La Plume d'Aliocha

03/01/2012

Ton libraire en slip ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 23:53

Alors comme ça, il parait que la TVA sur les livres va passer de 5,5% à 7% le 1er avril prochain ?

Allons, me direz-vous, voilà une mesure qui, en période de crise, présente au moins deux mérites. D’abord sanctionner financièrement les boulimiques de lecture au même titre que les consommateurs de boissons sucrées ou de tabac. Entre nous, si vous saviez ce que mon cerveau s’est alourdi depuis que j’avale plusieurs livres par semaine, il est temps que je m’astreigne au régime sec, je l’admets. Ensuite redresser les finances de la France. N’épiloguons pas sur le sujet, nous savons tous à quel point cet enjeu est capital (sans mauvais jeu de mot). Accessoirement, on peut espérer que les agences de notation applaudiront cette saine mesure de gestion qui présente en outre l’intérêt de remettre à leur place tous ceux qui lisent, c’est-à-dire qui pensent et du coup qui contestent. Quand les financiers boivent, les intellos trinquent. A supposer bien sûr que les éditeurs répercutent la hausse de la TVA sur le prix des livres, car sinon, ce sont les libraires qui vont trinquer. Eh oui, puisque le prix du livre est fixe.

En flânant chez mon ami Philarête, j’ai découvert que le libraire de quartier achète le livre 66% de son prix. Sa marge, qui dépend de la remise accordée par l’éditeur,  se situe donc aux alentours de 33%. Pas mal, songerez-vous si vous n’êtes pas dans le commerce. En réalité, en suivant l’un des liens figurant dans le billet de Philarête, je suis tombée sur un article tout à fait passionnant d’un libraire parisien publié sur le site de Libération qui rappelle utilement que la plupart des commerces, fringues, bistrots et autres, appliquent des coefficients multiplicateurs de 3, 4, 5 et plus.  Selon Jean-Marcel Bouguereau, journaliste à l’Obs, le résultat net des libraires indépendants serait de l’ordre de 0,3%. Si les éditeurs ne répercutent pas la TVA sur le prix des livres, l’augmentation de 1,5% de la TVA va donc dévorer leur marge et les faire passer en négatif. Déjà qu’ils souffraient de la concurrence d’Amazon et des grandes enseignes de produits culturels… Mais le jeu en vaut sans doute la chandelle, me direz-vous.  En effet, on s’attend à 60 millions d’euros  de plus dans les caisses de l’Etat. Je ne sais pas vous, mais moi depuis 2008, tout ce qui se situe en-dessous du milliard me parait de l’ordre du pourboire. Il reste que certains libraires disent ne pas être inquiets ou plus exactement pensent que cela aurait pu être pire, avec une TVA à 19,6%.Vu comme cela…Toujours est-il que même le patron de la FNAC n‘est pas tranquille, car il semblerait que la TVA à 7% mette toute la filière Livre en danger. Déjà que CD et DVD ne se vendent plus, si en plus on augmente le prix des livres ! Et il est vrai qu’en flânant récemment dans l’un de ces temples de la culture, j’ai eu le sentiment qu’il y avait désormais plus de gadgets dans les rayons que de « produits culturels ». On y trouve même des moules à gâteaux, c’est dire…

La seule bonne nouvelle dans cette histoire, c’est que la TVA sur les livres numériques est passée de 19,6% à 7%. Voilà pourquoi les éditeurs n’auraient protesté que doucement quand on leur a annoncé le +1,5 % sur le papier. Mais pourquoi 7% au fait ? Peut-être parce que l’Allemagne pratique ce taux-là…La mauvaise nouvelle, c’est que le site Amazon a indiqué qu’il appliquerait le taux de 3% sur sa liseuse Kindle. De l’intérêt d’être installé au Luxembourg.

Quand je pense que si Madame de La Fayette n’avait pas écrit La Princesse de Clèves, nos libraires de quartier continueraient de survivre tranquillement en vendant par exemple Zadig & Voltaire aux politiques de l’UMP. Là, ils semblent bons pour les Restos du coeur. Alors bien sûr, on peut toujours commander chez Amazon, ou bien se laisser attirer par les sirènes de la FNAC et autre Virgin. Entre nous, j’avoue avoir passé des heures dans ces enseignes, bercée par l’illusion de pouvoir tout trouver, y compris et surtout ce que je ne cherchais pas. Mais il me faut bien avouer que c’est dans une librairie traditionnelle que j’ai fait les plus belles rencontres. Et vous ?

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