La Plume d'Aliocha

28/05/2011

Accusé, levez-vous !

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 15:46

Dans le numéro de Marianne de cette semaine, Jean-François Kahn annonce qu’il met fin à sa carrière de journaliste. Motif ? La phrase maladroite qu’il a prononcée dans l’affaire DSK et qu’on ne lui a pas pardonnée. Cette décision m’a inspiré un songe, celui d’une comparution imaginaire de JFK devant le grand tribunal médiatique. Si j’ai repris certains de ses propos, l’essentiel est le produit de mon imagination et ne saurait donc en aucun cas être retenu contre lui. Qu’il me pardonne cette liberté.

– « Accusé levez-vous, vous êtes poursuivi pour avoir qualifié les exactions de DSK de « troussage de domestique », reconnaissez-vous les faits ?

– Oui Mesdames et Messieurs du grand tribunal médiatique, j’ai en effet prononcé cette phrase dans un moment d’émotion. Elle ne reflétait pas ma pensée.

– Nous considérons malheureusement que si. Ce dérapage pallocrate et bourgeois est inacceptable. D’ailleurs nous avons des sondages qui témoignent de l’indignation du public.

– Toute ma vie de journaliste j’ai soutenu le combat des féministes, en particulier dans les moments les plus  difficiles. Comment peut-on aujourd’hui m’accuser d’être phallocrate, sexiste ou que sais-je encore ?

– Accusé taisez-vous ! Vous croyez-vous devant la justice pour oser ainsi vous défendre ? Il n’y a pas d’avocat ici pour polluer les débats, rien que des preuves matérielles, irréfutables, un enregistrement qui indique clairement que vous avez prononcé la phrase litigieuse.

– Dans ce cas pourquoi m’interroger, condamnez-moi !

– Parce que vous prétendez en plus nous dicter ce que nous devons penser ? Reconnaissez-vous avoir prononcé cette ignoble phrase ?

– Oui, je le reconnais, et j’admets qu’elle est inadmissible. Il faut comprendre mon émotion…

– Taisez-vous ! Il n’y a rien à comprendre.

– En effet, et je le regrette.

– Ah ! Vous avouez. Enfin, nous avançons. Vous devenez intelligent. A quoi bon nier puisque nous avons les preuves.

– A quoi bon me faire avouer, si vous avez les preuves ?

– Pour vous aider à prendre la mesure de votre ignominie. Ne comprenez-vous pas que tant que vous vous défendrez, vous montrerez que toutes vos excuses ne vous servent qu’à vous mentir et, ce qui est pire, à mentir au public ?

– Est-ce mentir que d’admettre sa faute?

– Non mais c’est mentir que de tenter d’en diminuer la gravité.

– Est-ce mentir que de s’expliquer ?

– N’êtes-vous pas un homme, n’appartenez-vous pas à l’élite ?

– Je suis un homme et sans doute appartiens-je à une sorte d’élite.

– voyez comme vous tentez encore de détourner le problème, oui vous appartenez à l’élite, donc vous êtes un bourgeois phallocrate.

– Si c’était si simple…admettons donc que je sois un bourgeois phallocrate.

– Mais c’est simple !  Ce sont les soi-disant intellectuels comme vous qui compliquent les choses pour tromper le public. Si l’on vous écoutait plus personne ne serait jamais coupable de rien. Pas même Brice Hortefeux, Jean-Paul Guerlain, et John Galliano. Il n’y aurait que d’innocents dérapages verbaux.

– Et si ce n’était que cela en effet ?

– Allons, accusé, vous savez aussi bien que nous à quel point la parole publique est maîtrisée. Il ne s’agit en aucun cas d’erreurs, mais tout au contraire de l’expression accidentelle du moi profond. Et si les auteurs de ces phrases s’expriment ainsi, c’est qu’ils ne sont même pas conscients de leur faute, d’où le devoir de ce tribunal de les mettre en face de leur vérité profonde.

– J’ai avoué, j’ai reconnu que c’était une faute, que pourrais-je faire de plus ?

– Abandonner la sotte conviction que vous aviez des excuses, reconnaître que vous êtes un bourgeois indigne et phallocrate. Que vous n’avez été que cela toute votre vie sans jamais cesser de croire le contraire.

– Mais c’est faux ! Je suis quand même le mieux placé pour savoir quelles sont mes convictions. Ma vie, mes articles, mes réalisations professionnelles, mes combats, tout démontre le contraire.

– Mais tout ceci ne fut que mensonge, à vous-même et aux autres. Et il a fallu cette affaire pour qu’enfin la vérité éclate.

– Parce que vous mesurez la vérité d’un homme à l’aune d’une seule phrase ?

– Oui, nous sommes le grand tribunal médiatique. Nous savons que tout n’est que mensonge et artifice dans la parole publique, c’est pourquoi nous traquons sans relâche ces éclairs de vérité, ces diamants bruts, dissimulés dans la roche des faux-semblants.

– Et vous n’avez jamais songé que parfois on pouvait simplement dire des choses qu’on ne pense pas ou que l’on ne dirait pas si l’on avait pris la peine de réfléchir, si le rythme infernal du temps médiatique ne nous sommait de réagir sur tout, tout le temps, quitte à parler trop vite.

– Pas vous qui fréquentez les médias depuis 5 décennies. Un homme comme vous est rompu à l’exercice, il ne dit pas de bêtises, il n’est pas impressionné par la parole publique, ni par la rapidité des médias. Vous ne faites qu’aggraver votre cas.

– Ainsi donc la parole compte pour tout et les actes pour rien…

– La parole exprime la pensée et la pensée guide les actes. Surtout, la parole influence les foules. C’est pourquoi les élites se doivent d’être exemplaires. C’est en pensant droit et juste que nous guiderons le peuple, que nous l’élèverons, telle est notre haute mission à nous les médias. Nous devons peindre le tableau d’un monde idéal et lorsque nous y serons parvenus, alors nous aurons éradiqué le mal. Tout n’est que représentation.

– En êtes-vous si sûrs ? Pensez-vous qu’il suffise de polir les discours pour polir les âmes ? De construire un monde virtuel idéal pour que la réalité se plie à l’image que vous en donnez ?

– Nous éduquons les masses et leur offrons le spectacle permanent d’un monde rêvé qui les console de la réalité. Les « dérapages » comme vous dites choquent le public. Nous avons le devoir de les éradiquer.

– Mais alors, vous admettez que vous mentez !

– Pour le bien commun, en effet. Si nous tolérions que l’on montre la réalité, personne ne supporterait ce spectacle, le peuple serait triste. Pire, il serait privé de références. Nous avons choisi de porter seuls le fardeau de la vérité.

– ah oui ? en vivant dans vos beaux appartements, dans vos quartiers protégés, en décidant de ce qu’il faut montrer ou pas, vous pensez réellement que vous détenez seuls les clefs de la vérité ? Mais vous êtes en dehors de cette vérité, vous la vivez par procuration, elle n’est qu’une image, et encore bien floue, de ce que vivent ceux qui vous regardent et vous écoutent.

– qu’importe ! Nous comprenons mieux qu’eux ce qu’ils vivent et ce dont ils ont besoin, c’est pourquoi nous leur expliquons comment ils doivent regarder cette réalité et c’est à travers nos yeux qu’ils la voient.

– quelle arrogance !

– c’est vous le journaliste qui nous accusez d’arrogance ? Mais n’avez vous pas toute votre vie trié ce qui pouvait être dit de ce qui devait être tu, influencé les esprits par votre propre représentation du monde, défendu certaines idées, combattu les autres ?

– Peut-être, mais je n’ai jamais prétendu faire le bien commun en dessinant un monde entièrement mensonger, en manipulant volontairement la réalité, vous êtes devenu fous !

– non, nous avons seulement pris la mesure de notre pouvoir infini et décidé de nous en servir pour le bien de l’humanité.

– dans ce cas, je vous rends ma carte de presse. Votre système n’est pas le mien, de tous les totalitarismes que j’ai combattus, vous êtes le plus insidieux et le plus terrifiant.

– Le tribunal regrette votre obstination dans l’erreur, mais prend acte de votre démission. Affaire suivante ! »

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33 commentaires »

  1. Bel exercice !
    Votre tribunal médiatique est une bonne métaphore de la foule, plus même qu’une métaphore, il est la foule elle-même, médiatisée, la foule à l’état brut, avec ses multitudes qui permet l’anonymat, avec son besoin d’unanimité et donc son besoin de cibles communes qui scellent cette unanimité, avec sa joie mauvaise et débridée lorsqu’une telle cible est trouvée, avec son absence totale de réflexion, d’indulgence, de retenue…
    On comprend l’émotion extrême qui doit être celle de Jean-François Kahn. Il a tort cependant de se retirer du journalisme car, se faisant, il donne raison à cette foule qui l’accable. Comme Socrate, il met à exécution lui-même le verdict qui le condamne, approuvant par là ses juges, se joignant à leur unanimité contre lui… Un autre choix existe. Au lieu d’imiter Socrate, imiter Jésus : subir, se résigner, se convaincre que ceux qui le condamnent ne savent pas ce qu’ils font…

    Commentaire par DMonodBroca — 28/05/2011 @ 17:17

  2. Tout ceci me rappelle les questionnements autour du secret de certains rapports rédigés lors de procédures de recrutement, de promotion etc.

    D’un côté, s’ils sont secrets, c’est un peu choquant pour les personnes concernées, surtout s’ils mentionnent des choses erronnées (et avec la loi CADA, c’est impossible de les tenir secrets).

    D’un autre côté, s’ils sont publics, on ne va mettre dedans que du consensuel préformaté, voire des phrases-types, tandis que les informations importantes (du style « le candidat s’engueule avec ses collègues, personne ne veut bosser avec ») seront transmises oralement, voire officieusement. On crée donc un double système, avec une réalité officielle lisse, et des informations transmises par derrière.

    C’est le problème de la communication: c’est du gloubi-boulga consensuel qui ne transmet pas vraiment d’information.

    Commentaire par DM — 28/05/2011 @ 17:27

  3. Je ne crois pas une minute qu’il a décidé d’arrêter sa carrière à la suite de la polémique déclenchée par ses propos. Il en a vu d’autres, je pense. Ce qui n’enlève rien à la pertinence de ce tribunal imaginaire.

    Commentaire par BABs — 28/05/2011 @ 18:28

  4. excellent!

    Commentaire par MANSUY — 28/05/2011 @ 19:08

  5. <> J’adore cette phrase, qui n’est que trop vraie. ( pour une certaine presse, en tous cas )
    Et bien quel rêve, dites-moi. En êtes-vous remise chère Aliocha ?

    Commentaire par Ceriat — 28/05/2011 @ 19:25

  6. Oups. Pardon, la phrase entre les guillemets s’est volatilisée :
     » Nous éduquons les masses et leur offrons le spectacle permanent d’un monde rêvé qui les console de la réalité. Les « dérapages » comme vous dites choquent le public. Nous avons le devoir de les éradiquer. »

    Commentaire par Ceriat — 28/05/2011 @ 20:40

  7. Bravo, et merci pour lui.
    Autant j’avais été choqué par sa malheureuse phrase, autant je regrette son « lynchage » et sa démission.
    Triste monde.

    Commentaire par Sammy — 28/05/2011 @ 20:55

  8. Quand Kafka rencontre Muray chez Orwell, ça donne le songe d’Aliocha.

    Rien à ajouter.

    Commentaire par Philarete — 28/05/2011 @ 21:24

  9. Est-ce normal qu’à un certain moment, mon esprit dérape, et ne sache plus quelles sont les répliques de JFK et celles de son adversaire ?

    Commentaire par lambertine — 28/05/2011 @ 22:01

  10. @Philarête : à ma grande honte, je n’ai jamais lu Kafka. En revanche, il y avait, en plus de Muray et d’Orwell, une référence à la légende du Grand inquisiteur 😉
    @Lambertine : je n’irais pas jusqu’à dire que c’est fait exprès, mais tant mieux si j’ai échappé au manichéisme…
    @Sammy : il va falloir qu’on arrête avec les petites phrases
    @Babs : il dit en effet que ce n’est qu’un déclencheur

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/05/2011 @ 23:51

  11. Quand le faux JFK évoque « le rythme infernal du temps médiatique » qui somme « de réagir sur tout, tout le temps, quitte à parler trop vite », il donne quelque part raison au tribunal médiatique. Parce que la trop grande rapidité (liée à la concurrence exacerbée), le manque de recul (pour la même raison) c’est une des réalités néfastes du fonctionnement des médias.

    Commentaire par Gilbert Duroux — 29/05/2011 @ 00:38

  12. Quel talent! Vous devriez plus souvent nous offrir de telles perles. Sur le fonds, je suis en complet désaccord avec votre thèse. Il n’y a pas de tribunal médiatique, pas plus que d’accusé, et encore moins de condamné.
    JFK a dit une ânerie. Beaucoup, moi le premier, l’ont moqué, critiqué, plutôt durement. Il est venu expliquer ses propos, présenter ses excuses. Puis a démissionné. Il n’y a là rien que de normal, rien de choquant.
    Qui est ce mystérieux tribunal médiatique? Qui l’a condamné? Personne. C’est une démission. Il n’est pas viré par un quelconque employeur. Il a décidé de se retirer. A son âge, ça n’est pas non plus un drame. Que ce soit imprévu de sa part, c’est possible, je ne connais pas JFK. Mais après son parcours, je tendrais à penser qu’il était parfaitement capable de continuer, de passer outre, de rebondir. Il en a vécu d’autres, et de plus dures. Peut-être n’avait-il plus l’envie, l’énergie, qu’à l’occasion de cette micro-polémique a-t-il fait un point sur sa carrière, son rôle et ses diverses fonctions. Je ne crois sincèrement pas que l’opinion d’un ou deux éditorialistes ai pu compter.

    Commentaire par kaeldric — 29/05/2011 @ 17:44

  13. jfk il a à voir avec le fumeux marianne :

    http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr/archive/2011/04/27/marianne-torchon-de-merde.html

    Bonne vacance

    Commentaire par Bourguignon — 29/05/2011 @ 19:07

  14. Bonjour,

    Oui, c’est stupide d’en arriver là. Mais je crois que JFK à surtout compris, par delà cette petite phrase « stupide », qu’il avait été « rattrapé » par le système, qu’il était « contaminé ». Ces quelques mots lui ont fait comprendre à quel point, il « comprenait » DSK (non le pardonnait ou l’absolvait) et en le comprenant, il a réalisé à quel point son mode de pensé avait évolué depuis le début de sa carrière.

    Bien entendu cela n’en fait pas un phallocrate ou un violeur (pardon trousseur) de domestique, bien entendu, mais peut être qu’il y a désormais un filtre entre la réalité et sa perception de la réalité, filtre qui l’empêche de faire un travail honnête.

    C’est un métier difficile d’être au contact des gens dont on doit rapporter la pensé et les actions. L’empathie naturelle qui se crée entre les êtres, la proximité physique, le partage l’espace d’instants de moments communs fait qu’il est difficile de rester objectif.

    Cela ne pose pas de problème bien forts lorsque le journaliste vient témoigner d’une vie, d’un métier, d’un parcours, d’un combat individuel. Maintenant face à des personnes dont le métier est de « diriger » (et plus pour le bien de tous) peut importe les moyens, il est désarmé et sujet à subjectivité à cause de cette « contamination ». On pardonne bien plus facilement à ses amis, d’autant plus qu’on n’est pas touché par la « chose ».

    C’est en se sens que les journalistes au diner du siècle est toxique, il n’est que voir le grand journaliste D.Pujadas !! !

    Commentaire par herve_02 — 30/05/2011 @ 11:18

  15. Que JFK s’excuse platement d’avoir dit une connerie, dont acte pour moi c’est fini, simplement il faut qu’il reconnaisse que ça trahit un peu quelque part une sorte d’autoprotection de classe même inconsciente.

    Par contre ce qui bien plus grave c’est que des gens comme JFK s’assoient sur leur déontologie non seulement en taisant ce qui se dit dans les réunions antidémocratiques du « siècle » ou du Bilderberg, mais en plus dans son cas en niant leur existence pourtant de multiples fois avérées.

    Commentaire par robin — 30/05/2011 @ 15:59

  16. A part Kafka , Muray et Orwell , on croirait lire un compte rendu d’interrogatoire de la Gépéou décrit par Alexander Solyenitzin …

    Commentaire par lajoie — 30/05/2011 @ 16:04

  17. Que voudriez-vous? Qu’on soit indulgent envers une personne qui a précisément construit sa carrière et sa notoriété sur son exigence?

    Devrait-on accepter une intervention médiocre dans un domaine où la personne est censée exceller?
    C’est comme Bernard Pivot qui ferait une faute d’orthographe, le prof de math de votre gamin qui raterait une règle de trois…
    C’est inacceptable, tout simplement.

    Commentaire par enki — 30/05/2011 @ 16:39

  18. faut arreter le delire , le masque est tombé , kahn est un sioniste phallocrate comme tous les juifs proprietaires de medias et les politiques qui ont defendu le predateur milliardaire , honte a lui et bon debarras !!

    Commentaire par zizifridolin — 30/05/2011 @ 16:40

  19. quelle phrase maladroite ?
    Le degueulis d un sionard , probablement que l auteur de l article en est aussi , je chie sur ton lobby !!

    Commentaire par zizifridolin — 30/05/2011 @ 16:43

  20. Je perçois et ressent la situation comme vous la démontrez. Bel exercice en effet ! Au combien transposable !

    Commentaire par flykikou — 30/05/2011 @ 20:54

  21. Belle écriture, j’aime.

    Commentaire par Malifaz — 30/05/2011 @ 20:54

  22. C’est nul 😉 pas dans le sens de nul sans aucun sens ; ça me fait penser aux années 80 quand la télé a commencé à faire des émissions sur la télé, c’est simplement navrant. Mais ça devait arriver. Un journaliste qui se mange la langue.

    Commentaire par christophe — 30/05/2011 @ 20:59

  23. J’aime beaucoup. Ca fait penser à l’affaire Dreyfus, en moins dramatique bien sûr, mais le lynchage public ne date pas d’hier…
    Puisqu’on en est à imaginer des scénarios, en voici un autre, qui m’a été proposé par un copain:
    « Jo, assis dans un angle stratégique du lobby sirote lentement son Martini-gin. Il sent l’adrénaline qui excite ses neurones. Il adore cette sensation. Celle du chasseur qui guette son gibier. Il a reçu il y a une heure un SMS laconique du directeur de Sofitel Times-Square : « Big fish here ». Voilà pourquoi il est là ce vieil agent de la CIA au physique passe-partout d’employé de banque mais spécialiste respecté des coups tordus.
    Il n’a pas été trop difficile à « convaincre » le loufiat en chef frenchie, pense Jo. Tous les grands établissements s’arrangent pour fournir discrètement des « oreillers » aux bons clients. « Oreillers » blonds, bruns, blancs, noirs, jaunes, yin ou yan, à la demande. Ça fait partie de l’excellence de service qui sied à un établissement affichant de tels tarifs. Sauf que ça tombe sous le coup de la loi… Jo a su faire savoir au directeur qu’il valait mieux pour lui « collaborer » et surtout fermer sa gueule…
    « Big fish » aime les femmes. Il aime aimer les femmes. C’est un queutard. Il n’y a pas de mal à ça. Sa position à la tête du FMI, malgré la puissance qu’elle lui confère, ne lui laisse pourtant guère de possibilité côté radada, surtout dans ce pays de culs bénis et de peine-à-jouir… Alors, de temps en temps, il s’échappe, seul, sans secrétaire ni garde du corps, vient à cet hôtel de Manhattan où il a ses habitudes et…s’envoie une belle pute que lui fournit discrètement un des responsables de la réception, qui y trouve largement son compte. Discret, efficace, réglé comme du papier à musique. Une bouffée d’air dans une vie trépidante…
    Il est arrivé il y a une heure et s’est installé, comme d’habitude, à la suite 2806. A la réception, il a demandé Jimmy.

    – Comme d’habitude monsieur ?
    – Comme d’habitude. Mais j’aimerai si possible un « chocolat chaud »…
    – Dans une heure ?
    – Très bien.
    « Big fish », heureux, gagne sa suite, se met à l’aise, se sert un whisky soda depuis le bar de sa chambre, donne quelques coups de téléphone, se détend et lisant le journal puis se déshabille et va dans la salle de bain. Dans quelques minutes, son « ami » Jimmy va lui envoyer une belle hétaïre. Une black cette fois, son « chocolat chaud ». « Big fish » adore leur peau luisante, leurs formes pleines, leur parfum un peu sauvage de musc, de cannelle, leur goût poivré…
    Dans le lobby, Jimmy s’approche de Jo et lui fait part des désidératas de « Big fish ». Jo ordonne :
    – A l’heure dite, tu ne lui envoies pas la pute qu’il t’a demandée mais une de tes femmes de chambres, black, pour faire le service, en disant à celle-ci que la chambre est vide.
    – Mais…
    – Pas de mais. Exécution.
    « Big fish » sifflote dans la salle de bain. A poil. Prêt à se donner du bon temps. Ah ! Il entend la porte d’entrée qui s’ouvre. Il sort de la salle de bain et tombe nez à nez avec une ravissante jeune femme noire. Celle-ci, le voyant, est étonnée et se répand en excuses « Sorry ! Sorry Sir ! » et tourne les talons pour partir. « Big fish » trouve le jeu à son goût : « Comédienne en plus ! Elle joue les effarouchées ! Faudra que je félicite Jimmy ! » Il attrape le jeune femme, la serre contre
    lui et lui fait sentir « la solidité de ses sentiments » ! La fille se débat pour s’échapper et roule des yeux effrayés. Bon, se dit « Big fish », maintenant, ça suffit le cinéma. « The game is over, Honey, came with me on the bed et have fun and love… ». Il pousse la fille sur le lit… Il voit alors ses yeux véritablement emplis de terreur, son souffle court, ses efforts désespérés pour se dégager… Il se rend alors compte de la méprise, de la terrible méprise
    – Mais, mais… Qui êtes-vous ?

    La fille se dégage et réussie à s’enfuir.
    « Big fish », atterré, comprend alors le piège dans lequel il vient de tomber, victime de sa queue, comme un collégien…
    La femme de ménage, tremblante, traumatisée, vient se confier au patron. Au coup d’œil discret de Jimmy, Jo a compris : le gros poisson a mordu à l’hameçon ! Il ne reste plus qu’à le ferrer : sur les consignes de Jo, le directeur prévient la police, etc., ec.
    Voilà une opération remarquablement réussie. « Big fish » gêne de plus en plus en haut lieu aux USA. Considéré comme un libéral bon teint en France, il est perçu comme un dangereux gauchiste aux States ! Pensez donc. Ce type met en danger les intérêts des banques américaines, il veut sauver l’euro, il met des bâtons dans les roues des multinationales étazuniennes en Afrique, etc. De plus il risque de devenir le prochain président de la France. En le foutant en l’air on dégage le FMI d’un individu qui n’est pas à la botte des USA. En lui barrant la présidence de la république française, on s’évite un président « socialiste », un autre emmerdeur genre Mitterrand. De plus on met Sarkozy au pli car on saura toujours lui rappeler à qui il devra sa réélection… « 

    Commentaire par Martin Snoeck/Belgique — 31/05/2011 @ 09:30

  24. Bonjour,

    J’écoutais Culture comme tous les matins dans ma voiture ce matin là.
    Je note que contrairement aux chroniqueurs maison, JFK ne se lisait pas. Il improvisait avec tous les risques que cela comporte.

    Je crois que JFK a tenté inconsciemment de se visualiser la scène. Il n’était pas question de la femme de chambre en tant que femme ou victime. Elle n’était qu’un obejt contextuel. Et c’est ce qui était frappant: peu de cas a été fait de la femme de chambre. Cette dernière était à peine évoquée dans mon souvenir.
    C’est le lendemain que la victime présumée a fait l’objet de plus d’attentions.

    Ecoutez la chronique de Caroline Fourest ce même matin. L’analyse politique prime. La soubrette, on n’en parle pas. On se contentera d’évoquer une autre victime présumée (plus digne de confiance?).
    http://www.franceculture.com/emission-la-chronique-de-caroline-fourest.html
    Vous pouvez également chercher ce qu’elle disait la veille sur France 2. Ce n’est pas un procès d’intention. Caroline Fourest est certainement sincère et peu suspecte sur le fond de compasion exesive pour DSK.
    Par conte, elle a comme toutes les personnes brillantes présentes dans le studio mal hiérarchisé les éléments.

    Avec sa formule JFK ne pouvait que devenir la victime expiatoire de tout le microcosme médiatique.
    Il faudrait parler de « Grand Tribunal Expiatoire Médiatique ».
    Ce tribunal serait saisi à chaque un emballement médiatique manifeste.

    Commentaire par Christophe — 31/05/2011 @ 09:47

  25. Franchement Mister Khan c’était trop beau…! Vous le grand pourfendeur métaphorique des idées reçues! Vous le grand prêtre ordonnateur de la contre-pensée unique célébrant votre grand messe tous les jours sur l’hôtel médiatique ! Vous le héraut libertaire de la défense des opprimés et des pauvres face l ‘hégémonie des puissants! Vous qui êtes prêt à prendre le contre-pied de n’importe quelle idée et de vous en faire le défenseur pour mieux la contre attaquer ensuite! Vous qui êtes l’antithèse journalistique d’une analyse introspective qui voudrait se faire passer pour libérale et spirituellement élevée quant elle n ‘est que remugles intellectuello-gaucho-libertairicide..Enfin vous qui vous fîtes tant de fois Juge, jurés,jury,accusateur , défenseur et aujourd’hui …Victime … de VOUS MEME !!! Incroyable chute, stupéfiante erreur! Collision astronomique de trajectoire avec un météore …lancé par vous même! La planète Khan auto-percutée par un satellite lancé d’elle même…Obligée de quitter son axe orbital et de partir errer dans l’espace des bannis du journalisme …Finalement vous êtes le pendant journalistique du destin de votre homonyme Strauss-Khan un destin à la Khan, chez les Khan lorsque vous arrivez au bout du chemin, la planète entière doit le savoir ! Comme si l’égrégore médiatique vous rendait un dernier hommage en rendant votre chute plus célèbre que tout le combat de votre vie ! Injustice clamerez-vous ?! Tricherie du destin ?! Que nenni !! TROUSSAGE JOURNALISTIQUE cher ami ! Hé oui le phénomène d’action réaction classique , rien de plus rien de moins !Vous venez de subir ce que vous ne condamniez pas ! Un Viol médiatique ! Cher Khan’s ( je m’adresse au deux !) les places de condamnés vous vont bien…Car enfin on a envie de vous aimer (un peu) de vous plaindre ( un tout petit peu) et peut être , tout d’un coup…. de se sentir votre « prochain » Acceptez votre sort cher Khan’s…Vous y gagnerez en humanité !

    Commentaire par Camgus — 31/05/2011 @ 10:33

  26. Pourquoi dites vous « grand tribunal médiatique » au lieu de Canal + ?

    Commentaire par dexter — 31/05/2011 @ 11:10

  27. mais a quoi sert cet article ? puisse que c’est une fiction ?!

    Commentaire par gladul — 31/05/2011 @ 12:01

  28. Dans l’affaire Strauss-Kahn « Marianne » comme toute la presse française, a pris violemment parti pour le VIOLEUR en parlant de « présomption d’innocence » où il n’y a que de fortes et nombreuses présomptions de culpabilité.

    « Marianne » n’a toujours pas eu un mot de compassion pour la victime (Konopnciki l’a eu dans sa chronique, merci).

    Jean-François Kahn a dérapé très laidement en disant « c’est un troussage de soubrette ». C’est sur internet.

    Il a essayé de se raccrocher aux branches en disant qu’il avait parlé de « détroussage de domestique », mais non, c’est sur internet. Il ne peut pas nous faire croire qu’il a dit autre chose que « c’est un troussage de soubrette ».

    La phrase de JFK est particulièrement scandaleuse car Strauss-Kahn le sérial POINTEUR ne s’attaque qu’à des femmes faibles :

    – très jeunes et dont la parole ne vaudra pas la sienne.

    (peut-être aussi par type caractériologique pédophile)

    A cet égard c’est toujours amusant de voir une attachée parlementaire de 60 ans bien tapés dire à l’émission de Philippe Lefait : « Je n’ai jamais eu de problèmes » !!!!

    Bien sûr puisque Strauss-Kahn le POINTEUR ne viole que des femmes de trente ans de moins que lui.

    – très faibles économiquement, ayant cruellement besoin de leur boulot sans lequel elles seraient à la rue.

    Or la phrase de Jean-François Kahn s’amusait de l’aspect le plus VIOLENT socialement de ce VIOL : le caractère VIOL AGGRAVE commme on dit en France, c’est à dire VIOL commis par un supérieur sur une personne dépendante de lui directement ou indirectement.

    Jean-François Kahn a donc eu raison de dire qu’il prenait sa retraite de journaliste: c’est souhaitable dans le principe.

    Mais JF Kahn n’est pas tout à fait un journaliste ordinaire et donc j’ai été heureux d’entendre Elisabeth Lévy à l’émission de Giesbert qui lui demandait de rester. C’était la voix de la France et c’était élégant.

    Bref, il était nécessaire moralement qu’il se retirât.

    Il est tout aussi souhaitable pour nous, citoyens qui avons besoin d’être informés, qu’il revienne.
    J’ai aimé le papier de Szafran dans le dernier Marianne.

    Commentaire par Alan Broc — 31/05/2011 @ 18:36

  29. Bonjour,

    bien sûr certaines réactions suscitées par la phrase de JFK ont été excessives… Sans doute, à la hauteur de son propos lui-même particulièrement moche.

    Mais, rien ne l’obligeait à démissionner, et surtout, il aurait été plus responsable de sa part, je trouve, de ne pas le faire : simplement publier une tribune dans laquelle il serait revenu sur l’événement avec distance.
    Ce qui est dommage avec sa démission, c’est qu’il accorde ainsi trop d’importance à l’hystérie médiatique, et provoque de ce fait la substitution d’un débat sur l’hypersensibilité médiatique, le diktat du politiquement correct, à celui qui mériterait d’être creusé sur la place de la femme dans la société, les schémas mentaux bien ancrés assignant le statut d’objet sexuel à la femme subordonnée, etc.

    Commentaire par holden — 01/06/2011 @ 11:43

  30. Etant abonné à MARIANNE ou tant de vérités sont dénoncées dans toutes les pages ( rien à voir avec les désinformations des autres medias de presses ecrites ) Dites à Jean-François Kahn qu’il ne nous abandonne pas !
    Merci à vous tous.
    lAFFITTE.Roland

    Commentaire par LAFFITTE — 01/06/2011 @ 13:48

  31. bravo !
    ce texte est superbe et tellement vrai, le reflet d’une société schizophrène et perverse qui conduit sûrement au totalitarisme que craint JFK et aliocha aussi !
    Faut-il encore se battre, pointer du doigt ces disfonctionnements ? ou refermer les journaux, débrancher internet, retourner boire un coup au café en refaisant le monde entre soi, fous, phallocrates, alcoolisés, naïfs, faux-racistes et vrais adeptes des brèves de comptoir n’ayant pas la crainte de dire des énormités sans risque de voir se pointer le doigt de la justice puritaine et des ligues de vertu cathodique !
    GL

    Commentaire par GLecoq — 04/06/2011 @ 09:42

  32. Bof……..

    Cet aspect kafkaïen, cette inversion des valeurs, ce contre-sens permanent dans la compréhension des situations est bien le fait de ces medias dont JFK est l’un des représentants.

    Si, dans ce procés imaginaire, ce que JFK a dit ne « reflétait pas sa pensée », c’est une bonne chose qu’il ait démissionné. On s’attendrait à ce que ce représentant de cette « élite » sache ce qu’il dit et évalue la portée de ses mots.
    Dans n’importe quel autre métier, cette incompétente au niveau de l’essence même de son métier ( ici, manier les mots) est sanctionnée par un renvoi.
    Il faut le plaindre en plus? imaginer un maçon qui jouerait la victime parce qu’il avoue ne pas savoir construire un mur, un bûcheron parce qu’il ne sait pas manier la scie, un boulanger ….etc ….etc…

    Bref, un fait divers sans importance, sans conséquence sur notre vie quotidienne, n’apportant ni n’enlevant rien au pays ni à l’histoire humaine.

    Commentaire par calamity — 04/06/2011 @ 10:09

  33. @ Lafitte

    « Etant abonné à MARIANNE ou tant de vérités sont dénoncées dans toutes les pages ( rien à voir avec les désinformations des autres medias de presses ecrites ) Dites à Jean-François Kahn qu’il ne nous abandonne pas ! »

    Au contraire, c’est le meilleur moment de se tirer d’un canard devenu presque aussi bougnoulophobe que Causeur : http://www.acrimed.org/article3595.html

    Commentaire par Gilbert Duroux — 06/06/2011 @ 13:49


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