La Plume d'Aliocha

19/01/2012

L’hommage de France 2 à Gilles Jacquier

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 23:32
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J’avoue avoir regardé l’émission consacrée par Envoyé Spécial à Gilles Jacquier, tué le 11 janvier à Homs en Syrie, avec une certaine appréhension. J’avais posé sur mon nez les lunettes du citoyen allergique aux médias, scandalisé par l’attention que les journalistes se portent à eux-mêmes, ulcéré pas les clans, les corporations, tout ce qui fait songer qu’il existe une petite bande de happy few dont tous les autres seraient exclus. Je me suis souvenue des attaques contre Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier  et surtout contre la profession à laquelle j’appartiens qui leur a offert quand ils étaient captifs, puis lors de leur libération, cette visibilité que, dit-on, elle refuse aux autres. Cultiver le penser contre soi-même encore et toujours, à la recherche de l’impossible objectivité…

Soit j’ai lamentablement échoué dans l’exercice, soit Envoyé Spécial a réussi son pari : dresser le portrait d’un grand reporter de talent et montrer aux téléspectateurs une autre face du journalisme que celle incarnée par les éditorialistes et les stars de plateaux télé, type Anne Sinclair. Le premier reportage sur les circonstances de sa mort aurait pu tourner au panégyrique larmoyant ou à la colère aveugle vu que l’essentiel des témoins étaient des confrères présents à ses côtés, dont son épouse, qui l’ont vu mourir. En réalité il a réalisé, à mon sens, un remarquable effort d’objectivité en soulevant de très nombreuses questions tout en se gardant de la tentation des réponses faciles. Au passage, le reportage montre bien la difficulté du métier, la vérité qui s’échappe, la fragilité des témoignages, le caractère discutable des preuves. Il laisse transparaître aussi l’insupportable soupçon, à ce jour non-vérifié, du piège soigneusement organisé.

Le deuxième reportage, consacré aux témoignages des gens qu’il a interviewés durant sa carrière et qui rendaient hommage à son humanité, fait voler en éclats l’image traditionnelle du journaliste vautour prêt à tout pour un scoop. Non pas que ce personnage soit une chimère, il existe, mais il n’incarne pas à lui seul le journalisme. Il y a aussi des journalistes qui pleurent devant une scène  insupportable, Gilles Jacquier en faisait partie.

Le troisième enfin, évoquant son parcours à travers quelques images, aurait pu sembler superflu  si les deux premiers n’avaient donné envie de poursuivre quelques minutes de plus la rencontre avec ce professionnel couvert de récompenses (dont le Prix Albert Londres).

L’enquête qui vient d’être diffusée sur la mort de Gilles Jacquier, passionnante,  pourra être visionnée sur le site d’Envoyé Spécial (il y a un petit délai de latence, je ne me souviens plus lequel, entre la diffusion et la possibilité de visionner sur Internet). Elle a le mérite de montrer la complexité de la situation en Syrie, ses zones d’ombre et ses nuances. Par ailleurs, les reportages de Gilles Jacquier sur l’Afghanistan (Grand prix Jean-Louis Calderon et Lauréat du prix Bayeux-Calvados), la Tunisie (Prix Nymphe d’or) et la Libye sont en ligne. Faites leur un triomphe, il mérite cet hommage.

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