La Plume d'Aliocha

02/01/2012

Rosselin enterre La Tribune papier

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 16:52

Alors que le Tribunal de commerce doit se prononcer courant janvier sur les offres de reprise concernant La Tribune, Jacques Rosselin, directeur de la rédaction, a signé ce matin un éditorial dans les pages du journal aux allures de requiem. On pouvait y lire en effet ceci :

 « L’année qui s’annonce sera très riche en actualité : élections présidentielles notamment aux États-Unis, en Russie, en France, suites des printemps arabes et, bien sûr, suite du feuilleton européen qui pourrait connaître de nouveaux rebondissements spectaculaires. Ces périodes mouvementées étaient jadis favorables à la vente des journaux. Elles le sont beaucoup plus aujourd’hui pour le trio TV, radio et web. De fait, cette année 2012 sera sans doute celle de la disparition de la version papier d’un second quotidien national, après France Soir, celle de votre journal, La Tribune. Cinq repreneurs se sont manifestés pour le reprendre et l’un d’entre eux en deviendra le propriétaire à la fin de ce mois. Signe des temps, aucun ne propose à ce jour de conserver le quotidien sous sa forme imprimée ».

Les journalistes l’ont très mal pris. Ils viennent même de voter en assemblée générale une résolution visant à  prier leur directeur de ne plus s’exprimer sur l’avenir du journal dans son éditorial.

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18 commentaires »

  1. La sincérité ne paye pas toujours… Surtout en position de pouvoir. En politique ça serait de l’héroïsme, du suicide ou du courage.

    Commentaire par Alcuinn — 02/01/2012 @ 17:05

  2. Et de son coté, Serge Dassault invite ses lecteurs a lui dire ce qui ne va pas dans son journal

    Commentaire par lisa112 — 02/01/2012 @ 18:48

  3. Les gens qui lisent la Tribune papier ne sont a priori pas des victimes de la fracture numérique (les gens qui lisent tout court d’ailleurs). Si la qualité du contenu est maintenue, ils continueront à la lire.
    Faut-il s’indigner (ou plus modestement s’émouvoir) de la disparition d’un support qui en l’espèce, à l’ère des I-machins, des I-trucs et des bornes wi-mais-non, n’a plus de raison d’être?
    C’est triste pour les emplois qui ne seront pas conservés.
    C’est une évolution admissible.

    Commentaire par Grantumu — 02/01/2012 @ 21:11

  4. @Grantumu : Le problème de La Tribune est sans doute moins lié au papier qu’au fait qu’il y a deux quotidiens économiques en France et que selon les consultants, il n’y aurait la place que pour un seul. En termes d’analyse de marché évidemment, ce qui est différent de l’approche par le pluralisme des médias.Voilà au moins plus de dix ans que La Tribune souffre de son rôle de challenger des Echos. Tant que le papier fonctionnait, il gagnait juste moins d’argent que son concurrent, aujourd’hui, il risque de disparaître. Je ne suis évidemment pas opposée à l’idée que ce qui n’a plus lieu d’être disparaisse. Le problème, c’est qu’ici comme dans d’autres titres, nous avons avant tout un problème d’intelligence, de vision et d’investissement. Je ne dis pas cela pour Jacques Rosselin qui est arrivé il y a quelques mois, mais pour Weill qui à mon avis s’est planté. Comme beaucoup d’autres d’ailleurs. Ce n’est pas le papier qui est mort, mais les vieux modèles de développement du papier. C’est très différent. Et plus profondément, ce qui est mort c’est le journalisme low cost dédié soi-disant à des lecteurs qui n’ont plus le temps de lire. On est arrivé au bout des contenus merdiques. On en reviendra, mais ça prendra du temps. Si vous êtes abonné à @si, allez lire l’excellente enquête de Dan Israel sur la gratuité du web. Quand Le Monde décide de lancer le huffignton post à la française (une plateforme « d’information » utilisant le contenu des blogs), il n’est pas en avance sur son temps, il est le dernier dinosaure accomplissant le rêve ultime des éditeurs de presse : produire de l’information sans dépenser un rond. Autrement dit, gagner de l’argent sans investir et sans prendre le risque d’avoir une idée. Nous sommes dans la société de l’effet de levier, j’investis 1, j’attends un retour de 40 (au moins). Et en face de cela, vous avez des projets de journalistes, comme Mediapart, @si et d’autres, qui veulent juste vivre de leur métier. Vous noterez la différence….des papiers longs, de l’enquête, de la valeur ajoutée. Contrairement à d’autres, ils ne rêvent pas de faire fortune en vendant de la merde, mais ils espèrent assurer leur subsistance en faisant correctement un métier qu’ils aiment….Et franchement, je leur souhaite, et je nous le souhaite aussi, de tout coeur. Quand je dis nous, je ne songe aux journalistes, mais plus généralement à nous les consommateurs d’information.

    Commentaire par laplumedaliocha — 02/01/2012 @ 21:39

  5. @lis112 : Dassault ou Mougeotte ? J’avais compris que Dassault donnait des conseils pour sauver la France….
    @Alcuinn : j’entends bien, mais en l’espèce, il est maladroit, d’entériner la mort d’un journal avant même que le tribunal n’ait tranché sur son avenir. Même la régie publicitaire s’en est émue. La lucidité, ça sauve ou ça tue. Croyez-en une lectrice passionnée des romanciers russes 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 02/01/2012 @ 21:48

  6. C’est le drame pour les journalistes papier de se voir rétrogradés en journalistes web… Juste une réaction viscérale de plumitifs conservateurs qui vivent mal ce qu’ils considèrent comme une perte de statut professionnel.

    Commentaire par authueil — 03/01/2012 @ 09:48

  7. @Authueil : mon dieu ce que Narvic peut avoir fait comme mal avec ses analyses haineuses et caricaturales du métier. Je sens encore son influence….Même sur vous ! Les journalistes de La Tribune travaillent pour le papier comme pour le web. Il ne s’agit donc pas du drame que vous évoquez. D’abord la disparition d’un journal papier fait toujours mal dans la presse, parce que c’est un cercueil de plus qui s’avance vers le cimetière, parce qu’il y a un attachement viscéral au papier qui n’a foutrement rien à voir avec un quelconque snobisme ou un mépris de la toile. Ensuite, ils galèrent depuis des années, attendant une reprise qui ne vient pas après avoir été lâchés par Weill. Et là, on leur annonce que c’est sans doute fini. D’après ce que je sais, certains repreneurs ne veulent que le titre et le webmaster. En tout état de cause, personne ne gardera les 60 journalistes avec un site web qui en nécessite beaucoup moins. Bref, personne ne sait ce que La Tribune va devenir, mais l’avenir est plutôt sombre et incertain. Ils avaient le droit de rêver qu’on maintienne le papier, non ? Et d’être triste à l’idée que cette possibilité ne soit même pas envisagée, par aucun repreneur ? Même la régie publicitaire a voté la motion que j’évoque, aux côtés des journalistes, parce qu’elle va avoir du mal à trouver des annonceurs maintenant que leur directeur a posé la couronne sur le cercueil.

    Commentaire par laplumedaliocha — 03/01/2012 @ 10:07

  8. Quelque soit le support, c’est le contenu qui fait la différence (Médiapart, Rue89, Atlantic, Agoravox…). Mais la profession est investie maintenant de joueurs de casino qui mettent un peu de rédactionnel entre les pubs et se flattent de leur bilan.
    La Tribune est sur le mauvais créneau pour du papier. Les acteurs de marché et ceux qui se haussent du col à faire pareil ne lisent que les news électroniques (FT, Wall Street Journal, Bloomberg, et quelques sites pointus dans leur domaine). Les Echos ont déjà bien du mérite…

    Commentaire par Catoneo — 03/01/2012 @ 11:42

  9. C’est dommage on ne peut pas trouver l’édito d’hier dans le figaro, mais il etait bien signé de Dassault, ventant les mérites de son journal et demandant a ses lecteurs les améliorations a apporter. un régal pour un propriétaire de journal et meme pas jounaliste

    Commentaire par lisa112 — 03/01/2012 @ 11:53

  10. Et pour info, concernant la tribune, 20 minutes avait semble t il proposer de garder une partie des journalistes pour une édition papier

    Commentaire par lisa112 — 03/01/2012 @ 11:56

  11. Meilleurs voeux pour 2012 à vous Aliocha et à tous vos lecteurs .

    Que les journalistes de la Tribune n’oublient pas que tout changement peut être une opportunité . Et ceci n’est pas une remarque en l’air : je l’ai vécu plusieurs fois dans ma vie professionnelle . Je vous accorde qu’au début de l’obligation de changement , ce n’est pas nécessairement facile .

    Commentaire par BrunoK — 03/01/2012 @ 16:52

  12. Tout ça me fait penser à Seafrance… pour sauver l’affaire, le projet de monter une SCOP paraissait un tantinet « Jean de la Lune », un montage de doux rêveurs. Et puis patatras : voilà-t-y pas que le gouvernement se met à trouver une odeur de sainteté à ce montage baroque!

    J’en reviens à ma marotte : je suis convaincu qu’une partie de la solution passe par la réappropriation de l’outil de travail par ceux qui y bossent… et c’est précisément ce que permet la forme juridique de la SCOP (devenue depuis Société Coopérative et Participative). Les métiers du livre fonctionnent très bien sous cette forme juridique, qui n’a rien d’un délire de crypto-gauchiste en mal de grand soir : les SCP fonctionnent toutes au sein d’une économie capitaliste de libre concurrence.

    Commentaire par Zarga — 03/01/2012 @ 20:07

  13. @zarga 12

    jetez un coup d’oeil sur ce que dit la Cour des comptes de Seafrance
    http://www.atlantico.fr/decryptage/seafrance-rapport-cour-comptes-role-syndicats-sureffectifs-scop-tribunal-commerce-paris-258652.html

    Ca ne m’étonne pas qu’une partie du personnel ne désire pas investir l’argent de son licenciement dans la Scoop.
    Il m’étonnerait d’ailleurs que la convention collective conduise à une indemnité de 50 000 €. Ce chiffre a certainement été avancé dans la perspective d’une mise au capital.
    Si le personnel n’a aucune confiance dans le redémarrage de sa société alors il faut en tirer la conclusion.
    On a le même syndrôme que pour les ferrys corses (mais ici c’est la CFDT et là la CGT).
    L’indifférence aux contraintes économiques ne saurait être payées par le contribuable. Le syndicat du livre que vous évoquez est un fossoyeur de sa profession.

    Une remarque pour notre hôtesse: les médias audiovisuels sont remarquablement discrets sur l’existence et le contenu du rapport de la Chambre des Comptes…

    Commentaire par araok — 03/01/2012 @ 21:04

  14. Quand Twitter démolit De La Villardière, très drôle : http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php#12804

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/01/2012 @ 00:08

  15. @araok :

    Dommage, car le mode de fonctionnement de la SCOP garantit de par ses statuts qu’une personne = une voix, stricto sensu. Ce serait peut-être là un des meilleurs moyens (le meilleur ?) de passer un grand coup de balai ?

    Pour ce qui est du problème syndical… on vit une époque où se sont les syndicats qui ont besoin des salariés, alors qu’à l’origine, il me semble bien que ce sont les salariés qui doivent avoir besoin des syndicats, non ?

    Je ne vois pas ce que le syndicat du livre vient faire là dedans… je ne mentionnais les métiers du livre que pour apporter un peu d’eau à mon moulin de monomaniaque.

    Lors d’une précédente contribution, un intervenant m’objectait que le statut juridique serait difficilement applicable au fonctionnement d’un quotidien papier, justement à cause des coûts d’imprimerie. C’est après avoir dégoté une imprimerie fonctionnant sur ce modèle que j’ai mentionné ce type de métier.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_coop%C3%A9rative_et_participative

    Pour moi c’est viable comme forme juridique pour le métier de journaliste, il suffit qu’un banquier fasse son métier au démarrage de l’aventure, et hop ! Roule ma poule !

    Commentaire par Zarga — 04/01/2012 @ 23:05

  16. @laplumedaliocha #14 :

    C’est beau comme du Morano !

    Commentaire par Zarga — 04/01/2012 @ 23:07

  17. @ zarga, si vous revenez faire un tour:
    il y a(vait?) de très belles coopératives ouvrières au pays basque espagnol. J’y avais un fournisseur de pompe hydraulique.

    Commentaire par araok — 05/01/2012 @ 21:25

  18. @araok #17 :

    Voici un lien sur Rue89 : http://blogs.rue89.com/matouk/2012/01/06/seafrance-une-fois-de-plus-la-scop-est-proposee-trop-tard-226157

    Monsieur Matouk apporte un peu d’eau au moulin de la Société Coopérative et Participative !

    Commentaire par Zarga — 07/01/2012 @ 10:38


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