La Plume d'Aliocha

25/10/2011

Demain, le journalisme

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 23:46

Qui a dit que les journalistes étaient paresseux ? Certaines de mes journées se terminent à minuit, voire plus tard. C’est le cas depuis plus de deux semaines. Ce qui ne m’a pas empêchée de publier ici quelques billets, dans une sorte d’irrépressible élan. Mais il y a toujours un moment où il faut poser la plume. C’est donc vaincue par l’épuisement que je vous laisse en compagnie d’un remarquable webdocumentaire, Prison Valley. Pour en savoir plus sur l’auteur, David Dufresne, c’est ici ou encore . Il parait qu’il a buzzé l’an dernier, je dois avouer à ma grande honte que j’avais loupé l’événement. C’est un confrère d’Owni qui m’a envoyé le lien hier. Si, comme moi, vous êtes passé à côté, je vous invite vivement à opérer un rattrapage. Ce documentaire non seulement est passionnant, mais il donne une idée des formidables potentialités de développement qu’offre le web au journalisme. Personnellement, j’ai adoré, et vous ?

Advertisements

16 commentaires »

  1. merci de ce lien. Ce reportage est effectivement exceptionnel, je vais mettre un petit moment à le digérer

    Commentaire par Ginkgo — 26/10/2011 @ 17:19

  2. @Ginkgo : merci de votre retour, je commençais à me sentir un peu seule sur ce coup-là 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 26/10/2011 @ 17:54

  3. Je suis trop bête pour m’enregistrer depuis Facebook. Je n’y comprends rien à Facebook. J’attendrai donc la nuit pour tout regarder d’un coup.

    Commentaire par lambertine — 26/10/2011 @ 19:09

  4. @lambertine : je n’ai pas utilisé non plus les fonctions d’enregistrement, ça m’agace. De toute façon, je suis par principe opposée à Facebook, leurs pratiques sont honteuses en matière de respect des droits et libertés.

    Commentaire par laplumedaliocha — 26/10/2011 @ 19:11

  5. Merci pour le site de hier (ou ce matin, je ne sais plus) et pour ce documentaire, effectivement un peu lourd à digérer.

    Mais comme vous le dites, c’est un magnifique exemple de Webjournalisme, et donc une flèche supplémentaire dans le cœur de nos journaux papier. Il va falloir vraiment penser à trouver un palliatif en cas de disparition de ma « feuille de choux » quotidienne : je vous le demande, avec quoi faire les vitres sans papier journal.

    Commentaire par CTPjano — 26/10/2011 @ 19:37

  6. « Je défends le journalisme en effet, pas forcément à la française d’ailleurs, mais en soi, parce que c’est une activité utile » …
    On peut dire aussi que la presse doit rester libre, il me semble, pour atteindre la vérité : ce en quoi elle nous est utile. Elle nous permet de récupérer notre liberté que le pouvoir englue.
    La liberté est une idée moderne. Elle ne cesse de travailler notre manière de voir les choses. Par exemple, le pouvoir est vécu comme une atteinte à notre liberté. Nous sommes libres et le pouvoir vient de l’extérieur nous imposer quelque chose : comme d’entendre les Quatre saisons dans l’ascenseur.
    Les Quatre saisons qui s’imposent à moi, c’est comme la propagande gouvernementale ou la publicité pour lalessivequilaveplusblancqueblanc, c’est de la glu. Or, il me semble, que ces deux mots (propagande et publicité) disparaissent peu à peu du paysage et sont remplacés par « la com » avec ce que ce mot gomme de l’extériorité qui nous sépare du message, comme pour promouvoir une communion autour de la « même » vérité (que porte le mot ‘un’). Les mots anciens constituaient un point de vue, une distance, une lucidité vis à vis du message et de sa réelle intention (ils disent : « attention, l’ intention réelle n’est pas de décrire la réalité, mais de la masquer »).
    La com, c’est de la propagande non vue comme telle : pourquoi la perdons-nous de vue ? N’est-ce pas le signe de notre abdication ?
    Tel jour, un ministre russe nous explique que tel pays, l’Arménie, est dans son droit en réclamant tel territoire, le Nagorny Karabakh, à l’Azerbaïdjan, son voisin. Il a la larme à l’oeil en nous décrivant la souffrance, les viols, les snippers et il est rouge de colère et d’indignation en rappelant le principe « x » et le droit « y » : or, nous ne l’écoutons que d’une oreille distraite, car nous savons que c’est du blabla (nous le voyons « comme » une petite ordure abjecte récitant sa leçon apprise par coeur et sans contenu autre que de tromper les gens). Nous le savons, car des journalistes ont décrypté la situation, ont mené l’enquête, ont recoupé les opinions des spécialistes et sont arrivés à cette conclusion que de même que Hitler voulait le pétrole de la mer Caspienne, de même actuellement les USA le veulent, les Chinois idem et les Russes essaient par l’intermédiaire de l’Arménie de déstabiliser l’Azerbaïdjan pour le récupérer.
    Toutes ces histoires de droits des nations, toutes ces histoires où il est question de droit, dans la bouche du pouvoir, doivent être, nécessairement analysées, recoupées (et seule la presse peut faire ça, il ne faut pas compter sur les cours de justice, qui sont noyautées, retournées et utilisées comme paravent) pour que la vérité vraie perce et nous permette de nous détacher de la glu sentimentale où le pouvoir cherche à empâter notre liberté.

    Mais, dites-moi, tout cela ne nous fait-il pas penser à une situation locale ? La même chose ne se déroule-t-elle pas ici et maintenant, bien trop près de nous pour que nous le puissions la voir, là sous nos yeux embués de larmes, sauf que dans ce cas la presse se défile, rase les murs et manque à son devoir (elle file doux et semble ne pouvoir décrire la réalité des intentions du pouvoir, qu’avec la distance géographique ou historique) ; donc la voilà assujettie, ayant choisi, contre son devoir, de se faire l’agent du gouvernement : non qu’elle le fasse sans être persuadée de sa bonne foi, elle le fait de son plein gré, et elle choisit, de manière responsable de relayer, sans distance, tel quel, le message des services de com de l’armée, du pouvoir actuel, et en en rajoutant même une couche, démonstration que le pétrole de Lybie est à ce point vital, qu’il est même devenu la prunelle de nos yeux (on ne va tout de même le laisser filer en Chine, et se laisser grignoter encore un bout de notre territoire), et qu’il fait perdre à la presse sa raison (d’être).
    Cette perte du doute, cette abdication de la raison devant le pouvoir (pensons aussi à la presse américaine qui relaie servilement le discours du pouvoir dans le déclenchement de la guerre en Irak) est aussi le renoncement à la démocratie : le peuple est mis sciemment en dehors du coup, car nous sommes désormais hors du sens commun, parce qu’il est impossible d’expliquer raisonnablement qu’il faut tuer de gens pour du simple pétrole, parce qu’aucune propagande ne peut faire passer cette abjection pour l’axe du bien, parce qu’aucune pédagogie ne permettra d’expliquer le bien fondé de ce choix : et c’est ainsi que la noblesse qu’il y aurait eu à dire aux gens la vérité de la situation cornélienne où se trouve le pouvoir (le pétrole ou ..) et qui leur aurait permis de décider ou de refuser la guerre en Lybie, s’est transformée en son contraire : l’abject rouleau compresseur de la propagande, la servilité de la presse et avec elle la fin de la distance qui nous permet de distinguer le vrai du faux, par où le pouvoir, cessant d’être repéré comme tel, prend l’habitude d’entrer en nous, comme chez lui et devient tyrannique.

    Commentaire par Bray-dunes — 26/10/2011 @ 23:36

  7. J’essaie d’aller le plus loin possible. Je ne sais pas comment réagir au journalisme. Je ne peux réagir qu’aux prisons, et laisser couler mes larmes. Sans doute parce que j’ai un ami proche enfermé dans une prison – en grève depuis dix-sept jours.
    Désolée, Aliocha.
    Et merci.

    Commentaire par lambertine — 27/10/2011 @ 23:03

  8. @Lambertine : ben nous voilà bien, faut pas vous faire du mal comme ça, arrêtez le reportage s’il vous fait pleurer. Et puis je n’oblige personne ici à faire de longs développements sur l’avenir du journalisme, la question c’était juste : ça vous plait ou pas ? Personnellement, je trouve qu’il y a quelques gadgets mais globalement c’est vraiment bien.

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/10/2011 @ 23:59

  9. J’ai fini par le regarder jusqu’au bout (sans être certaine d’avoir utilisé tous les « gadgets) et franchement, oui, j’ai « aimé ». Intéressant, bien foutu, j’ai beaucoup apprécié les différents points de vue sur un même thème, de la femme de détenu au politicien (j’aurais aimé un point de vue d’ex-détenu également, mais il était dans le forum, donc…).
    Et parfois, pleurer fait du bien.

    Commentaire par lambertine — 28/10/2011 @ 19:20

  10. A propos des journalistes et de leur rôle sur le web… les 8 tendances venues de E.U :

    http://blog.slate.fr/labo-journalisme-sciences-po/2011/03/10/les-8-tendances-venues-des-etats-unis/

    Commentaire par Bérénice — 28/10/2011 @ 23:31

  11. « Qui a dit que les journalistes étaient paresseux ? Certaines de mes journées se terminent à minuit, voire plus tard ».

    Ben oui, l’économie de la presse repose sur l’auto-exploitation. Un journaliste, c’est bien connu, fait un métier merveilleux, il ne doit pas compter son temps…
    Et c’est ainsi que la précarité s’installe, à cause de la concurrence féroce de ceux qui ne comptent pas leur temps. Ça m’étonnerait que vous soyez syndiquée, Aliocha.

    Commentaire par Gilbert — 29/10/2011 @ 03:42

  12. @Gilbert : je suis free lance, si je ne travaille pas, je ne bouffe pas. Cela vous suffit-il comme explication ?

    Commentaire par laplumedaliocha — 29/10/2011 @ 11:06

  13. « Cela vous suffit-il comme explication ? »

    Pour la compléter auprès de vos lecteurs : la plupart des pigistes dans la presse magazine, surtout féminine, se tirent la bourre. Le prix du feuillet ne cesse de baisser. De nombreux journalistes se font payer en droits d’auteur. Cette année, plus de la moitié des cartes de presse ont été délivrées à des journalistes qui gagnaient moins que le SMIC. Cela vous suffit-il comme explication ?

    Pour ceux que ça intéresse, il existe un bouquin très bien foutu qui s’appelle « journalistes précaires », d’Alain Accardo (réédité chez Agone). C’est une analyse de la situation de précarité qui règne dans le milieu de la presse, à partir de témoignages de pigistes qui, comme Aliocha, travaillent pour bouffer. Mais eux, ils ne disent pas qu’ils travaillent pour bouffer, ils ont choisi d’exercer un métier noble. C’est assez édifiant la façon dont ils se dorent la pilule à coup de « j’ai choisi la liberté en étant pigiste », « journaliste c’est un métier merveilleux, c’est normal de ne pas compter son temps ».
    C’est marrant, nombre de jeunes pigistes que j’ai connus, heureux de l’être, et qui ne voulaient pour rien au monde intégrer une rédaction… sont aujourd’hui en CDI. Je ne leur jette pas la pierre, c’est une réaction assez humaine de faire nécessité vertu. Mais faut pas me la faire avec « la liberté du pigiste ». Le métier de journaliste est aujourd’hui sinistré, il ne faut pas avoir honte de le dire. Derrière la vitrine des stars du petit écran, derrière ceux qui ont encore la chance d’être en CDI dans la presse traditionnelle, il y a une précarité galopante et affolante.

    Commentaire par Gilbert — 29/10/2011 @ 15:26

  14. Ai-je dis le contraire sur la situation des journalistes depuis que ce blog est ouvert ? Non, que je sache. Maintenant, free lance pour moi, c’est un vrai choix. Mon régime est objectivement dur et qui plus est périlleux, mais il me convient infiniment mieux que les rares expériences que j’ai eues en cabinet d’avocats ou dans des groupes de presse. Je suis violemment allergique aux chéfaillons, aux réunions qui ne servent à rien, aux horaires imposés, aux courbettes diplomatiques et autres farces du même genre qu’impose généralement la vie en entreprise. De fait, quand des confrères me demandent s’ils peuvent se lancer dans le free lance parce qu’ils en ont marre d’être salariés ou bien qu’ils sont licenciés (très courant ces temps-ci) je leur réponds immanquablement que c’est une question de caractère : si vous êtes fait pour, vous serez heureux, dans le cas contraire, n’y pensez même pas. Et être fait pour, c’est aimer son boulot, ne pas compter son temps, accepter le risque d’être payé à ce qu’on produit, être imaginatif et très exigeant sur le boulot que l’on rend qui n’a pas d’autre choix que d’être impeccable. Au passage, je refuse systématiquement les missions rémunérées en droit d’auteur, pour protéger notre statut, et je le fais toujours en expliquant clairement à mon interlocuteur qu’il est hors-la-loi. Mais comment en vouloir aux jeunes confrères qui n’ont pas d’autre choix que de prendre ce qu’on leur offre ? Maintenant, vais-je pouvoir continuer ainsi ? Je n’en sais rien, on verra bien. Si je rencontrais un jour une belle équipe sur un beau projet, je changerais peut-être d’idée, pour l’instant, je préfère ma liberté, fut-elle aussi épuisante que risquée 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 29/10/2011 @ 16:38

  15. Dans la série « Notre amie la com' » , une conf pour les chercheurs qui eux aussi veulent s’y mettre : http://www.educpros.fr/conference/communication/presentation.html

    On n’arrête pas le progrès.

    Commentaire par Bérénice — 08/11/2011 @ 15:47


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :