La Plume d'Aliocha

11/01/2012

A propos des bons et des mauvais journalistes…

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 23:37
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Gilles Jacquier, Prix Albert Londres, grand reporter à France 2, est mort aujourd’hui en Syrie.

Pour ceux qui voudraient savoir qui était Gilles Jacquier, c’est ici. J’aurais aimé simplement mentionner sa disparition et me taire, laissant à chacun le soin de mesurer la valeur de l’information, la vraie,  et l’engagement de ceux qui la servent. Mais voyez-vous, je suis en colère. La réaction du chef de l’Etat m’a fait bondir.

Voici le communiqué de l’Elysée :

« Le président de la République a appris avec beaucoup de peine et d’émotion la disparition brutale du journaliste Gilles JACQUIER, aujourd’hui à Homs, au cours d’un échange de tirs.

Le chef de l’État adresse à la compagne de Gilles JACQUIER, qui se trouvait avec lui, ses condoléances les plus attristées.

Le président de la République a également fait part de sa plus grande sympathie à M. Rémy PFIMLIN, Président du groupe France Télévisions, dans un courrier qu’il vient de lui adresser et dans lequel il rend hommage à la carrière exemplaire d’un journaliste du service public qui, en vingt-cinq ans de carrière, a couvert les principaux conflits de notre époque et en a été récompensé par les prix les plus prestigieux comme le Prix Albert Londres en 2003 et plus récemment le Prix Bayeux des correspondants de guerre en 2010.

Envoyé en Syrie par France 2, Gilles JACQUIER ne faisait que son métier de journaliste en couvrant les évènements violents qui ont lieu actuellement en Syrie du fait de la répression inacceptable exercée par le régime contre la population.

La France attend des autorités syriennes qu’elles fassent toute la lumière sur la mort d’un homme qui ne faisait que son métier : informer.

Les journalistes comme Gilles JACQUIER font honneur à leur métier, à notre télévision publique et à la France ».

Monsieur le Président, puis-je me permettre de vous rappeler vos propos lorsque deux journalistes de France 3 ont été pris en otage par les taliban, voici plus de deux ans ? Vous ne trouviez alors pas de mots assez durs pour critiquer le comportement de ces « chasseurs de scoop ». Vous leur reprochiez leur « imprudence coupable » et leur « irresponsabilité ». Raphaëlle Bacqué du Monde raconte même cette scène hallucinante : « Nicolas Sarkozy décide donc de recevoir enfin les familles. Les parents de Stéphane Taponier, la compagne d’Hervé Ghesquière sont donc conviés au Château. L’entretien est éprouvant. Le président est tendu. Agressif. ” Nous réglerons nos comptes avec eux, quand ils sortiront”, menace-t-il devant les familles accablées avant d’ajouter brutalement“mais s’il faut payer, je paierai !” »

Et aujourd’hui vous encensez Gilles Jacquier ? J’aimerais croire que la longue négociation pour obtenir la libération d’Hervé et Stéphane vous a éclairé sur le métier de reporter de guerre, et notamment sur ce qui le différencie de celui de « chasseur de scoop ». Je voudrais vraiment penser que vous avez mesuré votre égarement. Et peut-être est-ce le cas. Peut-être avez-vous fini par comprendre que vous aviez commis l’erreur de vous exprimer trop vite, sur la seule foi de la version de l’armée. Mais si je fais l’effort d’analyser la situation d’un point de vue politique, alors j’observe que dans un cas, les journalistes voulaient s’émanciper de la communication officielle de notre armée – honte sur eux ! – tandis que dans l’autre, notre confrère – en reportage officiellement autorisé par Damas – arrivait à point nommé pour vous donner l’occasion de stigmatiser un régime qu’il vous semble utile de dénoncer dans le cadre de votre campagne. Les deux premiers coûtaient cher, ils étaient vivants et prisonniers. Mort, Gilles Jacquier ne coûte rien et peut même rapporter un peu d’estime électorale au politique qui pleure le compatriote et le professionnel récompensé. Mais une idée plus noire encore me vient à l’esprit. Je pense que pour vous, un bon journaliste est un journaliste mort. Mais j’espère de tout coeur me tromper.

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51 commentaires

  1. Chère Aliocha,

    Tout d’abord, je vous souhaite une belle année 2012. Je ne commente plus, mais je lis toujours avec plaisir vos billets, qui arrivent directement dans ma messagerie.

    Cette déclaration du Chef de l’Etat m’a autant scandalisé que vous-même et j’avais fait le même rapprochement, au sujet de l’enlèvement d’Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier.

    Vous ne vous trompez pas, pour son image, mieux vaut un journaliste mort que deux vivants, pour lesquels il a du « payer » la libération, sans profit médiatique…

    Mais viendra bientôt l’heure des comptes et l’addition risque d’être lourde…

    Commentaire par ramses — 12/01/2012 @ 00:02

  2. En l’occurence, quel communiqué vouliez-vous qu’il fasse ?

    Commentaire par kuk — 12/01/2012 @ 00:11

  3. Je vais vous dire une chose qui va vous surprendre : je suis – cette fois-ci – entièrement d’accord avec votre billet.

    Commentaire par Pensez Bibi — 12/01/2012 @ 00:53

  4. « Je pense que pour vous, un bon journaliste est un journaliste mort. Mais j’espère de tout coeur me tromper. ». Dieu sait que je ne suis pas sarkozyste, mais là je trouve que vous poussez vraiment loin le bouchon. Sur la foi de son comportement face aux deux cas en question, on peut raisonnablement supposer que pour le Président, un bon journaliste est un journaliste qui ne lui crée pas d’embarras sur le plan politique. C’est déjà assez inadmissible comme ça. Il ne me paraît pas indispensable d’aller plus loin dans le procès d’intention.

    Commentaire par Gwynfrid — 12/01/2012 @ 01:38

  5. Et bien, Gwynfrid, on a des vapeurs ? Qu’il a-t-il de mieux pour ne pas créer d’embarras qu’un journaliste mourru ? Inutile de dire que je suis aussi heureusement surpris que « Pensez Bibi ». Jamais je n’aurais imaginé un jour être débordé sur ma gauche par l’hôtesse.

    Commentaire par Gilbert — 12/01/2012 @ 02:04

  6. @ Gilbert: Si, pour vous, la surenchère dans l’emphase antisarko est une marque d’une pensée de gauche, je vous en laisse volontiers la satisfaction… Mais, naïf que je suis parfois, j’ai bon espoir que la gauche vaut mieux que ça.

    Commentaire par Gwynfrid — 12/01/2012 @ 02:46

  7. ne pas tout mélanger svp……
    vous êtes aussi rapide que le président pour vos deux confrères peut être bien imprudent .
    Respect à eux 3.
    Condoléances à la famille…..

    Commentaire par jacques — 12/01/2012 @ 07:05

  8. « Nicolas Sarkozy gère tout à l’affect. La contrepartie de l’affect, c’est la brutalité » dixit Guaino. Ce qui explique qu’on soit entraîné avec ce drôle de président à chercher des explications à ses choix, dans le domaine de l’affect. L’analyse d’Aliocha me parait valable bien qu’évidemment cela doit rester « logiquement » du domaine de l’hypothèse (qui peut savoir, ce que veut un homme en général ?). On imagine, sans se forcer beaucoup, Sarkozy explosant de colère à l’annonce de la capture des deux journalistes par les Talibans et ne parvenant pas à décolérer depuis. On imagine aussi qu’il réagit ainsi parce que quelque chose dans son « plan » est, insupportablement, mis à mal ; mais alors que n’importe quelle personne équilibrée reprend le dessus, on a l’impression qu’avec lui, c’est la réaction nucléaire, la réaction en chaîne et on imagine les efforts fabuleux que son entourage doit déployer pour le calmer et le ramener à la raison, à le forcer à changer de ton, à paraître plus serein. Je pense qu’il lui manque une solide et laborieuse réflexion, celle qui lui permettrait de se récupérer dans l’universel : s’il avait une réflexion sur ce que qu’est le journaliste, dans son essence, il pourrait relativiser le mal que leur toujours possible capture occasionne inévitablement (c’est le prix à payer pour avoir une presse libre, donc une véritable démocratie …etc). C’est comme s’il voyait tout « immédiatement » dans la seule perspective de son seul intérêt (celui de ses « amis »), bref en vue de ce qui l’obsède, sa « réélection », comme s’il souffrait d’une infirmité du côté de l’intérêt général (ce qui entraîne notre pays sur la pente de la réaction, de la réactivité affective, de l’hyperactivité tenant lieu de tout, leurre auquel la presse s’est laissé prendre en 2007 et qui ne marche apparemment plus aujourd’hui, il n’y a qu’à lire le Figaro pour s’en apercevoir). Idem Bush, idem Berlusconi, idem tous les dictateurs d’Afrique, perte chaque fois de la réalité, de la raison, de la réflexion et de l’universel). Mais sans doute, je me trompe. Qui peut savoir ce genre de choses ?

    Commentaire par Bray-Dunes — 12/01/2012 @ 08:55

  9. « Je pense que pour vous, un bon journaliste est un journaliste mort »

    Cette dernière phrase, par son caractère excessif, enlève un peu de force à votre billet, dont j’aime l’intransigeance.
    Une autre hypothèse : les personnes qui ont préparé ce communiqué pour Sarko n’avaient aucune idée que ça puisse être rapproché de l’affaire Taponier-Ghesquière. Je crois plus à un manque total de finesse, qu’à une manoeuvre de communication visant à enfoncer le clou sur cette précédente affaire.
    Manque total de finesse qu’on retrouve à tous les étages de la communication UMPosarkosienne.

    Commentaire par Ginkgo — 12/01/2012 @ 09:11

  10. @Gwynfrid et Ginkgo : vous savez tous les deux que je ne souffre pas d’anti-sarkozysme. J’observe c’est tout. Et je m’interroge. Maintenant il ne s’agit pas de dire qu’il s’en réjouit, je ne suis pas dingue, simplement qu’il ne nous aime pas. Souvenez-vous qu’il avait déclenché un clash avec le Mexique en prenant la défense de Florence Cassez face au système judiciaire mexicain au moment même où il conspuait Hervé et Stéphane. Que je sache, nul n’était assuré de l’innocence de cette femme, pourquoi mieux la traiter que des journalistes dont le seul crime était d’avoir irrité l’armée en faisant leur métier ? C’est tout de même troublant.

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/01/2012 @ 09:33

  11. @Kuk : bonne question, le suis contente de ce communiqué, je trouve juste qu’il cogne avec ses précédentes déclarations sur Hervé et Stéphane.
    @Ramses : Tous mes voeux aussi, c’est gentil de passer de temps et temps 😉
    @Gilbert : mince, je deviens plus à gauche que vous, ben ça alors… 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/01/2012 @ 09:35

  12. @Bray-Dunes : Belle analyse, ça fait longtemps que je le sens comme ça moi aussi

    @Ginkgo : Bien d’accord avec vous

    Commentaire par neinoi — 12/01/2012 @ 09:46

  13. Visiblement, la question que je soulève n’est pas tout à fait absurde : http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php#12866
    Merci confrères !

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/01/2012 @ 10:18

  14. @Aliocha
    Je constate que vos confrères ont préféré ne pas citer la fin de votre billet 🙂

    Commentaire par Ginkgo — 12/01/2012 @ 10:50

  15. @Ginkgo : farceur ! J’ajoute que je n’imagine pas un instant que Sarko ait voulu enfoncer le clou en faisant une comparaison, je dis juste que le traitement différencié des deux cas est étonnant.

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/01/2012 @ 10:58

  16. @laplumedaliocha

    « Souvenez-vous qu’il avait déclenché un clash avec le Mexique en prenant la défense de Florence Cassez face au système judiciaire mexicain »

    La situation d’une dame prisonnière aux mains d’étrangers a pour effet d’abolir la raison de notre président, et de le transformer en un personnage semblable au ridicule Lancelot du film des Monty Python, chargeant tout azimut sans retenue ni discernement. Comment espériez-vous qu’il manifeste un minimum de raisonnement dans cette affaire, et qu’il parvienne à considérer la possibilité, l’hypothèse, le scénario qu’il existe des motifs valables à la condamnation de F. Cassez. Devant les jeunes femmes, Sarko fait la génuflexion et joue aux chevaliers servants des romans courtois, mais face aux journalistes c’est le Kaiser qui attend dévouement loyauté et obéissance.

    Commentaire par Switz — 12/01/2012 @ 10:59

  17. @Switz : je ne l’aurais pas dit aussi bien….

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/01/2012 @ 11:01

  18. Votre question n’est pas absurde. Mais la radicalité de votre conclusion, et surtout, la certitude que vous avez de son exactitude sont, elles, discutables.
    En l’espèce, quelles pouvaient êtres les positions de l’Elysée suite à ce décès:
    – l’ignorer purement et simplement? Outre que je doute que cette solution vous satisfasse, la question serait venue à un moment ou un autre, en conférence de presse. Difficilement tenable.
    – en parler avec un angle négatif et/ou relativiste? Risques du métier, imprudence possible… dans la lignée Taponier-Ghesquière? Je doute là encore que cela lui aurait valu votre reconnaissance éternelle.
    – en parler sous un angle positif. Ce qui a été fait. Mais par définition, c’est en rupture avec la déclaration précédente.

    Cette situation est par essence difficile, le gouvernement paie sa déclaration précédente. Un changement de ligne est toujours délicat. Mais fallait-il s’entêter ou ce choix de l’apaisement n’est-il pas simplement le plus rationnel?

    Vous proposez une lecture, le bon journaliste aux ordres contre le trublion. On peut en voir d’autres.
    Lors d’une arrivée au pouvoir, l’affirmation de force (reprise en main de Radio-France, contrôle de France 2 et France 3) est sans doute détestable, mais classique ici bas. Alors qu’une campagne électorale démarre, et là, se faire des amis/relais devient plus important… la force, temporairement, recule devant la flatterie.
    Une autre lecture (ma préférée, je ne vous le cache pas) est simplement que si le Président n’aime pas les journalistes (au sens: n’a pas pour eux de sentiments positifs), il ne les déteste pas non plus (pas de sentiments négatifs). En fait, ils n’ont peut-être aucun importance particulière. donc la réaction est simplement circonstancielle pas lié à un statut du journaliste) mais à l’évènement lui-même, éventuellement en rapport avec la politique suivie à ce moment là.
    La démagogie (ces journalistes incompétents otage qui vont coûter des millions à l’honnête contribuable qui lui travaille…) est du type de celle que l’on entend régulièrement (le skieur hors piste qu’il faut aller chercher en hélicoptère, l’assisté qui profite du système…) et n’est pas spécifique à une attaque contre votre profession.

    Pour remonter en popularité à l’approche des élections, il a pu sembler simplement plus rationnel de ne pas attaquer une personne décédée. Car oui, s’en prendre à un mort, quel qu’il soit, n’est jamais une bonne idée. De là à en déduire une préférence pour la mort d’un homme… Je pense sincèrement que la préférence du Président, en l’occurrence, aurait été qu’il ne se passe rien.

    Commentaire par Kaeldric — 12/01/2012 @ 11:18

  19. Bonjour, Aliocha. Je suis globalement d’accord avec vous pour dire que Nicolas Sarkozy n’aime probablement pas les journalistes – il est loin d’être le seul, d’ailleurs, et je pense que nous gagnerions parfois à ne pas dire nous-mêmes « les journalistes » à propos de confrères et consoeurs d’horizons extrêmement diversifiés.

    En revanche, dire qu’il préfère les journalistes morts, je trouve comme d’autres que c’est aller trop loin. Son communiqué est un peu outrancier et qui plus est redondant, sans doute est-il également une manoeuvre politique, mais c’est toujours mieux que de se taire. Il faudra suivre ce qu’en dit la Syrie et quelles seront alors les réactions de l’Élysée. Pas sûr d’ailleurs que toutes les morts syriennes soient traitées avec les mêmes égards, mais ça, effectivement, c’est un autre débat.

    Commentaire par Martin K — 12/01/2012 @ 11:31

  20. Plus tôt que mort, je me demande si un « bon journaliste » ne doit pas être de ceux qui annonent les déclarations gouvernementales ou les présenter toujours à l’avantage du pouvoir en place, histoire de bien bourrer la tête du public …
    Pour grossir le trait, voyons ce qui se passe en Corée du Nord (Séances de pleurs collectifs ) ou en Russie (un journaliste heureux ne couvre que les évènements « people » sinon, pour l’investigation, c’est trop … mortel )

    Mauvais esprit, quand tu nous tiens …

    Commentaire par fultrix — 12/01/2012 @ 11:39

  21. « Nicolas Sarkozy gère tout à l’affect. La contrepartie de l’affect, c’est la brutalité » dixit Guaino.

    Avec lui, parler d’abord, et si possible mal, pour flatter comme pour blesser*, pour humilier. Et réfléchir ensuite, m^me si cette étape, il s’en dispense souvent.

    * Cela me renvoie à la fameuse scène du commissariat de Toulouse, où je me suis suis vraiment mis à le haïr..

    PS S

    Commentaire par athalouk — 12/01/2012 @ 12:17

  22. @Kaeldric : où ai-je affirmé quoique ce soit ? C’est tout le contraire, je dis que c’est mon sentiment mais que j’espère me tromper. NS est un politique, pas un bisounours. Et je crois vraiment qu’il déteste les journalistes. Ce qui s’explique d’ailleurs, la relation qu’il entretient avec eux est violente, épidermique. Il semble être en proie à la critique médiatique plus qu’aucun autre président avant lui. Je dis « semble » parce qu’on a toujours tendance à oublier le passé et à croire que l’on vit des choses inédites. Quand le sujet est abordé, il y a toujours un esprit un peu pondéré pour rappeler que de Gaulle aussi, en son temps…Quant à la formule un bon journaliste est un journaliste mort, je conçois qu’elle choque dans un billet évoquant précisément la disparition d’un confrère. Mais vous savez comme moi que cette formule assez éculée relève plus de la provocation qu’autre chose. Donc, je vous accorde éventuellement le point sur le caractère discutable de son utilisation dans ce contexte, pas sur le fond 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/01/2012 @ 12:27

  23. Est ce que j’ai mauvais esprit, ou est ce que la formulation restrictive répétée deux fois, disant qu’il ne faisait QUE son métier de journaliste a un sens particulier?

    Commentaire par cultive ton jardin — 12/01/2012 @ 12:38

  24. Je pense plutôt, que vue du point de vue cynique de la raison d’état, un bon otage est d’une manière générale un otage mort. Cela concerne les journalistes, mais aussi les autres citoyens (rappel : http://www.reuters.com/article/2011/01/08/ofrtp-france-niger-otages-urgent-idFRPAE7070EK20110108 ).
    De même les nouvelles directives de l’armée israélienne prévoient de « tout faire » pour empêcher un nouvel enlèvement de soldat, pour éviter une nouvelle affaire Shalit.

    Un otage, c’est compliqué, c’est cher, ça a des comités de soutient, ça traine.

    Commentaire par folbec — 12/01/2012 @ 12:54

  25. Et si les confrères avaient été piégés par le régime ? Glaçant…http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php#12866

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/01/2012 @ 14:05

  26. @Aliocha : je confesse une erreur de lecture. Je comprenais votre questionnement comme rhétorique et donc renforçant la proposition principale plutôt que la mettant en doute. Ce qui me surprend le plus dans votre analyse, c’est justement ce lien. Face un un évènement dramatique totalement décorrelé de l’actualité politique française, et devant une réaction sobre de l’Elysée (un communiqué de presse, c’est quand même service minimum) vous voyez un lien ‘fort’, signifiant, sur le rapport entre NS et les journalistes.

    Commentaire par Kaeldric — 12/01/2012 @ 14:12

  27. @Kaeldric : Non, le doute est réel, je ne sonde pas les coeurs, je m’interroge sur le sens des choses et je vais au bout de l’interrogation, c’est tout. Quant au lien, c’est simple, il y a des choses que je ne digère jamais. Le traitement réservé à Hervé et Stéphane en fait partie. Je ne vais pas donner dans l’auto-citation, mais à l’époque, je m’en étais émue. C’est pourquoi le virage à 180 dégré que traduit ce communiqué m’a sauté aux yeux. Et je ne dois pas être la seule puisque Gilles Klein chez @si a relayé. Souvenez-vous, deux journalistes enlevés et un président qui les traite de chasseurs de scoop tandius que le chef des armées les accuse de coûter cher et que l’inimitable Guaino en rajoute une couche. Ils y allaient fort quand même. D’ailleurs, c’est à cause de cette attitude que les confrères et les familles des otages ont décidé de rompre la consigne du silence et de faire du barouf, ce que le public leur a reproché plus tard. Ils avaient de vraies raisons de le faire, me semble-t-il.

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/01/2012 @ 14:26

  28. Dans un genre différent ( http://www.guardian.co.uk/media/2011/jun/18/war-photographers-special-report?fb_action_ids=10151137906865468 )
    Un hommage à vos collègues photo-reporters.

    Commentaire par Kaeldric — 12/01/2012 @ 14:38

  29. NS, ne voit que son propre intérêt immédiat, sa ré-election, sa campagne, ses amis, ses groupes d’influences, cette mort lui est utile, la capture des journaliste en Afghanistan, non je ne pense pas qu’il faille chercher beaucoup plus loin.

    Il suffit de se rappeler de la prise d’otage de la maternelle de Neuilly.

    Je vous conseille la « République des Mallettes » de Pierre Péan, fort instructif sur le fonctionnement du système Sarkozy et des rétro-commissions en général.

    Commentaire par Raphael — 12/01/2012 @ 14:49

  30. Est-ce que les politiques entretiennent des relations passionnelles avec les journalistes, au point de souhaiter, parfois, s’en débarrasser ?
    Oui, nécessairement, car les journalistes les observent et les voient de près : ils savent presque tout et donc, ont barre sur eux (comme une épée de Damoclès).
    Que font les journalistes de ce savoir ? Ils font comme les juges, ils instruisent des dossiers, pour pouvoir les publier et révéler la vérité au peuple qui vaque, sans se douter de rien.
    Ce pouvoir de la presse, qui dédouble celui de la justice, est le talon d’Achille des politiques. Impossible de gouverner contre le peuple, il faut donc le convaincre que ce que l’on fait est bien. Le problème, pour le peuple, est de déterminer si, effectivement, le gouvernement est en train de bien faire : c’est la responsabilité des journalistes de décrire ce que fait le gouvernement. En bonne logique, leur rôle devrait se limiter à établir les faits. En fait, ils outrepassent leur fonction et deviennent, procureurs, avocats et rendent même des verdicts.
    C’est là où le bâts blesse et où le politique tique : normalement, c’est aux « intellectuels » de prendre le relais et de juger dans des cadres philosophiques bien explicités, les actes politiques (par exemple Badiou critiquant tel choix politique parce qu’il y voit une violence insupportable).
    Le double mouvement de description minutieuse (par exemple, la montée de l’oligarchie dans le livre de …) et d’interprétation philosophique (ce que cela signifie eu égard à ..) doit correspondre à deux formes de travail qui s’excluent. Ou bien on fait une enquête quasi scienfique, quasi policière, sans rien omettre. Ou bien on donne une signification (par exemple, l’opposition particulier/général permet de « comprendre » quelqu’un comme Sarkozy quand par exemple il dit : « Nous réglerons nos comptes avec eux, quand ils sortiront mais s’il faut payer, je paierai !” : ce passage du nous au « je » dans « je » paierai est révélateur d’une confusion dans son « esprit » entre le privé et le public : est-ce avec son argent propre qu’il compte payer ? et un philosophe de telle école va pointer dans une tribune ce « fait » et l’accompagner d’une « signification », suscitant une réponse d’un autre philosophe et ainsi faire peser sur le président une série de regards critiques et fondés (donc réfutables).
    Ce débat public manque en France, et la violence qui devrait être prise dans les rets de la culture (dialogue, dialectique) se libère, décomplexée dans les personnes omnitout, journalistes, politiques qui se fachent tout rouge comme s’ils sortaient de la cuisse de Jupiter (oh Alain Duhamel oh Nicolas Sarkozy : pour qui se prennent-ils ?)

    Commentaire par Bray-Dunes — 12/01/2012 @ 20:03

  31. Sinon, « du grain à moudre » (France Culture http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-une-annee-dans-la-vie-de-grands-reporters-2011-12-27) consacrait en décembre une émission aux grands reporters, expliquant le danger de ce qu’ils vivent, et aussi leur volonté d’informer, notamment leur envie de couvrir la Syrie.

    Commentaire par kaeldric — 12/01/2012 @ 21:39

  32. Je vais être franc, Aliocha, votre commentaire est stupide… Ghesquière, Taponnier et Jacquier sont tous les 3 journalistes. Est-ce que ça veut dire qu’ils se comportent tous de la même façon ? 2 peuvent avoir été imprudents et l’autre non… Je n’en sais rien, mais il n’y a aucune raison de commenter de la même façon tous ceux qui ont le même métier.

    Personnellement j’ai une pensée pour les 10 militaires français tués en Afghanistan, probablement avec des armes achetées avec la rançon versée pour libérer vos deux confrères..

    Commentaire par Arnaud — 12/01/2012 @ 23:51

  33. Réponse générique (mon analyse) mais merci pour votre article qui est plutôt bon !

    Je suis plus que suspicieux face à la couverture de la mort de ce journaliste dans les media français. Les preuves matérielles et vérifiables (nature des victimes : des pro-Assad, qui ont essuyé deux tirs avant le fameux obus ou roquette; et des journalistes accompagnés par des forces de Damas), sont contredites par des informations basées sur des soupçons, ou de simples témoignages.
    Difficile de savoir qui manipule qui, mais personne ne semble envisager sérieusement que cette action soit le fait des rebelles. Pourtant, Assad fait mention de déstabilisations étrangères, de bandes armées… tout en étant en proie au ridicule. (Thierry Meyssan a un point de vue peu commun en France sur la question : http://www.agoravox.tv/actualites/international/article/la-situation-en-syrie-selon-33188). Ceci n’est pas une surprise et est très crédible, vu ce qu’il vient de se passer en Libye (les éléments brûlants sont uniquement passés par Internet, comme les massacres de noirs par le CNT, les raisons de l’élimination de Kadhafi, l’intervention du Qatar, la présence de forces spéciales au sol pour coordonner les combats etc.).
    L’idée est aussi de pointer du doigt le fait que le monde n’est pas manichéen avec des gentils d’un côté (les résistants) et les méchants de l’autre (Assad, Ahmadinedjad etc.). Les américains ont toujours su manipuler l’opinion pour la scinder en deux, avec le communisme d’abord, puis, et surtout après le 11 septembre, avec la Guerre contre la Terreur.
    Après avoir mené des guerres atroces en Afghanistan, en Irak, et en Libye, ils pensent sérieusement que nous pouvons gober leur soi-disant soutien en vertue de la démocratie ? Comme dit Chosmky, ces slogans ne veulent rien dire car personne ne peut s’opposer à ce genre de chose. Ils nous prennent vraiment pour des imbéciles. Bref.
    Maintenant, il commence à y avoir pleins de “bons arabes” : ils négocient avec les talibans, ils soutiennent militairement les libyens, donnent leur soutien aux révolutionnaires (avant du réel début du Printemps arabe, je vous rappelle que la réponse de la France était d’envoyer notre “savoir faire” national pour réprimer sans tuer. Etrange lorsque l’on regarde son attitude en Libye…). Bref, toujours cette vision bipolaire, alors que la réalité est hautement complexe. Il y a bien sûr des révolutionnaires sincères, mais ils semblent manipulés ou servir des intérêts qui les dépassent.
    D’ailleurs une de leur principale revendication est d’avoir une Constituante (comme les révolutionnaires français – dont je fais parti ). Assad a récemment promis un referendum sur la question. (http://www.lefigaro.fr/international/2012/01/10/01003-20120110ARTFIG00444-assad-annonce-un-referendum-constitutionnel-en-syrie.php).
    De plus, je citerai le Canard du 28 décembre dernier (dont on connaît la qualité de ses infos) pour démontrer la pluralité de la révolution syrienne (selon un rapport des analystes de la Maison-Blanche) : “Le Conseil national syrien a recruté nombre d’exilés et se voit reprocher par les activistes “de l’intérieur” d’être favorable à la non-violence et hostile à toute intervention militaire étrangère. Quant au Comité de coordination des forces pour un changement démocratique, il estimait encore possible que Bachar recule.”
    Plus loin : “Les militaires déserteurs “dont quelques centaines” peut être ont déjà participé aux tirs sur les troupes de Bachar, agissent sous la casquette de deux organismes différents : l’Armée syrienne libre et le Mouvement des officiers libres. Et “plusieurs milliers d’entre eux”, dit-on, sont réfugiés en Turquie ou au Liban ne participent pas, ou pas encore, au spectacle. Des officiers américains des Forces spéciales, au Liban, et leurs collègues français, en Turquie, tentent discrètement d’en inciter certains à rentrer au pays et à y combattre.”
    Avant la douche froide causée par la loi mémorielle concernant le génocide arménien aux relations franco-turques, Alain Juppé était allé faire du pied à Erdogan (Canard – 4 janvier) : “Les 17 et 18 novembre, en compagnie de quelques collaborateurs et de conseillers du ministre de la Défense, il s’était rendu à Ankara pour y rencontrer le Premier ministre Recep Erdogan et le ministre des affaires étrangères Ahmet Avutoglo. Au menu des discussions : une aide humanitaire aux réfugiés et aux déserteurs syriens, ainsi qu’une formation éventuelle à la guérilla urbaine de ces derniers par des officiers des services secrets français”.
    On voit donc qu’il y a tout un tas de magouilles derrière la Syrie, dommage d’être si simplificateur lorsque l’on traite un sujet pareil ! On connaît la propagande de l’OTAN (de l’oligarchie en général, cela se vérifie sur de nombreux sujets !), qui n’a qu’une envie : dégager Assad pour affaiblir Téhéran avec lequel un conflit est en préparation.
    La France, qui soutient les rebelles, se verrait fortement ennuyée si l’opinion française se rendait compte que la résistance syrienne avait plusieurs visages. S’il s’avère que ce sont bien les groupes violents qui se revendiquent de la résistance qui ont tué ces gens, alors ce sera une bonne occasion pour questionner la position de la France à ce sujet. J’ose espérer une issue pacifique et démocratique à ce conflit… Ce qui risque de se passer, comme en Egypte ou en Libye, c’est que le peuple syrien change de chaînes, mais non de destinée. Bref.
    La mémoire de Gilles Jasquier semble servir de sombres desseins. J’espère me tromper à ce sujet ! Quoi qu’il en soit, il est nécessaire que vérité soit faite…

    N’hésitez pas à me contacter, je suis en recherche de gratte-papier pour monter des projets de réinformation…

    Jonathan Moadab
    http://jmoadab.wordpress.com

    Commentaire par Jonathan Moadab — 13/01/2012 @ 00:50

  34. Pour les relations entre journalistes et politiques, vous pouvez voir mon analyse de la sortie d’Estrosi sur le Fouquet’s :
    http://jmoadab.wordpress.com/2012/01/11/ces-journalistes-du-fouquets/

    Qu’en pensez-vous ?

    Commentaire par Jonathan Moadab — 13/01/2012 @ 00:52

  35. Aliocha, oui, je sais que vous n’êtes pas antisarkozyste. Je n’ai pas dit que vous l’étiez. J’ai dit que votre phrase sur le bon journaliste mort était de l’emphase antisarko, et je maintiens. Une phrase ne suffit pas à définir son auteur.

    Sarkozy n’aime pas les journalistes ? Citez-moi un politique qui aime les journalistes en général (pas juste un ou deux qui sont de son camp ou de sa famille). Les deux métiers sont intrinsèquement opposés, et c’est quand ils sont trop proches qu’il y a problème. Et d’ailleurs, en tant que journaliste vous vous foutez bien de savoir si votre sujet vous aime, non ?

    .

    Commentaire par Gwynfrid — 13/01/2012 @ 02:09

  36. @ Switz: bien vu ! Je me demande ce que ça donnerait si une journaliste se retrouvait prise en otage.

    Commentaire par Gwynfrid — 13/01/2012 @ 02:12

  37. @ Gwybfrid

    En réponse à votre question, c’est simple: Montebourg, Hollande, Borloo et DSK. Ces quatre là, au moins, aiment les journalistes! 😉

    Commentaire par H. — 13/01/2012 @ 07:58

  38. Une rapide analyse sociologique, style newsmagazines, de ce panel représentatif montre sans équivoque possible que la gauche aime plus les journalistes que la droite (je pourrai la compléter par Noël Mamère). On comprend ainsi mieux l’ancrage à gauche de cette profession.

    Oups: je m’aperçois que que j’ai écorché votre nom. Mon doigt a glissé. Toutes mes excuses.

    Commentaire par H. — 13/01/2012 @ 08:40

  39. @Gwynfrid : non seulement en effet, on se fout d’être aimé, mais c’est presque un devoir de ne pas l’être par les gens dont on parle. Hélas, comme d’habitude, le caractère épidermique et réactif de NS pose un problème inédit. Il y a une différence entre ne pas aimer les journalistes et traiter deux journalistes otages des talibans de « chasseurs de scoops qui coûtent cher à la France ». Non ?Il y a des moments graves où l’on oublie généralement ses vieux ressentiments, voire où l’on doit avoir la décence de les mettre de côté. Seulement la décence, notre président, il ne sait pas vraiment ce que c’est.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/01/2012 @ 09:43

  40. Jonathan Moadab,
    –ce que vous dites semble frappé au coin du bon sens
    –or cela semble n’intéresser personne
    –car ce n’est pas du tout ce que disent la presse ni les politiques
    –donc, ou bien vous êtes à côté de la plaque car il vous manque les sources et ce que vous dites relève de l’hypothèse en l’air, que je partage comme beaucoup de gens sur le Net : mais ce n’est là peut-être (sans doute) qu’un phénomène de paranoïa collective.
    –ou bien votre intuition est la bonne (comme l’enfant qui dit que le roi est nu) et dans ce cas, cela signifie que la presse et les politiques nous mènent par le bout du nez, là où cela les arrange de nous conduire, sans aucun doute pour des raisons « supérieures » de haute stratégie où les enjeux sont trop importants pour être divulgués à la foule que nous constituons.
    –si vous avez raison, cela implique que la presse soit élitiste dans son fond, coupée du bas peuple par une impression diffuse de sa supériorité (ouvrant et fermant les robinets de l’information et se constituant ainsi en pouvoir donc en une sorte d’aristocratie qui vient en appui et en conflit avec le pouvoir politique et économique).
    –ce qui nous permettrait alors de comprendre pourquoi la presse sombre dans le marasme (dont la cause ne serait ni l’incompétence des journalistes, ni la rapacité des financiers, mais tout bêtement un phénomène de caste et de décrédibilisation de la parole des journalistes, des journalistes qui pleurnichent car ils perdent comme les politiques, peu à peu, tout contact avec le réalité ordinaire)

    Commentaire par Bray-Dunes — 13/01/2012 @ 09:52

  41. @Bray-Dunes : alors d’abord on se méfie de Thierry Meyssan, cité en lien et d’une manière générale des gens qui vous proposent la vérité vraie face au mensonge des médias. Ensuite, je ne me suis pas plongée dans le cas de la Syrie et pourtant je suis au courant du fait que la situation est plus compliquée qu’il n’y parait. A ce stade, personne ne sait rien, tout le monde suppose. Il faut laisser le temps de faire la lumière. On saura peut-être un jour ce qu’il s’est passé et peut-être pas. En tout cas, la réaction de Nicolas Sarkozy montre qu’il croit ou veut croire à un piège du régime officiel de Damas. Il n’y a pas de raison a priori de douter de la parole des journalistes, nous n’avons aucun intérêt à alimenter une thèse ou une autre, – mais on peut se tromper, c’est certain – en revanche, la parole politique n’est jamais innocente, encore moins gratuite.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/01/2012 @ 10:13

  42. Pour croire à ce que nous disent les USA, il faut être né de la dernière pluie ou bien être de mauvaise foi : il est impératif que quelqu’un désosse, au moins dès qu’il y a une guerre, la propagande US … sous peine de nous voir devenir tous neuneu.
    Ce qui nous manque, c’est cette volonté de désosser les propagandes : celles de Meyssian, celles des USA, celle de Sarkozy, celle d’Assad, celle de l’Iran ..que sais-je
    Faites le tour de ce qui est publié et dites-moi qui s’attaque d’abord et avant tout à ces propagandes pour les expliciter et pour les expliquer.
    La presse a les moyens pourtant de, au moins, commencer ce travail critique, de mise en doute systématique. Or, jamais elle ne se hisse jusqu’à cette volonté : toujours, on la sent au milieu du gué, en expectative, comme un chasseur qui cherche d’où vient le vent avant de plonger sur une thèse et de se faire emporter par le courant d’une propagande. La guerre de Libye, pour moi, est une catastrophe pour la crédibilité de la presse : elle a choisi comme un seul homme une thèse et ne pouvant plus revenir, sans se déjuger, sur la totalité de la situation, elle est condamnée depuis au silence et à la mauvaise foi. On a le même problème avec les guerres coloniales. C’est quasi impossible de reconnaître sa responsabilité dans la mort de tant de personnes qu’occasionne une guerre si on reste dans la mauvaise foi et c’est pour ça que la presse ne doit pas prendre parti avant d’avoir pointer tous les discours de propagande afin de montrer qu’elle n’en est ni la dupe ni le larbin et qu’elle conserve du début à la fin la possibilité de changer d’avis (ce que ne peut faire celle qui gobe tout, immédiatement, sans recul critique et qui ainsi se ridiculise, se discrédite, se coupe du commun des mortels qui doute — et aux yeux de qui elle ne peut plus se déjuger, du simple fait qu’elle n’a jamais juger, qu’elle n’a pas « vraiment » juger, qu’elle a suivi bêtement comme un mouton le mouton qui précède).

    Commentaire par Bray-Dunes — 13/01/2012 @ 11:18

  43. En fait, je crois que c’est un con. Peut être sincère, mais un con tout de même.

    Pas une parcelle d’humanité dans cet homme, pas une parcelle de ce qui fait des nous des hommes : de l’empathie innée pour l’autre qui souffre.

    Juste un pauvre con. qu’il se casse, mais le soucis c’est le que remplaçants … bien,

    Commentaire par herve_02 — 13/01/2012 @ 11:19

  44. @Bray-Dunes : je vous recommande sur le sujet « journalisme et vérité » l’excellent ouvrage de Daniel Cornu qui porte précisément ce titre. Attention, ce n’est pas un petit essai rédigé en trois semaines pour faire un peu d’argent en rebondissant sur une question à la mode, c’est une somme impressionnante de réflexion nourrie de philosophie. Un livre majeur.

    @herve_02 : c’est curieux, je ne le vois pas comme ça, je le prends au contraire pour un émotif agité aussi humain (ou pas) que ses prédécesseurs, mais sans doute moins fin politiquement. A chaque fois que je le regarde, je songe : le politique est nu. Avec ses rêves sincères, ses mesquineries, sa rouerie, son arrogance. Les autres nous cachaient cela, ce qui était plutôt intelligent de leur part, lui le montre.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/01/2012 @ 11:39

  45. Se méfier de Thierry Meyssan ?

    Contrairement à l’AFP, il n’a jamais été pris en flagrant délit de mensonges et manipulations… D’ailleurs, toutes les vidéos démontrant la manipulation des dires de chavez (vues 50 000 fois hier) ont été supprimées. Personne n’a relayé l’info… C’est la dictature !!!

    De plus, une étude approfondie de la thèse du missile sur le pentagone, vous vous rendrez compte que c’est l’hypothèse la plus crédible.

    Je ne dis pas qu’il faut prendre pour argent comptant Meyssan, mais pour moi il ne vaut pas moins que ce que disent les journalistes de l’Empire, dont on voit la faillite tous les jours !

    @Bray-Dunes : cele n’intéresse personne car cela est vrai… Il ne faudrait pas faire la lumière sur les réseaux d’influence de l’oligarchie sur les médias !

    Commentaire par Jonathan Moadab — 13/01/2012 @ 12:00

  46. @Jonathan Moadab : je vous laisse vous exprimer ici parce que je n’ai pas l’âme d’un censeur, (n’abusez pas quand même) toutefois, j’informe mes lecteurs que je n’adhère absolument pas aux thèses complotistes de Thierry Meyssan qui semblent susciter votre intérêt. Plus généralement, les brandisseurs de vérité vraie contre le grand mensonge médiatique sont à mes yeux des illuminés qui gagneraient à avoir une approche plus modeste des choses. Si la vérité vraie, évidente, univoque, simple était accessible ça se saurait. Si elle était le contraire des discours officiels, ce serait magique. Si elle prenait l’aspect d’un complot intelligent et soigneusement ficelé dans tous les cas de figure, ce serait passionnant. En réalité, quand on fait mon métier, on sait que rien n’est blanc ou noir, que l’explication la plus simple, la plus médiocre, la plus décevante est souvent la bonne etc…Le reste appartient à la littérature.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/01/2012 @ 12:17

  47. @lauteur : Facile de dire qu’il s’agit de « thèses complotistes ». Les médias n’arrêtent pas de crier au complot depuis la mort de Jacquier, sans aucun élément de preuve physique, alors qu’une enquête documentée (celle du missile dans le Pentagone – une parmi tant d’autres), dont personne n’a su remettre en question les conclusions, est dénigrée ?

    Il est toujours plus simple de s’attaquer à l’homme, plutôt qu’à ce qu’il dit !

    Journaliste, je le suis aussi, sans carte de presse de presse pour le moment, je débute seulement. Mais si j’ai appris une chose, c’est à me fier aux faits, et rien qu’aux faits. Concernant le 11 septembre, ceux qui nient encore le complot sont soit incapables de le faire pour des raisons psychologiques (to big to believe), soit censurés, soit non-curieux, soit… stupides.

    Au bout d’un moment, il devient ridicule de nier l’évidence.

    Moi, je ne dîne pas au Siècle, ni ne partage la table de qui que ce soit au Fouquet’s. Je suis LIBRE.

    C’est ce qu’il manque aux journalistes pour qu’ils puissent faire convenablement leur travail. Ceci, et un peu de conscience politique.

    Commentaire par Jonathan Moadab — 13/01/2012 @ 20:59

  48. PS : Lisez Chomsky, ça vous fera le plus grand bien.

    « La propagande est à la démocratie ce que la matraque est à la dictature. »

    Une fois que l’on a compris que l’on ne vivait pas en démocratie, alors on peut commencer à décoder le réel…

    Commentaire par Jonathan Moadab — 13/01/2012 @ 21:02

  49. @ Aliocha: je suis d’accord avec votre jugement quand il est sévère mais juste…

    @ herve_02: votre commentaire est contradictoire. La connerie, c’est très humain justement.

    Commentaire par Gwynfrid — 13/01/2012 @ 21:05

  50. @Jonathan Moadab : donc si vous êtes journaliste et que vous détenez la vérité, c’est que vous avez enquêté. Quand je dis enquêter, je ne pense pas à lire les théories excentriques sur le web et observer deux photos et trois vidéos, sur fond de délire numérologique, je parle d’interviewer des acteurs et des témoins, de trouver des preuves, des témoignages, corroborés éventuellement par des analyses scientifiques. Alors ne perdez pas votre temps ici, publiez et faites trembler le monde.
    Sinon, méditez sur une chose : face à un événement majeur, vous aurez toujours une poignée de journalistes pour enquêter nuit et jour pour trouver la vérité, parce que c’est dans nos gènes, parce que découvrir un mensonge de cette taille c’est le fantasme ultime de chacun d’entre nous. Sans compter que ça finit toujours par fuiter du côté des auteurs, remords, vengeance, changement de regard sur les choses, il y a toujours un maillon faible. Voyez le watergate et gorge profonde. Si les journalistes n’ont rien trouvé, c’est qu’il n’y a rien d’autre que quelque chose qui est déjà parfaitement incroyable aux yeux de tous ceux qui ne sont pas complotistes, une bande d’illuminés a réussi à défier les américains et à leur faire la guerre chez eux. De façon parfaitement spectaculaire et meurtrière. C’est suffisamment énorme, croyez-moi. A côté, les complots paraissent ridicules.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/01/2012 @ 21:31

  51. Sur ce, je ferme les commentaires sous ce billet. On peut discuter de tout ici, y compris jouer de complotisme, mais pas sous un billet évoquant la mort d’un confrère dans l’exercice de son métier.

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/01/2012 @ 21:40


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