La Plume d'Aliocha

31/05/2012

Une page pour discuter du livre

Filed under: A propos du blog,Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 09:53

Comme promis, je viens de créer une page dédiée au livre sur l’affaire Kerviel qui sort aujourd’hui en librairie pour que nous puissions y mener une discussion au long cours, en parallèle des billets d’actualité. Elle est ici. Vous pouvez y accéder aussi dans le menu à droite de l’écran, à la rubrique « Pages ». Pour les curieux, je signale que plusieurs médias m’ont contactée en prévision de l’ouverture du procès lundi…

30/05/2012

BHL, l’intellectuel qui marche

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 21:55
Tags: , , ,

« Deux intellectuels assis vont moins loin qu’une brute qui marche ». La savoureuse formule, évidemment signée Audiard,  est tirée d’Un taxi pour Tobrouk.

Cinquante et un ans plus tard, BHL démontre dans son film Le Serment de Tobrouk qu’un intellectuel qui marche, pour peu qu’il ait le vent  médiatique dans le dos et qu’il aperçoive l’opportunité de s’offrir un destin historique, peut aller bien plus loin que toutes les brutes du monde qui auraient décidé de se mettre à courir.   Je me souviens avoir entendu un jour notre philosophe national déclarer sur un plateau de télévision « le monde m’intéresse plus que moi-même » et j’avais songé à l’époque que c’était une jolie définition du journalisme. Las ! BHL est philosophe, de sorte que le sens de cette déclaration est sans doute bien plus complexe qu’on ne l’imagine. Lorsque j’ai visionné la bande-annonce du film, j’ai d’abord pensé que Sacha Baron Cohen avait concocté dans le plus grand secret, entre Brüno et son Dictateur, un Bernard-Henri retraçant les aventures rocambolesques d’un philosophe français décidé à installer la paix définitive dans le monde par la seule force magnétique de sa chemise blanche. Vérification faite, le génial humoriste anglais n’y est pour rien. D’ailleurs, malgré son immense talent, je ne pense pas qu’il aurait pu inventer pareil scénario. Et pourtant, il ne manque pas d’imagination…

Ne nous hâtons pas trop vite cependant de  jeter la pierre à notre BHL. Au fond, sa seule faute est d’avoir intimement compris la vanité du système et su en jouer avec une maestria hors pair. De fait, il n’est sans doute pas inutile de réfléchir à ce qu’il nous enseigne sur notre élite médiatique française…

Pourquoi classer ce billet grinçant dans la rubrique « coup de chapeau » se demanderont les lecteurs les plus attentifs ? Parce que, à ce niveau-là franchement, moi je dis : « chapeau bas ».

A déguster avec la même modération que celle avec laquelle l’auteur du film se met en scène…

28/05/2012

Farce sonnante et trébuchante

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:18

Tiens, tiens, il semblerait qu’Eric Zemmour ne soit plus en odeur de sainteté médiatique. L’a-t-il jamais été me demanderez-vous ? C’est précisément la question que je me posais en lisant ici et le récit des mésaventures de l’éditorialiste le plus conspué du PAF. RTL aurait décidé de le sanctionner  en lui arrachant sa chronique quotidienne pour le cantonner désormais aux plages (horaires) du week-end. Songez donc, quelle infamie ! Le voici condamné à distraire notre temps libre quand jusqu’ici il avait la haute mission d’occuper nos temps pleins coincés entre la douche et les embouteillages matutinaux…

Motif ? Cette phrase, tirée de sa  chronique de mercredi dernier : « En quelques jours, Taubira a choisi ses victimes, ses bourreaux. Les femmes, les jeunes des banlieues, sont dans le bon camp à protéger, les hommes blancs dans le mauvais. Après tout, les femmes votent majoritairement à gauche depuis 1981, et dans les banlieues, Hollande a réalisé des scores de dictateur africain. » Evidemment, c’est à cet instant précis que l’auteur du billet doit caser une déclaration du genre : on a beau ne pas adhérer aux thèses de Zemmour, le sort qui lui est réservé repose dans notre pays la question de la liberté d’expression. A ce stade, il est ensuite de bon ton de rappeler la célèbre formule d’on ne sait plus trop qui (non, ce n’est pas Voltaire) : je ne suis pas d’accord avec vos idées mais je me batterai pour que vous puissiez continuer de les exprimer. Là-dessus, quelques commentateurs atrabilaires viendront rappeler que l’homme en question est au choix, sot, raciste, de droite voire les trois à la fois (il parait que c’est possible et même tristement courant) avant de souligner que la liberté d’expression trouve une limite légitime, celle de ne pas nous empêcher de construire un monde meilleur par la seule force d’un discours expurgé de toute intention mauvaise (réelle ou supposée). Ce à quoi d’autres commentateurs, non moins atrabilaires, rétorqueront que hein, bon, on ne peut décidément plus rien dire dans ce pays, la preuve : Zemmour est placardisé. Certes, on pourrait agiter tous ces arguments et je crois d’ailleurs l’avoir moi-même fait bien trop souvent.

Mais en m’approchant ces jours derniers un peu plus près du système médiatique, j’ai fini par comprendre que ma naïveté finirait par me perdre, si ce n’était déjà fait. Car entre nous, il n’y a pas plus de problème de liberté d’expression dans ce microséisme médiatique que de beurre en broche, aurait dit ma grand-mère si elle avait eu à commenter l’affaire. A supposer même qu’Eric Zemmour paie aujourd’hui sa liberté de ton, n’oublions pas de nous demander ce que ça lui a rapporté durant des années de chauffer les oreilles de tous les épidermiques de l’indignation. Car au fond tout ceci n’est qu’un jeu assez dérisoire dans lequel un esprit qui se positionne comme sulfureux assure le buzz et donc la rentabilité des médias qui l’emploient tout en fournissant à divers groupes et associations, en demande régulière de médiatisation de leur cause, du grain à moudre ou plus exactement de l’éditorialiste mal-pensant à broyer. Je gage que cette petite industrie médiatique s’avère follement rentable pour tout le monde. C’est d’autant plus surprenant que les rôles des personnages sont à ce point téléphonés et les rebondissements tellement prévisibles qu’on finirait par s’endormir profondément, si les hurlements des victimes présumées ne venaient parfois nous réveiller en sursaut. C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, aurait conclu ma grand-mère qui était pétrie de sagesse dite « populaire ». Comme de bien entendu, il arrive toujours un moment où celui qu’on pousse à faire de l’audience franchit pour de bon la ligne jaune qu’il ne cessait jusque là de déplacer discrètement et se retrouve du côté obscur des statistiques de l’emploi.

Qu’on me pardonne donc de ne pleurer ici ni sur le sort d’Eric Zemmour, ni sur celui de la liberté d’expression. Et moins encore de m’indigner au nom des nobles causes prétendument salies par les propos attaqués. « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ! » fanfaronnait le grand Léon Zitrone qui avait tout compris du système bien avant l’invention de Twitter (si, c’est possible, on appelle cela être visionnaire). Tout au plus peut-on regretter d’être les spectateurs irrités et impuissants de cette farce usée.

Mise à jour 16h05 : Eric Zemmour attaque L’Express en justice.

26/05/2012

L’information intweetable est-elle vouée à disparaître ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 13:03
Tags: , ,

Avez-vous suivi le reportage de Daniel Schneidermann à Henin-Beaumont ? Si ce n’est pas le cas, je vous le recommande, c’est ici. Non seulement parce qu’il est passionnant, mais aussi parce qu’il met en lumière la différence entre l’idée que l’on se fait des choses, la représentation qu’on en donne et la réalité du terrain. La patron d’Arrêt sur Images y a visiblement pris grand plaisir. Les @sinautes applaudissent.  Toutefois, je ne puis m’empêcher de reproduire la conclusion provocatrice de cette enquête, qui m’a fait frissonner malgré la température plus que clémente  :

« Au revoir Hénin-Beaumont. Je ne sais pas si nous le recommencerons, ici ou ailleurs, le petit exercice du reportage. Ce n’est pas une question d’envie: personnellement, j’ai adoré me décoller une semaine de mes amis les écrans, de télé et d’ordinateur, et je crois savoir que les bonnes volontés ne manqueraient pas dans l’équipe. Mais je ne suis pas sûr que le reportage soit adapté à un site comme le nôtre. Disons-le brutalement: sur Internet, il faut dénoncer. Il faut que ça fuse, que ça buzze, que ça se twitte. L’info sur Internet, et notamment ici, est le domaine du nécessaire, et laisse peu de place à la nuance, au superflu. On ne va pas tweeter ces histoires de ducasses, l’enthousiasme d’un militant, l’entrebâillement d’une porte, le silence d’une ouvrière, le tremblement de la voix d’un militant frontiste, le flou d’un souvenir. Ni surtout la recette du potjevleesch, prototype de l’information savoureuse, mais rigoureusement intweetable. A suivre, comme on dit ».

Utopia

Lorsque j’ai ouvert ce blog, une petite bande de blogueurs extrémistes annonçait avec une délectation glaçante la mort du journalisme papier ainsi que celle du journalisme tout court. Chacun était appelé à devenir son propre journaliste et a bénéficier ainsi de la garantie d’une information de qualité. Forcément, les journalistes, ces menteurs, ces racoleurs, ces simplificateurs allaient céder la place aux esprits sincères, indépendants et éclairés, c’est-à-dire aux vraies gens, estampillés Bio, consommation durable, information équitable, et surtout labellisés « no mensonge inside ». Tout au plus admettait-on, toujours chez mes utopistes extrémistes, que quelques médias jaillis spontanément de la toile, et donc en opposition radicale avec le vieux monde, puissent prendre place dans le paysage. A condition bien sûr de jurer allégeance au web, de renier le passé, et de s’abstenir de la ramener sur une soi-disant supériorité du professionnel vis à vis de l’amateur. Au passage, mes contradicteurs pétris de fantasmes réclamaient l’attribution de la carte de presse à tout le monde tout en contestant à ceux qui la détenaient déjà le droit de s’en servir. Comme quoi les révolutions servent souvent moins à changer les systèmes qu’à remplacer une élite par une autre…“l’humanité s’ennuyait, elle brûla quelques dieux, changea de costume et paya l’histoire de quelques gloires nouvelles. Et puis la tourmente apaisée, les grandes espérances ensevelies pour quelques siècles encore, chacune de ces furies partie sujette pour la Bastille en revint citoyenne et retourna vers ses petitesses.” (LF. Céline, extrait de Semmelweiss).

C’est curieux chez l’humain cette croyance profondément ancrée selon laquelle il se dirige nécessairement vers un avenir radieux, pour peu qu’il s’emploie à rompre avec toutes ses erreurs passées. Toute aussi étrange est la conviction selon laquelle il serait  possible de changer la nature humaine. L’observation de Daniel montre au contraire que tout ce que l’on reprochait à la presse traditionnelle, c’est-à-dire le racolage, appelé aujourd’hui la quête du buzz, la dénonciation perpétuelle des fameux trains qui n’arrivent pas à l’heure, la simplification à outrance, l’agitation superficielle et la dramatisation inutile, tout ceci donc se retrouve  sur Internet. En pire. Au point que le vieux journalisme de terrain, ici décrit comme capable de rendre compte des nuances, prend des allures de discipline classique aussi ancienne qu’admirable. Il n’est pas loin le temps où l’on s’éblouira à la lecture d’un papier du Monde, du Point ou de Ouest France comme on admire la délicatesse de la technique du sfumato chez Vinci, ou la musicalité gracieuse d’une phrase balzacienne. Qu’on me permette de sourire à la vue de cet effondrement des rêves utopistes que j’attendais, je l’avoue, avec une certaine impatience.

Vers une nouvelle représentation du monde ?

Je gage toutefois que Daniel a souhaité davantage provoquer ses lecteurs qu’autre chose. S’il est vrai que pour prospérer sur la toile, la meilleure recette et la plus rapide consiste à dénoncer et/ou buzzer, je continue de croire que la quête des internautes d’une information différente et plus sophistiquée sur le web que dans les médias traditionnels, servie techniquement par les potentialités quasi illimitées de l’outil, est susceptible de contrebalancer les travers fort justement mis en lumière par @si. Mais il est possible aussi que le paysage médiatique se redessine autour d’une distinction radicale entre le sage recul du papier, de la radio et même de la télévision d’un côté et l’instantanéité bruyante, contestataire et manichéenne du web de l’autre. Si c’est le cas, et en partant du principe que la toile est amenée à prendre une part prépondérante dans l’information au détriment des médias old school, alors il est peut-être temps de se demander si nous souhaitons réellement glisser vers une représentation du monde expurgée de ses nuances et de ses contradictions, repeinte en noir et blanc sans aucune place pour le gris, caricaturale et superficielle. Sans parler du filtre de l’écran dont je continue de penser qu’il contient une menace de déshumanisation rampante. Affaire à suivre…

24/05/2012

Un mythe nommé Kerviel

Filed under: A propos du blog,Affaire Kerviel — laplumedaliocha @ 10:11
Tags: , ,

Condamné à trois ans de prison ferme et 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts au bénéfice de la Société Générale le 5 octobre 2010, Jérôme Kerviel sera jugé en appel à partir du 4 juin prochain.  J’ai rencontré le trader par hasard, en juillet 2010, puis enquêté durant plus d’un an. Voici le récit de cette incroyable affaire. 

Souvenez-vous, il y a presque deux ans nous avions eu ici des échanges passionnés à propos du procès Kerviel. A l’époque, j’étais allée assister aux audiences avec la conviction que la justice ferait la lumière sur l’affaire. Hélas ! J’en étais ressortie avec davantage de questions que de réponses. La thèse de l’ignorance de la Société Générale, incroyable de prime abord, avait soudain pris une étrange épaisseur au fil des débats, sans toutefois me convaincre tout à fait. La personnalité si lisse de Jérôme Kerviel m’intriguait prodigieusement. L’épaisse carapace technique du dossier, hermétique pour quiconque ne travaillait pas dans le département de trading d’une grande banque, m’était apparue au fil des débats comme une sorte de mur de verre, infranchissable. Lorsque le procès s’est achevé, par un joli vendredi de juin ensoleillé, je me souviens avoir quitté le palais de justice avec un terrible vague à l’âme. L’aventure que nous avions partagée durant presque trois semaines avec les acteurs de cette affaire hors normes s’achevait brutalement. Je croyais à l’époque tourner la dernière page d’un livre, en réalité, je m’apprêtais à écrire les premières lignes d’une histoire exceptionnelle !

La rencontre

Tout a vraiment commencé trois jours après la fin du procès, le lundi 28 juin 2010 lorsque, de retour d’un week-end à la campagne, j’ai reconnu Jérôme Kerviel attablé dans un bistrot au pied de mon immeuble. Puisque le destin farceur le plaçait sur ma route, je l’abordai ! D’un hasard l’autre, je m’aperçus très vite que le dossier Kerviel ne cessait de se mettre en travers de mon chemin. Alors j’ai voulu comprendre. L’exercice d’investigation et surtout d’explication m’est apparu d’autant plus nécessaire qu’on n’avait cessé de nous dire tout au long du procès que la perte de trading avait mené la banque au bord du gouffre et que, sans l’intervention brillante de Daniel Bouton, la Société Générale aurait pu couler et entrainer dans sa chute un système financier mondial fortement fragilisé à l’époque. Mais alors, si nous étions passés si près de la catastrophe nous avions le droit, nous citoyens, de comprendre ce qui était vraiment arrivé. Or, comment croire qu’une banque n’a pas vu qu’un de ses traders investissait 50 milliards ? Cette même banque qui réagit au plus petit découvert d’un particulier ? Et Jérôme Kerviel ? Etait-il vraiment le génie de la fraude qu’on nous décrivait ?  Il fallait tenter de dépasser l’image lisse qu’il avait opposée à ses juges, au public et à la presse tout au long du procès pour  s’approcher un peu plus près et, qui sait, cerner qui il était vraiment et ce qui l’avait motivé. Au fil de mon enquête, une autre dimension de l’affaire m’est apparue.  Celle que nous avions tous saisie intuitivement sans vraiment nous expliquer la raison de cette fascination profonde : nous avions en face de nous un mythe moderne. En d’autres termes, cette histoire contenait, au-delà du simple fait divers financier, quelques unes des clefs symboliques de notre époque.

Les faits, rien que les faits

C’est ainsi que j’ai commencé à écrire, rien que pour moi au départ, le récit de l’affaire depuis l’embauche du trader le 1er aout 2000 jusqu’au jour de sa condamnation, le 5 octobre 2010. Bien sûr, au fil du temps, je me suis forgée une conviction, mais j’ai voulu néanmoins rapporter les faits de la manière la plus objective possible pour permettre à chacun de se façonner son propre jugement. Et aussi, plus profondément, parce que je suis convaincue qu’elle dépasse de loin le simple fait divers financier, et pose des questions bien plus intéressantes que le seul point de savoir si Jérôme Kerviel a agi seul ou si on l’a encouragé pour ensuite le lâcher.  Il n’y a aucun terme financier dans le livre, c’était inutile, la technique dans tout cela n’était finalement qu’un leurre. Au fond, il s’agit d’une affaire d’hommes, d’une somme de rêves fous, d’aveuglement et d’incompétence, concentrés au coeur d’un système, certes infiniment complexe et sophistiqué, mais aussi bien moins sécurisé qu’on ne l’imagine.

Hasard et coïncidences

Quand le livre fut achevé le hasard, encore lui, plaça sur ma route quelques éditeurs. Mais le sort, même bienveillant, doit toujours être forcé. J’ai essuyé une bonne dizaine de refus et presqu’autant de silences indifférents. Pour les éditeurs qui ont daigné me répondre, l’affaire Kerviel était un vieux dossier financier incompréhensible que l’actualité avait depuis longtemps déjà remplacé par d’autres sujets bien plus intéressants. Ils n’avaient pas tort en première analyse, mais ce type de réflexe montre que même l’édition rechigne désormais à s’accorder  le temps nécessaire à la réflexion. Faut-il donc se résigner à zapper en permanence et par conséquent à demeurer à la surface des choses ? Pourtant, depuis janvier 2008, date à laquelle a éclaté l’affaire, nous avons eu connaissance de trois autres pertes de trading, à la Caisse d’Epargne en 2008, chez UBS en 2011 et, tout récemment chez JP Morgan. Dépassée l’affaire Kerviel ? Allons donc ! En réalité, ces dossiers de rogue traders comme on dit (traders voyous) révèlent un risque plus profond et plus général : la fragilité de nos systèmes ultra-sophistiqués. Un homme, un seul, peut les faire vaciller. Les quelques spécialistes qui tirent la sonnette d’alarme peinent malheureusement à attirer l’attention. Je savais pour ma part que ma seule chance d’être entendue, c’était la perspective du procès en appel. On appelle cela une accroche d’actualité. Passé cette échéance, je n’intéresserai plus personne. Et c’est au tout dernier moment qu’est survenu le miracle. Un de mes confrères a dit de cette affaire qu’elle rendait fou. Il a raison, elle concentre autour d’elle énormément de passions. Elle est aussi et surtout incroyablement marquée par le destin. Les coïncidences, les hasards, les coups durs, les miracles et les revers dont j’ai été victime pour m’être approchée un peu trop près du coeur du volcan ont fini par me faire sourire tant leur liste était impressionnante.

Anonymat

Un dernier mot. J’ai signé le livre de mon vrai nom, parce que c’est un travail journalistique et non pas une distraction de blogueuse. Au surplus, je ne concevais pas d’aborder un dossier de cette importance en me dissimulant derrière un masque. Mais ce livre est aussi le produit du blog parce que sans les discussions que nous avons eues ici, je n’aurais sans doute jamais ressenti l’impérieuse nécessité de m’arrêter pour prendre le temps de comprendre. Merveilleux internet qui rapproche journalistes et public et permet aux premiers d’entendre les interrogations du second. Prodigieux Internet qui offre l’opportunité, par l’échange et la discussion, d’aller au fond des choses pour peu que l’on surmonte son autre face, plus sombre, la tentation  de l’instantanéité. De fait, mon anonymat tombe mais nous avons assez répété, ici et partout ailleurs, que l’identité au fond, on s’en moquait, non ? Pour ceux que la problématique de l’anonymat ou plus exactement du pseudonymat intéresse, je précise que je continuerai de bloguer sous le pseudonyme d’Aliocha et d’exercer mon métier sous mon vrai nom. Question de délicatesse à l’égard de mes employeurs et de nécessaire distinction, à mon sens, entre l’opinion personnelle et le travail journalistique. Quant au livre, j’espère que vous y trouverez des réponses aux questions que nous nous sommes posées ici-même il y a deux ans. Et j’espère aussi que les spécialistes sauront trouver matière à réflexion dans le simple récit de cette histoire qui, à mon sens, illustre parfaitement les nouveaux risques auxquels nous sommes confrontés. A vous de juger !

Note : Il sort le 31 mai aux Editions Eyrolles. 297 pages, 18 euros.

22/05/2012

Où l’on reparle d’Audrey Pulvar

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 14:32
Tags: ,

Et hop, c’est reparti ! L’UMP publie un communiqué assassin demandant la démission d’Audrey Pulvar de l’émission de Ruquier au motif que son compagnon Arnaud Montebourg vient d’être nommé Ministre du développement redressement productif (si quelqu’un peut m’expliquer ce qu’est le « développement redressement productif », je suis preneuse ! ), et voici qu’on nous ressort l’argument féministe. Y compris chez les journalistes de droite, ce qui est un comble ! Les tenants de ce combat magnifique nous assurent qu’un femme serait capable de conserver sa liberté d’esprit à l’égard des convictions politiques de son homme…Sans doute, mais j’y pense : qui a dit le contraire ? Il est pour le moins étrange que la misogynie à peine dissimulée de l’argument ne saute aux yeux de personne.  Donc ceux qui s’émeuvent de cette situation, y compris dans les syndicats de journalistes,  ne le feraient que pour une seule raison : ils penseraient que les femmes sont à la botte des hommes. Mazette !  J’espère bien que nos Don Quichotte ont construit ce moulin à vent pour le seul plaisir de le combattre et, au passage, évincer le vrai sujet : le problème d’apparence d’indépendance que cela soulève. Il se trouve que pour l’instant, à notre connaissance, il joue plutôt dans le sens homme politique/femme journaliste, je serais personnellement la première à considérer que la situation inverse soulève exactement la même difficulté.  Il y a quelques temps, Audrey Pulvar avait cautionné la décision d’I Télé de supprimer son émission en raison de cette liaison affichée. Et puis au fil des mois et des attaques, elle a retourné sa veste. Dommage. Laissons donc les pour et les contre s’écharper tranquillement. J’ai fini par comprendre à force de bloguer, et donc de plonger les mains dans le cambouis de la polémique à la française, que celle-ci se moquait bien de la vérité et plus encore de l’opinion justifiée. Dans ce pays, on parle pour parler, jusqu’à l’épuisement.

Si l’on fait un pas de côté, l’affaire révèle  au moins deux choses intéressantes. D’abord que la profession se moque comme d’une guigne de la déontologie. Pire, elle s’emploie à n’y voir qu’un frein à la liberté d’expression et surtout à la promotion de carrière. En ce sens, les journalistes sont, parmi toutes les professions soumises à une éthique particulière en raison du caractère sensible de leur mission, les seuls à n’avoir pas encore compris que la déontologie constituait une force collective et, plus cyniquement, un atout concurrentiel. Cet individualisme forcené, doublé d’un aveuglement consternant, mène le journalisme français à sa perte, mais qui s’en soucie ? Qu’on se console, il nous restera Mediapart, sorte de Savonarole moderne, dont l’équipe semble avoir compris, elle, le parti à tirer de cette situation, même si dans bien des cas les méthodes employées paraissent sujettes à discussion. L’affaire Pulvar montre également de manière plus générale que l’élégance morale n’a plus cours. Mais cela, on le savait. C’est juste dommage d’en apercevoir une nouvelle illustration, qui plus est venant de notre chère gauche moraliste…

Mise à jour 20h05 : je n’avais pas lu le billet de Jean Quatremer quand j’ai rédigé celui-ci. Merci à Gari de me l’avoir signalé, il est en effet plus factuel et donc beaucoup plus explicite que le mien. 

15/05/2012

Le syndrome du tapis rouge

Filed under: questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:56
Tags: ,

Autorité des marchés financiers, Place de la Bourse, Jour Un de la Hollandie, 9 heures du matin.

« Vous n’avez pas eu de problème de transport ? » me demande avec gentillesse la jeune femme qui m’accueille pour la première conférence de presse du jour. Interloquée je demande :« Non, pourquoi ? »  avant de me souvenir…le jour du Sacre, couplé à celui du départ pour Sainte Hélène. Bon sang, pour un peu j’allais oublier le H Day !… »Eh non, il n’y a pas d’embouteillage dans le métro ! «  réponds-je avec un sourire.  Et même pas de station fermée sur la ligne 3 qui m’a amenée directement ici et qui a la sagesse de se tenir éloignée de l’Elysée, des Tuileries et de tous les autres hauts lieux monarchiques. A l’exception bien sûr de mon petit royaume à moi, perché dans les nuages, où je vis cachée parce que c’est ainsi qu’on est heureux. La conférence commence, et hop, d’entrée de jeu on nous promet que nous serons sortis à temps pour assister à l’Evénement. Mes confrères du Revenu regardent ceux des Echos qui interrogent ceux de La Tribune du regard… Aucun d’entre nous n’a prévu de se laisser entrainer par son insatiable curiosité de ce côté là, ce matin.

La liste des trains qui arrivent à l’heure

Il est vrai qu’on nous a annoncé un président « normal », or pour nous, les journalistes, la normalité en principe ce n’est pas notre affaire. Tout au contraire, nous sommes des spécialistes de l’exceptionnel. Et pour cause. Quel lecteur s’intéresserait, en ouvrant son journal ou en allumant son écran, à la longue et ennuyeuse liste des trains qui sont arrivés à l’heure ?  Et pourtant…De retour au bureau, je ne parviens pas à échapper aux commentaires en live de l’Evénement, c’est partout sur le web, on ne parle que de ça. Le top de Google news, le hashtag de Twitter, la Une de ma messagerie SFR, la passion d’un nombre incroyable d’indésirables s’obstinant à m’envoyer des mails non sollicités. Un déluge. Internet le rebelle s’est changé soudain en média mainstream…Misère et déréliction. Le web commente la télévision qui commente l’Evénement.

Je zappe. Ma décision est prise : je ne visionnerai aucune vidéo, ne lirai aucun article, ni commentaire. Hélas, j’ai beau faire tous les efforts du monde, je n’échappe pas  au tapis rouge. Il est partout, à croire qu’il vole comme dans les contes orientaux. J’ai même droit au son : des hélicoptères sillonnent le ciel sans relâche au-dessus de mon bureau. De l’inconvénient de travailler entre l’Elysée et les Tuileries. Je crois comprendre que Hollande 1er a souhaité une cérémonie simple. D’ailleurs,  ses enfants seront absents, songez donc !  A chacun sa définition de la normalité. Pour Hollande visiblement, la normalité c’est un creux, un vide, une abstention ; dans les cas aigus, un contraire. Dieu seul sait où ça va l’emmener…

Un peu de vin coupé d’eau

Quant à mes confrères, ils m’épatent. Produire autant de sons, d’images, de commentaires, de films sur un personnage normal. Vous me direz, au bout de cinq ans de sarkozysme, la normalité est en quelque sorte devenue exceptionnelle. Je sais, on peut toujours tout plaider, à commencer par une chose et son contraire. C’est l’enfance de l’art…. Il n’empêche, à voir tant d’énergie et de moyens concentrés sur si peu de chose, je songe que nous sommes définitivement coincés dans l’ère du voyeurisme. Car voyez-vous, voir aujourd’hui, c’est savoir ! Un homme marche sur un tapis, tandis qu’une voix off nous explique qu’un homme marche sur un tapis. Voilà de l’information, de la vraie, coco. Cette information-là m’écoeure à la manière d’un verre de vin coupé d’eau.  Pour moi ce sera une vodka, merci. J’éteins mon écran en songeant que, comme d’habitude, les incroyables moyens mobilisés non stop sur du rien auraient pu être tellement mieux utilisés ailleurs.

Le paradoxe est d’autant plus désespérant que nous les journalistes, nous savons bien que nous ne pouvons plus faire notre métier depuis longtemps. On manque de tout et l’on en souffre tous les jours. Au point qu’il m’arrive de rêver d’avoir trois cerveaux, six bras et six jambes pour traiter le nombre infini de sujets qui m’échappent dans ma toute petite spécialité. Et même, soyons fou, pour creuser, vérifier, aller plus loin et, qui sait peut-être, informer ?  Seulement voilà, tout va trop vite. Sans compter que le temps, c’est de l’argent. Et l’argent, on en manque.  Pour en gagner un peu, juste de quoi survivre et faire semblant d’exercer notre métier, nous devons nous concentrer sur ce qui va plaire. En tout cas c’est ainsi que l’on pense du côté des gens qui nous dirigent. Il faut donc filmer et commenter, jusqu’à l’écoeurement, un homme normal en costume gris qui marche sur un tapis rouge sans début ni fin.

J’ai entendu dire qu’après cinq ans de sarkozysme, les médias ne commettraient plus les mêmes erreurs, qu’ils avaient compris. Sans doute, mais compris quoi, au juste ?

13/05/2012

Karine Giébel : survivre à crédit

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 16:09

Envie de polars qui tranchent avec la sempiternelle traque de serial killers par des flics névrosés ? En voici deux du même auteur, Karine Giébel, qui m’ont régalée.

Juste une ombre, Fleuve Noir 2012. Chloé est une trentenaire à qui tout réussi. Cadre dans une boite de publicité, elle est pressentie pour en prendre la direction. Belle, ambitieuse, arrogante, elle s’est organisée une vie parfaite jusqu’au jour où, en sortant d’une soirée, elle s’aperçoit qu’elle est suivie par un homme au visage dissimulé sous une capuche. A partir de là, les incidents étranges se multiplient, l’ombre rôde, toute proche. On lui veut du mal, mais qui, et pourquoi ? Et si tout ceci n’était que le produit de son imagination ? La police ne la croit pas, son entourage veut l’envoyer consulter un psychiatre, ses collègues commencent à la regarder d’un drôle d’oeil, son amant la plaque sans explication. Mais Chloé est une battante, elle ne se laissera pas faire. Qu’il vienne donc cet ennemi, la jeune cadre s’est procuré un flingue, elle est prête à tuer. Et puis elle peut compter sur Alexandre, un flic fracassé qui tente de survivre à la douleur de voir sa femme mourir à petit feu. On l’a mis à pied, alors il enquête comme on danse au dessus d’un gouffre en attendant de s’y précipiter. Un excellent suspens psychologique avec en toile de fond une description au scalpel de la vie professionnelle.

Meurtres pour rédemption Pocket 2011. Marianne a 20 ans. Elle est en prison, à perpétuité. C’est une tueuse de flics, une furie, shootée à la rage et accessoirement championne de karaté. L’isolement, le cachot, la chef de gang qui terrorise la prison, rien ne peut en venir à bout. Elle est invincible Marianne, un bloc de violence pure, quand elle frappe, elle tue. Mais bientôt, la peur qu’elle inspire se transforme en haine. Ses codétenues ont décidé d’avoir sa peau et contre un groupe de taulardes enragées, Marianne ne peut rien. Surtout si les matonnes qui l’ont prise en grippe n’espèrent qu’une chose, qu’on les  débarrasse de cette détenue ingérable.  Alors Marianne sait qu’elles finiront par l’avoir, qu’elle ne résistera pas longtemps, malgré la protection de Daniel, le chef des gardiens, qui la fournit en héroïne et en cigarettes, moyennant une fellation de temps en temps.  Jusqu’au jour où des flics lui font une étrange proposition au parloir : ils peuvent l’aider à s’évader si elle accepte de commettre un meurtre pour eux. Sa survie est à ce prix. Le roman compte mille pages, c’est long pour un polar, et pourtant, il n’y a pas une description superflue, pas un mot de trop. Une histoire passée au fil du rasoir qui a des allures de shoot d’adrénaline pure. Cette Marianne est la fille naturelle du tchopendoz héros des Cavaliers de Kessel et de la fameuse Lisbeth Salander de Stieg Larsson. On en redemande !

Pour en savoir plus sur l’auteur et ses romans, je vous recommande le site Plume Libre où vous trouverez des interviews de Karine Giébel ainsi que des avis de lecteurs sur les 6 polars qu’elle a déjà publiés. Juste une ombre est son dernier. Je l’ai découvert il y a une semaine et je suis en train de dévorer les autres…

11/05/2012

Les tweets ne volent pas

Ainsi donc le commentateur sportif Pierre Salviac a été viré de RTL pour un tweet jugé bassement sexiste à l’endroit de Valérie Trierweiler et, plus généralement, des femmes journalistes sortant avec des hommes politiques (ici et partout ailleurs). Voire des femmes journalistes tout court. Dans notre pays prompt à la polémique, le coupage de tweet insultant en tranches microscopiques soumises à la méticuleuse analyse des beaux esprits est devenu un sport national ! Il faut bien s’occuper…

On peut, au choix, s’indigner de cette nouvelle atteinte à la liberté d’expression ou au contraire se féliciter de la sanction. Il est possible également d’y apercevoir l’ombre d’un début d’allégeance spontanée d’un média au nouveau couple présidentiel et de s’offrir ainsi avec un empressement non dénué de masochisme la première grande déception de l’ère du changement-c’est-maintenant.

Penchons-nous plutôt sur les nouvelles moeurs en matière d’expression publique.  « Les paroles s’envolent, les écrits restent » souligne avec justesse un proverbe latin (verba volant, scripta manent). L’humour gras de Pierre Salviac aurait pu rester cantonné entre les vestiaires du club de rugby et le bar des platanes, si Twitter n’offrait une tribune plus large à ce type de débordement. L’outil n’est évidemment pas en cause, son utilisation, si. A l’évidence, Internet a désacralisé l’écrit autant qu’il a libéré la parole. Pour le meilleur et pour le pire. La mauvaise blague de Salviac ne lui aurait valu au pire que mon verre de  rouge-pas -gros-mais-qui-tache-quand-même à la face si par impossible nous nous étions rencontrés. Seulement voilà, avec Twitter on passe d’une poignée de personnes en chair et en os risquant au pire de vous coller un bourre-pif, à un large public aussi virtuel qu’imprévisible dans ses réactions. On passe aussi de la fameuse parole qui s’envole à l’écrit qui reste. Le propos offensant s’inscrit dans la durée, a de fortes chances d’arriver aux oreilles de sa cible, s’étale devant des milliers de personne – renforçant son audience autant que le préjudice infligé à la victime – et s’offre de surcroit avec innocence à celui qui entend le retenir à titre de preuve. Un truc à faire frissonner n’importe quel juriste de base…

Qu’importe ! L’internaute, tout à la joie de son audience, balance sans en mesurer les conséquences la mauvaise vanne qu’il aurait mieux valu réserver aux habitués du bar des platanes. Et s’obstine à croire que sa parole n’est pas tout à fait publique puisqu’elle s’adresse à ses followers et que par ailleurs, hein, bon, Internet, c’est la liberté. De fait, notre internaute ne mesure les risques ni pour sa cible ni, plus étonnant encore, pour lui-même. Jusqu’au moment où tombe la sanction : protestation collective, procès, licenciement. Surgit alors le désagréable sentiment que la liberté d’expression aurait tendance à se réduire dès lors que les exemples de ce type se multiplient. En vérité, il faut sans doute y voir pour partie les effets d’une émancipation de plus en plus grande des règles de base de la politesse et du bien vivre ensemble. Plus il y a de transgressions et plus il y a de sanctions, forcément. Le respect de l’autre n’est pas seulement un commandement moral asséné ex cathedra par la religion, la morale, l’éducation ou le droit, c’est aussi et surtout un impératif de bon sens qui permet de supporter la vie en société dans les meilleures conditions possibles.  Et en évitant en particulier  les coups de poing dans la gueule. Ou leur version plus civilisée mais non moins brutale, l’indignation collective, le licenciement, le procès…

07/05/2012

48,4% de salauds

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 13:54
Tags: , ,

En observant ce matin la joie du clan vainqueur et les débordements de mes potes journalistes de gauche, Edwy Plenel lançant un « Enfin libérés », Daniel Schneidermann saluant la fin d’un « monstrueux carnaval » et d’autres encore, je me suis demandée un peu naïvement, j’en conviens, si un pays qui compte 48,4% de salauds, d’égoïstes, d’imbéciles, d’aveugles, de riches, de réactionnaires, d’individus vulgaires, bref si un pays dont près de la moitié des citoyens a voté pour le « voyou de la République »  était encore une démocratie. J’avoue n’avoir pas de réponse à cette question. Convenez qu’elle donne le vertige. Il me semble qu’il faudra du temps pour que s’efface la tache imprimée dans la vie politique française par les excès médiatiques à l’encontre du président sortant. Le problème, quand on s’insulte, c’est qu’il faut savoir si derrière on pourra encore se supporter, ce qui généralement incite à un brin de retenue. Celle-là même qui a fait défaut ces dernières années. La gauche le sent si bien que depuis ce matin elle trifouille du derrière, consciente que si la critique est aisée…comme disait l’autre, l’art est difficile. Car il ne s’agit plus de conspuer un adversaire au costume idéal de Iago, mais de se retrousser les manches pour montrer ce qu’on sait faire. En étant bien conscient au fond que les idées séduisantes risquent de se fracasser sur les dures réalités. Après tout tant pis, le navire peut bien couler, le tout c’est qu’on trouve le capitaine sympathique et que l’orchestre joue bien. J’avoue pour ma part avoir découvert le résultat de l’élection  hier soir avec soulagement. Non pas que j’aie plus confiance en François Hollande qu’en Nicolas Sarkozy pour nous sortir de la panade, mais simplement parce que je pense que la France n’aurait pas supporté  5 ans supplémentaires de ce climat médiatique puant.

Page suivante »

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.