La Plume d'Aliocha

08/01/2012

Dukan-les-mauvais-tuyaux

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:43

Maigrir pour se donner plus de chances au bac, voici donc la dernière idée géniale du gourou diététique du moment. J’ai nommé le docteur Dukan. C’est inquiétant à quel point le business a l’art de tout dévoyer en Occident. Notez cela arrivera aussi aux pays émergents, c’est juste qu’ils vont mettre plus de temps. Derrière la proposition du célèbre docteur, ce n’est pas la lutte contre l’obésité qu’on aperçoit, mais la tyrannie de la société de consommation, le culte des apparences, la logorrhée des magazines féminins, et toute une clique de génies des affaires qui fabriquent une culture de masse. La mode nous met dans la tête qu’il faut ressembler à un porte-manteau, les marchands de cosmétique qu’il faut avoir l’air jeune jusqu’à 80 ans, les laboratoires qu’on doit se gaver de pilules du bonheur, des amincissants aux bronzants en passant par les vitamines et les anti-dépresseurs, tandis que l’agro-alimentaire et les chaines de restauration rapides américaines continuent de nous vanter les mérites de leurs saletées. Un truc à rendre fou, quand on y pense. Résultat de ce mic-mac savamment orchestré par la publicité, la population nous dit-on ne cesse de grossir et vit plus longtemps mais dans quelles conditions…

Le premier médicament est dans l’assiette

Et si on apprenait à l’école aux enfants à bien se nourrir ? Les chinois savent depuis des millénaires que le premier remède est dans l’assiette. Même votre restaurateur du coin est capable de vous expliquer les vertus du thé, des champignons noirs, du riz etc. Notez, nous devrions le savoir aussi car en faisant quelques recherches, j’ai trouvé une phrase d’Hippocrate qui allait exactement dans le même sens. Combien de temps allons-nous laisser le soin de guider nos comportements alimentaires à des multinationales qui ont intérêt à faire lourd, gras, voire franchement dangereux pour la santé, contrés par des docteurs miracle qui proposent l’inverse sans toujours maîtriser leur matière ? Eh oui, pour qu’un régime marche et vous remplisse les poches de billets, il faut qu’il soit efficace et sans douleur. C’est dire s’il peut être sujet à caution en terme d’équilibre. Dukan par exemple repose sur le fait que la consommation de proteines rassasie, limite l’ingestion de graisses et brûle par ailleurs les graisses existantes car elle nécessite un effort de l’organisme supérieur à la digestion des glucides ou des lipides. Mais à quel prix ? Quand on observe les travaux de l’OMS, on découvre que le plat le plus équilibré, c’est le couscous. Oui, le couscous. Des céréales en quantité (la semoule), des légumes également en proportion significative, et un peu de viande, pas trop et pas trop souvent. Le contraire du régime Dukan…

Le poisson c’est pas carré et pané comme à la cantine

Je suis toujours surprise quand je vais au restaurant de voir que le menu enfant comprend un steak, un morceau de poulet ou une saucisse accompagné de frites, tandis que les parents se jettent sur le dos de poisson accompagné de ses légumes. Et il me revient en mémoire les repas que me servaient les parents de mes copines à l’école quand ils m’invitaient : purée mousseline, saucisse accompagné dans le meilleur des cas de carottes râpées du traiteur (quiconque a préparé des carottes râpées une fois dans sa vie sait à quel point la carotte « boit » l’huile. Imaginez ce qu’il faut en mettre pour arriver à ce qu’elles dégoulinent de sauce plusieurs heures après leur préparation…). Un peu plus tard, j’ai souvenir que nous avions invité une amie de ma jeune soeur qui se trouva fort intriguée quand ma mère lui servit en entrée une salade de fenouil. La gamine, qui devait avoir 8 ans, n’avait jamais vu un fenouil de sa vie. Pas plus d’ailleurs qu’elle n’avait visiblement mangé un poulet autrement que sous forme de chaire reconstituée et panée. Comme disaient les Inconnus dans l’un de leur sketch, dans la mer, le poisson n’est pas pané et carré comme à la cantine, il a des yeux et des nageoires. Et croyez-moi, je vous parle d’une école privée dans un beau quartier où nous étions sans conteste les moins fortunés. Il était simplement de tradition familiale de bien manger, c’est-à-dire d’acheter des produits de qualité, de regarder les étiquettes, d’éviter colorants et conservateurs, de cuisiner, et de faire en sorte que ce soit le plus sainement possible. Entre nous c’est un savoir que l’on perfectionne toute sa vie. Surtout à une époque où les industriels rivalisent de génie pour produire à moindre coût des choses aussi éloignées de la nourriture qu’un roman de Marc Levy peut l’être de la Littérature, avec un L majuscule.

Se nourrir, ça s’apprend

Plutôt que d’angoisser les adolescents en leur collant une option minceur au bac, il me semblerait plus pertinent d’apprendre très tôt aux enfants à se nourrir et même à cuisiner. D’abord parce que c’est moins cher que d’acheter des plats industriels, ensuite parce que c’est plus intelligent et plus sain. Seulement pour cela, il faudrait parvenir à se désintoxiquer de toutes les fausses idées qu’on nous  martèle depuis des décennies dans les spots publicitaires et reprendre tout à zéro. Je crains que nous n’en soyons pas capables, le mal est trop profond. Et pourtant, les enjeux sont capitaux. C’est une question de santé, de qualité de vie, mais aussi de système économique. Car contrairement à ce que nous assènent les docteurs miracle, il ne s’agit pas de ressembler à des créatures de magazine (objectif devenu de toute façon inaccessible depuis l’apparition de Photoshop) au prix d’efforts aussi stupides et inefficaces que dangereux, mais de participer à un projet de société, c’est-à-dire au redressement des comptes de la sécurité sociale, à la lutte contre les pesticides et le gaspillage, au sauvetage de l’agriculture, au soutien des fabricants de bons produits contre les merdes industrielles (je recommande à ce sujet la lecture hebdomadaire des chroniques de Périco Légasse chez Marianne) et même à l’amélioration du moral des français. Eh oui, car bien manger est un plaisir, surtout dans un pays comme le nôtre et parce que plus profondément nous sommes la transformation de ce que nous mangeons. De quoi méditer sur nos menus, non ?

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