La Plume d'Aliocha

17/02/2012

Fichus anglais !

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 11:07
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Pauvre François Hollande !

Il se confie à quelques journalistes britanniques et voici que tous ses supporters hurlent à la trahison. Il faut dire qu’il y est allé fort. D’abord, il déclare qu’il n’y a plus de communistes en France. Un véritable provocation à mélenchonnade. Et ça n’a pas loupé, le candidat de gauche s’est immédiatement insurgé.  Ensuite, il en rajoute en rappelant que c’est la gauche elle-même qui a appuyé sur le champignon du libéralisme à l’époque où elle était aux affaires. Et là c’est l’appeau à chroniqueurs politiques en mal d’inspiration.

Deux petites phrases, d’un coup. Quelle jouissance ! Un truc à vous faire oublier celle de Guéant sur les civilisations et même à occulter les frasques de Vanneste à propos des homosexuels, pourtant juteuses si j’en crois l’aiguille de mon gueulomètre. A propos, vous avez vu ? Il pourrait être viré de l’UMP,  le Vanneste.  Il y a des gens qui ont un don certain pour se glisser dans le costume du bouc-émissaire. Sortir une connerie médiatique pareille au moment où, après avoir brièvement roulé des hanches devant les électeurs du FN, l’UMP se sent obligé de rassurer tous ses autres électeurs potentiels….L’innocent ! Il s’y est mis tout seul sur l’autel du sacrifice.

Mais revenons à notre Hollande national. Autrefois, on lisait l’avenir dans le marc de café, aujourd’hui on analyse la politique dans les résidus de discours et les déchets de conversation.

Faisons quand même une tentative de remise en contexte. Londres, c’est La grande place financière européenne. Et pour cause, nos amis anglais ont réorienté leur économie sur la finance, il y a déjà plusieurs décennies. Alors vous imaginez bien qu’il ne faut pas trop les taquiner là-dessus. Même le nez dans la m…. pardon, dans le rosbif à la confiture de menthe – et dieu sait qu’ils l’ont en ce moment  –  ils continuent de crier que c’est de la rose. Comprendre que les marchés financiers sont l’avenir de l’humanité, en tout cas de tous les peuples qui auront l’intelligence de suivre l’exemple de Wall Street, splendidement dupliqué par Londres. Autant dire que les gaulois dans l’histoire sont sujets à caution. Eux qui n’aiment ni l’économie, ni la finance. Eux qui surtout, depuis la crise de 2008, s’obstinent à brandir des projets de réglementation des marchés financiers à Bruxelles.  Les français veulent réguler, les anglais disent non. A tout. C’est si répétitif que ça en devient comique.  Non à la taxe sur les transactions financières (même s’il en ont une), non à un renforcement de la réglementation des marchés financiers en Europe, non à la création d’un gendarme boursier européen. Prenez n’importe quel projet actuel et demandez à un spécialiste où se situe le rapport de force. Réponse : entre Londres et Paris. Les anglais veulent conserver une marge de manoeuvre totale sur leur industrie de la finance.  Sur le fronton des banques, j’écris ton nom, Liberté ! Au point qu’on finit par en avoir marre des anglais, en particulier à Bercy. Je me demande même si Nicolas ne fricotte pas avec Angela, et réciproquement, pour le seul plaisir d’embêter les grands-bretons.

Comment s’étonner dès lors que François Hollande se soit cru obligé de rassurer mes confrères d’Outre-Manche, et à travers eux la finance nationale et internationale, en rappelant que le socialisme ne signifie pas forcément l’instauration immédiate et sans retour des kolkhozes ? Cela me parait plutôt bien vu de sa part. J’ose croire que personne en France ne pensait jusqu’ici qu’il avait à l’esprit d’interdire la finance dès son accession au pouvoir. Quant à la sortie sur la disparition des communistes, il s’agirait d’une imprécision de traduction. Fichus anglais !

Seulement voilà,  l’étude des petites phrases ne s’embarrasse pas de contexte ni de nuance. C’est une déclinaison de la voyance. Dès que la chose est proférée, il est impératif d’en rechercher le sens, non pas dans le propos plus vaste qui la contenait, ni dans le contexte où elle a été prononcée, mais à l’aune des intentions supposées cachées et donc nécessairement mauvaises de son auteur. Nos tarologues amateurs ont retourné la carte du diable et glosent à l’infini sur la longueur de sa queue. L’occasion est trop belle d’agiter la grande machine à polémique !

Notez, l’affaire est déjà éclipsée par la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy. A droite, on hurle de soulagement, tant le suspens était insuportable. A gauche, on rivalise de déclarations fielleuses. Sur BFM TV hier matin, les journalistes ponctuaient leur récit de « sans surprise » qui en disaient long. En effet, la machine  est lancée. On connait déjà le scénario et les dialogues par coeur. Du coup, on en viendrait presque à espérer le prochain dérapage, histoire de s’aérer un peu. Car c’est sans doute là que se niche la joie mauvaise de la petite phrase, dans ce couac réel ou imaginaire qui rompt l’infernale mélopée orchestrée par les spécialistes de la communication. Une pause fugace et réjouissante dans le ronronnement aseptisé du discours politique. Ainsi la communication, à force de nous proposer des mises en scène lisses comme des spots publicitaires finit-elle pas déclencher un effet pervers. Quand le vernis craque, on cherche avec frénésie la preuve du mensonge et de la rouerie. Comme si le masque angélique ne pouvait dissimuler qu’une charogne remplie de vers. La réalité est, hélas, bien plus médiocre.

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12 commentaires »

  1. Les Anglais sont vraiment drôles, ils ne savent toujours pas que le PS n’est plus de gauche depuis 1982 ? Au cas, où il y en aurait qui auraient encore des doutes : http://www.les-crises.fr/deregulation-financiere/

    Commentaire par Incognitototo — 17/02/2012 @ 11:58

  2. […] background-position: 50% 0px; background-color:#222222; background-repeat : no-repeat; } laplumedaliocha.wordpress.com – Today, 5:53 […]

    Ping par 17/02 - Fichus anglais ! | Présidentielle française 2012 | Scoop.it — 17/02/2012 @ 12:53

  3. Pour l’article « in english », il faut malheureusement s’inscrire, même pour un essai gratuit de 30 jours, si j’ai bien tout compris …
    Voici ce qu’il faudra alors lire dans les « analysis » ( http://search.ft.com/search?queryText=fran%C3%A7ois+Hollande&ftsearchType=type_news )
    « February 13, 2012
    Hollande insists on fiscal treaty move
    …the German chancellor Angela Merkel. François Hollande, the Socialist candidate currently leading…intervene on several levels,” Mr Hollande told a group of journalists. The opposed positions of Mr Hollande and Ms Merkel – who has pledged to campaign… By Hugh Carnegy in Paris »

    Dommage !
    J’avais cru comprendre que tout a commencé avec le candidat qui se dit « liberal » ce qui en anglais équivaudrait à « socialiste » pour un continental … Ah, fichus faux-amis de la perfide albion !
    Mais tout est bon à prendre quand il s’agit de polémiquer !

    Commentaire par fultrix — 17/02/2012 @ 17:42

  4. D’une part, j’ai consulté l’original et l’erreur de traduction me semble improbable.
    D’autre part, combien de Français employés sur le Square Mile (The City) ?

    Mais le plus poilant, dans le même titre, la pige d’Ockrent qui mord la main de Sarkozy qui l’a si bien nourrie. J’en ai fait état sur Come4News car c’est vraiment… ahurissant.
    Elle doit rager qu’on lui ait préféré Anne Sinclair pour l’Huffington.
    Donc, elle en rajoute dans le Sarko bashing.

    Commentaire par Jef Tombeur — 17/02/2012 @ 17:42

  5. Et puis, c’est oublier un peu vite ce qui se dit au sujet du Financial Times dans les colones du Monde :
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/26/le-ft-ou-la-critique-du-capitalisme-pur_1635087_3232.html

    Commentaire par fultrix — 17/02/2012 @ 17:43

  6. @ Bonsoir Jef Tombeur,

    Sur « l’imprécision de tracduction » évoquée par Aliocha, vous n’avez certainement pas consulté le correctif et la clarification de la phrase tronquée le 14/02/2012 par The Guardian c’est ici pour votre information : http://www.guardian.co.uk/theguardian/series/correctionsandclarifications

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 17/02/2012 @ 18:25

  7. sinon, l’interet de rassurer la finance internationale pour se faire élire pour la France par des français ? il y a des choses qui m »échappent, mais j’ai comme l’impression, et je suis sûr que je n’ai pas de mal, à avoir l’esprit plus clair que lui….

    Commentaire par gilberto — 17/02/2012 @ 21:17

  8. @gilberto : les charmes de la mondialisation. Plus sérieusement, la finance c’est l’argent et l’argent, c’est le nerf de la guerre…..La finance ne connait pas de frontières, vous ne pouvez pas vous la mettre à dos, elle est bien trop puissante, ici et ailleurs….pour l’élection et pour les suites de l’élection.

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/02/2012 @ 22:06

  9. D’un côté, c’est millimétré, codifié : du cinéma, des tambours, voici les indiens, de la trompette, c’est la cavalerie, et les violons, c’est les lèvres qui s’approchent, fondu enchaîné avec le fatidique THE END (oooh c’est fini, c’est tout noir et vide).
    Et de l’autre, ce sont les mouchoirs, les larmes furtives, le cœur gros et les mains qui se serrent : ce sont les spectateurs.
    Vu de l’extérieur, c’est de la manipulation : comment un homme politique joue un personnage dans lequel les gens croient et qui les entraîne au fond d’eux-mêmes. Et ce qu’ils découvrent, c’est toujours la même chose, c’est « eux-mêmes » sur qui s’acharne le méchant. Tiens, justement, il arrive : oooooooooo, « et bien tiens prends ça » : aaaaaaaa.
    Les politiques, comme chacun de nous, essaient de maîtriser leur apparence, en s’appuyant sur des personnages, dans l’intention d’obtenir des « voix », afin d’être « élu ». Tout ce qu’ils disent, qu’ils y croient ou pas, n’a pas d’importance, l’essentiel est de rejouer la même scène, non?
    Seulement, il arrive qu’ils se fassent piéger par une caméra cachée, parlent normalement, disent ce qu’ils disent habituellement, sans savoir qu’ils sont sur la scène de surprise surprise.
    C’est ainsi que l’on se retrouve déçus, orphelins, abandonnés par ceux en qui l’on croyait, découvrant, mais un peu tard, qu’à la télé ou à la tribune, ils se jouaient de nous, nous trompaient, et mentaient comme des arracheurs de dents. On leur en veut, pas à cause de leur trahison, mais parce qu’ils laissent la scène vide et qu’on ne croit plus en rien.
    Ce qui nécessite une ruse : l’homme politique descend sur terre, il fait semblant de parler en « aparté » (comme au théâtre, ça marche à chaque coup), pour faire « vrai » : Madame Chabot, sans mentir, je suis obligé de faire payer les riches (pleurs de madame Chabot qui s’arrache les tifs et se couvre la tête de cendres). Heureusement, grâce à la traduction, légèrement décalée, en langage des sourds et muets, on est vite rassurés, on comprend sur les lèvres : comprends-moi bien, Arlette, je ne suis pas obligé de faire payer les pauvres, mais je vais le faire quand même car je ne les aime pas, tu le sais, toute mon existence, il m’a fallu souffrir leur présence, m’approcher d’eux, des ouvriers, infirmes, laids, grotesques, dégoutants, dépravés, ensauvagés, déjà dans la poubelle de l’histoire, moi qui n’aime que la beauté, la propreté, l’aristocratie et la bonne société, non pas celle des snobs bobo qui me snobent mais celle des riches car ils sont beaux, cousus d’or, bronzés, ils ont les dents blanches, les ongles manucurés et de belles lunettes de soleil …

    Commentaire par Bray-Dunes — 17/02/2012 @ 23:01

  10. à Bray-Dunes
    C’est tout à fait ça, hélas!
    Quand pour se sentir supérieur et conserver ses avantages , il faut écraser les mal-lotis sans états d’âme,on utilise l’instinct de survie et la loi du plus fort propres au règne animal. Le monde animal est-il capable de civilisation?

    Commentaire par HV — 18/02/2012 @ 06:57

  11. « La finance ne connait pas de frontières »
    @aliocha
    dans une élection ce ne sont pas les voix des 1% mais celles des 99% qui comptent…..il suffit que les 99% le comprennent…et c’est pas gagné

    Commentaire par gilberto — 19/02/2012 @ 21:40

  12. […] pour faire plaisir au peuple. Quand ils ne l’expriment pas officiellement, comme ce fut le cas de Hollande devant nos amis anglais. Nous savons aussi que quelques politiques plus bosseurs que les autres, et peut-être moins […]

    Ping par Ne tirez pas sur l’exorciste au drapeau rouge ! « La Plume d'Aliocha — 18/04/2012 @ 22:08


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