La Plume d'Aliocha

22/06/2011

La guerre des gonades est déclarée !

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 23:24

« Les connes ça ose tout, et c’est même à ça qu’on les reconnait ! »

Que Michel Audiard me pardonne cette légère adaptation de la répartie la plus myhtique de sa carrière et peut-être même du cinéma français.

Depuis peu, j’ai adopté contrainte et forcée le réflexe de tout féminiser. J’entends désormais être dans le vent ; c’est usant de jouer continuellement les saumons remontant le courant. Convenez que désigner un imbécile en utilisant un mot qui désigne à l’origine le sexe féminin est pour le moins discutable. Je me demande ce qu’en pensent mes copines féministes d’ailleurs. Et au passage, je m’interroge : pourquoi donc ce mot est-il masculin alors qu’il désigne le sexe de la femme ? N’y-a-t’il pas là matière à s’indigner ? N’est-ce pas le signe le plus évident de la domination du corps féminin par les hommes ? Il me semble que nous devrions adopter désormais le mot « conne « en lieu et place de « con » lorsqu’on utilise le terme dans son sens originel. Quant à l’injure, qu’elle reste au masculin, car après tout les cons, ce sont toujours les hommes, non ?  A ceux que l’origine et l’évolution du mot intéressent, je recommande cet article de wikipedia absolument passionnant. A titre de bonus, le dictionnaire de l’argot d’Albert Doillon dans la collection Bouquins m’apprend que « conne » à partir du XVème siècle est hypocoristique (affectueux si vous préférez) et désigne « une luronne aimant la bagatelle ». En revanche, une connasse est une vieille femme désagréable.

Toujours est-il que c’est la version féminisée de la célèbre répartie d’Audiard qui m’est spontanément montée aux lèvres lorsque j’ai découvert la magnifique campagne de mes copines féministes de gauche : « Osez le clito ». Yes ! J’aperçois des messieurs au fond de la salle qui se félicitent de m’avoir rendu visite en ce jour béni. Si vous voulez voir l’affiche, sortez les enfants de la pièce, désactivez le contrôle parental et cliquez ici.

Hein !……..N’est-ce pas ?

Je sais, cet appareil génital féminin, représenté cuisses écartées et affiché sur la voie publique, ça laisse sans voix. Même l’industrie du porno n’aurait pas osé, et pour cause, nos pasionarias de la cause féminine auraient hurlé. Libération tente désespérément de nous raccrocher tout ça à un courant philosophique en brossant le portrait de l’initiatrice de la campagne, Caroline de Haas, salariée du PS. Laissez tomber, confrères, la bêtise n’a pas de racines philosophiques, c’est une errance sans but et sans repère. En fait, le message est le suivant :  j’ai un clitoris plus long et plus sensible que ton pénis, donc je suis plus forte que toi, homme ! Avec de tels discours, le PS est sûr de gagner les prochaines présidentielles. Entre nous, c’est à peine croyable ce que la gauche en ce moment me donne envie de voter à droite. Il n’a même plus besoin de bouger Nicolas, il suffit qu’il laisse ses adversaires s’exprimer librement. L’impensable risque bien de se produire, on va rempiler, moi je vous le dis, par défaut, pour éviter bien pire.

Mais revenons au coeur, pardon, au clitoris de notre sujet. Le clitoris donc n’a pas sa place dans la culture, c’est dénoncé ici, je cite :

 » Cette campagne est partie d’un constat : en matière de sexualités, l’égalité femmes – hommes reste à construire et l’intimité reste un lieu de pouvoir masculin. Qu’il s’agisse de livres scolaires ou médicaux, d’expositions, de littérature ou tout simplement de rapports humains, le clitoris est très souvent oublié, considéré comme mineur ou cantonné aux préliminaires ».


Quand je pense que nous avions un problème d’une ampleur mondiale et que nous l’ignorions. Aveugles que nous sommes !  A l’ombre des clitoris en fleur n’a jamais été écrit, pas plus que Clitoris du seigneur, Le Rouge et le clitoris, Madame clitoris. Même Voyage au bout du clitoris,  Céline n’y a pas pensé. Mais il est vrai qu’il a contribué à populariser le « con » en tant qu’injure. Voilà de quoi alimenter le lourd soupçon qu’en plus d’avoir été antisémite, il ait pu développer une allergie au clitoris. Déjà qu’il était voyeur…. Pas d’exposition non plus sur le précieux organe, c’est vrai. La saison dernière à Paris, nous avons couru admirer Monet, Van Dongen, Odilon Redon, mais point de Clitoris en majesté ou d’Histoire du clitoris à travers les âges et moins encore de Figures du clitoris par Rembrandt. Notez, je n’ai pas vu non plus d’exposition sur le pénis, mais je ne fréquente peut-être pas les bons endroits. On m’informe dans l’oreillette que quelques hauts lieux culturels à Pigalle en présentent toute l’année.

Allons, je vous laisse. Il faut que je prépare ma campagne contre l’insupportable mépris dont sont victimes les ovaires au regard des gonades mâles, plus connues sous le nom élogieux de « testicules », car c’est décidé, moi j’ose l’ovaire. Et je m’empresse pour fêter cette révolution d’adapter la célèbre formule de Jacques Chirac, en guise de conclusion :  au fond, tout ça voyez-vous, ça m’en touche un sans faire bouger l’autre !

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