La Plume d'Aliocha

31/01/2012

A propos du drôle de concept de « star du journalisme »

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 16:39

C’est un fait. François Lenglet, directeur de la rédaction de BFM Business, a été bon lors de l’interview du chef de l’Etat, dimanche dernier. Carré, technique, incisif, courageux. Même la légère anxiété que laissait transparaître son attitude avait quelque chose de rafraichissant par rapport à ses confrères rompus à l’exercice et finalement un peu trop émoussés. En plus, cela fait toujours du bien de voir un « nouveau » visage. Enfin, pas si nouveau que cela tout de même. Il apparait de plus en plus souvent sur les plateaux ces derniers temps. Son calme, sa voix grave et posée, son sérieux, tout tranche avec la petite musique habituelle des commentateurs attitrés. On a le sentiment en l’écoutant que ce journaliste-là bosse ses dossiers. Inutile pour lui de manier la provocation, l’ironie ou l’argument idéologique (je ne dis pas qu’il n’a pas de conviction, mais qu’il part d’une solide connaissance des sujets), il sait et ça se voit.

Ce qui est étrange et légèrement inquiétant, c’est le nombre d’articles éblouis que lui consacrent ses confrères depuis quelques jours. Comme s’ils découvraient tout juste son existence. Ou pire, comme si le fait d’avoir interrogé le chef de l’Etat le faisait soudain entrer dans la cour des grands. Voilà bien un travers typiquement médiatique que d’attendre qu’un individu soit estampillé par le pouvoir pour soudain en découvrir les mérites. Au passage, quel paradoxe pour une profession qui se définit précisément comme un contre-pouvoir !  En réalité, ce choix d’introduire dans le panel des interviewers un journaliste spécialisé est une illustration supplémentaire de l’importance prise par l’économie et la finance dans la politique. Du coup, les princes du métier découvrent effarés que l’économie peut être abordée sous un angle plus technique que politique. Car Lenglet est un technicien. Il a piloté le magazine Enjeux-Les Echos, avant de diriger La Tribune pour finalement prendre la tête de BFM Business. Il appartient donc à l’univers de la presse spécialisée située légèrement en-dessous, dans l’aristocratie médiatique, des figures des quotidiens et hebdomadaires dits généralistes (Le Figaro, Le Monde, Libé, L’Obs, Le Point, l’Express, Marianne etc.) et des pointures de la radio et de la télévision.

Le JDD l’a interviewé, le 30 janvier. Je vous recommande de lire l’entretien, sa vision du métier est intéressante. Emmanuel Beretta lui a consacré une chronique titrée : « François Lenglet confirme qu’il est une star ! ». Rue89 annonce la naissance d’un nouveau chouchou  et parle d’un journaliste « à la mode » qui n’a déjà plus le temps de répondre aux interviews ! Avant même le fameux show présidentiel, Le Figaro l’avait interrogé sur la préparation de l’épreuve. Sans compter 20 minutes qui lui demande aujourd’hui comment il vit les commentaires élogieux dont il a fait l’objet sur Twitter.

Et l’on frissonne à la vue de cet emballement. Par pitié, laissons-le bosser. Ne le changeons pas en journaliste à paillettes, en idole des plateaux télé. N’en faisons pas une « star ». Il n’y a pas de star, ou plus exactement, il ne devrait pas y avoir de « star » dans ce métier, mais juste des professionnels qui sont bons ou pas.

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