La Plume d'Aliocha

21/04/2011

Et leurs yeux se sont fermés

Filed under: Droits et libertés — laplumedaliocha @ 22:32

Deux photojournalistes ont été tués hier à Misrata en Libye. Chris Hondros de Getty Images et Tim Hetherington qui travaillait pour Vanity Fair. Ils étaient tous les deux des reporters chevronnés, ils avaient 41 ans, leur travail avait été primé. Tous deux se sont retrouvés sous un tir de mortier. Tim est mort sur le coup. Chris a succombé à ses blessures. L’interdiction de se rendre à Misrata venait d’être levée.

La dépêche AFP est ici. Arrêt sur images y a consacré un vite dit à 14h36. Je vous recommande également l‘article de Télérama et celui de Rue89 ainsi que le diaporama hommage de l’Express.

Tim Hetherington était célèbre pour son travail sur les soldats américains en Afghanistan, dont il avait tiré un film Restrepo. Il faut aussi regarder le portfolio de Vanity Fair. Ses portraits de soldats sont fascinants.

Quant à Chris Hondros, sa mémoire restera attachée à une photo inoubliable, celle d’une petite fille de 5 ans en larmes dont les parents irakiens viennent d’être tués. Elle est ici. The Guardian a mis en ligne une rétrospective de son travail.

Un reporter de Match était lui aussi à Misrata. Son reportage permet de comprendre la situation sur place et de mesurer le danger que ces journalistes n’hésitent pas à affronter simplement pour faire leur travail : informer.

Leur disparition porte à 4 le nombre de journalistes tués en Libye depuis le début du conflit.

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31 commentaires »

  1. Lourdes pertes (photo)journalistiques que voilà…2 grands reporters de guerre s’en sont allés. Combien d’autres suivront ? Trop, pour sûr. Ils méritent tous les hommages, comme ceux qui tombent quotidiennement pour se battre contre Khadafi.

    Commentaire par T0rv4ld — 21/04/2011 @ 22:54

  2. Toute victime est une victime de trop.

    Aliocha : évidemment, et je gage que c’est pour susciter ce genre de prise de conscience qu’ils ont l’obsession de témoigner, quitte à risquer leur vie.

    Commentaire par DMonodBroca — 22/04/2011 @ 07:53

  3. @ Aliocha
    La question est de savoir si nous avons besoin du sacrifice de journalistes pour savoir que les hommes sont assez bêtes pour s’entretuer, éternellement persuadés qu’ils sont, les insensés, que la violence est une solution…

    Aliocha : au niveau philosophique où vous situez votre réflexion, non bien sûr. Mais au niveau politique, oui, évidemment. Les journalistes en révèlent pas le sens profond de l’existence, ils informent sur la marche du monde 😉 Et au final, ils contribuent à fournir la matière brute nécessaire pour que d’autres puissent réfléchir, discuter, philosopher, agir, voter etc.

    Commentaire par DMonodBroca — 22/04/2011 @ 10:15

  4. The Big Picture publie aussi une série de photos de Chris Hondros, réalisées à Misrata : http://t.co/SyXyd38

    BBC News également : http://www.bbc.co.uk/news/world-13154053

    Commentaire par Ferdydurke — 22/04/2011 @ 12:06

  5. @ aliocha
    Il est tout aussi philosophiquement stupide que politiquement stupide de s’entretuer. Et je ne crois que mon droit à l’information, à moins de le considérer comme « sacré », justifie le sacrifice de journalistes.

    Commentaire par DMonodBroca — 22/04/2011 @ 15:23

  6. @DMonodBroca : S’il suffisait de décréter qu’une chose est stupide pour qu’elle cesse d’exister…Imaginez qu’il n’y ait plus de journalistes. L’information qui vous parviendrait serait entièrement façonnée par des experts en communication, lesquels vous dessinerait le monde que vous pouvez déjà observer pendant les pauses publicitaires à la télévision, léger, joyeux, expurgé du négatif et totalement mensonger. Le métier de journaliste a ceci de paradoxal qu’il est dérisoire et indispensable. Bien sûr que la mort de ces deux professionnels est absurde, bien sûr qu’une photo, un reportage ne changent pas le monde. Ils lui permettent juste de garder les yeux ouverts sur ce qu’il est.

    Commentaire par laplumedaliocha — 22/04/2011 @ 15:42

  7. Je ne suis pas contre l’information. La com’ m’insupporte autant que vous. Je suis contre le sacrifice, contre l’idée que certains sacrifices me sont utiles (en l’occurrence ici utiles à mon information, car je n’ai pas besoin de témoignages circonstanciés pour savoir que ce qui se passe en de multiples points du globe est affreux au-delà de toute expression, ni pour savoir que nous avons toujours tort lorsque nous croyons être dans le camp des bons contre les méchants et que, partant, notre cause est noble, la guerre que nous menons juste…)

    Commentaire par DMonodBroca — 22/04/2011 @ 16:39

  8. @DMonodBroca
    Vous ne sauriez rien de ce qui se passe dans le monde sans les journalistes ! Qu’ils soient photographes ou reporters. A moins de voyager par vous-même partout et tout le temps.

    Commentaire par BABs — 22/04/2011 @ 21:15

  9. « Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre,
    Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés »

    Peut-être que je me trompe du tout au tout, au milieu de ces sales guerres que se font les hommes peut-être sont-ils les épis mûrs et les blés moissonnés de Péguy ceux qui, désarmés, meurent pour montrer ces horreurs, peut-être meurent-ils dans une juste guerre, oui peut-être…

    Commentaire par DMonodBroca — 22/04/2011 @ 21:41

  10. @DMonodBroca : ce billet n’a pas vocation à en faire des héros, il s’agit de montrer ce que le public ignore, les risques incroyables pris par ces professionnels pour ramener quelques minutes de reportage, une photo ou un récit. Ce sont les coulisses du métier qui apparaissent ainsi tragiquement. Ces journalistes aiment leur métier, connaissent les risques, il est possible même que ces risques fassent partie de ce qu’ils aiment. Des professions dangereuses, il y en a d’autres. Ce qui est important, ce que j’essaie de montrer, c’est que dans un univers médiatique effroyablement vain et superficiel, ils occupent une place particulière, ils tentent de pointer le doigt sur l’essentiel, entre deux spots télévisés vantant une lessive, le discours lénifiant d’un politique et les préparatifs d’un mariage royal dont tout le monde se fout. Je ne suis pas sûre qu’en tant que spectateur de cet univers médiatique, on mesure toujours la différence de valeur entre les images dont nous sommes bombardés. Celles qu’ils ramènent se mesurent en vies humaines, les vies de ceux qu’ils observent, et parfois la leur.
    Maintenant, la guerre de l’information mérite-t-elle qu’on y joue sa vie ? Je serais tentée de vous dire que rien ne mérite qu’on sacrifie sa vie, et pourtant il se trouve que la vie impose parfois ces choix-là. Prendre la mesure de la valeur de leur travail est la meilleure manière je crois de donner un sens à leur sacrifice.

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/04/2011 @ 11:39

  11. @DMonodBroca : tant que j’y suis et puisque vous soulevez des questions passionnantes, je vous recommande Salvador d’Oliver Stone (1985). J’aime beaucoup le portrait qu’il dresse de son reporter. Un type raté, que sa femme vient de plaquer, sans un rond, sans attache, et qui part pour le Salvador dans une vieille guimbarde avec un pote pour tenter de rebooster sa carrière. L’anti-héros absolu, grossier, alcoolique, menteur. Et puis au fil des événements, on le voit se transformer, ses réflexes de journaliste se réveillent, la violence des événements l’oblige à faire des choix, prendre des risques, bref à devenir un homme, pas un héros, un homme. Vous retrouvez un peu la même logique d’ailleurs dans 1000 milliards de dollars d’Henri Verneuil. Je trouve que le ton de ces deux films est très juste. La description du journalisme est toute en nuance en ce qu’elle montre à la fois les travers du métier et ses grandeurs liées à des situations exceptionnelles.

    Commentaire par laplumedaliocha — 23/04/2011 @ 12:12

  12. Chère hôtesse, c’est avec beaucoup de précautions que j’ose cette réflexion : depuis les 10 ou 15 dernières années, c’est-à-dire depuis l’arrivée des moyens numériques modernes de saisie des évènements (le téléphone multimédia par exemple) et d’internet comme outils de diffusion mondial, qui fait paraître notre planète bien petite (pub d’IBM), je ne trouve pas d’exemple de reportage à risque vital qui m’ait appris quelque chose.
    Je n’ai pas besoin de photos de guerre pour savoir, comme disait le colonel Bramble, entre deux silences, que la vie du soldat est une chose dure parfois mêlée de réels dangers. La course au large aussi.
    Alors « Prendre la mesure de la valeur de leur travail est la meilleure manière je crois de donner un sens à leur sacrifice. », je suis navré, je crois que leur sacrifice n’a plus de sens et c’est dramatique pour ceux qui les aiment.

    Commentaire par araok — 23/04/2011 @ 18:48

  13. Ces échanges n’ont aucun sens ! Les « je n’ai pas besoin de » sont insupportables. Les journalistes ne partent pas en reportage pour se sacrifier. Ils partent pour informer. Et s’ils se font trouer la peau, c’est un mauvais hasard. Quel est donc ce procès irritant fait à ceux qui prennent un billet d’avion, se disant « tiens, j’aimerais en savoir plus sur ce qui se passe là-bas, pour me le raconter et le raconter aux autres ? » ? L’impression est désagréable, comme si tout le monde savait ce qui se passe partout par la simple volonté de l’esprit. Mauvaise foi. Et indécence de faire croire que la mort de quelques journalistes vous heurtent au point de dire que leur boulot ne vous a rien appris.

    Commentaire par BABs — 23/04/2011 @ 23:48

  14. BABs bonsoir,
    Ne perdez pas votre sans froid, ne soyez pas désagréable et essayez plutôt de répondre à la question que je me pose: qu’ai-je appris d’un reporter de guerre,depuis 10 ans, que je ne savais déja auparavant?

    Commentaire par araok — 24/04/2011 @ 00:13

  15. @araok
    Je ne comprends toujours pas le sens de votre question. Si vous n’avez jamais rien appris d’un reporter de guerre, « depuis 10 ans », tant pis. D’autres oui. Vous savez tout, connaissez tout. Tant mieux, cette fois-ci. Laissez donc les journalistes faire leur métier. Et Il y aura d’autres morts. C’est ainsi.
    Enfin, je ne suis pas désagréable mais je me suis énervée. Ce qui est tout à fait différent !

    Commentaire par BABs — 24/04/2011 @ 09:54

  16. @BABs
    Mais je laisse les journalistes faire ce qu’ils veulent, comme je laisse et admire les skippers de courses au large tutoyer les 50èmes hurlants pour gagner un jour sur le record du tour du monde, malgré les icebergs et le brouillard. Mais je ne parlerais pas de sacrifice…
    Je reviens une dernière fois – ne voulant pas accaparer le blog- sur ma question: et vous, qu’avez-vous appris depuis dix ans de ces reporters de guerre que vous ne sachiez déja?

    Commentaire par araok — 24/04/2011 @ 11:25

  17. Lorsqu’Henri Huet est mort en faisant son métier de reporter de guerre, le « trop d’info n’avait pas encore tué l’info ». Lui et ses collègues (entre autre Gilles Caron ou David Douglas Duncan) pouvaient légitimement penser que leurs photos renseigneraient sur une réalité qui était sans doute connue dans ses grandes lignes mais non perçue dans sa violence et sa dimension.
    Doit-on parler de sacrifice ou d’accident du travail concernant les deux premiers? Tout dépend de la manière dont chacun juge l’utilité de leur résultat.
    Pour l’une il est nécessaire « dans un monde médiatique effroyablement vain et superficiel » pour l’autre « il n’a plus de sens et c’est dramatique à l’heure du téléphone multimédia et de l’internet ».
    Sauf que ce n’est pas le même résultat que visent ceux qui informent et ceux qui donnent à voir et à ressentir.
    Les milliers de téléphones portables transmettent une vision des faits qui atteste l’histoire; elle n’est pas objective parce qu’elle choisit son camp mais une fois ce choix affiché, elle nous montre ce qui arrive. On peut ainsi voir les véhicules de la police égyptienne écraser des manifestants en fonçant dans le tas. On est informé.
    Ce que nous proposent les grands reporters de guerre, c’est d’être, le temps d’une photo, un des manifestants qui va se faire broyer ou un soldat qui a peur, ou encore un enfant qui brûle en fuyant le napalm, ou le témoin impuissant d’un assassinat politique.
    Ces hommes (il y a quelques femmes aussi) ne nous informent plus, peut-être, mais ils font en sorte que nous soyons concernés. Ils ont un talent qui leur permet d’asservir la technique à leur regard pour en faire notre regard. On leur a même fait parfois le reproche « d’esthétiser » leur vision du malheur. Mais c’est justement leur implication personnelle qui les conduit à choisir l’art pour mieux transmettre la révolte ou la compassion.
    Que ces gens là aiment ou non l’action, le risque, peu importe puisqu’ils nous montrent tous à quel point la tuerie est abjecte. Les reporters de guerre sont l’exact opposé des marchants d’armes: les premiers risquent leur vie pour que nous ne soyons pas indifférents, les seconds comptent sur notre indifférence pour « gagner » la leur.
    A moins que la surabondance de ressenti ait eu définitivement raison de notre empathie ou, au contraire, que notre aptitude à théoriser le monde nous mettent à l’abri de nos sentiments, les grands reporters « occupent une place particulière » qui leurs vaut admiration et gratitude.

    Commentaire par Denis Ducroz — 24/04/2011 @ 13:16

  18. @araok
    La misère des femmes afghanes, la mort au Darfour, les guerres éternelles dans les forêts thaïlandaises, la disparition de « motu » ou îles dans le Pacifique, l’évolution de l’Afrique du Sud, l’engloutissement de certains villages en Mauritanie… Des centaines.

    Commentaire par BABs — 24/04/2011 @ 13:31

  19. @denis ducroz
    « peu importe puisqu’ils nous montrent tous à quel point la tuerie est abjecte.  »

    Mais non, justement, les photos qui paraissent ne nous le montrent pas.

    Et si on veut vraiment montrer l’horreur, je me souviens d’un certain petit livre vert que les appelés du contingent à la fin des années 50 n’avaient pas intérêt à regarder avant de partir en Algérie. Ces photos ne sont jamais parues dans aucun média. Pourquoi ? Parce qu’insoutenables?
    Yves Michaud sur son blog disait un jour que la violence ne venait pas de ce qu’elle était montrée à la télé, mais au contraire qu’on n’en montrait que des images édulcorées.

    @BABs: mais tout ça, BHL nous en avait déja entretenu, non? Je plaisante, je plaisante…

    Commentaire par araok — 24/04/2011 @ 13:57

  20. @araok
    Peut-être que je me suis mal exprimé mais peut-être aussi que nous ne sommes pas d’accord.
    Les images insoutenables dont vous parlez me projetteraient en spectateur extérieur parce que je ne me verrais alors ni dans la situation du mort ni dans celle du tueur. Par contre, le feu qui ronge la petite vietnamienne, le sang des parents qui éclabousse la gamine en pleurs, cette femme qui hurle la disparition de sa famille ou la terreur du soldat qui sent son heure arrivée… toutes ces émotions là m’imposent la perception d’une abjection qui n’est pas consommée justement parce qu’elle est hors champs.
    La menace qu’elle fait peser sur mon humanité ne s’épuise pas dans la résignation d’un « trop tard » qui serait à la fois accablant et libérateur. Si je me sens concerné, ce n’est pas parce que je pourrais changer quoi que ce soit à la réalité du malheur, c’est parce que je suis en position d’imaginer que je le partage et que, si les événements requerraient que je prenne position, j’aurais en tête une émotion durable plutôt qu’un bilan historique.
    Rappelez-vous cette séquence où les bidasses français enterrent des milliers de cadavres au Rwanda (ou au Congo voisin, j’ai oublié), tout d’un coup, ils extraient du charnier un bébé qui pleure. Du casque bleu au traducteur, du caméraman au téléspectateur… tout le monde chiale. Et pourtant cette image n’a rien d’insoutenable, sinon ce qu’elle donne à imaginer.
    On n’édulcore pas la violence en montrant la douleur qu’elle provoque, par contre on laisse au « spectateur » une sortie convenable en exacerbant son déchaînement. Qui donc se projetterait tortionnaire?
    Mais finalement, il se peut que tout ça ne soit vrai que pour moi. A chacun son émotivité, ses analyses et… ses justifications.

    Commentaire par Denis Ducroz — 24/04/2011 @ 16:30

  21. @Denis Ducroz

    Vous avez raison.
    Merci de cet échange.

    Commentaire par araok — 24/04/2011 @ 16:50

  22. Mince alors, je n’imaginais pas un instant que l’on puisse douter de l’utilité des grands reporters sur le théâtre d’une guerre ou d’une catastrophe naturelle. C’est dire si la guerre de l’information est décidément mal expliquée et c’est notre faute. A trop vouloir montrer le résultat d’un travail dans des formats de plus en plus courts on ne montre pas assez les coulisses, ni les enjeux. C’est pour cela que j’ai fait ce billet. Pas pour faire pleurer dans les chaumières, moins encore pour faire la pub de la profession mais justement pour attirer l’attention sur la valeur de l’information. Et je suis heureuse que toutes ces questions aient été soulevées. Ce qui montre au passage que moins le blogueur parle et plus la discussion est ouverte. J’en aurais écrit des tonnes, je gage que personne ou presque n’aurait osé élever d’objections.

    Prenons l’exemple de la petite fille brûlée au Napalm de Nick Ut en 1972. Elle a eu un retentissement tel sur l’opinion américaine que Nixon s’est cru obligé d’insinuer qu’elle était truquée. Qui osera me dire que dans une guerre l’information n’est pas stratégique ? Supprimez les journalistes et vous n’aurez plus qu’une guerre de services de communication entre belligérants, chacun servant sa soupe à sa population. Il me semble que les soi-disant frappes chirurgicales illustrent suffisamment bien la capacité d’intoxication des autorités officielles. Voilà à quoi servent les journalistes, ils sont l’oeil du public là où précisément les autorités s’en passeraient volontiers. Est-ce à cela que nous voulons renoncer ? Bien sûr que cela vaut les risques pris par ces professionnels.

    Mais me direz-vous, tout citoyen peut désormais s’improviser reporter. En effet. Comme chacun peut soigner un rhume sans aller chez le médecin. Le travail amateur quelque soit sa qualité ne remet pas en cause l’utilité d’un travail de professionnel. Le travail de quelqu’un qui a du métier, qui engage sa responsabilité, dont la crédibilité, certes toujours susceptible d’être discutée, est quand même raisonnablement garantie par le titre qui l’emploie et la reconnaissance de ses pairs. Sans compter la qualité de regard qu’évoque Denis Ducroz.

    Maintenant, sur la grande guerre de l’information, j’y reviendrai, régulièrement, car je m’aperçois qu’il faut être au front quotidiennement, pour en mesurer l’importance décisive dans notre société de l’information. Et ça, ce n’est pas réservé aux reporters de guerres, même une modeste journaliste comme moi le vit chaque jour. Certes, les enjeux sont dérisoires (quoique, la finance a montré les dégâts qu’elle pouvait faire quand elle devenait dingue), mais je suis bien placée, comme tous mes confrères quelque soit leur spécialité, pour mesure la puissance d’intoxication de la communication. Nous avons plus que jamais besoin de journalistes, de blogueurs, de citoyens engagés, d’ONG, et même de hackers type Wikileaks pour déjouer le monde merveilleux qu’on veut nous faire avaler. Il ne s’agit pas ici de théorie du complot. Mais du quotidien, accessible à tous. De l’affaire du Médiator au scandale qui ne fait que commencer des pesticides dans l’agriculture, en passant par la communication politique. Chacun tente de présenter sa vérité sous son meilleur jour. C’est à nous de la dépouiller de ses artifices. Voilà à quoi ça sert, les journalistes.

    Commentaire par laplumedaliocha — 25/04/2011 @ 14:09

  23. @ Aliocha en 23,
    Oui, les journalistes sont, d’une certaine façon, sur les théatres d’opération, nos yeux et nos oreilles.
    Mais:
    1/ les plus grandes misères et souffrances sont celles qui sont et restent ignorées de tous. Sans les voir ni les entendre, nous ne devons pas oublier qu’elles existent.
    2/ la guerre n’est plus la guerre comme elle l’était naguère, institution avec ses règles et ses rituels (lire « Achever Clausewitz » de R. Girard). Sans déclaration de guerre ni traité de paix, touchant les civils plus encore que les militaires, la guerre d’aujourd’hui est guerre totale, guerre de tous contre tous, et les journalistes y jouent, nolens volens, un rôle qu’ils ne semblent pas toujours mesurer.

    Commentaire par DMonodBroca — 25/04/2011 @ 18:37

  24. Une petite coquille s’est glisée dans la première phrase : « Lybie » qui s’écrit « Libye » 😉

    Aliocha : corrigé, merci, je passe mon temps à inverser le y et le i

    Commentaire par T0rv4ld — 26/04/2011 @ 13:22

  25. Je ne l’ai pas encore lu, mais ce doit être intéressant : http://www.courrierinternational.com/article/2011/04/26/moi-photographe-de-guerre-a-misrata

    Commentaire par laplumedaliocha — 26/04/2011 @ 15:31

  26. Bon, j’ai lu l’article en référence ci-dessus, il évoque précisément les questions que nous nous sommes posées. J’en reproduis un extrait et vous renvoie au papier. Il s’agit du témoignage d’un photographe présent à Misrata :

    « Quant à savoir ce qui nous pousse à agir ainsi, la réponse n’est pas simple. Le jeu en vaut-il la chandelle, eu égard à l’événement, une poignée de photos impressionnantes ? En tant que journalistes, nous cherchons à provoquer une réaction. A Misrata, j’avais l’impression qu’il y avait très peu de photographes sur place, nous n’étions qu’une dizaine. Je me dis qu’avec mes photos je peux montrer au monde ce qui se passe ici. Je peux montrer ce que Kadhafi essaie de dissimuler : les souffrances des civils. Cela me donne l’impression de pouvoir susciter une vraie réaction. Ai-je raison ?

    A Misrata, en tant que photographes en zone de guerre, nous sommes dépendants de l’aide des rebelles qui nous guident à travers la ville. Sans eux, nous serions incapables de nous déplacer. Mais les rebelles nous conduisent parfois jusque dans des zones extrêmement dangereuses, car ils veulent nous montrer où les gens souffrent le plus. Nous sommes parfois allés trop loin à mon goût et j’ai dû demander à mes compagnons de ralentir un peu. Comme j’étais alors le seul photographe, il m’était plus facile de faire ce genre de demande. Se déplacer en groupe peut présenter des avantages mais aussi de gros inconvénients.

    En effet, dans un groupe de photographes, il s’en trouve toujours un qui veut s’aventurer plus loin et repousser les limites. Les autres suivent le mouvement. Personne ne veut rester en arrière. Cette logique conduit à dépasser ses propres limites. Or à Misrata il n’existe pas de ligne de front clairement démarquée ; la mort peut venir de tous les côtés et emporter qui elle veut ».

    Commentaire par laplumedaliocha — 26/04/2011 @ 23:55

  27. « Je peux montrer ce que Kadhafi essaie de dissimuler : les souffrances des civils. Cela me donne l’impression de pouvoir susciter une vraie réaction. Ai-je raison ? »

    Est-ce témoigner et informer cela ? ou est-ce prendre parti et participer au combat (en l’occurrence et comme toujours au combat de bien contre le mal) ?

    Commentaire par DMonodBroca — 27/04/2011 @ 11:48

  28. @DMonodbroca : la frontière est ténue en effet, voir à ce sujet le film Under Fire. Un photographe au Nicaragua en 1979 accepte de photographier le chef des sandinistes mort pour faire croire qu’il est encore vivant et soutenir le moral de ses troupes. Là, on est dans la manip’ et la prise de parti. En revanche, photographier ce qu’un pouvoir tente de dissimuler, ça s’appelle informer, oui. Maintenant, il est vrai que c’est un métier que l’on fait avec quelques convictions au coeur, comme la liberté, le respect de la vie humaine, des valeurs et de la légalité. Et un objectif, dénoncer les violations de ces principes.

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/04/2011 @ 12:51

  29. […] pour finir ce très court billet, j’ai une pensée pour Chris Hondros de Getty Images et Tim Hetherington, de Vanity Fair, tués à Misrata en avril […]

    Ping par Le prix de notre information « La Plume d'Aliocha — 24/08/2011 @ 23:35

  30. La connexion entre RESF, phagocyté par la CIA et la plumedaliocha est de plus en plus flagrante,

    Rappel; les vrais journalistes repliés dans l’hotêl Ryxos de Tripoli, n’étaient pas assiégés par les troupes lybiennes régulières, mais protégés et défendus des menaces de mort des agents anglo-USraéliens de l’OTAN encadrant les mercenaires du CNT

    Commentaire par Xiao Zheng He Ouallonsnous . — 25/08/2011 @ 10:36


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