La Plume d'Aliocha

19/11/2011

La déontologie dans tous ses états

Filed under: Droits et libertés,questions d'avenir — laplumedaliocha @ 11:03

J’ai une mauvaise nouvelle, amis lecteurs.

Le projet de Conseil de la presse qui rassemblerait professionnels des médias et représentants du public dans une instance commune pour traiter des questions de déontologie des médias ne risque pas de voir le jour demain. Et sans doute même pas  après-demain. Daniel Schneidermann, directeur d’Arrêt sur Images m’a invitée à intervenir hier lors de la journée de la presse en ligne pour débattre de l’utilité d’un code de déontologie spécifique à ces nouveaux médias. Il y avait aussi François Bonnet directeur éditorial de Mediapart et Yves Agnès, président de l’Association de préfiguration d’un conseil de presse en France. Quand Daniel m’a proposé de participer, je n’ai d’abord pas saisi. Moi, la blogueuse, la journaliste lambda, le dinosaure de la presse papier, que pouvais-je bien apporter dans un débat à mes éminents confrères du web ? Vous traitez d’éthique sur votre blog, m’a-t-il répondu. Argh ! Et en plus mes pairs me lisent. Misère. Du coup j’ai réfléchi, et j’ai songé que mon activité de journaliste  spécialisée dans la réglementation, la régulation de la finance, la déontologie des professions libérales, les questions de responsabilité sociale et environnementale, me donnait au fond une vision assez transversale des questions d’éthique qui traversent notre société. J’ai planché un soir tard sur le sujet et envoyé comme document de travail le texte que vous trouverez ici. C’est une comparaison entre la Charte de Munich de 1971 et les questions éthiques nouvelles soulevées par le web.

La déontologie se construit dans les salles de rédaction

C’est ainsi qu’a commencé le débat, lequel a tourné court d’entrée de jeu. Pour Mediapart, il n’est pas question en effet d’ajouter aux textes qui nous régissent. Fançois Bonnet a rappelé avec raison qu’il y a déjà la loi de 1881 pour les délits de presse, la déclaration de 1918, la Charte de Munich et le code Frappat. Question textes, on est bordé.  Pour le reste, laissons à chaque média le soin de s’organiser comme il l’entend. En substance, la déontologie ne se pense pas, elle se vit en pratique dans les salles de rédaction. Il a évidemment raison, à cette réserve près qu’il n’est jamais inutile d’engager une réflexion collective sur un sujet aussi vivant et évolutif que la déontologie et que, surtout, ces différentes chartes pour l’instant n’ont aucune force contraignante…De sorte que chacun développe sa propre interprétation. S’agissant par exemple du hacking, que j’avais classé au rang des pratiques déloyales pour obtenir de l’information qui nous sont interdites, l’avis de François Bonnet était plus nuancé. Si nous avons tout fait pour obtenir une information qui devrait en principe être publique et qu’on nous la refuse, alors pourquoi ne pas pirater le service com’ de l’organisme qui résiste ? interroge-t-il. La solution est discutable, mais en tout cas, on ne pourra pas reprocher à Mediapart de pratiquer un journalisme courtois et timoré. La discussion est d’ailleurs venue sur la question Wikileaks. Fallait-il reprocher ou pas à Mediapart d’avoir utilisé ces documents ? A mon avis non, d’abord Wikileaks se contente de réceptionner l’information et ne viole pas les systèmes informatiques à ma connaissance, et les journaux ensuite ne font que publier ce que Wikileaks a déniché. En terme de responsabilité, on est assez loin de l’utilisation directe par le journaliste d’un moyen déloyal pour obtenir une information. Aussi et surtout, s’il fallait s’assurer de la provenance parfaitement légale de toutes les informations qu’on nous délivre, ce serait la fin du journalisme d’investigation. Je sais, je vous choque amis lecteurs en disant cela, mais c’est l’aspect complexe de notre métier, la provenance des informations doit être identifiée, il nous appartient de vérifier qu’elles sont exactes, pas forcément de nous assurer qu’elles ont été obtenues de manière parfaitement irréprochable sur le terrain de la loi ou de la morale. C’est la zone grise du métier.

Accrochage sur le droit à l’oubli

La modération des commentaires a également retenu notre attention. Sur ce point, tout le monde semble d’accord pour considérer qu’il faut s’en tenir à ce qui est interdit par la loi et ne pas y ajouter de censure supplémentaire, comme a pu le faire par exemple Radio France en interdisant les commentaires sur la tauromachie ou les critiques contre la direction. Yves Agnès a toutefois ajouté qu’il était favorable à des commentaires signés de la véritable identité de leurs auteurs, sans rencontrer beaucoup de succès ! De la même façon,  la nécessité de cultiver transparence et traçabilité des articles corrigés ou modifiés,  pratique déjà largement répandue, ne pose pas de difficultés. C’est sur le droit à l’oubli qu’il y a eu un accrochage. La question était : faut-il envisager dans certains cas de soustraire un article aux moteurs de recherche, par exemple pour protéger la vie privée d’une personne ? Non, assène encore Mediapart, avant de nuancer sous le feu des questions de Daniel en admettant qu’une fois, la question s’est posée pour quelqu’un à qui le maintient du papier pouvait causer un grave préjudice tandis que l’information en elle-même n’avait que peu de valeur. L’équipe rédactionnelle de Médiapart a réfléchi et décidé de retirer le nom de la personne concernée.

Et le conseil de la presse, alors ?

Nous en sommes venus alors à la délicate question du conseil de presse défendu par Yves Agnès. Pour François Bonnet, la question ne se pose même pas, c’est non. Comment, songez-vous, Mediapart refuse qu’une instance composée de professionnels et de représentants du public puisse se prononcer sur le respect de la déontologie et jouer un rôle de médiateur en cas de litige ? La réponse de Mediapart tient la route, même aux yeux d’une convaincue comme moi qu’il faut y aller : le site ne veut pas être jugé par un conseil composé de représentants de groupes industriels, en clair, il n’est pas question que Mougeotte  juge le comportement professionnel de Plenel. Convenez qu’on ne peut pas leur reprocher.

Voilà, vous savez l’essentiel des discussions qui agitent la presse dans l’intimité. Maintenant, je vous propose de sortir de ces débats internes à la presse pour replacer tout ceci dans un contexte plus global.  L’éthique a pris une place essentielle ces derniers temps dans tous les compartiments de la vie économique. C’est la préoccupation du moment. Pourquoi ? Parce que les entreprises ont compris qu’il s’agissait d’une attente forte de la société et qu’y déroger emportait un risque d’image, voire de faillite. Souvenons nous que le cabinet Andersen, 70 000 professionnels dans le monde, l’aristocratie de l’audit, a disparu du jour au lendemain quand on a appris que le cabinet avait certifié les comptes d’Enron, alors que ceux-ci étaient faux. Une vraie faillite morale. Leur signature ne valait plus rien. De même, la mésaventure du très puissant Murdoch, obligé de fermer l’un de ses journaux suite à un scandale montre que le risque éthique est mortel, en presse comme ailleurs. La profession en est d’ailleurs consciente mais raisonne sur le mode : c’est la faute à l’autre. Et quand les sondages nous disent que les français ne nous font plus confiance, c’est encore la faute à l’autre. Plus profondément, l’organisation de la profession, la concurrence entre les titres, la répulsion à l’idée de créer un ordre ou toute autre structure qui serait habilitée à dire comment il faut travailler et à sanctionner les fautes répugne à une profession fondamentalement libre et indépendante, même si la sanction se résume à une déclaration officielle de désapprobation. François Bonnet a eu raison de pointer en outre le fait que les dérapages sont moins le fait des journalistes que des organes de presse qui souffrent d’un manque d’indépendance. Voilà quelques unes des complexités qui expliquent pourquoi on tergiverse sur la déontologie. Sans compter que la profession s’articule autour d’une relation employeurs/salariés qui l’incite plus à la division qu’au consensus. Difficile d’organiser un système de surveillance déontologique quand celui-ci peut devenir l’arme des uns contre les autres. Nous sommes, à ma connaissance, les seuls à nous inscrire dans ce type de scénario.

Fautes individuelles, préjudice collectif

Il n’empêche. Nous étions en avance en 1918 en adoptant une charte de déontologie dans un secteur industriel. Je crains qu’aujourd’hui nous ne soyons en retard. Toutes les professions sensibles ont une charte de déontologie et un système de surveillance (discipline et/ou contrôle de qualité), sauf nous. Etablissements bancaires et financiers embauchent des déontologues et déclinent des programmes internes de plusieurs millions d’euros pour former leurs salariés et instituer des systèmes de surveillance. Pas nous. L’industrie elle-même commence à comprendre qu’elle doit intégrer le risque éthique dans ses process de fabrication. D’une manière générale, les entreprises tous secteurs confondus travaillent sur la responsabilité sociale et environnementale. Mais pas la presse. Les fonds d’investissement se mettent à l’éthique, c’est-à-dire que sous la pression de leurs clients, ils exigent des entreprises dans lesquelles ils investissent des garanties sur le fait qu’elles ne font pas travailler des enfants en Chine par exemple. Chez nous, rien.

En réalité, je pense que nous prenons le problème par le mauvais bout. D’abord parce que nous nous pensons uniques et au-dessus de tout. C’est la première erreur. Nous gagnerions à nous comparer. Ensuite, parce que ceux qui défendent aujourd’hui un conseil de la presse, le font au vu des sondages et des dérives réelles ou supposées de notre métier. Leur conseil surgit donc tel un père fouettard mâtiné de comité théodule, sur fond de soupçon de mise aux ordres des médias indépendants par les médias à la botte. La réponse est donc : chacun pour soi et le public jugera. En effet, le public juge. Et nous renvoie à la figure nos erreurs qu’il perçoit quant à lui de manière collective.  Les fautes sont individuelles – et non sanctionnées -, le préjudice d’image et de confiance est collectif. Et ce n’est pas Mediapart se dressant comme la dernière incarnation d’un journalisme exigeant qui nous sauvera.

Imposons le respect de nos valeurs

En réalité, nous ferions mieux de changer de regard sur la déontologie. Prenons les avocats par exemple. La déontologie pour eux ce n’est pas un fardeau, moins encore une contrainte, c’est une fierté, c’est leur identité, leur valeur ajoutée, ce qui unit 50 000 professionnels malgré les différences immenses qui séparent le patron d’un cabinet d’affaires parisien et le petit pénaliste de province. L’un défend le CAC 40, l’autre des voleurs à la tir. L’un n’a jamais acheté de robe, il n’en a pas l’usage, l’autre ne passe pas une journée sans aller au palais. L’un gagne des fortunes, l’autre peine à boucler ses fins de mois. Ils traitent même des matières juridiques si différentes que le pénaliste marseillais ne comprend pas ce que fait son confrère parisien spécialisé en LBO et réciproquement.   Mais si une autorité publique veut leur extorquer une information sur un client, si quelqu’un tente de faire pression sur eux ou s’ils aperçoivent un conflit d’intérêt alors tous les deux réagiront de la même façon : je suis avocat, ce que vous me demandez est contraire à ma déontologie. Parce qu’ils ont adhéré aux mêmes valeurs et que ces valeurs, ils les respectent, et ils les font respecter à l’extérieur de leur communauté. Cela suppose bien entendu de maintenir l’ordre en interne pour qu’on ne leur rigole pas au nez quand ils se retranchent derrière le secret professionnel ou l’indépendance. Mais ça ne vient que dans un second temps. Le malheur des journalistes dans cette affaire, c’est qu’ils sont focalisés sur leurs problèmes internes au point d’en oublier que la vraie menace vient de l’extérieur. Quand Baudoin Prot, directeur général de BNP Paribas, ose refuser la publication d’une interview après l’avoir accordée puis en avoir relu et corrigé le contenu à publier, cela signifie en pratique que le monde économique nous respecte si peu qu’il croit pouvoir faire avec nous ce qu’il veut. Quand les politiques espagnols osent dire qu’ils ne répondront plus aux questions des journalistes dans les conférences de presse, c’est le symptôme de la même maladie. Quand en France un politique pose un lapin à la dernière minute à une émission d’information en prime time, il y a de quoi s’inquiéter. Quand un président de la République traite deux journalistes otages en Afghanistan de vulgaires chasseurs de scoop qui coûtent cher à la France, il montre que nous sommes si déconsidérés qu’il est possible de cracher sur deux ressortissants français aux mains des taliban et de se faire applaudit par le public. C’est juste hallucinant.  Comment nous défendre, si ce n’est en revenant à la source de nos valeurs, collectivement, et en rappelant que notre déontologie, confortée par la jurisprudences de la Cour européenne des droits de l’homme, nous donne le droit d’accéder à l’information ? D’ailleurs on me dit que c’est un droit j’aurais tendance à considérer que c’est un devoir. De même que notre déontologie exige de nous que nous soyons indépendants, ce qui dans le cas de Baudoin Prot signifie qu’on ne planque pas le projet d’interview sous le tapis mais qu’à l’instar de nos confrères allemands, on le publie en blanc pour répondre à l’affront et montrer qu’on n’est pas à la botte d’une grande banque.

On est plus fort à 38 000 qu’à 28

Seulement voilà. On est plus fort à 38 000 (nombre de journalistes en France) qu’à 28 (effectifs de Mediapart). Et on est encore plus fort si l’on accepte de donner un pouvoir contraignant à notre déontologie au lieu de la tenir au rang de simple déclaration de principe aménageable au gré des organes de presse, de leurs dirigeants et de l’air de temps. Une déontologie ça s’inscrit dans le marbre ou ça ne s’écrit pas. Et on est encore plus fort si on a l’intelligence de mettre en place un système de surveillance et de sanction des débordements. Contre ceux d’entre nous qui dérapent, mais aussi  contre les braconniers. J’ai en tête l’exemple d’un individu qui sévit dans la presse juridique depuis des années. Il a monté un journal dédié aux avocats dans lequel il publie leurs analyses sur l’actualité juridique. Jusque là, rien de plus normal. Sauf qu’il exige des cabinets qui écrivent dans son journal qu’ils achètent en contrepartie plusieurs pages de publicité. En d’autres termes, il faut payer pour publier. Par ailleurs, il organise des classements de cabinets assortis de remises de trophées. Pour y figurer, il faut payer, pour être lauréat, il faut aussi payer, et pour assister à la remise des trophées…il faut encore payer.  Le pire, c’est qu’il contamine peu à peu le secteur car les journaux éthiquement corrects se disent : pourquoi est-ce lui qui décroche le plus de publicité alors que c’est nous qui travaillons dans les règles ? Et en plus il forme des confrères à ses méthodes scandaleuses. Sans compter qu’il diffuse une image de la presse si lamentable que lorsque je demande une contribution à un avocat pour l’un de mes titres, son attachée de presse me rappelle derrière pour me demander combien il faut payer pour écrire ! Un jour un ami avocat m’a appelée  :

– donne-moi le numéro du conseil de l’ordre des journalistes, je veux dénoncer ce type qui ne respecte aucune règle du journalisme !

– Hélas, lui ai-je répondu, il n’existe pas d’ordre des journalistes, ni même de vague équivalent.

– Mais alors que puis-je faire contre cet individu ?

– Rien.

Je sais, on va m’accuser de tentation corporatiste, qu’importe. Nous sommes la profession la moins corporatiste que je connaisse. Il n’y a chez nous ni condition d’étude, de diplôme ou de formation, ni monopole et pas l’ombre d’un numerus clausus. Alors qu’on ne vienne pas me dire que ma profession est corporatiste. Elle souffre précisément du mal inverse : son absence d’esprit collectif est telle qu’elle risque d’en crever. Après tout, s’il ne s’agissait que de moi et de tous les autres, je dirais tant pis pour nous, mais bon sang, le métier que l’on incarne aussi égoïstement mérite quand même mieux ! Il mérite qu’on se batte pour lui conserver sa dignité et ses lettres de noblesse. On ne peut pas tout à la fois prétendre incarner une liberté démocratique fondamentale et prendre les questions d’éthique par-dessus la jambe. Je propose à mes confrères que nous méditions là-dessus. Y compris à ceux de Mediapart. Ce ne sont pas 28 personnes, mêmes courageuses et brillantes, qui sauveront le journalisme français. Réveillez-vous que diable ! La communication nous écrase par sa puissance mille fois supérieure à la nôtre, les politiques nous insultent, l’économie nous méprise et le public ne nous fait plus confiance, ça ne vous suffit pas pour admettre qu’il y a un problème ? Moi si. Je vote donc pour une déontologie contraignante et un comité de la presse qui en soit le gardien éclairé et vigilant. Que son organisation soit éminemment complexe en raison des spécificités de notre métier et de notre organisation, c’est exact, mais ce n’est pas une raison pour le rejeter, c’est simplement un motif supplémentaire de se mettre sérieusement au travail. Et vite.

Publicités

35 commentaires »

  1. Le parallèle avec les avocats (comme il aurait pu être fait avec les médecins) est très parlant. Si chaque journaliste faisait serment de respecter une charte, cela ferait un grand bien à la profession, elle n’y gagnerait que respect. D’ailleurs, cela aurait un effet double, qui permettrait de distinguer des journalistes professionnels et de les lier. Avec l’avènement de l’information sur internet et des blogs, renforcer votre corps de profession, ce serait l’évolution la plus pertinente.

    Mais au-delà de ça, comme le montre votre exemple de discussion avec Mediapart, croyez-vous réellement que ce serait possible à instaurer aujourd’hui?

    Commentaire par Francois Tanguy (@francoistanguy) — 19/11/2011 @ 11:30

  2. C’est votre expression de « gardien éclairé et vigilant » qui me fait un peu peur dans votre texte. Parce qu’à première vue, un conseil, un ordre, pourquoi pas ? Mais comme vous le soulignez, nous sommes 38 000, et sur ces 38 000, chacun a sa vision de son métier et nous situons tous à un stade différent la limite entre ce que nous pouvons faire ou non pour obtenir une information qu’on nous refuse. Il me paraît donc dangereux de créer un Conseil ayant trop de compétence. Mais pour quelques principes de base, comme le fait de ne pas faire payer pour publier l’avis de quelqu’un (ou alors dans un publi identifié comme tel), ce pourrait effectivement être utile, une mini-charte d’ordre général pourrait (devrait ?) être signée pour l’obtention de la carte de presse. A condition que les journalistes puissent aussi opposer cette charte à leur hiérarchie.

    Commentaire par MonaM — 19/11/2011 @ 11:58

  3. Bonjour Aliocha,
    Un conseil de l’ordre des journalistes est il simplement possible, voire souhaitable?

    Je ne chercherais pas à vous convaincre des ses bienfaits, vous les expliquez bien mieux que moi. Mais pour qu’une mesure soit promue, il faut soigneusement mesurer l’équilibre bénéfices/risques. Un des risques est justement le corporatisme. Si j’entends parfaitement votre argument sur les journalistes ‘profession par essence faiblement corporatiste’, je n’y souscris pas en totalité. Après tout, les avocats ou médecins sont des professions ‘essentiellement’ libérales, où personne ne rend de compte à personne et où existe ce type de conseil. Son existence même finit par induire un corporatisme. A tout le moins, une perception de corporatisme par les gens qui sont extérieurs à ces professions. C’est cette perception le problème. Pour reprendre un exemple juridique: un juge doit se démettre dans un dossier non pas quand il a un conflit d’intérêt, mais quand il est plausible qu’il en ait un. Il ne doit pas être impartial, mais ne pas pouvoir être soupçonné de partialité.
    Créer un ordre des journalistes permettrait au contraire d’ajouter aux attaques que vous subissez celle de corporatisme, sans rien y retrancher. Sans compter que cet ordre ne doit pas se contenter d’exister, il lui faut agir, c’est à dire combattre, sanctionner. Vous parler de ces secteurs financiers ou industriels dotés de chartes. Soyons clairs: c’est de la comm justement, du ‘greenwashing’ moral ou éthique, pour reprendre un terme à la mode. Ces règles permettent à peu de frais de se donner une bonne image sans strictement rien changer aux actions effectives. C’est au contraire une façon supplémentaire d’organiser la dé-responsabilisation collective. La charte est une bonne façon de tout ramener à un phénomène isolé, un débordement individuel. L’argument est toujours le même: la société s’est doté de règles internes allant au delà de ce que la loi réclame, un manquement ne saurait donc lui être imputé. Et au passage, cet argument permet aussi préventivement d’éviter que le législateur ne cadre les pratiques! Sans aucune possibilité de sanction.
    Le risque d’un tel conseil, est justement de faire basculer les journalistes dans la comm, celle contre laquelle vous luttez si souvent.

    Mais à supposer qu’effectivement, cela en vaille la peine, est-ce simplement faisable? Vous expliquez vous même à quel point les journalistes sont très loin d’être unanimes sur la question. Hors pour mettre ceci en place, il ne faut pas une ‘simple’ majorité, il faut une profonde adhésion de l’ensemble du métier. Sans parler des réactions inévitables dès que tomberont les premières sanctions! C’est principalement un problème politique. Il va vous falloir militer, et militer encore pour créer ce consensus. Le succès est possible, mais ce dont je suis convaincu, c’est qu’il n’est pas pour demain. C’es en dizaine d’année qu’une telle action se mesure.
    Même en faisant abstraction de ce point, comment rendre ce conseil efficace? Si être journaliste crée des contraintes, pourquoi alors revendiquer ce status? Tout le monde est libre d’écrire, publier, enregistrer, diffuser sans qu’un blanc-seing préalable ne soit requis. Pour reprendre l’exemple que vous citez, sur votre collègue ‘braconnier’ dans le droit, il lui suffirait de ne pas adhérer à cette charte, de ne pas être journaliste, de s’affirmer indépendant, et aucune sanction ne serait possible. Comme aujourd’hui. Donc les pratiques discutables continueraient, mas il serait possible de ce cacher derrière ce voile pudique que serait le conseil de l’ordre. Si les sanctions sont impossibles, un conseil ne sert à rien. Les seules victimes d’une telle organisation, ce serait les ‘petits’ (sans aucun mépris de ma part), les journalistes sans grade, les 38 000 qui eux pourraient se voir privés de leur travail. Les directeurs de publications, les ‘vedettes’ du métier pourront continuer de parader partout. La carte de presse, à supposer qu’ils l’aient, ne leur est de fait d’aucune utilité, c’est avantage une coquetterie.

    Que votre profession soit paupérisée, mal perçue par le public qui fait de vous des complices des pouvoirs, et par ces pouvoirs qui finalement vous trouvent plus agaçants que dangereux, je veux bien le croire. Mais je crains qu’un conseil de l’ordre n’y change rien.

    Commentaire par kaeldric — 19/11/2011 @ 13:11

  4. @MonaM : « Mais comme vous le soulignez, nous sommes 38 000, et sur ces 38 000, chacun a sa vision de son métier et nous situons tous à un stade différent la limite entre ce que nous pouvons faire ou non pour obtenir une information qu’on nous refuse ». Votre phrase ferait frissonner toute autre profession que la nôtre. Ainsi donc, chacun a son idée de l’interprétation de l’interdiction d’utiliser des moyens déloyaux pour accéder à l’information ? C’est comme si un avocat vous disait :  » j’ai ma propre idée du secret professionnel donc il y a des choses parmi celles que vous me confiez que je vais m’autoriser à répéter à ma boulangère ou à la police ». Cela étant, la crainte que vous évoquez est assez classique et en même temps sans fondement. Un conseil de la presse ne va pas sonder les reins et les coeurs, vu la chose qu’on nous propose, il n’aurait pas les moyens. Ni dicter à chacun sa manière de travailler. Quant aux sanctions, il s’agit d’une simple désapprobation officielle accompagnée éventuellement d’un demande de publication par l’organe concerné. Songez que les autres professions comparables à la nôtre prévoient des sanctions qui vont de l’avertissement à la radiation ! Alors je propose qu’on se détende, il n’y a vraiment pas péril en la demeure. Ce conseil réfléchirait aux questions éthiques, se prononcerait quand un dossier le nécessite et un dossier, ça peut concerner une faute commise par l’un d’entre nous, par exemple un publi-reportage discutable dans sa présentation, mais aussi une atteinte à notre endroit, voir une question générale. Moi j’aimerais bien que nous ayons quelqu’un qui nous représente et qui s’indigne quand la profession est insultée. Les syndicats le font, mais avec cette réserve qui pollue toujours la résonance d’une déclaration syndicale : un syndicat c’est fait pour gueuler donc ça gueule et on ne l’entend pas. En plus il peut y avoir des positions différentes selon les syndicats et des voix discordantes selon que l’on parles des salariés ou des employeurs. Bref, un joyeux bordel. Tandis qu’une instance éthique, ça aurait du poids. Pourquoi toujours penser au père fouettard organisant des contrôles dans les bureaux des journalistes ? C’est un fantasme pur ! On m’a dit aussi qu’un conseil empêcherait la profession de se critiquer et des sites comme Arrêt sur Images de faire leur travail. Je ne vois nulle part écrit que le conseil aurait le monopole d’une opinion sur la critique des médias. Encore un fantasme. Si j’en reviens à ma comparaison avec les avocats que j’aime bien parce que comme nous ils sont indépendants, comme nous ils ont des ego un peu sensibles, comme nous ils se protègent des pouvoirs publics, la déontologie et le conseil de l’ordre ne leur dicte pas la manière dont ils assurent la défense de leurs clients. Il s’agit simplement de poser un cadre éthique à l’exercice de cette défense, ensuite les avocats sont totalement libres de travailler comme ils l’entendent et personne ne peut juger de la pertinence de leur travail.

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/11/2011 @ 13:15

  5. @Kaeldric : alors il ne s’agit nullement d’un conseil de l’ordre. Un conseil de l’ordre, ça définit des conditions d’accès à une profession, ça fixe les règles d’exercice et les règles déontologiques, ça exerce une surveillance sur le respect d’un monopole d’exercice professionnel ainsi qu’une compétence disciplinaire. Il n’y a rien de ce genre dans le conseil de la presse qu’on nous propose. C’est la structure la plus light qu’on puisse imaginer. Nous sommes en dessous de toutes les professions, même les moins réglementées, c’est le minimum minimae, on est proche du zéro absolu. C’est juste un tout petit mieux que rien et à mon avis suffisant. Et il n’y a pas l’ombre d’un début de corporatisme dans cette chose là. Encore une fois, une profession corporatiste c’est une profession à conditions d’accès, numerus clausus et monopole. Mais cela peut-être aussi une profession qui refuse la critique et de rendre des comptes. En ce sens là, alors peut-être que nous sommes corporatistes quand nous refusons l’idée d’un conseil de la presse comprenant des représentants du public 😉 Quant à mon braconnier, un communiqué bien senti expliquant au public qu’il viole toutes les règles de la profession ne ferait pas de mal, je vous assure. D’abord, ce serait pédagogique pour tous ceux qui se laissent piéger par ses manoeuvres, malgré les mises en garde de leurs attachées de presse qui expliquent à leurs patrons à longueur de journée qu’il ne faut pas travailler avec ce type. Ensuite, ce serait clair aux yeux du public qui ignore trop souvent nos règles éthiques. Et enfin, cela éviterait à l’étranger que ses classements de cabinets soient considérés comme la référence en France alors que cette référence est totalement contestable.

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/11/2011 @ 13:23

  6. @Kaeldric : j’ajoute que les conseils de l’ordre ne sont plus du tout dans l’air du temps. Quand on estime aujourd’hui qu’une profession est sensible, on lui demande de s’auto-réguler. Par exemple, la nouvelle profession de conseil en gestion de patrimoine s’est vue demandé par l’autorité des marchés financiers de se constituer en association, de se doter d’une charte éthique et d’un contrôle qualité de ses membres. C’est cela, la tendance à l’heure actuelle. Etant précisé que si un jour un il y a un gros scandale journalistique en France, nous ne sommes pas à l’abri d’une décision fâcheuse des pouvoirs publics nous imposant un conseil dans lequel nous siègeront en minorité et qui aura une compétence de surveillance et de sanction disciplinaire, voilà à quoi on s’expose en ne voulant pas nous réguler tout seul. Si ça arrive, ça fera mal non seulement aux journalistes mais au journalisme et à nos principes démocratiques qui exigent une presse libre.

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/11/2011 @ 13:26

  7. @François Tanguy : ce qu’on voit à travers la réaction de Mediapart, c’est que l’éthique est un argument concurrentiel au fond. C’est l’un des problèmes. Quand tous les journaux disparaîtront à force de faire du travail de merde, il restera Mediapart et tout le monde sera abonné à Mediapart. C’est déjà pour cette raison que les éditeurs de presse se sont retrouvés pieds et poings liés dans les mains du syndicat du livre alors qu’ensemble ils pouvaient se défendre contre les prétentions hallucinantes de ce syndicat (Gilbert, merci de ne pas taper). Sauf que lorsqu’un quotidien avait un problème avec le syndicat les autres se frottaient les mains en se disant qu’ils allaient récupérer les lecteurs du concurrent et profiter de son affaiblissement économique…

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/11/2011 @ 13:29

  8. Aliocha: Sur votre réponse 6. Justement, là ou l’air du temps voit une solution (autorégulation), je vois le problème. L’autorégulation, ça ne peut pas fonctionner. Jamais. Tout système clos peut et donc va, c’est une question de temps, dériver. Soit vers l’inaction; soit vers une autorité parallèle, dont la légitimité est douteuse. C’est justement une façon pour l’Etat de se désengager de ces responsabilités. C’est la Loi qui est censée être le cadre dans un Etat de droit. Quand l’Etat renonce à ses prérogatives, d’autres s’en emparent.
    Que je me fasse bien comprendre: je ne demande pas ici à l’Etat de venir réguler la profession de journaliste. Je dis juste que si un organisme de régulation devait exister, il devrait, et oui, dépendre de l’Etat.
    Votre dernier argument (la peur que l’Etat s’en mêle) est justement ce qui fait que se superposent tous ces comités Théodule. C’est de la comm, ici au service des journalistes, contre l’Etat. C’est profondément inutile. Ca n’empêchera pas un scandal d’arriver. Et qu’elles qu’aient pus être les mesures préalables, ça n’aura que peu d’impact sur les décisions législatives qui seront prises à ce moment là.

    Commentaire par kaeldric — 19/11/2011 @ 13:42

  9. @Kaeldric : les avocats sont auto-régulés, ça ne marche pas si mal. Nous ne pouvons pas être autre chose qu’auto-régulés à mon avis. Et d’ailleurs nous le sommes déjà en partie de facto dès lors que notre travail est public par définition et donc en grande partie contrôlable par le public. Ensuite parce que nous avons des chartes de déontologie et qu’il y a à mon sens une culture structurelle et historique de l’éthique dans notre profession. L’éthique a forgé l’organisation interne des groupes de presse, mis en place des réflexes et des habitudes qui constituent une bonne base de travail. Sauf qu’en cas de dérapage, il n’existe pas de réaction collective. En cas d’atteinte à nos valeurs venues de l’extérieur, rien non plus. La pression économique aidant, nous risquons de plus en plus d’oublier nos valeurs. Il ne serait pas inutile que nous mettions ne place un gardien de celles-ci.

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/11/2011 @ 14:00

  10. En fait, je retrouve dans ma profession les mêmes peurs et les mêmes fantasmes que dans toutes les autres dès lors qu’on veut créer une institution ou faire une réforme quelconque. Là encore, nous ne sommes pas exceptionnels. Il y a plus de dix ans, l’instance représentative des avocats a décidé de concevoir un règlement intérieur unifié national. Jusque là, chacun des 180 barreaux de France avait son propre réglement, de sorte que certaines choses étaient autorisées à Marseille et pas à Lyon. Levée de boucliers immédiate : on en veut à notre indépendance, on veut nous imposer une règle dont on ne veut pas, c’est encore Paris qui fait la loi etc, etc. Au bout de plusieurs années on s’accorde sur un texte (et croyez-moi pour mettre des avocats d’accord sur un texte il faut se lever de bonne heure, ceux qui ont un avocat dans leur copropriété me comprendront) et là, refus de certains barreaux de l’appliquer. J’entends encore le président de l’époque me raconter son dialogue hallucinant avec un bâtonnier de province :
    – donc vous refusez d’appliquer ce texte ?
    – oui
    – vous êtes contre un règlement unique ?
    – non
    – alors vous êtes contre le contenu de ce règlement ?
    – Oh non, je le trouve remarquable
    – mais alors pourquoi vous refusez de l’appliquer ?
    – …..

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/11/2011 @ 14:13

  11. Bonjour Aliocha,

    – donne-moi le numéro du conseil de l’ordre des journalistes, je veux dénoncer ce type qui ne respecte aucune règle du journalisme !

    – Hélas, lui ai-je répondu, il n’existe pas d’ordre des journalistes, ni même de vague équivalent.

    – Mais alors que puis-je faire contre cet individu ?

    – Rien.

    J’ai une idée pour lui, Aliocha: donnez-lui notre adresse ! C’est un sujet d’enquête qui nous intéressera beaucoup pour arretsurimages.net (en attendant la création du conseil de l’ordre).

    Commentaire par Daniel Schneidermann — 19/11/2011 @ 15:24

  12. « En effet, le public juge. Et nous renvoie à la figure nos erreurs qu’il perçoit quant à lui de manière collective. Les fautes sont individuelles – et non sanctionnées -, le préjudice d’image et de confiance est collectif. Et ce n’est pas Mediapart se dressant comme la dernière incarnation d’un journalisme exigeant qui nous sauvera. »

    Allez zou, un conseil de presse et vite, avec Aliocha en présidente.

     » De la même façon, la nécessité de cultiver transparence et traçabilité des articles corrigés ou modifiés, pratique déjà largement répandue, ne pose pas de difficultés. »

    Et bien personnellement, c’est souvent là dessus que je tique le plus. Qu’un journaliste mette en ligne un papier bâclé, bourré d’erreurs factuelles, sans avoir (pu dans certains cas, j’en conviens) travaillé le temps nécessaire pour le terminer et le corrige, le modifie sans toujours le préciser, ça me dérange vraiment beaucoup. Un exemple : http://www.rue89.com/comment/1828531#comments-start

    Le titre initial de cet article paru en octobre 2010 était : « “Sale Arabe” : les confrères de l’ophtalmo raciste scandalisés » A aucun moment il n’a été précisé que le titre avait été changé. J’ai au moins un autre exemple en tête chez Rue89 et un autre chez l’Express ou cette fois, c’est dans le corps de l’article que la modification n’a pas été précisée. Dès lors, c’est la confiance du lecteur qui s’effondre. Ces exemples comme tant d’autres démontrent l’absence de sérieux dans le traitement de l’information. L’important est d’attirer le chaland. Rigueur, neutralité axiologique (mais les journalistes lisent-ils Weber ?). L’économie de la presse se porte mal. Mais la crédibilité peut pour sa part difficilement encore plus baisser à mes yeux. Mettre en place un code déontologique avec des sanctions, waouh, mais ce serait une révolution ! Comment, un journaliste ne peut plus écrire, raconter n’importe quoi et s’excuser après coup (oui désolé, ça arrive hein, pas ma faute, etc.) ? Tant que certains journalistes n’auront pas compris cela, qu’ils ne s’étonnent pas de subir remarques acerbes, mépris voire même insultes de la part de leurs lecteurs. Ils déshonorent leur profession et lui retire toute lettre de noblesse.

    Mais il en reste encore quelques un(e)s qui comme vous cherchent à défendre le métier. Mais je pense que ça doit devenir de plus en plus dur pour vous. Car le lecteur est ingrat (je le sais d’autant plus que j’en suis un). On ne veut pas mettre le prix pour obtenir une info de qualité. C’est pourquoi je reste un fervent défenseur du service public de l’information qui malgré les déchets qu’il peut produire continue d’investir dans des émissions de qualité. Que l’information soit en partie financée par le produit de l’impôt me parait sain dans une démocratie digne de ce nom.

    Commentaire par Episteme — 19/11/2011 @ 15:52

  13. Je crois qu’un des problèmes du journalisme français est la réticence, voire le tabou, à critiquer publiquement des confrères. Pas par corporatisme, mais parce que c’est considéré comme une pratique mesquine. Du coup, quand une malfaçon journalistique devient évidente pour le public, la plupart des commentaires d’autres journalistes que le fautif consistent essentiellement à lui trouver des excuses. Il peut y avoir des excuses au maljournalisme, mais dans l’ensemble les journalistes ne développent que les excuses, et n’explorent pas les fautes ou les erreurs impliquées. Ça n’est guère propice à l’amélioration des pratiques, voire (le cas échéant) à l’éviction des moutons noirs.

    C’est une des raisons pour lesquelles j’apprécie l’attitude d’Arrêts sur Images et de Marianne. @SI se voue au méta-journalisme, c’est le cœur de leur activité. Marianne, de son côté, n’hésite pas à flinguer les confrères qui s’égarent, et met un point d’honneur, en contrepartie, à rendre hommage aux travaux journalistiques remarquables, dans la rubrique « Merci confrères ! ».

    Commentaire par Schmorgluck — 19/11/2011 @ 17:54

  14. @Daniel Schneidermann : c’est noté 😉

    @Episteme : ce que je veux dire, c’est que tout le monde a identifié la nécessité d’instaurer transparence et traçabilité des corrections. Maintenant que vous trouviez des exemples où cela n’a pas été fait, c’est possible. Ce que je trouve déjà bien, c’est que la pratique se soit instaurée spontanément, ce qui signifie qu’il y a une sensibilité éthique dans le métier. Elle est même très présente mais elle se pense peu et s’exprime encore moins. Encore une fois, tout à la critique de nous-mêmes – et surtout des confrères – je trouve qu’on ne parle pas assez de la menace extérieure, sans doute pour ne pas se faire taxer de corporatisme, ou bien parce que nous sommes trop auto-centrés. Voilà pourquoi j’essaie de déplacer le débat sur ce terrain. Je suis convaincue que nous avons tout à gagner à créer ce conseil, à avoir une voix qui s’exprime sur ces questions, à y réfléchir régulièrement, à réagir quand ça dérape, bref, tout simplement à développer une culture, de préférence collective, de l’éthique. Et je vous remercie de m’en confier la présidence future, mais je m’abstiendrai. J’ai le sens politique d’une huitre et la diplomatie d’un fox terrier à qui vous essayez de retirer son os 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/11/2011 @ 17:59

  15. @Schmorgluck : tiens, c’est marrant, je ne vois pas les choses comme vous. Je trouve quo’n passe notre temps à nous critiquer, mais c’est vrai que la critique « macro » se fait dans des livres et sans forcément désigner nommément les confrères, et que le reste se dit peut-être plus entre nous qu’en public. Quoique, Le Monde a fait sa Une samedi dernier sur les journalistes cumulards, Levaï en prend plein la tête, Aphatie est carrément un punching ball sur la toile, de même que Barbier et bien d’autres.
    D’ailleurs, l’une des idées sous-jacente au colloque c’était que le meilleur des systèmes de contrôle, c’est encore le droit de libre critique entre confrères. Et l’une des inquiétudes suscitées par le conseil, c’est précisément qu’il capte à son profit ce doit de critique et se transforme en une sorte de Pravda. Effectivement, Arrêt sur Images fait un travail passionnant, mais ça dépasse la déontologie me semble-t-il, il y a du décryptage, de la réflexion sur la qualité, sur l’évolution des méthodes journalistiques. S’agissant de Marianne, j’ai un problème. Le discours de Maurice Szafran défendant Joseph Macé-Scaron, alors que copier les confrères fait partie des choses interdites, et le « rabaissant » de surcroît au rang de simple journaliste de terrain à titre de sanction pour la forme, ça me reste définitivement en travers de la gorge.

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/11/2011 @ 18:09

  16. Oui, la réflexivité n’est pas une chose facile. Bourdieu a pointé du doigt le manque de réflexivité des journalistes, mais il a aussi pointé du doigt le manque de réflexivité des sociologues, et des milieux académiques en général. Il a même été jusqu’à reprocher à ses collègues sociologues de ne pas le critiquer assez méthodiquement, parce qu’il estimait qu’être sacralisé affaiblissait sa propre démarche scientifique.

    Commentaire par Schmorgluck — 19/11/2011 @ 18:25

  17. Ah, et la raison pour laquelle il attendait de la reflexivité de la part de ses collègues, c’est qu’il ne se croyait pas capable d’être réflexif sur son travail à lui tout seul.

    Commentaire par Schmorgluck — 19/11/2011 @ 18:28

  18. Depuis 2 ans, je préside l’association qui a crée le Conseil de Déontologie Journalistique (CDJ) pour la partie francophone de la Belgique. Ce CDJ a mis plus de 10 ans a voir le jour tant les débats ont été vifs et longs entre editeurs et journalistes ainsi qu’entre les différents types de médias. Aujourd’hui, ce CDJ dans lequel siègent non seulement les editeurs de médias et les associations de journalistes mais aussi les rédacteurs en chef et la société civile, fonctionne de manière très satisfaisante.

    Commentaire par Boribon — 19/11/2011 @ 19:30

  19. « J’ai en tête l’exemple d’un individu qui sévit dans la presse juridique depuis des années. Il a monté un journal dédié aux avocats dans lequel il publie leurs analyses sur l’actualité juridique. Jusque là, rien de plus normal. Sauf qu’il exige des cabinets qui écrivent dans son journal qu’ils achètent en contrepartie plusieurs pages de publicité. En d’autres termes, il faut payer pour publier. Par ailleurs, il organise des classements de cabinets assortis de remises de trophées. Pour y figurer, il faut payer, pour être lauréat, il faut aussi payer, et pour assister à la remise des trophées…il faut encore payer. Le pire, c’est qu’il contamine peu à peu le secteur car les journaux éthiquement corrects se disent : pourquoi est-ce lui qui décroche le plus de publicité alors que c’est nous qui travaillons dans les règles ? Et en plus il forme des confrères à ses méthodes scandaleuses. Sans compter qu’il diffuse une image de la presse si lamentable que lorsque je demande une contribution à un avocat pour l’un de mes titres, son attachée de presse me rappelle derrière pour me demander combien il faut payer pour écrire ! Un jour un ami avocat m’a appelée …. »

    N’Étant pas journaliste mais avocat je découvre donc ce site à la demande d’un ami journaliste qui m’a demandé mon point de vue d’avocat sur les pratiques dans la presse spécialisée. Comme je n‘aime pas beaucoup les blogs (les blogueurs et leur messianisme, les blogueurs et ce narcissisme qui les a fait décréter qu’Eolas – un des leurs – était un « blogueur influent » sans que l’intéressé n’ait peut-être voulu cet excès d’honneur et sans qu’on sache pourquoi cette influence ne se voit pas, mais alors vraiment pas, par exemple dans la décision que vient de rendre le conseil constitutionnel sur la garde à vue) et que la doctrine de mon confrère Eolas sur la pseudonymie m’arrange, je me l’approprie volontiers.
    La vision de la déontologie des avocats exposée dans cet article est pour le moins sommaire. L’exigence déontologique que la blogueuse, qui a été avocate me dit-on (nostalgie ?), prête aux avocats fera éclater de rire tous ceux qui savent que le contentieux déontologique des avocats a tellement EXPLOSÉ que l’on se prépare à une réforme des écoles d’avocats qui augmentent la part des cours et de l’évaluation en déontologie. Cette explosion ne découle pas seulement de la hargne des clients. On voit des choses incroyables et souvent des choses incroyables que les nouvelles générations d’avocats ne trouvent pas problématiques pour leur part (dissimulation de pièces, encouragement des clients à mentir…).
    La cour d’appel de Paris, qui gère tout ça en amont (les avocats parisiens ne sont donc autorégulés comme dit la blogueuse que tant qu’un contentieux déontologique n’est pas porté en appel et en province les choses sont différentes puisque les réformes récentes font que le droit disciplinaire à Paris est différent de celui des barreaux de province). Ce que la cour d’appel de Paris sait également, c’est que les cas qui lui sont portés ne s’expliquent pas seulement par la concurrence économique entre les confrères. Les avocats ne sont pas en dehors de la société et il faut avoir une vision un peu naïve des choses pour croire qu’il suffit d’avoir prêté serment et de revêtir la robe pour être débarrassé des incivilités qui traversent toute la société.
    Cette histoire de la « presse juridique » me laisse également perplexe. Toutes les revues juridiques, y compris les feuilles de choux des ordres des avocats et du CNB vendent des espaces publicitaires. Est-il possible qu’il y ait une revue juridique qui n’accepte de publier un avocat que pour autant que celui-ci achète un espace publicitaire ? Pourquoi pas. Mais qu’est-ce qui interdit à la blogueuse de dire laquelle puisque cette information n’est pas diffamatoire. Quel est l’intérêt pour un avocat à faire sa pub dans une revue juridique alors que les revues juridiques ne sont lues que par des juristes et alors que le marketing des cabinets d’avocat se fait en réalité ailleurs (oui le marketing des cabinets d’avocats se prête désormais à des trainings) ? Cette histoire de la « presse juridique » me laisse également perplexe car les grandes revues juridiques françaises (Semaine juridique, Recueil Dalloz, Gazette du Palais, Défrenois, Lettres Lextenso, Droit et patrimoine …) appartiennent toutes à de grands groupes et ont des protocoles relativement clairs avec des comités de rédaction qui comprennent nécessairement des universitaires puisque c’est la condition pour que la revue soit comptée parmi les revues dans lesquelles une publication d’universitaire peut être prise en compte pour son évaluation et sa carrière. Surtout : aucune des plus importantes revues juridiques françaises ne vend d’espaces publicitaires aux cabinets d’avocats. J’aimerais donc bien savoir quelle est cette revue qui « contamine peu à peu le secteur » alors que le Centre national des Barreaux se désespère plutôt de constater que très peu d’avocats en France sont abonnés et/ou lisent des revues juridiques et que c’est entre autres raisons pour compenser cette situation que l’ordre à Paris a créé le Campus avocat, pour essayer de donner aux avocats cette formation permanente que la non-lecture de revues juridiques de premier rang ne leur apporte pas…

    Commentaire par Laurent Picq — 19/11/2011 @ 21:38

  20. @Borinon : merci de votre intervention, l’ignorais l’existence d’un conseil de la presse en Belgique. (En revanche, je savais que les juristes d’entreprise venaient d’accéder au stade de profession à part entière, décidément, vous êtes un modèle à bien des égards). Si vous voulez nous expliquer en détail comment il fonctionne, ce sera avec plaisir.

    @Laurent Picq : votre ignorance du milieu auquel vous prétendez appartenir est, comment dire,….embarrassante. Mais que cela ne vous empêche surtout pas de continuer à me donner des leçons, je crois que vous allez remplacer avantageusement le programme De Funès que je m’étais concocté ce soir.

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/11/2011 @ 21:54

  21. […] La déontologie dans tous ses états […]

    Ping par La déontologie dans tous ses états | Chronique des Droits de l'Homme | Scoop.it — 20/11/2011 @ 01:19

  22. Déontologie : une sorte de serment que prêteraient des gens et qui engagerait leur parole et leur honneur et leur appartenance à un groupe.
    À quoi peuvent s’engager des journalistes ?
    1- à traiter un sujet dans la plus grande exhaustivité possible, à instruire à charge et à décharge (ce qui peut entraîner de se former en équipe, les équipes se faisant et se défaisant au gré des sujets)
    2- à ne pas mélanger dans la description ainsi recherchée des remarques personnelles et à accepter que ceux qui tiennent à faire part de leur opinion ne soient pas des journalistes.
    3- à accepter qu’un site Internet publie des analyses critiques de leur travail et, publiquement, dans une sorte d’Agora à l’antique, à accepter de répondre de leur publication.
    4- ce site Internet transcenderait les Rédactions qui n’auraient plus à intervenir dans le travail des journalistes.
    5- le choix des sujets étant libre, le journal qui l’héberge garde le pouvoir de refuser le papier.
    6- le site Internet chargé de la critique publique a lui-même un code de déontologie qui fixe ce qu’il a en charge de faire : vérifier que les sujets « qui comptent » soient traités et le soient dans toute l’étendue des problèmes qu’ils soulèvent et « honnêtement » pour autant qu’on puisse en juger.
    7- la vérité est, chaque jour, du début jusqu’à la fin de son travail, le seul but pour qui prétend être un journaliste.
    8- aucune limite autre que celle du droit général et de l’éthique personnelle du journaliste n’est imposé dans ce serment pour ce qui concerne les moyens d’obtenir la vérité.
    9- tout journaliste qui se sert de la confiance qu’on place ainsi en lui (de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité pour autant qu’il en a les moyens), pour rechercher des bénéfices personnels (notoriété, argent, pouvoir) perd son honneur et la reconnaissance de ses pairs.

    Commentaire par Bray-dunes — 20/11/2011 @ 09:22

  23. Bonjour Aliocha,
    Je suis une minuscule avocate parisienne et je lis votre blog depuis longtemps.
    Je ne suis pas de votre avis quant à l’intervention de Laurent Picq.
    Je ne comprends pas bien pourquoi vous balayez d’un geste méprisant ce témoignage et traitez ouvertement son auteur de bouffon.
    J’ignore quels avocats et quels cabinets vous connaissez/fréquentez, mais les questions déontologiques sont effectivement devenues de vrais poisons dans notre vie quotidienne.
    Vous n’avez nécessairement pas la même perception de la situation que nous.
    Dans la vie quotidienne je peux vous dire que nous constatons la différence de traitement entre les petits, (les obscurs, les sans grade) et les cabinets dotés d’une certaine célébrité. C’est en particulier vrai en matière de litiges entre confrères ou avec les clients.
    Les avocats des beaux quartiers, ceux qui gagnent les élections et acquièrent ainsi un pouvoir important au sein du conseil de l’Ordre, font régner leurs propres règles qui n’ont rien à voir avec l’intérêt des clients et le respect de l’éthique professionnelle contenue dans notre serment.
    Tout le monde n’a pas le talent d’Eolas ou de Maître Mo.
    Les autres n’ont qu’à s’écraser et continuer à exercer leur profession comme ils peuvent, au milieu de règles sur lesquelles leur avis n’a aucune prise et n’est d’ailleurs jamais sollicité.
    Une illustration récente (parmi tant d’autres) se trouve dans le questionnaire « gouvernance » qu’on nous a récemment adressé. Les questions posées m’évoquaient celles des sondages que fait réaliser la SNCF: si vous ne voulez pas de réponse embarrassante, ne posez pas la question qui gêne.
    Bien à vous,

    Commentaire par Baptistine — 20/11/2011 @ 10:02

  24. @Baptistine : si j’ai répondu durement à votre confrère c’est qu’il y a un réflexe que je déteste en tant que blogueuse, celui qui consiste pour un commentateur à considérer que s’il n’est pas au courant de ce qu’on lui apprend, c’est que ça n’existe pas. Cet endroit n’est pas un lieu de dénonciation, il est donc hors de question que je donne le nom de la publication concernée et de son directeur. Il est évident qu’il ne s’agit d’aucun des titres historiques de la presse juridique, mais d’un challenger qui traite des cabinets d’affaires, un peu de finance, et d’audit. Il pourrit la vie de tout le monde depuis 10 ans. Et je crois même qu’il a fait au moins un émule, avec lequel j’ai discuté, et qui a la même approche pour le moins discutable de la déontologie minimale de la presse. On ne paie pas pour écrire ou être interviewé dans un magazine, pas plus qu’on ne paie pour figurer dans un classement. Seulement l’individu considéré joue sur l’ignorance des règles de la presse par les avocats et sur leur ego qui visiblement les rend prêts à faire n’importe quoi pour avoir leur nom dans un journal. Une fois qu’il en a chopé un dans ses filets, tous les autres suivent parce qu’ils estiment ne pas pouvoir être absents du canard où est le confrère. C’est aussi simple que ça.
    Maintenant sur les débats internes à la profession d’avocat, je les connais bien, et je sais que tout n’est pas rose. Par exemple sur l’avocat en entreprise, ou encore sur la nécessité ou non de créer un ordre national. Ce sont des dossiers intéressants. Vous estimez qu’ils sont défendus par les avocats des beaux quartiers, dont acte. Dans mon exercice professionnel, je m’abstiens de prendre position, mais puisque nous sommes dans un lieu d’opinion personnelle, je vais vous donner mon avis. L’avocat en entreprise, c’est une évolution indispensable, à condition comme le souligne l’ACE, qu’on ne mette pas en place un secret professionnel à deux vitesses. D’une part, cela va grossir les effectifs de la profession et donc la rendre plus puissante, d’autre part un avocat dans une entreprise, c’est une prescripteur pour les avocats libéraux. Sans compter que cela devrait diminuer le réflexe « j’en parle à mon expert-comptable » que j’avais moi-même quand je m’occupais dans une autre vie d’un petit groupe de sociétés. Je pourrais décliner les arguments à l’infini, notamment sur l’intérêt pour les entreprises françaises face à leurs concurrentes d’avoir des juristes bénéficiant de la confidentialité (rapport Prada) ou encore sur la guerre entre common law et civil law que nous sommes en train de perdre à force de nous embourber dans des querelles de chapelle (rapports doing business de la banque mondiale) Quand à l’ordre national, je trouve aussi que c’est une bonne idée. Si vous saviez à quel point la Chancellerie ricane quand elle consulte les avocats et voit débarquer 7 ou 8 personnes place Vendôme parce que la profession ne parvient pas à se faire à l’idée d’avoir un seul représentant. Cela fait quelques années que la Conférence des bâtonniers, le CNB et le barreau de Paris se rapprochent doucement, à mon avis, il était temps. La concurrence des experts-comptables notamment est forte, ils vous ont déjà grignoté beaucoup de terrain auprès des entreprises grâce à leur proximité avec Bercy qui est leur ministère de tutelle. Sans compter l’incroyable force de frappe des notaires qui vous chahutent si je ne m’abuse dans leur dernière campagne publicitaire.
    Et pour en revenir à mon sujet, permettez-moi de faire un truc à la mode qui s’appelle le benchmarking, autrement dit de rechercher les meilleures pratiques en matière de déontologie parmi toutes les professions que j’observe pour nourrir modestement les réflexions de ma profession. Je n’ai pas plaidé ici pour un ordre des journalistes précisément parce que j’en aperçois les faiblesses chez vous. Moins encore pour une justice ordinale, elle a tendance à me faire sourire, dans le meilleur des cas. En revanche, je trouve que l’attachement de votre profession à sa déontologie et sa capacité à la défendre devrait nous inspirer. C’est tout, et c’est déjà beaucoup.

    Commentaire par laplumedaliocha — 20/11/2011 @ 10:36

  25. @Baptistine : et pour ajouter un élément de réflexion en ce qui concerne votre observation sur les avocats des beaux quartiers qui prétendent gérer le destin des autres, il me semble que le vrai problème est ailleurs. C’est la dialectique politique classique entre les représentants d’une profession ou même d’un pays et ceux qu’ils représentent. Les premiers raisonnent au niveau « macro », les seconds au niveau « micro ». Donc il y a des heurts, des crispations, des incompréhensions et des sujets de débat. C’est normal de se braquer à l’idée que quelqu’un décide pour vous, en tout cas c’est une réaction que je partage entièrement 😉 , maintenant, vu de l’extérieur, je vous assure que c’est pas con ce que font vos institutions. Mais évidemment, ce n’est qu’un avis, il n’engage que moi et vous avez le droit de me répondre que c’est facile à dire quand on est pas concerné. J’accepte la critique.

    Commentaire par laplumedaliocha — 20/11/2011 @ 11:17

  26. Tiens, c’est piquant, cette semaine dans Marianne, on découvre que Joseph Macé-Scaron est enfin sorti de sa période de pénitence. Pour les distraits, je rappelle qu’il a été mis en cause pour plagiat comme romancier mais aussi, et c’est plus ennuyeux encore, en tant que journaliste. Le patron de Marianne a expliqué sur Marianne 2 qu’il était trop brillant pour que la rédaction s’en sépare (JMS est directeur adjoint de la rédaction), mais qu’en raison des fautes incontestables commises, il allait être rétrogradé un temps au rang de journaliste de terrain. Où l’on découvre que chez Marianne le journalisme à la manière d’Albert Londres (au hasard) est considéré comme un art mineur comparé au métier d’éditorialiste. Donc, la bonne nouvelle c’est que JMS donne cette semaine une leçon de morale à l’ensemble de la presse sur la protection de la vie privée de DSK. Ouf, le voici donc revenu à sa place ! Quelle joie ! Accessoirement, je trouve que le choix de le positionner en moraliste des médias est particulièrement judicieux. Voici un exemple parmi d’autres du système dont la profession entend maintenir jalousement la pérennité : la critique des journalistes par les journalistes. Remarquable en effet.
    http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=12011
    http://www.marianne2.fr/Joseph-Mace-Scaron-s-explique-Marianne-aussi_a210295.html

    Amis lecteurs, si vous avez envie de hurler de rire, je ne vous en voudrais pas. En ce qui me concerne, je pose les gants, au moins pour la journée. J’en ai ras la plume !

    Commentaire par laplumedaliocha — 20/11/2011 @ 13:22

  27. Bonjour,

    Juste une précision, pour éclairer les débats : la charte de déontologie de 1918 est l’oeuvre du SNJ. Le syndicat national des journalistes l’a réactualisé en 1938, puis tout dernièrement, en 2011, pour prendre en compte la révolution numérique.

    Commentaire par jean-bernard — 20/11/2011 @ 15:54

  28. Il ne me semble pas que vous m’ayez bien lue.
    Vu de l’intérieur non plus, ce n’est pas con d’avoir un seul Ordre national, il y a des années que je le pense. Et tant mieux si on finit par y parvenir, ce ne sera pas trop tôt.
    Je vous remercie d’imaginer que je ne suis pas capable de raisonner au niveau macro, mais je crains fort qu’également dans les beaux quartiers on raisonne beaucoup au niveau micro (comment développer notre chiffre d’affaires) et pas trop au niveau de la profession et de ses exigences.
    Maintenant au sujet des avocats des beaux quartiers, utilisons une autre expression si celle-ci vous semble un peu trop poujadiste.
    Nous n’avons aucune prise sur les décisions du conseil de l’Ordre et vous savez fort bien que les votes vont essentiellement aux candidats qui ont les moyens d’une campagne, c’est-à-dire ceux des gros cabinets. C’est une tendance qui s’est accentuée de manière exponentielle depuis que je vote.
    Le conseil de l’Ordre ne prétend pas gérer le destin des autres, il le fait.
    Et à mon sens il ne le fait pas de manière à respecter nos clients et un minimum d’éthique professionnelle, je continue de le penser.

    Commentaire par Baptistine — 20/11/2011 @ 18:18

  29. @Baptistine : vous aussi vous m’avez sans doute mal comprise, rien ne me choque, sauf une chose, je voudrais qu’on m’explique pourquoi on ne peut pas avoir de conversation tranquille avec des avocats. Je les cite en exemple et je me prends de votre confrère une volée de bois vert, pire que si j’avais fait un billet dénonçant tout et n’importe quoi. Vous semblez croire que j’ignore les travers du système, je vous réponds que je les connais un peu, ça ne va encore pas. He, dites, on peut causer tranquillement ? C’est l’usage ici, en principe. Gardez les rapports de force pour le prétoire. Merci.

    Commentaire par laplumedaliocha — 20/11/2011 @ 19:34

  30. « Maintenant sur les débats internes à la profession d’avocat, je les connais bien, et je sais que tout n’est pas rose. Par exemple sur l’avocat en entreprise, ou encore sur la nécessité ou non de créer un ordre national. Ce sont des dossiers intéressants. »

    Tout cela est bien beau. Seul problème : ce n’est pas ce dont je parlais ! Et ce n’est pas ce dont les instances disciplinaires sont assaillies. Je parlais de ces « Chinese Walls » que les cabinets anglo-saxons ont importé chez nous et qui ne sont pas évidents culturellement pour beaucoup d’avocats français.

    Merci, chère blogueuse qui sait tout de la profession de me dire combien d’affaires de violations de ces Chinese Walls, hors même le cas Bettencourt, ont été portées au conseil de l’ordre.

    Merci, chère blogueuse qui sait tout de la profession de me dire combien de ces avocats chômeurs qui sont hébergés à la « Pépinière » boulevard de Sébastopol à Paris sont tentées par des solutions pas très « déontologiques ». Merci chère blogueuse qui sait tout de me dire combien d’avocats pénalistes sont mis en cause devant les ordres pour des trucs délirants avec leurs clients.

    Merci Chère blogueuse qui sait tout de la profession d’avoir la modestie de constater que parler des projets de réforme de scolarité dans les écoles d’avocats pour y accorder plus d’heures de cours et de cas à la déontologie n’a rien à voir avec ce péremptoire « mais sur les débats internes à la profession d’avocat, je les connais bien, et je sais que tout n’est pas rose. Par exemple sur l’avocat en entreprise, ou encore sur la nécessité ou non de créer un ordre national. Ce sont des dossiers intéressants ».

    Merci chère blogueuse qui sait tout de la profession d’avoir la modestie de penser que « la profession » ne veut rigoureusement rien dire dans un contexte dans lequel Paris et la provine n’ont jamais été aussi distants, où il existe en réalité plusieurs barreaux et que ces barreaux ne se vivent pas de la même manière ! C’est ce que ma consoeur a essayé (en vain) d’expliquer avec plus de civilité peut-être que moi.

    Pour finir, je ne sais pas quelle est cette feuille de choux à laquelle la blogueuse accodre une si grande importance mais je suis prêt à prendre le pari qu’aucun des « Big Four » n’y est. Ou alors j’achète des espaces publicitaires sans savoir à qui ! Pas envie d’expliquer à la blogueuse qui sait tout comment nous nous faisons pour exercer de l’influence juridique (présence de docteurs en droit dans le cabinet, parrainage de meetings…), ce qui n’a rien à voir avec le marketing économique. Nous. Pas « la profession ».

    Commentaire par Laurent Picq — 22/11/2011 @ 14:37

  31. @Laurent Picq : je ne sais plus qui disait : « c’est un bien grand malheur de n’avoir pas suffisamment d’esprit pour parler ni d’intelligence pour se taire », mais comme vous savez tout, vous allez trouver.

    Commentaire par laplumedaliocha — 24/11/2011 @ 09:30

  32. Merci pour l’intérêt que vous avez manifesté pour le fonctionnement du Conseil de Déontologie Journalistique (CDJ) de la Belgique francophone. Pour en savoir plus, je vous invite à vous rendre sur son site : http://www.deontologiejournalistique.be

    Vous y trouverez déjà énormément d’informations et de cas concrets traités.

    Commentaire par Margaret Boribon — 25/11/2011 @ 17:49

  33. @Margaret Boribon : merci pour le lien, je suis déjà allée voir le site, mais j’avais oublié de le mettre en lien pour les lecteurs. Je vais m’y plonger plus sérieusement dès que j’aurai un peu de temps. Par ailleurs, je serais heureuse que nous puissions en discuter.

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/11/2011 @ 18:27

  34. […] @laplumedaliocha a écrit « La déontologie dans tous ses états », un papier passionnant que je référence à nouveau ici (après Twitter et l’Atelier des médias) et qui porte sur […]

    Ping par Pressons, pressons: révolutions du journalisme | Humaineressource's Blog — 26/11/2011 @ 07:18

  35. Un journaliste peut-il avancer une interprétation sur un fait et n’être pas tenu à fournir des preuves irréfutables ?
    Contre cette thèse, on peut objecter que c’est la porte ouverte à toutes les rumeurs.
    Pour cette thèse, on peut avancer, que la recherche de la vérité doit prévaloir toute autre considération.
    Par exemple, en ce moment, on a une thèse avancée par un journaliste américain, sur la possibilité d’un piège tendu par des services occultes à DSK. Est-ce qu’en france, une rédaction va oser ouvrir un dossier à charge et à décharge et argumenter pour et contre une telle thèse qui met en cause Sarkozy ? Non.
    Pourtant les éléments du puzzle s’emboîtent et la probabilité est telle que je ne vois pas comment on pourrait ne pas au moins mettre cette affaire sur la place publique : libre à chacun de comprendre les faits comme ci ou comme ça.
    Le problème en France est : la trouille.
    La subversion s’y pratique avec un minimum de risque, de très loin, courageuse mais pas téméraire dans le genre marianne 2 : sarkozy, vous êtes un vilain ou, comme en ce moment : Sarkozy entre Kennedy et De Gaulle.

    Les morceaux du puzzle :
    1-On a retrouvé sur le compte de Diallo des sommes importantes pour une femme de ménage sensée être démunie, dont l’origine est « indéterminée » …
    Elle a dit à son petit ami en prison « qu’elle savait ce qu’elle faisait ».
    2-Les bagages de DSK étaient dans l’entrée. La règle c’est de ne pas entrer quand le « client » est là, sauf pour une demande spécifique, ce qui n’était pas le cas.
    3-12h06 : elle entre dans la chambre de DSK
    12h26 : elle entre dans la chambre 2820, située au même étage que celle de DSK. La femme de chambre s’y est déjà rendue à plusieurs reprises dans la matinée. « Y avait-il quelqu’un dans la chambre 2820 en dehors de Nafissatou Diallo avant et après sa rencontre avec DSK ? Si oui, qui étaient-ils et que faisaient-ils là ; et pourquoi, dans tous les cas, Diallo a-t-elle nié qu’elle s’était rendue dans la chambre ? » s’interroge le journaliste Edward Epstein. Questionné à ce sujet par les avocats de l’ancien directeur du FMI, le groupe Accor a refusé de répondre.
    12h28 : DSK quitte le Sofitel dans un taxi en direction du restaurant. Il s’aperçoit de l’absence de son téléphone qu’il soupçonne avoir été hacké [[[[en début de matinée : DSK découvre qu’il a « un sérieux problème avec un de ses téléphones BlackBerry ». L’appareil, qu’il utilise pour envoyer et recevoir des messages personnels et professionnels, a vraisemblablement été hacké. Une amie de l’ancien directeur du FMI, qui travaille comme documentaliste au siège parisien de l’UMP, lui a envoyé un message dans la matinée pour le prévenir « qu’au moins un de ces e-mails privés récemment envoyés depuis son BlackBerry à son épouse, Anne Sinclair, avait été lu dans les bureaux de l’UMP à Paris. »]]]]]
    12h51 : Le téléphone de DSK est déconnecté et le système de géolocalisation de l’appareil désactivé, comme en témoignent les archives de la compagnie BlackBerry. « Si on excepte la possibilité d’un accident, pour qu’un téléphone soit mis hors service de cette façon, il faut, selon un expert légal, une connaissance technique du fonctionnement du BlackBerry », précise Edward Epstein.
    13h33 : Brian Yearwood, ingénieur en chef du Sofitel, et un homme dont l’identité n’a pas été dévoilée – mais qui a auparavant accompagné Nafissatou Diallo jusqu’au PC sécurité – s’éloignent du groupe rassemblé autour de la femme de chambre. A l’abri des regards, ils se congratulent, frappent dans leurs mains et se lancent dans « ce qui ressemble à une extraordinaire danse de fête qui dure trois minutes ». Pourquoi les deux hommes se livrent-ils à une telle démonstration de joie ?

    Commentaire par Bray-dunes — 27/11/2011 @ 10:57


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :