La Plume d'Aliocha

28/05/2012

Farce sonnante et trébuchante

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:18

Tiens, tiens, il semblerait qu’Eric Zemmour ne soit plus en odeur de sainteté médiatique. L’a-t-il jamais été me demanderez-vous ? C’est précisément la question que je me posais en lisant ici et le récit des mésaventures de l’éditorialiste le plus conspué du PAF. RTL aurait décidé de le sanctionner  en lui arrachant sa chronique quotidienne pour le cantonner désormais aux plages (horaires) du week-end. Songez donc, quelle infamie ! Le voici condamné à distraire notre temps libre quand jusqu’ici il avait la haute mission d’occuper nos temps pleins coincés entre la douche et les embouteillages matutinaux…

Motif ? Cette phrase, tirée de sa  chronique de mercredi dernier : « En quelques jours, Taubira a choisi ses victimes, ses bourreaux. Les femmes, les jeunes des banlieues, sont dans le bon camp à protéger, les hommes blancs dans le mauvais. Après tout, les femmes votent majoritairement à gauche depuis 1981, et dans les banlieues, Hollande a réalisé des scores de dictateur africain. » Evidemment, c’est à cet instant précis que l’auteur du billet doit caser une déclaration du genre : on a beau ne pas adhérer aux thèses de Zemmour, le sort qui lui est réservé repose dans notre pays la question de la liberté d’expression. A ce stade, il est ensuite de bon ton de rappeler la célèbre formule d’on ne sait plus trop qui (non, ce n’est pas Voltaire) : je ne suis pas d’accord avec vos idées mais je me batterai pour que vous puissiez continuer de les exprimer. Là-dessus, quelques commentateurs atrabilaires viendront rappeler que l’homme en question est au choix, sot, raciste, de droite voire les trois à la fois (il parait que c’est possible et même tristement courant) avant de souligner que la liberté d’expression trouve une limite légitime, celle de ne pas nous empêcher de construire un monde meilleur par la seule force d’un discours expurgé de toute intention mauvaise (réelle ou supposée). Ce à quoi d’autres commentateurs, non moins atrabilaires, rétorqueront que hein, bon, on ne peut décidément plus rien dire dans ce pays, la preuve : Zemmour est placardisé. Certes, on pourrait agiter tous ces arguments et je crois d’ailleurs l’avoir moi-même fait bien trop souvent.

Mais en m’approchant ces jours derniers un peu plus près du système médiatique, j’ai fini par comprendre que ma naïveté finirait par me perdre, si ce n’était déjà fait. Car entre nous, il n’y a pas plus de problème de liberté d’expression dans ce microséisme médiatique que de beurre en broche, aurait dit ma grand-mère si elle avait eu à commenter l’affaire. A supposer même qu’Eric Zemmour paie aujourd’hui sa liberté de ton, n’oublions pas de nous demander ce que ça lui a rapporté durant des années de chauffer les oreilles de tous les épidermiques de l’indignation. Car au fond tout ceci n’est qu’un jeu assez dérisoire dans lequel un esprit qui se positionne comme sulfureux assure le buzz et donc la rentabilité des médias qui l’emploient tout en fournissant à divers groupes et associations, en demande régulière de médiatisation de leur cause, du grain à moudre ou plus exactement de l’éditorialiste mal-pensant à broyer. Je gage que cette petite industrie médiatique s’avère follement rentable pour tout le monde. C’est d’autant plus surprenant que les rôles des personnages sont à ce point téléphonés et les rebondissements tellement prévisibles qu’on finirait par s’endormir profondément, si les hurlements des victimes présumées ne venaient parfois nous réveiller en sursaut. C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, aurait conclu ma grand-mère qui était pétrie de sagesse dite « populaire ». Comme de bien entendu, il arrive toujours un moment où celui qu’on pousse à faire de l’audience franchit pour de bon la ligne jaune qu’il ne cessait jusque là de déplacer discrètement et se retrouve du côté obscur des statistiques de l’emploi.

Qu’on me pardonne donc de ne pleurer ici ni sur le sort d’Eric Zemmour, ni sur celui de la liberté d’expression. Et moins encore de m’indigner au nom des nobles causes prétendument salies par les propos attaqués. « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ! » fanfaronnait le grand Léon Zitrone qui avait tout compris du système bien avant l’invention de Twitter (si, c’est possible, on appelle cela être visionnaire). Tout au plus peut-on regretter d’être les spectateurs irrités et impuissants de cette farce usée.

Mise à jour 16h05 : Eric Zemmour attaque L’Express en justice.

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32 commentaires »

  1. C’est sans doute ce que l’on appelle en jargon Internet un « troll », c’est-à-dire quelqu’un qui dit des choses choquantes dans le but de choquer, et ainsi de faire parler de lui, notamment pour s’amuser des réactions provoquées.

    On dit souvent « don’t feed the troll », autrement dit : c’est rentrer dans le jeu du troll que de lui accorder trop d’attention et d’ainsi, perversement, le glorifier.

    Commentaire par DM — 28/05/2012 @ 13:30

  2. […] Farce sonnante et trébuchante « La Plume d’Aliocha. This entry was posted in Non classé by L'homme à la cloche. Bookmark the permalink. […]

    Ping par Insignifiant comme Zemmour. | Boojumism — 28/05/2012 @ 14:22

  3. Tout est dit !

    Commentaire par kuk — 28/05/2012 @ 14:29

  4. « Je me battrai », pas « je me batterai », mais pour le reste je suis d’accord. Inutile d’alimenter une polémique qui n’en pas vraiment une.

    Le capitalisme est en train de s’effondrer, l’euro n’a plus longtemps à vivre,
    nos modes de vie sont toujours aussi gaspilleurs et pollueurs, guerres et famines font des ravages… et les « discussions byzantines » sont de retour, c’est désespérant.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 28/05/2012 @ 14:57

  5. Il parait qu’il va sortir un bouquin… ses gesticulations sont en fait de la « com », de la promotion gratuite pour diffuser sa prose. Surtout faire parler de soi en bien ou en mal peu importe….

    Commentaire par jean-luc m — 28/05/2012 @ 15:46

  6. Puisqu’on a failli parler de liberté d’expression, voici une scène d’anthologie relatant, pour le coup, une vraie bataille et avec quel talent !

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/05/2012 @ 16:13

  7. En complément de votre grand-mère :

    « Car entre nous, il n’y a pas plus de problème de liberté d’expression dans ce microséisme médiatique que de beurre en broche, aurait dit ma grand-mère si elle avait eu à commenter l’affaire. »

    Alors Quoi ? On Peut Plus Rien Dire ?
    http://www.politis.fr/Mais-Puisqu-On-Vous-Dit-Qu-On-Peut,12760.html

    Commentaire par Bourguignon — 28/05/2012 @ 17:26

  8. Commentaire censuré. Ce billet n’est pas dirigé contre Eric Zemmour mais contre un système, je ne tolérerai pas les insultes à l’égard du polémiste. Au surplus, on peut critiquer en restant poli. Par ailleurs, c’est l’occasion pour moi de préciser que ses propos me choquent assez peu dans l’ensemble et qu’en tout état de cause, je ne trouve pas qu’il y ait matière à se scandaliser comme le font certains professionnels de l’indignation. Aliocha

    Commentaire par dinsdale — 28/05/2012 @ 18:21

  9. Tout d’abord, Aliocha, vous êtes chez vous, donc libre de censurer tout commentaire.
    Cependant, vous avez pris la peine de vous expliquer face à une poussière telle que moi, et, je ne comprends pas où vous avez vu des insultes contre Zemmour. Il m’avait sembler mettre un doigt très-innocent sur le « système médiatique » qui sait introduire un grain de sable dans le ronron habituel pour offrir non seulement une illusion de variétés d’opinions mais aussi une visibilité et une opportunité de mettre en branle les concerts d’indignations, lesquelles ont effectivement leurs professionnels.

    Ceci étant précisé, j’émets aussi l’hypothèse que ma mémoire me fasse défaut, et que j’aie, bien malgré moi, lâcher un nom d’oiseau à l’encontre de l’ami Zemmour contre qui, pourtant, je ne nourris aucun ressentiment, … nom d’une bite !

    Commentaire par dinsdale — 28/05/2012 @ 21:42

  10. Bonjour, Aliocha !

    Comme d’habitude, j’ai eu beaucoup de plaisir à vous lire.

    Mais il me semble qu’en renvoyant dos à dos Zemmour et ses accusateurs vous manquez une dimension du problème. Si quelques associations antiracistes peuvent faire taire une vedette médiatique, cela veut dire qu’elles peuvent faire taire les millions de personnes qui se reconnaissent dans ses idées. De ce point de vue, on peut dire, pour le déplorer ou s’en réjouir, que l’activisme droit-de-l’hommiste constitue une censure efficace pesant sur le fonctionnement de la société française. Cela pose la question de savoir ce qu’est la liberté d’expression en France où, visiblement, elle n’a pas le même statut que dans d’autres pays démocratiques. Il y a là un problème de fond à étudier en des termes autres que polémiques.

    Commentaire par Physdémon — 28/05/2012 @ 21:51

  11. @dinsdale : vous évoquiez du fumier et vous citiez une formule qui m’échappe à cet instant précis mais que j’avais déjà lue le concernant. Votre commentaire aurait pu être discuté à l’infini sur son caractère offensant car il était tourné pour casser le crâne d’un juriste 😉 cela étant, ce n’est pas à vieux singe qu’on apprend à faire la grimace…vous étiez border line sans être franchement insultant. J’ai préféré bloquer au stade du « border line » mais vos interrogations me donnent une opportunité bienvenue de m’expliquer auprès de vous. Au passage, je ne considère pas les commentateurs comme des poussières, vous êtes ici chez vous. Simplement, je m’octroie un petit droit de police pour garder à ce blog son esprit serein.

    @Physdemon : vous avez raison, mais vous connaissez ma position, je suis favorable à une liberté d’expression totale. Sans adorer Stuart Mill, j’aime bien son analyse quand il dit que tout est bon à entendre, soit c’est juste et c’est tout bénéfice, soit c’est faux et cela vaut la peine d’être entendu pour pouvoir être réfuté. Maintenant, j’ai voulu m’appesantir sur l’hypocrisie du système, tout en sachant que ce n’est qu’un aspect parmi d’autres. On appelle ça un angle, dans mon métier.

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/05/2012 @ 22:16

  12. > on ne peut décidément plus rien dire
    En chanson depuis 2005 : http://www.bide-et-musique.com/song/11679.html

    > « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on
    parle de moi ! » fanfaronnait le grand Léon Zitrone

    La formule est en fait d’un autre « zitron » : André Citroën

    Commentaire par sitamnesty — 29/05/2012 @ 11:40

  13. Aliocha vous parlez de « liberté de ton » quand Zemmour polémique et fait scandale en jouant de manière constante sur des stéréotypes racistes, ce qui est son fond de commerce.

    Prétendre qu’une ministre de la Justice, noire en l’occurrence, concocte des lois spécifiquement dirigées contre « l’homme blanc »… -comme si les « pas blancs » ne devaient pas être soumis à la même loi au cas où ils y contreviendraient- et protège les voyous et délinquants désignés comme « jeunes de banlieue » afin qu’ils échappent à toutes sanctions, est de la provocation, dont la Justice dira si elle relève de la diffamation envers la ministre et si elle a une connotation raciste, ce qui serait en ce cas des délits par conséquent;

    Ce qui relève peut-être d’autre chose que de la « liberté de ton ».

    Que les organisations anti-racistes, -dont Zemmour , par parenthèses, a plaidé devant les députés UMP qu’on leur supprime leurs subventions-, réagissent lorsqu’elles estiment rencontrer des propos racistes, n’est que normal, elle exercent leur fonction.

    Vu le climat passablement xénophobe de la campagne électorale créé par qui-vous-savez et qu’on voudrait voir comme du passé, ce genre d’interventions de Zemmour sont loin d’être innocentes, car elle visent à / ou contribuent à entretenir ce climat délétère.

    Il est des opinions qu’il est préférable de ne pas cultiver ni amplifier, dans l’intérêt de tous, car sur ce terreau prospèrent d’autres maux et violences. Les déclarations publiques qui sollicitent certaines passions sont tout sauf innocentes, et ne se bornent pas au dit « système mediatique » car hors de celui-ci existent une société et une vie politique.

    Les déclarations de Zemmour ne peuvent être coupées de ce contexte.

    On se rappellera tout de même que les partis xénophobes prospèrent en Europe, sur fond de crises sociales et économiques qui ne sont pas des fictions.

    Certains appellent cela jeter de l’huile sur le feu.

    Commentaire par Schmilblick — 29/05/2012 @ 12:04

  14. @Schmilblick ne vous faites pas idiot alors que ce n’est sans doute pas le cas

    peut importe que ce soit zemour ou je ne sais qui, vous savez très bien qu’il ne semble plus possible d’être en désacord avec un noir sans être raciste, contre une certaine politique israelienne sans être anti sémite, contre une femme sans être sexiste…
    Essayez d’imaginer le scandale que provoquerai un article « féministe » que revend tous ces zines féminins en remplaçant le mot homme par le mot femme…

    quand au cran c’est presque chaque année qu’on les entend soulever une pseudo polémique pour faire parler d’eux et que dire de sos racisme qui attaque en justice Google…

    zemour à plaidé la suppression des subventions à certaines associaltion, il a eu raison. Je ne vois pas pourquoi mes impots doivent financer une police de la pensée

    et oui, cela soulève un vrai problème de liberté de ton comme vous dites. je ne vois pas en quoi ces associations qui ne représentent qu’elles même devraient décider de comment j’ai le droit de penser, ce qui est correct de ce qui ne l’est pas.

    une opinion peut se combatre, mais ne saurait être un délit, en tout cas pas dans la société où j’ai envi de vivre

    au dela de ça votre propos aurait été plus pertinent en nous expliquant les étapes du raisonnement qui permettent de passer de la chronique de zemour à je vous cite « Ce qui relève peut-être d’autre chose que de la “liberté de ton”. »

    parce que c’est un peu ça le pbl avec les incessantes polémiques de ce style, je ne comprends pas où est le soit problème.

    je veux bien entendre que je suis disons intellectuellement défavorisé, mais expliquez moi, je vous écoute

    Commentaire par fredo — 29/05/2012 @ 13:10

  15. Il y a quand même ici un mélange peu pertinent entre des aspects bien distincts du problème EZ.
    D’une part la question de la liberté d’expression, de son exercice et de ses limites, qui concerne l' »édiorialiste » sus-nommé et les différentes associations à thème et leurs petites disputes par tribunal interposé.
    D’autre part il y a l’emploi rémunéré de trolleur professionnel sur un média de masse.
    Si quelqu’un fait « taire » EZ ça sera devant la justice, avec des arguments juridiques qui pourront être discutés en tant que tels, en débattant éventuellement dans l’espace public de la pertinence de législation sur la question.
    Le fait de le « priver » de ses multiples possibilités d’expression dans tel ou tel média établi ne revient nullement à le faire « taire » étant donné qu’il peut continuer à dire toutes les conneries qu’il veut dans tous les cannaux qui seront prêt à les acceuillir. Déjà, il a semble-t-il pas été « viré » mais non reconduit dans grille de la prochaine saison, une situation qui se produit parait-il régulièrement dans ce milieu, en particulier en cette période, y compris pour des gens dont la performance professionnelle est beaucoup moins contestée. Ensuite, bien que personnellement j’ai une conception plutôt maximaliste de la liberté d’expression, je ne pense pas qu’elle doive aller jusqu’à assurer la sécurité de l’emploi à des « polémistes » « professionnels » qui débitent des conneries au kilomètre contre des émoluments d’un montant vraisemblablement respectable. Qu’il continue à raconter n’importe quoi, mais gratuitement ; pour le travail que ça doit réclamer de toute façon …

    Commentaire par OuvreBoîte — 29/05/2012 @ 15:28

  16. Well, c’est un peu facile comme coups de griffe. Le fonds du pblm c’est pas zemmour mais les droits de l’hommisme porte flingue de la pensee « normalisatrice » de Francois Hollande, notre president raisonnable, je me demande pourquoi ces associations ne sortent pas du buissons quand les « indigenes de la republique » nous sortent des brulots racistes anti-soucheux! Deux poids, deux mesures alors?

    Commentaire par Laurent Doublein — 29/05/2012 @ 17:31

  17. Il vous arrive parfois de citer Schneidermann. Sur la pseudo affaire Zemmour, je trouve qu’il s’est montré pertinent en évoquant la question du moment ( http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=13911 ). Oui, qu’est-ce qui fait qu’hier Zemmour sentait bon pour les médias qui faisaient leur beurre avec ses propos de beauf misogyne et xénophobe. Et qu’aujourd’hui il semble puer du bec ? Est-ce que ce n’est pas, finalement, le même cas que Salviac. Plutôt qu’une question de liberté d’expression, ce serait une question d’air du temps, une volonté larvée de vouloir complaire au nouveau pouvoir (qui n’a rien, que je sache, demandé à propos de Salviac ou Zemmour) ?

    Commentaire par Gilbert — 29/05/2012 @ 19:27

  18. @Gilbert : je cite souvent Daniel parce que j’apprécie son travail et que j’ai adoré la finesse de son analyse du métier dans « Du journalisme après Bourdieu », il y a dans ce livre une lucidité sur le métier en même temps qu’une élévation d’esprit remarquables. En revanche, je déteste la manière dont il a politisé @si lors de la campagne présidentielle. Pour deux raisons. D’abord, je trouve que ce n’est pas ce qu’on vient chercher chez @si (vous connaissez mon irritation à l’égard d’Acrimed et je sais que vous me la reprochez 😉 ). Ensuite parce que l’anti-sarokozysme a rendu idiots jusqu’aux meilleurs d’entre nous. L’ennui, c’est qu’@si continue d’être politisé après Sarkozy. Le bonhomme a décidément fait bien du dégât…jusqu’en des lieux inattendus. Je n’aime pas plus sa critique de Hollande que je n’appréciais celle de Sarko. Quant au Neuf-Quinze que vous évoquez, je l’aurais aimé s’il avait été plus léger, moins grinçant. Même moi, je me laisse prendre à cette ambiance de défiance généralisée et de grincement de dents et je ne le supporte pas davantage chez moi que chez les autres. Nous mettrons cela sur le compte de la crise…J’attends avec impatience le moment où l’on cessera de voir le mal partout.

    Commentaire par laplumedaliocha — 29/05/2012 @ 20:54

  19. @OuvreBoîte, vous avez bien raison. Il y a en France 60 millions d’habitants environ ; même si l’on ne compte que les adultes ayant un minimum d’élocution et des idées sur la société, ça fait un paquet de personnes qui auraient vocation à s’exprimer publiquement et qui n’ont pas la parole. Dans ces circonstances, c’est un peu curieux de s’émouvoir de ce qu’un trolleur ne continue pas d’être payé pour troller !

    Commentaire par DM — 30/05/2012 @ 00:39

  20. @ Fredo 14

    quand vous dîtes « ces associations qui ne représentent qu’elles mêmes »
    et
    « une opinion peut se combattre, mais ne saurait être un délit »

    C’est votre opinion personnelle, très bien, mais il se trouve que ce n’est pas la conception inscrite dans la loi aujourd’hui qui considère que les idées susceptibles d’être porteuses de haine et facteurs de discriminations sont nuisibles à la République c’est à dire au vivre ensemble et à l’intérêt commun, car les opinions ne sont pas toutes de pures opinions immobiles logées dans le ciel des idées, mais certaines sont des pratiques et correspondent à des pratiques .

    Car aujourd’hui, la vie et les moeurs ont changé, dans nos sociétés devenues multiculturelles et où les femmes ont acquis des droits et imposé une autre image

    Vous pouvez discuter et ne pas être d’accord avec la loi. Mais reconnaissez au moins cette conception pour ce qu’elle est, une certaine idée politique de ce que la société veut et accepte, de ce qu’elle refuse et cherche à endiguer, de ses principes et des idéaux qu’elle promeut, de ce qu’elle bannit ou veut faire reculer, et cela aussi, selon les conjonctures.

    Daniel Schneidermann le dit à sa manière
    Les idées qui peuvent se proférer sans problème dépendent aussi des contextes politiques, par définition variables.
    http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=13911

    Je ne vous apprendrais pas que Taubira est connue pour la loi qu’elle a soutenue au sujet de l’esclavage, qui évidemment, renvoie à la colonisation, et que la sortie de Zemmour sur « l’homme blanc » n’est nullement une idée éternelle appartenant au ciel immobile des idées immuables. Pas plus que la campagne de l’UMP contre la même Taubira.

    Une opinion se combat, certes, mais il existe aussi des limites qui, lorsqu’elles sont franchies, en font des délits.
    Toute la question est de savoir pourquoi et comment cela se décide, et non de nier la notion de délit in abstracto.
    Noter encore qu’il n’y a pas lieu de faire intervenir le droit et de statuer sur le caractère délictueux de certaines opinions, lorsque la société unanimement les condamne et les a abandonnées , lorsqu’il est acquis pour une société que certaines pratiques sont impossibles, archaïques, impraticables donc indéfendables et que donc, de fait, plus personne ne va les défendre sous peine de passer pour un illuminé inoffensif.
    Exemples ? De la nécessité de brûler les sorcières et les hérétiques ou pratiquer à titre de punition des tortures en place publique, tel que l’écartèlement pour félonie ou offense faite au roi, la lapidation des femmes adultères (juste les femmes, pas les hommes), l’apologie de l’esclavage, le droit de cuissage, le droit de vie et de mort du souverain sur ses sujets, du père de famille sur ses enfants, le mariage contraint de ceux-ci par le père…

    Avec l’histoire les opinions, les croyances et les pratiques changent. Ce qui allait de soi et faisait consensus à une époque fait horreur à une autre, ou au minimum est abandonné. L’esclavage en est un exemple, au coeur de cette histoire -agitée par Zemmour-.

    Et il se trouve que dans une société démocratique où les citoyens sont égaux devant la loi, ont obtenu le droit de vote, indépendamment de la condition sociale et de la fortune, du sexe , de l’origine ethnique depuis qu’ils ont acquis la nationalité et la citoyenneté (et maintenant on en arrive aussi à : indépendamment de la nationalité s’ils sont travailleurs dans le pays, paient leurs cotisations et leurs impôts et respectent les lois) , dans ce type de société où une voix vaut une voix quel que soit le porteur de cette voix, il se trouve que l’apologie des discriminations entre citoyens quelles qu’elles soient -selon l’ethnie, la religion, le sexe, les pratiques sexuelles, culturelles etc.- est interdite… aussi longtemps qu’il n’est pas entré dans la tête de tous que cette société est fondée sur une certaine idée d’égalité, cette passion de l’égalité dont parlait Tocqueville, qui se trouve au fondement des sociétés démocratiques.

    Alors quand deux ou trois allumés font ce genre d’apologie, on s’en fiche. Ils sont isolés et ne représentent qu’eux-mêmes, là pour le coup.
    Mais quand c’est un parti qui en fait sa ligne directrice, son fond de commerce et le coeur de sa propagande, parce qu’une partie de l’opinion est réceptive à ce genre d’opinions -ce qui est caractéristique des époques de crise économique et sociale graves ; voir le fascisme historique et les différents populismes, alors qu’il ne s’agit évidemment pas de rétablir l’esclavage : c’est un déplacement- lorsque, pire encore, c’est le Pdt de la république en place qui s’en fait l’écho, là il y a lieu de réagir car il y a péril en la demeure.

    Et il arrive qu’un tournant soit pris et qu’on décide de changer etc. etc. je vous laisse poursuivre pour savoir en quoi et pourquoi. Et sur le pourquoi, le comment, le bien fondé éventuel et qui en sont les acteurs etc. , c’est cela qu’il faut essayer de comprendre plutôt que etc… comme dit Schneidermann.

    Mais si les courants anti-racistes, féministes et autres défenseurs des minorités ont pu connaître leurs excès, comme tous les groupes militants qui forcent le trait pour faire passer leur message, reconnaissez qu’ils ont énormément contribué à changer la société. Regarder le cinéma des années précédant la décennie 70 et la suite, pour les comédies de moeurs, en administre la preuve, pour ce qui est de l’image des femmes, par exemple.

    L’introduction de la parité h/f en politique, la venue de ministres issus de la diversité culturelle … je vous laisse poursuivre.
    Chacun en tirera les conclusions qu’il veut, mais inutile de dire qu’il ne s’est rien passé.

    Alors Zemmour s’est-il trompé de polémique, comme s’il ne s’était rien passé ?

    Commentaire par Schmilblick — 30/05/2012 @ 11:15

  21. @gilbert

    Étrangement, DS possède une clé d’interprétation de l’évènement qu’il ne cherche pas à exploiter: Zemmour risque l’éviction, parce qu’au cours des dernières années, il est finalement parvenu à incarner « l’air du temps », et plus qu’une incarnation, Zemmour est lui-même l’air du temps. Quel besoin alors pour une station de radio de poursuivre sa collaboration avec le chroniqueur: la marque Zemmour est affaiblie, au point d’en perdre sa nature et même sa raison d’être; les impertinences de l’homme n’étonnent plus par leur audace, car, reprises en refrain par un chœur opportuniste – notamment du côté de l’UMP – elles saturent notre espace médiatique autant qu’un slogan SOS racisme durant les années 80. Si çà se trouve, RTL ne fait que prendre acte d’une lassitude générale, et tirer conséquence: son chroniqueur tête d’affiche énerve moins qu’il n’ennuie.

    Commentaire par Switz — 30/05/2012 @ 11:32

  22. Je ne vois aucun rapport entre cette affaire (i.e. son éventuelle éviction partielle ou totale de RTL) et la liberté d’expression. Zemmour est toujours libre de s’exprimer (dans un blog perso ou sur des réseaux sociaux, par exemple), tout comme son employeur (une entreprise privée) est libre de considérer qu’il n’est plus en phase avec à ses intérêts, tout comme ses détracteurs sont libres de critiquer ses propos, voire de l’attaquer en justice s’ils estiment qu’il a contrevenu à la loi. Où est le problème ?

    Commentaire par mahikeulbody — 30/05/2012 @ 16:39

  23. Le problème est que la seule expression qui dérange est celle qui peut toucher beaucoup de gens, c’est-à-dire l’expression médiatisée. Chacun peut dire les insanités qu’il veut dans une rue déserte, personne ne viendra lui en faire grief. Point n’est besoin d’enfermer quelqu’un pour annihiler le pouvoir de son expression, il suffit de lui couper les micros.

    Commentaire par kuk — 30/05/2012 @ 19:05

  24. Il y a certes sûrement, il y a évidemment, des progrès à faire en matière de liberté d’expression en France. Un idéal ne s’atteint jamais. Il est une direction. Il nous indique par où progresser. Et il y aura toujours à progresser. Par définition en quelque sorte. Nous serons toujours loin du compte. La liberté, et donc la liberté d’expression, font partie de ces idéaux dont on essaie de s’approcher…
    Mais la polémique Zemmour, si on peut l’appeler ainsi, n’est pas un bon indicateur de nos insuffisances en la matière. Même si ses propos lui attirent reproches, accusations, actions en justice, licenciement peut-être, Eric Zemmour s’exprime où il veut, quand il veut. Difficile de dire qu’en lui la liberté d’expression est brimée… Ne confondons pas celui qu’on fait taire et que nul n’entend avec celui dont les propos sont commentés par tous.
    En quoi alors la liberté d’expression est-elle brimée, effectivement, en France ? Quels sont les sujets effectivement tabous ? Je crois qu’il faut les chercher, comme toujours, du côté de la violence et du sacré.
    La bombe atomique : nous venons de vivre des mois de campagne électorale, personne n’en a parlé, personne ! Débat interdit. Il est acquis que nous sommes prêts à vitrifier des populations entières. Etrange, non ? pour des champions des droits de l’homme…
    L’amour du prochain : il y aurait mille occasions d’y faire référence. Mais soit on n’y pense pas, soit on a trop peur d’être ridicule, soit on nie que de tels mots aient un sens. Et pourtant…
    Etc.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 30/05/2012 @ 19:06

  25. @kuk : Pour autant je ne vois pas pourquoi un employeur serait obligé de garder quelqu’un qui ne lui plaît plus au seul motif qu’il faut que ce quelqu’un puisse s’exprimer comme il l’entend. A ce compte-là je pourrais exiger de RTL de me faire une place pour que je puisse moi aussi donner mon opinion puisque j’ai le même « droit » que EZ de l’exprimer.

    Commentaire par mahikeulbody — 30/05/2012 @ 19:31

  26. Bien que ne partageant aucune des analyses de Monsieur Zemmour, j’espère que RTL ne le virera pas. Autant pour la défense du droit à l’expression que pour démentir ceux qui affirment que, par pleutrerie et désir de solliciter l’aman d’Hollande qui est trop malin pour demander quoique ce soit, cette radio s’offusquerait de propos qu’elle ne désavouait pas sous le règne de Foutriquet 1er

    Sur Zemmour : il faut lire l’intervention du proc’ au procès que lui a intenté Lozès, une sorte de double de Sopo-le-censeur. Il renvoie malicieusement les deux adversaires cul à cul en disant à Lozès que la justice n’avait pas à être sollicitée sur un affrontement polémique :

    « On comprend l’agacement, la révolte » de Patrick Lozès face à la « rhétorique malicieuse voire déloyale » d’Eric Zemmour mais « les escroqueries intellectuelles ne se retrouvent pas toujours devant un tribunal correctionnel et même rarement », a souligné le parquet.

    escroqueries intellectuelles : voilà Zemmour chaudement habillé pour le prochain hiver !

    Commentaire par PMB — 30/05/2012 @ 19:35

  27. @Mahikeulbody : J’approuve ! Est-on aussi d’accord qu’il n’y a pas plus lieu de s’offusquer pour Porte ou Guillon, que pour Zemmour ?

    Commentaire par kuk — 30/05/2012 @ 20:15

  28. @kuk : Ne mélangeons pas deux choses différentes. On a un d’un coté une société du service public qui devrait tenir compte de ses auditeurs (dans ce cadre, je suis en droit de m’offusquer puisque je suis auditeur) et de l’autre une entreprise privée qui ne doit des comptes qu’à ses actionnaires. Mais in fine ce n’est pas la liberté d’expression qui est en cause, pas plus dans le cas de Zemmour que dans ceux de Porte et Guillon (sauf si on démontre que le pouvoir en place a fait pression).

    Commentaire par mahikeulbody — 30/05/2012 @ 22:44

  29. La liberte d’expression ne souffre pas quand un acteur prive choisi qui parle pour lui. Mr. Zemmour est libre de dire ce qu’il a dit, mais RTL n’est pas oblige de le payer pour ou du lui donner un micro. La liberte d’expression n’est pas le pouvoir d’imposer aux autres d’ecouter ou de repeter ses propos.

    Commentaire par PrometheeFeu — 30/05/2012 @ 23:48

  30. et au passage une petite pub pour son blog personnel et hop !
    Elégance.
    En attendant de cracher sur BHL, je suppose, car on ne recule pas devant la facilité

    Commentaire par Schmilblick — 31/05/2012 @ 10:21

  31. @Schmilblick: Procès d’intention.

    Commentaire par DM — 31/05/2012 @ 11:21


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