La Plume d'Aliocha

29/12/2011

Un peu de joie…dans le métro

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:59

Il faut avoir le talent de Philippe Bilger pour raconter sa première expérience du métro sans susciter immédiatement le ricanement du lecteur condamné à l’emprunter régulièrement face à la surprise du néophyte issu de l’élite.  Le magistrat a bien aperçu les pièges de l’exercice auquel il se livrait et avancé l’alibi de son habitude du bus pour effacer le sourire moqueur au stade de l’esquisse. La ficelle est évidente, mais elle ne manque pas de finesse. Je gage en outre que personne ne viendra le contredire sur la description de cette « morosité crépusculaire » – comme c’est joli ! – qui caractérise le métro parisien. C’est vrai que dans le métro on est anonyme, c’est vrai aussi qu’on s’y cotoie sans vraiment se supporter, vrai que la politesse n’y est pas forcément de mise, en tout cas pas celle des dîners mondains. Vrai encore que le SDF hurlant son histoire par-dessus le fracas de la rame pour tenter de faire frissonner les âmes et déclencher le don a de quoi indisposer, moins par son caractère intempestif que par sa capacité à nous confronter à nous-mêmes, aux limites de notre empathie et de notre générosité. Ah ! Le traitre.  Comme on lui en veut de nous obliger à faire semblant de l’ignorer. Le métro est déjà bien assez désagréable comme ça et nos journées épuisantes, pour ne pas en plus être obligé d’assumer le regard lourd de reproche de  celui, plus malheureux que nous,  à qui l’on ne donne pas. Même si au fond, il quêtait autant le sourire que la pièce ou le ticket restaurant…

En réalité, il faut être raisonnablement heureux pour s’irriter  du métro. Ayant hérité d’une nature que j’aurais aimée plus tiède, je suis capable de joies fulgurantes et de tristesses insondables. Et c’est lors d’une de ces phases de profond désespoir que j’ai découvert la grâce du métro. C’était il y a 23 ans. Toute jeune étudiante à Assas, je venais de vivre mon premier chagrin d’amour. Et j’arrivai sanglotante sur le quai de la station Notre-Dame-des-Champs,  quand un jeune SDF s’approcha de moi : « vous n’allez pas bien mademoiselle ? ». Ô misère ! A cette époque, le métro me terrorisait. Et j’étais là, en larmes, affreusement vulnérable, face à un homme qui, il faut bien l’avouer, me faisait peur.  Je ne répondis pas. Quand la rame surgit, je montai dans le wagon et m’assit sur un strapontin. Le jeune homme m’avait suivie. « Mesdames et Messieurs, j’allais vous demander de l’argent, mais je m’aperçois à cet instant précis qu’il y a dans ce wagon une personne plus malheureuse que moi. Alors je ne vous demanderai qu’une chose, si quelqu’un va dans le même quartier que cette jeune fille, qu’il prenne soin d’elle ». La femme assise à côté de moi me demanda où j’allais et je lui répondis en bredouillant car la confusion d’être au centre de tous les regards s’ajoutait à ma tristesse. L’homme est descendu à la station suivante après s’être assuré que l’on s’occupait de moi (1). Je ne l’ai jamais oublié et il m’arrive encore aujourd’hui de me demander si, à sa place, j’aurais été capable d’un tel geste…

Depuis lors, j’ai vécu comme tout le monde quelques frayeurs, beaucoup de retards, de grèves, de wagons bondés et surchauffés, d’attentes infinies dans les tunnels, de crises de claustrophobie et de voyages fastidieux. Mais il me revient aussi  en mémoire quelques jolis gestes de solidarité, des éclats de rire, des moments de tendresse et même des émotions collectives suscitées par un musicien de talent. Comme ces chanteurs australiens fabuleux qui, l’espace de quelques stations sur la ligne 1, suscitèrent une telle ambiance que certains voyageurs se mirent à danser tandis que les autres échangeaient des sourires radieux. Ou bien cet étudiant aussi ivre que joyeux qui invitait les passagers un  soir à se déshabiller en brandissant une bouteille de champagne à moitié vide. Il devait se plaindre que personne n’obéissait car un de ses camarades lui lança : « comprends-les, ils sortent du bureau, ils sont crevés et d’un seul coup y a un type qui fait l’hélicoptère dans le wagon en leur demandant de se foutre à poil ». J’en ris encore.

Et puis un jour, il n’y a pas si longtemps, je me suis retrouvée de nouveau dans un état de détresse. J’avais froid au coeur et j’ai ressenti un étrange réconfort en descendant dans le métro. Les lumières, la foule, l’agitation m’ont réchauffée. Voyez-vous Monsieur Bilger, pour comprendre ce que le métro peut avoir au fond de réjouissant, il faut avoir connu des chagrins insondables. Alors vous saisissez pourquoi les exclus vont s’y réfugier et  vous apprenez à leur sourire. Non pas du haut de votre bonheur, mais dans la complicité. C’est à ce moment-là seulement que vous effleurez le sens du joli mot « fraternité ».  Mais comme je ne vous souhaite pas d’être triste, et moins encore d’être affligé d’une âme russe, je me contenterai de vous dire : ne vous crispez pas, regardez autour de vous,  si vous êtes attentif, vous découvrirez des raisons de sourire, de vous émouvoir ou de rêver dans le métro. Et vous finirez par l’aimer…

(1) Cet inconnu m’a infiniment touchée et beaucoup appris sur la solidarité entre êtres humains. Ce billet lui est dédié. 

26/12/2011

Petite leçon médiatique de spiritualité contemporaine

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 13:34

Alors comme ça, il parait que revendre ses cadeaux de Noël devient de plus en plus « tendance ». Dixit Le Figaro, au hasard, car en réalité tous les médias ont embrayé comme un seul homme. Poussés au cul par les sites de vente en ligne (en particulier par le frère d’une de nos ministres, c’est dire si la caution morale est forte !) et soucieux de ne rater aucune nouvelle habitude de consommation, ils nous décomplexent : puisqu’on vous dit que vous êtes de plus en plus nombreux à revendre vos cadeaux de Noël, allez-y ! Ce n’est plus choquant, on vous l’assure. Au contraire, en période de crise, c’est un sain réflexe.  Tenez, ça me rappelle un article paru il y a quelques mois sur un site de presse féminine. Il m’apprenait que la mode du vintage n’était pas réservée aux fringues, mais pouvait aussi s’appliquer aux hommes. Recycler ses vieux partenaires amoureux devenait tendance. Crise du couple oblige…C’est fou ce que l’on reçoit comme précieux conseils de vie en lisant la presse. D’ailleurs, j’ai laissé tomber les ouvrages philosophiques. Trop arides, affreusement poussiéreux. Je préfère me plonger dans les tendances de consommation et les articles sur l’Art de vivre, ça c’est du concret, du solide.

Mais revenons à la magie de Noël. Pour être dans le coup, j’ai décidé de me débarrasser d’un vieux truc que j’avais trouvé sous le sapin il y a quelques années et dont je n’ai plus l’usage. D’ailleurs, je ne me souviens même plus qui me l’avait offert : « Vend nourrisson dans son berceau rempli de paille dénommé Jésus pour cause d’emménagement définitif au royaume de la consommation ».  J’espère en tirer suffisamment d’argent pour m’acheter la dernière tablette tactile à la mode, à moins que je ne craque pour l’IPhone 4S.

22/12/2011

De l’imagination que diable !

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 10:28

Je déjeunais il y a deux jours avec un confrère de La Tribune qui me confiait que, sans doute, le journal n’avait plus que quelques semaines à vivre. Les caisses sont vides et les offres de reprise ne s’intéressent qu’à des morceaux du canard, le dépeçage à ce stade apparait donc inéluctable et la version papier sur le point de disparaître. Pour lui remonter le moral (pas à La Tribune mais à mon ami) je lui décrivais avec flamme tous les projets qui marchent, de XXI aux pure players du web, en passant par Polka et le Canard enchainé. Il n’empêche, c’est un peu dur à vivre, pour nous  les journalistes, de voir tout cela s’effondrer et de ne pouvoir s’empêcher de penser que nous payons les erreurs de nos aînés, leur manque de vision, leur gestion calamiteuse, leur fausse certitude que tout ceci allait durer jusqu’à la nuit des temps, c’est-à-dire au fond jusqu’à ce que tout ce petit monde, je parle des sexagénaires et plus aux commandes actuellement dans les médias, prenne sa retraite. Notez, ils n’avaient pas tort, les journaux papiers mourront avec eux. Et sans doute songeront-ils qu’ils ont créé tout cela, que c’était un peu à eux, et qu’il n’y a pas de raison qu’ils nous lèguent quoique ce soit.

Rue 89 dans l’ombre rassurante de l’Obs

Toujours est-il que Rue 89 vient d’être racheté par l’Obs. Daniel Schneidermann s’en émeut ce matin, et pour cause, l’un des pionniers de la nouvelle presse court s’abriter dans l’ombre rassurante du dinosaure papier. Ce qui repose la question des Anciens et des Modernes, du modèle gratuit ou payant sur Internet, de la pérennité des pure players quand les  géants de papier se meurent, de la monétisation des contenus et plus profondément encore de la valeur de l’information. Peut-on encore la vendre ou pas ?

Casser les codes

En réalité, il parait évident qu’il va nous falloir réinventer deux choses. Le modèle économique et l’offre éditoriale. Quand on observe en effet ce qui fonctionne, sur la toile et dans le papier, on s’aperçoit assez facilement que c’est tout ce qui casse les codes. « Si Patrick de Saint Exupery (fondateur de XXI) était venu me voir avec son projet, je lui aurais dit qu’il fonçait dans le mur » me confiait il y a quelques mois une consultante spécialisée dans la presse « et j’aurais eu tort » a-t-elle conclu. Aussi brillante soit-elle, elle appartient au vieux modèle et raisonne sur les schémas qui ont fait la presse ces 50 dernières années, que ce soit pour l’offre éditoriale, la diffusion, le marketing, la publicité. A l’heure du gratuit, XXI a opté pour le cher, à l’ère du zapping, le journal a fait le pari des longs articles. Pire, tournant le dos à l’instantanéité, il a choisi la périodicité trimestrielle. Et le fin du fin, il est distribué en librairie et non pas en kiosque. De tous les codes de la presse, il n’en a conservé qu’un seul, l’information. C’est sans doute de là qu’il faut donc repartir. Et puis oublier tout ce que l’on sait et qui ne sert plus à rien, pour inventer du neuf, de l’audacieux. Nous voilà bien avancés, me direz-vous en rigolant. Vous avez raison, ce n’est pas trois réflexions en l’air qui font un business plan. Il n’empêche, les rares succès de la presse aujourd’hui (ou tout au moins les organes qui ne perdent pas trop d’argent, voire sont à l’équilibre) nous indiquent à mon sens la voie à suivre. Et ce n’est certainement pas celle du magazine aspirateur à pub que vient de lancer Le Monde et moins encore le projet de Huffington Post à la française également dans les cartons du quotidien du soir (dieu qu’elle commence à paraître surannée cette expression de « quotidien du soir »).

L’information, ça se paie

Nous sommes au bout des contenus low cost couverts de pub et enveloppés de blister. Imagination, audace et forte valeur ajoutée, voilà ce qu’il va nous falloir apprendre à vendre. En ce sens, le Huffington Post n’est pas un pionnier de la nouvelle presse du 21ème siècle, c’est le dernier, et il est vrai le plus habile, des projets du monde ancien. Le fantasme ultime des dinosaures qui rêvaient qu’un jour on puisse produire du contenu éditorial sans avoir à payer des professionnels de l’information. L’ultime escroquerie qui ne pouvait être réalisée qu’en exploitant des non-professionnels ignorant la rouerie des patrons de presse. Quand les blogueurs s’émeuvent, les journalistes se contentent de sourire, désabusés. Depuis le temps que nos employeurs rêvaient de se débarrasser de nous…Allons, amis patrons de presse et prétendants à l’illustre fonction, ce n’est pas parce qu’on ne sait plus vendre l’information qu’il faut décréter qu’elle doit être gratuite à produire et gratuite pour le lecteur. En réalité, cela s’appelle dissimuler son incompétence derrière l’argument fallacieux de la fatalité. Je vous laisse juge…

17/12/2011

Le banquier, la millionaire et les autres…

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 14:01

Noël, c’est l’époque des belles histoires.

Tenez par exemple, au chapitre des contes économiques à faire rêver même le plus blasé des financiers de Wall Street, il y a l’annonce de la création d’un Huffington Post à la française. Le Huffington Post vous savez, c’est cette plateforme américaine d’information qui a eu la géniale idée d’exploiter tout le contenu gratuit de la toile pour le transformer en espèces sonnantes et trébuchantes. Réjouissez-vous blogueurs français, la notoriété frappe à votre porte ! Evidemment, vous ne serez pas payé (et puis quoi encore !), mais vous n’aurez aucune difficulté à convaincre la caissière de Leader Price qu’elle a en face d’elle une star qui peut se dispenser de régler ses pattes pâtes, vu l’honneur que vous faites au magasin d’y remplir votre caddie.  Idem pour le loyer, le gaz, l’électricité, le téléphone etc. La chose serait pilotée par Xavier Niel Matthieu Pigasse, banquier et actionnaire du Monde, lequel semble avoir pressenti Madame Strauss-Kahn, plus connue sous le nom de Anne Sinclair, ex-journaliste et millionnaire, pour diriger le site. Les promoteurs de cette merveille songent également à recruter une poignée de jeunes journalistes (rémunérés à l’indemnité de stage ?) pour faire tourner la machine.  J’ai cru comprendre que la toile oscillait entre insolence rigolarde et indignation (@si, vite-dit 14/12 à 22h36). Il y a de quoi…Je vous renvoie par exemple à la savoureuse provocation de Seb Musset. Les anciens héros des contes vivaient d’amour et d’eau fraîche, ceux d’aujourd’hui se nourrissent de gloire et de sciure. On appelle ça le progrès.

Espérons que tout ceci sera assez rentable pour que les actionnaires puissent dépenser leurs dividendes dans les boutiques de luxe qui, elles, ont une tendance fort réactionnaire et totalement dépassée à ne servir que les comptes en banque gavés comme des oies.

14/12/2011

Le double discours des économistes

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 09:49

C’est une révélation passée à peu près inaperçue, que j’ai découverte en visionnant l’une des excellentes émissions de Daniel Schneidermann sur Arrêt sur Images. Il recevait  Jean-Luc Mélenchon – qu’on ne présente plus – et Marc Touati, économiste, dans un face à face qu’au cinéma on qualifierait de légende sur la situation de la Grèce. Non seulement le débat était passionnant, mais il était de très bonne tenue, bien que les deux hommes soient aussi opposés qu’on peut l’être. Une émission comme on aimerait en voir tous les jours à la télévision en prime time.  Daniel Schneidermann chahute un peu Marc Touati lors de la présentation des invités sur son rôle d’expert préféré des médias. Il a raison,  Touati fait partie en effet des économistes les plus interviewés, en particulier sur les chaines d’information. Moi-même je l’ai interrogé plusieurs fois. Ce qui soulève la question classique : pourquoi interroge-t-on toujours les mêmes ? En l’espèce, parce qu’il est clair, assez disponible et calibre parfaitement ses déclarations pour les journalistes, sans jargonner ni s’enferrer dans des explications dont il sait d’avance que s’il les servait, elles seraient raccourcies et pas forcément dans de bonnes conditions. Alors il synthétise tout seul. Mais surtout, comme il l’explique en plateau, il estime en s’exprimant dans les médias remplir ainsi la première mission de l’économiste qui est de faire de la pédagogie. Seulement voilà, ses collègues n’apprécient guère et le lui font savoir comme il le raconte dans cet extrait.

Edifiant, n’est-ce pas ? Mais c’est encore plus intéressant quand on sait que les milieux économiques se plaignent depuis toujours à longueur de colloques de l’ignorance des français en matière financière. Il faut les entendre moquer notre attachement à ce ridicule Livret A qui ne rapporte rien, déplorer notre réticence à investir en bourse, notre allergie au risque, notre incompréhension des produits financiers. Cela les inquiète tant qu’ils pondent rapports sur rapports pour imaginer des solutions pour nous sortir de notre ignorance crasse et donc faire fonctionner les marchés financiers avec nos économies. Ils n’ont pas tort sur le fond. Les français en effet ne sont guère cultivés en matière économique et pas très friands d’investissements en bourse, lesquels pourtant sont indispensables au financement des entreprises. La dernière étude en date (PDF), publiée le 9 novembre sur le site de l’Autorité des marchés financiers, conclut :

La culture financière des Français n’est pas brillante. Nos concitoyens peinent à maîtriser des concepts pourtant élémentaires en la matière. Ils ont également des difficultés à faire des calculs financiers simples : par exemple, seule une personne sur deux sait que 100€ placés à 2% par an conduisent à un capital de 102€ au bout de un an. Une personne sur quatre parvient à trouver, dans une liste de trois réponses possibles, la définition d’une obligation, seulement 45% savent ce qu’est un fonds commun de placement et 52% connaissent les principes d’un dividende. Ces lacunes nourrissent un sentiment d’incompétence : 80% de la population reconnaissent qu’ils sont un peu perdus en matière de placements financiers. Nombreux sont ceux qui, d’ailleurs, aimeraient être mieux formés : 79% souhaiteraient en apprendre davantage en matière de finance au cours de leur scolarité et 77% sont réceptifs à la possibilité de suivre une formation dans leur entreprise. Ces attentes sont sans doute amplifiées par les inquiétudes que génèrent actuellement les menaces autour de la zone euro et la dette des Etats.

La question à ce stade c’est : à qui la faute  ? Réponse : à ceux qui refusent de partager leur savoir.

Note : Merci à @si de m’avoir donné accès à l’extrait vidéo de l’émission qui en principe appartient à la partie payante du site. Je ne puis que vous recommander de visionner l’émission entièrement. C’est un collector !

10/12/2011

Verneuil avait prévenu !

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 13:19

Pour rebondir sur la discussion soulevée par le précédent billet, tout en se détendant parce que, hein, bon, c’est quand même le week-end, je vous propose d’oublier les experts financiers, agences de notation et autres fumisteries du même genre, pour aller réfléchir avec des esprits bien plus éclairés. Par exemple, un réalisateur dont j’aime à peu près tous les films et dont surtout j’admire profondément les qualités d’analyse. Il s’agit d’Henri Verneuil. Vous savez, celui du Président, de I comme Icare ou encore de Mille milliards de dollars. Plus je regarde ses films, plus je m’aperçois qu’il avait eu le génie de saisir, il y a plusieurs décennies déjà, les virus dormants qui allaient nous frapper.

Tenez par exemple, repassons-nous pour le plaisir et pour la réflexion, la scène légendaire où Gabin, président du conseil, tacle les députés sur leur vision de l’Europe. Tout y passe, les hypocrisies du discours politique et ses effets de style, les lobbys, les vraies visions d’avenir et les mensonges d’intérêts. C’était en 1961. Jouissif et glaçant de lucidité.

Et puisque nous y sommes, faisons un bond dans le temps. En 1982 sort Mille Milliards de dollars. L’histoire d’un journaliste qui enquête sur un scandale politico-financier et s’inquiète déjà l’époque de la puissance des groupes internationaux.

Voilà, c’est en regardant ces films, en lisant les philosophes, en écoutant les penseurs, les artistes toutes disciplines confondues que l’on a une chance de comprendre le monde dans lequel on vit, mais certainement pas en accordant un quelconque crédit aux experts…Il n’est pas de pire ignorant que celui qui croit savoir, ni de pire aveugle que celui qui regarde le monde à travers les lunettes étroites de sa micro-spécialité.

09/12/2011

A la botte des singes savants ?

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 10:06

Décidément, on n’en finit plus de se trainer aux pieds des agences de notation ! Voici qu’elles ont décidé de tout dégrader. Voyez-vous cela ! Et les économistes affichant des mines embarrassées de me confier en off, que bon, hein, on ne pouvait pas vivre au-dessus de nos moyens ad vitam aeternam non plus, qu’on peut bien contester à juste titre le poids des agences de notation sur nos Etats et même nos vies, elles n’ont quand même pas tort de nous obliger à regarder la réalité en face. Hélas, trois fois hélas, si, elles ont tort. Et je vais vous dire pourquoi. Parce que comme tout le monde dans la finance, elles font semblant de maîtriser des outils techniques et donc objectifs. Fumisterie. Superbe mensonge à double levier. Un, elle ne maitrisent rien, sinon elles n’auraient pas encensé Enron jusqu’à la faillite du courtier américain en énergie il y a dix ans. Deux, je ne connais rien de plus contestable que les chiffres, sauf peut-être les prévisions économiques. Comme le fait dire Audiard à Gabin dans Le Président :

« le langage des chiffres à ceci de commun avec celui des fleurs, on leur fait dire ce qu’on veut. Les chiffres parlent mais ne crient jamais. Permettez-moi de préférer le langage des hommes, je le comprends mieux ». 

Vous ne me croyez pas ? Alors prenons un exemple tiré de l’actualité brûlante. Vous avez vu la vidéo du Sofitel diffusée par BFM TV sur DSK ? Vous avez lu les commentaires des uns et des autres ? Vous vous sentez plus avancé ? Bien sûr que non. Pourtant, l’affaire est simple, accessible à tout le monde. Il n’est pas question ici de dette souveraine, moins encore de spread, mais de fellation. Tout le monde sait ce qu’est une fellation, pas d’angoisse technique particulière sur le sujet. A toutes fins, je traduis tout de même le terme technique, nous parlons d’une pipe. En plus, nous avons désormais une vidéo, donc une information a priori objective. Comme si on y était. Sauf que chacun y va ensuite de son avis sur les éléments factuels, sur le viol, avec arme ou pas, sur la procédure judiciaire américaine, sur l’appréciation d’un comportement sexuel libertin ou pathologique. Là-dessus, les défenses des amis de DSK brouillent tout et les avocats achèvent de nous faire douter, mais il est vrai que c’est leur rôle.

Alors transposez cela maintenant à la finance. Et imaginez qu’au lieu de parler de ce que tout le monde comprend, on se penche sur des produits et des systèmes concoctés par des matheux, imbriqués les uns dans les autres, déments de complexité, vertigineux d’enjeux. Oubliez que le sujet vous dépasse mais que c’est normal puisque ce n’est pas votre métier et envisagez une seconde de déraison l’inimaginable : et si les experts ne comprenaient pas mieux que vous ? Et si leurs avis n’étaient au fond que de simples avis, forgés par leurs études, mais aussi leurs convictions, leur volonté de dire ce qu’ils savent en dissimulant ce qu’ils ignorent, leur intention de se faire remarquer, de s’inscrire sans le dire en contradiction avec un rival, de faire les malins, de livrer une phrase choc aux journalistes pour leur plaire et faire tous les plateaux télé. La vérité, l’effroyable vérité, c’est celle-là : les experts ne comprennent rien à la crise. Selon les cas, il cautionnent une idéologie qui les nourrit ou, à l’inverse, critiquent un système qui les a rejetés. Certains même s’accommodent de leur ignorance en pensant que d’autres savent.

J’exagère, songerez-vous. Hélas… ce billet est né d’un déjeuner tout à fait anodin auquel j’ai participé avant-hier. J’y rencontrais des comptables libéraux, rien que des comptables. Mais des chics quand même, la crème de la crème, ceux qui auditent les sociétés cotées et donc qui pataugent malgré eux dans les dédales incompréhensibles de la finance. Quand l’un d’entre eux m’a balancé comme ça, tout à trac : les normes comptables internationales, je n’y comprends rien ! Son confrère a blêmi. Et durant tout le déjeuner il a répété comme un mantra : je n’y comprends rien. Pour information, les normes comptables internationales, ce sont celles qui sont utilisées depuis 2005 par toutes les sociétés cotées européennes et donc notamment par notre ami le CAC 40. Et, accessoirement,  ce sont elles qu’on a accusé d’avoir eu un effet procyclique lors de la crise de 2008, c’est-à-dire aggravateur de la crise. « En fait, a tenté de corriger son confrère qui se souvenait que j’étais journaliste et tentait de sauver l’honneur, les produits financiers sont devenus incompréhensibles, il est normal que les normes comptables elles-mêmes se complexifient ». Nous y sommes. Donc, la finance devenue dingue, contamine tout le reste. Et plutôt que de hurler, les comptables encaissent sans broncher l’idée que sur 26 000 professionnels, à peine 20 savent de quoi on parle quand on évoque leur nouvel outil de travail. Ils acceptent de ne pas comprendre. Ils trouvent cela désagréable mais inéluctable. Et ils comptent sur les copains. Tous. Sauf que les copains ne comprennent rien non plus, mais ils se taisent. En clair, cela signifie que les comptes des sociétés du CAC 40 ne sont peut-être pas forcément fiables. Il y a un moment où il faut appeler un chat un chat.

Voilà où nous en sommes arrivés. Plus personne ne comprend rien, mais tout le monde ou presque fait semblant que si, juste pour donner le change. Parce qu’on n’a pas le choix, il faut bien manger. Je demandais il y a quelques jours à un haut fonctionnaire de Bercy  pourquoi il était à peu près le seul à tirer la sonnette d’alarme, à essayer d’endiguer cette folie. « Parce que les gens cautionnent le système qui les nourrit », m’a-t-il simplement répondu. Hier matin, j’étais à une séance de sanction du gendarme boursier (AMF), avec une poignée de confrères spécialisés de La Tribune et des Echos. L’AMF devait juger une obscure violation des règles de marché par quelques grandes banques de la place en 2008, lors de l’augmentation de capital de Natixis. Une affaire qui avait quand même failli faire capoter l’opération et mettre le système financier déjà fragilisé par la faillite de Lehman Brothers dans une belle panade. Dans cette pièce où se tenait une cinquantaine de gens importants en costards sombres, j’ai vite compris qu’il n’y en avait tout au plus qu’une dizaine qui comprenaient. Et encore, ils comprenaient la technique, mais aucun n’avait la capacité intellectuelle, ni surtout l’envie, de mettre tout cela en perspective et moins encore d’en tirer une quelconque conclusion. A midi, j’ai appelé un ami, une figure de la place financière de Paris et je lui ai demandé ce qu’il pensait de tout cela. « Personne ne comprend rien, m’a-t-il avoué, mais on n’ose pas le dire ». Vertige…

Alors voyez-vous, j’ai une proposition toute simple pour se sortir de là : avouer qu’on ne comprend plus rien, reconnaître qu’on ne maîtrise plus rien. Ni les experts, ni les politiques, ni les juges, et encore moins les agences de notation. Quant aux journalistes spécialisés comme moi, ils en savent tout juste assez pour prendre la mesure de leur ignorance, qui est abyssale. Sauf que nous n’avons aucun système à cautionner. Il n’y a donc plus que nous qui puissions dire : stop ! A partir de là, et à partir de là seulement, on pourra commencer à essayer de s’en sortir. Non pas en faisant appel aux experts, ils sont largués. Tous ces docteurs Frankenstein refusent d’admettre que leur créature monstrueuse leur a échappé depuis longtemps. Mais en se tournant vers des gens comme Emmanuel Todd qui a été l’un des premiers à poser une bonne question : et si on ne remboursait pas, que se passerait-il ? Les agences de notations nous fouettent tous les matins, les spécialistes courbent l’échine et obéissent, emmenant avec eux les politiques qui ne sont pas dupes mais cèdent par nécessité. En réalité, nous n’avons pas besoin d’expertise financière ici, mais de simple raison. Car c’est précisément ce qui nous fait le plus défaut.

Sur ce sujet là, je nous classe D, autrement dit : situation de faillite.

06/12/2011

Slip de campagne

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:27

Ils sont drôles les éditeurs. Avant de les rencontrer, je pensais que c’était des gens sérieux, qui avaient le temps de produire des contenus plus approfondis et distanciés que des articles de presse. Grave erreur ! En réalité, ils dépendent de l’intérêt que leur portent les journalistes. Et comme ils  imaginent mes confrères très pressés et très cons, ils leur servent du prêt-à-digérer. La recette miracle c’est pipole, scoop, et sexe, si possible. Le propos de l’ouvrage doit pouvoir être résumé en moins d’ une minute. Le livre tiendra sur les étals trois semaines. Je le sais, vu que je suis en reportage sous-marin dans l’édition en ce moment avec l’espoir fou de publier deux ans d’enquête sur un sujet économique un peu important. A force d’entendre le même discours désespérant d’ânerie, j’ai fini par me dire : « mon poussin (oui, il faut être indulgent avec soi-même dans ces moments-là), mon poussin donc, ton problème dans la vie c’est que tu es trop sérieuse. Et puis tu bosses trop, c’est pas bon ».

Du coup, j’ai changé mon fusil d’épaule et c’est là que j’ai trouvé l’idée géniale. La campagne présidentielle vue du slip des candidats ! Voilà qui va plaire, du pipole, de l’actualité politique brûlante, des scoops comme s’il en pleuvait et du sexe, slip oblige…J’ai même déjà le titre « Slip de campagne » et le synopsis. Indispensable ça, le synopsis, accompagné d’un plan. Je vous la fais courte. L’idée consiste donc à aborder la campagne électorale vue du slip des candidats (je l’ai déjà dit, mais avec les éditeurs il faut répéter, même les trucs simples, pour bien qu’ils comprennent). Au début, je voulais commencer par une brève introduction sur l’histoire du slip en politique, mais je me suis dit que je risquais de déraper dans un vrai travail de recherche et par conséquent de contrarier l’idée que se fait l’éditeur de ce que veulent les journalistes, eux-même guidés par l’idée qu’ils se fabriquent de ce qui intéresse le public…. ça a l’air compliqué, en réalité c’est très simple : faut faire con. Exit donc l’histoire du slip. J’attaque directement dans le bois dur, si je puis dire.

Premier chapitre : ce que le choix du slip nous enseigne sur la psychologie des candidats. Slip, caleçon, boxer ou free balls pour ces messieurs, string, tanga, culotte, shorty pour ces dames. J’ai demandé à un psychologue de la presse féminine de m’épauler techniquement sur le sujet. Par ailleurs, mon questionnaire aux candidats est déjà prêt : quel sous-vêtement portez-vous en campagne, en changez-vous souvent, avez-vous un slip fétiche…etc. J’irai interviewer les femmes, mais pas les hommes. Imaginez que Mélenchon me demande de lui prendre la main durant l’interview pour l’aider à me confesser ses préférences slipales…Je n’aimerais pas connaître le même sort que cette pauvre Tristane Banon !

Deuxième chapitre : je donne la parole aux slips. Et je leur fais raconter, en toute simplicité, l’histoire cachée de la campagne. Pour la cohérence du dossier, je réintroduis (sans mauvais jeu de mots) DSK qui, après tout, était un candidat certain à défaut d’être avoué, et dont le triste sort s’inscrit à merveille dans mon propos. Et là je balance tout, les secrets d’alcôves et les mystères de la tuyauterie humaine. Joies du sexe et embarras intestinaux. Tout, vous-dis-je. Au nom du droit à l’information. Avant d’élire un candidat, il faut savoir si son organisme résiste aux tonnes de saletés qu’il doit ingurgiter pour faire plaisir aux électeurs potentiels et si la prise de parole en public lui noue les intestins ou pas. Sans compter qu’il nous faut aussi découvrir ceux que le pouvoir dynamise sexuellement et les autres. On est libre de voter pour un obsédé ou un bonnet de nuit, mais il faut le faire en connaissance de cause.

Troisième chapitre : enfin, je soumets le résultat de mon enquête d’investigation à tous les spécialistes des pronostics, sondeurs, astrologues, éditorialistes, sexologues, politologues et, bien entendu, psychanalystes. Là, c’est la partie intellectuelle du livre, mais je vais la rendre la plus attractive possible en leur demandant à chacun de s’exprimer en une phrase et d’assortir leur commentaire d’une note, ce qui me permettra de proposer au final un classement des candidats par ordre croissant de chances de réussite aux élections. Vous noterez la dimension scientifique et innovante de la chose….

Mais, m’objecterez-vous, la campagne a déjà débuté, vous êtes en retard, il nous faut ces informations avant de voter. Ne vous inquiétez pas. J’enquête jusqu’en février. J’écris les premiers jours de mars et j’imprime dans la foulée. Début avril, le livre est en place. Et  il va cartonner, moi je vous le dis !

05/12/2011

Mon casting pour les présidentielles

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 18:07

Figurez-vous que j’en ai assez du journalisme économique.

Je vais me lancer dans le journalisme politique, c’est décidé. J’en ai ma claque de m’user les yeux à lire des mètres cube de documents, techniques à en pleurer, de peser le sens de chaque mot, d’interroger des spécialistes qui ne sont jamais d’accord entre eux pour tenter d’éclairer un tout petit bout de la crise qui menace de nous emporter. Tout ça pour des lecteurs initiés qui connaissent la situation bien mieux que moi, tandis que ceux que cela intéresserait pensent à tort que ce n’est pas leur problème. Tout bien considéré, je préfère errer dans les couloirs du pouvoir, prêter une oreille complice aux confidences sur qui couche avec qui, au propre comme au figuré, faire des pronostics sur les chances des uns et des autres, non pas à l’aune de leur programme, on va pas non plus se cogner ces sujets incompréhensibles, mais au regard de leurs amitiés, inimitiés, soutiens, et surtout de leur look.

Le look, ça c’est important. Décisif même ! Tenez par exemple, Eva Joly, elle n’a aucune chance aux présidentielles, mais alors vraiment aucune. Vous savez pourquoi ? Parce qu’elle porte des lunettes rouges, vous imaginez cela vous, des lunettes rouges ? Enfin, j’y croyais encore jusqu’à ce que Patrick Besson dans Le Point attire mon attention sur un défaut encore plus grave : elle a un accent. Si ! Et tenez vous bien, un accent étranger. Des lunettes et un accent, elle est foutue. Notez, il y en a un autre qui m’inquiète en tant que toute nouvelle journaliste politique, c’est Hollande. Il a trop maigri. Et puis je le trouve terne devant les caméras, timide dans ses discours, fade, quoi. C’est vrai qu’on a envie de le comparer à Babar et qu’il a des allures de capitaine de pédalo. Mais bon, compte-tenu de la position de Nicolas Sarkozy dans les sondages, il pourrait bien y arriver quand même. Vous voyez comme j’apprends vite, je me mets même aux sondages ! Un qui est complètement foutu en revanche, c’est ce pauvre Poutou. Vous savez, le candidat du NPA. Ah, celui-là il les cumule les défauts. A commencer par son nom. Bon les russes ont bien un Poutine, mais ce sont les russes, et puis le « ine » sonne bien, tandis que Poutou, on a envie de lui dire « un Poutou et au lit ». D’ailleurs chez Ruquier, on ne s’en est pas privé. En plus, il n’a aucun diplôme. Mais surtout, surtout,  il est mauvais à la télé. Enfin bien moins bon par exemple que Laurent Ruquier, qui d’ailleurs devrait se présenter. A l’inverse, Marine Le Pen agite de très méchantes idées mais elle est bien coiffée et elle met de l’ambiance dans les émissions. Du coup, je pense qu’elle a ses chances. Comme Mélenchon d’ailleurs. Bon, lui il n’a pas un look de jeune premier, ni même de vieux beau, mais quand il parle il se débrouille drôlement bien, il intéresse les gens, enfin je crois, parce qu’il n’est pas langue de bois et les gens aiment ça. Quand je dis les gens, je pense au public, c’est-à-dire à cette bande d’abrutis épais que je suis censée éclairer dans leur choix de vote. En plus il est proche d’eux. Mais bon, c’est vrai que sur le physique, j’ai un doute. Et Sarkozy ? brûlez-vous de me demander tant je vous ai convaincus de mes talents de journaliste politique. Eh bien Nicolas, je vais vous dire. Il est petit, nerveux, il porte des talonnettes et il agace le monde médiatique dans des proportions vertigineuses. N’empêche, je pense qu’il a encore toutes ses chances. Vous savez pourquoi ? Parce que les lunettes rouges d’Eva Joly, le poids de Hollande, les poutous de Poutou, le look de Mélenchon…

Voilà, je vous ai livré toute ma science de journaliste politique débutante. Enfin presque. Si j’ai le temps, je rédigerai une suite à ce billet. Je compte en effet demander leur avis aux astrologues et aux psychanalystes sur les chances de nos candidats. Histoire de vraiment approfondir mon sujet. Imaginez que l’on découvre un mauvais transit de Pluton dans le ciel de Marine Le Pen, ou un Oedipe mal résolu chez Hollande en conflit rétrograde avec sa Vénus en balance, ça serait intéressant, non ?

 

02/12/2011

Syrie : des enfants en première ligne

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 18:58

C’est l’histoire d’une petite fille syrienne de 5 ans qui jouait dehors avec une amie. On leur a tiré dessus. Elle raconte que sa copine a été touchée et qu’on lui coupé la jambe ici, en désignant son genou. Depuis, elle demande tous les jours à sa mère quand est-ce qu’elle va repousser, sa jambe. Et pour être sûre qu’on la comprenne, la gamine s’assoit par terre,  prend appui sur ses bras tendus et propulse son petit corps, maladroitement, sur le tapis du salon. « Ma copine, elle marche comme ça maintenant ». La journaliste free lance Manon Loizeau est entrée clandestinement en Syrie et a réalisé un reportage de 8 jours sur cette « Syrie Interdite » où l’armée du régime tire sur les enfants.  Son travail a été diffusé hier soir dans Envoyé Spécial et peut être visionné sur le site de l’émission.

A ne manquer sous aucun prétexte.

Propulsé par WordPress.com.