La Plume d'Aliocha

26/05/2012

L’information intweetable est-elle vouée à disparaître ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 13:03
Tags: , ,

Avez-vous suivi le reportage de Daniel Schneidermann à Henin-Beaumont ? Si ce n’est pas le cas, je vous le recommande, c’est ici. Non seulement parce qu’il est passionnant, mais aussi parce qu’il met en lumière la différence entre l’idée que l’on se fait des choses, la représentation qu’on en donne et la réalité du terrain. La patron d’Arrêt sur Images y a visiblement pris grand plaisir. Les @sinautes applaudissent.  Toutefois, je ne puis m’empêcher de reproduire la conclusion provocatrice de cette enquête, qui m’a fait frissonner malgré la température plus que clémente  :

« Au revoir Hénin-Beaumont. Je ne sais pas si nous le recommencerons, ici ou ailleurs, le petit exercice du reportage. Ce n’est pas une question d’envie: personnellement, j’ai adoré me décoller une semaine de mes amis les écrans, de télé et d’ordinateur, et je crois savoir que les bonnes volontés ne manqueraient pas dans l’équipe. Mais je ne suis pas sûr que le reportage soit adapté à un site comme le nôtre. Disons-le brutalement: sur Internet, il faut dénoncer. Il faut que ça fuse, que ça buzze, que ça se twitte. L’info sur Internet, et notamment ici, est le domaine du nécessaire, et laisse peu de place à la nuance, au superflu. On ne va pas tweeter ces histoires de ducasses, l’enthousiasme d’un militant, l’entrebâillement d’une porte, le silence d’une ouvrière, le tremblement de la voix d’un militant frontiste, le flou d’un souvenir. Ni surtout la recette du potjevleesch, prototype de l’information savoureuse, mais rigoureusement intweetable. A suivre, comme on dit ».

Utopia

Lorsque j’ai ouvert ce blog, une petite bande de blogueurs extrémistes annonçait avec une délectation glaçante la mort du journalisme papier ainsi que celle du journalisme tout court. Chacun était appelé à devenir son propre journaliste et a bénéficier ainsi de la garantie d’une information de qualité. Forcément, les journalistes, ces menteurs, ces racoleurs, ces simplificateurs allaient céder la place aux esprits sincères, indépendants et éclairés, c’est-à-dire aux vraies gens, estampillés Bio, consommation durable, information équitable, et surtout labellisés « no mensonge inside ». Tout au plus admettait-on, toujours chez mes utopistes extrémistes, que quelques médias jaillis spontanément de la toile, et donc en opposition radicale avec le vieux monde, puissent prendre place dans le paysage. A condition bien sûr de jurer allégeance au web, de renier le passé, et de s’abstenir de la ramener sur une soi-disant supériorité du professionnel vis à vis de l’amateur. Au passage, mes contradicteurs pétris de fantasmes réclamaient l’attribution de la carte de presse à tout le monde tout en contestant à ceux qui la détenaient déjà le droit de s’en servir. Comme quoi les révolutions servent souvent moins à changer les systèmes qu’à remplacer une élite par une autre…“l’humanité s’ennuyait, elle brûla quelques dieux, changea de costume et paya l’histoire de quelques gloires nouvelles. Et puis la tourmente apaisée, les grandes espérances ensevelies pour quelques siècles encore, chacune de ces furies partie sujette pour la Bastille en revint citoyenne et retourna vers ses petitesses.” (LF. Céline, extrait de Semmelweiss).

C’est curieux chez l’humain cette croyance profondément ancrée selon laquelle il se dirige nécessairement vers un avenir radieux, pour peu qu’il s’emploie à rompre avec toutes ses erreurs passées. Toute aussi étrange est la conviction selon laquelle il serait  possible de changer la nature humaine. L’observation de Daniel montre au contraire que tout ce que l’on reprochait à la presse traditionnelle, c’est-à-dire le racolage, appelé aujourd’hui la quête du buzz, la dénonciation perpétuelle des fameux trains qui n’arrivent pas à l’heure, la simplification à outrance, l’agitation superficielle et la dramatisation inutile, tout ceci donc se retrouve  sur Internet. En pire. Au point que le vieux journalisme de terrain, ici décrit comme capable de rendre compte des nuances, prend des allures de discipline classique aussi ancienne qu’admirable. Il n’est pas loin le temps où l’on s’éblouira à la lecture d’un papier du Monde, du Point ou de Ouest France comme on admire la délicatesse de la technique du sfumato chez Vinci, ou la musicalité gracieuse d’une phrase balzacienne. Qu’on me permette de sourire à la vue de cet effondrement des rêves utopistes que j’attendais, je l’avoue, avec une certaine impatience.

Vers une nouvelle représentation du monde ?

Je gage toutefois que Daniel a souhaité davantage provoquer ses lecteurs qu’autre chose. S’il est vrai que pour prospérer sur la toile, la meilleure recette et la plus rapide consiste à dénoncer et/ou buzzer, je continue de croire que la quête des internautes d’une information différente et plus sophistiquée sur le web que dans les médias traditionnels, servie techniquement par les potentialités quasi illimitées de l’outil, est susceptible de contrebalancer les travers fort justement mis en lumière par @si. Mais il est possible aussi que le paysage médiatique se redessine autour d’une distinction radicale entre le sage recul du papier, de la radio et même de la télévision d’un côté et l’instantanéité bruyante, contestataire et manichéenne du web de l’autre. Si c’est le cas, et en partant du principe que la toile est amenée à prendre une part prépondérante dans l’information au détriment des médias old school, alors il est peut-être temps de se demander si nous souhaitons réellement glisser vers une représentation du monde expurgée de ses nuances et de ses contradictions, repeinte en noir et blanc sans aucune place pour le gris, caricaturale et superficielle. Sans parler du filtre de l’écran dont je continue de penser qu’il contient une menace de déshumanisation rampante. Affaire à suivre…

Publicités

26 commentaires »

  1. C’est amusant votre billet, car justement il y a quelques jours en écoutant une émission de tv, j’ai été marqué par les propos du journaliste qui parlait d’un fait de société en ces termes : « Cet événement est plus important qu’il n’y parait car il a généré plusieurs milliers de tweets en quelques heures ! ».

    Ce qui est amusant c’est que, d’une part, le « tweetage » est devenu une sorte de baromètre de l’info, plus pour le bruit de fond que pour le fait en lui-même, et que, d’autre part, je me souviens bien des propos du journaliste mais pas du tout de ce que cela concerne !

    En fait, l’information aujourd’hui semble plus importante pour l’onde sonore qu’elle provoque (le buzz) que pour ce qu’elle dit vraiment : on écoute la musique de l’information mais plus les paroles !

    Commentaire par Oeil-du-sage — 26/05/2012 @ 14:24

  2. J’aime bien votre analyse un peu désabusée, malgré le temps radieux …
    Et pourtant, ça me semble tellement vrai : cette quête d’un avenir radieux, qui ressemblerait à ce fameux « paradis perdu », me semble universelle (au moins dans le monde judaïco-islamo-chrétien) et malheureusement éternelle.

    Les « Printemps arabes », notamment en Tunisie, ont accouché d’un régime qui condamne les Responsables de TV qui osent programmer Persépolis … Quant à la Libye, c’est un parfait exemple du remplacement d’un clan par un autre …

    Alors tout change et rien ne change ? Vaste sujet (c’est bientôt le Bac de Philo non) ?

    Il y a pourtant une chose qui change : le progrès technologique !
    Si l’homme, dans son âme, n’a pas si changé que ça, la médecine d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle d’il y a seulement 2 siècles ! Quant à l’informatique, même Jules Vernes n’imaginait pas ce qu’elle est.

    Reste à savoir comment l’homme l’utilise.

    On peut aujourd’hui savoir instantanément ce qui se passe à Fukushima, mais on préfère savoir ce qui se passe dans « Secret Story » …

    La technologie a fait changer le monde de l’information, mais pas les « recettes du succès » !

    Commentaire par Yves D — 26/05/2012 @ 15:18

  3. @Aliocha : l’outil est récent, vous ne pensez pas que vous allez vite en besogne pour parler d’effondrement des utopies ? Personnellement, j’apprécie les outils personnalisables permettant d’agréger des news de sources hétérogènes. Sinon, je suis curieux de savoir qui vous disait que les nouveaux moyens de communication allaient nous préserver des travers de la presse historique. Le progrès technologique ne garantit effectivement pas celui de la qualité de l’information, mais ne l’empêche pas non plus.

    @Yves D : L’épistémologue Thomas Kuhn note que progrès et science sont inextricablement liés : « dans une très large mesure, le terme « science » est réservé à des domaines dans lesquels le progrès est évident », qu’à une époque ou l’art avait pour objectif la représentation du réel, l’art ne se distinguait pas de la science comme maintenant et s’enorgueillissait de progrès comme la perspective ou le clair-obscur. Quand cet objectif a disparu, alors la séparation entre art et science que nous connaissons maintenant a pris son ampleur.

    Commentaire par kuk — 26/05/2012 @ 16:24

  4. @ Aliocha :

    Moi je penche pour une complémentarité, j’aspire à une certaine forme de complémentarité.

    Un bon exemple pourrait être celui-ci :

    http://owni.fr/2012/05/22/larriere-chambre-de-la-presse/

    Le contenu de cet article est très intéressant, voire alléchant… On attend qu’à la suite une investigation intervienne.

    On peut toujours rêver à une presse web qui lève les lièvres, et à une presse « tradi » qui se charge de l’investigation derrière.

    Ben quoi ??? On a le droit d’y croire, non ??? 😉

    Commentaire par Zarga — 26/05/2012 @ 18:26

  5. […] background-position: 50% 0px ; background-color:#222222; background-repeat : no-repeat; } laplumedaliocha.wordpress.com – Today, 8:44 […]

    Ping par L’information intweetable est-elle vouée à disparaître ? | Focus on Journalism | Scoop.it — 27/05/2012 @ 15:44

  6. @OdS : oui, ça fait longtemps aussi que ça m’interpelle ce côté baromètre. Vous noterez comme moi quo’n retrouve sur Internet, en pire, ce qu’on reprochait aux médias traditionnels. Si le billet est un peu grinçant, c’est que j’en veux toujours aux blogueurs extrémistes que j’évoque d’avoir pourri l’ambiance entre web et journalistes durant des années. Mais si on y réfléchit, celui qui communique souhaite par définition être entendu, ce qui l’oblige à racoler, simplifier, faire du bruit, voire caricaturer. C’est inéluctable. Et l’on retrouve ma vieille distinction, dans la critique des médias, entre le système qui pousse à cela pour gagner en visibilité et donc en rentabilité et le journaliste dont les motivations sont en principe différentes puisqu’il souhaite communiquer, mais pas forcément au prix de n’importe quelle dérive. Dans les médias traditionnels, les deux fonctions – éditoriale et commerciale – étaient distinctes, et le contact avec le public (donc la pression de l’audience) réduit à presque rien. Sur internet tout ceci se confond, les journalistes deviennent leur propre VRP et sont en contact direct avec un public turbulent. Danger. Mais aussi richesse comme je l’évoque dans le billet précédent. Comme toujours, l’outil sera ce qu’on en fera….

    @Yves D : on est d’accord 😉

    @kuk : je pense que vous trouverez autant de billet ici pour dire que le web est formidable que pour mettre en garde contre ses dangers. D’ailleurs, si je n’aimais pas Internet, je n’aurais pas ouvert un blog 😉 au fond, ce qui m’intéresse, c’est moins de dénoncer un travers que d’essayer de montrer que la distinction vieux monde/nouveau monde est absurde. Ce serait bien si on arrivait à tirer le meilleur du web et à se garder du pire, non ? Et pour cela, il faut bien résister à l’émerveillement et aux idées utopiques pour observer les choses avec calme et identifier tranquillement les dangers, me semble-t-il…

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/05/2012 @ 20:06

  7. Je lis beaucoup en ce moment la presse locale du XIXe siècle et spécialement celle d’après 1870. Il y avait alors pléthore de titres plus ou moins lus dont beaucoup, et c’est le moins qu’on puisse dire, ne se préoccupaient pas beaucoup de prendre du recul sur les événements. Les journaux se répondaient les uns aux autres dans une forme d' »instantanéité » de l’époque, et cherchaient à tout prix le buzz. Chaque tendance avait son journal. Seul quelques grands titres produisaient des articles de fond. Tout ça pour dire que l’existence de médias instantanés, polémiques, sans réflexion profonde n’est pas vraiment nouvelle. Bien sûr l’instantanéité d’aujourd’hui est plus rapide, mais le fond est le même: la réaction épidermique rapide a toujours trouvé son medium, et la pensée réfléchie a les siens qui ne sont pas les plus populaires.

    Commentaire par Emmanuel Pécontal — 27/05/2012 @ 20:26

  8. Soit votre contenu est « tweetable » directement en moins de 140 caractères.
    Soit votre contenu est « tweetable », via un simple lien.
    Aucune info n’est « intweetable ».

    ( peut-être à part les odeurs et encore, je suis sûr que quelqu’un y travaille…)

    Commentaire par Pierre — 27/05/2012 @ 20:33

  9. @Emmanuel Pécontal : Vous avez raison, on a toujours trop tendance à croire que l’on vit des choses nouvelles alors qu’un petit retour sur le passé incite généralement à relativiser.

    @Pierre : très juste. Sur les odeurs, ça fait un bout de temps que j’entends parler de projets plus ou moins fantaisistes sur le sujet, un de mes amis a failli investir dans ce type de projet en 2000 déjà…

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/05/2012 @ 20:41

  10. vous venez dêtre linké par rue89… attention au flood

    Commentaire par Vincent_G — 27/05/2012 @ 21:15

  11. @Vincent_G : en fait, ça date de ce matin et pour l’instant, c’est calme, 250 lecteurs sont arrivés par Rue 89 selon mon tableau de bord. Pour info, quand Eolas a annoncé l’ouverture de ce blog, j’ai eu 6000 visites en quelques heures 😉 à ma connaissance, il reste le plus influent de la toile…mais il faut pondérer en raison de l’intérêt du sujet et de la place que lui donne celui qui le recommande.

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/05/2012 @ 21:24

  12. Est-ce que Twitter ne serait pas dans un sens un nouveau média populaire accessible à un grand nombre (théoriquement tout le monde mais il ne faut pas se leurrer) et de ce fait attractif. Par ailleurs, qui dit nouveau média dit nouveau contre-pouvoir. Je suis assez d’accord avec @Kuk pour laisser le temps du recul nécessaire sur ce mode de fonctionnement qui commence tout juste à être apprivoisé.

    Finalement je pense que ça ne change rien à la partition entre un public qui estde toute façon intéressé pour aller chercher une info plus poussée et celui qui ne prend de toute façon pas le temps d’écouter la radio ou lire la presse.

    Commentaire par Julie — 28/05/2012 @ 05:40

  13. « chacun devient son propre journaliste » , c’est effectivement à la fois une illusion, un danger -du fait du manque de professionnalisme, de formation et de respect de la déontologie du journaliste dont témoigne ce qu’il se passe sur internet, twitter et les commentaires des sites de journaux en ligne et Wikipedia de même, lorsque le tout-venant s’empare en masse d’un secteur jusque là entre les mains de professionnels, l’information.
    Et sur internet, on le sait bien, c’est un raz-de-marée des pires réactions, vulgarité, rumeurs, fausses informations, racisme, propos d’extrême-droite, beaufitude… Ce qui est inhérent à internet : exactement la même chose sur Wikipedia, un nivellement par le bas, la dictature de l’opinion avec lissage sur le plus petit dénominateur commun, des poncifs, de l’opinion majoritaire, de la rumeur, des croyances et représentations communes. Le plus bas degré de ce qui fait accord majoritaire l’emporte. Ce qui ne peut donner un bon résultat en matière d’information journalistique, encyclopédique ou non, pas plus qu’en matière de culture dite populaire.

    A l’inverse de la politique, en démocratie du moins où c’est la majorité qui décide selon l’idée de souveraineté populaire, une idée révolutionnaire, la culture est élitiste, non dans sa diffusion, mais pour ce qui est de la création.

    « chacun devient son propre journaliste » , du moins le prétend, de même que « chacun devient son propre encyclopédiste » , du moins le prétend, c’est une tendance lourde, très lourde, due aux possibilités d’internet et qui assurent le triomphe de l’opinion et des croyances populaires (jusqu’aux myriades de complots inventés pour « dénoncer », l’information dite « officielle ») et cela jusqu’à la lie, permettant le pire, mais aussi le meilleur, dirai-je ensuite.

    Outre cette médiocrité, cette bêtise et cette vulgarité qui s’étalent on a évidemment l’info esspresso, réduite à quelques mots et l’analyse, la réflexion , le recul et la distance nécessaires au jugement, impossibles, la véritable observation l’enquête de terrain, de même, comme le dit justement Schneidermann.

    La catastrophe de l’immédiateté, du plus bref et du plus simple possible, l’opinion et la croyance ainsi que les lieux communs et les idées toutes faites, les a priori divers et les préjugés, l’emportent sur le vrai travail journalistique, sur quelque pensée que ce soit. Triomphe de la bêtise sur l’intelligence. Triomphe de la banalité et des idées reçues sur la création et la valeur ajoutée d’un vrai reportage, d’un vrai article, rédigé, et si possible écrit, bien écrit.

    Cela est incontestable, il suffit d’ouvrir les yeux et de traîner un peu sur les sites populaires. Que de lieux communs et d’idées fausses !

    Le problème étant que tout cela comporte un autre aspect : toutes les possibilités d’informations, démultipliées et variées, la multiplicité des points de vue, que l’on peut donc comparer par conséquent, et la possibilité d’intervenir : passage de la passivité à l’activité.

    Le pire et le meilleur.
    Ne pas nier le pire, ce serait un déni de réalité.
    Mais ne pas être aveugle au meilleur non plus.

    En somme un phénomène tout à fait contradictoire, comme toutes les inventions techniques finalement, qui comprennent le pire et le meilleur (la voiture : facilités fantastiques et pollution + dépendance vis à vis du pétrole ; le nucléaire, médical et militaire…)

    L’objection de fond que je vois est que les facilités qu’offre internet pour accéder à ses ressources, -de même que l’immense champ d’information qu’est Twitter, mais aussi tous les media, tous les sites, tous les blogs dignes d’intérêt- est qu’il faut savoir chercher pour accéder au meilleur, et que cela, ce qu’on cherche et ce à quoi on a accès reproduit exactement la hiérarchie culturelle et les degrés de formation des différentes catégories;

    Comme pour tout, chercher oui, mais pour trouver il faut savoir chercher. Car l’essentiel c’est de trouver , non de chercher.

    Hiérarchie, du savoir, des recherches, des sites, de la culture de celui qui en use, ce qui ne produit pas les mêmes résultats.
    Au peuple le plus inculte la télévision, bas de gamme, qui veut toujours plus de résultats, de vitesse, de scandales et d’idées préconçues, à ses catégories plus élevées la chance d’user plus intelligemment d’internet.

    Car on peut supposer, peut-être que ceux-ci ne se contentent pas de Tweeter. C’est pour eux, une source parmi d’autres.

    De même qu’il y a l’encyclopédie bas de gamme, pour le peuple, la fameuse Wiki, et les vraies encyclopédies.

    Que faire ?

    Tant qu’on ne sera pas dans une société privilégiant la culture, ou lui accordant suffisamment d’importance pour que les travailleurs manuels connaissent la poésie, l’histoire et bien d’autres choses encore, grâce à l’école, grâce à des valeurs, politiques, portées par un certain type de société -comme cela a existé dans certains contextes là où les plus grands poètes étaient aussi des hommes politiques, proches du peuple et/ou connus de celui-ci par la musique et la chanson : Pablo Neruda, Yannis Ritsos, Theodorakis, Nazim Hikmet, Aragon (Ferrat)…
    qu’y faire ?
    Internet demeurera ce type de véhicule pour le grand nombre, avec tous ses défauts pour ceux-là, et avec toutes ses ressources pour ceux qui demeurent des privilégiés sur le plan de la culture.

    Est-ce que Twitter fait du mal à ces derniers ? Est-ce que Twitter leur lave la tête parce qu’il impose son rythme à la télévision, qui devient encore davantage un media de masse médiocre et totalement abrutissant, nécessairement superficiel et faussant les choses, car pris dans la course à la vitesse ?
    Je ne sais pas, mais je n’en suis pas sûr à vrai dire.

    Comme disait l’autre, la beauté n’est pas dans la chose, mais dans l’oeil qui regarde. Du moins, pour partie. C’est le regard qui rend la chose digne d’intérêt. Un certain regard..
    D’autres ne voient rien et passent à côté.
    Il faut savoir regarder.

    C’est pareil pour l’information, pour les idées.
    Certains passent à côté du meilleur sans rien voir et se repaissent de la médiocrité, voire pire.

    Enfin, je dis ça…

    Commentaire par Schmilblick — 28/05/2012 @ 10:27

  14. Reblogged this on numamagerus.

    Commentaire par numamagerus — 28/05/2012 @ 11:36

  15. @Schmilblick : Les travers que vous dénoncez peuvent s’appliquer à la critique que vous faites de Wikipedia.

    Commentaire par kuk — 28/05/2012 @ 11:48

  16. @Schmilblick

    waouu, j’ai rarement vu dans un post autant de condescendance face au vulgum pécus, vous devez être, caché derrière votre pseudo, François Jullien ou Vincent Carraud ou Olivier Boulnois ou quelqu’un qui s’est illustré, et est reconnu par ses pairs, comme un grand penseur sinon on pourrait être amené à penser que votre critique s’applique parfaitement à vous, ce qui vous en conviendrez serait parfaitement déplacé ou hautement risible, mais ca ne peut pas être le cas, sinon cela se saurait.

    Commentaire par herve_02 — 28/05/2012 @ 12:12

  17. kuk et hervé ,

    je sais parfaitement que ce que je dis n’est pas une idée généralement admise, que cela n’est pas très tendance, voire très peu politiquement correct, ne se dit pas et peut passer pour de la condescendance.

    Si vous y regardez de plus près, il n’en est rien.
    Car je distingue la production et la création, de culture, d’oeuvres, d’idées, de sciences, d’arts… et d’information véritablement informante, d’une part, de sa diffusion et de sa transmission.

    Il me semble difficile de nier que la culture est élitiste, non dans sa diffusion, mais pour ce qui est de la création.
    De même qu’il me semble difficile de nier qu’il existe de profondes inégalités face à la culture , à son accès. Et de ce point de vue, je crois qu’internet ne change rien.

    Mais n’omettez pas l’idée qui se trouvait à côté de cela : Tant qu’on ne sera pas dans une société privilégiant la culture, ou lui accordant suffisamment d’importance pour que les travailleurs manuels connaissent etc. grâce à l’école, grâce à des valeurs, politiques, portées par un certain type de société…

    = un certain type de société qui donne à tous la possibilité d’accès au meilleur de la culture, non aux multitudes d’opinions sur internet dont les commentaires des journaux en ligne donnent une image assez peu enthousiasmante, et dont Twitter peu générer quelque scepticisme

    Evoquer un certain type de société, c’est essayer de dire que cette inégalité profonde face à la culture, pour moi très réelle, indéniable, est une donnée historique, politique, nullement naturelle et n’est pas une fatalité. En adéquation avec une société de plus en plus inégalitaire.

    Ce qui peut vous apparaître comme condescendance, est pour moi un constat, d’abord, et face à ce constat dire qu’on peut envisager d’autres possibilités. Voyez les auteurs que j’ai cités. J’aurais pu citer Jean Vilard, à propos de l’accès du plus grand nombre à la culture, soit l’idée d’ « un élitisme pour le peuple » qui était son ambition.

    Cela, je ne crois pas du tout que ça dépend d’internet, même si une fois encore internet comme tout progrès technique, comprend le pire et le meilleur, mais le pire pour les uns, le grand nombre, le meilleur pour ceux qui sont favorisés culturellement et qui savent chercher et donc trouver le meilleur.

    Pas besoin d’être prix Nobel pour comprendre ça. Je vous rassure, je ne le suis pas. 🙂

    Commentaire par Schmilblick — 28/05/2012 @ 12:57

  18. @Schmilblick :Sur Wikipédia, ce que vous dites est au contraire très conformiste, notamment dans les milieux ayant accès à la culture dont vous parlez.

    Commentaire par kuk — 28/05/2012 @ 13:16

  19. @Schmilblick : vous ne pensez pas que, plus que les inégalités sociales et les failles de l’école, c’est la culture fric qui, au fond, entrave l’accès à la culture ? En cela, je trouve appréciable la démarche de wikipedia même si la gratuité du web pose à mon sens un vrai problème de financement des travaux intellectuels. Comme si nous n’avions plus le choix qu’entre un libéralisme délirant qui entend tout monétiser dans nos existences et une gratuité qui met en péril l’avenir des « producteurs de contenu ».

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/05/2012 @ 13:52

  20. invente l’intweetable……………….chaque force à besoin de son contraire……

    Commentaire par helsly marc — 28/05/2012 @ 13:54

  21. @Aliocha19 : c’est l’ensemble de toutes les causes que vous nommez, inégalités sociales et surtout culturelles, les deux se surajoutant, mais aussi, fondamental, l’école et l’image qui en est donnée par une société et la mission qui lui est donnée, une école valorisée ou non par la société pour sa fonction, et bien sûr l’obstacle de la culture fric, par quoi je n’entends pas la même chose que vous, je veux dire par là la culture du fric. Ce qui nuit à l’étude et à la valorisation de la culture c’est la culture du fric, je devrais dire le culte du fric, tout ce qui valorise le fric et non la culture de l’esprit, au détriment de celle-ci, est un élément premier et principal. C’est pourquoi les valeurs d’une société et les moyens, idéologiques, politiques, que celle-ci met pour valoriser l’école , pour permettre l’accès à la culture et le GOÛT pour celle-ci : il faut qu’elle soit valorisée, au détriment du fric, et valorisée avec des raisons, qui relèvent aussi de points de vue populaires. Ce qui suppose une société fort différente de la nôtre qui fait exactement le contraire.

    Ce n’est pas tant le fait que les produits culturels soient payants qui est un obstacle. Cela, je n’y crois pas du tout. Les livres et ordinateurs sont gratuits à l’école. Les bibliothèques gratuites sont partout, dans les quartiers, dans les écoles, dans les universités (j’ai fait toutes mes études en n’ayant pas un rond, et toujours travaillé en bibliothèque), les réductions pour les jeunes et étudiants, partout aussi, cinéma, théâtre, musées gratuits…

    Ce qui fait surtout la différence, c’est le milieu culturel et la valeur qu’on attache à la culture et à l’étude. C’est pour cela que les enfants de profs réussissent incomparablement mieux à l’école, ils sont incités à respecter l’école et faire des études qui sont valorisées, ce qui n’est pas forcément le cas de familles riches, voire très riches, qui ne valorisent ni la culture ni l’étude mais le fric -combien de cancres dans ces milieux, qui de toute façon réussiront par relations !- et ces mêmes enfants de profs et intellectuels ne passent pas leurs soirées devant la télé et leurs nuits sur internet, à la différence de la grande majorité des ados des classes populaires a fortiori s’ils sont de famille immigrée.

    Le coût des études n’intervient que beaucoup plus tard, quand après le bac, vers 20 ans , au lieu de travailler et être autonome, un jeune est étudiant et coûte de l’argent, à ses parents.

    Commentaire par Schmilblick — 28/05/2012 @ 19:47

  22. @Schmiliblick : on ne s’est pas compris, quand je parle de la culture fric, je n’évoque pas le caractère payant des biens culturels, car après tout, un CD de Beethoven est relativement accessible, tout comme un roman de Balzac. Je parle du centre commercial qui remplace la place du village, de l’écran qui, merci Apple et les autres, donne accès aux joujoux, de Facebook qui donne à chacun l’illusion d’être une star, bref de la tyrannie du consumérisme technologique qui mène à tous les autres consumérismes parce que la puissance financière des groupes internationaux qui vendent ces m…. est infiniment supérieure à celle des artistes, des éditeurs, de l’école et de tous les contrepouvoirs imaginables à ce tombereau d’horreurs. Notez, comme j’ai aussi une approche très yin/yang des choses, je crois que les contraires se complètent et s’équilibrent, et qu’ainsi, Internet peut faire et fera sans doute beaucoup pour ouvrir l’accès à la culture. L’ennui, c’est que je ne peux pas m’empêcher de penser également qu’à l’échelle d’une génération, il peut y avoir des déséquilibres regrettables.

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/05/2012 @ 20:11

  23. @schmilblick : « .(…) à la différence de la grande majorité des ados des classes populaires a fortiori s’ils sont de famille immigrée. »
    Vous avez des statistiques ?

    Commentaire par kuk — 28/05/2012 @ 21:04

  24. @Aliocha, d’accord avec l’idée de la tyrannie du consumérisme technologique
    … qui interroge l’avenir du livre et les pratiques culturelles

    @kuk : j’y travaille à l’EN, je sais un peu de quoi je parle, expérience de terrain, vécue. Il se trouve que j’ai même fait le tour de toutes les sortes d’établissements du plus excellent au pire et retour, investigation sociologique vécue qui vaut toutes les statistiques, qui de toute façon ne vous décriront pas la vraie vie des lycéens. Je les côtoient ces élèves des milieux déshérités, je leur parle, je les questionne, je les écoute. Il se trouve que les élèves qui ne travaillent pas (vraiment) à l’école, qui ne s’y intéressent pas, s’ennuient, manifestent un rejet de la « culture scolaire », sont plus ou moins en échec et qui composent des classes et lycées 100% immigrés ou d’origine telle, passent leurs nuits sur internet et ont une nette tendance à dormir pendant les cours et gâcher le temps qu’ils passent à l’école, voire ont une grande activité sur leurs téléphones mobiles pendant les cours.

    Commentaire par Schmilblick — 29/05/2012 @ 11:12

  25. La question n’est pas tant la technologie que la manière de son emploi. Le Web représente une occasion inédite de disséminer et partager le savoir érudit, d’approfondir sa compréhension et ses connaissances.

    Histoire donc de se servir des bon outils et d’ignorer la (petite) foule qui se réclame et se gorge de l’instantanéité. Ce sont souvent les plus petits oiseaux qui font le plus de bruit, et quand on en a une centaine qui se crient à tue-tête…

    Par ailleurs, si les messages sont des « tweets », les émetteurs seraient-ils des « twits » 😉 ?

    Commentaire par WMD — 31/05/2012 @ 01:18

  26. Je ne pense pas que le journalisme de terrain disparaisse même s’il se raréfie. Pour s’en tenir à Arrêt Sur Image, c’était une émission de télé et maintenant un site web dont le propos est l’analyse, pas l’enquête de terrain. Et comme son nom l’indique : l’analyse de l’image.
    On y joue l’exégèse de l’info, du journalisme lui même. On y dénonce les manipulations des communicants, politiques et journalistes eux-même.
    Ça ne me choque pas que Daniel Schneidemann décide de rester à sa place, celle d’analyste, et de ne pas se déplacer sur le terrain. C’est parfois positif de garder ses distances avec son sujet et c’est pour ça que j’apprécie le point de vue d’@SI comme complément d’information (comme le suggère Zarga). Pas vous ?

    Commentaire par Raphaël — 03/06/2012 @ 17:10


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :