La Plume d'Aliocha

22/05/2012

Où l’on reparle d’Audrey Pulvar

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 14:32
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Et hop, c’est reparti ! L’UMP publie un communiqué assassin demandant la démission d’Audrey Pulvar de l’émission de Ruquier au motif que son compagnon Arnaud Montebourg vient d’être nommé Ministre du développement redressement productif (si quelqu’un peut m’expliquer ce qu’est le « développement redressement productif », je suis preneuse ! ), et voici qu’on nous ressort l’argument féministe. Y compris chez les journalistes de droite, ce qui est un comble ! Les tenants de ce combat magnifique nous assurent qu’un femme serait capable de conserver sa liberté d’esprit à l’égard des convictions politiques de son homme…Sans doute, mais j’y pense : qui a dit le contraire ? Il est pour le moins étrange que la misogynie à peine dissimulée de l’argument ne saute aux yeux de personne.  Donc ceux qui s’émeuvent de cette situation, y compris dans les syndicats de journalistes,  ne le feraient que pour une seule raison : ils penseraient que les femmes sont à la botte des hommes. Mazette !  J’espère bien que nos Don Quichotte ont construit ce moulin à vent pour le seul plaisir de le combattre et, au passage, évincer le vrai sujet : le problème d’apparence d’indépendance que cela soulève. Il se trouve que pour l’instant, à notre connaissance, il joue plutôt dans le sens homme politique/femme journaliste, je serais personnellement la première à considérer que la situation inverse soulève exactement la même difficulté.  Il y a quelques temps, Audrey Pulvar avait cautionné la décision d’I Télé de supprimer son émission en raison de cette liaison affichée. Et puis au fil des mois et des attaques, elle a retourné sa veste. Dommage. Laissons donc les pour et les contre s’écharper tranquillement. J’ai fini par comprendre à force de bloguer, et donc de plonger les mains dans le cambouis de la polémique à la française, que celle-ci se moquait bien de la vérité et plus encore de l’opinion justifiée. Dans ce pays, on parle pour parler, jusqu’à l’épuisement.

Si l’on fait un pas de côté, l’affaire révèle  au moins deux choses intéressantes. D’abord que la profession se moque comme d’une guigne de la déontologie. Pire, elle s’emploie à n’y voir qu’un frein à la liberté d’expression et surtout à la promotion de carrière. En ce sens, les journalistes sont, parmi toutes les professions soumises à une éthique particulière en raison du caractère sensible de leur mission, les seuls à n’avoir pas encore compris que la déontologie constituait une force collective et, plus cyniquement, un atout concurrentiel. Cet individualisme forcené, doublé d’un aveuglement consternant, mène le journalisme français à sa perte, mais qui s’en soucie ? Qu’on se console, il nous restera Mediapart, sorte de Savonarole moderne, dont l’équipe semble avoir compris, elle, le parti à tirer de cette situation, même si dans bien des cas les méthodes employées paraissent sujettes à discussion. L’affaire Pulvar montre également de manière plus générale que l’élégance morale n’a plus cours. Mais cela, on le savait. C’est juste dommage d’en apercevoir une nouvelle illustration, qui plus est venant de notre chère gauche moraliste…

Mise à jour 20h05 : je n’avais pas lu le billet de Jean Quatremer quand j’ai rédigé celui-ci. Merci à Gari de me l’avoir signalé, il est en effet plus factuel et donc beaucoup plus explicite que le mien. 

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