La Plume d'Aliocha

29/07/2011

A ne pas manquer

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 22:35

A tous les lassés des ouvertures de JT sur le temps maussade, les vacanciers déçus et les commerçant inquiets, à tous les allergiques au dossier Spécial Sexe des newsmagazines et des féminins, à tous les épuisés du zapping à la télévision, encore plus désespérant – si c’est possible – en période estivale qu’en temps normal, je signale deux séries de l’été vraiment passionnantes sur le journalisme, l’une sur le Net, l’autre à la radio.

« La guerre en face »chez Arrêt sur Images. J’ai déjà évoqué ici l’interview d’Hervé Ghesquière, il y a eu un numéro avant sur la guerre en Libye et une émission mise en ligne jeudi consacrée aux photographes de guerre. Sujets de fond et vraies questions garantis. Comme à son habitude, Daniel Schneidermann va au bout des choses. Confrères ou pas confrères, il pousse ses invités dans leurs ultimes retranchements.

L’autre série, c’est celle de France Inter, « Témoins de passage«  consacrée aux grands reporters. Je remercie mille fois Schmorgluck de nous l’avoir signalée. Le style de la journaliste, Guyonne de Montjou, est différent. On la sent « amoureuse » de ses invités, et à travers eux de son métier, comme je le serais à sa place. Ce qui ne l’empêche pas de poser des questions profondes et graves. En ce qui me concerne, j’ai déjà entendu l’interview d’Hervé Ghesquière (one more time !), de Véronique Gaymard, grand reporter à RFI spécialiste de l’Amérique Latine et de Sorj Chalandon, ex-journaliste à Libé, aujourd’hui au Canard, prix Albert Londres. Fouillez dans les archives, nous en sommes à la vingtième interview. Il y a des trésors, comme l’histoire que raconte Sorj Chalandon de ce moineau qui surgit un jour dans la salle d’audience, en plein procès Barbie.

Non seulement vous apprendrez des choses passionnantes sur la marche du monde, mais vous retrouverez nombre de sujets de débat que nous avons abordés ici sur le journalisme. Vous verrez que ce qui rassemble ces personnalités aussi différentes, c’est une envie commune d’observer pour raconter. « Nous sommes des passeurs », dit Véronique Gaymard. Sans doute apercevrez-vous aussi et surtout la différence entre l’idée qu’on se fait des journalistes, et la réalité du métier.

27/07/2011

Bats ton Figaro tous les matins !

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 17:33

Bats ton Figaro tous les matins, si tu ne sais pas pourquoi, lui il le sait !  Tel est le conseil que je donnerais à tout blogueur souhaitant se faire une place au soleil sur la toile qui m’interrogerait sur les clefs du succès. Le Figaro bashing, c’est archi-tendance. Aussi vendeur qu’une couverture de magazine sur le sexe à l’approche de l’été, un dossier Foire au Vin à l’automne, ou un numéro spécial Immobilier quand on veut.  Tous les internautes suivent, forcément, et les organes de presse aussi, tant le quotidien s’est, il est vrai, revêtu du costume idéal de Iago. Non seulement il est de droite, ce qui suffit à avoir tort sur la toile, mais en ces temps troublés de règne sarkoziste, il est forcément soupçonné de jouer les suppôts de Satan. Même moi, il m’irrite, je l’avoue. Mais pas au point de le dézinguer pour n’importe quoi.

Incapable de penser droit

C’est encore Laurence de Charette qui suscite les foudres d’Eolas en publiant un papier sur les inquiétudes de ministère de l’Intérieur au sujet de la baisse des gardes à vue. Il faut dire qu’elle y va fort Laurence. Travailler pour Le Figaro, c’est déjà être ontologiquement coupable. Evoquer dans un article les états d’âme du ministère de l’Intérieur, c’est carrément chercher la lapidation. Entre nous, je salue le courage de la démarche, même si elle frise l’inconscience. On parle des risques inconsidérés qu’auraient pris Hervé et Stéphane en voulant se rendre sur l’axe Vermont, ils font petits joueurs à côté de Laurence de Charette rendant compte des états d’âme de la police et de la gendarmerie sur l’épineux dossier de la garde à vue. Sachez amis lecteurs que policiers et gendarmes ne disent que des âneries, par définition,  et qu’il est parfaitement honteux de la part d’un journaliste de relayer leur vision des choses. C’est la première faute. Je m’étonne que Laurence n’ait pas aperçu qu’elle n’avait qu’un seul droit, ou un seul devoir qu’importe : faire parler les avocats et rien que les avocats sur la question de la garde à vue. Pilonner par principe et par définition toute vision des choses différente de celle des professionnels de la défense. C’est quand même pénible cette incapacité à penser droit, surtout de la part d’une journaliste spécialisée précisément dans les questions juridiques.

Malheur au messager porteur de mauvaises nouvelles

Mais il y a une deuxième faute. Encore plus grave. Laurence décrit la manière dont les policiers tentent de contourner l’irritante présence des avocats. Et le lecteur sans préjugé que je suis, tout à coup, se met en rogne. Contre la journaliste ? Eh non, ce n’est pas elle qui contourne la loi, elle ne fait que raconter. Non, je me mets en rogne contre la police dont on me dit qu’elle se joue des textes.  Mais pas Eolas, lui, c’est sur le messager qu’il cogne. Au lieu de voir qu’on alerte le public sur une application contestable d’une réforme récente, il subodore que la journaliste fait cause commune avec l’Intérieur et excite ses lecteurs en évoquant la baisse des garde à vue pour ensuite les rassurer : « ne vous inquiétez pas gentils cathos de droite à hauts revenus et donc à haut risque d’être agressés, la police n’applique pas cette réforme idiote ». Je mets au défi quiconque de trouver dans l’article le moindre indice d’une prise de position de l’auteur sur ce qu’elle décrit. Ce n’est que pur procès d’intention découlant d’une part du fait qu’elle travaille pour Le Figaro, d’autre part du choix fou d’évoquer le sujet de la garde à vue du point de vue de l’Intérieur. C’est tout.  Accessoirement, il n’est pas venu à l’esprit de mon copain Eolas que le ministère de l’Intérieur risquait lui aussi d’être fou de rage en lisant sous la plume de Laurence que ses policiers ne respectaient pas la loi. Et pourtant, à mon avis elle ne s’est pas fait des potes de ce côté-là. C’est tout le charme de notre métier, quoiqu’on écrive, on dérange. Toujours. Même au Figaro.

Erreur d’adversaire

Et puis il y a la troisième faute qui justifie que pour un article de 3700 signes, elle se prenne dans la tête un réquisitoire nourri de 17 040 signes dénonçant à la kalachnikov son incompétence, sa mauvaise foi et  ses fausses informations. Eh oui, il y a confusion entre baisse des garde à vue et chute du taux d’élucidation. Eolas explique. Un dossier renvoyé devant le tribunal est considéré comme élucidé, mais si l’avocat derrière obtient la mise hors de cause de son client, le dossier au final n’est plus élucidé. Donc le dégonflement des gardes à vue n’aboutit qu’à dégonfler un taux d’élucidation illusoire. OK, l’outil statistique est imprécis voire absurde, c’est très intéressant de le souligner. Mais était-il besoin de hurler au journalisme indigne ? Pourquoi s’en prendre à la journaliste plutôt qu’au ministère de l’Intérieur lui-même ?

Un avocat en principe c’est un déconstructeur de préjugés.  Il faut croire que parfois, certains sont aussi capables de fabriquer des préjugés, de mener des faux procès, d’inciter au lynchage sur la foi d’une simple conviction personnelle.  Et le tout en se trompant d’adversaire…

Les journalistes français bientôt sous surveillance ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 00:07

C’est une proposition de loi qui s’est discrètement glissée sur le bureau de l’Assemblée nationale le 13 juillet dernier et que mon confrère Olivier Da Lage a eu bien raison de faire sortir en pleine lumière.

L’auteur ? Jean-François Mancel, député UMP de la 2ème circonscription de l’Oise, membre de la commission des finances de l’Assemblée et plein d’autre choses encore.

Le texte ? Une proposition de loi. Comme chacun sait, les textes rédigés par les parlementaires sont dénommés proposition, par opposition à ceux du gouvernement appelés projets. Le Parlement a si fort à faire avec les réformes gouvernementales que généralement les propositions passent à la trappe. A moins d’une exception, toujours possible. Il ne faut donc pas s’emballer, mais il convient d’être vigilant.

L’objet ? La création d’un Conseil national de déontologie journalistique.

Les motifs ?  Il s’agit de réagir aux dérives de la presse française (oui, je suis d’accord avec vous amis lecteurs, au moment même où l’empire Murdoch s’effondre et alors que nous avons avantageusement soutenu la comparaison avec nos confrères américains lors de l’affaire DSK sur la présomption d’innocence, puis sur le respect dû aux victimes, les parlementaires s’indignent de nos excès, c’est amusant). Le député s’appuie sur l’echec de la commission présidée par Bruno Frappat visant à adopter un code de déontologie pour estimer qu’il est temps que le législateur nous prenne par la main pour nous aider à nous auto-réguler. En soi, on ne peut critiquer l’idée, c’est sa traduction qui est discutable.

L’inspiration : La Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, les pays scandinaves disposent de conseils de la presse, lesquels ont pour mission, suivez bien c’est important, de :

– préserver la liberté rédactionnelle,

– contribuer à restreindre l’ingérence de l’Etat,

– favoriser la qualité de l’information,

– démontrer le sens de la responsabilité des médias,

– aider le public à accéder aux médias.

Donc la France doit faire de même. Dans un précédent billet très intéressant, Olivier souligne que le conseil britannique n’a pas été très efficace pour empêcher les dérives de la presse anglaise, mais bon. Admettons quand même l’intérêt d’ouvrir le débat, on n’a jamais rien à perdre à réfléchir.   Surtout que Jean-François Mancel insiste sur la notion d’auto-régulation, histoire d’éviter une levée de boucliers. L’auto-régulation justement, cela consiste pour une profession à se gérer elle-même, entièrement et exclusivement. Or, ce n’est pas tout à fait cela qu’on nous propose en pratique. Le texte tend plutôt à organiser l’amorce d’une régulation partagée.

Ce Conseil national serait en effet composé de 21 membres dont 7 représentants des éditeurs de presse, 7 représentants des journalistes et 7 représentants de la société civile. Comme le souligne Olivier, c’est dans la représentation de la société civile que le bât blesse. Non pas tant sur le principe en soi, que sur le mode de désignation de ses membres, lequel est renvoyé à un décret, c’est-à-dire au bon vouloir du gouvernement (article 2). Or, souvenez-vous, dans l’exposé des motifs, le député évoquait l’une des vocation de ce type de conseil chez nos voisins européens : « contribuer à restreindre l’ingérence de l’Etat ». En lui confiant le soin de fixer les modalités de désignation de 7 membres sur 21 ? Drôle de restriction ! Surtout que c’est aussi par décret que l’on fixera le mode de désignation des membres du comité exécutif. On restreint, on restreint. A cela s’ajoute le fait que le comité se verra adjoint un représentant du ministère de la culture, certes avec voix consultative, mais tout de même. Toujours pour restreindre l’ingérence de l’Etat, je suppose…

D’ailleurs c’est amusant, quand on lit l’article 1 qui définit les missions du conseil, il n’est fait nulle part mention de la liberté rédactionnelle, ni de l’ingérence de l’Etat, pas même de l’accès du public aux médias. Notre conseil à nous ne sera qu’un père fouettard. Il est chargé en effet de veiller à la qualité de l’information, au renforcement de notre crédibilité et au respect de l’éthique. La liberté et l’indépendance sont passées à la trappe. C’est magique !

Le comité exécutif, dont le mode de désignation sera fixé par le gouvernement, aura vocation à définir le réglement intérieur du Conseil. Nous sommes toujours dans la logique de restriction de l’influence de l’Etat comme vous le voyez (article 3).

L’article 5 nous apprend que cet aimable conseil sera financé par la profession, c’est-à-dire par chaque journaliste et chaque éditeur de presse qui en sera obligatoirement membre. L’Etat décide et co-dirige, nous payons. Logique.

L’article 6 institue un système d’examen des plaintes, dans lequel le conseil a avant tout un rôle de médiateur et doit par ailleurs se déclarer incompétent si la justice vient à être saisie du dossier. Il n’est habilité qu’à prononcer des « sanctions morales ». On sent bien à ce stade que le député a choisi d’avancer sur la pointe des pieds. Nous partons d’une situation décrite comme insupportable dans l’exposé des motifs, pour arriver à un conseil au rôle de médiation et dont la seule arme consiste à désapprouver la faute. Entre nous, il faudrait savoir. Soit le journalisme français est dans un état de déliquescence morale avancé et dans ce cas il faut créer en plus des solutions judiciaires une véritable instance disciplinaire, soit ce n’est pas le cas et alors pourquoi mettre en place ce qui ressemble fort à un comité Théodule ? Nous serions face à une stratégie du pied dans la porte que ça ne m’étonnerait pas outre mesure.

Mais le point d’orgue est l’article 7 : dans les trois mois de la création du conseil, un comité représentatif de l’ensemble des professionnels du journalisme et des différents médias, dont la composition sera fixée…..par décret bien sûr – vous avez saisi la logique – sera chargé de rédiger un code de déontologie. Et ce code sera validé…eh oui, vous avez deviné, par décret. Le diable est dans les détails. Puisqu’il sera soumis à l’approbation du gouvernement, ce-dernier pourra imposer les modifications qui lui paraîtront nécessaires. Et la profession devra demander l’autorisation pour toute modification ultérieure. C’est ce qui est arrivé aux commissaires aux comptes avec la loi de sécurité financière de 2003. Eux aussi s’auto-régulaient. Aujourd’hui, ils sont sous la coupe d’une instance de régulation dans laquelle ils n’ont plus qu’une représentation minoritaire et qui définit leurs règles de déontologie. Elle le fait d’ailleurs de façon si contestable que la Commission européenne a enjoint à la France récemment de réviser le texte qu’elle jugeait trop restrictif par rapport aux autres pays européens. Ce que les commissaires aux comptes ne cessaient de hurler sur tous les tons. Le Conseil d’Etat, saisi par les professionnels, avait quant à lui jugé le texte parfaitement conforme…

Jean-Luc Martin-Lagardette qui a écrit des ouvrages passionnants sur la déontologie de la presse, réagit dans un article de façon assez rude aux critiques d’Olivier : « La résistance d´Olivier Da Lage cache en fait, selon nous, le refus persistant de la profession de rendre des comptes au public, de lui donner des garanties sur l’exigence de qualité et d’équité qui est attendue d’elle ». En ce qui me concerne, j’ai toujours pensé que la profession avait besoin de se souder autour d’un texte commun, fort, qui définisse ses droits et ses devoirs et qu’elle puisse opposer aux tiers autant qu’on puisse le lui opposer. De la même façon, je ne serais pas hostile, loin de là, à un conseil national en charge de veiller au respect de l’éthique, mais aussi de nous représenter, de veiller à la préservation de nos valeurs et de nos règles professionnelles. A condition que l’on s’inscrive dans le cadre d’une réelle auto-régulation, à l’instar des avocats, qui sont confrontés à la même impérieuse nécessité que nous de préserver leur indépendance à l’égard des pouvoirs publics. Or, la proposition de Jean-François Mancel n’offre aucune garantie de cette indépendance. J’en veux pour preuve l’article 1 qui n’évoque au titre des missions du Conseil,  ni la préservation de la liberté de la presse, ni celle de son indépendance. Plus qu’un symbole, cet « oubli » est un aveu.

Note : je n’ai pas trouvé les liens permanents des billets d’Olivier, les articles que je cite sont datés respectivement du 24 juillet pour la critique du Conseil, et du 17 juillet en ce qui concerne l’échec du modèle britannique.

Mise à jour 27/07 à 11h20 : merci à loz pour son aide, la question des liens permanents est résolue.

23/07/2011

Hervé Ghesquière : « je vais continuer »

Filed under: Comment ça marche ?,Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 15:12

J’en avais rêvé, Daniel Schneidermann l’a fait : une heure et douze minutes d’entretien avec Hervé Ghesquière pour parler de son parcours, du fameux reportage en Afghanistan qui lui a coûté ainsi qu’à Stéphane Taponier 547 jours de détention, mais aussi du journalisme en général et du reportage de guerre en particulier. Je ne vais pas vous résumer ici l’interview, il faut la voir, écouter les paroles autant que les silences pour comprendre ce qui motive un journaliste de ce calibre, mais aussi et surtout comment il travaille. Juste quelques observations comme ça, en vrac, que je soumets au débat.

Regard de journaliste

Ce qui m’a frappée et qui à mon avis devrait inciter la profession à réfléchir c’est l’intérêt réel du regard que porte Hervé sur l’Afghanistan, mais aussi sur la guerre en général puisqu’il en a couvert beaucoup, de l’ex-yougoslavie au Rwanda en passant par l’Irak.  Tout ceci se résume souvent à deux minutes trente de reportage au JT, deux minutes trente pour exprimer la complexité d’une situation,  les intérêts en présence, la souffrance des civils, les motivations des combattants…La réduction des formats est en train de tuer lentement le journalisme et de ramener l’information à la dimension d’un spot publicitaire. Aussi et surtout, son récit montre l’intérêt qu’il y aurait à réserver davantage de place au commentaire des journalistes lorsqu’ils rentrent de reportage. Pour qu’ils puissent expliquer les images, le contexte, bref, éclairer leur propre travail.

L’enlèvement

Concernant la querelle sur les risques pris, elle est inédite. Hervé souligne que généralement on commence par libérer les otages et ce n’est qu’ensuite, éventuellement, qu’on leur passe un savon. Lui-même ignore la raison de cette colère présidentielle, et pour cause, il était détenu quand elle  a éclaté. Mais il avance une explication au conditionnel, l’armée aurait tout simplement voulu se couvrir. Ce qui n’empêche pas Hervé d’ajouter que si le gouvernement français n’était pas intervenu avec un grand professionnalisme, il ne serait pas sur le plateau pour témoigner. Encore une fois, il faut écouter l’interview, mais quelques éléments quand même sur les conditions du reportage. L’émission Pièces à conviction avait envoyé deux équipes, l’une était en charge d’enquêter auprès de la population essentiellement à Kaboul, l’autre de suivre l’armée française. L’exploration de la fameuse route sur laquelle ils ont été enlevés, l’axe Vermont, avait été décidée avant leur départ avec le rédacteur en chef, c’était le « fil rouge » du reportage. Voilà qui met fin au mythe des journalistes inconscients qui ont soudain l’idée de partir en balade. Le 30 décembre, Hervé et Stéphane sont déjà sur place depuis 27 jours et doivent repartir début janvier. Quand ils décident d’aller voir cette route, leur reportage est donc quasiment terminé.  Au départ, Hervé prévoit d’y passer 4 jours, puis il se ravise, la route est dangereuse, moins au regard du risque d’enlèvement que de celui d’être pris entre deux feux. Par ailleurs, il est impossible de dormir dans les villages. Ce sera donc une grande journée, de l’aube jusqu’à la nuit. Ils partent dans une voiture banalisée sans logo presse, habillés en afghans, avec trois accompagnateurs professionnels. Le premier check point qu’ils croisent est infiltré par les talibans, quelques kilomètres plus loin, ils tombent dans une embuscade. La suite est connue. Hervé est formel : l’armée ne leur a jamais interdit d’aller sur cette route.

Le culot d’oser faire autre chose que Pernaut

Il parle aussi de ses débuts. Comment à 17 ans, il a vu au cinéma le film Under Fire et décidé que c’était cela qu’il voulait faire, comment il s’est lancé dans le métier en finançant lui-même son repartage en ex-Yougoslavie avant d’être embauché par France Télévision. Il raconte l’adrénaline et la peur, les traumatismes qu’il a appris à surmonter, l’obsession de comprendre pour raconter, le temps qu’il faut passer sur place pour parvenir à saisir une situation. Et quand Daniel Schneidermann l’interroge sur le JT de Jean-Pierre Pernaut, Hervé ne dézingue pas le présentateur comme ses confrères parisiens et salue même son succès, ce qui ne l’empêche pas de rêver : « Et si on osait faire non pas quelque chose de plus intelligent, ce serait prétentieux, mais autre chose ? ».

Cette émission est le deuxième numéro de la « série de l’été » que le site Arrêt sur Images consacre courageusement au thème « La guerre en face ». La première émission traite de la guerre en Libye, je ne l’ai pas encore vue mais je vais m’empresser de le faire. Convenez que ça nous change des sujets sur les destinations de vacances ou sur les nouvelles habitudes sexuelles des français. Chapeau à l’équipe d’@si pour avoir l’audace de « faire autre chose ». S’il y a ici des lecteurs qui ne sont pas encore abonnés au site c’est le moment de sauter le pas.

Message personnel

Quant à Hervé Ghesquière, je vais me permettre un message personnel. Merci de porter si haut le flambeau du journalisme, et de le faire avec autant d’humilité, d’obstination, et de passion. Nous sommes nombreux dans la profession à espérer avec vous qu’un reportage sur l’Irak fasse l’ouverture du JT plutôt qu’un banal sujet sur la chaleur en été ou la neige en hiver. Le plus terrible, c’est que je suis persuadée que le public le souhaite aussi. Comme vous dites, c’est à nous et à ceux qui nous emploient d’avoir « le culot d’oser faire autre chose ». Sinon, je suis d’accord avec vous, Under Fire a vieilli, comme beaucoup de films de l’époque d’ailleurs. Personnellement, j’ai un faible pour Salvador d’Oliver Stone, mais entre nous, je ne suis qu’une humble journaliste de presse économique et je serais bien en peine de savoir lequel est le plus proche de la réalité. Dans ma branche à moi, la référence ce serait plutôt Mille milliards de dollars d’Henri Verneuil…

Mais le titre me direz-vous, amis lecteurs ? Vous avez raison, je m’égare, le titre, c’est la dernière phrase que prononce Hervé sur le plateau, « je vais continuer ». Quand je vous dis qu’on l’a dans la peau, ce fichu métier, vous voyez que je ne mens pas. Par ailleurs, décousu pour décousu, je précise que France 3 réfléchit à la diffusion du reportage tourné par les deux ex-otages, surveillez vos programmes TV de près ! Allons, je m’arrête là, je n’ai pas tout dit et même pas l’essentiel, exprès, pour ne pas déflorer le sujet, allez l’écouter, il est vraiment passionnant !

20/07/2011

Subtilité du langage politique

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 23:53

Je viens de lire un tweet de François Hollande qui disait ceci : « #Botzaris36 je ne serai pas présent ce soir, mais je suis votre situation de près. Je viendrai dans les prochains jours. Je m’y engage ». Et soudain la lumière a jailli dans mon esprit. Les insolents au fond de la salle sont priés d’arrêter de ricaner. En fait, la formule « je m’y engage » doit être en langage politique l’équivalent du fameux « Jacques a dit ». Une sorte de formule convenue permettant à l’interlocuteur initié de distinguer le discours en l’air de la promesse qui mènera à l’action.  Si Hollande s’en était tenu à « je viendrai… » seuls les joueurs inattentifs auraient pu conclure bêtement qu’il allait venir et relayer une information non fiable. Ils auraient perdu un point. Dès lors qu’il ajoute « je m’y engage », le joueur initié sait qu’il tient du concret. D’ailleurs, je me lance avec assurance : « François Hollande a annoncé le 20 juillet via son compte twitter qu’il allait se rendre  dans les prochains jours au 36 rue Botzaris. »

 

Briser le miroir médiatique

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 00:53

Cela faisait longtemps qu’aucune critique à l’égard des journalistes n’était passée dans mon radar. Las ! N’ayant le temps de rien en ce moment et en particulier pas celui de surfer sur Internet, je m’en tiens à la lecture de mes blogueurs préférés, et encore, de manière erratique. C’est donc de mon ami Philarête qu’est venue l’attaque. Je l’admire trop pour lui en vouloir, mais cette admiration même m’oblige à lui répondre…

Voici qu’une journaliste du Nouvel Observateur se retrouve sous le feu des critiques de nos éminents philosophes nationaux. Son crime ? Avoir tenté d’expliquer au grand public pourquoi la nomination d’une personnalité de ce petit univers aussi fermé qu’aristocratique à un poste en vue au Collège de France déclenchait une guerre picrocholine. Si je cite le nom de Claudine Tiercelin, cela vous évoque-t-il quelque chose ? Rien, n’est-ce pas ? Eh bien voilà le difficile sujet que la journaliste en question a choisi de traiter.

Quelle ne fut pas son erreur ! Philarête évoque « un paradigme du mauvais journalisme à prétention philosophique » et renvoie à une critique cinglante de Jacques Bouveresse, l’homme qui a proposé la nomination de la dame, ainsi qu’à une critique plus approximative de Marie-Anne Paveau. Mais je sens que cette mise en bouche vous a donné envie de lire l’objet du délit, c’est ici. En substance, la journaliste relate les réactions suscitées par la nomination de Claudine Tiercelin à la prestigieuse chaire  « Métaphysique et philosophie de la connaissance ». On découvre au passage en lisant son article les petites médiocrités ordinaires typiques de n’importe quelle communauté humaine lorsqu’il est question de pouvoir et de récompense, sur fond de querelle plus intéressante entre philosophie continentale et analytique, laquelle s’enracine si j’ai bien compris dans une rivalité  entre français et américains commune à bien des disciplines.

Ce qui est intéressant dans la polémique déclenchée par cet article, c’est qu’elle contient à peu près l’ensemble des mauvais procès que l’on fait habituellement à la presse.

Commençons par la lettre de Jacques Bouveresse en réponse à l’article de l’Obs. Certes l’analyse est aussi fine que savante, mais les reproches sont au fond très ordinaires et fort discutables.

on parle toujours des mêmes dans les médias : c’est exact, et je vais aller au bout du raisonnement, j’aimerais moi aussi qu’on voie un peu moins BHL ou Onfray et un peu plus les autres. A ceci près que les autres n’acceptent pas toujours de se montrer, que leur pensée n’est pas forcément aisée à vulgariser, que tout le monde n’est pas apte à se prêter à l’exercice médiatique. C’est un élément qu’il faut toujours garder à l’esprit quand on s’irrite de voir les mêmes personnes dans les médias.

ce qui est ignoré des médias n’est pas forcément dénué d’intérêt. Je suis entièrement d’accord, mais le propos de la journaliste n’est pas celui-là. Elle rend compte de l’ignorance réelle ou feinte des collègues de la philosophe, pas de celle des médias.

les journalistes sont malintentionnés et partisans : cela arrive sans doute en effet, mais cette critique là jaillit le plus souvent lorsque l’article ne prend pas radicalement parti dans le sens souhaité par le lecteur. Il suffit parfois d’une réserve, d’une distance ou d’une simple nuance pour déclencher ce que j’appelle une « lecture hostile », prompte à déceler entre les lignes ce qui ne s’y trouve pas, à interpréter les propos dans un sens systématiquement négatif. Le procès d’intention alors n’est jamais loin.

l’angle choisi n’est pas le bon : hélas trois fois hélas, l’une des libertés du journaliste consiste à choisir son sujet et la manière de le traiter. Je conçois que rendre compte d’une querelle interne autour d’une nomination plutôt que de dresser le panégyrique de la dame concernée puisse froisser certains esprits. Toutefois,  en tant que lecteur extérieur à l’affaire, il se trouve que cette querelle m’intéresse car elle m’offre une clef de compréhension que je n’aurais aucune chance de trouver ailleurs que dans un article de presse. En tout cas pas exprimé avec cette franchise que seule l’indépendance du journaliste rend possible.

le journaliste n’y connaît rien : ça c’est l’argument de toute communauté maitrisant un savoir, une science, une technique et qui s’émeut naturellement qu’un néophyte vienne y mettre son nez. C’est une question assez passionnante de territoire, d’orgueil et de pouvoir. Hélas une fois de plus, c’est notre métier, il faudra bien s’y habituer. Les théoriciens de la régulation économique résument fort bien la difficulté : celui qui sait est compétent, mais il n’est pas indépendant, celui qui ignore est indépendant mais pas compétent. Le journaliste est un esprit indépendant qui tente perpétuellement de surmonter son incompétence. La critique de celui qui sait à l’égard de celui qui sait moins ou qui ignore se nourrit généralement d’une faute ou d’une légère imprécision. Ici il s’agit d’un nom mal orthographié. Evidemment, l’auteur n’imagine pas un instant qu’il puisse s’agir d’une coquille, ou d’une une faute d’inattention. Ce genre de procès me fait toujours sourire, tant les plus éminents spécialistes sont eux-mêmes capables parfois de trébucher sur un nom, un mot, une expression qu’ils n’ont pas encore tout à fait assimilé. Ce n’est pas pour autant qu’ils sont idiots. Il en va de même pour le journaliste.

le journaliste insinue, suggère implicitement etc. c’est nous prêter plus d’intelligence ou de rouerie que nous n’en sommes capables. Informer est déjà assez difficile dès lors qu’il faut s’assurer d’être exact et se mettre en peine d’être compris du plus grand nombre. Suggérer est souvent au-dessus de nos forces et de la place qui nous est impartie. Cela arrive, mais bien plus rarement que le lecteur ne se plait à l’imaginer.

Passons à l’autre article.

« Elle cède elle aussi à cette bizarre habitude que semblent avoir les journalistes d’agrémenter leurs portraits de marqueurs physiques et de comparaisons qui, sur le plan de l’information, n’apportent rien à leur travail ». Qu’en termes péremptoires ces choses là sont dites. Voici que les philosophes nous donnent des leçons de journalisme. Ils ont en effet beaucoup de choses à nous apprendre, mais pas sur le terrain qu’ils ont choisi. Ainsi donc, lorsqu’on s’adresse au grand public et que l’on prétend lui décrire une personnalité, il faudrait s’abstenir d’évoquer son apparence physique, en tout cas si l’on parle d’un philosophe. Le philosophe est-il à ce point désincarné que l’on doive ignorer son sexe, sa taille, son âge pour se consacrer uniquement à la sèche description de sa pensée ? La règle vaut sans doute pour les savantes revues réservées à une toute petite élite, mais dès lors qu’il s’agit de presse grand public, l’exigence est inverse. Il s’agit de donner une consistance au récit, de permettre au lecteur de se faire une idée fut-elle approximative de la personne dont on parle. Il se trouve qu’un journaliste décrivant un personnage se doit de le brosser en quelques traits physiques, c’est sans doute scandaleux de bêtise aux yeux de nos brillants esprits, mais c’est ainsi. Au passage, vous comprendrez pourquoi on parle toujours des mêmes. Parce qu’il y a ceux qui se prêtent au jeu en acceptant le caractère modeste et très imparfait de l’exercice journalistique et les autres qui s’estiment bien trop haut dans leur propre échelle de valeur pour s’abaisser à n’être que des hommes, décrits par d’autres hommes à l’attention d’un public…

La journaliste a pris le risque d’évoquer une querelle, elle en est devenue l’otage. C’est comme ça à chaque fois. Nous avons l’habitude. Je regrette simplement que les philosophes concernés n’aient pas eu l’idée d’apprécier le travail de ma consœur non pas à l’aune de l’idée qu’ils se font de ce qu’elle aurait dû écrire mais en s’appuyant sur les règles de notre métier. Simple question de méthode…Ils ont préféré briser le miroir parce qu’ils n’ont pas aimé ce qu’il y voyaient. Dommage.

08/07/2011

Autre chose, ailleurs, loin de la fureur

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 19:45

Allons, il est temps de voir autre chose, d’aller ailleurs, d’oublier la fureur du monde…

Je ferme les commentaires pour le week-end car je n’aurai pas accès à Internet, sauf miraculeux réveil de mon fournisseur d’accès préféré. Mais je ne voulais pas vous laisser sur de sinistres considérations relatives aux misères technologiques qui font désormais notre quotidien.

Voici donc quelques vers d’un de mes poètes préférés, Salah Stétié :

« La paix je la demande à tous ceux qui peuvent la donner

Ils ne sont pas nombreux après tout, les hommes

violents et froids

Malgré les apparences, peut-être même ont-ils encore

des souvenirs d’enfance, une mère aimée,

un très vieux disque qu’ils ont écouté jadis

longtemps, longtemps

Oh, que tous ces moments de mémoire viennent à eux

avec un bouquet de violettes !

Ils se rappelleront alors les matinées de la rosée

L’odeur de l’eau et les fumées de l’aube sur la lune ».

 

05/07/2011

Mon FAI m’a tuer

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:02

Comme certains ici le savent, (je renvoie les autres à ce billet) il y a un mois environ j’ai découvert que mon fournisseur d’accès Internet (FAI pour les intimes) avait continué de me prélever à tort le montant d’un abonnement dument résilié et remplacé par un nouvel abonnement auprès du même prestataire. Le premier appel au service commercial faillit être le bon. Une répondante parfaitement charmante et efficace constata rapidement l’erreur et m’indiqua que je serais entièrement remboursée. Pour plus de sécurité, elle prit même mon numéro de portable au cas où le service réclamation auquel elle transférait le dossier aurait besoin d’informations complémentaires. Ledit service de réclamation qu’elle avait d’ailleurs contacté confirmait l’erreur et prenait en charge le dossier. Sous dix jours, je devais recevoir un chèque. Evidemment, personne ne me rappela ce qui eût été pourtant infiniment utile…

Hélas, trois fois hélas !

Quelques jours plus tard je reçus un courrier commercial incompréhensible m’accusant de n’avoir pas résilié ledit abonnement par écrit. On m’indiquait que suite à mon appel la résiliation allait être effective, mais pas un mot sur le remboursement. Je rappelai donc le service client. La première personne me raccrocha purement et simplement au nez. La deuxième, qui me retint près d’une heure, commença par dire qu’elle n’avait pas trace de ma demande, puis découvrit que si, elle l’avait, mais qu’il y avait un problème, je n’avais pas résilié par écrit, on me calculait donc une sorte de demi-remboursement, six mois au lieu de douze, et sous forme d’avoir encore ! Je rappelai le lendemain, le même service client et finis par obtenir le nom de la personne au service réclamation qui suivait mon dossier. « Vous savez, me dit le conseiller, les gens du service réclamation ne rappellent jamais les clients, même s’ils ont besoin d’une information, car ils ne supportent pas les engueulades ». Ô misère….Offensif, le commercial en profita pour tenter de me vendre des services supplémentaires. « Nous n’en sommes pas là mon cher, répondis-je, pour l’instant, j’ai plutôt envie de partir. Nous verrons comment le dossier va se résoudre, et ensuite seulement, j’envisagerai de renforcer nos relations ».

Voici venu le temps de la LRAR

Forte des coordonnées, j’envoyai à la dame copie de la lettre prenant acte de ma résiliation de la ligne téléphonique, copie de ma demande de résiliation de l’abonnement internet, copie du courrier prenant acte de cette résiliation et m’informant des modalités de restitution du matériel et copie du courrier accusant réception du matériel. Evidemment, je ne reçus aucune réponse et envoyai donc les mêmes documents en recommandé AR quelques jours plus tard, en précisant qu’à défaut de remboursement je saisirai le juge de proximité. En définitive, je fus remboursée directement par virement sur mon compte bancaire. A ce stade, la satisfaction se mélait à la déception, j’aurais aimé qu’on me prévienne et m’offrir ainsi le plaisir de simplement pouvoir remercier. Il faut croire que les relations humaines ne sont plus à la mode. « Bah, tout est bien qui finit bien », me dis-je pour me consoler, pas rancunière pour deux sous.

Grave erreur !

Quand le client est accusé d’être un voyou

Une semaine après je reçois un message sur mon portable : « Ici le service réclamation, bien entendu je vais vous rembourser (ton légèrement agressif), mais je voudrais que vous m’expliquiez pourquoi vous avez continué d’utiliser durant plusieurs mois une ligne téléphonique que vous aviez résiliée ? (ton insolent). Merci de me rappeler de toute urgence (ton comminatoire) ». Je tentai de rappeler la dame qui durant 20 minutes fut injoignable (ligne occupée). Puis, je tombai sur un homme à qui j’expliquai gentiment que je rappelai une dame qui ne m’avait pas laissé son nom. Il me raccrocha au nez. Trente minutes de sonneries dans le vide plus tard, je parvins à joindre la dame à qui j’expliquai que j’étais déjà remboursée. « Vous avez de la chance » me lança-t-elle perfide, en sous-entendant lourdement que j’avais très certainement escroqué son entreprise.  J’expliquai alors le plus calmement possible vu les circonstances que j’avais quitté les lieux au moment de la résiliation et que si la ligne n’avais pas été coupée conformément à ma demande, puis utilisée derrière par quelqu’un d’autre, ce n’était pas mon problème. « Je tiens à votre disposition l’état des lieux  confirmant mon départ des locaux », lui dis-je avant d’ajouter : « la prochaine fois, je démolirai le mur et j’arracherai la ligne puisque visiblement la résiliation en bonne et due forme par courrier ne suffit pas ». Elle s’excusa et nous raccrochâmes.

Cela aurait pu être l’épilogue un peu absurde de cette histoire lamentable. Sauf que….

Un abonnement dénommé « Zen »

L’affrontement avec les FAI, sachez-le, constitue le nouveau grand combat de l’homme moderne. Le défi consiste à s’orienter dans le labyrinthe de leurs procédures démentes en conservant toute sa santé mentale et, plus difficile, la capacité de supporter son prochain.

L’appel remontait à lundi. Samedi soir je tente naïvement d’utiliser ma ligne fixe, incluse dans mon abonnement Téléphone, Internet, Télévision à 40 euros. Vous allez rire, le nom de l’abonnement, c’est Zen. Eh oui….

Las ! La ligne est en dérangement.  Je passe trois heures à tout débrancher, rebrancher, le manuel dans une main, les  courriers de bienvenue contenant les différents codes d’accès dans l’autre et les multiples câbles entre les dents. Après vérification de ma messagerie (par miracle Internet fonctionnait toujours), je découvre un mail prenant acte de ma résiliation avec regret.

Horreur ! Le numéro de contrat visé en référence est celui de mon abonnement actuel !

Bon sang, c’est pas faute de leur avoir répété tout au long de nos conversations absurdes : « attention, ne résiliez pas mon contrat actuel, nous parlons d’une ancienne ligne » et à chaque fois bien sûr je précisais l’ancien numéro concerné. De la même façon que sur mes mails et courriers j’avais indiqué en gras le numéro de ladite ligne. 

Le 4 juillet à 8 heures du matin, je contacte le service commercial. La fille ne comprend rien, je lui résume la situation et j’obtiens la promesse d’un rétablissement dans la journée. Le bout du tunnel ?

Que nenni.

Panne nationale…

Par acquis de conscience, je rappelle à 14h30 heures. Le service commercial est en panne informatique et me renvoie vers l’assistance technique, aussi en panne. La fille croit avoir compris : « donc vous n’avez pas réglé vos factures, on vous a coupé la ligne et vous voulez un rétablissement, dites-vous ? » Du tout, je n’ai jamais dit ça. « On m’a coupé la ligne parce que j’avais trop payé. Je suis un cas à part moi Madame, un authentique exemple de la folie de vos systèmes, une sorte de cobaye de tous les sévices que vous êtes susceptibles d’infliger à vos clients, la mascotte des tortionnaires technologiques, on m’a tout fait :

– la non prise en compte d’une résiliation,

– les prélèvements indus,

– le remboursement qui tarde,

– l’appel insultant,

– l’erreur administrative,

– le renvoi systématique vers la personne ou le service incompétent,

et la touche finale : la résiliation un samedi et en pleine panne informatique nationale !

Je suis à moi toute seule un splendide cas pratique réel de tous les dysfonctionnements d’un système de procédures internes ».

17 heures : je rappelle, la répondante se fout de mon problème et me renvoie vers nulle part. Pas dupe, à cet instant précis, je me mets à hausser le ton et j’exige d’avoir un manager ou n’importe qui de dédié aux cas complexes et possédant tout à la fois une expérience et un pouvoir décisionnaire. « C’est mon dossier, c’est à moi de le régler » me répète-t-elle comme un mantra. A croire que son honneur professionnel en dépend. J’insiste. La fille ne répond plus. Elle a dû poser le combiné, je la comprends. Nous sommes deux victimes de la folie humaine échouées sur la même plage, juste à l’entrée de l’enfer.

J’essaie le numéro vers lequel elle me renvoyait, par acquis de conscience.

Un type désolé me répond que la panne informatique se poursuit. Je lui souhaite bon courage non sans avoir balancé, à bout de nerfs, « vous bossez vraiment dans une entreprise de m….. ». Entre nous, comment peut-on renvoyer un client vers d’autres services alors que l’on sait que tout le système de la boite est en panne ? Soit c’est de l’imbécillité crasse, soit….Je préfère ne pas aller au bout de ma pensée.

18 heures, je quitte le bureau vidée, en retard sur mon programme de travail et en situation d’échec absolu face à ce mastodonte rempli de salariés formatés par des fous pour appliquer des procédures absurdes.

5 juillet – 8 heures du matin : je rappelle le service client. Toutes les lignes sont occupées, c’est le contrecoup de la panne d’hier, je m’y attendais. On me renvoie vers un nouveau numéro, inconnu, que j’appelle…de mon portable, bien sûr.

Et là j’entends une voix féminine enregistrée me dire : « Vous n’avez pas de code confidentiel, merci de nous rappeler de votre ligne fixe ».

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? s’interrogeait le poète…

01/07/2011

Une question d’honneur professionnel

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 10:11

Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier ont pris des risques inconsidérés, éructent les professionnels de l’insulte sur les forums des organes de presse. Et nos soldats, ajoutent-ils, dont ils ont mis la vie en danger ? Et nos impôts qui ont servi à payer ces chasseurs de scoop ?

« Nous réglerons nos comptes avec eux, quand ils sortiront »

Dans un article très intéressant sur l’affaire que j’ai déjà mentionné sous le précédent billet, Raphaëlle Bacqué du Monde rappelle les premiers dérapages à l’égard des journalistes et raconte cette scène survenue en février 2010 : « A Paris, l’Elysée a aussi conscience que les déclarations des plus hautes autorités contre les otages sont devenues incongrues. Nicolas Sarkozy décide donc de recevoir enfin les familles. Les parents de Stéphane Taponier, la compagne d’Hervé Ghesquière sont donc conviés au Château. L’entretien est éprouvant. Le président est tendu. Agressif.  » Nous réglerons nos comptes avec eux, quand ils sortiront », menace-t-il devant les familles accablées avant d’ajouter brutalement« mais s’il faut payer, je paierai ! » ». Entre nous je comprends, sans l’approuver, la réaction du Président de la République. Un autre à sa place se serait tu, ce qui eût été à la fois plus sage et plus élégant, mais il aurait sans doute réagi de manière similaire. Je m’explique moins en revanche cette réaction quand elle vient des citoyens qui, en l’espèce, sont les titulaires du droit à l’information sur la politique que l’on mène en leur nom. Le conflit en Afghanistan pèse lourd en termes  d’intérêts stratégiques, diplomatiques et militaires. Nicolas Sarkozy est dans sa logique quand il s’irrite que des professionnels tentent d’aller au-delà de l’information officielle en sortant du giron de l’armée. Les journalistes qui veulent cherchent l’information au-delà de la communication officielle ont raison aussi. Ce sont deux logiques aussi respectables l’une que l’autre qui s’affrontent. Raison d’Etat contre liberté de l’information. Droit à la sécurité contre droit de savoir. Vivre ce type de conflit est un privilège réservé aux démocraties, nous devrions nous en féliciter. Que ceux qui dénigrent Hervé et Stéphane prennent au moins la mesure de la profondeur du débat dans lequel ils décident de prendre parti et réfléchissent un tout petit peu avant d’invectiver.

« Pas assez près »

Ce qui nous amène au coeur du problème, à savoir une soi-disant recherche du scoop. C’est aussi un argument du gouvernement. Et c’est une réaction assez naturelle du pouvoir à l’égard de la liberté de la presse.  Commençons par écarter un regrettable malentendu lié à la méconnaissance du métier qui affecte tout le monde visiblement, de l’internaute mal embouché jusqu’au Chef de l’Etat. Le journalisme de guerre ne rapporte rien.  Le scoop juteux, c’est dans les magazines people qu’on le trouve, c’est ça qui rapporte au journaliste et à l’organe de presse lui-même. L’information sur qui contrôle une route en Afghanistan, cette information que précisément Hervé et Stéphane sont allés chercher, elle ne vaut rien financièrement. En revanche, elle est nécessaire, voire indispensable si l’on veut comprendre une situation pour l’expliquer ensuite le plus fidèlement possible au public. Ce qui est vrai, c’est que lorsqu’on aime ce métier, on veut aller sur le terrain, être là où les choses se passent.  « Si ta photo n’est pas bonne, c’est que tu n’étais pas assez près » disait le célèbre photoreporter Robert Capa. Alors ces professionnels là vont toujours plus près, parce que c’est l’esprit même du métier, et parce que c’est aussi une exigence professionnelle. Ravaler cela au rang de simple chasse au scoop, c’est aussi stupide qu’insultant. Des journalistes envoyés dans des pays en guerre, il y en a deux catégories. Ceux qui restent à l’abri de l’armée, embedded, comme on dit,  et voient ce qu’on leur montre, répètent ce qu’on leur dit. Et puis ceux qui pour le même salaire et pas davantage de reconnaissance ou de notoriété (qui connaissait Hervé et Stéphane avant qu’on les enlève ?) décident de faire vraiment leur boulot, d’aller chercher eux-mêmes l’information…. ce qui suppose de prendre des risques. Pour le public, la différence au final est infime, voire invisible, c’est donc aussi facile que tentant de rester bien à l’abri et de rapporter un reportage superficiel, bâclé.  De fait, ceux qui leur crachent au visage ne s’aperçoivent même pas qu’ils insultent les meilleurs d’entre nous, ceux qui risquent leur peau précisément pour rapporter une information de qualité, pour ne pas se laisser piéger par les apparences et les mensonges officiels, pour ne pas tomber dans les travers qu’on reproche habituellement aux journalistes. Accessoirement, ils envoient un dangereux signal aux médias en montrant qu’ils ne font pas la différence entre un bon et un mauvais travail journalistique. On ne peut pas dire que ce soit très encourageant.

Les risques du métier

Peu importe, me dira-t-on, au final leur inconscience a mis nos soldats en péril et nous a coûté de l’argent. Non, ils n’ont pas fait preuve d’inconscience. Ce sont des reporters chevronnés. A eux deux, ils ont couvert l’ex-Yougoslavie, le Rwanda, l’Irak, et d’autres conflits encore. Ils avaient pris toutes les précautions, je vous renvoie à ce sujet à l’excellent papier de Libération. Lisez-le, prenez le temps de visionner la vidéo où Hervé s’explique. Ecoutez les centaines de journalistes présents applaudir quand il dit qu’il faut continuer d’aller sur place. Ils ont fait leur travail, dans une zone à risque, et ils ont été piégés. Comme auraient pu l’être à leur place des ingénieurs, des humanitaires ou tout autre professionnel intervenant dans un pays en guerre. Et puisqu’on parle d’impôts et de vies humaines, n’est-ce pas important de savoir si notre présence là-bas est utile, légitime, et donc au final de comprendre pourquoi on y dépense nos impôts et on y risque la vie de nos soldats ? Comment répondre à ces questions si personne n’a le courage d’aller sur place, pour vérifier  ce qu’il s’y passe ?

Nous continuerons d’aller sur le terrain

Il ne s’agit pas d’en faire des héros, eux-mêmes ne se vivent pas ainsi. Revoyez leur arrivée sur le tarmac. La première réaction d’Hervé a été de dire « d’habitude, je suis de l’autre côté », c’est-à-dire de l’autre côté des objectifs. Elle n’a l’air de rien cette petite phrase et pourtant, elle est lourde de sens. Elle signifie « nous ne sommes pas à notre place ici, laissez-nous revenir parmi vous confrères, nous ne sommes pas intéressants, c’est le monde qui est passionnant. Il y a encore tant de choses à voir, à comprendre, à raconter, ne perdons pas notre temps ». Leur numéro de duettiste, leur humour poussé jusqu’à l’auto-dérision, tout démontre à qui veut bien regarder avec la même objectivité que celle qu’on exige de nous, la même attention à l’autre, la même sensibilité, la même absence de préjugé,  qu’ils ne sont pas à l’aise dans ce rôle là, que leur raison d’être à eux c’est de se tenir derrière les caméras, pas devant. Qu’ils n’ont qu’une hâte, comme ils l’ont dit tous les deux, c’est de reprendre le travail. Eh oui, ce travail qui leur a coûté 547 jours de leur vie. Vous pensez qu’on peut faire ça pour une autre raison que la passion ?

Thierry Thuillier, directeur de l’information de France Télévision a lancé un message hier : «Notre honneur, c’est d’aller sur le terrain et nous continuerons à le faire.»

Notre honneur…

Je comprends d’autant mieux l’irritation que suscitent les médias que je la ressens moi-même de manière extrêmement violente parfois. Mais bon sang, un peu de discernement, ne mélangeons pas l’amuseur public du samedi soir et le journaliste professionnel, le traqueur de cul de star au téléobjectif et le reporter de guerre. Sinon, à terme, il ne restera que le pire.

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