a été remise avec mission de prendre des risques pour gagner de l’argent, sans qu’aucun système de sécurité ni même système d’alarme ne le bride, afin d’éviter ce qu’il s’est passé, qui est tout simplement la logique du jeu au casino.

    Le joueur, lorsqu’il perd, veut rattraper ses pertes et pour cela est tenté de miser toujours plus dans l’espoir d’inverser la tendance.

    On sent précisément cela : les banques et les bourses, le système financier, sont devenus un immense casino. En cas de pertes ce sont toujours les petits porteurs qui perdent, les institutionnels en revanche bénéficient d’une sorte d’assurance tous risques accordée par l’Etat… même si, en retour et en guise de paiement à la collectivité, les banques continuent sur leur lancée, ne changent strictement rien à leur logique et vont mettre alors les Etats et conséquemment aussi les économies nationales en crise : donc elles font payer toute la collectivité.

    Mais cela ne concerne pas la Justice, ni ne donne lieu à des plaintes, car cela n’est pas considéré comme du rackett financier envers toute a société y compris l’Etat, mais comme normal. La fatalité en somme.

    Fatalité du neo-libéralisme.
    Kerviel en est un des agents, on ne va pas pleurer sur son compte. Mais les banques le sont bien plus encore, à un autre niveau, institutionnellement, de droit et de fait. Elles sont l’organisme qui permet à ce genre d’individus d’exister et de jouer à la roulette avec l’argent qui ne lui appartient pas, pas plus qu’il n’appartient aux banques. Mais elles, elles ont leur assurance tous risques.

    Bien sûr la Justice ne peut faire le procès du système financier international, mais d’un individu seulement , sur la base d’une plainte le visant lui seul.
    Donc c’est le lampiste qui paye et c’est justement ce qui crée un certain malaise. Car on sait que d’autres Kerviel sont possibles, du fait du système qui les produit, et qu’il y en aura d’autres. Du reste Kerviel a déjà eu un successeur qui a fait sauter la banque, aux Etats-Unis, et le hasard a voulu que ce soit encore un Français.

    Preuve que le problème est systémique.

    Alors, pour la bonne conscience (néo-libérale), condamnons Kerviel à rembourser 5 milliards, lui qui n’a pas d’assurance -on est dans l’absurde- et de même pour ses dignes successeurs, mais ne touchons pas à un cheveu de ceux qui ont produit et produiront des Kerviel, ni surtout au système qu’ils font tourner : ce qui tendrait à prouver que le système n’est pas réformable.

    Condamner Kerviel permet ainsi de se rassurer et de pouvoir continuer à dormir tranquille, comme l’autruche.

    On a eu peur, mais ouf ! tout rentre dans l’ordre.
    Cynisme et aveuglement.

    Commentaire par Schmilblick — 07/06/2012 @ 10:36

  16. @Denis Monod-Broca : si vous ne pouvez citer quelle part de responsabilité je porte dans ce désastre, dites moi quelle est la vôtre alors.

    Commentaire par kuk — 07/06/2012 @ 10:49

  17. Quelques soient les responsabilités qui seront attribuées aux uns et aux autres par la justice, on peut quand même s’interroger sur comment un « petit » employé d’un groupe financier peut faire vaciller son groupe en pianotant simplement sur son clavier.

    C’est un peu comme si, en pleine guerre, toute une armée partait en déroute parce que le tirailleur de base à fait une mauvaise manip avec son arme !

    Au delà de ce constat, et à l’extrême, on imagine bien que dans le cas d’un acte prémédité (terrorisme ou concurrence financière exacerbée, guerre économique extrême, …), une partie de la finance mondiale pourrait facilement être mise à mal par un simple employé infiltré arrivé devant le clavier informatique d’une banque !

    (Voilà un bon sujet TV pour l’émission Les infiltrés : Comment j’ai coulé ma banque avec mon ipad 😉
    Quoi ?…C’est en cours ?….Ha désolé, je ne savais pas qu’un infiltré travaillait déjà sur le sujet !…)

    Commentaire par Oeil-du-sage — 07/06/2012 @ 11:16

  18. @ Schmilblick

    Indéniablement, la responsabilité des banques, des marchés, des Etats endettés, du monde de la finance et leur examen de conscience est un très beau sujet !

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 07/06/2012 @ 11:46

  19. Le juge : Bien. Accusée levez-vous et veuillez décliner vos nom et situation, et depuis combien de temps vous êtes employée par la victime. Je vous rappelle que vous êtes poursuivie pour introduction frauduleuse d’informations fausses dans un système informatique ayant provoqué une banqueroute internationale, suivie d’un litige diplomatique…

    L’accusée : Ché m’appelle Conchita, et ché chouis femme dé ménache à la banque dépouis plou dé 20 ans. Ché pas fait exchprès Monchieur le juche. Ché vous chure que ché pas fait exchprès.

    Le juge : C’est à moi de juger si vous êtes coupable. Expliquez nous ce qui s’est passé.

    L’accusée : Hé bienche… comme chaque vendredi, ché viens faire le ménache le matin à la banque. Quand le chef y va boire son café, che vais sur son ordinateur pour faire mon virement à ma famille rechtée au pays. Et puis ce chour là, ch’ai pas compris, ch’ai tapé le montant … et tout y ch’est mis à clignoter. Au début, ché croyais que ch’était normal car ch’était Noël, mais ché crois que ch’ai oublié de chanché le nom de l’utilichateur, et ch’ai crois auchi que ch’ai oublié de regarder la monnaie : ch’ai tapé un virement de 100 euros mais ch’était des milliards…

    Le juge : Ha bon ?…Mais vous n’aviez pas vu que l’unité de virement était en milliards ? Et il n’y avait pas un mot de passe ?

    L’accusée : Non monchieur le juche, ch’ai rien vu car d’habitude le chef y travaille touchours avec des euros, et le mot de pache, il est écrit chur le pocht-it collé chur l’écran !… Après quand le chef il est revenu, tout le monde il a paniqué, et ch’ai eu peur alors ché chouis vite parti chans rien dire… Ch’est quand ch’a vu ma photo à la télé et que la famille au pays elle m’a appelé pour me dire que ch’était chuper tout l’argent que ch’avait envoyé que ch’ai compris. Mais ch’était trop tard !…

    Commentaire par Conchita — 07/06/2012 @ 12:25

  20. @hohoho

    merci de cette (sèche) mise au point, je m’étais déjà rendu compte de mon erreur, confondant un appel avec une révision.

    Commentaire par Ginkgo — 07/06/2012 @ 15:10

  21. Le live de la 3ème journée sur La Tribune http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120607trib000702517/proces-kerviel-la-societe-generale-n-avait-pas-les-moyens-de-ses-ambitions.html

    On demande la petite Aliocha à l’accueil, je répète, on demande la petite Aliocha à l’accueil 😉

    Commentaire par gabbrielle — 07/06/2012 @ 16:34

  22. @ ginkgo

    Pardon pour la sécheresse 😉

    Commentaire par hohoho — 07/06/2012 @ 17:01

  23. @ kuk # 12 :

    Je partage l’avis de DMB : nous portons tous une part certaine de culpabilité, en laissant faire là où on peut à tout le moins exprimer sa désapprobation.

    La dilution de la responsabilité, sa volatilité qui la rend aussi fugitive qu’un pet sur une toile cirée : voilà l’air du temps. On se regarde dans le blanc de l’oeil en attendant de voir son vis à vis faire le premier geste, dire le premier mot…

    Je m’inclus dans la masse des responsables anonymes. Poster ici et exprimer son désaccord, c’est bien. Interpeller son député, écrire à un tel ou un tel… bref, se lever et dire  » je ne suis pas d’accord « .

    Commentaire par Zarga — 07/06/2012 @ 21:44

  24. @gabbrielle : je suis là, mais je peine à suivre le rythme des compte-rendus, demain sans doute, je serai à jour sur le blog. Je signale toujours demain sur France 2 en deuxième partie de soirée un numéro de cash investigation sur le trading haute fréquence, le nouveau danger qui pèse sur les marchés financiers.

    Commentaire par laplumedaliocha — 08/06/2012 @ 00:03

  25. @Zarga : mon député UMP va bien rire en lisant ma petite missive. Plus sérieusement, je n’assume aucune part de responsabilité. Pas là-dessus. Si vous me dites que je suis coupable aussi à une certaine part, prouvez-le.

    Commentaire par kuk — 08/06/2012 @ 00:17

  26. On progresse un peu…

    SocGen savait qu’il y avait des anomalies, mais Kerviel aurait endormi sa hiérarchie avec des réponses plausibles…

    Ca me rappelle cette histoire suisse… Un douanier fait ouvrir le coffre d’une voiture… « Mais il y a un cadavre là-dedans, il est bien en règle au moins ? »

    Tout se jouera demain… C’est le terme fixé par la Présidente pour présenter de nouvelles preuves, pas question d’un « témoignage anonyme », il faudra que le témoin se présente à la barre et dépose sous serment. Je partage son point de vue.

    A part ça, je progresse dans la lecture du livre, j’en suis au week-end à Deauville interrompu, au retour de Kerviel à la Défense, le samedi à la nuit tombée, pour s’expliquer devant ses supérieurs… Ca me rappelle l’excellent « Ascenseur pour l’échafaud » de Louis Malle… Tout est extraordinaire dans cette histoire et vous la racontez très bien, chère Aliocha.

    Commentaire par ramses — 08/06/2012 @ 00:41

  27. @24 Aliocha

    Je m’inquiétais un peu du silence, attribué à tort à la promo du livre (j’ai vu votre interview sur Atlantico). Pour l’instant, j’ai juste lu sur le site d’Eyrolles les 20 premières pages, c’est passionnant comme un roman policier et votre écriture n’y est pas pour rien.

    Il y avait dans la salle, selon la presse, un metteur en scène dont j’ai oublié le nom. Un beau scénario à tirer de votre livre? Ce serait épatant.

    Prochaine audience, lundi, ça va chauffer selon ce que DK aura remis comme preuves du desk fantôme à la présidente! Il semble aussi qu’aujourd’hui, elle ait été moins conciliante avec la SG, les 2 premiers jours donnaient l’impression, selon les divers live, qu’elle avait beaucoup d’animosité envers JK, et aussi envers son avocat, mais lui, semble-t-il, irrite autant les magistrats que ses confrères. http://www.liberation.fr/societe/2012/05/29/beau-gosse-du-barreau_822205

    Commentaire par gabbrielle — 08/06/2012 @ 05:17

  28. […] – que sans doute beaucoup d'entre vous connaissent davantage sous son pseudonyme de blogueuse, La Plume d'Aliocha – se dévore. Kerviel, enquête sur un séisme financier (Eyrolles, 292 pages, 18 euros) est à la […]

    Ping par Me Koubbi, son coquard, sa canne, Tristane Banon et très loin, le dossier | Chroniques judiciaires — 28/06/2012 @ 19:32

  29. […] – que sans doute beaucoup d'entre vous connaissent davantage sous son pseudonyme de blogueuse, La Plume d'Aliocha – se dévore. Kerviel, enquête sur un séisme financier (Eyrolles, 292 pages, 18 euros) est à la […]

    Ping par Le paradoxe Kerviel | Chroniques judiciaires — 28/06/2012 @ 19:41

  30. […] que sans doute beaucoup d’entre vous connaissent davantage sous son pseudonyme de blogueuse, La Plume d’Aliocha – se dévore. Kerviel, enquête sur un séisme financier (Eyrolles, 292 pages, 18 euros) est […]

    Ping par Chroniques judiciaires – Le paradoxe Kerviel | Résistance Inventerre — 03/07/2012 @ 00:04


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