La Plume d'Aliocha

14/02/2012

A propos des journalistes français et de l’économie

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 00:14
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L’Express a publié aujourd’hui la lettre d’un lecteur reprochant aux journalistes économiques de n’être pas au niveau du besoin d’information né de la crise actuelle. Elle soulève des questions intéressantes auxquelles j’ai eu envie d’apporter quelques éléments de réponse.

Cher Cityzen Banker,

Permettez-moi de réagir en tant que journaliste spécialisée en droit financier à votre lettre.

Vous dites que les journalistes français ne sont pas à la hauteur « du challenge que les temps leur imposent » et vous les invitez à évoluer.

Si le niveau général, tous médias confondus, apparait en effet largement perfectible, la presse économique française en revanche me semble de bonne tenue d’un point de vue technique. L’ennui, c’est qu’elle n’a pas beaucoup de lecteurs, comme en témoigne la disparition récente de La Tribune dans sa version papier. Paris n’est pas une grande place financière, il n’est donc pas étonnant qu’elle ait une presse non pas moins savante techniquement, mais à l’évidence beaucoup moins lue que la presse anglo-saxonne et donc moins puissante. J’ignore si les financiers à Tokyo ou Singapour lisent les Echos, en revanche je suis sûre qu’ils ne ratent pas un exemplaire du Financial Times. En réalité, notre presse économique ne fait que refléter la modestie de notre rang dans le classement des grandes bourses mondiales et, plus profondément, le faible intérêt des français pour l’économie et la finance. Toutes les études le confirment (PDF). C’est sans doute une question d’éducation dès l’école, d’idéologie à l’université, et plus profondément de culture en général. Les médias  ne sont souvent rien d’autre que le miroir de la société dont ils sont issus. Cela évoluera sans doute, compte tenu du poids que prennent l’économie et la finance dans nos vies. Soyons patients.  A condition bien sûr que nous acceptions un jour de mesurer notre bonheur au taux de notre TVA et  la pertinence de la politique menée en notre nom à l’aune du jugement infaillible des agences de notation et des réactions toujours parfaitement rationnelles de Wall Street.

Nous ignorons l’existence du  Dodd Frank Act, dites-vous. Je suis bien placée pour vous dire que ce n’est pas le cas dans la presse spécialisée. Et pas seulement celle-là d’ailleurs. Tf1 et RTL n’en parlent pas ? Sans doute, mais alors nous nous trouvons là face à un problème de curseur des médias grand public.  Il serait donc plus exact de dire que les organes d’information généralistes souffrent d’un manque d’intérêt pour la chose économique. A ma connaissance, télévisions et radios se sont aperçues lors de la crise de 2008 de ce déficit, laissons-leur le temps de s’adapter, même si je vous accorde que c’est un peu long. Vous aurez noté que lors de la dernière interview présidentielle, un journaliste spécialisé pure souche a fait son entrée dans le panel des interviewers, ce n’est pas anodin. C’est même le symbole de la prise de conscience que vous appelez de vos voeux.

On ne s’intéresse pas suffisamment à l’actualité internationale, regrettez-vous de manière générale. C’est hélas vrai. Encore faut-il se demander pourquoi. Montre moi ta presse et je te dirai qui tu es. Je ne pense pas révéler un scoop de dimension mondiale en observant que globalement les français s’intéressent assez peu à ce qu’il se passe hors de leurs frontières. Ce n’est pas une excuse, c’est une explication. Accessoirement, cela soulève une question vieille comme le journalisme : faut-il informer le lecteur sur des sujets qu’il connait déjà ou lui faire découvrir des choses nouvelles ? Inutile de vous préciser que la première solution apparait plus rentable à de nombreux médias que la deuxième. Sans doute à tort…

Nous devrions en particulier suivre avec plus d’attention ce que fait le monde anglo-saxon, que vous qualifiez d’étalon en matière de finance. En ce qui me concerne, j’ai longtemps tenu un discours proche du vôtre, jusqu’au moment où la crise de 2008, en révélant les dérives affolantes des marchés financiers, m’a incitée à regarder d’un oeil neuf les soi-disant travers de notre irréductible village gaulois. Vu de Londres et de Wall Street, nous sommes des imbéciles autistes et réactionnaires, c’est vrai. Y compris sous le règne de Nicolas Sarkozy. Je ne sais plus quel économiste libéral lançait un jour en rigolant que notre allergie au libéralisme expliquait sans doute notre consommation record  d’anti-dépresseurs. Et si c’était le contraire ? Et si l’on se sentait de plus en plus mal à l’aise  face aux « valeurs » véhiculées par le monde anglo-saxon. Allez savoir…Toujours est-il qu’à observer les discussions européennes et internationales de sortie de crise, c’est avec joie que je voie souvent la France tenir un langage à contrecourant du modèle que vous citez en exemple aux journalistes. Je n’encourage pas l’ignorance sur l’international, je nuance juste votre enthousiasme à l’égard du « modèle ». Leur idée de la réussite n’est pas forcément la nôtre. C’est un peu le même problème que la Rolex de Séguéla. Et s’il fallait regretter le faible intérêt des médias français en la matière, ce serait à mes yeux en raison de l’ignorance où ils nous maintiennent de l’originalité de notre modèle et de ses vertus.  Vu de France nous n’en apercevons que les pesanteurs et les grands principes menacés. Vu d’ailleurs, nous en mesurerions sans doute mieux les grandeurs. Cela vaut pour de nombreux sujets et en particulier pour la régulation financière. Certes, nous nous éloignons  du génie financier de Londres ou de Wall Street, ou tout du moins nous ne nous en approchons pas avec autant d’empressement que les financiers français le souhaiteraient. A voir la crise de 2008, on peut se demander si c’est réellement une erreur de gaulois drogués aux anti-dépresseurs…

Vous nous reprochez enfin d’interroger toujours les mêmes experts, Touati, Attali, Todd et quelques autres. Vous avez raison. Mais ce n’est là que la déclinaison particulière d’un problème général. Bien sûr, nous cédons à la facilité. Il est toujours plus simple et plus confortable d’interroger un expert estampillé par les confrères que d’aller chercher des voix inconnues. Toutefois,  nous ne sommes pas entièrement fautifs. Vous n’imaginez pas le nombre de spécialistes qui refusent de se plier à l’exercice de l’interview, par timidité, modestie, peur du résultat ou sagesse.  Rien n’est plus décrédibilisant dans certains domaines que le statut d’expert médiatique. Certains s’en moquent, d’autres préfèrent s’abstenir.

Permettez-moi pour conclure de  mettre en garde contre ce que j’appelle le syndrome du spécialiste. Celui-là même qui fait dire un jour à tout lecteur : quand j’aperçois une imprécision dans un article sur un sujet que je connais, j’éprouve un doute sur la fiabilité de tout le reste. Même dans la presse financière ultra spécialisée, l’article sur un sujet comptable  doit être traduit pour être compréhensible par le lecteur directeur financier ou avocat d’affaires qui ouvre le même journal que le comptable. De fait, ce dernier fronce le sourcil en lisant nos raccourcis. Mais l’avocat ne comprendrait pas, si précisément l’information n’était pas traduite en langage courant. Pour se rendre accessible, il faut parfois se résoudre à sacrifier la précision.

Affectueusement,

Aliocha

Note : Les lecteurs de ce blog étant particulièrement attentifs à la transparence – avec raison – je connais l’auteur de cette lettre. J’en ai découvert le contenu lors de sa publication. Si j’ai opté pour le « vous » c’est que je trouvais cette forme plus élégante et surtout moins exclusive pour le lecteur qu’un tutoiement. 

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32 commentaires »

  1. […] } #themeHeader #titleAndDescription * { color: black; } laplumedaliocha.wordpress.com – Today, 12:23 […]

    Ping par A propos des journalistes français et de l’économie | Journalisme et presse | Scoop.it — 14/02/2012 @ 07:24

  2. Ce qui est vrai de l’économie est également vrai de la rubrique scientifique : j’ai entendu récemment Sylvestre Huet mentionner qu’il était maintenant SEUL à la rubrique Sciences de Libération, et que la direction se fichait largement de celle-ci.

    Au final, de quoi parle-t-on dans les médias grand public ? Peu de sciences (et souvent en disant des âneries), de l’économie, certes, mais traitée superficiellement et son un angle franco-français, comme le souligne ce courrier ; les analyses juridiques sont visiblement à pleurer… Que reste-t-il ? Le sport, la culture (souvent discutée de façon assez maniérée), et la politique vue par les petites phrases, et les questions de savoir si M. X est toujours ami avec M. Y, le tout assaissonné de commentaires d’intellectuels médiatiques. (Ici, je ne résiste pas à rappeler la formule de la professeure au Collège de France Claudine Tiercelin au sujet de ceux qui évoquent des questions d’éthique dans les médias : selon elle, ils « proposent en fait assez rarement des éclairages de cette nature sur la variété possible des positions et sur leurs conséquences respectives, et que beaucoup se croient surtout obligés de procéder à des évaluations de surplomb que, la plupart du temps, n’importe quel homme de bien et de bon sens, formulerait aussi bien et souvent mieux. »).

    Commentaire par DM — 14/02/2012 @ 08:49

  3. @la plume

    bonjour,

    Vous avez raison… et tord…

    Oui il est vrai que le lecteur moyen (bizarre comme expression car si l’on parle de __lecteur__ c’est déjà tout sauf moyen mais passons) n’est pas fan d’articles complexes sur des sujets complexes un peu éloignés de son quotidien : pas forcement par paresse mais aussi parce qu’il ne comprend pas en quoi ça le concerne, parce qu’il ne réalise pas que le bruissement d’aile du papillon à fukushima va impacter sa qualité de vie. C’est un peu vrai cette situation, mais regardons plus comme un film et non comme un photo, pourquoi cet état de fait ?

    Il y a probablement tout plein de raisons intelligentes et valables pour l’expliquer, mais il y a, à mon sens, une raison bien plus importante bien que difficilement démontrable : parce qu’il a été __éduqué__ comme cela. Par le système scolaire qui a décidé que la culture était une aberration d’une part : on ne forme plus à la réflexion personnelle mais on formate des petits libéraux dans l’âme.

    J’ai écouté un cours d’histoire, hier, à travers une porte, sur le kolkhoze et le sovkhoze : c’était à pleurer de rage. Que les systèmes en question étaient sous optimaux (du fait de la taille du pays) peut être, que ce n’était pas le meilleur système que le puisse trouver, sûrement, mais ils avaient des fondements économiques, presque philosophiques, qui étaient que l’accumulation du capital soit impossible. Or on s’est bien gardé d’expliquer cela, on a juste péroré sur la stupidité de la chose. Je passe sous silence le Haro sur le système de location des moyens de production à l’état (le mal absolu) sans expliquer que dans notre cas, on « loue » les moyens de production à la banque et il n’y a que (peut être) les gros agriculteurs qui arrivent à capitaliser des « outils » de travail. une fois payés, ils sont dépassés et coûtent chère à entretenir : une forme de location.

    Désolé pour cet écart. Donc il y a d’une part l’école (la formation en général) mais il y a aussi les médias qui « forment » le public des écouteurs, regardeurs et des lecteurs. Ainsi si vous êtes d’accord sur le fait que les formats diminuent pendant que la qualité s’effondre : c’est le média qui apprend au client à se satisfaire de plus étique en moins ethique. Ce sont les « mensonges » sur certains sujets « chaud » (le nucléaire en est un, l’apple mania en est un autre, la « crise » en est encore un autre), qui ont fini par dégoutter le lecteur qui préfère se détendre devant une merde à la tv que de lire de la propagande, de la désinformation ou au mieux des informations partiales et qui ont habitué les moins avertis à des articles simplistes et faux du fait de la simplicité : dès que c’est gris il est perdu et ne cherche pas à comprendre, il « zappe ».

    A ce point, je voudrais amender un peu mes propos, nous ne parlons pas de TOUS les journalistes, nous parlons de ceux qu’on laisse travailler, ceux qui remplissent les canards (même les journalistes du figaro commencent à demander plus de « loyauté avec la vérité ») et la petite lucarne, il y aura toujours un contre exemple quelque part qui s’adresse à « l’élite », je parle du journaliste de masse, celui des « mass-médias », celui qui forge l’opinion.

    Dans l’ensemble les médias d’information sont devenus des outils de propagandes, et je serais surpris (agréablement) que les échos ou la tribune aient publié en 2004-2006 un article sur les dangers des subprimes, de la financiarisation des prêts immobiliers ou du manque de régulation des places financières.

    Mais peut être suis-je de mauvaise foi et mal informé.

    Commentaire par herve_02 — 14/02/2012 @ 08:52

  4. « …le faible intérêt des français pour l’économie et la finance. Toutes les études le confirment (PDF). C’est sans doute une question d’éducation dès l’école, d’idéologie à l’université, et plus profondément de culture en général. »

    Ne dit-on pas que « L’Economie est la science qui dit après ce qu’il aurait fallut faire avant » ?

    Ajouter à cela les sons de cloches contradictoires des experts et autres spécialistes dans le vif de l’action, voire avant l’action ; c’est finalement un peu normal que le sage français de base observe l’économie d’un oeil dubitatif.

    Par contre, parmi les sciences prémonitoires, la Météo est non seulement la plus proche des français, mais celle où on retrouve un consensus général chez les journalistes (au moins chez ceux qui font la météo).
    En plus on peut vérifier très vite que les prévisions des spécialistes sont à peu près exactes, et par les temps qui courent, ça rassure !

    Commentaire par Oeil-du-sage — 14/02/2012 @ 09:46

  5. …et j’ajoute qu je viens d’entendre l’observatoire météorologique français annoncer une Amélioration du climat pour le pays. La France devrait rapidement retrouver son triple A… météorologique.

    Commentaire par Oeil-du-sage — 14/02/2012 @ 09:51

  6. Il me semble qu’il y ait dans notre presse une sorte de culture du fait divers.
    En fait, même les autres sujets sont traités « à la façon du fait divers »: un truc qui fera quelques jours avec des rebondissements soigneusements distillés.
    Mais il ne s’agit pas seulement d’un problème de journalistes:
    – sur les petites phrases en politique, il est évident que les politiques fonctionnent ainsi (après il faudrait savoir qui de la poule et de l’oeuf)
    – le public lui-même est très largement responsable: on demanderait que les journaux (surtout papier) fasse plus d’analyse, moins de commentaire, plus d’enquête, moins de réactions… etc… et pourtant, ce qui booste les ventes des journaux, c’est bien des trucs assez minables (pris individuellement, en fait c’est justement en étudiant sérieusement sur sa globalité qu’une politique de communication devient interressante, par contre un dérapage pris individuellement n’est qu’un buzz).

    En fait, je crois qu’on a vraiment la presse qu’on mérite pour le coup.
    C’est comme pour la TV: on veut des truc sérieux, on est tous des fans d’ARTE…. mais assez bizarrement, c’est TF1 qui fait de l’audience.

    Commentaire par JaK — 14/02/2012 @ 10:19

  7. Bonjour, je profite de ce commentaire pour faire une pierre deux coups.

    Tout d’abord merci. Du haut de mon absence quasi totale de connaissance en économie, j’apprécie ce blog. Je le remercie donc pour faire grandir ma curiosité et mon goût pour ce sujet.

    Quand vous dites : « À condition bien sûr que nous acceptions un jour de mesurer notre bonheur au taux de notre TVA et la pertinence de la politique menée en notre nom à l’aune du jugement infaillible des agences de notation et des réactions toujours parfaitement rationnelles de Wall Street. » Pensez-vous réellement que l’on puisse mesurer le bonheur sur des critères purement économiques ? Je précise que je perçois le terme économique dans le sens purement matériel. Et donc une définition du bonheur qui ne reprendrait pas des choses aussi banal que les relations sociales, …

    En espérant avoir été clair et pas complètement à côté du sujet.

    Commentaire par Un jeune lecteur — 14/02/2012 @ 10:39

  8. Il y avait aussi le reproche fait aux journalistes économiques de donner leur avis, au lieu de revenir aux bases du métier

    « Les médias ne sont souvent rien d’autre que le miroir de la société dont ils sont issus ». C’est ce qu’on appelle le principe d’hérédité (voire de récurrence) : formez mal vos élèves, ils deviendront de mauvais professeurs.

    @herve_02 : votre anecdote du cours d’histoire est amusante, mais assez insignifiante pour illustrer une généralisation non pas seulement à l’enseignement de l’histoire, ni même à l’enseignement au lycée, mais au système scolaire en général.

    Commentaire par kuk — 14/02/2012 @ 10:44

  9. @kuk

    La suppression du bep (il y avait des matières générales) pour ne garder que le cap c’est aussi insignifiant, et la suppression de l’épreuve de culture générale à l’entrée de science po c’est tout aussi insignifiant.

    Le cours d’histoire reflète le _programme_ : un prof ne raconte pas ce qu’il veut, il suit un _programme_ avec des éléments à apprendre : il n’invente rien.

    Si à mon époque le roi Louis XIV était le symbole de la grandeur de la france et actuellement un despote qui affamait le peuple c’est encore insignifiant. Tout est insignifiant.

    Tout est insignifiant, on le sait bien : c’est toujours de la faute du lampiste.

    Commentaire par herve_02 — 14/02/2012 @ 11:01

  10. @Un jeune lecteur : c’était de l’ironie 😉 De mémoire c’est Todorov lors d’une émission de Ce Soir ou jamais qui a soulevé ce point en écoutant le debriefing par les autres invités de l’interview de Sarkozy. Il y a des voix qui mettent en garde contre la place que commence à tenir l’économie et la finance dans nos vies. Jeremy Rifkin par exemple dans l’âge de l’accès souligne que le centre commercial a remplacé la place du village (on ne discute plus sur un banc, on va consommer) et que les réseaux sociaux trsutent nos relations privées, amicales, amoureuses etc. Il écrivait déjà cela en 2000….

    Commentaire par laplumedaliocha — 14/02/2012 @ 11:25

  11. @Kuk : en effet, j’ai oublié ce point. L’heure tardive…C’est un peu compliqué d’y répondre parce que je ne vois pas très bien de quoi l’on parle. Voilà bien longtemps qu’on nous demande de faire parler des experts et de surtout dispenser le lecteur de nos opinions. Peut-être que les médias audiovisuels sont plus souples sur ce point, je n’ai pas fais attention, à moins que l’auteur ne stigmatise les Aphatie et autres « stars » du métier, mais alors on retombe sur la question classique de l’éditorialiste.

    Commentaire par laplumedaliocha — 14/02/2012 @ 13:02

  12. Je signale cette revue de presse que je viens de découvrir parce que ce billet y est mentionné. Je n’ai pas encore eu le temps de tout lire, mais il y a des sujets intéressants, notamment de sociologie des médias : http://www.veilledepresse.com/p/1198008261/a-propos-des-journalistes-francais-et-de-l-economie?_tmc=ZrRjXts0dpZiIz_gPfTLKkSiqSHJybU4KP5ajaxwKwk

    Commentaire par laplumedaliocha — 14/02/2012 @ 13:05

  13. Aliocha : « Vous n’imaginez pas le nombre de spécialistes qui refusent de se plier à l’exercice de l’interview, par timidité, modestie, peur du résultat ou sagesse. Rien n’est plus décrédibilisant dans certains domaines que le statut d’expert médiatique. Certains s’en moquent, d’autres préfèrent s’abstenir ».

    Toujours l’histoire de la poule et de l’œuf. C’est partiellement vrai que « certains préfèrent s’abstenir ». J’en connais, des bons connaisseurs de la chose économique, qui ne sont pas du courant ultra dominant, et qui ne refuseraient pas les invitations si des conditions raisonnables pour s’exprimer leur étaient données. Et notamment du point de vue du temps de parole. Parce qu’il faut du temps pour déconstruire les discours libéraux des mêmes experts qui n’ont fait que se tromper (sur la crise, notamment) et dont nous sommes abreuvés continuellement depuis des générations. Un Frédéric Lordon, par exemple, ne refuse pas a priori de s’exprimer dans les médias, même les médias dominants. Et il est plutôt du genre « bon client », vous en conviendrez. Seulement, il ne s’exprime pas par slogans et a besoin d’un peu de temps pour développer une idée. C’est pourquoi il refuse les faux débats à la télé, où il faut passer les 3/4 du temps à répondre à des fausses évidences avant de pouvoir émettre une idée personnelle. Je vous donne un exemple, qui peut paraître extrême, mais qui montre bien la difficulté de répondre à une idée simple. Quand « on » (vous devinez qui) dit : « 3 millions de chômeurs, c’est trois millions d’immigrés en trop ». Il n’y a pas besoin de développement, on ne s’adresse pas à l’intelligence. Il ne faut, pour faire passer l’idée, que le temps d’exprimer le message. Mais combien de temps faut-il pour déconstruire ce genre de discours ?
    Vous avez vu « Les Nouveaux chiens de garde ? » Il y a peu, Yannick Kergoat, l’un de ses réalisateurs était invité chez Taddéi. Il a réussi à obtenir d’être interviewé en tête à tête et non au milieu de la tripotée d’invités, dont l’inénarrable Attali. Ce dernier n’a pas manqué de traiter de lâche Kergoat parce qu’il refusait « le débat ». C’est quand même dingue. Nous avons un type qui peut s’exprimer absolument partout, qui a des tribunes ouvertes dans tous les médias pour qu’il puisse nous inonder de ses prédiction foireuses. Et quand un marginal s’exprime, il faudrait qu’il partage son peu de temps de parole avec lui.
    Voilà qui explique pourquoi la pensée alternative (au libéralisme plus ou moins social) n’a que peu de place dans les médias ronronants. L’explication, à mon avis, n’est certainement pas à chercher du côté du refus de ceux qui « préfèrent s’abstenir ». Ils ne s’abstiendraient pas si on leur offrait les mêmes moyens qu’aux économistes de marché.

    Commentaire par Gilbert — 14/02/2012 @ 13:56

  14. @Gilbert : je comprends votre point de vue, mais je n’y adhère pas totalement. D’abord, il n’y a pas que la pensée non dominante qui est mal à l’aise avec l’exercice. C’est une question de personnalité de l’interviewé et de l’interviewer. En ce qui me concerne, j’ai été interrogée par quelques étudiants en journalisme. Certains me laissaient monologuer sans réagir ni poser de questions, c’est un peu destabilisant. J’avais l’impression qu’ils étaient déjà dans une logique de productivité qu’on acquiert généralement avec l’usure et qu’ils gobaient un maximum d’observations juste pour remplir leur mémoire. J’ai aussi été interviewée par des confrères, je ne me suis pas entièrement retrouvée dans la retranscription, je pense que les torts étaient partagés. Moi je n’avais pas été claire où j’avais donné une image différente de ce que je pensais, eux obéissaient à leurs propres contraintes de synthèse et d’organisation de leur travail. L’expérience est intéressante parce qu’elle permet, en sautant la barrière, de mieux comprendre pourquoi les journalistes impressionnent, voire font peur.
    Maintenant, j’ai vu l’émission de Taddei, et je n’ai pas souscrit au comportement de Kergoat. Je trouve que cette crispation, que je comprends, dessert son auteur au final et plus généralement la « cause ». Mais bon, c’est un choix stratégique et politique. Dont acte.

    Commentaire par laplumedaliocha — 14/02/2012 @ 14:13

  15. J’ai entendu à la radio quelqu’un qui reprochait à un grand décideur le manque de transparence du monde économique en général et de la sphère financière en particulier, ce à quoi on lui a répondu que tous les renseignements étaient accessibles à celui qui se donnait la peine de les chercher. Il est vrai qu’en cherchant bien on finit par trouver le comment des choses ,par contre le pourquoi est plus nébuleux.
    Or par manque de temps et parce qu’il paie pour être informé, le citoyen ordinaire attend du journaliste qu’il cherche pour lui et qu’il l’informe sur ce qui se passe ou sur ce qui risque de se passer ( comme pour la météo). Jusqu’à ces derniers temps monsieur ou madame tout- le- monde avait une confiance absolue en ce qui se racontait à la télé ou dans les journaux officiels, tout ce qui pouvait se dire ailleurs relevait de la conspiration , de l’extrémisme ou de la rumeur malveillante. Le journaliste qui côtoie le pouvoir ne peut être que mieux informé que celui qui a un média alternatif ou qui parle sur internet…..sans preuves! En principe il serait normal de le croire, mais compte tenu de la situation, il n’est pas idiot de douter.
    Doit-on en conclure que les journalistes sont nuls , non! le journaliste travaille pour gagner sa vie, pour peu qu’il ait de l’ambition il devient vite zélé, la nécessité d’agir vite, et les convictions font le reste.La proximité du pouvoir donne l’illusion que l’on appartient à un monde d’initiés et crée une connivence ambigüe entre les parties qui fait que tout ce que l’on tait relève du privilège. Comme dit la publicité: »vous avez la connaissance, vous avez le pouvoir » sauf que parfois c’est de la désinformation qui circule. Tout le monde a été floué parce qu’on a été piloté sur le fonctionnement et qu’on a oublié la ou les stratégies qui vont avec.

    Commentaire par HV — 14/02/2012 @ 15:20

  16.  » Dodd Frank Act » : bon sang, j’en connaissais l’idée et un peu le contenu mais j’ignorais son nom ! Une vraie madame « Jourdain » !
    Quant au volume du document, je m’interroge sur l’efficacité d’un tel processus … surtout pour un secteur qui n’aime pas rendre des comptes et un pays qui n’apprécie pas l’interventionnisme fédéral !

    Quant à l’attrait du « français » pour l’économie, depuis la réforme du lycée pour cette matière et tant d’autre, et le fait que des notions essentielles aient été passées à la trappe (trop anxiogène, excuse officielle), il y a peu de chance que cela s’améliore !
    L’histoire, elle s’apprend en tranches juxtaposées et non pas en liens ni en interactions. Aucune dynamique, aucun souffle, aucune âme ! Et il n’en reste pas lourd dès l’interro’ de fin de chapitre, alors, imaginons le vide à la fin de l’année !

    Enfin, pour le modèle anglo-saxon, préservons-nous en ! Un ami qui y est particulièrement allergique l’envisage comme issu d’un patelin de barbares.

    Commentaire par fultrix — 14/02/2012 @ 18:36

  17. Résumé :

    Cher lecteur,

    Vous avez tort.

    Cordialement,

    Le journaliste de service.

    Commentaire par toto — 14/02/2012 @ 21:02

  18. Bonjour Aliocha,

    La lettre de ce lecteur mécontent pose, je crois, les bonnes questions et vos réponses des réponses fort acceptables. Vous soulignez dans la première le bon niveau technique de la presse économique française. Pourquoi pas? Mais bon niveau technique n’est nécessairement synonyme de bon niveau général et cette technique me semble bien mal employée. Un exemple pour illustrer mon propos. Jean-Pierre Chevallier; dans son dernier billet (http://chevallier.biz/2012/02/les-4-gos-banques-francaises-la-france-et-les-francais/) dénonce une fois de plus, et dans un désert parfait au vu de l’absence de réaction de la presse spécialisée, des faits qui éclairent singulièrement ce qui se passe actuellement en Europe et en France. A titre personnel, je pense qu’il met là le doigt sur des vrais problèmes mais de deux choses l’une. Soit, il a raison, soit il a tort. Dans ce dernier cas, il ne doit pas être difficile, pour quelqu’un de compétent, de démonter ces thèses. Dans le premier cas, on attend d’autres éclairages.
    Comment expliquez-vous l’absence de curiosité de la presse dite spécialisée sur des sujets aussi cruciaux? Je cite, pour ceux qui n’iraient pas lire son post, quelques passages:
    « La France est le seul pays du monde à avoir 4 banques dans le groupe des 28 banques systémiques (SIMIs), en dehors des Etats-Unis qui ont un PIB d’une autre dimension.
    Plus inquiétant, le total des dettes de chacune de ces Gos banques est supérieur à 1 000 milliards d’euros, presque 2 000 milliards pour BNP, l’équivalent du PIB annuel de la France !
    Les Français qui sont les seuls prêteurs-sauveteurs en dernier ressort de ces banques sont totalement inconscients de l’épée de Damoclès qu’ils ont au-dessus d’eux en permanence !
    La situation est d’autant plus grave que ces 4 Gos banques ne respectent pas du tout les règles prudentielles d’endettement telles qu’elles ont été définies par ce bon vieux Greenspan et la BRI.
    Ainsi, la Société Générale, avec un véritable multiple d’endettement (leverage, mon µ) de 50 et le Crédit Agricole (µ de 32) au 3° trimestre 2011 étaient, sur cet indicateur, au même niveau que la banque des frères Lehman lors de sa faillite (µ de 32) !
    Nos 4 Gos banques étaient tellement mal en point fin 2011 qu’elles ont été amenées à emprunter… 218,2 milliards d’euros à la BCE sur le méga prêt de 489 milliards d’euros à trois ans du 22 décembre dernier !….(BNP ne publie pas de bilan trimestriels, ce qui n’empêche pas tous les analystes financiers patentés d’actualiser au plus pur pif leurs prédictions et évaluations, aucune autorité de surveillance des marchés boursiers n’existant évidemment, les comptables étant aux abonnés absents) ».

    On est tout à fait libre d’adhérer ou non aux thèses développées par l’auteur mais de grâce, qu’on lui oppose des faits avérés et non des croyances idéologiques. De mon point de vue, l’absence de curiosité et, on le constate au quotidien, un manque de pugnacité chronique expliquent parfaitement ce que dénonce cette lettre. Un exemple de ce manque de pugnacité, dont je me demande parfois s’il n’est pas le fruit d’une incompétence absolue ou d’une pusillanimité érigée en modèle de fonctionnement parce que tellement confortable. Lundi soir dernier, sur Europe, le journal du soir recevait l’économiste du Front de Gauche. A la question de savoir quelle mesure prendrait ce dernier s’il arrivait au pouvoir, cet économiste répondait (je cite de mémoire): « Nous interdirons aux banques d’emprunter de l’argent sur les marchés (logique, c’est le mal absolu) mais elles devront se fournir uniquement auprès de la BCE (sous-entendu, un organisme contrôlable et donc respectable). » L’idée apparaît séduisante de prime abord mais elle appelle une question qui n’a, évidemment, pas été posée: « Où la BCE ira-t-elle chercher l’argent dont elle a besoin? » Quand on suit un tant soit peu l’actualité financière, on sait que ce n’est pas la chose la plus facile pour elle.

    Sinon, vous avez entièrement raison quand vous liez l’absence de presse financière puissante et la petitesse de la place de Paris sur ce plan. Encore un sale coup porté à notre ego national. -;)

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 15/02/2012 @ 10:22

  19. Journalistes Français..?
    Ils sont juste à la hauteur des EXPERTS Français sur l’économie..!
    Constatation affligeante…hélas!

    Commentaire par toutoune1 — 15/02/2012 @ 12:41

  20. Il suffirait que les journalistes lisent une fois « La théorie néoclassique » de Guerrien et l' »Antimanuel d’économie » de Marris et ils seraient alors définitivement vaccinés contre les bobards qui fondent le discours de la plupart des experts et les politiques publiques depuis 30 ans et notamment les actuels « plans de sortie de crise ».

    Ils pourraient, par exemple, demander effrontément auxdits experts s’ils croient sincèrement que l’économie de marché est une unique vente à la criée où 9 milliards de personnes connaissant parfaitement l’avenir réagissent par « je prends » ou « j’offre » à un unique crieur bénévole qui propose à l’instant même des prix pour l’ensemble des biens et services dont on aura besoin jusqu’à la fin du monde.
    Ils leur demanderaient aussi ce qu’ils font du théorème qui montre qu’un tel marché (la « concurrence parfaite ») ne mêne à la répartition optimale des biens que par pur hasard, c’est à dire en pratique jamais. Et de celui qui montre que tout tentative de se rapprocher de la concurrence parfaite a plus de chances d’éloigner de l’optimum que d’en rapprocher.

    Les journalistes sont tout aussi défaillants quand ils parlent d’environnement et de politique énergétique : ils se contentent de juxtaposer les propagandes opposées. Sylvestre Huet est une des très rares exceptions.

    Pourquoi cette nullité générale ? Peut-être parce que la plupart sont recrutés sur la base de quelques années d’études de lettres. Non seulement cela ne garantit plus qu’ils sachent écrire le français, mais ils sont dépourvus de culture dans les autres domaines.
    Ajoutons à cela le copinage et le bluff, qui permettent à un boursicoteur amateur de se faire passer pour expert en macroéconomie.
    Mais il est si facile de se rattraper par quelques lectures pendant les congés payés !
    Conclusion: aucune excuse.

    Commentaire par D.B. — 15/02/2012 @ 15:17

  21. ce ne serait pas plutôt les économistes qui sont nuls -pour tous ceux qui occupent les media en permanence et qui font l’apologie du système- ce que reflètent inévitablement les journalistes ?

    Commentaire par Salomé — 16/02/2012 @ 01:05

  22. Hum… Je me demande, si l’absence d’expertise audible dans les médias généralistes ne proviendrait pas d’une curieuse conception de la démocratie, très franco-française… Il est assez rare, par exemple, qu’un éditorialiste examine les arguments de leur contradicteur, ou même propose une pensée par la réfutation successive et argumentée de concepts qu’il ne partage pas.
    Les « sachants » préfèrent se présenter comme des gurus, plutôt que comme des chercheurs qui doutent, et qui nous en font part (à l’exception notable d’Aliocha, louée soit-elle !)… Ce qui produit un curieux spectacle, où jamais les lecteurs n’ont accès aux fondements des pensées, mais assistent plutôt à des messes médiatiques… et tout le monde (ou presque) sait que croire n’est pas savoir…

    C’est particulièrement vrai pour l’économie qui est une « science » presque dure (« presque dure » parce qu’en réalité quand elle ne l’est pas, c’est uniquement à cause de celui qui réfléchit qui « oublie » de relier les concepts qu’il manie avec le contexte qu’il analyse).
    Un concept ou une loi, appliqué avec des contextes et paramètres donnés, ne peut pas donner deux résultats différents en fonction de celui qui parle. Si c’est le cas, c’est que l’un des deux a « oublié » un facteur ou une ou plusieurs données du problème.
    Logiquement et rationnellement, à force d’échanges d’informations, nous devrions donc, en principe, pouvoir « épuiser » le sujet et le débat ; cependant, vous remarquerez qu’il n’en est rien… Il est impossible en France « d’épuiser » un débat parce que tôt ou tard, on devra faire face à des phénomènes de croyance qui sont indépassables rationnellement. Vraiment étonnant, non ? Je pourrais vous citer 10 sujets qui ne devraient même plus faire débat et qui continuent inlassablement à être présentés de façon tellement partiale et partielle, qu’en aucune manière les lecteurs ne peuvent accéder au savoir dont ils ont besoin, pour se faire une opinion autrement que comme des supporters de foot…

    Il faut s’intéresser sur la façon dont débattent, par exemple, les Danois, ou les Islandais (et bien d’autres), pour comprendre qu’en France, on continue à politiser la pensée économique, alors même que cette matière devrait être traitée comme un outil, un moyen de comprendre et de trouver des solutions, et aucunement comme le fondement qui permet d’affirmer des dogmes… ça fait une sacrée différence, y inclus dans la perception de « l’imbécilité » des journalistes…

    Commentaire par Incognitototo — 16/02/2012 @ 14:09

  23. Je partage à 100 % l’avis d’Incognitototo.

    D’ailleurs ce rejet du spécialiste dont il est question dans la réponse d’Aliocha se comprend si le spécialiste ne développe d’autres arguments que son état de sachant pour faire autorité. Il n’est en effet pas question de suivre l’avis d’un spécialiste parce qu’il se dit ou on parce qu’on l’a érigé spécialiste.

    En revanche, ce même spécialiste devient intéressant lorsqu’il s’explique, argumente et ouvre le débat.

    Commentaire par Patrickc — 16/02/2012 @ 14:29

  24. D’accord avec Incognitoto, à ceci près qu’il me semble, mais vous me réfuterez peut-être, qu’une bonne part des théories économiques se se développe en considérant l’anticipation des comportements d’agents humains. Il me semble qu’ici interviennent les sciences sociales, donc une science molle, ou la répétabilité de l’expérience est général impossible, où l’histoire influe sur les comportements futurs. Nulle doute qu’on peut modéliser cela, mais avec quelle pourcentage d’adéquation à la réalité ? Peut-être Incognitoto devrai-il citer ses 10 sujets qui ne devraient plus faire débat.

    Commentaire par kuk — 16/02/2012 @ 15:24

  25. Je crois que c’est le thème de « L’interview, artistes et intellectuels face aux journalistes » de Claude Jaeglé: trouver l’équilibre entre l’exactitude et la vulgarisation, lorsque la culture académique incite à s’effacer derrière le sujet abstrait plutôt que de mettre sa personalité en avant pour emmener le public vers ce que l’on veut lui dire. Dans le cas de l’économie, c’est d’autant plus périlleux qu’il y a confusion constante entre l’économie comme science pure, et l’instrumentalisation qu’en fait le milieu politique.

    Commentaire par nuzothie — 16/02/2012 @ 15:25

  26. @ Kuk, oui vous avez parfaitement raison sur la partie « agents humains » qui rend la prédictivité au mieux, comme la résultante d’une probabilité… C’est, bien évidemment, une malhonnêteté intellectuelle, de présenter une prédiction économique, sans dire la probabilité et dans quel contexte, elle est susceptible de se réaliser.

    Mais, il y a également une autre « déviance » fréquente, l’économie, c’est avant tout une science analytique, ce n’est pas elle qui devrait donner les solutions… La politique ça procède de choix de société.
    Entretenir en permanence un passage et une justification de l’une à l’autre, c’est vraiment totalement abusif… un peu comme s’il était obligatoire d’épouser les thèses réchauffistes, pour être partisan d’une société « écologique »… pas besoin d’être « croyant » pour faire des choix ! Mais ça, c’est encore aux antipodes de la pensée politique française. Par exemple, il est inutile de nier que les 35 heures sont une bêtise, si on les présente comme devant résoudre la création d’emploi ; par contre, pourquoi avoir peur d’affirmer qu’on est pour, juste parce qu’on pense qu’une société vivra mieux, si elle a plus de temps libre…

    À votre demande, je vous donne une liste (non exhaustive) des sujets qui sont devenus des vrais marronniers pour certains économistes, alors même que ceux qui ont étudié les questions sont effarés de tant de bêtise :
    1 – la relance keynésienne par la consommation, ça ne fonctionne pas en milieu économique ouvert, ça fait 35 ans qu’on le sait, mais vous trouverez toujours des gens pour vous présenter cela comme un remède,
    2 – la relance keynésienne par les investissements, ça ne fonctionne plus, c’est également démontrable depuis la libéralisation des marchés financiers,
    3 – la TVA sociale, vaste sujet passionnel (alors que c’est un simple problème d’arithmétique de base et un problème de dosage des vases communicants), où il est impossible de faire comprendre à ceux qui en parlent, dans quel contexte ça fonctionne ou pas, ainsi que pour qui et pour quoi ça fonctionnerait à certaines conditions,
    4 – la « taxation des riches » pareil que le point 1,
    5 – la vison déformée que les économistes ont du système fiscal et de comment on peut et on doit l’utiliser pour optimiser son rendement et ses effets. Ça, ça n’est même pas la peine d’essayer, comme tenu qu’il est rare que les économistes sachent comment se traduisent comptablement certains de leurs concepts, par exemple, dans les comptes des entreprises…
    6 – l’inflation comme solution aux dettes… oui, mais avec quelles conséquences ? Ça, c’est rare qu’on vous l’explique jusqu’au bout… (après, je vais me répéter, mes excuses…)
    7 – faire défaut sur la dette, c’est possible… oui, mais avec quelles conséquences ? Ça, c’est rare qu’on vous l’explique jusqu’au bout…
    8 – monétisons les dettes, c’est à dire, faisons fonctionner la « planche à billets »… oui, mais avec quelles conséquences ? Ça, c’est rare qu’on vous l’explique jusqu’au bout…
    9 – retrouvons notre indépendance monétaire… oui, mais avec quelles conséquences ? Ça, c’est rare qu’on vous l’explique jusqu’au bout…
    10 – c’est parce qu’on n’a pas assez libéralisé qu’il y a crise… l’assertion la plus tragique qu’on peut entendre dans la bouche de certains économistes…
    Et cetera, et cetera…

    En fait, je pense que cela procède d’un problème de base, c’est que la macro-économie n’est pas la bonne approche pour trouver des solutions réalistes et applicables… Mais ça, c’est juste l’avis d’un homme de terrain… Ou comme disait Nietzsche : « Il n’y a pas d’erreur plus dangereuse que de confondre l’effet avec la cause : j’appelle cela la véritable perversion de la raison. » On est en plein dedans avec tous les « économistes » qui « confondent la carte avec le territoire »…

    Commentaire par Incognitototo — 16/02/2012 @ 17:49

  27. @incognito

    je ne sais que dire….

    les 10 vérités sont…. je reste sans voix.

    Commentaire par herve_02 — 16/02/2012 @ 20:46

  28. @Incognitototo : Merci pour cet effort ! Je vous rejoins sur le fait que l’économie ne doit rien dicter au politique, que ce n’est qu’un moyen permettant d’atteindre un but fixé par le politique. Le souci, c’est l’échelle de temps que l’on donne pour réaliser l’objectif. Car bien souvent, les objectifs seront… économiques et à court terme (l’élection intervenant à intervalles très resserrés). D’où la déviance.

    Vu mes connaissances en économie, je ne saurais vous contredire ou vous appuyer sur les exemples cités, même si comme tout un chacun, j’ai une opinion. J’ai néanmoins une interrogation :

    1 – Les démonstrations dont vous parlez aux points 1, 2 et 3 sont de quel type, si ce n’est des démonstrations expérimentales, saupoudrées de théorie (solidement axiomatisée ?). Je vois mal comment on peut démontrer ça rigoureusement, si ce n’est en tenant compte de comportements anticipés de gens, donc en rentrant dans la science sociale.

    2 – J’imagine que ces démonstrations fonctionnent en changeant un critère, toutes choses égales par ailleurs. Mais si une modification des politiques intervenait simultanément et à une échelle supra-nationale, la conclusion de la démonstration persisterait-elle ?

    Commentaire par kuk — 16/02/2012 @ 20:47

  29. @incognito

    oups… de même la relance par l’austérité ça marche pas non plus : il suffit de regarder la grèce.

    donc ça marche pas par la demande, ca marche pas par l’austérité, avec 10-1% de chômage, par l’offre comment dire…

    donc résultat : la relance ca marche pas.

    Commentaire par herve_02 — 16/02/2012 @ 20:51

  30. @ Kuk,

    Pour les points 1 et 2, ça a été modélisé, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_multiplicateur ; la réalité c’est que ça ne fonctionne pas du tout en système économique ouvert, et la fuite de l’effet multiplicateur est d’autant plus grande que l’économie et les marchés financiers sont ouverts à la concurrence internationale ; actuellement, on doit être aux ratios suivants pour la France :
    – pour la consommation, quand on injecte 100 seuls 20 produisent du travail en France,
    – pour l’investissement, quand on investit 100 seuls 30 servent à l’investissement en France, …

    Cependant, même sans être mathématicien, il suffit de constater comment les fondamentaux économiques ont varié à chaque fois que les gouvernements ont fait de la relance depuis 1971, pour donner raison à Friedrich Hegel quand il écrivait « L’expérience et l’histoire nous enseignent que les peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, qu’ils n’ont jamais agi suivant les maximes qu’on aurait pu en tirer. »

    Pour le point 3, vous pouvez lire ceci : http://solutions-politiques.over-blog.com/article-c-14-bis-mises-au-point-et-complements-sur-la-tva-sociale-96649233-comments.html

    Non, justement, ces démonstrations ne fonctionnent, plus si on change un critère… C’est ça, la « relativité » de la science économique qui est rarement rappelée. Une démonstration n’est vraie qu »en fonction d’un contexte et de paramètres donnés, ainsi que dans un cadre probabiliste, si la moindre valeur est modifiée (que ce soit par des causes endogènes ou exogènes) tout le modèle est à revoir. Tous les économistes ont raison, dans le seul cadre dans lequel leur démonstration fonctionne… Problème (bis), « la carte n’est pas le territoire », et aucune réalité ne se laisse enfermer ou n’existe dans l’état « parfait » et immuable de leur modèle… « L’analyse systémique » explique et démontre très bien tout ça…

    @ Hervé_02,

    Absolument !!!
    On sait depuis les années 70 que, dans les économies ouvertes, la relance keynésienne par la consommation ne fonctionne plus et a un effet délétère à terme sur l’emploi, les investissements, la monnaie, et cetera, et cetera… hé bien, pendant 20 ans, il n’y a rien eu à faire pour que nos politiques changent de modèle et adaptent ce concept au nouveau contexte international (qu’ils ont en plus eux-mêmes créé, sans en mesurer les conséquences)… Pire, ils ont fait toujours plus de la même chose, comme s’il était impossible qu’ils révisent leur structure d’analyse et intègrent les nouveaux paramètres.
    Et quand ils en changent (contraints et forcés par les marchés financiers, qui leur mettent le couteau sous la gorge), c’est pour nous proposer quoi ? La rigueur !!! Et le serrage de vis, sans jamais s’attaquer aux problèmes structurels qui rendent toute relance mortifère… De la simple pensée binaire, tellement conne, que je m’étonne toujours que ces gens-là fassent autant illusion auprès des citoyens….
    Comme disait Einstein : « L’insanité consiste à refaire toujours la même chose et croire, à chaque fois, que le résultat sera différent ! » ; ou encore : « On ne règle pas un problème en utilisant le système de pensée qui l’a engendré. »

    Les solutions sont ailleurs, mais ne cherchez pas dans les programmes de nos candidats à la présidentielle, elles n’y figurent pas…

    Commentaire par Incognitototo — 16/02/2012 @ 23:02

  31. Sur la pointe des pieds..
    Dites, Aliocha, entre nous, il y a de la matière grise dans tous ces commentaires! Chapeau, collègues!

    Commentaire par araok — 17/02/2012 @ 13:40

  32. @araok : si j’avais le temps,je ferais pour chaque billet une petite synthèse des commentaires et des liens qui sont venus enrichir le billet. Hélas….ça fait des semaines que j’y pense tout en me disant que je n’arriverai pas à m’y tenir. Maintenant, si un lecteur a envie de se lancer dans l’exercice, il est le bienvenu !

    Commentaire par laplumedaliocha — 17/02/2012 @ 14:19


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