La Plume d'Aliocha

21/03/2012

Internet, zone critique du journalisme ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 19:32
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Quand on demande à Daniel Cornu quelle est sa profession, il se présente simplement comme journaliste. En réalité, il est un peu plus que cela. Daniel Cornu a réalisé une grande partie de sa carrière à la Tribune de Genève, dont il a été rédacteur en chef entre 1982 et 1992, avant de se consacrer à la formation des journalistes et à l’enseignement de l’éthique de l’information. Depuis 2007, il est médiateur de l’ensemble des titres du groupe suisse Edipresse. Il préside aussi le comité d’éthique et de déontologie de l’Université de Genève. Auteur de plusieurs ouvrages sur le journalisme, il est surtout connu pour sa thèse de théologie intitulée  « Journalisme et Vérité » publiée en 1994  aux éditions Labor & Fides. L’ouvrage, devenu une référence, a été réactualisé en 2009.   J’ai lu ce livre, plusieurs fois, il est remarquable. Je ne me hasarderais pas cependant à le résumer tant la réflexion qu’il mène en s’appuyant sur de très nombreux philosophes est riche et profonde. Je ne peux que recommander à chacun sa lecture. Daniel Cornu a reçu le titre de docteur honoris causa de l’université de Louvain le 2 février dernier dans le cadre du thème « Tous connectés…un levier pour la démocratie ? ».  Je publie ci-après in extenso le discours qu’il a prononcé à cette occasion car il aborde des questions fondamentales pour l’avenir du journalisme. Par ailleurs, vous pouvez le lire sur le blog du médiateur qu’il anime dans le cadre de ses fonctions dans le groupe Edipresse.

 Discours de Louvain

 Par Daniel Cornu, Université de Louvain, 2 février 2012

« Monsieur le Recteur, chers collègues et amis, chères étudiantes, chers étudiants

 L’écrivain Jean Paulhan, qui fut longtemps le mage de la Nouvelle Revue Française, nous apprend que la vie est pleine de choses redoutables. Qu’ai-je donc fait pour me trouver aujourd’hui honoré par une aussi prestigieuse université que celle de Louvain ? Et me voir reconnaître publiquement de tels mérites ? Je n’ai fait en somme que réfléchir à mon métier. À l’issue de mes études de théologie, j’ai opté pour le journalisme. Ce choix initial se trouve aujourd’hui encore au fondement de mon identité. C’est bien en journaliste que je reçois aujourd’hui ce titre. Avec gratitude. Pour moi-même, mais aussi pour le métier que je représente à cette tribune.

 Serait-ce une anomalie ? Il arrive que le journaliste soit craint. Il est souvent flatté. Il reste ordinairement peu estimé. J’ai découvert cependant dans mes lectures, et depuis longtemps, des motifs de réconfort. Chez le sociologue Max Weber, qui défend dans Le Savant et le Politique la réputation des journalistes de son temps et leur honnêteté intellectuelle. Chez la philosophe Hannah Arendt, qui attribue au journaliste, dans son admirable essai Vérité et politique, le statut de « diseur de vérité » – une vérité de fait, précise-t-elle, une vérité modeste.

 Des motifs de réconfort, j’en trouve aussi dans le combat de journalistes pour la liberté de l’information, au péril de leur propre liberté et parfois de leur vie. J’en perçois tout autant dans le travail de nombreux professionnels qu’aucune gloire ne viendra jamais illuminer. Qui, jour après jour, dans nos vieilles démocraties, s’efforcent d’établir des faits et de les éclairer dans le seul souci de l’intérêt public.

 Mais voilà ! Aujourd’hui le statut du journaliste se fragilise. Les contours de la profession étaient déjà flous. Avec l’entrée dans nos mœurs de l’Internet et de tous les nouveaux moyens de communication, ils se brouillent.

 Le réseau Internet offre un formidable espace à l’expression de chacun. Il ne fait plus des médias un passage obligé du débat public. Il ouvre à tous de nouveaux canaux d’information et de discussion. Il offre surtout une voie nouvelle aux demandes de légitimation adressées aux divers pouvoirs politiques ou sociaux, pour suivre l’une des thèses de Jürgen Habermas.

La légitimation – au nom de quoi ? à quelles fins ? – se situe au centre même du questionnement éthique.

 Que devient alors le journalisme ?

 Les journalistes perdent de leur autorité. Ils ne sont plus seuls à « raconter le monde ». Ils ne sont plus seuls à disputer aux pouvoirs le privilège de définir l’ordre du jour de l’actualité. La hiérarchisation des nouvelles leur échappe de plus en plus. En tant qu’analystes, ils tendent à s’effacer, laissant la place aux experts, qui s’expriment sur des blogs. Les journalistes sont de moins en moins présents, enfin, comme témoins privilégiés des événements. Le réseau est désormais inondé de témoignages et d’images en provenance directe du terrain.

 Sur l’Internet, les journalistes et les médias en ligne seraient-ils désormais condamnés à n’occuper plus qu’une niche ? Quelques tâches essentielles continuent de leur appartenir.

 La plus ambitieuse est l’enquête, la recherche de faits cachés. Mais d’autres  tâches ne sont pas moins nécessaires : le tri et la mise en forme des innombrables contenus offerts sur le réseau ; leur validation ; la mise en évidence des plus originaux. Et encore, ce rôle aujourd’hui trop souvent perçu dans la profession comme dévalorisant : l’organisation de débats, l’animation de conversations. Rôle pourtant essentiel dans la formation de l’opinion publique en démocratie.

 Tout cela laisse un espace appréciable au journalisme. Sous deux conditions, que ne partage pas nécessairement chaque internaute : la recherche d’un intérêt général, justification ultime de l’information en démocratie ; le respect de valeurs éthiques au fondement de l’activité d’informer.

 En référence à ces valeurs fondamentales, les journalistes ont établi au fil du temps des chartes de déontologie. Or des pratiques nouvelles bousculent certaines de leurs normes. Il convient donc de les repenser sans cesse. Mon activité de médiateur de presse, étendue depuis cinq ans à la presse en ligne, m’a conduit à cerner quelques zones critiques. Elles ne sont pas exclusives, il en existe d’autres.

 Au regard de la valeur de liberté, la présence sur les forums d’insultes, de grossièretés, de propos racistes et antisémites, la plupart du temps encouragés par le recours à des pseudonymes, voire par l’usurpation d’identité. Les forums de discussion favorisent l’éclosion de la libre parole. Par l’abus de l’anonymat, ils se transforment trop souvent en poubelles de la démocratie.

 La plupart des observateurs considèrent, à la façon de Tocqueville, que ces dérives sont le prix à payer pour l’accès de tous à la liberté d’expression. J’en conviens. Mais que les sites journalistiques, que les versions en ligne des médias, au moins, s’en préservent ! Eux qui ne se réclament pas seulement de la liberté, mais aussi d’autres valeurs.

 Et précisément au regard de l’une d’elles, la vérité, plusieurs attentes nouvelles se font jour, à commencer par une exigence de transparence.  Comment assurer sur le réseau la « traçabilité » de l’information sans déroger à la protection des sources ? Comment intégrer dans les journaux télévisés les images fournies par des amateurs éclairés, mais souvent incontrôlables, sans risquer de compromettre la stabilité du discours informatif ? Comment tirer parti des contenus originaux évoqués plus haut, sans tomber dans le piège de la rumeur ?

 Au regard du respect de la personne, enfin, le changement le plus important tient à la nouvelle délimitation de la vie privée. Avant l’Internet et les réseaux sociaux, ce qu’une personne rendait visible pouvait être automatiquement considéré comme public par les médias traditionnels, dès lors que cela répondait à un intérêt général. Sur le réseau, certains contenus mis en ligne, et donc visibles, ne sont pas pour autant publics.

 Côté face, c’est étendre le territoire de la visibilité en dehors du champ médiatique – et donc accroître la prise de parole démocratique. Côté pile, c’est admettre que des contenus mis en ligne ne sont pas tous destinés, et sans conditions, à une reprise par les médias traditionnels et par leurs sites Internet, qui les cristallisent et leur confèrent une audience non prévue et une pérennité non désirée.

 J’arrête là ce rapide inventaire. Tous connectés, en effet. Un levier pour la démocratie ? Sous les régimes qui l’ignorent, dans les pays où elle reste fragile, sans aucun doute. Dans nos pays qui s’en réclament, je m’en voudrais de ne pas l’espérer. Cela nécessitera encore des adaptations et des réglages, qui engageront au premier rang la responsabilité des journalistes et des médias ».

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59 commentaires »

  1. @Denis Monod-Broca : spéciale dédicace 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/03/2012 @ 19:38

  2. Pendant ce temps, le très libéral Financial Times se prend pour Acrimed:
    http://www.ft.com/intl/cms/s/2/b5382b9e-6d66-11e1-b6ff-00144feab49a.html

    Commentaire par DM — 21/03/2012 @ 21:27

  3. @DM : amusant en effet. Je note que Quatremer a les honneurs du FT. La gloire !

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/03/2012 @ 21:38

  4. […] background-color:#e60f49; background-repeat : no-repeat; } laplumedaliocha.wordpress.com (via @Plumedaliocha) – Today, 5:02 […]

    Ping par Internet, zone critique du journalisme ? | L'information du vin sur internet : traitement et partage | Scoop.it — 21/03/2012 @ 23:02

  5. @ laplumedaliocha

    Merci pour la spéciale dédicace. J’y suis très sensible. Et je vais acheter et lire « Journalisme et Vérité ». La pensée d’un théologien-journaliste mérite certainement d’être connue.

    Dans le discours que vous citez j’aime bien ce paragraphe : « Tout cela laisse un espace appréciable au journalisme. Sous deux conditions, que ne partage pas nécessairement chaque internaute : la recherche d’un intérêt général, justification ultime de l’information en démocratie ; le respect de valeurs éthiques au fondement de l’activité d’informer. » Il y a du puritanisme calviniste dans l’idée exprimée là, car elle allie la prédestination (l’état de journaliste) et le mérite (recherche de l’intérêt général, respect de valeurs éthiques), la grâce et les oeuvres… Quel beau programme !

    A propos, avez-vous lu « L’avenir de l’économie » de Jean-Pierre Dupuy, que j’ai déjà mentionné ici ?

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 22/03/2012 @ 09:05

  6. ironie facile du Financial Time quand ce qu’il se passe et ce qui s’annonce est plus que grave

    Commentaire par salomé — 22/03/2012 @ 11:57

  7. Dans la ctégorie « notre amie la com' » et sous le titre « Unité nationale, catharsis de com' », on pourrait écrire ceci :

    Quelle piètre opinion nos dirigeants politiques doivent-ils donc avoir de l’unité nationale pour en appeler comme ils viennent de le faire à une catharsis sacrificielle autour des victimes de Toulouse et Montauban ! Catharsis toute de com’ au demeurant, pure opération de communication, sans prise véritable sur l’opinion, et qui ne dura qu’un matin, à peine. Où ont-ils donc la tête ceux qui lancent de tels mots d’ordre ? Pour qui nous prennent-ils ? pour qui se prennent-ils ?

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 22/03/2012 @ 15:52

  8. @Denis Monod-Broca en 5 : je me disais bien que vous seriez sensible au parcours peu ordinaire qui mène de la théologie au journalisme. Comme quoi, il y a des gens magnifiques dans ce métier, hélas dissimulés par les autres. Le fait que vous ayez identifié une approche protestante m’a bluffée. Je le savais, mais parce qu’on me l’avait dit, je n’avais donc aucun mérite. Quant à l’avenir de l’économie, non je ne l’ai pas lu, mais vous avez raison de me le rappeler.

    Commentaire par laplumedaliocha — 22/03/2012 @ 20:57

  9. Je suis un peu déçue que ce texte ne suscite pas davantage de réactions. En même temps je m’en doutais un peu, plus une réflexion est sage, distanciée, mesurée, moins elle suscite de polémique. A cela s’ajoute le fait que l’actualité brulante place ce billet en porte-à-faux. C’était volontaire de ma part. Le cirque médiatique auquel nous assistons depuis hier matin est affolant. Je n’avais pas envie d’y ajouter un avis personnel à chaud qui n’aurait fait que contribuer à l’hystérie ambiante. Au contraire, c’était le moment rêvé à mes yeux pour faire une pause.

    Cela étant dit, puisque les choses se calment un tout petit peu, je trouve que le discours de Daniel Cornu arrive à point nommé pour soulever une question qui ne s’y trouve pas directement exprimée mais qui s’inscrit dans son prolongement : à partir de quand les médias fabriquent-ils l’événement ? En quoi l’influencent-ils ? Le traitement en continu de l’affaire sur des chaines comme BFM TV me parait exemplaire. Sur 30 heures d’antenne, il ne s’est pas produit 30 heures d’événement médiatique. D’où le recours aux experts qu’on pousse à dire n’importe quoi ou à faire de la voyance pour remplir les blancs, les redites jusqu’à la nausée, les fausses nouvelles, la transformation de la moindre relève de CRS en événement hystérique, les commentaires oiseux etc…

    De même, la traque médiatique en pleine campagne électorale me semble avoir provoqué les prises de positions politiques plus ou moins pertinentes. A force d’obliger les gens à réagir, les médias leur font dire n’importe quoi, n’importe quoi dont ils s’emparent pour en faire une information, lancer une polémique qui deviendra à son tour une information, en attendant que les réactions transforment le tout en événement…

    Sans compter les éditorialistes qui ont rivalisé de rage anti-sarkozyste pour lui reprocher d’être sur place ou pas, de discourir, de se taire, de marcher, de s’arrêter et idem pour les autres candidats mais dans une moindre mesure. Pour être franche, tout ceci me donne la nausée, mais en même temps il faut bien avouer que c’est assez passionnant à observer. Et inquiétant aussi…

    Commentaire par laplumedaliocha — 22/03/2012 @ 21:08

  10. Si le texte ne suscite pas beaucoup de réactions, c’est qu’il pose plus de questions qu’il ne donne de réponses. Il est donc peu attaquable ou susceptible d’assentiment, si ce n’est pour dire que ce sont de bonnes questions. Je ne pense pas que cela ait grand chose à voir avec l’actualité.

    Commentaire par kuk — 22/03/2012 @ 22:03

  11. Ces mots de daniel Cornu, « Des motifs de réconfort, j’en trouve aussi dans le combat de journalistes pour la liberté de l’information, au péril de leur propre liberté et parfois de leur vie. J’en perçois tout autant dans le travail de nombreux professionnels qu’aucune gloire ne viendra jamais illuminer. Qui, jour après jour, dans nos vieilles démocraties, s’efforcent d’établir des faits et de les éclairer dans le seul souci de l’intérêt public », sont à rapprocher de ceux de Camus dans cet éditorial inédit, censuré en novembre 39, publié la semaine dernière par le Monde : « Si seulement chaque Français voulait bien maintenir dans sa sphère tout ce qu’il croit vrai et juste, s’il voulait aider pour sa faible part au maintien de la liberté, résister à l’abandon et faire connaître sa volonté, alors et alors seulement cette guerre serait gagnée, au sens profond du mot. » A rapprocher de cette réflexion dans « l’Espoir » de Malraux je crois à propos de la mission de la sentinelle : mission obscure, ingrate, quasi-invisible, mais indispensable, exemplaire. La guerre ne sera pas gagnée si la sentinelle s’endort pendant son tour de garde. Et à rapprocher du vote que nous allons avoir à exprimer dans un mois : chacun de nous n’est qu’une insignifiante fourmi et pourtant l’avenir repose entièrement sur nous.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 23/03/2012 @ 09:02

  12. Le passage sur les infos rendues « publiques », tout en restant d’intérêt « privé » est une bonne analyse de certains usages sur le web. C’est très bien vu je trouve.
    pourtant la catégorie intermédiaire ainsi définie a des contours plus que flous, et totalement absent du droit (pour qui tout le web est public, sauf si protégé par mot de passe).

    Concernant l’anti-sarkozysme, j’ai curieusement l’impression inverse de la vôtre: on ne doit pas lire les même journaux!
    J’étais resté sur le fait que NS et ses lieutenants avaient monté en épingle tout ce qu’ils avaient réussi à trouver pour flinguer le PS sur la sécurité. C’est assez difficile à supporter, car l’efficacité de la DCRI, placée depuis dix ans sous son autorité, sur l’affaire n’était pas forcément flagrante (même si je me garderais bien de leur en faire reproche, l’art de la surveillance terroriste étant plus que difficile).

    Commentaire par javi — 23/03/2012 @ 09:07

  13. je viens de voir que je n’étais pas le seul à avoir des réserves sur l’admiration à porter au raid du RAID… y compris chez les pros.

    http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Mort-de-Merah.-L-assaut-du-Raid-mene-sans-schema-tactique_39382-2058316_actu.Htm

    Doit-on ajouter à cette information un rappel de l’état des relations entre NS et la gendarmerie, dont fait partie le GIGN et l’interviewé ci-dessus? Qui ira chercher un avis fiable? Voila le rôle du journaliste: rebondir, nuancer, éviter de se jeter corps et âme dans le maelstrom de l’instant. Si je le vois chez le kiosquier à midi, je crois bien que je prendrai le temps d’acheter ouest france… juste pour cet article 😉

    Commentaire par javi — 23/03/2012 @ 09:28

  14. @Javi : je parle de mes éditorialistes préférés qui tous à un moment dérape du récit des faits vers le procès d’intention. Et nous allons maintenant entrer dans le grand lavage de linge sale, les américains savaient et pas nous, le raid aurait pu faire ça ou ça, Guéant aurait du rester dans son bureau. Nous savons que nous sommes en période électorale, mais qu’importe, on va faire comme si les critiques étaient objectives. Là-dessus, les confrères vont greffer des avis d’experts, en faisant fi du fait que par définition les experts ne sont jamais d’accord entre eux, parce qu’il y a des luttes d’ego, de services, ou juste pour le plaisir de causer dans le poste. Tout ce cirque qui prend des allures d’information mais qui n’est en réalité qu’un gigantesque et abrutissant bavardage m’écoeure. On ne prend même plus le temps du deuil des victimes, ni celui du soulagement. Il n’y a pas eu trois secondes hier de satisfaction suite à la « neutralisation » de ce type. Non, il faut immédiatement polémiquer, soupçonner, critiquer. Je vais vous dire, on est en train de devenir fous.

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/03/2012 @ 10:40

  15. @Denis Monod-Broca : il faut vraiment que je m’y plonge attentivement dans cet éditorial, je n’ai pas eu le temps jusqu’à présent.

    Pour tous les lecteurs, voici le lien vers le texte de Camus signalé il y a quelques jours par Denis Monod-Broca : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/18/le-manifeste-censure-de-camus_1669778_3212.html

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/03/2012 @ 12:17

  16. La fonction de médiateur dans la presse écrite est la plus malhonnête que je connaisse. C’est toujours un employé du journal qui est médiateur, jamais quelqu’un de l’extérieur. Dans tous les autres domaines, par exemple les conflits sociaux, le médiateur est choisi d’un commun accord par les deux parties. Attention, je ne mets pas en cause les qualités personnelles de tel ou tel médiateur, mais il suffit d’examiner les publications des médiateurs face aux questions des lecteurs, il y a toujours le même biais qui tend à exonérer le journaliste incriminé de ce qu’on lui reproche ou à lui trouver des excuses dont le lecteur, qui attend au minimum à ce qu’on reconnaisse l’erreur signalée, n’a que faire.

    Commentaire par Gilbert — 23/03/2012 @ 13:16

  17. « Tout ce cirque qui prend des allures d’information mais qui n’est en réalité qu’un gigantesque et abrutissant bavardage »

    ? ? ?

    Pourtant j’ai lu des articles tout à fait intéressants et bien faits, informatifs, dans Libération et le Monde, le live du Monde très bien fait aussi, des informations et interviews de responsables des différents services de police sur les radios nationales France inter, France-culture, France-info.

    Pourquoi ce dégoût pour la politique et pour tous les media en général ? Vous n’êtes pas sensible à la dimension politique des événements et des discours.
    Bien sûr que comment a travaillé la DCRI est important, bien sûr que la réorganisation des RG et de la DGSE par Sarkozy c’est important et important de savoir si c’est une bonne chose ou non, surtout pour un Président qui parle de sécurité et de lutte contre le terrorisme, les criminels et les délinquants comme il le fait, et de s’interroger sur la manière dont Merah, qui faisait partie des six islamistes de la région Midi-Pyrénée repéré pour ses voyages en Afghanistan, aurait ou non pu être surveillé, et pourquoi claude Guéant sur place à donner ses instructions alors qu’il existe des lois en France, et pourquoi Sarkozy se précipite annoncer de nouvelles lois avant que le public ait pu comprendre que les lois existent et que c’est peut-être seulement leur application qu’il faut renforcer.
    Ce sont des réflexions politiques.

    Vous êtes journaliste juridique, ou je me trompe ? Vous êtes extrêmement déçue par les media en général et la politique en particulier. Mais sur des événements si graves, il me semble que la mobilisation des media est compréhensible, de même que la mobilisation policière, de même que la mobilisation politique, au sein d’une campagne.

    L’événement peut du reste si peu être minimisé et les tentatives d’analyse et désirs de comprendre non plus si peu sous-estimés, que l’on ne comprendrait pas sinon, pourquoi la presse du monde entier s’y intéresse et tente de comprendre, sur fond d’une campagne de Sarkozy qui a également fait couler beaucoup d’encre à l’étranger… et pas seulement sur le mode ironique facile du Financial Times cité plus haut, qui est justement ce qu’il ne faut pas faire, car tellement facile, anecdotique, que ça frise l’indécence.

    bref, je ne vous comprends pas trop.

    PS sur Twitter : comment certains semblent complètement accros https://twitter.com/#!/Maitre_Eolas

    Commentaire par salomé — 23/03/2012 @ 14:24

  18. manque un ? rectif

    Vous n’êtes pas sensible à la dimension politique des événements et des discours ?

    Commentaire par salomé — 23/03/2012 @ 14:27

  19. @Aliocha: OK sur la débauche des éditoriaux, mais elle est systématique. Je suis plus gêné par l’exploitation politique (du type: regardez ces vilains gauchistes qui n’ont pas voté les peines plancher, c’est eux les criminels…) Aucune interrogation sur (l’absence de) lien entre la lutte anti-terroriste et les peines plancher ou la vidéosurveillance…
    Au contraire l’interview de squarcini ou de Prouteau (pour rester chez des acteurs crédibles: ils doivent quand même savoir à peu près de quoi ils parlent, vu qu’ils dirigent ces services, même si je les imagine bien en train de se tirer dans les pattes les uns aux autres) montre que c’est le travail de suivi des voyages en AfPak, le contrôle des armes et l’entrainement des équipes qui permet (éventuellement) d’éviter le pire, et pas les lois gadgets sur la récidive qui, je le crois de plus en plus, ne font que dépenser des moyens (policiers et judiciaires) limités à des fins inutiles.
    Problème: le simple fait de dire cela est assimilé par Copé et ses sbires à un crime de lèse unité nationale! Mais ça, vous ne le verrez pas dans les éditoriaux.

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/03/23/toulouse-les-revelations-du-patron-du-renseignement_1674664_3224.html
    http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Mort-de-Merah.-L-assaut-du-Raid-mene-sans-schema-tactique-_39382-2058316_actu.Htm
    http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/Toulouse-les-explications-du-RAID_a553.html

    Commentaire par Javi — 23/03/2012 @ 14:30

  20. La seule chose qui est indigne est de parler de « monstre » et de refuser / fuir / empêcher tout débat sur les origines et les causes de telles dérives possibles, même si les passages à l’acte sont exceptionnels, d’un jeune Français, né en France de parents Français issus d’Algérie et ayant des attaches avec l’islam, dérives de la délinquance vers l’Afghanistan et la radicalisation, puis le passage à l’acte brutal, non prévisible disent ceux qui l’ont connu.

    Monstre est le terme de Sarkozy, qui ainsi le rejette hors de l’humanité et dit qu’il n’y a rien à comprendre ni à chercher à comprendre. Aucun lien ni aucun rapport avec la France et la situation d’une jeunesse aux attaches culturelles arabes et musulmanes, habitants de quartiers périphériques où chômage et délinquance sont sur- représentés.

    Mélenchon, mieux encore, a parlé de dégénéré.

    Le Pen je ne sais pas, mais je ne crois pas qu’elle soit allée si loin.

    La démagogie et l’indignité, c’est du côté de la politique qu’il faut les chercher.
    Après, les media, c’est caisse de résonnance et plus ou moins de professionnalisme et d’éclairages sur les événements.

    Et je n’ai pas cité, Nouvel Obs, Rue 89, Mediapart, le Canard, les Inrocks et sans doute d’autres sites internet qui mériteraient de l’être?
    Tout de même englober tous les media sous la catégorie poubelle, c’est pas mieux que d’englober tous les politiques dans la même catégorie.

    Commentaire par salomé — 23/03/2012 @ 14:45

  21. @ javi. Un discours de récipiendaire est soumis à des conditions assez strictes. Il est minuté et peu propice à des références qui ne concerneraient qu’un auditoire de spécialistes. La distinction nouvelle sur l’Internet entre le « visible » et le « public » est reprise d’un excellent essai du sociologue français Dominique Cardon, « La démocratie Internet. Promesses et limites », aux éditions du Seuil. Lecture vivement conseillée.

    Commentaire par Daniel Cornu — 23/03/2012 @ 17:33

  22. @Salomé : savez-vous que sous l’influence d’un cabinet de conseil anglo-saxon, nous avons désormais un indicateur nommé « Unité de bruit médiatique » qui renseigne sur la médiatisation d’un événement, c’est-à-dire si j’ai bien compris, le nombre de personnes touchées par une info. De mémoire, le jour de l’affaire Kerviel, chacun de nous en avait entendu parler trois fois. (voir le livre de Le Bret sur l’affaire). C’est ce bruit médiatique qui m’insupporte. Dans les périodes de grands événements, le système devient fou et le bruit qu’il fait est proprement abrutissant. Maintenant, je ne doute pas que, pris individuellement, chaque média soit plus ou moins correct (hors le délire en continu de BFM par exemple) et qu’on puisse trouver des analyses intéressantes soulevant de bonnes questions, voire apportant des réponses. Au-delà de ce bruit mécanique contre lequel on ne peut rien, il y a des sous-jacents, pour jargonner façon financiers, idéologiques qui m’irritent en continu et plus encore en ce moment. Je n’ai rien contre la politique, excepté peut-être une distance méfiante et désabusée, j’ai beaucoup en revanche contre les petites phrases, les procès d’intention et d’une manière générale les discours guidés non pas par le souci de comprendre et d’informer mais dans celui de convaincre, persuader, voire manipuler.

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/03/2012 @ 17:39

  23. Repéré lors du très intéressant débriefing de l’affaire de Toulouse par @si : http://blog.lesoir.be/parisbysoir/2012/03/20/la-campagne-suspendue/
    et l’émission, donc, que je suis en train de visionner (je me mets au live, comme tout le monde) : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=4796

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/03/2012 @ 19:55

  24. @Javi : moi j’ai vu une gauche critique et le cul entre deux chaises sur le problème de la sécurité. Parce que reprocher au gouvernement d’éventuelles fautes de surveillance sur l’individu, c’est drôlement compliqué pour la gauche. Fillon a du rappeler ce matin qu’on ne pouvait pas embastiller les gens parce qu’ils voyagent en Afghanistan…ce qui est pile un discours de gauche (et parfaitement pertinent d’ailleurs). Globalement, ça nous dit quoi ? Que les politiques disent n’importe quoi, le tout étant de plaire aux électeurs, c’est-à-dire pour la gauche d’attaquer la droite, et pour le gouvernement de défendre son bilan, ce qui aboutit à une inversion du discours idéologique. Croustillant, non ? Et vous voudriez que j’écoute ce tombereau d’âneries ? J’en frissonne à l’idée d’en avoir entendu malencontreusement un court et représentatif extrait 😉
    Sur les explications des professionnels eux-mêmes, bien sûr qu’elles sont intéressantes. Ce qui me gêne, c’est le timing. Avant (il y a longtemps), on enquêtait sur un événement et ensuite éventuellement on remettait en cause la récit originel de cet événement. Aujourd’hui, l’événement est encore en cours que déjà on soupçonne par principe mensonge, incompétence et manipulation. Au point que les intéressés n’ont même pas le temps de prendre une douche et de dormir que déjà on les somme avec suspicion de débriefer et de se défendre. En d’autres termes, le temps de l’intelligence qui suppose d’observer, de se poser des questions et de tenter d’y répondre (des heures, des jours, des mois voire des années) est remplacé par un procès d’intention pendant le cours même de l’événement. Un procès qui se nourrit de quoi ? De l’avis de mecs derrière leur écran qui prétendent être plus doués et plus intelligents que les professionnels sur le terrain. Tenez, ça me rappelle une triste histoire racontée par le grand reporter Jean-Paul Mari dans « Sans blessures apparentes ». Lors d’un conflit, je ne sais plus lequel, des éditorialistes avaient reproché à un cameraman ses images prises d’un peu trop loin. Alors il est allé plus près, et il est mort. On y gagne me direz-vous, cela évite de laisser prospérer une erreur. Oui et non. A mon avis, le temps de la réflexion et de la compréhension est incompressible (réflexe de juriste). Tout ceci me donne plutôt le sentiment d’une hystérie collective. Vendeuse pour les médias, satisfaisante pour le public. Terriblement dangereuse pour tout le monde. Mais ce n’est que mon avis… 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/03/2012 @ 20:14

  25. Sans remettre en cause « le récit de cet événement », on est en droit de se poser des questions, non ? On peut s’étonner, comme Prouteau (même si on devine derrière ses propos la gué-guerre politique de l’ancien du GIGN, qui a grenouillé au service de Mitterrand), du non emploi de gaz lacrymogènes. En plein air, dans les manifs, quand on se prend des lacrymos dans la tronche, on crache tripes et boyaux et on est incapable de rien faire. Je me dis que dans un appartement, alors qu’il n’y a pas d’otage, un peu de lacrymo aurait plus qu’un peu empêché le forcené de réagir. Je m’étonne par ailleurs de la précipitation. 30 heures, c’est pas grand chose, d’autant qu’on n’est pas dans la situation beaucoup plus complexe d’une prise d’otages. Qu’est-ce qui empêchait de prendre son temps ? La pression des médias ? La pression de quelqu’un qui voulait montrer très rapidement à l’opinion publique qu’il maîtrise la situation comme lors de l’affaire HB, qui lui a été si profitable ?

    PS : on peut d’autant plus s’étonner après avoir appris que Merah s’est pris plus d’une vingtaine de pruneaux dans le corps. Je sais bien que les jeunes, faut leur mettre du plomb dans la cervelle, mais tout de même…

    Commentaire par Gilbert — 23/03/2012 @ 20:31

  26. @Gilbert : j’aime beaucoup votre conclusion 😉 dans la police, on dit « neutraliser », j’adore cette formule. Ces questions sont bonnes, Gilbert, c’est le timing, l’instantanéité, qui pose question. En plus, le jeu du pour/contre est incompréhensible sans la toile de fond que vous rappelez sur le sous-jacent des discours. Sur les gaz, allez chez Merchet, le billet cité par Javi sur la réponse du RAID fournit des explications pour l’endormissement, quant aux grenades lacrymos, j’y ai gouté dans ma jeunesse et je confirme, sauf que j’ai entendu ce matin je ne sais plus qui dire que ce n’était pas aussi incapacitant que ça. A voir…

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/03/2012 @ 20:38

  27. @Gilbert : maintenant, si le soupçon, c’est qu’on a tout mis en scène pour que le spectacle avantage NS, c’est-à-dire prolongé le bordel, évacué un immeuble, risqué la vie de policiers, paralysé un quartier, mobilisé tous les médias de France et d’ailleurs, fait durer le truc 30 heures pour finir sur un feu d’artifice de 300 cartouches, des policiers blessés et un suspect criblé de balles, alors on n’est plus dans un problème électoral mais on se dirige vers la cour de justice. Personnellement, j’ai tendance à écarter par principe les scenarii complotistes, la réalité est souvent plus décevante qu’on ne l’imagine…

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/03/2012 @ 20:54

  28. Utiliser ce qui s’est passé à Toulouse est une faute impardonnable. Il y a assez de « passé » sur lequel potasser et tirer des analyses à froid, cohérentes et réalistes. Chercher le sang, la terreur et les larmes pour grappiller quelques voix ou pour vendre de l’audimat est inhumain. La presse et les politiques transforment tout en spectacle, parce qu’ils n’ont aucune empathie. Ce sont des morts vivants complètement obsédés par leur apparence, une farandole digne de Brughel, celle de ces aveugles avançant dans une atmosphère de folie, avec à leur tête celui qui est déjà tombé et qui entraîne tout le monde avec lui. Poser la question ‘qui a commencé?’ est vain. C’est toujours la même histoire : on le fait parce que l’autre le fait. Sarkozy se sert de la souffrance pour se peindre avec une aura de compassion infinie et se coiffer d’une auréole de sainteté et d’apaisement dans ce monde de folie. Comediante tragediante. Les autres, suffoqués d’autant de culot et de cynisme et d’opportunisme insensé, tentent de dire que tous ces événements sont la conséquence directe de cinq années de pilonnage incessant sur les musulmans dont le seul but était de faire les yeux doux aux anti-islamiques. Ils essaient, via la presse qui est visiblement, elle-aussi, prête à tout, elle est déjà en train de tomber dans l’inhumain, pour se débarrasser de Sarkozy, de trouver tout ce qui peut casser cette aura dans laquelle se dissimule notre chef bien aimé qui compte sans doute, aller, caché dans ce brouillard, nous refaire napoléon à austerlitz.

    Commentaire par Bray-Dunes — 23/03/2012 @ 23:31

  29. Bonsoir.
    Prouteau (préfet pour services rendus à qui vous savez), donneur d’avis d’autant plus éclairés que le palmares du GIGN comporte la grotte d’Ouvea. Passons.

    D’aprés le responsable du raid il n’y a pas eu assaut mais c’est quand son équipe a voulu faire passer des grenades dans la salle de bain que le forcené en est sorti en donnant l’assaut lui-même.

    Il n’est pas criblé de balles mais a été blessé à plusieurs endroit sur les membres supérieurs ce qui semble prouver une volonté de ne pas le tuer.
    Un snipper lui a tiré une balle dans la tête au moment où il voulait sortir dans la rue tout armé. Mais fallait-il le laisser courir ainsi dans la rue?

    Le complot tombe de lui-même, par contre l’intervention de Prouteau complaisemment relayée par des medias m’intrigue. Un retour de Rwanda?

    Enfin dernier point. De source sûre (un des participants du raid) à Neuilly il n’y avait pas le choix. La balle dans la tête de human bomb était le seule issue possible, vu le piégeage de la classe et le dispo de commande.

    Commentaire par araok — 23/03/2012 @ 23:38

  30. @ Gilbert

    Je pense comme vous qu’on aurait pu attendre plus longtemps avant d’investir l’appartement. Enfermé dans sa salle de bains, avec peut-être quelques provisions mais sans eau courante, ni électricité, ni sommeil ou presque, Merah aurait pu tenir mais pas si longtemps que ca et il se serait rapidement affaibli. Le fait est que sa vie ne comptait plus. S’il était question de le prendre vivant ce n’était pas pour préserver sa vie, c’était pour avoir la satisfaction de l’exhiber et de le juger…
    Avons-nous vraiment aboli la peine de mort ?
    Sommes-nous vraiment sortis de la pensée sacrificielle ?

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 24/03/2012 @ 10:53

  31. @ Aliocha # 9 :

    C’est la densité du propos de Daniel Cornu qui, à mon avis, fait que le nombre de réactions est ce qu’il est. Son discours est empli de ce dont nous avons besoin, à savoir des questions pertinentes, qui sont autant d’invitations à la réflexion, à se donner le temps.

    Pour ce qui est du commentaire de Denis Monod-Broca… que dire ? Si ce n’est que son contenu fait chaud au coeur. Merci Denis !

    J’ai découvert Daniel Cornu dans votre blogroll, et j’ai adoré la série qu’il avait consacré à l’anonymat des commentaires… passionnante !

    Pour ce qui est du barnum que nous ont offert les chaines toutes info… c’est de plus en plus consternant ! C’est le triomphe de la télé réalité, et je pense qu’il faut que le processus aille à son terme avant que nous puissions avoir quoi que ce soit de meilleur.

    Commentaire par Zarga — 24/03/2012 @ 13:08

  32. @ Daniel Cornu
    Vous abordez à un moment dans votre livre le lien entre politique et presse. Comment la presse peut se libérer de ce lien? Par la vérité ? Mais comment peut-elle y accéder si le politique s’y oppose? Ce lien est-il originel et constitue-t-il la question de la presse, si, en effet, le débat public se constitue contre le diktat du pouvoir qui lutte pour s’accroitre. Mais lutter contre le pouvoir, lui dire non et tenter d’exister en dehors de son diktat et de son « illimité », n’est pas rechercher la vérité.
    Si on regarde la presse, ne voit-on, seulement, la lutte des frères. Comme dans un mimétisme permanent où chaque frère tente de se distinguer des autres. Un œil sur les autres, pour voir ce qu’ils font et pour faire la même chose, en modifiant la forme, le petit « plus » qui fait la différence (après quoi on est quitte). C’est une réaction en chaîne immédiate avec comme seul objet de réflexion la manière de présenter la « chose ». L’exemple de Toulouse ou celui de la Syrie ou de la Libye, montre cela lumineusement. Il suffit de prendre n’importe quel propos de la presse « reconnue » et on sent en filigrane qu’aucun des journalistes ayant la « carte » n’a le moindre recul sur le contenu qu’il fait entrer dans l’espace public, dans le débat public et qu’il est ENTIÈREMENT dans la question « comment font les autres et que vais-je faire pour qu’on me remarque ».
    C’est comme un ban de poissons dont on se demande comment ils font pour virer tous ensemble, ou comme un vol de grues qui piaillent pour rester ensemble et chacune à « sa » place dans le triangle, ou comme un peloton du tour de France où les coureurs se marquent, se surveillent, tentent de s’échapper, organisent une chasse, punissent le mécréant ou bien en font le nouveau « patron » du tour, le porte aux nues, installent sur le pinacle le nouveau pouvoir contre lequel il va falloir lutter désormais et cela sans fin.
    Vus ainsi, les journalistes « doivent » prendre conscience de leur aliénation, « pour » pouvoir enfin aborder librement la « chose », ce qui a lieu, ni à la façon des scientifiques (qui perdent leur subjectivité), ni à la façon des universitaires (qui s’abritent derrière les « auteurs »), ni des poètes. Tous ces gens ont réussi à se libérer du mimétisme pour aborder chacun « la chose-même ». Il reste à savoir comment peut s’y prendre quelqu’un dans le « journalisme ». Le jour où une équipe de journalistes se constituera, peut-être, en « artistes associés » et se vouera à la vérité pure et simple, sans prétendre évidemment tout dire sur chaque sujet, il y aura alors vraiment un espace public, une parole publique libérée de la lutte « pour » le pouvoir et les gens sortiront de la parano du : « ils » nous trompent, nous mentent, nous ignorent, nous traitent comme des demeurés et « on » va se venger et ça va péter. Le savoir sera à la portée du citoyen, on sortira de cette bouillie prémachée d’expertise et de commentaires en abîme qui nous gave, nous ronge de l’intérieur et que nous régurgitons dans la haine pour le semblant, avec le désir de nous extraire de ce maternage insupportable et alors la démocratie commencera peut-être à s’écrire (au lieu d’être un pur prétexte).

    Commentaire par Bray-Dunes — 25/03/2012 @ 07:02

  33. @ Bray-Dunes
    Je n’ai malheureusement que peu de temps pour vous répondre. Je tiens cependant à le faire sans attendre. Vous posez très bien le problème et votre métaphore du banc de poisson est éclairante.
    Un premier aspect est l’établissement de l’ordre du jour des préoccupations médiatiques, établi tantôt en accord avec l’agenda du pouvoir, tantôt de manière plus autonome et néanmoins commune. La notion de « copiage », fondé sur une observation constante des uns par les autres, l’exprime assez bien.
    Un deuxième aspect est l’accord qui se dégage souvent parmi les médias sur la manière de présenter et expliquer les thèmes retenus, même si chaque média ou chaque journaliste s’efforce d’assurer une valeur ajoutée par l’apport d’un élément nouveau et surtout par le choix d’un angle particulier. Ce n’est pas assez, en effet, pour assurer un retour au fait, à la « chose » dites-vous, qui justifierait éventuellement un autre regard et non seulement un autre cadrage. Ainsi, nous n’avons pas été confrontés à un grand nombre d’enquête approfondies au sujet d’une influence étrangère (américaine?), réelle ou supposée, sur les mouvements d’opposition au régime en Syrie, notamment à leurs débuts. Le caractère spontané de ces mouvements, dans le sillage du printemps arabe, semble avoir appartenu d’emblée à une sorte de « doxa » médiatique, au même titre que la prétendue présence en Irak d’armes de destruction massive.
    La question de la relation des médias au pouvoir est d’une grande complexité. Il me semble qu’elle relève dans un premier temps de la liberté de la presse et du rôle qui lui est dévolu de jouer, selon la tradition américaine, les « chiens de garde » du pouvoir, autrement dit d’aboyer lorsqu’elle constate que celui-ci tend à en abuser. Cela ne signifie pourtant pas une opposition systématique au pouvoir. Selon les circonstances, le journaliste peut contribuer à créer un accord dans l’opinion (au risque de la pensée unique!) ou au contraire à injecter du conflit. Quant à la vérité, une fois encore et suivant Hannah Arendt, elle est une vérité modeste, une vérité de fait, à laquelle le journalisme d’information devrait être attaché en priorité. C’est en quoi elle dérange le plus souvent le pouvoir, bien davantage que l’expression d’opinions critiques, ainsi que le montrent les résistances au journalisme d’investigation, non seulement dans les milieux mêmes du pouvoir, mais aussi dans une partie de l’opinion publique.
    Mais la discussion n’est pas close…

    Commentaire par Daniel Cornu — 25/03/2012 @ 11:25

  34. C’est sans doute encore un complotiste, ou un sportif en chambre, bière à la main, qui donne son avis depuis son canapé :
    Extraits du « Vite dit » d’Arrêt sur images :
    « Prugnaud « est entré le premier dans l’Airbus d’Air France lors du détournement de Marignane le 26 décembre 1994, lui qui a tué trois des quatre terroristes et participé à la libération de plus de 200 otages, ne s’explique pas comment cette opération a pu« tourner au fiasco. C’est tout simplement incompréhensible». » écrit la Nouvelle République ».
    « Le but était de le taper vivant sans dommage collatéral. a la fin il y a un cadavre truffé de balles, et des blessés chez les gars du Raid! (…)C’est dingue. moi je comprends pas. Ils ont #foiré complet. #Tactiquement, #techniquement. C’est l’opé #loupée dans toute sa splendeur. »
    « J’ai été 18 ans au GI, je sais de quoi je parle. Quand je vois les impacts, les trous ds les murs je suis sur que le RAID a tiré du lourd (…)Pour moi dit l’ex du #GIGN, le #RAID a tiré des munitions #militaires, pas du flashBall!! Mais des munitions HK 40mm, ou au moins du 37mm. (…)Et le HK40mm ca fait des impacts énormes. c’est tout sauf du tir non léthal. L’appart a été transformé en champ de guerre. (…)Ils ont fait les cow-boys. pas possible autrement. les longues rafales c’est eux. Ils ont du utiliser aussi du HK 9mm Parabellum. »

    http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=13471

    Commentaire par Gilbert — 25/03/2012 @ 14:40

  35. remarques éparses

    Aliocha, si c’est BFM à quoi vous pensez , il suffit de dire BFM, ne pas mettre tous les media en cause, qui sont si disparates, entre ceux qui informent et éventuellement aident à comprendre, et ceux qui sont dans la propagande et cherchent la fascination.
    Sachant que le problème des media, leur potentielle nuisance, est la propagande, s’ils sont utilisés à cette fin, s’ils sont tenus en main par ceux qui réduisent la politique à la propagande, ce qui concerne le populisme dernière étape avant le fascisme.
    A distinguer de ceux qui travaillent à l’information et défendent la liberté d’expression.

    Ces généralités horripilantes ne sont pas plus pertinentes que les expressions sur « la » vie politique en général, ou les hommes politiques en général, ou « la » campagne actuelle sans distinction des discours, des styles, des hommes et des idées renvoyant tout le monde dos à dos, et l’horrible expression qui m’insupporte et semble être venue directement du FN « la classe politique ». Comme s’ils formaient une classe, uniforme, étaient tous interchangeables et comme si la lutte de classes passait entre le peuple et les responsables politiques, tous confondus. Populisme insupportable.
    Et maintenant le dernier thème à la mode c’est la classe mediatico-politique parce qu’ils couchent ensemble ! ! ! (cf Financial Time cité)
    Mais où va-t-on ?
    Est-il permis de réfléchir deux secondes ?

    Quel rapport entre le fait qu’il existe d’une part des journalistes / présentateurs TV / directeurs de publications amis – complices personnels du président qui lui servent de relais et de courroies de transmission, comme certains procureurs du même nom, ainsi que des directeurs de chaînes audio nommés par le président etc. etc. et, et qui se sont de plus en affaires avec lui, financiers, voire ses financiers et d’autre part qu’un homme politique vive avec une journaliste ? Prenons au hasard, V Trierweiler journaliste à Match -dont précisément le patron, le financier et le directeur de publication sont des amis personnels du président- et le fait qu’elle vive avec le principal concurrent du dit président pour les élections ? Cela va-t-il influencer Hollande ? (N.S. a sous-entendu que V.T. était proche de Bolloré ! ! !) ou cela va-t-il permettre à Match un virage à gauche ?
    C’est une plaisanterie ! Ce n’est pas ainsi que se forment et se diffusent les idées et courants d’idées.

    Plus sérieux, sur les nouveaux media et internet dont il s’agit, soit la question de la vitesse et de la communication dans l’instant qui laissent craindre le pire, càd l’emballement dans l’émotion sans laisser place à réflexion, ainsi que le concurrence faite par internet aux media professionnels

    1- Cela, cet abaissement de l’information et de la réflexion, est un aspect, mais non la totalité du phénomène. Car cet aspect cotoie son contraire. Deux aspects contradictoires s’opposent , selon que l’on appuie sur un bouton ou un autre. A savoir que les deux tendances se développent, justement.

    L’une représentée par BFM, abrutissement et assourdissement, lors d’un événement important, retransmis en direct bien sûr, invasion de l’espace dans le cadre de l’art de se ranger du côté de la propagande du pouvoir -et globalement Tweeter et son constant défilé sans tri me semble être à ranger du même côté ; mais je ne pratique pas trop Tweeter, dont le côté complètement étourdissant est la 1° chose qui m’apparaît et me fait fuir-.

    L’autre par les « live », en temps réel donc, de la presse professionnelle et en particulier digne d’être cité, celui du Monde pour l’affaire Merah qui, tout live qu’il soit, mais organisé par de la presse professionnelle, trie les nouvelles, citations, références; liens et interventions mis en ligne et donne en direct une information qui est l’exact contraire de ce que fait BFM, car permet de s’informer et incite à réfléchir : d’autant plus que dans le même temps il renvoie à des articles de fond du Monde particulièrement bien faits et approfondis sur le sujet.

    2- précisément parce que bien fait, les gens se sont rués en masse sur le live du Monde pour suivre l’affaire et se sont détournés de BFM : comme quoi, pour répondre à D Cornu, c’est le contenu qui fait la différence et non le medium.
    Si BFM tourne en rond et saoûle, n’a pas d’images à montrer -pb pour la TV !- et en plus raconte n’importe quoi, tandis que des live comme en font Libération et Le Monde permettent de suivre un événements avec les infos, liens, références etc. intelligemment triés par des professionnels, on se détourne du medium traditionnel TV et on son tourne vers internet;
    Leçon à en tirer : de la supériorité d’internet s’il est bien et intelligemment utilisé par les professionnels de l’information et des media traditionnels, càd. la presse écrite qui, en ligne permet ce que ne permet pas le papier et là concurrence et bat la TV-spectacle à plate couture, du fait du privilège de l’écrits. Donc supériorité d’internet et des interventiosn rapides si bien utilisé par les professionnels, dans le but d’éclairer le public et d’aider à comprendre et non dans un but de propagande au service du pouvoir.

    Dans un cas, il s’agit d’un métier, honorable, et qui demande des qualités et une éthique -et on se fout de savoir si truc est la femme de chose pas plus que homo ou hétéro etc.- dans l’autre il s’agit de propagande, alors là oui les liens et les relations sont importants, d’amitiés, d’argent, de complicités.

    Mais il s’agit de distinguer les deux.

    Je suis tout à fait D. Cornu quant à l’avenir du journalisme et de sa responsabilité professionnelle et éthique sur internet.

    3- Sur la prédominance de l’instant qui empêche la reflexion, de même que si c’est une tendance lourde des media évidemment car ceux-ci n’écrivent pas l’histoire, ils ne font que de l’information, il existe cependant au sein de cette tendance lourde deux tendances opposées, celle qui va dans le même sens et l’aggrave, et celle qui la contre. Car certians certains essayent d’y résister, soit le meilleur de la presse écrite qui est en train de muer en s’installant sur internet.

    Eh bien il en va de même en politique.
    Et, pour finir sur ce point, il me semble que si NS est, -comme les media grand public TV -, installé dans l’instant, qui fait se succéder sans ordre une idée qui chasse l’autre et compte sur l’oubli , on peut dire qu’il est l’homme des media qui en a adopté le style et le fonctionnement. Il les imite.

    Mais ce qu’il faut incriminer et accuser de légèreté et d’irresponsabilité, ce n’est pas tant les media qui suivent l’information où un événement chasse l’autre et entretient l’oubli, -cela dépend de la qualité des dits media- ce n’est pas l’oubli relatif et la superficialité des analyses à laquelle sont + ou – condamnés les media qu’il faut incriminer, mais c’est un homme et son discours politique qui s’est complètement fondu avec les media à force de les imiter, un homme qui fonctionne comme eux, du moins les media bas de gamme pour le peuple : en continu, sans pensée, et sans mémoire, dans le but de faire passer un message grâce une entreprise de décervelager systématiquement organisée.

    C’est là le problème.
    Une fois encore la dichotomie et les oppositions sont politiques, elles résident dans le but poursuivi, le style et les idées politiques , et certains media servent ces derniers. D’autres non et ceux-là seuls contribuent véritablement à l’information du public et à la compréhension. Ces media peuvent se multiplier grâce à internet et donner la possibilité et la liberté au public de se détourner des media de propagande.
    Force d’une démocratie : la pluralité

    4- enfin attendre du public plus large sur internet qu’il intervienne comme les professionnels, avec responsabilité, sans passion et dans le but de l’intérêt commun et avec une certaine éthqiue, ça c’est rêver car c’est impossible. Il suffit de voir les commentaires des grands sites dès lors qu’ils draînent beaucoup de monde, c’est l’horreur. Ne serait-ce parce que les fachos sont omni-présents et que la tendance FN , et celle de la droite extrême qui la concurrence sont sur-représentées.

    Donc présence des media professionnels sur internet en usant des technologies contemporaines, mille fois oui, pour concurrenecer toutes les TF1 et BFM, et pour ne pas laisser internet et l’information aux commentateurs de forum qui ressemblent souvent au caniveau.

    Sur ce point je suis beaucoup plus pessimiste que D Cornu.

    Commentaire par Salomé — 25/03/2012 @ 15:37

  36. @Gilbert : tsssss, je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas chercher à savoir après les événements. Je suis juste un peu méfiante avec les commentaires en chambre, pendant. Maintenant, je suis en train de finir une enquête sur un tout autre sujet, et je peux vous dire qu’il y a des experts qui se plantent. Je viens même de découvrir une nouvelle raison de plantage que je n’avais pas imaginée : ils surestiment souvent la puissance et la qualité du système auquel ils appartiennent. A cela s’ajoute le syndrome classique du « à leur place, j’aurais pas fait comme ça ». Ce qui n’empêche pas d’écouter en l’espèce votre expert. Simplement, en tant que juriste, lorsque je les entends, je les imagine toujours à la barre soumis à des interrogatoires et des contre-interrogatoires. Combien alors s’effondrent, ou montrent les failles de leur raisonnement. Il n’est même pas utile d’être avocat pour le savoir, le cinéma est rempli de films sur la fragilité des témoignages et des expertises. Voyez 12 hommes en colère, ou, en plus léger et tellement drôle Mon cousin winny.

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/03/2012 @ 15:42

  37. @ Aliocha
    Je n’avale pas tout rond ce que dit le mec du GIGN (après tout, on peut le soupçonner, vu qu’il a fait partie de la bande à Prouteau, d’avoir les mêmes arrières-pensées idéologiques qui le pousseraient à débiner le Raid, privilégié par Sarkozy au détriment du GIGN). Simplement, quand on a un peu de recul, de bon sens, et de mémoire, on peut s’étonner du règlement de la situation toulousaine, où le mec était tout seul, isolé, sans otage, par rapport à des cas beaucoup plus difficiles, face à plusieurs forcenés qui plus est avec des otages.
    La mémoire permet, par exemple, de se souvenir que ces officines spécialisées sont capables de commettre des crimes, comme l’exécution de prisonniers après un assaut. Je fais allusion à l’affaire de la grotte d’Ouvéa. Même Rocard a reconnu que des Kanaks blessés avaient été achevés : http://www.rue89.com/2008/08/19/nouvelle-caledonie-laveu-de-rocard-sur-laffaire-douvea

    Commentaire par Gilbert — 25/03/2012 @ 17:59

  38. Schneidermann s’en prend à BFM, pas à tous « les media » sans distinction
    http://www.liberation.fr/medias/01012398175-une-salle-d-attente-nommee-bfm-tv

    En revanche, sur internet, il y a du boulot pour les journalistes susceptibles de donner une information et des perspectives qui relèvent le niveau et sont vraiment utiles si elles sont bien faites., vu qu’il y aura toujours = de monde sur internet et que la TV poubelle du genre BFM ça lasse à force de ne rien dire, d’ignorer toute distance et de ne proposer aucune réflexion ni possibilité de comprendre.

    Commentaire par salomé — 26/03/2012 @ 09:32

  39. il y aura toujours+ de monde

    Commentaire par salomé — 26/03/2012 @ 09:32

  40. Il me semble que Daniel Cornu a bien dégagé, enfouie dans le libéralisme, l’une des racines de la presse. On comprend mieux ainsi l’attitude de certains journalistes, on les voit « comme » des personnes préoccupées par l’argent (à extraire de l’info) et non par la vérité affleurante (comme peuvent l’être les scientifiques, les chercheurs, les littérateurs, mais aussi les flics, les juges, les assistantes sociales, les médecins … bref tous ceux qui ne peuvent pas ne pas voir). On a l’impression qu’ils exploitent les faits comme les capitalistes exploitent un filon de charbon (ils sont ainsi à distance, ils médiatisent, ils industrialisent le monde). D’où l’impression d’inhumanité qui nous fout la nausée quand on voit le NObs, le Monde, BFMtv, France Info etc …faire un filon d’argent de la vie d’un homme (qui va mourir, en vrai, c’est ça le scoop, le « petit plus » qui va faire pâlir de jalousie les con-frères et qui va « assurer » quoi ? la survie du canard et de ses canetons). Transformer le monde plutôt que le penser, le transformer en argent sonnant et trébuchant, se transformer en épicier, n’avoir aucun égard pour rien, ne voir en l’autre qu’un pigeon à gruger, voilà ce qu’est un journaliste rendu sourd et aveugle par l’idée de profit à « tirer » de l’info (gruger son prochain pour tirer du profit d’une lessive, c’est déjà problématique, mais que dire de : tirer un profit de la mort d’un homme ….. filmée en direct … ).
    Mais il me semble que le journaliste appartient aussi à une autre région. Il me semble que si on faisait un survol en satellite du contenu de ce que la presse a « imposé » comme contenu au débat public, de ce qui a fait ce fleuve zigzagant de la doxa, on obtiendrait autre chose qu’un simple objet de commerce (lié simplement au « petit plus » qui fait vendre, qui attire le badaud), on verrait le rôle fatal qu’a joué la presse dans la mise en scène du méchant et de celui qu’il faut, de toute évidence, éliminer pour qu’on soit « mieux » entre nous. [je ne connais d’étude de la place de la presse dans le déferlement des dictatures auquel nous assistons depuis le XX° siècle].
    Je verrais une troisième racine au journalisme : son déni de la réalité. Nous avons tous un métier, nous participons à un petit monde plus ou moins structuré que nous connaissons comme notre poche, mais que nous sommes incapables de « décrire », de savoir par quel bout commencer pour en dire quelque chose, tellement nous ne savons pas à quoi nous avons affaire et que plus nous sommes près de ce sur quoi porte notre métier, moins nous faisons les fiers et moins nous savons où nous allons. Or voilà ti pas qu’à la radio, dans un journal, un journaliste tente d’en parler, de nous dire ce qui ne va pas et aussi « ce qu’il faut faire » pour que ça aille mieux. Il invite des personnes en rapport avec ce petit monde, mais comme lui-même ignore de quoi il parle pourtant, il se fait manipuler par ceux qui sont là pour une raison liée à leur position dans ce petit monde (par exemple, dans le monde de l’entreprise, un patron va se servir du journaliste pour promouvoir une « idée qui l’arrangerait » et il va le noyer sous une accumulation d’arguments irréfutables mais sans importance véritable : la vérité devient un semblant qui sert à agir dans le sens d’une « idée » utile à tel ou tel pour une raison x ou y). Nous rions, car nous ne reconnaissons pas la vérité, notre métier, le milieu où il se déroule, son but, comment on s’y prend … mais nous voyons bien pourquoi un tel dit telle chose, quel est son but à court terme. Les journalistes seraient des ignorants qui passeraient leur temps à parler des autres, à les faire parler et sans jamais avoir jamais accès à un lieu propre. Un peu comme ce que dit Platon des poètes, ils nous livrent un semblant du réel, une copie qui nous fait éclater de rire. Les journalistes seraient des planqués, des faux savants, qui parce qu’ils ne sont pas au contact d’un réel quelconque, n’ont d’autre objet qu’eux-mêmes, c-à-d ce que leur con-frère fait, avec lequel il forme un banc et qu’ils imitent mais dont ils doivent se distinguer formellement. Ils font les fiérots, à l’image des politiques, car ils sont déconnectés, ils parlent pour les autres, ce sont de purs représentants (formant un système s’auto-engendrant), à l’image des commentateurs sportifs emmitouflés dans leur cabine de presse, ni sur le terrain boueux où ça joue, ni dans l’effet que cela produit chez les spectateurs. Ce sont des bavards qui imitent d’autres bavards, ils parlent ou écrivent et vivent de ceux qui les écoutent, ce sont des professionnels du rien (du « circulez y a rien à voir », du « sans transition », du « je n’en veux rien savoir ») pour emplir du vide (tenir l’antenne, remplir les colonnes)
    Enfin, et c’est le principal, le gros du morceau, c’est que la presse est la continuation de la politique et que la politique est la continuation de la richesse et que plus riches seront riches, plus ils seront puissants et plus ils achèteront les politiques et la presse qui va avec. C’est l’enjeu essentiel, or au lieu de se battre pour leur liberté, les politiques et la presse parlent de la pluie et du beau temps (des patacaisses avec la Syrie, Toulouse etc) ; à part Bayrou en 2007, personne pour taper du poing sur la table. Mais comment pensez-vous que la presse financée par les riches et les campagnes électorales financées par les riches, puissent donner autre chose que motus et bouche cousue?

    Commentaire par Bray-Dunes — 26/03/2012 @ 13:12

  41. @Bray-Dunes #41 :

    Je ne crois pas que la majorité des journalistes se soit désintéressée de la « vérité affleurante ». Il me semble que ceux que vous décrivez ainsi se comptent dans le sérail des gros matous qui ronronnent depuis des décennies, et qui vivent de leur rente, comme le font nombre de commentateurs politiques qui n’ont de journalistes que le nom.

    Pour moi, la majorité des soutiers est mue par le ressort dont Aliocha nous parle si souvent : chercher à voir, à comprendre, au plus près, et rendre compte.
    Après… « transformer le monde plutôt que de le penser » me laisse songeur. Penser le monde et ses convulsions et évolutions est une fonction traditionnellement dévolue à l’intellectuel. Je ne vois pas pourquoi le journaliste s’en emparerait, j’attends autre chose de sa part : qu’il me rende compte de dont il a été le témoin, ou de ce sur quoi il a enquêté.

    Et cette recherche me semble de nos jours de plus en plus remplie par les divers chercheurs en démographie, sociologie, histoire, etc. plus que par les journalistes.

    A cela, je vois une explication principale : le piège de l’argent, ou plutôt du manque d’argent.
    La financiarisation à tous les étages a imposé son modèle à la presse, et sa course à la rentabilité est devenue la seule grille de lecture acceptée, acceptable.
    Ce diktat étrangle les organes de presse, qui ne peuvent plus entretenir de correspondants étrangers par exemple, et qui se doivent de ménager les intérêts supérieurs de certains de leurs actionnaires. Donc, en lieu et place d’enquêtes indépendantes, on nous sert du publi-reportage… il faudrait relire le discours de la servitude volontaire pour plus de lumière sur le sujet.

    Un des effets induits par cette servitude est que la presse se retrouve à servir la société de consommation dans sa propension à flatter notre « Eros » : il faut jouir, encore et toujours, plus fort, plus haut, plus loin. Alors que sa déontologie devrait être irriguée par l’Agapè, au sens platonicien du terme (enfin, si j’ai tout bien compris !).

    Commentaire par Zarga — 26/03/2012 @ 18:29

  42. @Zarga
    Vous dites que les journalistes dans leur naturel sont en général des gens plutôt portés à témoigner de ce qui se passe vraiment. Et que, ce serait une distorsion de ce naturel qui conduirait à ce qui remplit l’espace public, c-à-d, toujours plus d’émotion de pacotille et toujours pas de réflexion, quelques bons mots twiter par ci par là et le gros de l’iceberg aux oubliettes. Cette corruption du bon naturel viendrait d’un système de places au moyen duquel certains journalistes parviennent à prendre la direction des rédactions et à voir les choses autrement : ce qui compte, de toute évidence, pour un journal, ce n’est pas la question de faire avancer la vérité, mais celle d’assurer la crédibilité du journal (et les emplois). On retrouve le même déplacement dans le monde politique. Les gros matous ont perdu le goût des souris et celui de la chasse, ils viennent se frotter aux jambes des maîtres. Les maîtres, c’est le gros de l’iceberg, c’est ce dont la presse devrait, suivant en cela son naturel de chasseur, prendre pour des souris et chasser impitoyablement. Les maîtres ce sont les riches. Et le problème avec les riches, c’est que ce n’est pas statique, ce n’est pas une catégorie, une classe abstraite de sociologue, c’est une puissance vivante qui grossit et vit cachée. Et les petits matous affamés sont face à ce qui grossit, là où ça se joue : le lieu de la vérité factuelle, celle où les dés sont jetés, à l’abri des regards indiscrets. Mais pour que les dés puissent donner le bon résultat, il est absolument nécessaire, pour les riches, de rester entre soi et d’éviter absolument que la populace ne vienne réclamer « des comptes » et vérifier comment les dés sont jetés (ne soient pris d’un doute ou d’une parano collective).
    Je suis prêt à croire que le fonctionnement de notre « société supérieure » est en gros celui-là : une puissance financière multitêtes, une hydre, qui se méfie comme de la mort de la populace et qui tente de la contrôler. Pour cela, elle doit être crédible : il faut que les gens croient que les dés roulent pour de vrai et que tout est réglo. Pour cela, il faut que ce soit le peuple lui-même qui se convainque que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. C’est précisément là que l’on retrouve, en médiation, l’auto-proclamé-politique et son bagout et l’auto-proclamé-journaliste et ses articles « autant en emporte le vent ». Toute l’analyse devrait porter sur : comment cette médiation se réalise continuellement et sous nos yeux (qui nous servent à nous tromper, dixit les philosophes).
    Vous dites que ce n’est pas aux journalistes de rentrer dans cette analyse, qu’il ne sont pas armés pour ce dur labeur. Or, je parie que pour cette analyse ce n’est pas du cerveau d’Einstein qu’on a besoin mais du courage de Gavroche qui ramasse la liberté tombée dans le ruisseau. Le vrai problème est que le chien ne mord pas la main qui le nourrit. La liberté et lui, ça fait deux.
    Le chat, parfois : il a des principes.
    Un journaliste peut gentiment se contenter de renifler le derrière de DSK et aboyer après les ombres. Mais il a au fond de lui, l’obsession de savoir où il est et ce qu’il veut. S’il remonte la pente et fait ce qu’il veut, il s’apprête alors à dévoiler le vrai, les faits et les raisons de ces faits, mais alors il sait qu’il se heurte aux puissances qui voilent les faits et l’origine de ces faits. C’est fatal (comme dans Antigone, comme dans la psychanalyse). Donc s’il se fait embaucher par Al jazeera, par le NObs ou par le Figaro, il choisit de vivre en paix (et nul ne lui en tiendra rigueur, puisque c’est ce que tout le monde fait). Ou alors s’il veut être libre, alors les puissances vont lui tomber dessus : lui couper les comptes Paypal comme pour PirateBay, et le mettre en accusation pour délit sexuel comme pour Wikileaks. C’est comme ça. Il ne faut pas chercher plus loin, c’est ou bien, ou bien. Les riches ne sont pas riches par le hasard des cartes et l’argent gagné par la triche est la force maléfique du pot de fer dont parle Daniel Cornu. Retourner les cartes : qui le fait ? Quelques héros de romans noirs et de films qui finissent mal. Et à part Mediapart, je ne vois pas de journal qui soit orienté vers ce but. Qui, pour moi, est le seul qui constitue la raison d’être du journalisme (qui bien sûr va continuer à chanter en do ou en fa que la mère Michelle a perdu son chat, car il est payé pour ça). Voilà pour moi l’équation qui repose sur le postulat que les riches sont dangereux par essence et qu’il faut dévoiler sans cesse leur ouvrage (penser le monde suffit, car éclairer les faits, c’est aussi éclairer les voleurs (habillés par Cardin et chaussés par Carvil), ce qui « suffit » à la fonction de journaliste, le reste est l’affaire des juges, s’il en reste).

    Commentaire par Bray-Dunes — 27/03/2012 @ 14:17

  43. Pour info, amis lecteurs, Anne Nivat sera ce soir à l’émission de Taddei. Je précise à l’attention des distraits que c’est la grand reporter qui sillonne depuis des années l’Afghanistan et qui a publié il y a quelques mois « Dans les brouillards de la guerre ».

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/03/2012 @ 17:24

  44. Une info pour ceux que le procès des Khmers rouges intéresse, une émission qui s’annonce passionnante : http://www.france5.fr/et-vous/France-5-et-vous/Les-programmes/LE-MAG-N-16-2012/articles/p-15697-Le-Khmer-rouge-et-le-non-violent.htm

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/03/2012 @ 18:08

  45. Merci Aliocha. Je vais pouvoir enregistrer le doc sur le procès des Khmers rouges. J’ai été, indirectement, le « client » de François Roux. C’est un super avocat, d’une très grande humanité.

    Commentaire par Gilbert — 27/03/2012 @ 18:49

  46. @Gilbert : contente de vous être utile, je viens de recevoir le communiqué de FRance 5. Quand j’aurai fini mon gros chantier en cours – d’ici un mois – je verrai comment faire pour essayer d’informer plus régulièrement ici sur les bons reportages, les confrères primés mais dont tout le monde ignore le nom et trop souvent le travail etc. Sur Douch, c’est un de mes grands sujets du moment, que j’étudie quand j’ai le temps en parallèle avec Eichmann. J’avais parlé ici d’un avocat français des parties civiles, Pierre-Olivier Sur, ça m’intéresse beaucoup d’en savoir plus sur l’avocat de Douch, surtout au vu de la présentation qui en est faite dans l’annonce du documentaire. Merci à vous, pour l’information sur cet avocat que je ne connais pas.

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/03/2012 @ 19:14

  47. @Bray-Dunes :

    Merci pour votre réponse.

    Ce que j’entends lorsque je fais état de mon opinion concernant la grande masse des soutiers de la presse, c’est qu’ils me semblent constituer une majorité relativement « honnête », à savoir en phase avec l’engagement que j’imagine être le leur : chercher à voir, chercher à savoir, rendre compte, faire partager.

    La corruption dont je parle n’est pas simple, puisqu’elle se rattache à l’humain. S’agit-il de la corruption d’un certain idéal romantique, inévitable dès lors qu’il s’incarne dans les faits ? Je ne saurais le dire. Jeune homme, j’ai été très déçu de découvrir comment André Breton était devenu un Pape du surréalisme, excommuniant à tour de bras tous ces hérétiques… le surréalisme, pourtant décrit par lui comme la queue du Romantisme, et une queue ô combien préhensile ! Mais hélas, les idées se corrompent dès lors qu’elles s’incarnent.

    Peut-être le reflet que certains journalistes trouvent dans le miroir qui leur est tendu représente-t-il une image de soi si séduisante, qu’ils en oublient de regarder autour d’eux, et s’abiment dans la contemplation de leur nombril ? Vanité des vanités, tout n’est-il donc que vanité, et vaine poursuite du vent ?

    Concernant la puissance du « Mur de l’Argent », il faut à mon sens couper le cordon entre presse et finance, afin de laisser aller les regards là où ils sont sensés se porter. Il suffit de voir les journaux en équilibre financier, indépendants des caprices de tel ou tel actionnaire : Médiapart, le Canard Enchaîné, Le Monde Diplomatique, La Croix… autant d’exemples de travail journalistique de qualité, qui porte le fer dans la plaie.

    Au sujet du « Diplo », je m’étonne qu’Aliocha ne le mentionne pas plus souvent : voilà un exemple d’indépendance financière, avec pour bénéfice du contenu vraiment différent des courants majoritaires ronronnant et bien plan-plan.

    Je rejoins Daniel Cornu quand il dit que les journalistes ont encore un énorme travail de tri, d’agencement, parmi toute la matière qu’il peut leur être donnés de compulser. Et même si le travail de fond semble en ce moment être surtout le fait de chercheurs, rien n’empêche les journalistes de signaler aux citoyens ce qui vaut la peine d’être retenu. Souvent, les ouvrages en question sont publiés par des maisons d’édition universitaires, ou d’autres tout aussi confidentielles, et ne bénéficient pas de la publicité qu’ils méritent, et pour cause ! Ils constituent autant de coups de pieds dans la fourmilière. C’est là que le journaliste se doit d’intervenir : signaler la matière de première importance, car porteuse d’une information essentielle. On peut aussi rêver d’entretiens entre journaliste et chercheur, au cours duquel un ou des journalistes de talent arrivent à mettre en surbrillance tel ou tel élément plus sensible qu’un autre… toute une palette de possibilités qu’on aurait tort de considérer comme quantité négligeable.

    Commentaire par Zarga — 27/03/2012 @ 20:41

  48. J’ai connu François Roux en tant qu’avocat de José Bové (démontage du Mac Do à Millau), puis des Faucheurs volontaires d’OGM. C’est lui qui a organisé les comparutions volontaires. Alors qu’habituellement seuls étaient poursuivis, à l’issue d’une action de fauchage, les quelques uns « pris pour l’exemple », plusieurs dizaines de Faucheurs se sont présentés devant la Justice, en disant « nous aussi, on y était ». C’était vraiment hors norme pour les juges qui ne connaissent que la responsabilité individuelle de ceux qu’ils ont choisi de poursuivre. Finalement, M° Roux a obtenu gain de cause et a même gagné son procès avec la relaxe, au cours d’un procès à Orléans, des comparants volontaires. Bon, on a perdu en appel (je me mets dans le lot puisque j’étais impliqué), mais cette affaire a popularisé le combat des Faucheurs d’OGM et la comparution volontaire est devenue un système de défense pour d’autres combats. En fait, sur sa façon d’envisager la défense, je pourrais le comparer à Jacques Vergès. Ce n’est pas du tout la même personnalité, M° Roux est un humaniste chrétien, il n’est pas cynique et arrogant comme peut l’être Vergès (au contraire, c’est quelqu’un de très humble, très doux, très chaleureux), mail lui aussi est dans la rupture et tend à mordre la ligne jaune, à ne pas toujours respecter les procédures, à attaquer violemment le Parquet, au nom de « la désobéissance civique ». Sa théorie, c’est qu’on peut faire évoluer la loi en dehors de l’Assemblée nationale, dans les prétoires. Si vous avez l’occasion de le voir plaider, il fait vraiment partie de ceux qu’on range dans la catégorie des ténors.
    Pour en savoir un peu plus, sa fiche Wikipédia est assez bien documentée :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Roux
    Voir aussi son CV sur le site de son cabinet :
    http://www.scp-roux.com/Pages/cv-roux.htm
    Et le texte qu’il a écrit à la suite du procès Douch :
    http://cambodge.blogs.liberation.fr/2009/2012/02/nous-avons-d%C3%A9j%C3%A0-eu-loccasion-%C3%A0-plusieurs-reprises-de-donner-la-parole-%C3%A0-fran%C3%A7ois-roux-lancien-avocat-de-douch-lire-ici.html#more

    Commentaire par Gilbert — 27/03/2012 @ 20:41

  49. @Zarga,
    Pour quelqu’un qui travaille, rentrer le soir, c’est, le plus souvent j’imagine, chercher à prendre du bon temps. Impossible de se lancer dans une lecture dans un domaine technique qui n’est pas le nôtre.
    Donc, les journalistes doivent nous fournir les grandes lignes de l’actualité et surtout retourner les cartes. Toute la difficulté est là, car il s’agit, en retournant les cartes, de la subversion d’ordres qui tendent par ailleurs, le plus discrètement possible, à gagner en puissance. C’est une lutte sans merci, d’éclairage et de voilage (l’héritage des Lumières).
    Par exemple, Mediapart publie des extraits des écoutes du majordome, révélant la vérité de ce qui se passe à notre insu. Sans le majordome, sans l’avocat, sans le journaliste, rien de tout cela ne serait apparu : c’est la vérité voilée. Idem pour le Mediator.
    Il ne sert à rien pour le quidam de savoir le rapport de l’indice nikkei avec la courbe démographique de la Chine du Sud. Tous les travaux universitaires, tous les travaux en profondeur sont hors de portée du quidam et de plus, les chercheurs sont des fonctionnaires et ne peuvent pas intervenir dans le champ politique et aller voir là, où ça se passe, hic et nunc. Ils arrivent après la bataille, vingt ans après, ils soutiennent une thèse sur l’affaire bettencourt meyers : impossible à lire, car prise dans cadre technique, soit juridique, soit sociologique, soit psychanalytique …Or, tous ces savoirs ne nous intéressent que si nous en avons le goût. Par ailleurs, nous sommes, comme on dit, responsables en tant que citoyens de ce qui engage le présent et l’avenir (s’il y en a un). Donc, si monsieur sarkozy finance sa campagne de manière illégale, cela signifie que les autres candidats respectueux de la règle sont désavantagés et que l’élection de 2007 n’est ni valable ni même peut-être légale. Voilà tout simplement, sans avoir besoin de faire l’ENA, ce que n’importe quel enfant de collège est capable de conclure, comme étant l’enjeu véritable du CONTENU des écoutes (la forme on s’en tape). D’où la nécessité absolue pour sarkozy de voiler la vérité (sous la forme, la com) et celle opposée de tout citoyen en tant que citoyen de la faire apparaître comme contenu (c’est un fait)
    Je pense que ce que le pur hasard a fait apparaître (le hasard d’une affaire de famille et d’un majordome débrouillard) n’est pas unique et j’en conclus que la presse n’a pas à nous bassiner avec des histoires de cul, avec des histoires économiques incompréhensibles, avec des analyses sociologiques, avec des analyses de politologues et des commentaires psychologiques ….mais à faire ce qu’à fait médiapart : mettre les pieds dans le plat, continuellement et se battre pied à pied contre le pot de fer (qui a tous les moyens, jusqu’à la DCRI, pour faire le « ménage », en toute impunité) car ce n’est pas un enfant de cœur, mais plutôt un cœur de pierre, qui nous fait des mines et qui nous la joue au sentiment devant, tout en continuant au fond à faire des coups tordus . Un douche froide nous est nécessaire, histoire de rester éveillés et c’est pour moi ce qui fait la marque d’un bon journaliste.

    Commentaire par Bray-Dunes — 28/03/2012 @ 08:17

  50. @ Bray-Dunes :

    « Donc, les journalistes doivent nous fournir les grandes lignes de l’actualité et surtout retourner les cartes. »

    Je ne crois pas à cette exclusion chercheur / journaliste.
    Je suis tombé il y a quelques mois de cela sur une émission de France Culture où un jeune chercheur était invité à présenter son ouvrage sur les instituts de sondages. Son travail s’attachait surtout à la précarité de la main d’œuvre érigée en mode de fonctionnement, avec tout ce que cela pouvait entrainer comme ruptures avec l’orthodoxie méthodologique… et l’air de rien, comme cela, tout un tas de révélations nous étaient faites, au fil d’un entretien bon enfant, sur ce qui se passe d’ordinaire derrière le rideau (de fumée ?) qui protège la « cuisine » des instituts de sondages.

    Ici, le journaliste qui menait l’entretien n’avait pas mené l’enquête, mais il avait repéré l’ouvrage en question, et avait d’emblée réalisé la portée de ce qu’il contenait. Il jouait pleinement son rôle de passeur de témoin, il versait de la lumière sur ce qui avait grand besoin d’être éclairé.

    « Tous les travaux universitaires, tous les travaux en profondeur sont hors de portée du quidam »

    Pas nécessairement.
    Je reste convaincu qu’un peu de pédagogie arrive à éveiller et intéresser le plus grand nombre d’entre nous. Il ne s’agit pas de tous nous transformer en universitaires, mais de vulgariser correctement afin d’éclairer les esprits. L’émission d’Arte « Le dessous des cartes » en est une bonne illustration. Très populaire, ce programme réussit le tour de force d’initier un large public à la géopolitique, de façon très agréable et efficace.
    La qualité du travail faite en amont explique l’apparente simplicité de ce qu’énonce Jean Christophe Victor.

    Il y a du prestidigitateur dans chaque bon pédagogue : tout comme le lapin semble être dans le chapeau depuis le début du tour, celui ou celle qui a ce talent nous rend visible ce qui nous entoure mais demeure caché à nos sens.

    A tous, jetez un coup d’œil :

    « …de plus, les chercheurs sont des fonctionnaires et ne peuvent pas intervenir dans le champ politique »

    Ben pourquoi pas ? Je suis par exemple très déçu de ce qu’est devenu un mouvement comme Europe Ecologie. Phagocyté par Les Verts, il est directement tombé dans le piège du fonctionnement de parti, avec lutte de clans, conflits d’égos, et tout ce qui s’en suit. Alors que tout laissait présager une réappropriation de la chose publique par les citoyens dans leur immense diversité… y compris les chercheurs et fonctionnaires !

    Et puis un des exemples les plus frappants qui me vient à l’esprit est celui de la CRIIRAD, et de sa fondatrice, Michèle Rivasi. Ancienne de Normale Sup’, elle enseigne toujours en milieu universitaire, tout en étant élue… d’Europe Ecologie-Les Verts, au parlement européen !

    Notons que c’est au sein du rassemblement Europe Ecologie qu’elle a été élue en 2009, avant l’OPA des Verts… qui pour le coup en ont introduit un dans un fruit pourtant très prometteur ! Michèle Rivasi est fonctionnaire car enseignante, ce qui ne l’empêche nullement de mettre les pieds dans le plat politique aussi souvent qu’elle l’estime nécessaire, sans ménager quelque bord que ce soit.

    Commentaire par Zarga — 28/03/2012 @ 20:43

  51. @Zarga,
    C’est bien de retourner « quelques » cartes avec le recul de l’histoire et de découvrir, 100 ans après, le cynisme, l’inhumanité de ceux qui ont « fait » l’histoire. Vous remarquerez que la distance géographique améliore aussi beaucoup la lucidité et le courage de regarder en face la folie des dirigeants, leur mégalomanie, et leurs foutus délires de persécution, entraînant les pires douleurs, la militarisation, les levées d’impots, les endoctrinements …etc etc. Mais qu’il est difficile de dire que napoléon ou louis XIV ou pétain ont été des … chut .. impossible de …même avec 1000 ans sous le pont Mirabeau , charlemagne qu’est-ce que ça a été bien, la révolution française oh le top, la grande guerre une suberbe victoire, bref, tout ce qui est français c’est chouette, par on ne sait quelle magie … avisez-vous une once de critique et vous devenez un traitre, un anti-patriote, vous méritez la corde, le banissement : allez ouste!
    Comment ne pas voir là de l’aveuglement, de la mauvaise foi, et ce qui nous condamne à la bêtise, à l’arrogance et à suivre n’importe quel fou furieux pourvu qu’il soit de notre camp. Pour lutter contre la bêtise, il faut réfléchir.
    Je pense que le savoir microscopique fait partie de l’écran de fumée et de cette dérobade devant la difficulté de critiquer la mère patrie. La difficulté n’est pas seulement d’entrer dans les détails où l’on se noie si facilement (à croire qu’on le fait exprès), mais de faire apparaître les grandes lignes et surtout de faire le tour, d’aller derrière les faits présentés officiellement, pour voir l’envers du décor ; il faut un peu de courage et cesser d’être les dupes d’une appartenance nationale qui tient lieu de verité et d’absolu. La critique que je ferai de l’émission de France culture dont vous parlez, c’est qu’elle est trop microscopique, il lui manque d’aller au bout d’un fonctionnement d’un « tout », d’un pouvoir, d’une société. France culture ne prend aucun risque avec la vérité : de l’érudition pour honnête homme sage comme une image.
    Mais à distance, on n’est pas dupe. On voit, d’ici, très bien, par exemple, comment en Russie, Poutine joue, très mal, la comédie de la nation et on conçoit sans peine qu’il manipule l’opinion avec des décors en carton pâte. La presse nous le présente ainsi et c’est probablement vrai. Idem à Cuba, en Afrique, quasiment partout dans le monde, notre presse est lucide et juge sans complaisance les demi-fous qui sévissent et martyrisent au nom de la patrie et en réalité pour leur clan, leur cliques, leur amis. Ce qui manque à notre presse, c’est de nous donner les grandes lignes du FONCTIONNEMENT de ces Etats : c’est comme si elle évitait de constituer des dossiers de cet ordre de choses et de déterminer les faits politiques (le mode d’emploi), elle nous fait patauger quelques secondes dans le sentiment, puis passe « sans transition » à la ligue A, puis à la météo, mais semble ne jamais « vouloir » dire comment ça marche le pouvoir, à se demander vraiment, s’il n’y a pas, vous savez, comme un paquet de fils qui si l’on en tire un, tous viennent et parmi eux, certains qui concernent notre patrie et donc, pour ne pas …..etc etc etc ….je crois vraiment que c’est ça la bonne explication à la loi du silence et non que les journalistes soient de grosses couleuvres, imbibées d’alcool et narcissiques.
    Je reprends mon idée : un bon journaliste n’est pas là pour juger, on se fout de ce qu’il pense, ce n’est ni un philosophe, ni un poète, il est là pour donner une vision objective et exhaustive des faits, que cela heurte notre sensibilité ou pas, que la pilule soit amère ou pas. Toute la difficulté du métier de journaliste est dans le risque qu’il court du fait qu’il éclaire ce qui est caché. Ce qui est dur, n’est pas de trouver les mots ou les concepts pour dire que le roi est nu, mais c’est de « voir » que le roi est nu. On est aveugle et ce n’est pas une conséquence de la technicité du savoir (qui sert à nous noyer dans un verre d’eau) mais le fait de notre peu de courage à voir notre situation en face et à prendre le risque de l’éclairer quand on sait que ça ne va pas plaire du tout.

    Commentaire par Bray-Dunes — 29/03/2012 @ 00:08

  52. Bon, ben il a bien marché votre petit billet sur ce texte de Daniel Cornu !

    Commentaire par kuk — 29/03/2012 @ 00:59

  53. @ Bray-Dunes :

    Encore une fois, merci pour les réponses et le temps que vous voulez bien consacrer à notre échange, c’est très stimulant !

    Peut-être que je me trompe (si tel est le cas, merci de corriger), mais il me semble que votre exposé enferme dans le même sac les présentateurs des grands journaux télévisés (qui pour moi n’ont de « journaux » que le nom, et de « journaliste » qu’une pâle apparence… un mauvais ersatz, fade, terne, sans aucune tenue) et les journalistes de la presse écrite.

    Les quelques cartes dont vous parlez sont souvent retournées bien avant le recul des années. Vous déplorez le fait qu’elles soient trop peu nombreuses : je considère que c’est ce maigre début qui permet l’amorce d’une prise de conscience, à partir de laquelle chacun peut se faire une opinion. Mais évidemment, personne ne peut penser à notre place, alors une fois la pompe amorcée, c’est à nous, simples Shadocks, de pomper pour alimenter notre réservoir individuel.

    Pour ce qui est de dossiers intéressants dans la presse, je vous recommande encore une fois Le Monde Diplomatique : j’y trouve tout un tas d’articles concernant des pays que les journaux télévisés ignorent, traitant de sujets originaux, sous un angle original. C’est un mensuel, qu’on trouve en kiosque au prix de 4,50 € (tout à fait raisonnable !).

    D’autres revues existent, qui traitent de sujets de fond, et ne se contentent pas de faire de la « presse d’opinion », car il me semble que vous êtres épidermique là-dessus (comme moi, je vous l’avoue).

    Un de nos problèmes en France est que notre presse est depuis ses origines une presse d’opinion. Difficile de faire, dans ces conditions, la part entre le partisan et l’impartial. La dépendance dans laquelle les journaux se sont placés pour la plupart, au regard de la finance, est venue compliquer une situation déjà assez baroque comme cela. Résultat : une défiance croissante entre lectorat et journaleux. On sentait déjà depuis toujours le parfum de l’obédience idéologique, ou celui de la sensibilité, au travers des lignes de certains articles… il faut maintenant se contorsionner afin de ne fâcher ni son camp politique, ni ses actionnaires !

    Commentaire par Zarga — 29/03/2012 @ 11:51

  54. @Zarga,
    Je vous laisse, pour ce coup-ci, le dernier mot qui me parait le bon. C’est comme si la presse n’arrivait pas à trouver son cap, allant de charybde en scylla, allant de l’acte politique à l’acte marchand, évitant, comme fait exprès, de prendre la vérité factuelle et ses multiples raisons dans sa ligne d’horizon et de tenir bon ce cap, contre vents et marées. Le monde diplo, c’est bien, mais c’est au compte goutte : dans le désert, une goutte n’étanche pas la soif. Je pense que ce qui paralyse la presse, c’est la peur tout simplement, la peur des poursuites en justice, la peur de perdre son travail, la peur des barbouzes … Si c’est le cas, il faudrait que la presse commence par étudier ce fait là, pour l’éclairer et se libérer de son « aliénation ».

    Commentaire par Bray-Dunes — 29/03/2012 @ 18:18

  55. @Gilbert : les faucheurs d’OGM ont toute mon affection, leur avocat aussi 😉 je me souviens très bien de cet épisode, il m’avait marquée, en revanche, c’est vrai que j’avais oublié qui défendait les rebelles.

    Commentaire par laplumedaliocha — 29/03/2012 @ 18:56

  56. @ Aliocha
    Dans d’autres procès, les faucheurs d’OGM étaient également défendus par Christian Ételin (et son épouse Marie-Christine), un avocat qui vient d’être mis sous les projecteurs parce qu’il est l’avocat de Mohamed Merah. Je devrais dire « était », vu que le jeune homme vient d’être exécuté sans procès.

    Commentaire par Gilbert — 31/03/2012 @ 02:24

  57. […] Billets en relation : 21/03/2012. Internet, zone critique du journalisme ? : laplumedaliocha.wordpress.com/2012/03/21/internet-zone-critique-du-journalisme/ 26/03/2012. La vraie maladie de la presse française : http://www.erwanngaucher.com/RSS,0.media?a=851 […]

    Ping par Actus Généralistes 2012 S14 | La Mare du Gof — 09/04/2012 @ 20:53

  58. […] Je rappelle au passage que nous avons déjà parlé des travaux de cet auteur sur ce blog, ici (discours de Louvain reproduit en intégralité) et là (à propos du livre Les médias ont-ils […]

    Ping par "Tous connectés" : l’éthique journalistique à l’épreuve de la toile | La Plume d'Aliocha — 12/05/2013 @ 19:21


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