La Plume d'Aliocha

20/11/2011

Rencontre avec Hervé Ghesquière

Filed under: Invités — laplumedaliocha @ 21:26

France 3 diffusera le 23 novembre à 23 heures le reportage réalisé par Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier en Afghanistan juste avant leur enlèvement le 30 décembre 2009. Hervé Ghesquière livre ici son analyse de la situation à l’aune du reportage réalisé avec l’armée française, mais aussi des 547 jours durant lesquels il a côtoyé au quotidien les taliban.

Sa vision du journalisme ? Observer, comprendre pour ensuite pouvoir expliquer. Un exercice qu’il juge de plus en plus difficile à l’ère du zapping et alors que le système médiatique accorde plus d’attention à l’affaire DSK qu’aux enjeux internationaux. A ses yeux, c’est le public qui a le pouvoir de changer les médias en consommant l’information de manière responsable. 

Quel regard portez-vous sur votre travail presque deux ans après le tournage ?

Nous avions 23 heures de rushes qui étaient heureusement restées à l’hôtel et que nous avons donc récupéré en intégralité. Il nous manque bien sûr la cassette du tournage du matin du 30 décembre et c’est dommage car elle était intéressante, nous avions eu le temps de filmer environ une heure. Avec le recul, on s’aperçoit que la situation n’a pas bougé depuis deux ans. Pierre Babet, le correspondant de France 3 à Kaboul, est retourné sur place récemment et il a constaté que l’armée française ne contrôlait toujours pas l’axe Vermont, cette portion de route de 60km qui contourne Kaboul par le Nord, excepté lorsqu’elle y circule, ce qui ne se produit quasiment plus. A la décharge de notre armée, pendant longtemps c’était elle qui ouvrait la marche, suivie par l’armée afghane, puis les troupes ont progressé côte à côte et aujourd’hui, c’est l’armée afghane qui devrait prendre la tête des opérations. Former une police et une armée locale était certes l’un des objectifs de la présence de l’OTAN en Afghanistan, mais la situation s’accélère en raison du calendrier de retrait des troupes décidé par Barack Obama d’un côté, et de la politique « zéro mort » de Nicolas Sarkozy de l’autre.

Vivre un an et demi sous le toit des taliban est une expérience unique pour des journalistes. Quel enseignement tirez-vous de cette promiscuité forcée avec eux ?

A leur manière et en dépit des apparences, les taliban sont très bien organisés. De fait, il n’y a aucune zone parfaitement sécurisée en Afghanistan, ils frappent où ils veulent, quand ils veulent. Le plus étonnant, c’est qu’ils ont des moyens dérisoires, quelques vieilles kalachnikovs, des bombes artisanales, mais aussi il est vrai la possibilité de prendre des otages et d’envoyer des kamikazes. Avec si peu, ils parviennent à mener une guérilla très efficace.  Ce dont témoigne par exemple l’assassinat récent de l’ancien président Burhanuddin Rabbani à qui Hamid Karzai avait confié le soin d’ouvrir des négociations avec eux. De même, en ce qui nous concerne, ils ont obtenu satisfaction, même si nous ignorons le prix de notre libération. Le seul moment de cafouillage dont nous avons été témoins est survenu dans les 6 derniers mois de notre captivité. Il y a eu des tensions entre les taliban de Kapisa qui nous détenaient et leurs chefs de la « Choura de Quetta ». En réalité, les taliban sont tout simplement en train de reprendre la main sur le pays. La province de Kunar par exemple, située au Nord-Est de Kaboul près de la frontière du Pakistan, est désormais partiellement sous le contrôle des taliban qui maîtrisent les « administrations » et s’occupent de régler les querelles dans les villages. Ce que nous avons compris également, c’est que les taliban d’Afghanistan sont profondément nationalistes, contrairement à ceux du Pakistan qui combattent pour une sorte d’internationale islamiste, plus proche d’Al Qaida.

Notre présence là-bas est-elle utile ?

Les talibans m’ont posé des dizaines de fois la même question : mais pourquoi vous, les français, êtes-vous là ?  Vous n’êtes pas comme les Américains, a priori, on vous aime bien. Et je leur ai répondu que lorsqu’on était membre de l’OTAN, on ne pouvait pas indéfiniment se désolidariser de ses partenaires, comme on l’avait fait pour l’Irak. Aujourd’hui, nous nous calons entièrement sur le calendrier de retrait décidé par Barack Obama.  Si vous voulez mon avis, nous n’avions rien à faire en Afghanistan.

Quand vous dites que « nous n’avions rien à faire en Afghanistan », vous songez à la France ou à l’OTAN ?

C’est la même chose. D’une manière générale, l’intervention occidentale n’a pas atteint ses objectifs. Et d’ailleurs, notre enlèvement en est la preuve. Nous avons été capturés sur ce que j’appelle « l’autoroute A6 de la province de Kapisa », entre deux bases françaises distantes l’une de l’autre de 20 kilomètres, avant d’être emmenés dans les vallées secondaires. Vallées où je n’ai vu ni militaires français, ni militaires ou policiers afghans.  Ce qui signifie en clair qu’on ne contrôle rien. Quand nous avons été kidnappés, on dénombrait 38 morts dans les rangs français en l’espace de 8 ans de présence. Deux ans plus tard, il y avait le double de morts parmi les soldats français,  soit autant en deux ans qu’en huit ans. Certes, au départ, nous étions à Kaboul, ce qui était moins dangereux. Quoiqu’il en soit, cela montre que la coalition ne peut pas contrôler l’Afghanistan. Et pourtant, on estime que les taliban représentent entre 15 000 et 20 000 personnes, alors que l’OTAN a déployé 140 000 hommes. En réalité, nul n’a jamais réussi à s’imposer dans ce pays. Les soviétiques ont échoué malgré leurs 500 000 soldats. Avant eux, les britanniques avaient également échoué au XIXème siècle, tout comme les Ottomans. Même Gengis Kahn a du renoncer !  D’ailleurs les taliban, et plus généralement les afghans, en font un sujet de fierté. Mais il y a un autre problème, celui de la guérilla, nous savons que ce type de conflit est toujours quasiment perdu d’avance. Et pourtant, la coalition est dix fois plus nombreuse que les taliban et 100 fois mieux armée. En plus de cela, les Etats-Unis ont dilapidé leurs forces en essayant de mener de front la guerre en Irak et le conflit afghan, or, ils ne pouvaient pas tenir deux fronts à la fois. Au final, ils ont dépensé 1000 milliards de dollars, et encore, la note a du augmenter depuis qu’on évoque ce chiffre !

Dès votre retour, vous avez expliqué que jamais l’armée ne vous avait interdit de vous rendre sur l’axe Vermont. Pourtant, la polémique a continué. Jean-Dominique Merchet évoque l’existence d’un échange de mails et de conversations téléphoniques prouvant que l’armée était opposée  à ce reportage…

Ni nous, ni notre rédacteur en chef, ni même le président de France télévision, n’avons vu ce mail. Non seulement l’armée ne nous a pas interdit d’y aller, mais il était convenu avec elle que nous prendrions un jour de liberté pour nous rendre sur cet axe. Mon analyse c’est que l’armée a commencé par vouloir se couvrir pour ne pas montrer qu’elle ne contrôlait pas le terrain. Ni l’armée française, ni aucune autre de la coalition d’ailleurs. Lorsque nous sommes arrivés au premier check point, les soldats afghans nous ont prévenus qu’il pouvait y avoir des opérations en cours, autrement dit des échanges de tirs. C’est normal, un moment c’est calme, un autre pas. Mais ils ne nous ont pas empêchés d’avancer et n’ont jamais évoqué le risque d’enlèvement. S’ils avaient estimé qu’on ne devait pas y aller, ils pouvaient facilement nous bloquer.

A supposer même qu’on vous ait décommandé de sortir du giron de l’armée, le métier de journaliste impose de dépasser la communication officielle…

On ne nous a rien interdit, mais en tout état de cause, le risque zéro n’existe pas. J’aimerais que ceux qui nous critiquent viennent sur le terrain pour se rendre compte. Nous sommes toujours en risque. Avec l’armée, nous sommes des cibles. Sans elle, nous risquons l’enlèvement.

Selon vous, quelles vont être les conséquences du retrait de la coalition  pour le peuple afghan ?

A mon avis, le désengagement progressif est pire qu’un départ brutal. Ceux qui resteront sur place deviendront des cibles, donc ils seront plus vulnérables et sortiront de moins en moins de leur base.  Ils ne contrôleront plus rien. Déjà qu’aujourd’hui avec 4000 hommes on ne tient pas grand-chose, vous imaginez ce que sera quand il n’en restera plus que 500 ?

Dans son livre « Retour à Peshawar »  Renaud Girard, grand reporter au Figaro, estime que l’une des erreurs dans ce conflit a été d’envoyer des troupes non formées à la culture et à la langue locale, créant ainsi une incompréhension entre les militaires et la population. Qu’en pensez-vous ?

Comme je vous le disais toute à l’heure, personne n’a jamais réussi à « coloniser » les afghans. S’il y avait une solution miracle, cela se saurait. En réalité, c’est bien plus compliqué. Les afghans sont nationalistes, et les talibans ultra-nationalistes. A mon sens, nous sommes face à une forme de national-islamisme, autrement dit, l’islam n’est que le vecteur d’un mouvement plus profond de nature nationaliste. Les taliban veulent d’abord que les armées étrangères partent, c’est leur priorité, ensuite les ONG et tous les autres étrangers. Ils veulent se gérer eux-mêmes, quitte à plonger dans une nouvelle guerre civile comme celle qu’a connu l’Afghanistan entre 1992 et 1996. La démarche des taliban du Pakistan, beaucoup plus proches d’Al Qaida, est différente, ils rêvent d’une internationale islamiste. Le jour de la mort de Ben Laden, les talibans afghans nous on dit : « nous sommes tristes, mais eux c’est eux et nous c’est nous. La mort de Ben Laden est sans incidence sur les négociations relatives à votre libération ». Selon eux, les talibans pakistanais leur auraient demandé à deux reprises de nous rétrocéder et ils auraient répondu non. Ils refusent d’être soumis à Al Qaida.

Vous nous décrivez l’état d’esprit des taliban mais, comme vous le soulignez, ils ne représentent que 15 000 à 20 000 hommes sur une population estimée à environ 30 millions d’habitants, dans un pays plus grand que la France. Qu’en pensent les afghans?

Ils pensent de la même façon, car à mon sens, ils sont très souvent nationalistes.  Bien sûr qu’ils ont des problèmes ethniques, politiques, économiques, religieux, mais les étrangers ne leur apportent rien, leurs ponts et leurs écoles ne représentent à leurs yeux qu’une goutte d’eau dans la mer. Franchement, je crois qu’ils préféreraient qu’on s’en aille. Et les taliban jouent précisément sur le fait que les afghans veulent se gérer eux-mêmes. Cela étant, il ne faut jamais oublier que la question des taliban en Afghanistan est indéfectiblement liée à celle des taliban du Pakistan. Les taliban veulent un grand « Pachtounistan »  qui réunirait l’Afghanistan et la partie ouest du Pakistan, là ou les pachtounes sont majoritaires. Il est vrai que la frontière entre les deux pays est artificielle, c’est ce qu’on appelle la ligne Durand, définie vers 1850 par les Anglais.  Une zone montagneuse absolument incontrôlable.

Vous avez été détenu au milieu de nulle part pendant 547 jours. Quel regard portez-vous sur l’information que vous trouvez en rentrant ?

Précisément, il y a quelque chose qui me tient particulièrement à cœur depuis mon retour et que je veux absolument exprimer, c’est mon écœurement face au flot d’informations inintéressantes qu’on nous assène et qui dissimulent l’essentiel. En particulier, j’en ai plus que marre de l’affaire DSK, elle me donne physiquement la nausée. Quand j’entends que l’on consacre un quart d’heure sur les radios d’information à ce dossier ou encore à des primaires socialistes peu passionnantes tant le débat est mou et consensuel, alors qu’on accorde à peine dix secondes à l’assassinat par les talibans de l’ancien président d’Afghanistan, Rabbani, j’ai le sentiment que quelque chose ne va pas.  Pour moi, c’est une démission totale du journalisme.

A en croire les commentaires des internautes, le public est le premier à dénoncer la superficialité des médias…

Peut-être, mais alors qu’on m’explique pourquoi le documentaire dont tout le monde prétend rêver dans les dîners en ville et sur Internet ne fait que 1,5% de parts de marché sur Arte, 2% sur France 5 ou 6% sur France 3 ? A en croire les critiques contre la télévision, personne ne regarde jamais ni TF1 ni M6. Sauf que les chiffres d’audience disent le contraire. Le public doit prendre ses responsabilités. Il est en droit d’exiger des reportages de qualité, encore faut-il être cohérent et les regarder quand on les propose.  Inutile d’exiger de l’information de haut niveau simplement pour briller au bistrot, sur Internet ou en famille. Parce que ceux qui conçoivent les programmes observent les courbes d’audience et se disent : le public veut du divertissement, on va lui en donner ! Si ces programmes ne font plus d’audience, ils disparaîtront.  Les citoyens doivent adopter un comportement responsable vis à vis de l’information.

La plupart des reportages sont diffusés en deuxième partie de soirée pour des raisons évidentes d’audience, mais Envoyé Spécial par exemple a les honneurs du prime time, c’est donc que l’émission marche.

Elle doit réaliser entre 10 et 13% de parts de marché, mais pour atteindre ce score, l’émission est obligée d’inscrire le reportage grave au milieu d’une série de sujets plus légers. Si l’émission est trop pesante, les téléspectateurs fuient. On ne revient à ce que je vous disais sur le comportement responsable.

Un sujet sur la guerre en Afghanistan est forcément plus difficile à « vendre » qu’une émission de divertissement. Est-ce entièrement de la faute du public ? N’a-t-on pas une part de responsabilité en ne développant pas suffisamment de moyens pour concevoir des programmes d’information attractifs ?

Bien sûr que si, on se donne du mal. Maintenant, je peux comprendre qu’en rentrant du travail les téléspectateurs aient envie de se détendre, il est aussi là, le problème. Mais il y a un moment où il faut être intellectuellement courageux et responsable. Soit on est satisfait, et dans ce cas on ne revendique rien d’autre. Soit on revendique, et alors ensuite il faut aller au bout de la logique et « consommer » ce qu’on propose. Maintenant, je suis d’accord avec vous, nous devons nous donner du mal pour rendre notre travail attractif. Mais même quand on fait tout ce qu’on peut, on n’obtient pas l’audience que l’on souhaiterait. Pièces à conviction a fait un succès relatif, 13 ou 14% de parts de marché,  avec le sujet sur les déchets d’uranium en France parce que cela concernait  la vie quotidienne des gens. Tant mieux, c’est un très beau score pour une émission d’information, mais cela montre quand même que 86% des téléspectateurs regardaient autre chose. Si on programme un sujet sur la Cote d’Ivoire ou la Libye, on n’intéressera pas grand monde, même en déployant tous les moyens possibles pour attirer l’attention.

C’est la théorie du mort au kilomètre, un mort à un kilomètre touche plus que 10 000 à 10 000 kilomètres…

Ce dont on ne se rend pas compte en France car nous sommes très « ethno centrés », c’est qu’aujourd’hui l’avenir du monde se joue entre la Méditerranée et le Pacifique, c’est-à-dire en Asie. Il est vrai qu’on voit des reportages sur l’Inde et la Chine, mais pas suffisamment. Et surtout, ces reportages portent le plus souvent sur des sujets anecdotiques, rarement sur le fond. Quand on connaît la puissance de ces pays, on a tout simplement le vertige. Ce qui nous ramène toujours au même problème, soit on choisit un roman de gare – ce n’est pas péjoratif, il y en a de très bons -, soit on opte pour le traité de philosophie, mais en acceptant à l’avance que cela nécessitera un effort intellectuel. A l’ère du zapping généralisé, en est-on encore capable ?

Précisément, quand on travaille dans des zones dangereuses, est-ce qu’il n’y a pas des moments où l’on se décourage à l’idée de risquer sa peau pour ne s’adresser au final qu’à une poignée de téléspectateurs ?

Parvenir à intéresser 80 000 personnes, ce n’est peut-être rien en termes d’audience télévisuelle, de parts de marché, mais c’est déjà beaucoup dans l’absolu. Figurez-vous que cela représente l’équivalent du Stade de France ! Et ceux qui ont choisi de regarder le reportage, généralement diffusé très tard, sont très attentifs à notre travail.  Sans doute plus que les téléspectateurs du JT. Sur 5 millions de personnes, on estime que 4,5 millions regardent plus ou moins distraitement, 450 000 sont attentifs et 50 000 très concentrés.  Toucher 500 000 personnes dans ce contexte, c’est énorme. Aucun journal papier ne réalise ce tirage, excepté Ouest France. Sans compter ensuite les rediffusions, en France et à l’étranger, la possibilité de  visionner les reportages sur Internet. On ne peut pas dire qu’on travaille pour rien.

Vous avez couvert beaucoup de zones de conflit, la Croatie, la Bosnie, le Kosovo, le Cambodge, le Rwanda… Quand vous rentrez de reportage, quel est votre objectif : émouvoir, alerter, faire réagir, documenter?

Personnellement, je préfère donner à réfléchir que faire pleurer. J’ai surtout envie de décrypter, d’expliquer, de contextualiser. Nous sommes tellement submergés d’informations aujourd’hui qu’on finit par ne plus rien comprendre, ou alors on comprend mal. Ce qui m’intéresse dans mon travail, c’est de prendre le temps de me poser, d’approfondir, pour comprendre réellement ce qui se passe. Ensuite, le public réagit ou pas. Entre comprendre et agir il y a un pas. Ce qui m’intéresse, c’est la pédagogie. J’ai été plongé dans la crise financière pour « Pièces à conviction » pendant deux mois. J’étais un béotien quand on a commencé à me parler du Tier One des banques, il m’a fallu comprendre pour expliquer aux téléspectateurs. Je me souviens d’une conférence de presse de Baudoin Prot, directeur général de BNP Paribas, en pleine crise financière. D’après lui tout allait bien. J’avais consulté les comptes de la banque. Ils avaient gagné 36 milliards d’euros en 4 ou 5 ans,  alors pourquoi demander 2 ou 3 milliards d’aide à l’Etat français ? Je n’ai jamais obtenu d’explication. Aucun journaliste économique n’a posé la question ce jour-là. A mon avis parce que, au mieux, ils ne voient plus les choses tant elles leur paraissent évidentes, au pire parce qu’ils ont un problème d’indépendance, ils ont peur de se griller auprès de leurs sources ou de perdre de la publicité dans leurs journaux.

Donc vous ne faites pas que du reportage de guerre. Et pourtant, c’est en ex-Yougoslavie que vous avez commencé le métier et c’est cet aspect qui semble le plus vous intéresser. Pourquoi ?

A l’origine,  ça a été une pulsion adolescente provoquée par le film Under Fire dans lequel Nick Nolte incarne un reporter de guerre en 1979 au Nicaragua. Aujourd’hui, j’ai dépassé cette vision romantique du métier, ce qui m’intéresse et même me passionne, c’est la géopolitique. Il y a deux manières de la voir. La manière universitaire, très posée, a priori ce n’est pas mon métier. Et puis il y a celle de l’histoire en marche. Je regrette de n’avoir pas pu suivre le printemps arabe. Par exemple, en Libye, j’aimerais savoir quel est le projet de société, le projet politique du CNT alors qu’il y a des anciens kadhafistes, des islamistes, des notables de Benghazi et d’ailleurs…C’est ça qui m’intéresse. Pour vraiment comprendre un conflit, l’idéal serait de pouvoir se rendre dans le pays avant qu’il n’éclate, pendant et après. C’est ce que j’ai eu la chance de faire en Bosnie et surtout au Kosovo où je suis allé pour la première fois en 1992 et où je continuais de me rendre régulièrement jusqu’à mon enlèvement. J’ai travaillé longtemps avec Michel Anglade qui m’a appris à sortir de l’immédiateté qu’impose souvent le métier pour observer les choses en profondeur. C’est pourquoi aujourd’hui je conçois le journalisme comme la nécessité de montrer, expliquer, comprendre. Cela n’a rien de très original, et pourtant, j’ai le sentiment que l’on prend de moins en moins le temps de décrypter, et c’est dommage…

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

Continuer d’aller sur le terrain. D’ailleurs, je vais retourner en Croatie pour les 20 ans de la chute de Vukovar. Ensuite, je m’isolerai quelques mois pour écrire. Lors de notre libération, les taliban m’ont confisqué les 500 feuillets que j’avais rédigés durant notre captivité. C’est pour cela que je veux réécrire cet épisode de ma vie. Et puis je reprendrai le métier, avec l’équipe d’Envoyé Spécial sur France 2 qui m’a proposé de la rejoindre.

Pour aller plus loin : j’ai préparé l’entretien avec le livre d’Anne Nivat, « Les brouillards de la guerre » (Fayard 2011), « Retour à Peshawar » de Renaud Girard (Grasset 2010), « Massoud l’Afghan » de Christophe de Ponfilly (Folio) et l’album de Reza et Jean-Pierre Perrin « Massoud, Des russes aux taliban » (Editions Quai de Seine 2001). Par ailleurs, je recommande l’excellente interview d’Hervé Ghesquière par Daniel Schneidermann chez Arrêt sur Images, réalisée en juillet dernier.

Et pour ceux qui souhaiteraient connaître le contexte de cette interview, j’ai écrit à Hervé Ghesquière en septembre parce que son histoire me passionnait. Il a accepté de me rencontrer, ce dont je le remercie. Ceci est la retranscription de nos échanges lors d’un déjeuner il y a quelques semaines, complétés ensuite par deux entretiens téléphoniques. 

Mise à jour 22/11/2011 à 18h44 : Je suis surprise de lire des commentaires, ici mais surtout chez Jean-Dominique Merchet, accusant les deux journalistes de n’avoir jamais remercié l’armée pour leur libération. C’est faux. Je n’ai pas visionné toutes les vidéos de leurs interviews, je vous en livre une seule, celle de leur accueil à France Televisions. Vous y verrez Hervé Ghesquière remercier l’armée, à partir de la troisième minute, puis s’expliquer sur la polémique autour de leur enlèvement. Merci de prendre le temps de consulter les documents avant d’accuser.

Mise à jour 22/11/2011 à 21H16 : dans la lignée de la mise à jour précédente, Hervé Ghesquière précise sur France Info (17ème minute) que lui et Stéphane n’ont jamais voulu mettre en danger la vie des soldats et salue le travail exceptionnel de l’armée qui a permis leur libération.

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69 commentaires »

  1. Voici un article et un entretien comme je les aime !

    Continuez ! Celui sur la déontologie valait également la peine !

    Commentaire par fultrix — 20/11/2011 @ 22:09

  2. Superbe et passionnant. Comme quoi il existe encore des gens pour qui le mot journalisme a un sens.

    Mille merci à tout les deux

    Commentaire par lordphoenix — 20/11/2011 @ 22:22

  3. Interview dévorée de bout en bout, et pourtant elle est longue. Comme quoi, quand c’est intéressant, même si c’est long, on peut tout lire et même avec plaisir. 🙂

    Commentaire par Nicobegasse — 20/11/2011 @ 22:39

  4. Juste un mot à vous deux: merci

    Commentaire par kaeldric — 20/11/2011 @ 22:53

  5. Bonne interview. Il a l’air très bien, ce Ghesquière.

    Commentaire par kuk — 20/11/2011 @ 23:10

  6. Merci.

    Commentaire par Loz — 21/11/2011 @ 00:54

  7. Vraiment passionnant !
    Bravo et merci.

    Commentaire par Eric Moget — 21/11/2011 @ 09:40

  8. Bonjour Aliocha,

    Je crois important d’apporter à ce débat la voie discordante d’un de vos confrères, Yves Debay, journaliste à la revue Assaut sur cette « aventure »: http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2011/10/22/otages-d-afghanistan-le-coup-de-gueule-d-yves-debay-assaut.html

    Je vous invite à lire les cinq pages de ce qu’il faut bien appeler un coup de gueule: http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/files/Par%20Yves%20Debay.pdf

    Pour connaître intimement le monde militaire, un simple merci (qui à ma connaissance n’a jamais été prononcé) n’aurait pas été du luxe et aurait grandement contribué à décrisper l’ambiance. Les échos que je peux avoir, çà et là, laissent à penser que M. Gesquière n’est pas le bienvenu au sein de l’institution, que ce soit en métropole ou en OPEX. A titre purement personnel, je rappelle simplement que 76 soldats français sont morts sur le théâtre afghan. Expliquer est certes nécessaire, Pour autant, faire le jeu, consciemment ou non, d’un ennemi est plus que discutable.

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 21/11/2011 @ 09:42

  9. Intéressante interview, qui permet effectivement de remettre en perspective les communiqués du gouvernement à l’époque de l’enlèvement: comme d’autres, j’avais alors cru que les journalistes s’étaient déplacés dans une terra incognita hostile à l’extrémité des zones sous contrôle de l’armée. Je mettrais juste en bémol en rappelant que dans des pays subissant un conflit non-conventionnel, les grands axes de circulation peuvent avoir à l’échelle du pays une fonction équivalente à celui de « l’A6 », être très fréquentés et pourtant constituer des endroits des plus dangereux – voir l’Irak avec la route Irish et la route Michigan. De plus, la géographie afghane fait que les environs de Kaboul, même les plus proches de l’agglomération, sont souvent des zones à peine contrôlées – idem à l’époque soviétique.

    Enfin, M. G. rappelle avec une évidence très lumineuse que l’Otan s’est trompé de conflit en Afghanistan: le lien entre Islamisme international et insurrection talibane s’est distendu, ce dernier mouvement a finalement épousé un programme de renouveau nationaliste de la population pashtoun, dans le cadre d’une opposition armée contre l’autorité centrale de l’Etat afghan, constituée autour d’anciens chefs de guerre des factions du nord. Autrement dit, l’Otan conduit une guerre civile afghane à la place des afghans.

    Inutile également de conclure dans le même ton que le journaliste, sur la retraite navrante de l’Otan, et plus encore des Français, cette fois toujours dans les talons du grand frère US: l’implication française sous Sarkozy avait débuté avec les plus fortes harangues guerrières, il s’agissait de défendre le droit, sauver les femmes afghanes en Burka, lutter contre la barbarie… Un peu plus de deux ans après, nous quittons le pays en silence en laissant derrière des alliés, qui ont pu croire en l’Occident ainsi qu’à nos rodomontades, et qui resteront seuls, face à de probables représailles, y compris contre leurs familles. J’espère (mais ne le crois pas véritablement), que beaucoup de nos interprètes, des soldats que nous avons entraînés, des fonctionnaires locaux que nous avons protégés, pourront si besoin disposer d’une autorisation de séjour en France.

    Commentaire par Switz — 21/11/2011 @ 10:21

  10. Intéressante cette interview, même si je ne suis pas d’accord avec certaines choses (les moyens des Talibans ne sont pas dérisoires, même s’ils n’ont pas d’artillerie ou de chasseurs). A propos de la polémique sur « on ne nous a pas dit que c’était dangereux », connaissez-vous cette tribune d’Yves Debay, rédacteur en chef du magazine Assaut http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/files/Par%20Yves%20Debay.pdf ? Il aurait été intéressant de connaître la réponse d’Hervé Ghesquière face à la critique d’un confrère lui aussi habitué des zones de guerre.

    Commentaire par Nono Le Rouje — 21/11/2011 @ 10:22

  11. @Tous : Cette rencontre a été passionnante et je ne voulais pas la garder pour moi toute seule, je suis heureuse que vous preniez de l’intérêt à la partager 😉

    @H. Figurez-vous que lorsque je m’intéresse à un sujet, je le laboure jusqu’à la trame. Je connais ce papier, si je ne l’ai pas mis en lien contrairement à celui de Merchet, également critique, c’est qu’il s’agit, pardonnez-moi d’être franche, d’un tissu de conneries. Je ne vais pas me fendre de le relire, je l’ai déjà fait 2 fois, mais de mémoire, il prétend qu’Hervé et Stéphane n’étaient pas au courant que l’Afghanistan c’était dangereux. L’auteur nous prendrait-il pour des cons ? Un enfant de 10 ans le sait ! Cela seul décrédibilise tout le reste tant l’argument pue la mauvaise foi. Stéphane Taponier en était à son troisième voyage de mémoire en Afghanistan. Ghesquière a fait l’ex-Yougoslavie, le Rwanda, l’Irak, vous croyez qu’il ne sait pas ce qu’est un pays en guerre ? Quant à la manière dont l’auteur se met en avant, pour un journaliste, c’est parfaitement transparent. Bien sûr que les militaires l’aiment, comme les avocats aiment leur presse spécialisée, les médecins Le Quotidien du médecin, la finance apprécie les Echos etc. Les spécialistes parlent aux spécialistes. Ajoutons ici qu’un pro-militariste, ancien militaire lui-même, est forcément plus apprécié de l’armée que deux journalistes qui viennent sur le terrain en essayant d’avoir un regard objectif sur la situation. http://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Debay
    Aucune communauté n’apprécie que des journalistes viennent mettre le nez dans ses affaires, alors vous pensez bien que la grande muette aime encore moins, voire déteste ça franchement.

    Quant au « merci » je regrette mais il a été prononcé, sur la vidéo qui montre leur arrivée à France Télévision et dans l’interview réalisée par Daniel Schneidermann. De mémoire, il a dit plusieurs fois que sans l’armée, lui et Stéphane ne seraient pas là pour parler de leur captivité.
    Alors je veux bien entendre toutes les critiques, mais par pitié, qu’elles soient pertinentes.

    Et n’oublions pas qu’un général français a commencé par traiter des otages français de chasseurs de scoops qui coûtent cher à la France. Moi, en tout cas, je ne l’oublie pas.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/11/2011 @ 10:37

  12. En réalité, le fond du sujet, c’est que les militaires ne digèrent pas la différence de traitement entre la médiatisation de la captivité des journalistes et le silence épais voire insultant qui entoure la mort de leurs camarades. C’est un sentiment que je comprends parfaitement, étant moi-même issue d’une famille qui a donné beaucoup des siens à la France. Mais est-ce entièrement la faute des médias ? N’est-ce pas notre gouvernement qui pèche sur ce sujet ? Peut-être qu’on ne veut pas faire trop de bruit sur la mort de soldats français dans un pays dont on nous a longtemps dit que nous n’y faisions pas la guerre….

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/11/2011 @ 10:49

  13. Merci pour cette interview !

    Quelque part, je trouve que c’est un bon complément de l’article précédent (sur la déontologie). Aussi bien pour illustrer la vision morale du journalisme que peut avoir un journaliste « de terrain » (un petit, un obscur, un sans-grade, comme disait Rostand et comme certains rédactions semblent le considérer ? Non, je plaisante…), que, inversement, pour expliquer pourquoi la demande de déontologie ne trouve pas plus d’appui dans le public.

    Oh, bien sûr, les gens râlent et se plaignent de ces journaux de basse qualité, mais… bon, je ne vais pas paraphraser M. Guesquière, hein, vous voyez ce que je veux dire. C’est triste, mais l’apathie (non, pas Jean-Michel — décidément, c’est le jour des vannes pourries chez moi… désolé…) est reine dans bien des domaines…

    (et sinon, je ne crois pas que ni un journaliste bien connu, ni l’ex-patron du FMI ait tenté d’envahir l’Afghanistan. Je soupçonne que c’était plutôt un Khan qu’un Kahn 😉 )

    Commentaire par Rémi — 21/11/2011 @ 11:33

  14. @laplumedaliocha

    Les soldats exercent un métier particulier, où la mort est omniprésente: on tue, et on risque d’être soi-même tué. C’est un prix terrible et douloureux, mais que les militaires acceptent de payer avec abnégation et avec un sens de la mission tout à leur honneur. Le choix fait par JD Merchet de publier sur son blog des notes rappelant chaque vie perdue suite à une perte avait d’ailleurs suscité une discrète controverse dans la rubrique commentaire du site, indéniablement fréquenté par de nombreux soldats, et des accusations de défaitisme ont été portées pour le journaliste. Il est vrai que les armées entreprenantes préfèrent célébrer leurs victoires plutôt que leurs blessures et leurs pertes. Patton l’avait dit avec brutalité: « l’important à la guerre n’est pas de mourir pour sa patrie, mais d’amener le connard d’en face à mourir pour la sienne ». Et d’ailleurs, on dit également que l’opinion publique dans les démocraties admet un niveau important de pertes, dès lors qu’elle est parvenue à se persuader tant de la légitimité d’un conflit que de la perspective d’une conclusion victorieuse.

    Vous avez effectivement soulevé le problème principal: notre gouvernement fait la guerre sans l’avouer, se retranche derrière des périphrases (« opérations militaires » « interventions militaires ») et tente de minorer la gravité d’une politique qu’il a librement choisie, par peur d’une opinion intérieure qu’il fuit par tous les moyens – aucune démocratie digne de ce nom ne pourrait envoyer un contingent à l’étranger sans un vote préalable de l’assemblée. Il est alors inévitable dès lors que l’opinion ne parvienne à s’intéresser à une guerre, alors que tout est fait pour qu’elle soit tenue à l’écart. Effectivement, les militaires revenant d’Afghanistan doivent éprouver un terrible ressentiment, lorsqu’ils se rendent compte de l’écho réel de leurs opérations. Je ne comprends dès lors pas pourquoi notre armée a lancé ces polémiques stériles sur l’imprudence des deux journalistes, alors que ceux-ci ont voulu être des médiateurs pour aider les gens à construire une opinion: dans ce cas d’espèce, ils se sont trompés d’adversaires.

    Commentaire par Switz — 21/11/2011 @ 11:49

  15. @ Aliocha,

    Merci pour cette prompte réponse. Ne regardant jamais le journal TV, je prends donc acte du « merci » prononcé et dont, jusqu’à présent, j’ignorai l’existence (je ne suis pas le seul).
    Quant au sujet proprement dit, je crois que c’est encore Philippe Chapleau qui délivre le commentaire le plus sage: « Je ne suis pas du genre à réagir de façon corporatiste et je reconnais volontiers qu’il y a, dans chaque profession (même chez les militaires et les journalistes), des bons et des moins bons. Dans cette affaire, deux collègues ont voulu faire leur boulot et un autre a exprimé ce qu’il pensait. Finalement, on pourrait dire que tous ont raison.
    Pour moi, tous ont tort:
    – tort d’affirmer pour les uns qu’ils n’avaient pas été prévenus. Nous, journalistes qui nous rendons en Afghanistan, devons être accrédités et nous remplissons et signons un nombre impressionnant de documents dont certains nous précisent explicitement les risques afghans. Des risques qui sont suffisamment nombreux pour ne pas en rajouter d’autres par imprudence.
    – tort pour l’autre de mettre de l’huile sur le feu, d’attiser la polémique sur la capture de ces deux journalistes et d’exacerber la méfiance entre la presse et les militaires. Certains commentaires que j’ai reçus, ajoutés à l’envoi de l’article d’Yves Debay, témoignent d’une réelle hargne envers les « pisse-copie » et autres joyeux surnoms. L’article du red-chef d’Assaut va conforter ceux qui nourrissent de la rancœur ou même de l’hostilité à l’encontre de la presse qui a déjà assez de mal à faire son travail en Afghanistan.
    Au final, je renvoie dos à dos, deux imprudents et un sanguin. » (http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2011/10/22/otages-d-afghanistan-le-coup-de-gueule-d-yves-debay-assaut.html)

    J’attire cependant votre attention sur ce qu’il déclare au sujet du danger potentiel du territoire afghan. J’ai du mal à imaginer que des vieux routiers comme les deux impétrants soient passés à côté de ces avertissements. Et si ce sont vraiment de vieux routiers, pour quoi se sont-ils jeter aussi naïvement dans la gueule du loup? S’il est important de témoigner sur une réalité, je trouve regrettable que certains de vos confrères oublient parfois facilement (désolé, mais c’est là ma façon de voir les choses) que la guerre n’est pas un jeu et que ce sont des compatriotes à eux qui meurent sous les balles ennemies (parfois pour aller les sauver). La médiatisation outrancière qui a été faite en cette occasion a été pour le moins maladroite eu égard à ceux qui sont morts, jusqu’à preuve du contraire, au nom des idéaux de notre pays.

    Pour autant, merci pour cet interview. J’ai apprécié particulièrement le passage où votre interlocuteur mentionne le caractère ethno-centré de notre pays. Nous ne sommes malheureusement, ou heureusement, plus en situation de donner des leçons au monde entier. Nous avons bien besoin de balayer devant notre porte que ce soit au niveau économique (http://www.challenges.fr/finance-et-marche/20111121.CHA7130/moody-s-met-le-aaa-de-la-france-sous-pression.html) ou politique (http://www.atlantico.fr/decryptage/terreur-genocide-vendeen-reynald-secher-memoricide-213939.html).

    Commentaire par H. — 21/11/2011 @ 11:51

  16. Désolé, mais un journaliste qui prétend connaître la situation et pense que ce n’est pas dangereux de se déplacer sur une route « dans la cambrousse » quand dans le même temps Kaboul est sujette régulièrement à des attentats est de mauvaise foi.

    Et oui les militaires ne digèrent pas la différence de traitement. Je crois que plus généralement beaucoup de monde en a marre d’un certain nombre de journalistes qui fonctionnement en microcosme. Beaucoup de bruit pour Ghesquière et Taponier, que ce soit pendant leur captivité ou pour leur libération, mais quand les journalistes parlent-ils des autres otages? A-t-on fait autant de bruit pour ceux morts au Sahel dans une opération ratée, ou pour ceux libérés il y a peu au Yemen? Non. Dans le même temps, quand parle-t-on des soldats morts? Entre le fromage et le dessert, en fin de journal, « ah tiens, on avait oublié, y’a encore un soldat français mort ».
    Je serai mauvaise langue, je dirai que ça n’a rien d’étonnant que ça soit arrivé à France Télévision, qui est bien la chaîne spécialiste de l’autocongratulation, de l’autoflagornerie et du « on est les meilleurs » (souvenez-vous des Inconnus et de Stade 2… Et bien ça na pas changé, et c’est sur tout France TV).

    On ne fait pas la guerre en Afghanistan?? Oui, notre gouvernement pèche, mais n’est-ce pas le boulot des journalistes de donner la contradiction? Pourquoi les journalistes spécialisés se rendent compte (dixit JM Tanguy par exemple) que les points presse sont désertés? Par manque d’intérêt, ou parce que le sujet n’intéresse pas? Et le documentaire « C’est pas le pied la guerre », bonne idée non? Ca donne un autre point de vue (faudra que je le regarde d’ailleurs..)

    Commentaire par Nono Le Rouje — 21/11/2011 @ 11:59

  17. Juste pour savoir… Vous avez vraiment vouvoyé Hervé pendant l’interview, ou vous avez substitué le « vous » au « tu » dans la retranscription ?

    Commentaire par VilCoyote — 21/11/2011 @ 12:46

  18. Dans cet interview, on voit que sans le regard des autres on ne voit qu’une partie. D’où la nécessité, pour les journalistes qui ont le poids de la démocratie sur le dos, d’être critiqués, passés crible d’une instance devant laquelle ils puissent parler et apprendre un peu sur eux-mêmes, eux qui s’occupent tant des autres. Critiquer ne veut pas dire attaquer, ce n’est ni la fonction d’un procureur, ni l’intervention d’un État, ni celle d’un avocat, car il ne s’agit ni d’attaquer ni de se défendre, mais de comprendre.
    Ghesquière : « A mon avis parce que, au mieux, ils ne voient plus les choses tant elles leur paraissent évidentes, au pire parce qu’ils ont un problème d’indépendance, ils ont peur de se griller auprès de leurs sources ou de perdre de la publicité dans leurs journaux. »

    Il dit aussi : « Si on programme un sujet sur la Cote d’Ivoire ou la Libye, on n’intéressera pas grand monde, même en déployant tous les moyens possibles pour attirer l’attention »
    S’il annonce qu’il va dire « La vérité » sur l’intervention française en Cote d’Ivoire ou en Libye, je peux lui garantir qu’il va attirer du monde. Par contre si c’est pour répéter ce avec quoi on nous a gavé pendant des jours et des semaines : ce n’est pas la peine, tout ce qu’il réussira à faire, c’est à nous dégoûter un plus du sujet. Ce n’est donc pas une question de flacon, mais de parfum. Inversement, les journalistes sont bel et bien responsables de la désaffection des gens pour l’info : si ce soir, on m’annonce un reportage sur la Côte d’Ivoire ou la Libye, mon coeur va sauter de joie « ah enfin, on va savoir », tellement ces deux épopées me restent en travers de la gorge et puis je vais commencer à regarder et très vite je vais comprendre que c’est toujours la même face de la lune que l’on me montre et je vais zapper.

    « Par exemple, en Libye, j’aimerais savoir quel est le projet de société, le projet politique du CNT alors qu’il y a des anciens kadhafistes, des islamistes, des notables de Benghazi et d’ailleurs… »

    Voilà ce que l’on nous sert depuis le début. Moi, j’aimerai avoir tout le panorama : de la Chine jusqu’à l’Union Africaine, en passant par le Quatar, l’Allemagne, l’UK, les USA, les Touaregs …bref tout ce qui fait la réalité d’une situation de ce type. Enfin, ce n’est tout de même pas un hasard si une guerre avec tous les risques de déflagration qu’elle comporte se déroule, là précisément, à ce moment précisément. Or, ces zones de la vérité restent obstinément dans l’ombre et le monde des journalistes enfile les mêmes perles du même chapelet..
    Zone aveugle qu’il faut critiquer, non pour dire que les journalistes sont des méchants, ni pour qu’ils puissent pleurnicher sur leur sort, mais pour comprendre pourquoi la France n’arrive pas à parler des guerres qu’elle a menées, sans que cela ne nous conduise « nécessairement », avec l’implacabilité d’un étrange logique, qui se répète inlassablement, à nous défiler encore et encore.

    Commentaire par Bray-dunes — 21/11/2011 @ 13:02

  19. @Vil Coyote : Avec Hervé Ghesquière, on se dit « vous », pour de vrai. Il faut dire que je ne tutoie pas facilement. En plus, je lui ai fait d’entrée de jeu une proposition d’interview, donc je l’ai abordé de manière professionnelle et réciproquement. En revanche, quand j’ai publié l’interview d’Olivier Da Lage, j’ai remplacé le « tu » que nous utilisons, par un « vous » dans le billet. Je connais peu Olivier, nous avons échangé sur Twitter (où le tutoiement s’impose assez vite) et nous avons déjeuné une fois ensemble. Au moment de publier l’interview, j’ai réfléchi sur la question du « tu » ou du « vous ». J’ai opté pour le « vous », je trouve que c’est plus pro, et en plus qu’un tutoiment est exclusif pour les lecteurs. D’une manière générale, je n’aime pas la familiarité. Alors on peut considérer ensuite que c’est une hypocrisie, un infidélité à la réalité, ça se discute. Personnellement, je n’entends pas dissimuler la nature d’une relation mais proposer un travail un peu sérieux. D’une manière générale, les rares fois où j’interviewe des gens que je connais depuis longtemps et que je tutoie, je me mets en mode professionnel et donc l’intimité de la relation passe au second plan, voire disparait complètement.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/11/2011 @ 14:14

  20. « Parvenir à intéresser 80 000 personnes, ce n’est peut-être rien en termes d’audience télévisuelle, de parts de marché, mais c’est déjà beaucoup dans l’absolu. »

    euh là je crois qu’il se fourvoie le beau Hervé, j’ai beaucoup de respect pour lui, pour sa passion du reportage de guerre et son professionnalisme (je ne participerai pas à la polémique alimentée/dirigée par Debay), mais il faudrait quand même relativiser un peu et prendre de la hauteur de vue question impact médiatique =>
    QUI S’INTERESSE REELLEMENT EN FRANCE AU CONFLIT AFGHAN ?

    au moins pour l’ex yougoslavie, c’était en Europe donc proche de nous et surtout il y avait un conflit ethnique qui a fait les ravages et les atrocités que l’on sait, pareil pour le Rwanda….. mais l’Afghanistan, ca intéresse qui franchement ? les gens là bas vivent au Moyen age et ne connaissent du monde occidental que le tel portable et le nom Zidane (en gros). Pour eux la femme est juste un objet sexuel destiné à faire la cuisine et à leur assurer une descendance, pas plus. Les droits de l’homme ? inexistants
    est-ce que ca valait la peine d’envoyer 4000 militaires dans ce pays ? (ca coute plusieurs centaines de millions d’eur chaque année, mais personne ne le dit) juste pour faire comme les USA et récolter une quarantaine de soldats français morts ? ils ne sont pas morts pour avoir défendu la France, ni pour avoir tenté de délivrer ce pays soi-disant aux mains des Talibans (ils représentent au maxi 20 000 personnes sur 30 millions d’habitants, cherchez l’erreur…), ni pour avoir tenté d’y rétablir les droits de l’homme, ni pour avoir protégé les civils là bas ? alors à quoi a servi de développer cette super-structure militaire en Afghanistan si ce n’est pour satisfaire les rêves de grandeurs d’un détraqué à l’Elysée qui idolâtre tout ce qu’entreprend les USA en politique extérieure ? (je ne suis pas anti militariste, le pb n’est pas là).

    je m’étonne encore plus qu’un journaliste pro comme hervé Ghesquière s’obstine à vouloir informer, témoigner sur un conflit Afghan qui s’enlise depuis des années et dont tout le monde se fiche éperduement ! Je rappelle que la France n’a jamais été aussi près de la faillite, le chomage explose (sans parler des violences urbaines et pas seulement dans les banlieues sensibles), les scandales financiers, les banques qui engraissent sur le dos de l’Etat, les inégalités sociales à tous niveaux, le nucléaire qui’il faudrait songer à mieux controler et à supprimer (avant qu’il nous bouffe), les politiques totalement déconnectés de la réalité et inaptes à gouverner, qui cherchent à instaurer un plan de rigueur aux français (surtout aux plus pauvres : logique ils sont les plus nombreux alors on tape sur eux !) mais qui eux conservent jalousement leurs salaires indécents, …
    Il y aurait franchement des tas de sujets eco et sociaux sur lesquels Hervé G pourrait enquêter, témoigner, ….la géopolitique et les conflits internationaux n’intéressent plus grand monde aujourd’hui parce que justement les français sont dans une merde noire et voient se profiler le scénario de la Grèce pour eux !

    Alors je ne suis pas du tout certain que plus de 80 000 français se passionnent encore aujourd’hui pour ce qui se passe en Afghanistan !
    A part les familles des 4000 soldats envoyés là bas en mission, + les gens du Quai d’Orsay + les étudiants en géopolitique à l’Univ + quelques dizaines d’étudiants dans les écoles de journalisme qui voudraient se spécialiser dans le reportage de guerre, en tout ca doit représenter une audience nationale de moins de 10 000 personnes … sur une population de 65 millions de gens , le ratio est vite vu.
    et ce n’est pas parce que une émission phare de l’info comme ENVOYE SPECIAL fait 13% de parts de marché que des millions de gens vont continuer à regarder ou se passionner pour le conflit Afghan juste parce que hervé et Stéphane auront mis toute leur passion à réaliser un reportage sur le sujet. Il faudrait vraiment que HERVE G. se décide à passer à autre chose …

    juste une question : n’aurait-il pas été judicieux d’interroger Hervé sur les raisons de sa démission du magasine « Pièces à convictions » pour venir sur France 2 ? que s’est-il donc passé à la rédaction de France 3 pour qu’il claque la porte et change de chaine ? le torchon brûle avec Elise Lucet ?

    Commentaire par ludovic500 — 21/11/2011 @ 14:37

  21. @ludovic 500 : oui, vous avez raison, s’intéresser à des gens qui ne savent même pas ce que c’est que le Mac Do, qui n’ont pas de grande surface pour se promener le dimanche, et même pas de Parc Mickey où emmener les gosses…et je vous parle pas des ordinateurs et des IPhone, savent même pas que ça existe, ces cons d’afghans ! Peuvent donc crever la gueule ouverte. En plus, il ne se passe rien d’important dans cette région du monde, enfin rien qui soit directement lié au montant du Smic ou à l’augmentation du prix des sodas, donc en realité on s’en tamponne. Heureusement que vous nous remettez les pendules à l’heure dites donc, un peu plus on allait s’égarer dans la géopolitique et autres fumisteries du même genre.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/11/2011 @ 14:49

  22. @Aliocha 19 : merci pour votre réponse. Et non, je ne trouve pas ça hypocrite de changer à la retranscription, à partir du moment où l’interview a été réalisée de façon professionnelle, et où le tutoiement n’a pas mené à des complaisances.
    Cet été, un journaliste du Monde, sur son blog, a retranscrit verbatim une série d’entretien avec un nageur (Leveaux je crois), avec le tutoiement et tous les éléments de langage parlé (« ben », « c’est pas », « euh »…). Il s’est fait démonter par un nombre incalculable de lecteurs. Personnellement, ça ne m’avait pas choqué, étant donné l’effet recherché (conversation quotidienne à bâtons rompus avec un nageur hors compétition).

    Commentaire par VilCoyote — 21/11/2011 @ 15:04

  23. La guerre n’est un spectacle que pour ceux qui ne la vivent pas. Si l’on veut s’amuser il y a call off duty III qui vient de sortir. Il y a le cinéma pour le spectacle. On ne veut pas voir des gens se faire égorger, tabasser, tirer comme des lapins par nos hélico ; pas plus qu’on ne veut regarder quelqu’un en train de mourir de faim. La mort ne peut pas être un spectacle qui se déguste dans son divan entre la poire et le fromage. C’est impossible. On est conduit à ne pas voir ce que l’on voit : on voile par une sorte de cataracte la mort que nul ne peut regarder en face (comme le soleil).
    Le journaliste n’est pas là pour nous « émouvoir », dans une concurrence de l’horreur (pardonnez, seigneur, ils ne savent pas ce qu’ils font), il est là pour trouver « qui est qui et qui fait quoi ». S’il a envie de faire de la mise en scène ou de la politique, qu’il change de métier et qu’il laisse la place à ceux qui savent « analyser et interpréter » les faits. Le journalisme, ce n’est ni de la littérature, ni du spectacle. Toutes ces considérations sur l’audimat, sur l’accroche, sur la promo à propos de la vie et de la mort de gens (qui pour la plupart sont en train de mourir pour notre confort), montrent à quel degré d’abjection on est parvenu (mais on peut encore faire mieux).

    Commentaire par Bray-dunes — 21/11/2011 @ 18:08

  24. @Nono Le Rouge : ils n’ont jamais dit que ce n’était pas dangereux, ils ont dit qu’ils avaient pris toutes les précautions. Voiture banalisée, vêtements afghans, trois accompagnateurs afghans connaissant parfaitement le terrain. Anne Nivat dont je cite le livre en fin d’article circule depuis des années toute seule en Afghanistan. Il y a plein d’autres journalistes qui vont dans des pays en guerre, en sachant qu’ils peuvent être tués ou enlevés. Si on veut faire ce métier sans prendre de risque, alors il faut aller en reportage au Parc Asterix. Ou bien rester au chaud dans les hôtels internationaux et répéter les infos officielles, lesquelles sont parfaitement disponibles depuis Paris.
    Quant au traitement médiatique des autres otages, il a changé, maintenant on les mentionne. Reconnaissez au moins quand la presse tire les leçons des critiques. Le reste est affaire de décision des proches. Les pouvoirs publics en principe décommandent de communiquer et les familles obéissent. Les médias ont enfreint la consigne s’agissant d’Hervé et Stéphane, vous savez pourquoi ? Parce que le sdéclarations officielles sur les chasseurs de scoop ont donné à penser qu’on allait laisser tomber nos confrères.
    Enfin, sur les médias et les soldats morts, il ne vous a pas échappé que notre pays avait un léger malaise avec tout ce qui est drapeau, nationalité, etc. contrairement aux Etats-Unis par exemple, eh bien on retrouve ce malaise dans les médias.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/11/2011 @ 18:16

  25. @Nono Le Rouge 23 : j’observe que Jean-Dominique Merchet confirme la version des journalistes : personne ne leur a interdit de se rendre là-bas. C’est ce qu’ils disent depuis le début. On voit que le problème se déplace sur le soi-disant mauvais caractère d’Hervé Ghesquière. Dont acte. Je parie qu’en l’espèce le mauvais caractère a un lien avec le refus d’être chaperonné par l’officier de communication. Dans ce cas, permettez-moi de vous dire que la plupart des gens de com’ me détestent, et que j’en fais une fierté. Accessoirement, les gens qui critiquent les deux journalistes ne leur donnent pas la parole, ce qui pose un problème de contradictoire. La chose tourne au conflit entre presse spécialisée dans les questions militaires et presse généraliste. Classique.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/11/2011 @ 18:24

  26. Intéressant, mais j’aurais aimé que M. Ghesquière abandonne la langue de bois. J’observe que suite à son affirmation que « nous n’avions rien à faire en Afghanistan », à la question logique « selon vous, quelles vont être les conséquences du retrait de la coalition pour le peuple afghan ? », il botte en touche en nous parlant des troupes de la coalition, mais des Afghans, il n’est pas question. Dommage.

    Commentaire par episteme — 21/11/2011 @ 18:53

  27. à nono le rouge => votre lien vers marianne2 est invalide, dommage !

    Commentaire par ludovic500 — 21/11/2011 @ 19:01

  28. @Bray Dunes : vous ne trouverez personne sur cette planète plus allergique que moi à la com’, au marketing, à la mise en scène, à l’hypocrisie au racolage, au superficiel et à la facilité. J’en suis chiante parait-il à force de vouloir du vrai, du sincère, de l’authentique partout, tout le temps. Mais ce n’est pas de cela qu’on parle quand on évoque l’audimat et la manière d’attirer l’attention des gens. On parle de talent, d’intelligence, de savoir-faire professionnel. Que je sache, des émissions comme les Dossiers de l’écran, Apostrophe, ou plus récemment Faites entrer l’accusé ou Ce soir ou jamais, ne sont pas des exemples de racolage, ce sont simplement des illustrations de ce qu’on peut faire de bien à la télévision quand on se donne du mal. D’ailleurs, j’avais cité en exemple à Hervé Ghesquière l’émission Faites entrer l’accusé pour illustrer ma question. Et quand il s’agit de parler de sujets graves, alors la compétence professionnelle devient une exigence parce quo’n a le devoir de faire passer l’information au milieu du brouhaha médiatique. Plus profondément, mais je n’ai pas eu le temps d’aller plus loin, nous avions tant de choses à évoquer, j’avais envie de lui demander si on met vraiment autant de moyens pour concevoir une émission de reportage que pour une connerie à la Ruquier ? A mon avis, non. Pourquoi ne pas imaginer une émission qui débuterait par un reportage, puis où l’on pourrait voire débattre les journalistes qui l’ont réalisé avec des spécialistes, le tout dans un format agréable, bien pensé ? ça se fait un peu, mais on pourrait essayer de faire mieux. Personnellement, je suis éblouie par la qualité de la mise en scène de Faites entrer l’accusé et par le niveau de vigilance éthique de l’émission par rapport à celles qui la copient. D’ailleurs, j’aurais pu citer aussi Arrêt sur Images, dont la suppression à la télévision est juste affligeante. Encore un exemple de format original, intelligent. Seulement voilà, faire du gros bon divertissement, c’est sans doute très compliqué (quelle imagination il faut pour faire de la merde pareille, c’est un vrai talent), mais c’est infiniment plus rentable et parfaitement consensuel en plus…

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/11/2011 @ 22:07

  29. Merci pour cette intéressante interview.
    Je suis heureux de voir des journalistes exercer leur profession avec une conscience élevée de ce qui fait l’honneur de leur métier: ceux qui se préoccupent moins de parler de ce qui est supposé intéresser le public que de ce qui mérite de l’intéresser…

    D’autre part, je ne suis pas sûr de déplorer, comme M. Ghesquière, que le public se tourne plus souvent vers les divertissements que vers les sujets graves. L’expérience montre que le grand public est capable de se passionner pour des causes graves quand il estime que sa responsabilité est engagée. L’Europe a passionné les foules au moment des référendums sur sur ses institutions. De mêmes les morts éloignés de nous, kilométriquement parlant, nous intéressent davantage quand les ONG nous sollicitent pour les secourir. Ce qui intéresse le public est donc d’abord ce qui l’invite à prendre parti, à s’engager pour ou contre quelque chose: les citoyens s’intéressent à ce sur quoi ils ont prise, à ce qu’ils ont le sentiment de pouvoir changer. Mais l’existence d’un consensus mou en France sur les questions de politique étrangère fait qu’elles sont mises hors circuit des débats entre partis de gouvernement. Supposons que la question de l’engagement français en Afghanistan devienne un sujet politique, le grand public sera avide d’informations supplémentaires.

    En attendant, j’aimerais bien savoir si des hommes politiques ont consulté MM. Ghesquière et Taponier sur la situation afghane et s’ils prennent en considération leurs analyses du nationalisme afghan…

    Commentaire par Physdémon — 21/11/2011 @ 22:09

  30. @Physdémon : à ma connaissance, les otages, journalistes ou pas sont débriefés par les services de renseignement immédiatement après leur libération, lesquels en rendent évidemment compte aux politiques (en tout cas j’espère !). Hervé et Stéphane ont été reçus fin juillet par Nicolas Sarkozy à leur demande. Par ailleurs Hervé s’est exprimé devant le Parlement européen je crois mais sur la question de la sécurité des journalistes. Ce qui m’a surpris dans toutes les interviews que j’ai lues de lui, c’est que les confrères évoquaient toujours les mêmes deux sujets, leur captivité et le journalisme. Jamais l’Afghanistan ou presque. Je comprends la curiosité au départ, ce qui les rendait d’actualité, c’était leur détention et pas leur travail. Par ailleurs, c’est un peu délicat d’aborder un ex-otage, Hervé Ghesquière semble aller très bien, mais en même temps quand on est en face de lui, on se demande s’il est judicieux de lui parler de l’Afghanistan, s’il a envie d’en parler. En fait, oui, on voit même que rationaliser les choses, remettre en marche la machine journalistique, le réflexe de comprendre et d’expliquer c’est ça qui distancie l’émotionnel. Je pense que leur analyse à tous les deux sera très intéressante mercredi soir.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/11/2011 @ 22:26

  31. @episteme : vous avez raison, mais c’est une maladresse de ma part, en réalité, il répond plus loin, quand il explique que les afghans sont majoritairement nationalistes et veulent se gérer eux-mêmes, au risque de sombrer dans une nouvelle guerre civile. D’après les spécialistes de l’Afghanistan, pour comprendre ce peuple, il faut avoir assisté une fois à une partie de Bouzkachi, ou jeu de la chèvre où deux équipes de cavaliers se disputent la dépouille d’une chèvre. D’après Perrin qui a illustré le livre de Reza, c’est un jeu faussement d’équipe, à peu près sans règles, où les cavaliers n’hésitent pas à cravacher le visage de leurs adversaires. Le jeu le plus sauvage du monde, dit-on…Je n’ai pas lu les cavaliers de Kessel (honte sur moi), mais je sais que c’est le sujet du roman.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/11/2011 @ 22:42

  32. Jean-Dominique Merchet et moi avons les mêmes lectures et les mêmes sujets d’intérêt à peu près au même moment :
    http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/En-Afghanistan-Anne-Nivat-passe-de-l-autre-cote-du-miroir_a433.html (publié aujourd’hui à 16 heures)
    et Ghesquière et Taponier à 16h30 : http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/Ghesquiere-et-Taponier-a-la-veille-de-la-diffusion-de-leur-reportage-les-polemiques-se-poursuivent_a434.html
    Ce que je ne m’explique pas, en première analyse, c’est pourquoi Anne Nivat qui sillonne l’Afghanistan toute seule et aurait pu mille fois être enlevée – elle va même dans des régions parfaitement décommandées – est saluée, tandis qu’Hervé et Stéphane demeurent sous le feu des critiques. S’agissant d’un spécialiste de la question militaire, je me dis que ça doit être un raisonnement militaire. Tu gagnes, t’es un héros, tu perds t’es mort. Ou alors, il y a des infos qui m’échappent, mais pourquoi on ne nous les sort pas ? Au début on les accusait d’avoir chassé le scoop. Et puis on a abandonné cette accusation parce que le scoop en Afghanistan franchement y’a de quoi rigoler. Ensuite, on a dit qu’ils avaient désobéi à l’armée, ils ont réfuté. On admet aujourd’hui qu’ils n’ont pas désobéi et que d’ailleurs l’armée n’avait pas d’ordres à leur donner. Du coup certains font une petite tambouille sur le fait qu’ils ignoraient que l’Afghanistan, c’était dangereux. Manque de bol, ils connaissent tous les deux les terrains de guerre, l’argument, ridicule, s’effondre. La dernière accusation en date c’est leur mauvais caractère. Je ne voudrais pas être désagréable, mais franchement, c’est pas très sérieux jusqu’à présent tout ça.

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/11/2011 @ 23:27

  33. Merci Aliocha pour la retranscription de vos échanges avec Hervé G.

    Comme il dit que : « Au final, ils [les USA] ont dépensé 1000 milliards de dollars, et encore, la note a du augmenter depuis qu’on évoque ce chiffre »
    Et plus loin, qu’il évoque la crise banco-financière actuelle …

    … Je me pose ces derniers temps la question : la crise des dettes d’aujourd’hui ne serait-elle pas finalement liée (certes de façon indirecte) aux milliards engloutis dans des actions de guerre à perte ?

    Cette question a-t-elle déjà été abordée, ou est-elle complètement idiote ?

    Pourtant, Bastiat, l’idole des libéraux, n’abordait-il pas un sujet similaire avec son « sophisme de la vitre cassée » ?
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Sophisme_de_la_vitre_cass%C3%A9e

    Commentaire par Yves D — 22/11/2011 @ 00:09

  34. @Remi 13 : votre commentaire m’a fait beaucoup rire, il faut que je corrige cela !
    @Yves D : aucune question n’est jamais idiote, mais là il faut voir avec plus savant que moi 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 22/11/2011 @ 09:34

  35. Bonjour Aliocha,

    « C’est pourquoi Anne Nivat …. est saluée, tandis qu’Hervé et Stéphane demeurent sous le feu des critiques. » C’est assez simple, me semble-t-il. Primo, l’une ne s’est pas fait prendre, pas les deux autres. Secundo, je n’ai pas ouï dire qu’Anne Nivat ait laissé une impression « fâcheuse » au sein des forces armées canadiennes contrairement à Hervé Gesquière comme le rapporte Jean-Dominique Merchet (http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/Ghesquiere-et-Taponier-a-la-veille-de-la-diffusion-de-leur-reportage-les-polemiques-se-poursuivent_a434.html). Si on en croit toujours votre collègue, le contentieux n’a fait que s’alourdir au fil du temps: « Les relations avec eux ce sont suffisamment dégradé et les plaintes s’accumulent, par exemple, celle d’une jeune sergent féminin, pour que le commandant Fouquereau téléphone directement, et à deux reprises, à leur rédacteur en chef Lionel de Coninck, à Paris. Il lui envoie également un mail, le 29 décembre, à 18h16 dans lequel l’officier – qui a une longue expérience de la communication et, qui plus est, est le compagnon d’une journaliste de France Télévisions, écrit : « C’est une première pour moi d’avoir autant de retours négatifs » de la part des militaires français et américains. Il parle d’ « agressivité verbale », de « comportement peu respectueux », et insiste sur le fait que cela se déroule « dans une région d’Afghanistan où l’insécurité est palpable ». » Quand on ajoute à cela le barnum médiatique qui a suivi leur capture, il est aisé de comprendre pourquoi la coupe est dure à boire. Lorsque on est l’hôte de quelqu’un, on s’astreint à un minimum de correction quant à ses rapports avec ce dernier surtout quand celui-ci doit mouiller sa chemise en cas de problème, quitte à y laisser sa peau. Le journalisme n’autorise pas toute les licences.

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 22/11/2011 @ 10:08

  36. @H. : Anne Nivat s’exprime à la télé canadienne. Sur ce, un général canadien se dit qu’elle connait bien l’Afghanistan et lui demande une chose inédite : venir parler de ce pays à ses soldats sur place. A l’inverse, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier ont été plus ou moins imposés à l’armée qui, au départ, avait refusé de les accepter. Forcément, la relation dans le deuxième cas est moins idyllique. Là-dessus, la dernière version de leurs détracteurs (je rappelle encore une fois que les reproches qui leur sont fait ont l’air de changer au gré de l’air du temps), donc le dernier reproche, c’est leur mauvais caractère, ou plutôt celui d’Hervé. Evidemment, c’est Hervé qui interroge tandis que Stéphane filme, donc c’est celui qui parle qui dérange. Hervé Ghesquière a expliqué sur le plateau d’Arrêt sur Images qu’il ne faisait pas de communication. Donc en pratique qu’est-ce qu’il se passe ? Ils arrivent avec l’idée en tête de ne pas faire la pub de l’armée française mais d’essayer de comprendre réellement ce qui se passe et sans doute d’interroger les soldats sur leur perception de la situation. J’imagine que l’officier en charge de la communication les colle de près, incitant par sa seule présence les soldats à se taire ou à servir de la langue de bois. Et j’imagine qu’ils ont tenté de lui échapper, de ne pas se laisser dicter leur reportage par la communication officielle. (A l’inverse, dans son livre, Anne Nivat raconte comment elle se déplace seule et sans difficulté dans le camp militaire où elle est hébergée, mais c’est normal, on lui a demandé de venir, elle ne filme pas, donc elle ne dérange pas). Du coup, la situation se tend entre l’armée qui veut faire passer un message et les journalistes qui résistent à la com’. Encore une fois, il ne s’agit pas de journalistes spécialisés dans les questions militaires qui viennent poser des questions techniques sur la situation, en ayant un parti-pris pro-armée française . Donc, par définition, ils dérangent. Je vous rappelle que la courtoisie dans notre métier est un défaut. Quand Ghesquière raconte qu’il a posé des questions embarrassantes à Baudoin Prot, directeur général de Paribas, je suppose que vous applaudissez. Croyez-moi, il a du se faire jeter par la com’. D’ailleurs, il me semble avoir vu le reportage dont il parle, j’ai souvenir d’un échange musclé et des gens de com’ faisant physiquement barrage entre leur boss et la caméra. Quand il fait la même chose avec l’armée, ça choque ? Nous n’avons pas parlé dans le détail de ce problème lui et moi, je laisse les polémiques juteuses en termes d’audience à mes confrères, c’était sur le fond qu’il m’intéressait. Donc ici je subodore à partir de ce qu’il a dit sur la plateau d’@si et ce que je sais du métier. Il est possible que je me trompe, mais alors qu’on nous donne des faits, pas une simple accusation d’avoir mauvais caractère et d’emmerder le monde. Par définition un journaliste est un emmerdeur.

    Commentaire par laplumedaliocha — 22/11/2011 @ 10:37

  37. @ Aliocha

    La seule différence, et convenez qu’elle est de taille, est que M. Prot ne risque pas sa peau à la tête de BNP-Paribas. Les soldats, si et quand il y en a un qui meurt, peu importe son grade, personne ne se met à la place de ses camarades ou de ses supérieurs quand ils cherchent à comprendre ce qui s’est passé et qu’ils en portent le deuil. J’applaudirai ceux de vos confrères qui pousseraient dans ses derniers retranchements un officier général, un politique, etc… en charge d’un conflit quelconque afin de le faire sortir de la langue de bois officielle. Conduire des gens au combat, devoir choisir ceux qui risquent d’y laisser leur peau (c’est là la différence fondamentale entre le manager et le chef militaire) est une chose très difficile. Obéir à ce choix l’est tout autant. L’ensemble repose sur une chose ténue qui s’appelle la confiance. Que celui qui souhaite enquêter sur la réalité d’un conflit, chose éminemment respectable, souffre donc de devoir la respecter, en particulier sur une théâtre d’opérations aussi dangereux que celui de l’Afghanistan.

    « Chacun est responsable de tous. Chacun est seul responsable. Chacun est seul responsable de tous. » Antoine de Saint-Exupéry

    Commentaire par H. — 22/11/2011 @ 11:17

  38. C’est sûr qu’on ne demande pas à Hervé Ghesquière de bouffer tout ce que lui donne la com, ça n’empêche pas un minimum de politesse qui, si j’en crois Jean-Dominique Merchet, manquait. Ce n’est pas qu’une question de mauvais caractère. Après, on peut considérer que des « échanges musclés » c’est du bon journalisme. J’ai la faiblesse de penser le contraire.

    Et effectivement, personne ne leur a interdit d’y aller. Mais ils disaient aussi qu’ils ne savaient pas que c’était dangereux… Je cite Jean-Dominique Merchet « Hervé Ghesquière a cru bon d’expliquer, juste après son retour, que « personne ne nous a rien dit. Que ce soit clair ». Ce n’est malheuresement pas aussi clair et la direction de France-Télévisions n’ignore pas qu’il existe des traces écrites des avertissements lancés par l’armée française la veille même de l’enlèvement des deux journalistes, le 30 décembre 2009″ Hors c’est bien ça qu’on leur reproche, de vouloir faire croire que personne ne leur avait dit que c’était dangereux d’aller en autonome.

    Commentaire par Nono — 22/11/2011 @ 11:19

  39. @Nono : non, non, non et re-non !!!!!!!!!!!!! La phrase que vous citez ne signifie pas « on ne nous avait pas dit que c’était dangereux », mais « personne ne nous a interdit d’y aller contrairement à ce qui a été prétendu au départ ». Une bonne partie des critiques sont nées de cette erreur d’interprétation. Il faut arrêter de prendre ces deux journalistes qui ont autour de 45 balais tous les deux si je ne m’abuse et une longue expérience du métier pour des crétins profonds.Ils étaient sur place depuis 27 jours, n’importe qui s’intéressant un peu à l’Afghanistan sait que la Kapisa c’est dangereux. Ils ont pris cette route pour vérifier si elle était contrôlée par une armée quelconque ou pas. Réponse : non. Vous connaissez la suite. Lisez Anne Nivat, vous verrez que ce qu’elle fait depuis des années (avant l’Afghanistan, elle circulait en Tchétchénie) est infiniment plus dangereux. Ils n’ont pas eu de chance, c’est tout.

    Commentaire par laplumedaliocha — 22/11/2011 @ 12:09

  40. Mais c’est insupportable toute cette polémique!!! C’est insultant et humiliant. L’armée voudrait que les deux journalistes demandent pardon. Mais pardon de quoi? Cela fait plus de 20 ans que HG parcourt les zones en guerre, pour son métier (parce que c’est son boulot, c’est un choix, c’est ce qui le passionne hein?)..Ce sont des gens qui effectivement prennent des risques pour nous rendre compte le plus objectivement possible, sur le terrain, des évènements comme l’ont fait de grands noms auparavant et certains y ont laissé leur peau pour ça.
    Les militaires ne meurent pas non plus dans l’indifférence. Pour ma part, je n’en peux plus d’entendre que tel soldat a encore été tué dans le conflit. C’est atroce. Malheureusement, on compte nos morts toutes les semaines. A savoir si ce sont des morts ‘utiles » ou « inutlles », ce n’est pas à moi de juger même si j’ai mon avis sur ce point. Je ne comprends pas cette polémique. A se demander, si tous ces « critiques » ne regrettent pas qu’HG et ST soient revenus vivants.

    Commentaire par M. — 22/11/2011 @ 15:47

  41. Tiens, nouveau témoignage à charge dans la version actualisée du billet de Merchet (l’actualisation ne porte ni date ni indication de l’heure) : http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/Ghesquiere-et-Taponier-a-la-veille-de-la-diffusion-de-leur-reportage-les-polemiques-se-poursuivent-actualise_a434.html
    Donc l’armée qui avait interdit aux journalistes d’aller en Kapisa, version démentie par la suite, corrige son démenti et réaffirme avoir interdit, ou au moins décommandé. Hum, comment dire…
    C’est étrange comme la diffusion du reportage de France 3 (car je n’ose imaginer que ce soit la publication de cette interview) ravive la polémique et comme de nouvelles informations tombent à mesure que les précédentes sont démenties. Je dois dire que cela m’intrigue beaucoup.

    Commentaire par laplumedaliocha — 22/11/2011 @ 17:00

  42. Tss, tss! Aliocha, comme vous y allez! Sous-entendriez-vous que les communicateurs, les médias et les journalistes se livrent au jeu délicat et subtil de manipuler ce bon public en « pilotant » l’information? Evitez, je vous prie, de tomber dans un travers aussi facile ;-).

    Bonne soirée

    Commentaire par H. — 22/11/2011 @ 17:08

  43. Bonjour Aliocha,

    J’arrive un peu après la cavalerie, pardon, et merci à vous d’avoir mis en ligne cette interview. Je n’ai pas encore pris beaucoup de recul sur cette affaire, mais, au-delà de la polémique actuelle, j’aurais aimé pouvoir poser une autre question à Hervé Ghesquière – ou tout autre confrère ayant à travailler sur ces terrains difficiles et/ou dangereux. Cela part de l’idée confuse que j’ai selon laquelle je ne fais pas le même travail qu’eux. Hervé explique assez bien que le journalisme, c’est aussi (et surtout) du décryptage, de l’analyse, de la mise en perspective. Je me suis toujours demandé comment ceux qui risquaient leur vie pour mener ce travail (je rechigne à parler de mission, mot trop connoté à mon sens) pensaient des autres, de ceux qui bénéficiaient d’un contexte moins tendu, parce que bossant sur des questions moins sensibles.

    Je me pose également cette question parce que, sur mon terrain à moi, pourtant bien moins conflictuel a priori, j’ai de plus en plus de mal à expliquer à mes interlocuteurs que les faits sont une chose et l’analyse une autre, et qu’il me faut les deux pour bien faire un article. Vous dites: « Un journaliste est par définition un emmerdeur ». Moi, je garde l’idée que nous sommes des emmerdeurs… potentiels, mais pas systématiques, et qu’il reste possible d’être un vrai journalisme sans devoir prouver qu’on a bataillé pour obtenir l’info. Non ?

    Faute de pouvoir en parler avec Hervé, j’aimerais bien avoir votre sentiment là-dessus. Et encore une fois, merci pour ce blog, lieu de débats souvent passionnés, mais toujours enrichissants.

    Commentaire par Martin K — 22/11/2011 @ 17:15

  44. J’aime bien cet encensement de journalistes auto-satisfaits d’eux-mêmes et d’une malhonnêteté intellectuelle sans limites! Il faut les voir travailler sur le terrain, avec les militaires justement: peu leur chaut que les soldats risquent leurs vies, tant qu’il y a du sang à montrer ou bien du politique à casser. Je vais vous dire, moi, ce qui intéresse les journalistes, c’est d’exprimer une opinion en se cachant derrière ceux qu’ils interrogent.

    Les journalistes français, dans leur grande majorité, sont des militants qui se targuent d’informer alors qu’ils ne font qu’exprimer leur opinion ou, pire, celle de leur rédaction. Et ils viennent vous parler de déontologie, ces journalistes français qui vous annoncent faire un reportage sur l’Afghanistan alors qu’en réalité ils vous mentent impunément, en vous regardant droit dans les yeux, et publient finalement un reportage politique en se servant de ceux qu’ils interrogent pour que leur reportage colle à ce que eux veulent exprimer.

    Quelle place pour la sacro-sainte objectivité? Aucune. La vérité, c’est que le journaliste moyen est incapable d’autocritique, incapable d’humilité. Il a l’impression de transporter la Vérité, alors qu’il ne fait que rapporter son opinion. Et quelle opinion! Celle rapportée d’un terrain en dix jours seulement, pendant que d’autres y sont pour des mois!

    Mais bien sûr, ils sont journalistes alors… Ils disent forcément la vérité! Ils sont omniscients! Ils sont incontournables!

    Ils sont surtout payés pour produire un reportage conformé à la demande de leurs rédactions: de professeurs de vérité, ils n’en deviennent que des commerciaux.

    Moi je tourne le dos aux journalistes français, je les plains: ils ont du sang sur la conscience, du sang dans leur ignorance. Et je m’en vais honorer les morts, ceux qui ont laissé leur vie pour que ces journalistes-là puissent fêter leurs futurs ouvrages autour d’un champagne français.

    Ne me parlez pas de vérité. Ne me parlez pas d’honnêteté. Il n’y a dans tout cela qu’une sordide histoire d’orgueil politico-journalistique. Rideau.

    Commentaire par Gecko — 22/11/2011 @ 18:57

  45. Commeje n’ai pas envie de rentrer dans ces polémiques sur le « je t’aime moi non plus » entre reporters « de guerre » et armée …

    @ Aliocha #36

    Merci pour votre encouragement … il est clair que ce n’est pas une question facile … (voir en #35) … et les quelques éléments de réponse que j’ai pour le moment sont résumés dans ces deux billets:

    http://finance.blog.lemonde.fr/2011/07/30/etats-unis-le-congres-de-la-honte/
    http://finance.blog.lemonde.fr/2011/11/22/etats-unis-endettement-et-blocage-politique-la-question-a-15-000-milliards/

    Où Georges UGEUX précise que « Les Républicains ne veulent pas réduire les dépenses militaires liées aux guerres d’Iraq et Afghanistan (1.200 milliards de dollars dans le plan démocrate) »
    Si on y ajoute les près de 2 milliards d’euros supportés par la France ( http://www.20minutes.fr/article/551971/Economie-Combien-co-ucirc-te-la-guerre-en-Afghanistan.php ) en 2008-2009 …

    Cette question est également posée par le « Comité VALMY » (un groupement proche de « Riposte Laïque », ceux de « l’apéro saucisson »), dont certains membres sont issus du PCF, mais qui sont aujourd’hui plutôt souvent proche des thèses du FN … Cependant là ils traduisent un article paru dans le quotidien de gauche italien « Il Manifesto » :
    http://www.comite-valmy.org/spip.php?article1606

    Yves Steiner, journaliste à la RT Suisse, l’évoque aussi dans son blog (comme « deuxième cause [de l’explosion de la dette américaine], le coût de la guerre en Irak et en Afghanistan) :
    http://lombard-street.ch/2011/08/13/les-chiffres-de-lexplosion-de-la-dette-americaine/

    Mais je trouve qu’il y a encore matière à approfondissement …

    Commentaire par Yves D — 23/11/2011 @ 03:11

  46. […] s’agit de Rencontre avec Hervé Ghesquière by laplumedaliocha […]

    Ping par A Médias Responsables, Citoyens Responsables « Blogueuse sur le Net pour un Monde Meilleur — 23/11/2011 @ 06:03

  47. Imaginons que les guerres se déroulent comme des parties d’échec. Je suis journaliste et je veux rendre compte d’une guerre.
    1- je peux prendre une photo en plan serré de l’échiquier, ou en élargissant le plan de façon à ce qu’apparaissent les joueurs, les spectateurs « aux premières loges », les commanditaires du tournoi cachés derrière des vitres teintées …
    2- je peux renoncer à ces instantanés qui ne disent rien, qui « montrent » seulement (mais quoi?) et préférer donner le compte rendu des coups (L3, E5 …) qui sont hélas du chinois pour nous pauvres ignorants.
    3- je peux expliquer les règles du jeu (les règles changeant toujours un peu à chaque partie), je peux expliquer quelles sont les pièces (toutes ne sont pas équivalentes et changent en cours de partie).
    4- je peux essayer d’expliquer les coups. Voilà le difficile. « Qui fait quoi et pourquoi fait-il ça ? »

    Or, nous ne savons pas car nous ne « sommes » pas les joueurs et eux-mêmes sont parfois les premiers surpris de leur idée, de leur stratégie. Il faut donc, comme en histoire, comme dans n’importe quelle « science » faire une révolution copernicienne. Au lieu de croire naïvement, au moyen d’un cliché, d’une énumération à la Prévert ou d’une connaissance des règles, qu’on peut parvenir à décrire une série d’événements, il faut renoncer à ce « savoir » et à la place de ce vide, faire des hypothèses et en déduire les faits observés en se fiant à la logique de telle sorte que l’on arrive à une vue la plus complète et la plus plausible de « tous » les faits qui constituent cette catastrophe qu’est cette guerre.
    5- donc il faut cesser de céder aux chants des sirènes (BHL et autre viva la muerte) qui font l’éloge de la guerre (la guerre propre lave les souillures : faites-moi confiance, agissons de toute urgence, je « sais » pour vous ce qu’est le souverain bien) et faire le ménage, dénoncer tous ces pseudo journalistes, avis autorisés qui nous rabâchent leur « point de vue, jour de France », soir et matin, à la télé, à la radio, à la Une de la presse.
    6- publier sous la forme, non d’un « reportage », mais sous celle d’une reconstitution. Libre à une autre équipe de proposer une autre reconstitution. Et les citoyens jugeront.

    Le problème avec le journalisme, c’est que la perfection ne s’y atteint pas dans une vue qui rassemble (une perfection, comme la voix d’amy winehouse, ou comme Guernica), mais au contraire dans une vue qui divise, élément après élément jusqu’à ce que « toute » la situation soit décrite et « seulement » elle (s’effacer devant la vérité factuelle, la laisser avancer peu à peu, comme un puzzle, résister à la tentation de séduire, d’émouvoir, de faire de la synthèse, voilà le difficile, car il faut suivre la rivière à l’envers). Cela implique fatalement la possibilité de zones aveugles, celles qui ne « peuvent » être décrites. D’où la nécessité de la critique pour apprendre à voir ce qu’on ne peut pas voir tout seul, pour une raison x.
    Par exemple, je suis sûr qu’il y a un problème = x, dans la société française, dans la presse française, lié à l’engagement de « nos » soldats dans une guerre.
    Je fais une hypothèse.
    Nos soldats sont « nôtres », parce qu’on sait qu’ils se sont engagés à mourir pour notre défense. C’est leur honneur. Et, nous qui sommes à l’abri, hors champ de bataille (pour autant que la guerre ne nous tombe pas dessus), nous déléguons notre honneur. Cela se voit dans le fait que nous pouvons l’oublier, ce que ne peut à aucun moment faire un soldat. Cet oubli est un « malheur », il nous dédouble : nous savons au fond de nous que ce sont « nos » soldats mais nous ne « pouvons » pas porter la responsabilité de leur mort, de leur souffrance, de leur peur. Ils deviennent un spectacle d’ombres, des nombres (encore un, dix, cent qui viennent de mourir en afghanistan, en libye, il n’est pas français ? mais ne meurt-il pas à cause de nous, ne sommes nous pas responsables de sa mort ?).
    Pourquoi ne pouvons-nous pas endosser cette responsabilité ?
    Parce nous ne savons pas pourquoi ils y sont !
    Il nous manque le maillon qui nous relie à eux : confisqué par le pouvoir (la démocratie en trompe-l’oeil, voilà le vaste problème sur lequel on débouche ; tous les événements récents semblent sortir de ce trou noir : les antiques tribus qui font sauter les découpages coloniaux, les religions qui redémarrent leur discours pour boucher le trou, le chaos du « tout est permis », les marchés qui grignotent la souveraineté qui agonise, les guerres déclenchées un peu partout comme des ruptures souterraines entre des zones d’influence, tout cela reste « hors du champ de vue » du citoyen-sans-Cité…). L’honneur des journalistes est de nous le rendre, ce champ de vue, pas en faisant du cinéma, ni de la peinture, ni du chant mais avec les mots ordinaires. Comme cette fille qui, l’autre soir, dans une émission sur les Manipulations françaises, tentait, divine surprise, sans tambour ni trompette, de reconstituer la vérité, en lieu et place de l’officiel « circulez-y-a-rien-à-voir ». La générosité de celle qui est « juste » une journaliste.

    Commentaire par Bray-dunes — 23/11/2011 @ 08:50

  48. @Martin K : je vous aurais bien proposé de discuter en live avec Hervé Ghesquière mais à ma connaissance, il est à l’étranger en ce moment. Par ailleurs, c’est un garçon qui aime le grand air, Internet c’est pas son truc 😉 Quand je dis qu’un journaliste par définition est un emmerdeur, je veux dire que la plupart du temps son activité dérange, pour ne pas dire pire. Cela étant, il y a des confrères qui jouent délibérément la carte agressive, visiblement ce n’est pas votre style, ce n’est pas le mien non plus. Je crois que ça dépend en partie de l’activité qu’on a et du caractère de chacun. Dans mon domaine, j’ai souvent de gros travaux d’approche et de mise en confiance à faire, parce que la méfiance vis à vis des journalistes est grande. Par ailleurs, je n’ai pas l’habitude de prendre les autres a priori pour des cons ou des menteurs, je pars même du postulat opposé, jusqu’à preuve du contraire. Ce n’est que si on se fout de ma gueule que je montre les crocs 😉 J’aime bien la vision de Daniel Schneidermann sur ce sujet, il dit que le journaliste doit être en état de « cynisme désarmable ». Que nous sommes tous partagés, à des degrés divers, entre cynisme et esprit midinette, qu’être tout l’un ou tout l’autre ne fait pas de bons papiers ou de bonnes émissions, il faut savoir rester les deux.

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/11/2011 @ 09:35

  49. « Si vous voulez mon avis, nous n’avions rien à faire en Afghanistan » dit Hervé Ghesquière. Il a bien raison. Mais à l’époque une telle idée n’avait pas droit de cité. Les Américains y allaient, on ne pouvait pas se dérober. Cela dénote un manque de réflexion tragique, car la suite était parfaitement prévisible Il aurait suffit en effet d’un tout petit peu de réflexion pour se rendre compte de l’inanité d’une telle entreprise. Et cela rejoint ce que dit Ghesquière sur le manque de public pour les sujets sérieux. Nous ne réfléchissons pas, ou si peu. Et surtout pas aux sujets sérieux, difficiles le plus souvent, et qui méritent le plus réflexion, remise en cause, etc. Nos élites sont coupables, mais nous tous citoyens aussi. Regardez la crise, elle nous met en face d’une alternative essentielle : « le marché ou l’Etat », « le libéralisme ou la liberté ». Et pourtant nous préférons regarder ailleurs : l’affaire DSK, l’affaire Bettencourt, tel fait divers affreux, le football, les maladresses d’Eva Joly, la cote de Hollande dans les sondages…
    Le réveil sera dur.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 23/11/2011 @ 09:58

  50. Bonjour Aliocha,

    Trouvé sur cet autre excellent blog de défense qu’est Ligne de défense de votre confrère Philippe Chapleau (Ouest France), le point de vue de Lionel de Coninck, le rédacteur en chef de « Pièces à Conviction » (France Télévisions): http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2011/11/23/otages-d-afghanistan-le-point-de-vue-de-lionel-de-coninck-re.html

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 23/11/2011 @ 13:58

  51. @H. : Merci beaucoup pour ce papier que je n’avais pas vu. Je crois que si l’on compare les éructations haineuses de Monsieur Debay avec ce texte calme, précis et argumenté, le côté de la raison apparait nettement. Figurez-vous que l’interview d’Hervé sur ce blog a été mentionnée sur des sites militaires (information détectée via mon tableau de bord), pour ce que j’ai vu, ceux qui ont lu les propos d’Hervé en ressortent moins révoltés contre la presse en général et contre ces deux journalistes en particulier. Nous avons eu là un bel exemple de polémique nuisible et destructrice. Je ne félicite pas les gens comme Monsieur Debay qui l’ont nourrie pour des motifs trop évidents de buzz et d’auto-promotion.

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/11/2011 @ 21:57

  52. @tous : évidemment j’invite tous les lecteurs curieux à aller lire le papier cité par H en 52. Et je rappelle que l’émission est dans une heure 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/11/2011 @ 21:58

  53. Voir aussi le vite-dit de 12h51 chez @si dans lequel Hervé Ghesquière dément les propos de Jean-Dominique Merchet : http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/11/2011 @ 22:28

  54. « A leur manière et en dépit des apparences, les taliban sont très bien organisés.
    En dépit des apparences? Nous parlons bien de personnes qui sont en guérilla depuis plus de 10 ans, qui avant cela ont été en guerre civile pendant plus de 10 ans et qui encore avant cela étaient en guérilla contre l’URSS pendant 10 ans. Est-il vraiment si étonnant que des gens habitant un pays en guerre depuis plus de 30 ans soient organisés pour celle-ci? … S’il n’était pas organisés ils seraient mort depuis longtemps. Quant au fait que les combattants n’ont qu’un armement léger… c’est un peu le principe de la guérilla, un armement très léger qui permet une mobilité optimale. Le but d’une guérilla ce n’est en aucun cas d’affronter en terrain ouvert l’armée ennemie et de la détruire, mais bien de harceler celle-ci pour créer un climat d’insécurité, ce dernier va contraindre l’occupant à détourner des moyens de la reconstruction vers la lutte contre la guérilla, et cela va également créer de la suspicion entre les troupes d’occupations et les « autochtones », entrainant ainsi un cercle vicieux où les gens n’ont aucune confiance entre eux, ce qui entrainera des bavures, rongeant encore plus la confiance et ainsi de suite. Le but d’une guérilla n’est pas de gagner militairement, ce qui n’est pas réalisable de toute façon, mais de gagner politiquement en brisant la volonté des populations civiles ennemies, et force est de constater que cela n’a rien de difficile, visiblement ce qui s’est passé dans les années 30 n’a rien appris aux gens.

    « Et je leur ai répondu que lorsqu’on était membre de l’OTAN, on ne pouvait pas indéfiniment se désolidariser de ses partenaires, comme on l’avait fait pour l’Irak. »
    Heu… pardon? J’aimerais rappeller que l’Afghanistan c’est AVANT l’Irak, et que c’est une décision de l’ONU qu’à l’époque le président de la République (et globalement un peu tout le monde) avait soutenus. C’est donc après l’Afghanistan, lors de l’affaire irakienne, que l’on s’est désolidarisé des USA. Cette phrase est donc au mieux un anachronisme, au pire un mensonge.

    Quant à l’assertation « l’Afghanistan n’a jamais été colonisé »… comment dire… on sent que l’histoire de la région a été plus que survolé. Le pire étant le fait de citer les Ottomans alors que ces derniers ne sont jamais allé plus loin que la vallée du Tigre et de l’Euphrate dans leur conquête orientale. Rien qu’avec ça on sent la personne qui s’y connait.
    Faisons donc un petit résumé, on commencera avec l’arrivé de l’Islam, sinon ça risque d’être pas mal long.
    Conquis par le califat omeyyade au VIIIème siècle, l’Afghanistan reste dans le giron du califat lorsque les abassides prennent le pouvoir. Lorsque les califes voient leur autorité de plus en plus réduite il passe sous le contrôle de différentes dynasties de cultures persannes (même si certaines étaient originaires de ce qui est aujourd’hui l’Afghanistan).
    C’est ensuite l’arrivée des turcs, d’abord comme esclave soldat puis comme dirigeants quand ils créeront leurs propres Etats, et l’Afghanistan se voit partagé entre le sultanat turc seljuk et différent sultanat indien, la partie occupée par les turcs le fut ensuite par d’autre turcs qui formèrent le Kwharezm. Celui-ci fut détruit par les mongols qui ne poussèrent néanmoins pas trop loin leur avantage. Il fallut attendre la mort de Gengis Khan et le lancement d’une nouvelle série de campagne pour que toute la région tombe entre leurs mains, l’Afghanistan fut quant à lui partagé entre deux des entités qui appararurent quand l’empire mongol se divisa, le Chagatai Khanat et l’Ilkhanate. Ce dernier ne dura pas très longtemps et finis par se fragmenter, de ses cendres un nouvel empire émergea, celui des Timurides, qui controla tout l’Afghanistan ainsi qu’une bonne part du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. Il s’écroula à son tour et l’Afghanistan finis par être partagé entre 2 grandes puissances, d’un côté un empire perse renaissant dirigé par les Safavids et de l’autre l’empire Moghol.
    Quand ces deux puissances périclitèrent les zones périphériques en profitèrent pour s’émanciper et dont une finis par devenir l’Afghanistan à la fin du XVIIIème. Au XIXème siècle l’Afghanistan se retrouve entre les impérialismes russes et britanniques et fait partie de ce qu’on appel « le grand jeu », les britanniques souhaitaient alors à tout prix empêcher les russes de se retrouver au porte de l’Inde, le joyau de l’empire britannique. Ce fut la raison principale des deux premières guerre anglo-afghanes, à savoir des britanniques tentant de mettre en place un gouvernement ami qui rejettera toute demande russe, à aucun moment il n’est question de colonier l’Afghanistan (qui n’a de toutes façons aucunes ressources intéressantes). Si la première guerre s’acheva par un désastre pour les britanniques, la deuxième vit par contre la destruction des forces afghanes et la mise en place d’un nouveau gouvernement soumis à la volonté britannique, ce gouvernement signa un traité dans lequel il céda la responsabilité de la politique étrangère afghane au Royaume-Uni, les britanniques ayant obtenus ce qu’ils souhaitaient ce retirèrent alors. Il fallut attendre la troisième guerre, qui a eu lieu après la première guerre mondiale, pour que les britanniques rendent le contrôle de leur politique étrangère aux afghans, même si ce sont les britanniques qui ont également gagné cette troisième guerre.
    Néanmoins l’Afghanistan continuera à avoir des prétentions sur les zones patchounes présentent au Pakistan, et quand ce dernier deviendra indépendant après la deuxième guerre mondiale l’Afghanistan remettra ses prétentions sur le devant de la scène. Comme le Pakistan est soutenu par les USA l’Afghanistan finira par se tourner vers l’URSS. Un coup d’état mettra alors fin à la monarchie et la politique de rapprochement avec l’URSS sera peu à peu abandonnée. L’URSS, craignant alors de perdre son influence dans la région décidera d’intervenir de façon directe, la suite est connue.

    Donc sortir que « l’Afghanistan n’a jamais été colonisé » c’est totalement faux, la région qui est aujourd’hui l’Afghanistan a été pendant très longtemps sous domination extérieure. De plus l’Afghanistan est loin d’être unis, les Patchounes ne forment même pas la moitié de la population et il y a beaucoup de querelles entre les différentes ethnies. Le commandant Massoud était un tadjik par exemple, et son groupe armée était constitué d’autres ethnies qui luttaient contre les talibans Patchounes.

    Commentaire par Lamperouge — 24/11/2011 @ 11:02

  55. @Lamperouge : c’est curieux cette obsession chez certains commentateurs de démolir au lieu de discuter, par besoin visiblement de se foutre des plumes dans le cul. Pardonnez-moi, je n’ai pas l’habitude d’être grossière, mais quand on me parle au bazooka, je réponds au bazooka, chez les juristes on a une jolie notion pour exprimer cela, on parle de parallélisme des formes. C’est pourtant si simple de commencer un commentaire par « je ne suis pas d’accord » ou je ne partage pas cette vision et de poursuivre par « à mon sens….d’ailleurs ceci est conforté par le fait que….j’ajoute…. ». Vous voyez ce que je veux dire ? Une discussion polie quoi. Pas un truc sur le mode : je suis jaloux que ce con soit sous les feux de la rampe alors que moi je suis beaucoup plus intelligent, sauf que y’a que ma boulangère qui me connait. J’en ai ma claque des internautes frustrés.

    Commentaire par laplumedaliocha — 24/11/2011 @ 13:53

  56. […] Rencontre avec Hervé Ghesquière […]

    Ping par Rencontre avec Hervé Ghesquière | Chronique des Droits de l'Homme | Scoop.it — 24/11/2011 @ 19:22

  57. Lamperouge prend la peine de rectifier les erreurs de Ghesquière . On le sent en colère, certes. Ce qui nous intéresse, c’est la vérité, pas ses sautes d’humeur qui mettent tout au plus un vague relief dans le tout le monde il dit la même chose. Y a-t-il un mot dans ce qu’il avance qui soit faux ? Non ? alors pourquoi, au lieu de le remercier pour toute les infos précieuses qu’il a pris la peine de glaner, tenter de le rabaisser en parlant de sa soi-disante jalousie ? Cela ressemble trop à la lutte du maître et de l’esclave (ou bien tu me reconnais, ou bien tu meurs) . On dit des gens des média qu’ils sont imbus d’eux-mêmes et qu’ils sont en perpétuelle admiration d’eux-mêmes ! Leur puissance leur servirait donc à cela : arrivistes, il arriveraient enfin à se rendre le maître d’un miroir, d’une cour, pour que celle-ci, servile, leur répète « o reine tu es la plus belle ».
    Pour un journaliste, c’est un déchirement : ou bien la vérité ou bien la reconnaissance.

    Commentaire par Bray-dunes — 24/11/2011 @ 19:53

  58. Quelque soit la rudesse orgueilleuse de ses rappels historiques, Lamperouge a néanmoins raison de tempérer des représentations communes en Occident. La première rencontre entre les Européens et les Afghans, à l’époque de la Rule Britannia, et les déconvenues qui s’ensuivirent (1), contribuèrent à lancer le mythe de la fierté guerrière de ces peuples. Suite à l’invasion soviétique, ce pays fut placé au centre d’un autre grand jeu, qui était celui de l’ultime affrontement de la Guerre Froide – l’un des raisons de l’intervention russe fut la crainte – non fondée – de la possibilité de la chute du domino afghan, et de la perspective d’installation de rampes de lancement de missiles Pershing.

    Des politiques américains soutinrent une action US dans ce pays, dont on connaît aujourd’hui l’exacte nature, et, pour rallier à leur cause, usèrent sans recul eux-mêmes de clichés remontant à Rudyard Kipling, notamment l’orgueil et le courage de ces peuples montagnards. Pris au jeu de leur propagande, les Américains ne surent d’ailleurs pas reconnaître que leurs opérations allaient être confrontées aux mêmes aléas, ils ne purent également concéder quelques mérites aux stratèges soviétiques: en effet, et après tout, le gouvernement local en place suite au retrait bien organisé de l’armée rouge tint bon, et dura autant que l’URSS, avant d’être emporté dans la même débâcle. L’échec de l’armée rouge fut l’échec de l’URSS, ce sont les Baltes, polonais, hongrois et ukrainiens qui en furent les auteurs, pas les Afghans.

    Maintenant, je ne suis pas d’accord avec Lamperouge sur un point: ce conflit actuel correspond clairement, comme le dit M. Ghesquière, à une lutte d’affirmation des Pashtouns, obéissant à des motivations nationalistes. La carte des opérations militaires dans la zone « Af-Pak », comme la dénomment les militaires US, ainsi que la carte de l’insécurité recouvre lisiblement les zones de population pashtoune, et ce, des deux côtés de la ligne Durand – l’un des problèmes cruciaux étant d’ailleurs le rôle du Pakistan dans cette affaire, l’armée de ce pays ayant montré plusieurs fois sa brutalité et sa propension de ce fait à s’aliéner les populations – voir l’affaire du Bengladesh en 1971. Le fait que les Pakistanais ait été enrôlés dans cette stupidité bushiste appelée « Global war on terror » n’a pas été une bonne affaire, et contribua plus à compliquer la situation.

    (1) et Effectivement le désastre militaire initial subi par l’armée britannique n’est pas si aberrant ni étant donnée l’époque. Les Russes connurent au même moment une terrible défaite en Tchétchénie, mais parvinrent à la longue à dominer le pays. La vérité est que les européens savent bien faire la guerre, mais il leur faut toujours un temps d’apprentissage.

    Commentaire par Switz — 24/11/2011 @ 20:46

  59. @Switz et Bray-Dunes : on a le droit de tout dire ici, et le devoir de corriger les erreurs, qu’il s’agisse des miennes ou de celles des autres, mais simplement je demande qu’on le fasse avec politesse. Comme vous le faites tous les deux. Depuis le départ, j’ai voulu que ce lieu soit agréable, que tout le monde ose commenter sans avoir peur de se faire démonter la tête sur une faute d’orthographe ou une erreur et je maintiendrai cette règle. Les agressifs et les vitupérants sont priés d’aller se détendre ailleurs. Le savoir est généreux et pacifique, ou il n’est pas. Tous ceux qui le considèrent comme une arme de guerre ou un levier de pouvoir m’insupportent.

    Commentaire par laplumedaliocha — 24/11/2011 @ 22:56

  60. Comme d’habitude, quand on a rien à dire sur le fond on se contente de critiquer la forme. Vous n’aimez pas mon « agressivité » (il ne vous faut pas grand chose)? Etrange, surtout venant de quelqu’un qui aime répandre son fiel sur les traders, les spécialistes ou bien les « geeks ». Il semblerait par contre que le métier de journaliste soit au dessus de tout le reste et que la moindre critique à son égard devienne blasphème, il n’y a qu’à voir quand Eolas ose relever certaines de leurs erreurs.

    J’aimerais néanmoins que vous me rappeliez en quoi consiste votre métier? Ne consiste-t-il pas à présenter une information de façon aussi véridique que possible? Et si oui cela n’implique-t-il pas un effort particulier pour vérifier la véracités des données brutes que vous rassemblées? Or nous nous retrouvons dans le cas où un journaliste dit une information fausse, démontrant ainsi qu’il n’a pas vraiment fait de recherche sur l’histoire de l’Afghanistan, et où un autre journaliste se contente de répéter cette information erronée sans chercher à la vérifier. « La confiance n’exclut pas le contrôle » comme on dit, peu importe ce que vous pensez votre confrère, votre devoir était (si tant est que ce soit la vérité qui vous intéresse) de vous assurer de la véracité de ce que l’on vous disait. Surtout que cela ne vous aurait pas pris longtemps, vérifier l’expansion maximum de l’empire Ottoman ne prend même pas 5 minutes sur internet. Les connaissances historique et géographique d’une bonne partie des Français sont déjà assez médiocre comme ça, il est inutile de les induire un peu plus en erreur.

    « Le savoir est généreux et pacifique, ou il n’est pas. »
    Le savoir est, point. Et ceux qui le saccagent en répandant des choses fausses sont bien plus dangereux que ceux qui essayent de le bloquer.

    « ce conflit actuel correspond clairement, comme le dit M. Ghesquière, à une lutte d’affirmation des Pashtouns, obéissant à des motivations nationalistes. »
    Je n’ai pas dit le contraire. J’ai juste mis en avant le fait que l’Afghanistan ne forme pas un pays unis, il est d’ailleurs fort probable qu’une nouvelle guerre civile éclate quand les forces armées étrangères partiront.

    Commentaire par Lamperouge — 25/11/2011 @ 15:29

  61. @Lamperouge : Pas de critique des journalistes ici ? Bien sûr que si il y en a. Rubrique « coup de griffe ». Des attaques contre les traders ? J’étais plutôt pro-Kerviel. Du fiel sur les spécialistes ? J’en fais partie des spécialistes comme vous dites, j’en mesure les limites, c’est tout. Les geeks ? Je n’ai rien contre, Assange me fascine, les Anonymous m’enchantent et les hackers et autres crackers me passionnent. Si vous êtes aussi pertinent sur l’Afghanistan, sujet ô combien complexe, que vous l’êtes sur la decsription de ce blog, je vais commencer à douter de vos propos sur le fond après en avoir d’entrée de jeu détesté la forme. C’est ballot…

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/11/2011 @ 16:29

  62. Après Jerome Kerviel et Hervé Ghequière, votre prochaine passion ce sera Caroline Sinz ?

    Commentaire par lisa112 — 26/11/2011 @ 16:35

  63. Je ne suis pas d’accord avec Aliocha. Je ne partage pas cette vision qui fait de Lamperouge un internaute frustré ou jaloux, vu que Lamperouge restera toujours l’anonyme Lamperouge, commentateur de blog, posteur en 56eme position, ce qui lui proscrit toute célébrité pour son commentaire. J’ajoute que j’ai trouvé le ton de Lamperouge vif, mais pas démesurément agressif. Ceci est conforté par le fait qu’il n’y a pas d’attaque ad personam et que l’essentiel de la controverse porte sur certains propos tenus pour inexacts par Lamperouge. A mon sens, il n’y a pas d’attaque plus générale sur le journaliste hors de ces propos, la volonté première de son message semblant être de rectifier les propos inexacts et d’apporter une pierre au débat qui oppose journalistes et militaires : Ghesquière est-il un journaliste téméraire en quête de scoop, ou se souciait-il avant tout de la vérité ?

    Commentaire par kuk — 26/11/2011 @ 20:50

  64. Ah oui votre rubrique coup de griffe, quand on l’ouvre sur la première page on a droit à 2 articles sur la politique française, 2 articles défendant les journalistes contre les critiques, 2 où vous racontez vos aventures, 1 critique contre un coup de pub des féministes et 3 qui critiquent les médias. Alors excusez-moi de ne pas tomber en pâmoison devant vos charges contre le journalisme.

    Vous êtes pro-Kerviel? Et? Cela vous rend pro-trader? Donc si j’apprécie Lincoln je suis un partisan du parti Républicain et si je trouve sympathique le roi Albert Ier je deviens un monarchiste? Donc votre article sur les traders qui s’infiltre dans le marché des matières premières c’est pour crier votre amour envers la profession?

    Quant aux geeks, [url=https://laplumedaliocha.wordpress.com/2010/11/30/les-dindons-de-la-modernite-ou-microsoft-guidant-le-peuple/]cet article[/url] me semble bien illustrer votre connaissance du sujet et votre opinion des geeks. Mélanger libre et gratuit, geek et apple-boys, le tout avec une touche de Bill Gates en plus (qui n’a plus de rapport avec l’informatique depuis un bail) c’est très impressionnant.

    Plutôt que de continuer votre fuite vers l’avant, il serait bien plus intéressant de me présenter des faits pour réfuter mes déclarations sur l’histoire de l’Afghanistan. Non?

    Commentaire par Lamperouge — 28/11/2011 @ 17:58

  65. @Lamperouge : le diagnostique « agressif » se confirme. Pourquoi réfuterais-je ce que vous dites sur l’Afghanistan ? Je vous crois, jusqu’à preuve du contraire parce que, contrairement à vous, je ne prends pas les gens pour des cons malhonnêtes. J’ai avalé 4 bouquins sur l’Afghanistan contemporain pour interviewer Ghesquière, ce qui ne me rapporte rien d’autre que le plaisir de partager une rencontre et, accessoirement m’oblige à me coltiner quelques atrabilaires agressifs. Je n’ai pas le temps pour l’instant de me pencher sur l’histoire de l’Afghanistan. Encore moins dans l’unique objectif de vous contredire. Au risque de vous vexer j’ai autre chose à foutre. Les lecteurs de ce blog ont droit aux deux visions, c’est suffisant pour qu’ils se fassent une opinion et effectuent eux-mêmes des recherches si ça les intéresse. Vous voyez, c’est ainsi que moi je conçois le blog, chacun apporte sa pierre, lève des lièvres, livre une opinion, contredit, corrige. Je ne vois aucune raison de le faire de manière agressive et je vous recommande vivement de faire l’effort de le comprendre, car au prochain commentaire désagréable, vous serez viré. A bon entendeur….

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/11/2011 @ 20:16

  66. Je lis tardivement ce billet. Très intéressant. Merci.

    Commentaire par junot — 06/12/2011 @ 23:14

  67. […] du contexte américain » – Cahiers du Journalisme n°16 – Automne 2006 (16)  – « Rencontre avec Hervé Ghesquière » – La Plume d’Aliocha – 21 novembre 2011 (17)  – « Journaliste en zone de […]

    Ping par Journalisme & Armée : L’équation communicante impossible ? | Le blog du Communicant — 26/06/2013 @ 14:11


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