La Plume d'Aliocha

04/04/2011

Risquer sa vie, pour témoigner…

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 23:17

Connaissez-vous Henri Huet ?

Personnellement, j’avoue le rouge au front que je viens de le découvrir.

Comment, me direz-vous, vous animez un blog sur le journalisme et vous ignorez l’existence d’un des plus grands reporter-photographes français ? Eh oui. En ouvrant ce lieu, je me suis lancée dans un formidable voyage, un voyage que les journalistes connaissent bien, celui qui consiste à découvrir pour raconter. Mon métier, je le pratiquais très modestement dans une presse obscure, aussi innocemment que  Monsieur Jourdain faisait de la prose, et au fond j’ignorais presque tout de sa culture, de ses grandes figures, de son histoire.

J’avais juste le sentiment qu’il me coulait dans les veines, que jamais, ô grand jamais, je n’aurais voulu, ni même pu, faire autre chose. Et pourtant j’avais essayé, mais non, pas moyen. Seulement quand il s’est agi de partager cet enthousiasme, j’ai dû réfléchir, étudier pour mettre des faits et des mots sur un sentiment, une expérience, une intuition. Alors depuis deux ans, j’explore, sans relâche, en lisant tous les livres, en allant à toutes les expositions, à la recherche d’une explication.

Dimanche, j’étais  à la Maison européenne de la photographie, rue de Fourcy, dans le Marais. Pour voir l’exposition sur Henri Huet. Né en avril 1927 à Da Lat en Indochine, d’un père français et d’une mère viétnamienne, m’apprend Wikipedia, il revient en France à l’âge de 5 ans où il suit des études d’art et entame une carrière de peintre avant d’intégrer l’armée pour y devenir photographe. En 1965, il entre à l’agence Associated Press. Henri Huet a couvert la guerre d’Indochine puis du Vietnam.

Quel choc ! Il met une grâce dans son travail qui parvient à transfigurer l’horreur de la guerre. D’autres photographes étaient exposés, Marc Trivier, et puis Hervé Guibert aussi. La juxtaposition de ces trois regards différents, pour moi qui ne connais quasiment rien à la photo, était très éclairante. Elle montrait à quel point le photographe révèle de lui-même dans ses photos, bien plus encore qu’il n’exprime la vérité intime de ses sujet. J’ai profondément aimé le regard d’Henri Huet. C’est un esthète, au point qu’on lui en voudrait presque de mettre tant de beauté dans la guerre, de transformer chaque scène, si effroyable soit-elle, en une oeuvre d’art. Mais il y a surtout dans ses photos une humanité bouleversante. « Le danger que nous connaissons chaque fois que nous partons en reportage, danger dont chacun est conscient, nous rapproche les uns des autres. On est tous copains. Il y a presque, on pourrait dire, une sorte de fraternité d’armes » écrivait-il. Un hélicoptère dans lequel il se trouvait en compagnie d’autres journalistes a été abattu en 1971 lors de l’invasion du Laos par les troupes sud-vietnamienne. On n’a retrouvé de lui qu’une médaille en or qu’il conservait précieusement…

Pour en savoir plus, voyez ce blog ou bien encore ce site.

L’exposition malheureusement s’achève le 10 avril. Mais la Maison européenne de la photographie est ouverte de 11 heures jusqu’à 20 heures (sauf lundi et mardi). Cela mérite bien de sauter un repas ou de rentrer un peu plus tard.

Feuilleter un livre ou surfer sur le web suffira, songerez-vous peut-être. Hélas non ! J’ai ouvert le catalogue à la sortie, et je n’y ai pas retrouvé l’émotion, l’incroyable vibration que dégageaient les photos. Mauvaise qualité des reproductions ou impossibilité de reproduire, allez savoir…Le problème est classique en matière de peinture, je n’imaginais pas qu’il puisse se poser à ce point dans la photographie.

Il est des beautés, rares,  qu’on n’enferme pas dans un livre. Les photos d’Henri Huet en font partie.

“Vraiment, j’aime mon métier et n’en changerais pour rien au monde. Vous devez me trouver un peu fou, mais vous savez depuis belle lurette que j’ai toujours été un peu casse-cou.” Henri Huet

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45 commentaires »

  1. superbe hommage! moi non plus, connaissais pas Henri Huet et grâce à vous c’est chose faite! je m’en vais de ce pas faire ma petite recherche… même si l’expo à Paris m’aurait tenté, ça fait un peu loin de Vancouver.

    Commentaire par Matthieu — 05/04/2011 @ 06:49

  2. Bonjour Aliocha,

    Puisque vous parlez de votre goût pour ce métier, et pour rebondir sur la citation finale d’Henri Huet (que je ne connaissais pas non plus…), cette belle chronique m’amène à vous demander si vous avez l’impression de faire le même métier que lui.

    Moi-même journaliste généraliste, je me suis souvent posé la question en découvrant les reportages et/ou les retours d’expérience de nos confrères reporters de guerre. Même chose d’ailleurs pour les grands journalistes d’investigation…

    Vous avez un avis sur la question ? Une analyse à apporter ?

    Bonne journée et merci pour ce blog.

    Aliocha : oui et non. C’est pour ça que j’ai toujours précisé ici que j’étais une obscure plumitive de presse spécialisée. Je ne risque ni ma vie, ni d’obtenir le Pulitzer pour un travail d’exception (quoique, en prenant de l’âge, je prends aussi une furieuse envie de m’envoler….). Ce qui est commun en revanche, c’est ce qui constitue à mon avis le moteur du journalisme, à savoir la passion d’observer pour raconter, le goût de l’information, de l’inédit, l’envie de comprendre. Seulement c’est comme tout, on s’habitue, on se fonctionnarise et on finit par perdre l’essence de ce qu’on fait. Je l’ai compris en alimentant ce blog, il me semble que notre profession manque d’une certaine cohésion autour de ses valeurs communes, de sa raison d’être, de son éthique et de ses héros. Surtout en ces temps difficiles. Partir à la découverte de tout ça permet de donner du sens à ce quo’n fait, je crois, et de le faire chaque jour un peu mieux.

    Commentaire par Martin K — 05/04/2011 @ 09:03

  3. A mon sens, le journaliste se doit de rechercher les faits, les présenter clairement afin d’en proposer une analyse solidement argumentée.
    « Vérité, Honnêteté, Mesure » pourraient être les piliers de votre profession.
    Qu’en pensez-vous ?
    J’avoue avoir un faible pour l’investigation au long cours, ce qui manque cruellement actuellement…

    Fultrix.

    Commentaire par fultrix — 05/04/2011 @ 12:09

  4. En même temps, si c’est pour se retrouver confiner dans des hôtels au lieu de pouvoir faire un vrai reportage, je ne vois pas l’intérêt de se déplacer. Si le reporter parvient à s’échapper du carcan, là oui, les informations peuvent se révéler cruciales. Mais de nos jours, il est difficile de savoir qui est un vrai reporter. D’autant plus que les forces armées s’efforcent de plus en plus souvent de prendre les journalistes pour cible.

    Commentaire par Ceriat — 05/04/2011 @ 12:50

  5. Heureusement que certains articles parviennent à traverser la censure. Déjà du temps des Pharaons, l’information était dirigée, ce n’est pas nouveau.

    Commentaire par Ceriat — 05/04/2011 @ 13:29

  6. Amusante coïncidence, j’étais également à la MEP dimanche après-midi.

    Je ne connais aucun des photographes exposés, et Henri Huet est celui qui m’a le plus plu avec des photos très fortes.
    Je ne suis pas un grand connaisseur de photo, mais je n’ai pas énormément accroché aux autres expositions. Je me souviens avoir été bien plus impressionné par les clichés de l’exposition d’Elliott Erwitt, réalisée il y a quelques mois.

    Commentaire par Paul B. — 05/04/2011 @ 17:44

  7. J’attend ce que vous avez à dire sur les relations entre la presse, médicale ou non, et Big Pharma avec interet.

    Commentaire par NP — 06/04/2011 @ 17:29

  8. Parfois ça fait suer d’habiter en province…sniff…sniff… 😦

    Commentaire par Mussipont — 06/04/2011 @ 17:49

  9. @ Mussipont,

    Il y a bien une gare, pas loin de chez vous ! Sortez un peu Mme Mussipont, que diable 😉

    http://www.voyages-sncf.com/billet-train/horaires

    Commentaire par Goloubchik — 06/04/2011 @ 19:53

  10. Madame Mussipont dans une expo de photographe de guerre, comme disent les jeunes, ça va pas le faire… 😉

    Aliocha : mais qui a parlé d’emmener Dame Mussipont ? Quelle étonnante idée, alors que je suis là, toute disposée à vous faire une visite guidée et enthousiaste pendant que Madame votre épouse s’occupera de la maison. Je connais un petit restaurant pas loin de là…oui enfin bref !

    Commentaire par Mussipont — 06/04/2011 @ 19:58

  11. @ Aliocha : c’est Goloubchik qui a parlé d’amener Mme Mussipont à cette expo, personnellement l’idée ne me serait jamais venu à l’esprit. Quant à venir à Paris visiter cette expo avec vous en laissant Mme Mussipont à ses tâches ménagères, hum hum, comment vous dire…et bien ça va pas le faire non plus… ;

    Aliocha : mais si, vous n’y connaissez rien. Vous allez lui manquer et quand vous rentrerez, vous aurez un bon petit plat, des chandelles et des regards énamourés. Faut tout leur expliquer aux hommes, c’est dingue !

    Commentaire par Mussipont — 06/04/2011 @ 20:55

  12. @ Mussipont,

    Mais je n’ai en aucun cas suggéré de traîner Madame votre meuf à l’expo !

    Je m’en voudrais d’organiser votre vie conjugale mais, pendant que vous vous y rendez, vous la lâchez dans Paris avec une CB en état de marche dans un quartier de fringues.

    Le soir venu, vous vous extasiez longuement devant ses emplettes et, après qu’elle se fût endormie, heureuse et épuisée, vous allez rejoindre Aliocha au restau.

    Aliocha : Madame votre meuf’, c’est chicos, je vais tester la formule au prochain cocktail avec un bâtonnier ou un préfet, vais faire un tabac !

    Commentaire par Goloubchik — 06/04/2011 @ 21:57

  13. Oh ça le coup de la CB dans le quartier de fringues j’ai déjà donné, en septembre dernier par exemple. Tout ça pour pouvoir aller visiter tranquillement, je vous le donne en mille, le musée de … la marine! 😉

    Commentaire par Mussipont — 06/04/2011 @ 22:21

  14. @ Aliocha,

    Tentez aussi un truc rigolo (ça marche, j’ai pratiqué plusieurs fois et toujours).

    Dans les raoûts chiants où on croise plein de gens qui font trois caisses de salamalecs en se prenant très au sérieux, présentez-vous sous l’appellation

    (faut que ce soit énoncé très fluidement) « J’ensuisunvouenêtesunautre ». Ben, y se rendent compte de rien !

    Commentaire par Goloubchik — 06/04/2011 @ 22:43

  15. @ Mussipont

    Le musée de la Marine ? Vous ? Je suis scié !

    Commentaire par Goloubchik — 06/04/2011 @ 22:46

  16. @ Goloubchik : oui je sais, je suis surprenant.

    Il y a de superbes maquettes au musée de la marine, et même un obus de 380 mm! :o)

    Commentaire par Mussipont — 07/04/2011 @ 10:10

  17. @ Mussipont

    Je n’ose même pas imaginer selon quels critères vous êtes tombé amoureux de Madame Mussipont :-0

    Commentaire par Goloubchik — 07/04/2011 @ 10:40

  18. Je confirme que le musée de la marine vaut le détour, ses nombreuses maquettes raviront petits et grands, les loups de mer comme les amateurs. Je ne me souviens pas par contre de l’obus de 380.

    Commentaire par Switz — 07/04/2011 @ 14:07

  19. @ Golouchick : Mme Mussipont est en effet un canon, d’un calibre plutôt rare, le 90-60-90. 😉

    @ Switz : il est dans la vitrine des maquettes des cuirassés français des années 30 et 40 (Dunkerque, Richelieu, etc…)

    Commentaire par Mussipont — 07/04/2011 @ 16:18

  20. @ Mussipont

    Le canon ne recherche pas un stage, par hasard 😉 ?

    Commentaire par Goloubchik — 07/04/2011 @ 18:02

  21. voilà, faut que je vous dise, c’est fait, j’ai arrêté de travailler hier. J’ai 5 mois d’inactivité judiciaire devant moi. Vous n’imaginez pas à quel point ça m’emplit de joie. A vrai dire, je me réveille juste, là. Et autant vous prévenir tout de suite : je n’ai pas fini de pinailler, chipoter, brûler drapeaux américains et soutifs. Je dois donc commencer derechef en tançant ce cher Goloubchik rapport à cette histoire de carte bleue : l’émancipation, mon ami, a commencé en 75 lorsque les femmes ont eu le droit d’avoir des comptes bancaires et d’y détenir en propre leur salaire, et ce sans l’accord de leur époux.

    Sur ce, je vous laisse, j’ai promis à ma moitié de gérer les courses, le méange et la bouffe maintenant que je suis à la maison.

    ps : je suis preneuse de listes de bouquins, conseils de films, etc….

    Commentaire par Jalmad — 08/04/2011 @ 10:14

  22. @Jalmad

    Tentez « Winter’s bones », ce film doit subsister à l’affiche de quelques cinémas, même en province. Cette œuvre du cinéma indépendant US nous apprend à aimer les petites gens des classes populaires américaines, déchues de leurs prétentions au bonheur et meurtries par la brutalité d’un système économique qui trouve un prolongement naturel dans la violence ordinaire entre les individus – le film est dur. La photographie magnifie la nature majestueuse du Missouri avec des accents panthéistes. La jeune actrice est superbe de blondeur et de jeunesse, la fille est encore plus adorable lorsqu’elle tire les écureuils au fusil à lunette pour les servir en brochettes à sa fratrie.

    En matière de livres, j’ai entamé hier « crimes » de Ferdinand von Schirach, les premières pages réalisent la promesse de l’auteur de tenter de nous faire entrer au coeur du fait criminel, avec la sécheresse professionnelle et lucide de l’avocat – profession de l’écrivain.

    Sinon, c’était pas plutôt en 1967 l’autonomie bancaire pour les épouses? Je ne sais pourquoi, j’ai cette date en tête – le vieux Charles était paraît-il plus ouvert qu’on ne l’aurait cru sur certains enjeux de modernisation de la société.

    Commentaire par Switz — 08/04/2011 @ 11:57

  23. @ Jalmad:

    Grand bien vous fasse. Figurez-vous que je me retrouve en inactivité dès ce soir (avec tt de même un déménagement à gérer). On va pouvoir s’installer ici mtnt qu’y a pu personne. Je vous sers une petite grenadine ?

    Pour commencer en attendant :

    BD qui m’ont marquées récemment,
    Astérios Polyp, à ne pas manquer !!!
    Les derniers jours d’un immortel, de la SF mais pas guerre spatiale, juste description d’une société qui a trouvé le secret de l’immortalité, et le fonctionnement de cette société à travers le personnage d’un policier-philosophe. Ambiance qui rappelle les films de René Laloux et Moebius.

    Sinon,
    Corpus delicti, Julie Zeh (une société en 2050 qui a éradiqué la maladie, ms aussi le libre arbitre, recommandation de Mme Gwynplaine).

    Et en musique, le dernier PJ Harvey bien sûr ! (Il est terrible !)

    Commentaire par Gwynplaine — 08/04/2011 @ 13:32

  24. Ah pis j’oubliais, en BD encore, Lulu femme nue, superbe !

    Commentaire par Gwynplaine — 08/04/2011 @ 13:35

  25. Et ça, que j’ai pas lu mais qu’il paraît que c’est très bien, dans un style graphique minimaliste, avec Mitterrand (pas le ministre de la culture, l’autre, le cultivé) pour narrateur (les trois tomes précédents ont De Gaulle pour narrateur).

    Commentaire par Gwynplaine — 08/04/2011 @ 13:39

  26. @Gwynplaine

    une BD avec des femmes nues?!? vite, vite, j’accours auprès de mon libraire favori.

    Commentaire par Switz — 08/04/2011 @ 13:45

  27. @ Jalmad,

    Merci de m’avoir accordé cette première tance et au grand plaisir de jouter de nouveau avec vous ;-).

    Commentaire par Goloubchik — 08/04/2011 @ 13:46

  28. @ Switz :

    Je crains que le titre ne vous induise en erreur cher ami, de femme nue, dans cette histoire, on n’en voit pas la queue d’une si je puis dire.

    Commentaire par Gwynplaine — 08/04/2011 @ 18:15

  29. @ Switz

    En 1956, les employeurs ont dû payer les salaires par chèque .

    Célibataire et mineure , j’ai ainsi pu bénéficier d’un compte bancaire et en disposer depuis Avril 1956 .

    Commentaire par Mum — 09/04/2011 @ 23:54

  30. ben dites donc. Ca fait des lustres que l’on n’a pas eu droit à un article!

    Allez je vous donnes des tas d’idées qui vont pas mal vous inspirer:

    * l’ontologie de la culture des petits pois dans le bezonnais entre 1825 et 1826 (18 octobre)
    * Shakespeare et pas moi
    * Peut t’on envoyer se faire voir l’homme invisible
    * Nicolas: à nos petits hommes (je ne parle pas de la hauteur de ses talonnettes, ce serai odieux)
    * Grazzia et la culture

    Heuu… Laissez tomber le dernier, c’est trop difficile.

    Commentaire par fredo — 10/04/2011 @ 12:55

  31. Vais-je me faire canarder si j’écris qu’aujourd’hui je ressens à la lecture de votre blog une gêne qui va se confirmant depuis un certain temps? Laissez-moi vous expliquer.
    Depuis sa création, j’apprécie votre écriture et les sujets dont vous nous parlez. Je me sens plus ou moins concerné bien sûr mais votre avis, enrichi des commentaires qu’il suscite, m’apporte toujours quelque chose. Ce n’est pas de la flatterie; mon intérêt pour bien des sujets proposés s’est vu accru par l’intervention de vos lecteurs assidus. Mais franchement, aujourd’hui ce sont eux qui me posent problème.
    Vous êtes bien sûr maîtresse chez vous pourtant j’aimerais que vous vous exprimiez sur le fait qu’un billet, sur Céline par exemple, génère 73 commentaires tous plus érudits, plus intelligents les uns que les autres, alors qu’une réflexion profonde sur le témoignage au risque de sa vie ne déclenche qu’une petite dizaine d’interventions en rapport avec le sujet, noyée au milieu de « private jokes » qui abîment votre propos.
    La question n’est pas de savoir si Henri Huet mérite le même intérêt que Céline mais de se positionner par rapport à la teneur de votre réflexion. Est-il normal, dans la blogosphère, que votre interrogation sur le fait qu’on puisse « mettre de la beauté dans la guerre » ou « transformer une scène effroyable en oeuvre d’art » conduise vos lecteurs, nombreux et discrets, à « se fader » le marivaudage de certains de vos habitués qui n’ont rien à en dire mais qui finissent par prendre votre espace de conversation pour un club coopté?
    Des intervenants plus renseignés que moi auraient pu rebondir sur Salgado confronté à la même problématique, ou sur les photos sulpiciennes dénonçant le drame de Minamata, sur la représentation quotidienne des malheurs humains… mais je suis certain que plusieurs d’entre eux se sont sentis rebutés par la vacuité de la plupart des interventions précédentes. C’est dommage.
    Cela ouvre peut-être vers une autre réflexion: la présence physique du photographe induit qu’il risque sa vie pour témoigner; mais témoigner auprès de qui? De gens pour qui le développement de la présence virtuelle et anonyme sur internet multiplie les commentaires sans risque. C’est encore plus inquiétant que dommage.
    Veuillez bien excusez ma franchise. je m’attends à une volée de bois vert, un bien petit risque. Merci pour vos doutes en général, vos coups de sang à l’occasion, et pour m’avoir fait découvrir Philippe Muray. Je continuerai à vous rendre visite en lecteur respectueux.

    Aliocha : vous savez bien qu’ici personne ne se prend de volée de vois vert en exprimant une critique ou un désaccord, pour peu que cela soit dit poliment et sans volonté d’offenser. Le blogueur a une indéniable influence sur les commentateurs. Son approche plus ou moins polémique des sujets donne le ton, sa capacité à exclure des commentateurs ou à supprimer un commentaire maintient un semblant d’ordre, la manière dont il intervient ou non dans la discussion oriente les débats. En même temps, tous les blogueurs ont fait l’expérience des discussions qui se jouent de l’essentiel et s’attachent à un détail, voire s’émancipent carrément du sujet. Cela reste un mystère pour nous. Il est vrai aussi que j’aime l’humour et que je me méfie du syndrome de la grosse tête qui guette le blogueur au coin de chaque billet, d’où ma tolérance à l’égard des plaisanteries et des digressions. Elle est peut-être excessive. Du coup, puisque j’émerge de ma plongée dans Twitter, c’est peut-être l’occasion de remettre un peu d’ordre 😉

    Commentaire par Denis Ducroz — 10/04/2011 @ 15:03

  32. Je plussoie Denis Ducroz, y’en a marre de ces flooders qui pourrissent ce blog. Je demande solennellement à tous les babilleurs de cesser leurs enfantillages et de laisser les grandes personnes discuter de choses sérieuses entre elles.

    Sérieusement, il faudrait pouvoir choisir la couleur de son commentaire : on laisserait les commentaires sérieux en noir et les pas sérieux, les digressifs, les pitreries, les marivaudages, les extravagants, en rouge par exemple, c’est possible ça mam’zelle Aliocha?

    Commentaire par Mussipont — 11/04/2011 @ 16:06

  33. S’il y a encore des gens sérieux qui rôdent ici, je relance le débat aperçu par Denis Ducroz : la guerre peut-elle être traitée artistiquement ? Peut-on prendre le risque de mettre de la beauté, si ce n’est dans la guerre, du moins dans la manière dont on en rend compte ?

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/04/2011 @ 14:24

  34. La guerre traitée de façon artistique? Avez lu « Orages d’acier » d’Ernst Jünger? C’est LE livre sur la guerre et c’est d’une beauté troublante…

    Aliocha : euh non ? Je vais le faire. Mais qu’appelez-vous une beauté troublante ?

    Commentaire par Mussipont — 12/04/2011 @ 18:48

  35. Ernst Jünger a fait toute la première guerre mondiale au front (blessé plus de 10 fois je crois). Il donne dans son livre une description des horreurs de la guerre tout en faisant ressentir les émmotions qu’il a ressenti au combat : l’exaltation, la camaraderie, le courage, le sacrifice pour les autres. C’est le contraste entre les horreurs vécues et vues et ce que la guerre peut révéler de meilleur en l’homme qui m’avait profondément troublé.

    Il paraît que la langue de Jünger est superbe mais n’étant pas germanophile je me suis contenté de la traduction…

    Commentaire par Mussipont — 13/04/2011 @ 06:39

  36. @ Mussipont

    Voyons si on peut mettre du texte en couleur…

    Commentaire par Ferdydurke — 13/04/2011 @ 12:06

  37. Ah je vois maintenant l’allusion sur twiter au fameux 32e commentaire. Hé bien vous vous en tirez très bien tous les deux ! J’ajoute que ce qui fait l’intérêt des commentaires, c’est ce que l’on y attend pas…et du plaisir que l’on a à échanger tous azimuts. J’aime bien parler de ma gosse ou de la frite-attitude avec Mô, de rugby avec Eolas, de chat avec Isabelle Rambault, de chocolat chez Aliocha.
    Et alors, bordel de merde, serais-je tentée d’ajouter ?
    (Voilà, vous aviez la grâce, Mussipont la finesse, à moi la vulgarité)
    Est-on obligé de se prendre la tête comme dans un cours magistral au Collège de France ? Si j’ai besoin d’un discours de haute tenue uniquement basé sur le sérieux, la discipline, le contrôle, je sais où le chercher. Si j’ai besoin de propos de qualité mais également d’un peu plus de décontraction, je viens chez Aliocha.

    Je retourne à votre interrogation sur le traitement artistique de la guerre, avec beaucoup moins de virtuosité, et je vous prie de m’en excuser, que la plus part de vos intervenants. Il me semble que votre question porte plus sur l’esthétique, ou l’esthétisation, des photos de guerre.

    L’image parle tout d’abord de la réalité captée. Elle m’affecte, me touche ou m’indiffère, produit un sentiment, une pensée, une réaction physique. Dans un deuxième temps vient l’analyse : la composition, le cadrage, l’équilibre, la lumière, la couleur ou l’absence de tout cela. Chez Huet, de mon point de vue, c’est magnifique, un talent pur. Si le sujet est dur, il n’est pas effacé ni sublimé par la technique mais criant de vérité.
    Parce que oui, de mon avis encore une fois, nous sommes bel et bien devant de l’art. C’est l’essence même de l’art que de monter à voir ce que nous ne pouvons / voulons pas voir. Le regard de l’artiste déplace notre angle de vue et nous interpelle sur la situation qui est là. L’oeuvre est avant tout un moyen de réflexion sur notre présent, qui prendra avec le temps une valeur de témoignage d’une époque.
    Il y a toujours quelques malins qui, dotés de dons inouïs, préfèrerons faire du fric avec, au mieux, ou nous esbrouferont en faisant encore plus de fric, au pire. Montrer la guerre dans toute sa réalité, son horreur, la souffrance qu’elle engendre mais de manière esthétique, c’est-à-dire en utilisant instinctivement la technique, et non prendre le prétexte de la guerre que l’on va esthétiser en calculant l’effet recherché, c’est la grande différence entre les deux genres, honnête ou malhonnête. L’artiste a une mission dans la société, il n’est pas là en voyeur ou pour faire du beau même si cela peut arriver. La pratique de son don est pour lui, individu, question de vie ou de mort.

    Je conçois que, dans cette vallée de larmes qu’est notre monde, le cynisme et le mensonge puissent côtoyer la philanthropie et la sincérité. Mais je crois aussi que, pour peu que quelques uns de nos neuronnes soient connectés entr’eux, chacun d’entre nous a une capacité, une sorte de radar, pour savoir si l’on se moque de lui ou pas. Devant l’œuvre et le récit de la vie d’Henri Huet, aucun doute n’est possible.

    Commentaire par cloeliae — 13/04/2011 @ 12:56

  38. @cloeliae : d’abord merci pour votre magnifique commentaire. Vous êtes artiste, photographe ? En tout cas votre vision de l’art est très intéressante et évoque une expérience personnelle.

    @Denis Ducroz : Petite précision pour que vous compreniez l’allusion au 32ème commentaire. Il se trouve que Mussipont est venu m’interroger sur Twitter à la suite de votre commentaire (numéro 32 donc) sur le point de savoir si je trouvais vraiment que lui et la bande de fidèles abusaient. J’ai répondu en substance que tout état question de mesure. Vous voyez, votre petit rappel à l’ordre n’aura pas été inutile 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/04/2011 @ 14:43

  39. @laplumedaliocha
    Je suis bien contente que mon commentaire vous ait interpellé (petite danse de la joie seule dans mon bureau). Pour tout dire, j’exerce l’excitante profession d’archiviste en étant ni vieille, ni moche (enfin je crois !), ni, comme on dit chez moi, trop riboussière (comprenne qui pourra !).
    Cette interrogation sur le sens de l’art, son utilité, les usages que l’on en fait, me travaille depuis longtemps, d’une part parce que j’ai usé mes fond de jeans sur les bancs de la fac d’abord en histoire puis en métiers de la culture, mais aussi et surtout, parce que j’ai eu l’occasion, quand je résidais en région parisienne (curieusement, dans ma province natale, pourtant bien pourvue, cela ne ma serait jamais venu à l’idée), de visiter plusieurs expositions d’art contemporain. Sans rien comprendre je l’avoue. Certaines personnes de mon entourage ne juraient que par la doctrine Malraux : l’art est une confrontation, une expérience, une émotion. Aimer ou de détester ne me suffisait pas car, comme je le dis plus haut, je ne comprenais pas…et puis j’y retournais. De m’entendre dire trop souvent que « l’art contemporain était une arnaque et que cela ne servait à rien et tous au goulag, ces parasites de la société ». Je trouvais cela un brin réducteur sur le plan de la réflexion, trop facile, trop paresseux. Tout réduire à l’appât du gain, à la tropmpreie chevillé à l’âme humaine, cela m’agace un peu. Pas plus que ceux qui hurlaient au chef d’œuvre, ceux qui incitaient à l’autodafé ne me satisfaisaient.
    Alors, avec un regard d’historienne, j’ai cherché des arguments pour pouvoir répondre à ce que je ressentais comme une agression d’un camp comme de l’autre, car rien de plus viscéral finalement qu’un débat sur l’art entre amis cultureux, une bonne occasion de se fâcher avec tout le monde. C’est ainsi que j’avance désormais ma petite théorie sur la fonction de l’art dans la société, sa nécessité pour le compréhension actuelle et future de notre époque. Je vous rassure : personne ne m’écoute.
    Maintenant pour moi devant une œuvre, il y a, c’est vrai, le choc esthétique, puis souvent l’analyse de la technique et enfin la seule question qui vaut : qu’est ce que cela dit du monde dans lequel je vis mais aussi de moi-même finalement ?
    Bien à vous

    Commentaire par cloeliae — 13/04/2011 @ 17:08

  40. @ cloeliae : « Mussipont la finesse », nom de Zeus! Voilà bien un qualificatif qui m’a rarement été attribué! 😉 A part ça j’aime bien votre texte en 38!

    Commentaire par Mussipont — 13/04/2011 @ 17:22

  41. Un jour viendra où, vu la qualité des commentaires de ce blog, y compris humoristiques, on les citera dans les ouvrages savants ainsi :blog.plumealiocha.billet442.com28. Chicos, non ? 😉

    Commentaire par laplumedaliocha — 13/04/2011 @ 17:50

  42. @Mussipont
    mais si, mais, si, ne soyez pas modeste ! Ne pas écraser avec ses gros sabots quand on en meurt d’envie et tourner la chose avec autant d’élégance pour dire strictement ma même chose, cela relève de la finesse, voire de la délicatesse !

    Commentaire par cloeliae — 13/04/2011 @ 18:57

  43. @ Cloeliae

    N’en faites pas trop avec Mussipont. Il va être bouleversé à l’idée que l’homme aux obus de 150 est un poète à ses heures perdues. 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 14/04/2011 @ 09:37

  44. @ Jalmad

    Bienvenue à la maison, à vous et à vos soutifs enflammés. 😉

    Je rejoins Switz, Winter’s Bone est un bijou et la jeune actrice principale mérite vraiment les honneurs qu’elle a reçus.

    Faites quand même savoir à Monsieur qu’il pourrait avoir l’amabilité de vous laisser glandouiller pendant ces mois de repos au lieu de vous accabler de tâches ménagères. Quel profiteur, c’est tout bonnement honteux !

    Commentaire par Ferdydurke — 14/04/2011 @ 09:48


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