La Plume d'Aliocha

24/01/2012

Virus médiatique

Il n’est jamais inutile de s’observer soi-même. J’entends par là non pas de se regarder le nombril avec éblouissement ou au contraire dans le tourment du jugement intime et de la culpabilité, mais plutôt de s’étudier « scientifiquement ». D’abord, cela permet de se connaître et à travers soi de découvrir l’humain ; « on ne comprend bien que ce que l’on sent en soi » écrivait Steinbeck. Ensuite, cela offre l’opportunité de se corriger en cas de dérapage.

Oh Ricoeur ennemi !

Tenez par exemple, ce soir avant de quitter le bureau j’avais prévu de lire le discours prononcé il y a quelques jours par la présidente du Tribunal de grande instance de Paris lors de la rentrée solennelle pour en tirer éventuellement le contenu d’un article. Chaque année en effet les juridictions de France et de Navarre ont l’excellente habitude de marquer un temps d’arrêt durant une heure afin de dresser le bilan de l’année écoulée et d’évoquer les actions à venir. Tout ceci se fait en grande pompe (pas de s à pompe, je viens de vérifier, à moins qu’il ne s’agisse de désigner des juges ayant chaussé des souliers trop grands pour eux, mais ce n’est pas le sujet ici), en grande pompe donc, juges en robe, officiels divers et variés en grande tenue, journalistes et tapis rouge.

J’étais pressée. Je suis toujours pressée, c’est lié à l’époque, à mon tempérament, et au métier de journaliste. Les médias sont plus pressés que les autres. Au point que cela frise la folie. On a beau en être conscient, on continue, pire même, on accélère. Bref, je tournais les pages du discours, lisant la chose en diagonale pour trouver le chiffre, l’information pratique, l’annonce, la critique au gouvernement, la plainte sur les moyens et autres déclarations qui font le miel du journaliste. Las ! Je ne voyais partout que des allusions à Marcel Gauchet, Platon, Paul Ricoeur, Edgar Morin. Tout le texte n’était qu’une longue réflexion philosophique sur le rôle de la justice dans une société en crise, sur fond de mondialisation et alors que l’Etat recule.

Fichu Jiminy Cricket !

Déçue et irritée, j’étais sur point de reposer le texte sur la pile vacillante des choses à faire, tout en me demandant ce que j’allais bien pouvoir écrire sur cette rentrée, lorsqu’une petite voix intérieure m’a murmuré : « N’est-ce pas toi qui te plains continuellement de l’accélération du temps médiatique ? De la superficialité de l’univers dans lequel tu évolues ? Du travail toujours moins intéressant que l’on te réclame ?  Ne pestais-tu pas il y a 5 minutes encore contre les mails dégoulinant de flatterie des attachés de presse, les menaces à peine voilées de ceux que tu interviewes (je dine régulièrement avec votre président, sachez-le !), les manoeuvres de séduction des gens prêts à n’importe quoi pour être cités dans un article, les déclarations floues des experts qui prétendent savoir et en réalité ne savent rien, le vacarme médiatique et la vanité grandissante de son discours « . J’en passe et des meilleures, tant il m’arrive quand je suis un peu fatiguée d’éprouver une profonde révolte face à cette comédie humaine, toute entière pétrie  d’ego surdimensionnés, d’intérêts mesquins, et d’hypocrisie crasse. « Et tu méprises ce discours parce qu’il ne t’a pas servi tout cuit le contenu d’un article facile ? » a continué l’espèce de Jiminy Cricket qui s’était invité de manière fort intempestive dans mon cerveau à la faveur de la solitude des bureaux déserts en cette heure tardive.

Alors, j’ai repris le texte et, cette fois, je l’ai lu tranquillement. Cette juge avait raison de convoquer les grands philosophes au chevet de la justice.   Son propos était aride, mais nécessaire. Du coup, j’ai décidé que j’en parlerai. Parce qu’il est intéressant et parce qu’il ne faut pas décourager ceux qui osent encore tenir la bride haute aux gens comme moi en continuant de citer Ricoeur, même si c’est moins « vendeur » qu’une pique à l’encontre du ministre ou qu’une énième plainte contre le manque de moyens du système. Saleté de virus médiatique !

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26 commentaires »

  1. je cherchais une citation pour appuyer ta démarche, mais ça m’échappe.. tant pis.
    (on peut se tutoyer, depuis le temps que je te lis, ça te dérange pas, dis ?)
    en tous cas, bravo, excellente démarche – la classe.

    Commentaire par izrathil — 24/01/2012 @ 22:48

  2. Bonsoir Aliocha,

    Tout d’abord, bravo et merci pour votre initiative. Elle vous honore.
    Puisse le texte suivant vous aider dans la rédaction de votre article. C’est la conférence des présidents des tribunaux de grande instance qui l’a élaboré. A ma connaissance, il n’a pas eu beaucoup d’écho dans les médias, écrits en particulier, pas assez vendeur je suppose pour les gardiens du temple (un paradoxe de plus compte tenu des ventes de la presse écrite). Les procureurs avaient eu plus de succès. C’est vrai qu’ils passent mieux et sont généralement plus prolixes que les gens du Siège. Je serai cependant surpris les préoccupations évoquées dans le discours de la présidente du TGI de Paris ne rejoignaient pas celles qui suivent.

    « Le conseil d’administration de la Conférence Nationale des Présidents de Tribunaux de Grande Instance voit s’achever une année 2011 éprouvante qui restera sans doute parmi les plus difficiles supportées par nos juridictions depuis bien longtemps.
    Aux difficultés matérielles et budgétaires s’ajoutent désormais un désenchantement et une souffrance généralisés chez les acteurs de terrain, magistrats et fonctionnaires.
    Notre tâche d’administration et d’animation devient impossible et la plus value que nos collègues et les fonctionnaires sont en droit d’attendre de l’exercice de nos fonctions se limite de plus en plus à la gestion d’une pénurie dramatique de moyens face à une inflation insupportable des charges dans un contexte de fréquentes improvisations juridiques qui nous conduit à des choix de priorités par défaut.
    La période de fin d’année et l’approche de l’année nouvelle sont propices à l’expression des vœux et nous savons toutes et tous dans nos juridictions l’importance que revêt cette tradition, au delà des relations personnelles, dans les contacts institutionnels.
    Le conseil d’administration de la Conférence Nationale des Présidents de Tribunaux de Grande Instance vous présente, cher(e)s collègues président(e)s, ses voeux les meilleurs et les plus sincères pour l’année 2012 et en particulier formule les souhaits suivants:
    – qu’en matière de réformes, la réflexion devance l’action, les études d’impact précèdent leur mise en œuvre et que les moyens soient contemporains de leur entrée en vigueur,
    – que notamment l’année 2012 ne soit pas l’occasion d’une nouvelle avalanche de textes dictée par des considérations électorales ou la réaction à des émotions, et dont la traduction législative solliciterait de plus fort les juridictions pénales au risque d’afficher un désintérêt pour les contentieux civils dont le traitement est pourtant un des facteurs essentiels de paix sociale,
    – que la sécurité et la stabilité juridique soient garanties, pour le bien des justiciables et le fonctionnement efficace et pertinent de nos juridictions,
    – qu’en conséquence l’impréparation, l’improvisation et l’imprécision cessent de créer de charges indues comme ce fut le cas pour les élections professionnelles et la mise en oeuvre de la contribution de 35€ pour l’aide juridique,
    – que les ressources humaines soient garanties à la mesure des charges confiées, à l’inverse de ce qui s’est produit en matière de protection des majeurs, en matière de protection des personnes placées en régime de soins psychiatriques sans consentement, en matière de tribunal correctionnel des mineurs, ou de transfert de compétence du traitement des situations de surendettement,
    – que par exemple ne soient pas proposées des solutions de facilité comme la mutualisation des tribunaux pour enfants, consommatrice de temps et donc irréaliste dans le contexte actuel
    – que la suppression de la juridiction de proximité et les conséquences qu’elle entraînera au sein des tribunaux d’instance pour le traitement du contentieux civil soient prises en compte,
    – que les discours évoquant des créations d’emplois de magistrats comme de fonctionnaires se traduisent concrètement, alors que nous constatons jusqu’à présent l’accroissement des vacances de poste et la non prise en compte du travail à temps partiel,
    – que la gestion des ressources humaines pour les magistrats comme pour les fonctionnaires mérite enfin son nom, que les adjoints administratifs n’apprennent pas huit jours avant la date de leur prise de fonction leur lieu d’affectation, que les projets de nomination des magistrats s’inscrivent dans des calendriers qui permettent une réelle consultation des assemblées statutaires des juridictions tant pour le bien fondé des décisions d’organisation qui nous incombent, que pour l’adhésion qu’elles doivent recueillir pour la bonne marche des tribunaux,
    – que les budgets annoncés soient effectivement alloués et non amputés en cours d’année, spécialement ceux qui stagnent comme l’accès au droit ou qui régressent comme les frais de fonctionnement,
    – que les responsables politiques cessent d’instrumentaliser l’institution judiciaire, garante de l’Etat de droit , et de dénigrer l’institution et les hommes qui la servent au gré des décisions qui leur déplaisent ou nuisent à leurs intérêts partisans
    Alors cher(e)s collègues président(e)s, si par extraordinaire ces voeux se réalisent, parmi d’autres que seul le souci de concision ne nous permet point de citer ici, nous pourrons nous féliciter de ce que l’année 2012 permette à la Justice, sous notre impulsion, avec le concours de chacun des magistrats et fonctionnaires de nos juridictions, de jouer le rôle qui est le sien dans une société démocratique moderne. »
    (http://www.huyette.net/article-apres-les-procureurs-les-presidents-des-tribunaux-se-fachent-tres-fort-96186340.html)

    Bonne soirée

    Commentaire par H. — 24/01/2012 @ 23:43

  3. @H : Merci, je n’étais même pas au courant. En fait, dans un monde de communication il faut répondre aux conditions que j’évoque dans le billet. C’est bien pour cela que je l’ai rédigé, il ne s’agit pas de livrer mes états d’âme mais de montrer les travers du système auxquels je n’échappe pas, malgré toute ma vigilance. Les procureurs ont eu plus de chance, leur sujet était d’actualité (débat sur la nature du parquet sur fond de jurisprudence mais aussi d’enjeux politiques) et en plus susceptible d’intéresser la « grande presse ». A l’inverse, les présidents de TGI dénoncent des problèmes de fond que l’on connait depuis des années : manque de moyens, incontinence législative, promesses non tenues etc.

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/01/2012 @ 10:36

  4. Bonjour,

    Pourriez-vous mettre un lien vers le discours en question ? Merci d’avance.
    Je suis toujours intéressé de lire un texte et son commentaire.

    Commentaire par Vincent — 25/01/2012 @ 10:40

  5. @Vincent : je l’aurais mis si je l’avais eu, mais comme le montre le commentaire de H, la justice n’a guère de moyens. La cour de cassation et la Cour d’appel mettent leurs discours sur leur site, pas le TGI. Voyez-vous-même à quoi se réduit le « site » du TGI, une page sur celui de la Cour : http://www.ca-paris.justice.fr/index.php?rubrique=11016&ssrubrique=11051&article=14755

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/01/2012 @ 10:46

  6. Chère Aliocha, pourriez-vous (pourrais-tu ? après tout on se tutoie sur les internets) (malgré le manque de temps décrit dans ce billet) scanner le discours et l’uploader sur un site (ce blog si wordpress l’autorise ?).

    Je suis moi aussi vivement intéressé par ce genre de texte.

    Et encore bravo pour ton blog !

    Commentaire par niodayoda — 25/01/2012 @ 12:06

  7. Puisque nous en sommes à prendre le temps de lire et peut-être d’essayer de réfléchir, voici le quart d’heure culturel :
    Pour les « penseurs » cités par la présidente du TGI de Paris, voici leurs biographies respectives :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Gauchet
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Platon
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ric%C5%93ur
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Edgar_Morin

    Et puis que c’est mercredi, jour des enfants mais aussi jour idéal pour vérifier si les devoirs sont faits, je m’interroge sur la pertinence de la phrase suivante :
    « ’il ne faut pas décourager ceux qui osent encore tenir la bride haute aux gens comme moi »
    « Tenir la bride, haute ou courte », c’est laisser peu de liberté à quelqu’un. Je ne crois pas que vous ayez besoin que le TGI vous prenne en « main » pour vous faire prendre le temps de réfléchir !
    Par contre, »tenir la dragée haute », c’est savoir faire sentir son pouvoir sur quelqu’un alors que l’on est pas forcément hiérarchiquement ou socialement le mieux placé … par extension, c’est faire la morale aux puissants … De la part de cette magistrate, l’idée me séduisait bien plus, la gourmandise de la dragée en plus …

    Allez, pour la bonne bouche, encore des liens :
    Les dragées :
    http://www.expressions-francaises.fr/expressions-t/368-tenir-la-dragee-haute-a-quelqu-un-.html
    http://www.languefrancaise.net/bob/detail.php?id=31554
    Les brides :
    http://fr.wiktionary.org/wiki/tenir_la_bride_haute
    http://fr.wiktionary.org/wiki/bride

    Dans un précédent billet, vous m’aviez encouragée sur ce terrain, je me lâche !

    Commentaire par fultrix — 25/01/2012 @ 12:28

  8. @Fultrix : bride/dragée : oui, mais utiliser des métaphores cavalières me console de ne plus monter à cheval depuis un bout de temps, faute d’opportunité. Pour le reste, merci !

    @niodayoda : suis pas une geek moi, j’ai le texte en PDF mais je ne sais pas ce qu’il faut faire ensuite. En attendant, pour vous consoler, la rentrée solennelle de la cour de cassation http://www.courdecassation.fr/institution_1/occasion_audiences_59/debut_annee_60/annees_2010_3342/janvier_2012_21886.html
    et celle de la cour d’appel (attention site moche et en plantage régulier) : http://www.ca-paris.justice.fr/index.php?rubrique=11048&article=23408
    Vous verrez que ce sont déjà naturellement des exercices arides, ponctués parfois de belles envolées lyriques et surtout pétris de valeurs, ce que je trouve réconfortant, tant cela tranche avec la communication dédiée aux médias et le discours médiatique lui-même.

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/01/2012 @ 15:08

  9. ça, c’est pas malin confrère ! http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php#12973

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/01/2012 @ 15:52

  10. @ Aliocha :
    Vous tombez bien, le pape a pensé à vous aussi.
    😀

    http://www.eglise.catholique.fr/ressources-annuaires/guide-de-l-eglise/saint-siege-et-vatican/messages-du-pape/message-du-saint-pere-pour-la-46e-journee-mondiale-des-communications-sociales.html

    Et si vous l’avez en PDF, ne pouvez vous pas au minimum l’envoyer par mail aux commentateurs de ce billet ? S’il vous plait…. 🙂

    Commentaire par Polydamas — 25/01/2012 @ 16:17

  11. Bon, puisque je suis dessus, voici donc un large extrait du discours de Madame Chantal Arens, présidente du TGI de Paris, lors de la rentrée du 12 janvier 2011 :

    « Il est presque devenu un lieu commun d’aborder la grande crise systémique auquel notre
    société fait face. Cette crise revêt plusieurs visages et il serait vain de vouloir les aborder tous. La crise
    devient en quelque sorte un état continu. Elle est naturellement économique, mais également politique,
    écologique, morale, voire elle porte sur les valeurs. C’est aussi une crise de l’histoire européenne.
    Marcel Gauchet indique que «nous ne sommes pas à la fin de l’Histoire mais dans une impasse de
    l’Histoire»
    L’an dernier je rappelais que notre époque est en quelque sorte prise et éprise de vitesse.
    Celle-ci envahit tous nos modes de vie : intensification des échanges, réduction voire abolition des
    distances, communication immédiate. Cette situation peut conduire à un sentiment d’accélération de
    l’histoire, voire à une perte de la représentation du futur.
    Ces évolutions ne sont toutefois pas vécues au même rythme par tous. Elles peuvent aussi être
    un facteur de repli sur soi.
    Par ailleurs, à ces évolutions, qui peuvent être regroupées sous le terme commode de
    mondialisation marquée par une forte interdépendance entre les économies et les peuples, s’ajoutent de
    profondes remises en cause de notions que l’on croyait, à tort, éternelles.
    Il me paraît dès lors pertinent de s’interroger sur le devenir de la justice dans ce contexte
    particulier. Naturellement, tout changement, même rapide, ne peut être perçu comme en soi négatif.
    Sans doute et sans incertitude il ne pourrait y avoir de création, de nouveauté. D’ailleurs, d’un point de
    vue étymologique, les traditions grecques et orientales se rejoignent, puisque le mot grec de crise
    signifie décider et trancher, alors que dans le mandarin classique, l’idéogramme crise signifie
    opportunité. Toute crise est donc un facteur de changement et d’évolution. Mais il paraît aussi
    indispensable qu’une certaine stabilité et qu’une continuité puissent toujours être envisagées. La
    justice me paraît ressortir de cette notion de stabilité qui rejette l’immuabilité mais qui doit conserver
    une identité.
    Il n’est pas aisé pour le citoyen de définir la justice. Comme l’écrit Paul Ricoeur : «C’est
    d’abord à l’injustice que nous sommes sensibles. […] La justice est plus souvent ce qui manque, et
    l’injustice ce qui règne. Et les hommes ont une vision plus claire de ce qui manque aux relations
    humaines que de la manière droite de les organiser».
    Les auteurs distinguent souvent trois sens : le juste renvoie subjectivement à une disposition
    morale de l’individu, objectivement à la qualité de certains actes ou de certaines situations qui
    traduisent la réalisation d’un ordre rationnellement désirable, juridiquement à un ensemble
    d’institutions chargées de veiller à l’application de règles qui permettent la vie commune.
    Il est également possible de dire que la justice est un idéal, s’accomplit dans la norme et
    qu’elle est une institution.
    Les bouleversements actuels et plus généralement de ces dernières années m’inspirent trois
    séries de réflexions, dans le prolongement de ces distinctions.
    S’agissant de l’institution, il peut être relevé que la crise actuelle qui présente un caractère
    transnational invite à reconsidérer la notion même d’État et par la même la justice qui en fait partie. A
    cet égard, cette crise vient renforcer un phénomène en cours depuis quelques décennies.
    Dès les années 1970 et 1980, d’éminents philosophes, sociologues mettaient en exergue un point
    d’inflexion de la raison d’État dans la courbe de son développement. Ils développaient les notions de
    «raison du moindre État», de «gouvernement frugal» ou «d’État modeste». Plus récemment, un auteur
    a souligné un trait dominant de notre époque : le repli stratégique de l’État.
    Ce phénomène peut engendrer un problème d’identité pour la justice et questionne le contour
    des institutions. A une période de crise, pour que la justice soit un pôle de stabilité, sans rejeter le
    changement ni les évolutions, la justice devant même pour une part les accompagner, il peut être
    souhaitable qu’on donne à la justice les moyens de cette stabilité, à tous points de vue. La justice
    participe de la légitimité démocratique. Une prise en considération de la justice en tant qu’institution,
    qui ne serait pas à la hauteur des enjeux, peut s’avérer périlleux.
    S’agissant de la norme, la justice peut en période de mutation, accompagner le changement.
    Souvenons nous d’Aristote et de «L’éthique à Nicomaque », «le juste, donc, est ce qui est conforme à
    la loi et ce qui respecte l’égalité, et l’injuste ce qui est contraire à la loi et ce qui manque à l’égalité».

    Le Conseil constitutionnel a rappelé dans deux décisions des 6 et 14 octobre 2010, que le juge donne
    une portée effective aux lois, par leur interprétation.
    Chassons immédiatement le fantôme du gouvernement des juges, il n’est question que
    d’interpréter le droit et non pas de l’instituer.
    La justice est le réceptacle d’aspirations du corps social au changement et peut accompagner,
    voire être le précurseur de mutations. L’importance croissante du droit européen et le rôle de la cour
    européenne des droits de l’homme en fournissent une illustration. La primauté accordée par le juge
    aux droits fondamentaux apparaît nécessaire et contribue à cette stabilité que j’évoquais à l’instant. Le
    juge met en avant des normes supérieures, repères en temps de crise et de mutations, normes qui
    permettent de renforcer les garanties offertes aux justiciables.
    S’agissant de l’idéal, et j’en terminerai par là, Platon ne fait-il pas de la justice la vertu
    supérieure : «Je crois que dans la Cité le complément des vertus que nous avons examinées,
    tempérance, courage et sagesse, est cet élément qui leur a donné à toutes le pouvoir de naître, et après
    leur naissance, les sauvegarde autant qu’il est présent».
    La crise et les changements doivent inviter les acteurs de la justice à une réflexion collective
    sur notre manière d’agir, afin de s’efforcer de réaliser cette exigence éthique et de redonner tout son
    sens à notre mission. C’est d’ailleurs la perte de sens qui conduit à la perte de repères et à
    l’affadissement des valeurs mêmes qui structurent l’institution judiciaire.
    Dans la troisième partie du «Discours de la méthode», Descartes déclinait quelques maximes
    de sa «morale par provision». Il nous invitait tout à la fois à la modération, à la résolution et à
    travailler à promouvoir les conditions du bonheur. Dans une période de profond changement nous
    mettant en présence de situations pouvant être inédites, il peut être intéressant de revenir aux
    fondamentaux cartésiens : modération, résolution qui permettront de dépasser le doute, pour parvenir à
    une action éclairée, tout en pensant le monde complexe qui est le notre, de façon ouverte, pluraliste,
    argumentée.
    Prolongeons cette réflexion avec Edgar Morin dans «Mes démons» : «L’éthique doit mobiliser
    l’intelligence pour affronter la complexité de la vie, du monde, de l’éthique elle-même. C’est une
    éthique de la compréhension, qui n’impose pas une vision manichéenne du monde […] C’est une
    éthique qui rencontre sans cesse l’incertitude et la contradiction en son sein. Une éthique sans
    fondement autre qu’elle-même, mais qui a besoin d’appuis à l’extérieur d’elle-même».
    Pour la justice qui est au fondement même de notre existence individuelle et collective et qui
    est inséparable de la vie de l’homme en société, il me semble qu’il convient de répondre à l’invitation
    de ces penseurs.
    Conserver une juste place, une juste distance, prendre du recul, penser la complexité tout en se
    montrant ferme et résolu. Face à l’accélération du temps, la justice doit toujours être considérée
    comme une temporalité en soi, un moment singulier, symbolique, une rupture dans le temps pour se
    donner le temps de la réflexion et ainsi retrouver une finalité longue. La justice doit conserver l’esprit
    de son institution en se référant à ses valeurs fondamentales : indépendance, impartialité, juste
    distance, respect du contradictoire, valeurs de nature à garantir le recours juridictionnel effectif et le
    droit à un procès équitable.
    Si l’interdépendance des systèmes et des hommes rend encore plus complexe toute évolution
    de notre système juridique, soyons toutefois résolument confiants en notre capacité qui a toujours été
    la notre, à nous adapter aux grands défis mondiaux de demain tout en gardant notre identité ».

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/01/2012 @ 16:42

  12. Pour répondre à vos interrogation « geek » d’insertion d’un document pdf sur votre blog WordPress, voici :
    – soit le document est accessible en ligne, et vous le mettez en lien comme une référence ordinaire d’une page web
    – soit vous avez le document en stock dans votre machine et alors, attention à la manoeuvre…
    1) dans votre zone d’administration du blog, ouvrez l’onglet « média » et vous cliquez dans le sous menu « ajouter fichier »
    2) voici ce qui apparait sur la page :
    « Envoi Nouveau Média

    Types de fichiers acceptés : jpg, jpeg, png, gif, pdf, doc, ppt, odt, pptx, docx, pps, ppsx, xls, xlsx  »

    3) ensuite vous avez un beau carré vous proposant de charger le document de votre choix ( Drop files here or « Parcourir » )
    4) du coup, vous parcourez votre « explorateur », retrouvez le document (image, fichier de tous standards) de votre choix
    5) ce document viendra enrichir votre bibliothèque (autre sous menu de « média ») et vous pourrez l’affecter à l’article de votre choix que vous vous empresserez de metre en ligne afin d’en faire profiter vos petits camarades et autres lecteurs assidus de votre prose …

    Je vous souhaite beaucoup de bonheur informatique !
    Je ne suis pas geek, je suis pratique et en plus, j’ose tout !

    Commentaire par fultrix — 25/01/2012 @ 18:48

  13. @Fultrix : vous êtes un chou, je vais essayer dès que je trouve 5 minutes. J’avais vu le truc, mais je pensais que ça donnait accès au document dans mon disque dur (la blonde !)et ça m’embêtait (j’sais pas pourquoi d’ailleurs (re-la-blonde !)

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/01/2012 @ 19:02

  14. En qq mots et de manière scolaire un résumé de l’extrait du discours de Madame Chantal Arens :

    Comment adaptater la justice au bouleversements de notre époque et préserver son identité ?
    Une caractéristique de la crise actuelle est la diminution du rôle de l’état : La justice, en tant qu’institution fait partie de l’état. L’évolution de cette institution doit conserver sa légitimité démocratique.
    En tant que norme, la justice doit accorder une place croissante aux droits fondamentaux, notament issues du droit européen, et accompagner ainsi l’évolution du corps social.
    Enfin, pour préserver l’idéale de la justice, alliant tempérance, courage et sagesse, il convient de réflichir son rôle face aux défis éthiques émergeant. Cela passe par une recherche résolue d’un équilibre entre le temps rapide de la crise et la temporalité propre de la justice qui respecte ses valeurs fondamentales.

    Commentaire par Vincent — 25/01/2012 @ 19:13

  15. Athènes toujours, Jérusalem jamais ! Le discours de madame la présidente du
    GTI ne fait pas exception à la règle. Les origines grecques de notre pensée sont toujours rappelées, ses origines bibliques jamais. Et c’est comme cela qu’on débite des banalités sur l’accélération de l’histoire et qu’on passe à côté de l’essentiel, intemporel autant qu’universel : la justice c’est d’abord le pardon…

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 25/01/2012 @ 21:22

  16. Voyez-vous, au-delà du discours médiatique qui chahute à ce point les élites qu’il finit par en donner une vision parfaitement abjecte, il faut bien avouer qu’il reste dans nos institutions des gens de qualité et des moments rares où chacun se souvient qu’il oeuvre pour quelque chose qui le dépasse. Vous en avez un exemple ici avec cette rentrée solennelle. Le problème, c’est que lorsqu’on approche ces gens, on s’aperçoit qu’ils sont simplement humains et les journalistes alors dénoncent, avec raison, leurs travers. Du coup, le discours médiatique, par nature pathologique (on ne s’intéresse qu’à ce qui va mal, parce que c’est notre job, ou en tout cas la vision qu’on en a) finit par pathologiser l’ensemble de la société et susciter la révolte et le découragement. La vision bisounours, pour laquelle j’ai tendance à pencher, est fausse. La vision noire consistant à considérer que tout est pourri, les hommes comme les institutions, est fausse aussi. L’impossible exercice consiste à se situer entre les deux. Quand je critique, dans un moment de fatigue et de découragement, sans discernement, je sais que j’ai tort, quand je m’enthousiasme, je suis également dans l’erreur. La vérité est entre les deux, ni noire ni blanche, ni belle, ni abjecte. Et ça, c’est à la fois un sacré problème et une foutue responsabilité quand on fait le métier de journaliste. Albert Londres écrivait : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ». Il avait raison, mais bon sang que c’est difficile de ne pas lancer de pétales à tort, sans s’en rendre compte, ni de faire du tort par erreur, parce qu’on n’a pas compris.

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/01/2012 @ 23:38

  17. Votre juge a une interprétation passablement hétérodoxe des maximes de la morale provisoire. Va pour la modération et la résolution. Mais « travailler à la recherche des conditions du bonheur » est une curieuse façon de traduire « tâcher toujours à me vaincre plutôt que la fortune » et « changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde ». Bon,la résignation n’est plus très à la mode; elle est sans doute une manière de travailler à promouvoir le bonheur, mais pas tout à fait dans le sens de ce que l’on entend généralement de nos jours par cette expression. Deux autres maximes ont été écartées: celle qui invite au conformisme (dont la maxime de modération est un corollaire) et la maxime qui invite à chercher la vérité. Je trouve intéressant de relever ces lacunes : nous vivons en effet une époque marquée par le relativisme, qui n’a que faire de la recherche de la vérité absolue désirée par Descartes; une époque marquée par un très grand conformisme qui se donne des allures d’anticonformisme, comme l’a si bien relevé Philippe Muray, héritier de Tocqueville sur ce point ; quant à la transposition de la maxime de résignation en maxime de construction du bonheur, elle trahit combien il nous est devenu peu naturel d’associer recherche du bonheur et ascèse, épanouissement de soi et apprentissage de la frustration. Il y a tout l’esprit de notre époque dans ces omissions et déformations…

    Commentaire par Physdémon — 25/01/2012 @ 23:50

  18. Je suis d’accord avec le commentaire n° 7 de Fultrix sur l’expression “Tenir la bride haute”, car une bride c’est aussi la partie de l’harnachement d’attelage qui comporte des oeillères.

    Bref, « Tenir la bride haute », c’est laisser peu de liberté à quelqu’un, mais aussi dans certain cas lui orienter le regard avec des oeillères pour qu’il avance droit, et non à hue et à dia, ce qui, pourtant, est une qualité pour un journaliste fougueux….

    Commentaire par Tagada — 26/01/2012 @ 11:09

  19. La justice ou la justesse. C’est « juste » au sens que cela pourrait être injuste. C’est « juste » au sens où cela pourrait être faux. Le mot ‘juste’ ne signifie pas toujours la même chose. N’est-ce pas, Juste? Il s’appelle Juste Leblanc. Ah bon il n’a pas de prénom ?
    Prenons cette dernière phrase, extraite d’un film. Est-ce que les ayant-droit vont venir me demander des royalties pour m’autoriser à en faire usage? Ce serait juste, n’est-ce pas ? Car il est injuste que le fruit de leur travail serve à un tiers, alors qu’il est leur propriété.

    On le voit, la justice est une décision, là où la vérité est transcendante (universelle, éternelle, absolue : c’est le fond, il est vrai ou bien faux que mes lunettes sont sur mon nez). Par contre, qui est-ce qui décide du droit ? Les hommes, comme ça les arrange.
    Prenons la fermeture de Megaupload. Les ayant-droit ont pesé sur le politique pour prendre dans une souricière juridico-policière un hébergeur de fichiers. Ceux qui possèdent les droits sur le contenu des fichiers en appellent à la justice et font couper le robinet (partout sur la planète). A cette occasion, on mesure la puissance US et le danger que fait courir Internet à la culture : à trop dépendre de cette source d’information, on se trouve à la merci des ayant-droit.

    Ce que montre cet événement, c’est un hiatus (quand ça sonne faux). Qui du rapport entre d’une part l’art (la culture, l’oeuvre) et d’autre part les ayant-droit ? Il n’y en a pas. Donc, comment passe-t-on de l’un à l’autre ? On ne passe pas, on saute : c’est précisément ça la loi et l’obéissance. Cela repose sur une absence de rapport, sur une absence de sens, d’intelligible, de vérité, c’est le pur « c’est comme ça ». Surgit alors la question de l’injustice que détermine cette coupure, cette perte de la vérité (et l’Idée de justice pour justifier le hiatus)
    Pourquoi, nous demandons-nous, certains d’entre nous peuvent accéder à la 47° de Mozart, interprété par Sir Charles Mackerras et le Prague Chamber Orchestra et que … moi non? c’est tropin juste.
    La réponse à cette légitime question, c’est que seuls ceux qui sont riches ont « droit » à la culture. Pourquoi ? Et bien parce qu’ils ont travaillé pour obtenir cet argent et qu’il est logique qu’ils puissent en « profiter » alors que ceux qui n’ont pas bien travaillé soient « punis » et en soient « privés ». Oui mais, lorsque Leonardo peint la Scène, il ne s’adresse pas seulement aux riches qui ont travaillé dur toute leur vie, il s’adresse à tous les hommes sans distinction de race, de sexe (l’Autre). Certes, mais le droit ne s’appuie pas sur ce que veut l’artiste, mais sur ce que veulent les ayant-droit (le cercle logique se referme)
    Mais que veulent-ils à la fin?
    Ils ne veulent pas la culture (sinon, ils laisseraient ouverts les robinets et les petits des favelas télécharger leurs mp3 et leur avi, sur Youtube ou Megaupload, tant qu’ils veulent et ainsi baigner dans la culture en ébullition).
    Ils veulent de la tune, bien sûr, cela tombe sous le sens, comment ne pas comprendre qu’ils font dans leur froc à l’idée que la culture leur échappe, à eux à qui elle « appartient » et qui leur remplit les poches, ce qui, on peut peut-être en faire la remarque, n’est pas sa vocation première…. mais allez faire comprendre ça au monde des médias qui est entièrement hypnotisé par l’idée que « time is money » et ce qui s’ensuit : « la propriété intellectuelle ; Socrate se faisait-il payer ? non il ridiculisait, précisément, les sophistes, qui, eux, n’étaient là que pour le business (rendus stupides et bornés et abjects par leur « intéressement »)

    Commentaire par Bray-Dunes — 26/01/2012 @ 12:21

  20. Je ne connaissais pas RICOEUR, même de nom…mais devinais dèjà comme sa pensée devait être lourde et lente…le contraire d’une pensée fulgurante, celle qui dit : si toi, tu vois la toute petite étoile, là, c’est que tu es déjà dedans…ou bien : la charge de la preuve incombe à celui qui accuse, point.

    Commentaire par YOU YOU — 26/01/2012 @ 17:27

  21. Bravo, vous avez lu un texte… C’est un exploit de nos jours.

    Commentaire par toto — 27/01/2012 @ 23:08

  22. La justice s’instaure par la loi. Cela suppose qu’avant la loi, il y a le chaos, l’injustice. Et si c’était le contraire ? Si avant la loi, c’était la bonne nature et que la loi instaure le déséquilibre, le chaos, l’injustice et ….l’appel à la Justice (qui est l’Idée même, l’idéal qui nous restaure, le Bien qui n’est pas là mais que nous « pouvons » et « devons » réaliser et qui contient analytiquement toutes les autres idées dans un système que nous sommes en train de mettre en œuvre : l’idéalisme).
    De même que notre corps, ce petit bout de nature, est infiniment complexe et hors de notre idée (nous forgeons des fictions : particules quantiques, structure atomique, force nucléaire, vie de la cellule …), de même la culture, le langage …., où nous « baignons » est infiniment complexe et inconnue (l’idée d’inconscient est là pour nous rappeler à notre ignorance sur nous-mêmes : d’où venons-nous, à nous-mêmes ?)
    Le sujet arrive comme Pierre Richard dans un jeu de quille. Il a un point de vue (sur tout) mais il n’en sait pas plus. Il sait beaucoup de choses mais il ne le sait pas : c’est la culture en lui dont il n’a pas idée, car il tente toujours, tel Sisyphe, de partir d’en bas pour aller en haut, là où il n’est que point de vue. Il va à contre courant, il est libre et décide de tout.
    Il fait des lois. Comme celle qui interdit de discuter de telle chose particulière : les génocides. Cette loi produit une coupure : le langage est interrompu, la parole interdite passe dieu sait où, l’élaboration dialectique du passé doit se faire autrement. Le sujet décide que. Ah mais! Oui, il est libre et borné, oui il fait ce qu’il veut et il ne sait pas ce qu’il veut, mais qu’importe, c’est son destin. Il ne sait pas (au fond) pourquoi il décrète que, sous peine de prison, on ne doit pas parler de tel fait, mais au diable la prudence, ce qu’il voit, l’immédiat dans son collimateur, c’est l’utilité, ce qui ça l’arrangerait bien, vu sous l’angle des prochaines élections.. . Comment ne prend-il pas la mesure de la démesure de ce choix (du non sens, de l’absence de rapport, de l’incommensurabilité) : d’un côté, la souffrance, l’exil, les massacres de tous ceux qui ont été « déportés » et de l’autre une élection et quelques voix « toujours bonnes à prendre ».
    D’où vient le sujet ?
    Prenons ce qui se passe en Syrie. Il y avait une continuité, une dialectique, une nature, une culture et patatras c’est la guerre. Le sujet naitrait de cette situation. Tant qu’il est dans la continuité d’une culture, d’une communauté, bon an mal an, « ça » fonctionne, comme on dit que le corps, « ça » fonctionne (sans nous et souvent d’autant mieux que nous ne nous en mêlons pas). Et puis arrive une autre communauté qui ne va rien comprendre à « ces sauvages » et qui va tenter de se défaire (manu militari) de cette faille dans sa compréhension (du monde). Comment va réagir le sujet ? Il va comprendre que pour lui c’est fini : pas seulement sa mort à lui, qui elle, est parfaitement comprise et acceptée, mais celle de sa communauté, la fin du monde. Le dernier des Mohicans est triste.

    Commentaire par Bray-Dunes — 28/01/2012 @ 10:39

  23. @ Aliocha (en #16)

    Un peu hors sujet (par rapport à ce billet) quoique, puisque vous disiez qu’il fallait s’auto-analyser, et que que vous citiez Albert Londres (« journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses »), la question de « C’est quoi un journaliste » est à nouveau d’actualité :

    http://www.ozap.com/actu/les-journalistes-du-petit-journal-de-canal-vont-ils-perdre-leur-carte-de-presse/438954

    Commentaire par Yves D — 28/01/2012 @ 12:35

  24. @Yves D : oui, j’ai vu c’est très intéressant. Arrêt sur images s’est emparé du dossier il y a quelques jours et c’était le sujet de l’émission mise en ligne hier.

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/01/2012 @ 13:14

  25. @Toto : vous avez raison d’être insolent, à ceci près que le problème est ici légèrement différent. Je lis toujours les textes, réflexe de juriste, il faut partir des documents et interroger ensuite, ça évite de se faire balader par des interlocuteurs ignorants ou de mauvaise foi. La question ici était de savoir si le document était médiatiquement intéressant, autrement dit s’il contenait une information pratique (annonce d’une réorganisation, analyse de chiffres d’activité, énonciation d’une difficulté, critique du gouvernement etc), réponse : non. Ou plutôt si pour la presse juridique, il faut ouvrir une réflexion sur la justice. Mais d’abord ce n’est pas nouveau, toutes les rentrées évoquent peu ou prou cette nécessité autour du thème de la confiance, de la qualité, de la réponse aux attentes des justiciables. Ensuite, on était vraiment dans la pure spéculation intellectuelle. Qu’à cela ne tienne, j’en ai parlé.

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/01/2012 @ 13:19

  26. « Alors, j’ai repris le texte et, cette fois, je l’ai lu tranquillement. Cette juge avait raison de convoquer les grands philosophes au chevet de la justice. Son propos était aride, mais nécessaire. Du coup, j’ai décidé que j’en parlerai. »

    Ah bon? Où, et quand?

    J’avoue que je suis restée un peu interdite (je ne suis pas une habituée) en m’apercevant que ce que je prenais pour un début était apparemment la fin.

    Commentaire par cultive ton jardin — 01/02/2012 @ 15:30


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