La Plume d'Aliocha

11/04/2011

Le piège du « off »

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 23:39

Nicolas Domenach et Maurice Szafran s’expliquent cette semaine dans Marianne sur le choix qu’ils ont fait de briser le « off » en sortant leur livre sur Nicolas Sarkozy. Quelques lecteurs, auditeurs et téléspectateurs  leur ont reproché de tutoyer le Chef de l’Etat, et d’avoir violé le secret. Des confrères aussi. C’est ainsi que  Raphaëlle Bacqué, journaliste politique au Monde pointe l‘excessive connivence que révèle incidemment le livre entre les auteurs et Nicolas Sarkozy à l’époque où celui-ci n’était pas encore président. Sur leur proximité avec Nicolas Sarkozy, les auteurs répondent qu’on ne fait pas de journalisme « juché sur les échasses de sa haute moralité », qu’il faut s’approcher au plus près, au risque en effet d’y perdre son indépendance. Laissons donc nos stars du journalisme politique débattre entre elles, n’appartenant pas à cette caste aristocratique – cela dit sans insolence aucune – je serais bien en peine d’émettre un avis éclairé sur les méthodes de chacun. Tout ce que je sais, c’est que depuis que la presse existe, les journalistes s’entichent de personnalités qu’il s’empressent ensuite de descendre en flammes, à croire que c’est consubstantiel au métier. Sans doute gagnerions-nous à modérer nos emballements, à supposer que ce fut possible…

Protéger ses sources

Mais voyons plutôt ce « off » que tout journaliste expérimente au quotidien. Il surgit lorsque l’un de nos interlocuteurs nous confie une information délicate. Soit il refuse qu’elle sorte, l’idée étant simplement de nous permettre de comprendre son propos. Soit il accepte, mais à la condition que l’on conserve le secret sur l’identité de celui qui nous l’a donnée. Un secret qui vaut à l’égard du public, mais peut également s’imposer de manière plus absolue. Sur le principe, la pratique apparait parfaitement fondée. A quoi bon mettre en danger celui qui nous informe ? Ce d’autant plus que c’est un moyen pour nous de gagner la confiance sans laquelle notre travail serait difficile, voire impossible. Les journalistes font peur car chacun est conscient de l’effet de déflagration qui s’attache à la publication d’une information. Nous devons donc sans cesse rassurer, garantir que nous utiliserons les informations avec prudence, que nous protégerons nos sources si cela s’avère nécessaire, que les propos reproduits le seront fidèlement, que l’article ne sera qu’un reflet fidèle de la réalité etc…. Les détracteurs de Nicolas Domenach et de Maurice Szafran ont donc raison de dire que le « off » doit être protégé. D’ailleurs, personne ne prétend le contraire, pas même les auteurs du livre.

Le « off », jusqu’où ?

Encore faut-il que ce « off » soit légitime, c’est-à-dire que celui qui l’invoque à son bénéfice soit fondé à le faire. Or, quand on parle à un journaliste, sauf à être sous l’emprise d’un moment de folie, c’est bien dans l’intention de rendre une information publique. Cela parait évident, et pourtant il n’est pas inutile de le rappeler, tant la communication s’emploie avec un malin plaisir à brouiller les cartes.  Mais, me direz-vous, il arrive que l’on soit obligé de parler à la presse, en particulier lorsqu’on est un politique. En effet, et nous savons à quel point ils sont habiles dans l’art de ne rien dire quand ils veulent. Qu’on ne vienne donc pas me soutenir que nous avons affaire à des innocents qui parlent à la presse comme ils se confieraient à leur mère et découvrent ensuite avec horreur que leurs propos ont été retranscrits. Il y a de quoi sourire, non ?  En vérité, quand ceux-ci s’expriment auprès des journalistes, c’est soit pour faire passer un message au public, soit pour rallier leurs interlocuteurs à leur cause, ou, plus fréquemment, à leur personne dans le cadre d’une belle opération de séduction.

Dans un tel contexte, le « off » n’est plus la protection exigée par celui qui se met en risque en livrant une information, mais une tactique de joueur d’échec qui manie habilement plusieurs niveaux de discours. Le « off » présente en effet un double avantage. D’abord, il bénéficie d’une présomption de sincérité. Autant la parole officielle est sujette à caution, autant le risque attaché au « off » marque la confidence du sceau de la crédibilité.   Inutile de préciser la palette infinie de manipulations possibles, à commencer par le faux « off » qui n’a d’autre objectif que de diffuser aussi discrètement que rapidement une information soi-disant sulfureuse et pas toujours exacte. Ensuite, le « off » a une visée plus psychologique. Il joue sur le bovarysme réel ou supposé des journalistes. Pour l’avoir expérimenté de nombreuses fois, je sais qu’il est quasiment impossible de faire comprendre à un représentant de « l’élite » qu’un journaliste n’est pas un raté, mais quelqu’un qui a choisi d’observer pour raconter. Rares sont ceux qui nous croient. « Nous sommes entre nous » glisse l’interviewé avec un air complice. L’objectif ? Endormir l’esprit critique de son interlocuteur en créant une fausse connivence (la vérité est cruelle, en réalité, ils nous méprisent). Chacun est susceptible alors de céder, par vanité, pour avoir l’air intelligent, ou simplement parce qu’il est plus agréable de s’entendre avec son interlocuteur que de l’affronter. C’est à ce moment précis qu’il convient de se souvenir que la complicité proposée a une visée peu avouable. Il s’agit d’en exclure ceux qui précisément nous ont confié le rôle de les informer et nous paient dans cet objectif. Appliqué au journalisme politique, cela signifie exclure le citoyen, l’électeur, ce qui est encore plus fâcheux. Pensé ainsi, on voit bien que le « off » doit être cantonné à la plus stricte nécessité.

Gentleman cambrioleur

Un journaliste, c’est un gentleman cambrioleur, explique Nicolas Domenach. En d’autres termes, il est dans sa nature et même dans sa mission de voler une part d’information, mais il doit le faire avec élégance. A chacun de juger si le livre répond à cette exigence ou pas. Ce qui est sûr, c’est que Nicolas Sarkozy, loin d’être un épiphénomène, n’est qu’une étape dans l’instrumentalisation grandissante des médias, laquelle passe notamment par un usage abusif du « off ». Raphaëlle Bacqué a raison d’avancer l’argument de la distance qui constitue encore le meilleur moyen de régler en amont le problème des abus de « off ». Nicolas Domenach et Maurice Szafran n’ont pas moins raison de soutenir qu’on ne fait pas de bon journalisme sur des échasses. Eternelle question de la distance. La seule chose qui me dérange dans leur démarche ne relève pas de la déontologie. La violence de leur réaction m’apparait comme l’ultime signe d’influence de Nicolas Sarkozy sur leur travail, en ce qu’ils ont répondu à la brutalité du Chef de l’Etat en utilisant les mêmes armes que lui. Dans un journalisme idéal, on pourrait imaginer que les journalistes soient les maîtres de la relation, qu’ils définissent eux-mêmes les règles du jeu. Sans arrogance ni allégeance. Mais le métier est sans doute trop humain pour que l’idéal y trouve sa place.

Toujours est-il que les deux auteurs soulèvent une question majeure pour toute la profession : où en sommes-nous précisément de l’usage du « off » et, plus généralement de nos rapports aux puissants ? Internet nous interpelle à chaque instant sur ce sujet et de plus en plus fortement. Petit à petit, il substitue à cette connivence entre journalistes et puissants plus ou moins phantasmée, une complicité réelle avec les lecteurs. Ce soutien du public arrive à point nommé pour nous aider à contrer l’offensive de la communication officielle.

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29 commentaires »

  1. Plusieurs réflexions à chaud, un peu dans le vrac du matin…

    – Je ne crois pas que notre métier serait plus agréable – ou plus efficace – si nous avions la possibilité de définir nous-mêmes les règles du jeu. Je pense même presque que l’interview est bonne quand les règles ont été définies en commun avec notre interlocuteur et respectées par lui et nous, sans que l’un ne prenne l’ascendant sur l’autre. Un dialogue en toute intelligence, où chacun sait ce qu’ill a à faire et ce à quoi il s’expose.

    – je me défie du off. Comme vous, je protège mes sources, mais je constate de plus en plus que le off est un moyen d’établir la connivence, plus que de livrer une info sensible sous le couvert de cette protection. Beaucoup de ceux qui pratiquent le off tiennent à ce que cette info qu’ils donnent ne sortent pas DU TOUT. Enfin, c’est ce que j’ai constaté.

    – les politiques sont-ils généralement méprisants à l’égard des journalistes ? Je ne crois pas, mais je veux bien admettre que nous ne fréquentons pas les mêmes cercles. Reste que je trouve un peu abusif de généraliser.

    – je ne crois pas qu’Internet mettra fin au off. Et je vois dans l’usage d’Internet comme média instantané d’autres risques de dérive, notamment le risque de publier sans vérifier, quitte à corriger dans l’immédiate foulée, voire à « trapper » des parties d’articles devenues soudain gênantes.

    Voilà, pardon, ce n’est pas très structuré, mais c’est un peu ce qui m’est venu à lire votre article. Merci pour cette analyse. Il faudrait que je lise le bouquin.

    Commentaire par Martin K — 12/04/2011 @ 09:56

  2. @Martin K : quand je parle de fixer les règles du jeu, j’entends cesser de se laisser insidieusement dicter par les chargés de com’ et autres individus de cette espèce. Regardez comment Nicolas Sarkozy organise lui-même ses interviews télévisées, vous ne croyez pas que les journalistes politiques ont perdu la main ? Il n’y a pas nécessairement de rapport de force dans notre boulot, mais quand cela arrive, je préfère que ce soit nous qui le gérions, sur la base évidemment de considérations purement professionnelles et éthiques.
    Ceux qui ne veulent pas que l’info sorte, alors pourquoi la donnent-ils ? ça sent la manipulation, non ?
    Je ne dis pas qu’Internet mettra fin au « off » au sens où il imposerait une transparence générale. Je dis que le lien qui se crée avec le public via Internet est une force qui peut nous permettre de compenser l’insuffisance de moyens de la presse face à la com’.

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/04/2011 @ 10:12

  3. J’hésitais à acheter cet ouvrage. J’en lis beaucoup trop et je suis toujours déçue. Les « off » n’en sont pas vraiment, le fond est creux et aussitôt terminé, aussitôt oublié. France 2 a re-diffusé un documentaire la semaine dernière, très intéressant sur les relations médias/pouvoirs et très justement intitulé « Un divorce impossible » (France 2 / Infra Rouge). Pas un journaliste n’était d’accord sur la façon d’aborder les relations avec les politiques ou hommes de pouvoir. Il est rassurant de constater que les journalistes ne sont pas une masse informe et lissée, qu’ils ont chacun des aspérités, qu’ils sont contradictoires… C’est la vie. Mais je me demande s’il ne serait pas sérieusement temps d’élaborer une vraie charte déontologique ? Les assises du journalisme de 2009 avaient promis un texte, rédigé notamment par l’excellent François Dufour (« Le petit qotidien »). Et puis plus rien. http://www.liberation.fr/medias/0101569272-la-deontologie-passe-son-code

    p.s : pas sûre de comprendre le fond du propos de Bacqué. J’ai lu tous ses bouquins. Du « off » qui devient officiel, il y en également.

    Commentaire par BABs — 12/04/2011 @ 10:15

  4. @BABs : je partage cette réserve sur le livre. Celui de FOG m’attire plus car il est davantage sur l’analyse et la description psychologique. Quant à l’émission que tu évoques, tu as vu la moyenne d’âge des journalistes politiques. Etrange longévité, non ? Elle m’a laissé le goût amer de la connivence soupçonnée par le public…Et tu as raison sur le fait que du « off » il en sort tout le temps, en fait.

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/04/2011 @ 10:44

  5. Bonjour et toujours merci pour ce blog.
    Il ya 8 ans Daniel CARTON a sorti un excellent livre sur le sujet : « Bien entendu … c’est off »
    Lambda

    Commentaire par Lambda — 12/04/2011 @ 10:49

  6. @ laplumedaliocha Moi, quand on me dit, « c’est du off », j’ai plutôt envie de me marrer. Les personnes interrogées n’ont plus que ça à la bouche. Ca doit leur donner l’impression qu’ils sont importants ou qu’ils sont tellement malins que le journaliste en face va gober ça comme un scoop de dingue. Dans le milieu des avocats, c’est plus compliqué. Même l’officiel devient du « off ». Je passe donc mon temps à me faire engueuler d’avoir « révélé » des choses sans consistance.

    Je ne dirai rien sur l’âge canonique des journalistes politiques…

    Commentaire par BABs — 12/04/2011 @ 10:53

  7. @BABs : ah, les avocats et leur secret, en effet, tout est off pour eux, mais on ne peut pas leur en vouloir, c’est une obligation déontologique. J’ai même tendance à apprécier ceux qui affichent cette vertu. La seule question que je me pose, c’est pourquoi nous rencontrent-ils, s’ils ne peuvent rien dire ? Mais il y a pire, à Bercy le nom du dir’com est confidentiel, dixit la répondante du service presse, et à l’AFEP, c’est le nom des permanents qu’ils refusent de donner. Bande de comiques !

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/04/2011 @ 10:59

  8. @Aliocha en 2 : « Ceux qui ne veulent pas que l’info sorte, alors pourquoi la donnent-ils ? »
    Je pense que vous éliminez un peu vite l’hypothèse d’une réelle connivence / amitié / complicité entre le politique et le journaliste.
    Si manipulation il y a, je pencherais pour dire que c’est aux dépends d’un public crédule, et non d’un journaliste naïf.

    Commentaire par Ginkgo — 12/04/2011 @ 11:00

  9. @ginkgo : c’était une question purement rhétorique 😉
    @lambda : je sais, je ne l’ai pas lu. Exprès. J’avais trop peur de savoir ce qu’il y avait dedans. C’est bien ?

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/04/2011 @ 11:06

  10. @lambda
    @Aliocha
    Le bouquin de Carton, je l’ai lu ! Oui, je vous dis que j’ai tout lu – ou presque – concernant le journalisme et concernant les politicards. C’est à la fois assez pédagogique – pour des jeunes journalistes – et un peu chiant, car rien de croustillant.

    Commentaire par BABs — 12/04/2011 @ 11:11

  11. Je ne vois pas bien l’intérêt de ce Off ambigu et générateur du soupçon de connivence : soit on en parle, soit on en parle pas. Mais qu’est-ce que c’est que cette zone grise où on apprend que certaines choses ont été « dites en off » ?

    De trois choses l’une : ou bien votre interlocuteur ne voulait pas qu’on en parle, et vous le trahissez en révélant tout ou partie de cette information ; ou bien il veux bien qu’on en parle, mais de façon anonyme et ce n’est plus du Off mais une « source anonyme » ; ou bien il vous dit que c’est du Off mais espère que vous ne parlerez entre les lignes, et vous vous faites les complices de sa stratégie de com’.

    Confrontés à la défiance de leur public, les journaliste n’auraient-ils pas intérêt à clarifier leur attitude ?

    Quant à la posture de Domenach et Szafran, elle me semble marquée du sceau de la plus abjecte hypocrisie : après avoir léché les bottes des puissants pour faire partie des initiés, ils trouvent le moyen d’en tirer encore parti en crachant dans la soupe sans aucune vergogne.

    Commentaire par Tocquevil — 12/04/2011 @ 11:37

  12. « que vous EN parlerez entre les lignes »

    Commentaire par Tocquevil — 12/04/2011 @ 11:38

  13. @ Tocquevil
    Si je savais écrire, et si je savais penser, j’aurais écrit la même chose que vous.

    Commentaire par BABs — 12/04/2011 @ 11:41

  14. Bonjour,
    Je trouve le sujet intéressant car il révèle l’ineptie du métier d’éditorialiste. Il est très juste que pour obtenir des informations, il faille être subtil, et qu’il soit difficile de travailler sur des échasses, mais c’est là toute la difficulté du métier de journaliste (j’en suis). Et le but est en effet d’obtenir des informations, révéler, investiguer, ou dresser des portraits. Mais là où le métier d’éditorialiste me semble non seulement vain mais surtout trompeur, c’est lorsqu’il n’y a plus d’information à la clé que celle de narrer des relations internes, des querelles de groupe ou de personnalités, des pseudo-tabous, des commentaires de sondage (et lesquels…) etc… Des discussions de comptoir en somme, pour toute personne qui n’a pas qualité de sociologue. Mais en plus dans ce cas, la connivence a des conséquences : cette question du qui trompe qui ? Le journaliste trompe le politique ou l’inverse ? Car en tant qu’éditorialiste, le journaliste a une responsabilité vis-à-vis du citoyen et il me semble qu’entretenir des relations aussi ambigues, c’est faire de la politique à son tour et non plus informer.

    Commentaire par incipit — 12/04/2011 @ 11:59

  15. @incipit
    Je ne suis pas sûre que la « connivence » ne s’applique qu’entre éditorialistes et politiques, si ? Et le propre de l’éditorial est d’avoir un espace bien délimité pour délivrer un avis sur un sujet d’actualité.

    Pourquoi parler des sociologues, comme des experts universels ?

    Commentaire par BABs — 12/04/2011 @ 14:08

  16. Je suis un peu comme Tocquevil : je ne comprends pas bien cette notion de « off » telle que vous la définissez. Pour moi, elle se distingue bien de celle de source anonyme : le type qui file une info, afin qu’elle soit utilisée par un journaliste et éventuellement publiée, mais qui veut rester anonyme. Il y a plein de raisons pouvant justifier de vouloir conserver son anonymat, je ne vois pas le problème ; au journaliste, ensuite, de faire son travail de vérification habituel, de façon peut-être un peu plus poussée, car la personne qui reste anonyme et protégée a moins de chance de payer les conséquences d’affirmations hasardeuses. Bon.

    Mais le off, je pensais que c’était une appellation strictement réservée à une info balancée par une source qui vous déclare expressément qu’elle ne veut pas que cette info soit utilisée. Ou du moins, utilisée en tant que telle, brut de décoffrage. Alors oui, en effet, ça peut sentir la manipulation à plein nez. Les services secrets divers ne s’en privent d’ailleurs pas, notamment en temps de guerre : et vas-y que je te file en exclu off l’emplacement présumé des armes de destruction massive, etc….
    Mais ça peut aussi être une info balancée par une source pas trop sûre de lui, mais qui voudrait lancer un journaliste sur une piste à creuser : genre « j’ai entendu ça, j’ai pas vérifié et je sais pas si c’est vrai, et donc ne l’utilise pas comme ça, mais peut-être y a t il quelque chose à creuser ». Bref, ça pourrait être le point de démarrage d’une investigation journalistique, qui, si elle aboutit à d’autres éléments, pourra être publiée sur la base de ces éléments.

    Là encore, je me dis qu’au final, tout dépend du filtre posé par le journaliste sur l’ info qu’on lui balance : vérifier, recouper, etc….Et j’imagine qu’un journaliste ajuste ses recherches en fonction de la teneur de l’info (truc potentiellement explosif ou finalement assez anodin) et de l’identité de la source (ça sent plus ou moins la manipulation, telle source en laquelle il a confiance, etc…)

    Pour en revenir au bouquin que vous citez, pour moi, le sujet n’en est pas la notion de « off », mais bien plutôt, comme vous le dites aussi, celle de distance, de connivence, etc… Vous me direz, ça se rejoint : oui, ça peut, mais pas nécessairement.

    Parce que, dans ce cas ci, quelles sont les info off délivrées par Nicolas Sarkozy ? Tout simplement aucune ! ce sur quoi on glose, ce sont ses attitudes, remarques, humeurs, etc….De contenu informationnel, que nenni. Ce qui fait (ou pas) l’information, là dedans, c’est ce que choisissent d’en rapporter les journalistes et la façon dont ils le font ; on parlme d’un protrait, là, un truc totalement, par essence, subjectif. Et j’imagine quand même assez mal la scène « bon, les gars, je suis torse poil et j’écoute nostalgie, donc là, c’est du off » et puis plus loin « c’est bon, ça tourne ».

    Et c’est justement là que les journalistes se sont fait avoir : ils se sont mis dans une position ne leur permettant plus de distinguer la sphère « on » de la sphère « off » ; et du coup, ils s’auto-censurent. Mais bon, ils ont pris ce risque ; probablement calculé au départ, mais se sont fait avoir.

    Et maintenant, comme des amants éconduits, ils se lâchent. Je passe sur l’absence d’élégance du procédé. Mais de rapport avec cette histoire d’info off, je vois toujours pas vraiment. Il aurait fallu que Sarko balancent des info, pour ça, et ne se contente pas « d’être » en présence de journalistes.

    Commentaire par Jalmad — 12/04/2011 @ 14:23

  17. @Jalmad : bien vu, le « off » c’est ce que l’interlocuteur nous désigne comme tel, mais on peut y englober aussi tout ce qui relève de l’autocensure journalistique. On n’a pas toujours le loisir de décrire notre interlocuteur ou de dire ce qu’on pense de l’info qu’il délivre. J en’ai pas lu le livre, mais il rest très possible qu’il soit en partie composé de ce « off » là. En même temps, ils évoquent tout ce que le président n’aurait pas dû leur dire.

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/04/2011 @ 14:29

  18. @BABs Bien entendu, il ne s’agit pas seulement des politiques mais de toute personne interrogée, interviewée. Chacun délivre ce qu’il souhaite délivrer, selon le message qu’il souhaite faire passer et selon les conditions dans lesquelles on l’interroge.
    Et je ne dis pas que le fait de réagir sur l’actualité est inutile, au contraire lorsqu’elle émane d’un journaliste politique par exemple, qui contribue à créer cette actualité sur le fond, je suis très intéressée. Et c’est le principe des bonnes émissions du service public où les journalistes débattent avec des experts. Mais je déplore le fait de parler de tout sans être expert en rien, en laissant entendre le contraire.

    Commentaire par incipit — 12/04/2011 @ 15:51

  19. Je rejoins Incipit sur cet aspect prédominant de la presse française, et critiquable justement du fait de cet excès: la tentation du roman balzacien qui inspire l’analyse éditoriale, où la vie politique se transforme en un théâtre permanent, mettant en scène des ambitions, des destins et des rivalités. Le commentaire éditorial se voue souvent en France(1) à une passion exclusive pour les trajectoires et stratégies personnelles, qui se nourrit plus que de raison par l’usage excessif du « off ». La focalisation sur la dimension subjective du fait politique porte en elle-même la source de cet abus.

    Bien entendu, ce travers n’est propre qu’à la cohorte restreinte des éditorialistes de carrière, dont la prééminence apparente fait oublier qu’ils ne constituent qu’une fraction spécifique et minoritaire parmi les journalistes. Mais, comme ceux-ci sont souvent directeurs de publications ou chroniqueurs multitâches dans de multiples émissions, leurs prédilections ont fini par s’établir durablement au sein de la presse française.

    (1), je note « en France », car je ne crois pas avoir observé de telles tendances dans la presse américaine ou britannique.

    Commentaire par Switz — 12/04/2011 @ 15:52

  20. « Même si vous me démolissez, vous me grandirez » a dit Sarkozy à Yasmina Reza au début de sa campagne, en l’autorisant à le suivre et, en toute liberté, à faire un livre sur lui.
    Il aurait pu dire la même chose à Szafran et Domenach. Et sans doute pense-t-il aujourd’hui : « même s’ils me démolissent, ils me grandissent ».
    Il y a là un piège.
    Dans un système démocratique rationnel, la fonction de « chef » (roi, président, appelons-la comme on voudra) est distincte de la personne qui l’occupe. Nicolas Sarkozy les confond délibérément. En s’intéressant trop à sa personne, on fait comme lui, on tombe dans le piège.

    Commentaire par DMonodBroca — 12/04/2011 @ 18:42

  21. @DMonodBroca : Très juste, c’est ce que j’essayais d’exprimer bien maladroitement en disant que le livre était encore quelque part un effet du sarkozysme. Je pense toutefois que NS n’a fait que « sentir » une évolution et s’y adapter. Peut-être un peu trop tôt et un peu trop fort. Il faut s’attendre à mon avis à ce que le ou la suivante adopte un comportement similaire. Ce qui nous interroge sur le pouvoir, la société médiatique, la transparence, les critères de vote etc….Du coup, plutôt que de s’embourber dans le problème Le Pen, les journalistes politiques feraient peut-être bien de balancer tout de suite ce qu’ils savent et de ne pas réagir après la prochaine élection 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/04/2011 @ 20:38

  22. En même temps, si les personnes qui donnent des informations lors du « off » devraient peut-être se les garder pour elles si elles ne veulent pas que ça sorte. Mais je suppose qu’il est dans les faits difficile de faire la part des choses sur le vif.

    Commentaire par Ceriat — 12/04/2011 @ 22:26

  23. « Les journalistes font peur… »

    A qui?….ouarf!ouarf!

    Commentaire par Bourguignon — 12/04/2011 @ 23:33

  24. @ laplumedaliocha en 21

    NS n’a rien inventé en effet. Délibérément transgresseur, l s’abandonne à une tentation fort commune. Au lieu de lui résister. Espérons que son (sa) successeur sera plus raisonnable.

    Commentaire par DMonodBroca — 13/04/2011 @ 10:34

  25. @ DMonodBroca

    Je me disais aussi que grandir était une obsession chez lui…

    Commentaire par Ferdydurke — 13/04/2011 @ 11:34

  26. @ Aliocha

    Effectivement, les journalistes feraient bien de sortir tout ce qu’ils savent. Fini le « off », fin des manoeuvres de couloir et du piège de la fausse connivence, retour à un rapport de forces équilibré et à un véritable journalisme : celui qui instaure comme règles que tout propos tenu à un journaliste est susceptible d’être publié et que ce ne sont pas les politiques qui décident ce qui peut l’être.

    Commentaire par Ferdydurke — 13/04/2011 @ 11:50

  27. Pour savoir comment s’en sortir avec le OFF et le ON, pourquoi ne pas tenter l’investigation à la mode de Bob Woodward, tombeur de Nixon (eh, oui, ça date !): entendre des choses et systématiquement les corroborer ?
    La seule difficulté est que cela prend du temps, ce dont les journalistes semblent manquer cruellement. Un problème de ligne éditoriale ou une exigence de rentabilité qui frise la course au scoop creux ?

    Fultrix.

    Commentaire par fultrix — 13/04/2011 @ 18:19

  28. Bonjour Aliocha,

    Vous n’êtes pas la seule à vous interroger: http://penseesdoutrepolitique.wordpress.com/2011/04/16/sarkozy-off/#more-2394

    Commentaire par H. — 17/04/2011 @ 15:04

  29. […] lire aussi, Le piège du « off » chez […]

    Ping par Sarkozy « off  | «Pensées d'outre-politique — 20/04/2011 @ 09:04


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