La Plume d'Aliocha

28/05/2012

Farce sonnante et trébuchante

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:18

Tiens, tiens, il semblerait qu’Eric Zemmour ne soit plus en odeur de sainteté médiatique. L’a-t-il jamais été me demanderez-vous ? C’est précisément la question que je me posais en lisant ici et le récit des mésaventures de l’éditorialiste le plus conspué du PAF. RTL aurait décidé de le sanctionner  en lui arrachant sa chronique quotidienne pour le cantonner désormais aux plages (horaires) du week-end. Songez donc, quelle infamie ! Le voici condamné à distraire notre temps libre quand jusqu’ici il avait la haute mission d’occuper nos temps pleins coincés entre la douche et les embouteillages matutinaux…

Motif ? Cette phrase, tirée de sa  chronique de mercredi dernier : « En quelques jours, Taubira a choisi ses victimes, ses bourreaux. Les femmes, les jeunes des banlieues, sont dans le bon camp à protéger, les hommes blancs dans le mauvais. Après tout, les femmes votent majoritairement à gauche depuis 1981, et dans les banlieues, Hollande a réalisé des scores de dictateur africain. » Evidemment, c’est à cet instant précis que l’auteur du billet doit caser une déclaration du genre : on a beau ne pas adhérer aux thèses de Zemmour, le sort qui lui est réservé repose dans notre pays la question de la liberté d’expression. A ce stade, il est ensuite de bon ton de rappeler la célèbre formule d’on ne sait plus trop qui (non, ce n’est pas Voltaire) : je ne suis pas d’accord avec vos idées mais je me batterai pour que vous puissiez continuer de les exprimer. Là-dessus, quelques commentateurs atrabilaires viendront rappeler que l’homme en question est au choix, sot, raciste, de droite voire les trois à la fois (il parait que c’est possible et même tristement courant) avant de souligner que la liberté d’expression trouve une limite légitime, celle de ne pas nous empêcher de construire un monde meilleur par la seule force d’un discours expurgé de toute intention mauvaise (réelle ou supposée). Ce à quoi d’autres commentateurs, non moins atrabilaires, rétorqueront que hein, bon, on ne peut décidément plus rien dire dans ce pays, la preuve : Zemmour est placardisé. Certes, on pourrait agiter tous ces arguments et je crois d’ailleurs l’avoir moi-même fait bien trop souvent.

Mais en m’approchant ces jours derniers un peu plus près du système médiatique, j’ai fini par comprendre que ma naïveté finirait par me perdre, si ce n’était déjà fait. Car entre nous, il n’y a pas plus de problème de liberté d’expression dans ce microséisme médiatique que de beurre en broche, aurait dit ma grand-mère si elle avait eu à commenter l’affaire. A supposer même qu’Eric Zemmour paie aujourd’hui sa liberté de ton, n’oublions pas de nous demander ce que ça lui a rapporté durant des années de chauffer les oreilles de tous les épidermiques de l’indignation. Car au fond tout ceci n’est qu’un jeu assez dérisoire dans lequel un esprit qui se positionne comme sulfureux assure le buzz et donc la rentabilité des médias qui l’emploient tout en fournissant à divers groupes et associations, en demande régulière de médiatisation de leur cause, du grain à moudre ou plus exactement de l’éditorialiste mal-pensant à broyer. Je gage que cette petite industrie médiatique s’avère follement rentable pour tout le monde. C’est d’autant plus surprenant que les rôles des personnages sont à ce point téléphonés et les rebondissements tellement prévisibles qu’on finirait par s’endormir profondément, si les hurlements des victimes présumées ne venaient parfois nous réveiller en sursaut. C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, aurait conclu ma grand-mère qui était pétrie de sagesse dite « populaire ». Comme de bien entendu, il arrive toujours un moment où celui qu’on pousse à faire de l’audience franchit pour de bon la ligne jaune qu’il ne cessait jusque là de déplacer discrètement et se retrouve du côté obscur des statistiques de l’emploi.

Qu’on me pardonne donc de ne pleurer ici ni sur le sort d’Eric Zemmour, ni sur celui de la liberté d’expression. Et moins encore de m’indigner au nom des nobles causes prétendument salies par les propos attaqués. « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ! » fanfaronnait le grand Léon Zitrone qui avait tout compris du système bien avant l’invention de Twitter (si, c’est possible, on appelle cela être visionnaire). Tout au plus peut-on regretter d’être les spectateurs irrités et impuissants de cette farce usée.

Mise à jour 16h05 : Eric Zemmour attaque L’Express en justice.

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