La Plume d'Aliocha

30/08/2011

Et blablabla…

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 11:29

La campagne des présidentielles approche à grand pas et avec elle enfle le tsunami des petites phrases. Mais comment ? s’indigne-t-on sur la toile, les journalistes politiques ne sont donc pas fichus de nous raconter sur le PS autre chose que des échanges de petites phrases, des histoires de coups d’oeil plus ou moins assassins, d’irruption d’un candidat dans la salle de conférence d’un autre, de pronostics hasardeux sur l’issue des primaires etc. Fort heureusement, j’ai cru comprendre que TF1 prenait le problème de l’information à bras le corps et avait trouvé l’idée géniale pour que son 20 heures fasse un bond qualitatif : Laurence Ferrari pourrait le présenter debout. Oui. « Sur TF1 on ne s’interdit rien » titre sans rire l’article en lien. Je n’ai pas regardé hier la nouvelle formule, mais je gage que c’était forcément épatant, surtout si l’idée de faire se lever la présentatrice a été retenue. On a enfin entendu le message du public, l’information approfondie et de qualité, c’est pour tout de suite.

Pendant ce temps, la toile s’agite et comme elle n’a presque rien à se mettre sous la dent, j’entends par là de factuel, de solide, elle glose à l’infini sur l’absence d’information, examine au microscope l’obsession de la petite phrase, comme je le fais ici d’ailleurs, et se repait de polémiques sur des riens, du vent, le grand vide, agissant comme une sorte de « metamedia » qui tout à la fois critique et amplifie jusqu’à l’overdose les micro-informations délivrées par les médias traditionnels. Oh j’entends bien qu’il y a quelques poissons volants, sites d’information, blogueurs en vue, et autres esprits éclairés qui tentent de nous sortir de l’ornière. Mais ceux-là n’ont que peu de moyens, ils ne font quasiment pas de reportages de terrain et s’épuisent à tirer la substantifique moëlle de ce que leur rapporte les journalistes qui eux vont encore voir pour de vrai ce qui se passe mais à qui on coupe la chique au nom du raccourcissement indispensable des formats.

Le monde va de plus en plus vite, le public n’a plus le temps et puis il veut qu’on l’amuse. Voilà en substance le discours des patrons des grands médias, presse écrite, chaines de télévision, radios, pour justifier des formats toujours plus courts imposant de facto une information toujours plus superficielle. On s’étonne que mes confrères n’aient rapporté des universités du PS que des détails sans importance ? Mais que voulez-vous raconter d’autre, en quelques lignes ou quelques secondes ? Tenez, hier soir tard je regardais le journal de France 3 quand le présentateur soudain annonça un résumé de l’actualité de la journée en 2mn30. Il y eut trois sujets je crois, faites le compte du temps imparti à chacun. C’était si court qu’on saisissait à la musique des commentaires de reportages qu’on  avait coupé leurs auteurs au beau milieu d’une phrase.

En définitive, le bruit médiatique devient inversement proportionnel au contenu factuel qu’on nous propose. On me dit que la finance s’est déconnectée de l’économie ? Je crois pour ma part que les médias se sont déconnectés de l’information. Ils fonctionnent en roue libre, alimentant leur propre folie, dans une dérive tout à fait comparable à celle de nos chers financiers. Vous n’en avez pas marre de cet immense bavardage ? Même ma propre opinion sur les choses finit par m’écoeurer. J’ai soif d’information factuelle, de longs reportages, bref de journalisme au sens noble du terme. J’en ai assez de remplir les vides en subodorant, glosant, discutant jusqu’à l’épuisement.

Amis patrons de presse, je crois vraiment qu’on arrive au bout de la folie médiatique. Et si on essayait de rallonger les formats ? Je sais, vous allez penser que c’est encore une de ces idées totalement étrangères aux réalités économiques si typiques des journalistes. Je vous entends déjà invoquer la concurrence de Twitter pour me démontrer que je n’ai rien compris, qu’il faut poursuivre la course contre le temps pour atteindre l’instantanéité. Et pourtant, je vous parie qu’un jour vous comprendrez qu’on a raison.

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