La Plume d'Aliocha

04/04/2011

Risquer sa vie, pour témoigner…

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 23:17

Connaissez-vous Henri Huet ?

Personnellement, j’avoue le rouge au front que je viens de le découvrir.

Comment, me direz-vous, vous animez un blog sur le journalisme et vous ignorez l’existence d’un des plus grands reporter-photographes français ? Eh oui. En ouvrant ce lieu, je me suis lancée dans un formidable voyage, un voyage que les journalistes connaissent bien, celui qui consiste à découvrir pour raconter. Mon métier, je le pratiquais très modestement dans une presse obscure, aussi innocemment que  Monsieur Jourdain faisait de la prose, et au fond j’ignorais presque tout de sa culture, de ses grandes figures, de son histoire.

J’avais juste le sentiment qu’il me coulait dans les veines, que jamais, ô grand jamais, je n’aurais voulu, ni même pu, faire autre chose. Et pourtant j’avais essayé, mais non, pas moyen. Seulement quand il s’est agi de partager cet enthousiasme, j’ai dû réfléchir, étudier pour mettre des faits et des mots sur un sentiment, une expérience, une intuition. Alors depuis deux ans, j’explore, sans relâche, en lisant tous les livres, en allant à toutes les expositions, à la recherche d’une explication.

Dimanche, j’étais  à la Maison européenne de la photographie, rue de Fourcy, dans le Marais. Pour voir l’exposition sur Henri Huet. Né en avril 1927 à Da Lat en Indochine, d’un père français et d’une mère viétnamienne, m’apprend Wikipedia, il revient en France à l’âge de 5 ans où il suit des études d’art et entame une carrière de peintre avant d’intégrer l’armée pour y devenir photographe. En 1965, il entre à l’agence Associated Press. Henri Huet a couvert la guerre d’Indochine puis du Vietnam.

Quel choc ! Il met une grâce dans son travail qui parvient à transfigurer l’horreur de la guerre. D’autres photographes étaient exposés, Marc Trivier, et puis Hervé Guibert aussi. La juxtaposition de ces trois regards différents, pour moi qui ne connais quasiment rien à la photo, était très éclairante. Elle montrait à quel point le photographe révèle de lui-même dans ses photos, bien plus encore qu’il n’exprime la vérité intime de ses sujet. J’ai profondément aimé le regard d’Henri Huet. C’est un esthète, au point qu’on lui en voudrait presque de mettre tant de beauté dans la guerre, de transformer chaque scène, si effroyable soit-elle, en une oeuvre d’art. Mais il y a surtout dans ses photos une humanité bouleversante. « Le danger que nous connaissons chaque fois que nous partons en reportage, danger dont chacun est conscient, nous rapproche les uns des autres. On est tous copains. Il y a presque, on pourrait dire, une sorte de fraternité d’armes » écrivait-il. Un hélicoptère dans lequel il se trouvait en compagnie d’autres journalistes a été abattu en 1971 lors de l’invasion du Laos par les troupes sud-vietnamienne. On n’a retrouvé de lui qu’une médaille en or qu’il conservait précieusement…

Pour en savoir plus, voyez ce blog ou bien encore ce site.

L’exposition malheureusement s’achève le 10 avril. Mais la Maison européenne de la photographie est ouverte de 11 heures jusqu’à 20 heures (sauf lundi et mardi). Cela mérite bien de sauter un repas ou de rentrer un peu plus tard.

Feuilleter un livre ou surfer sur le web suffira, songerez-vous peut-être. Hélas non ! J’ai ouvert le catalogue à la sortie, et je n’y ai pas retrouvé l’émotion, l’incroyable vibration que dégageaient les photos. Mauvaise qualité des reproductions ou impossibilité de reproduire, allez savoir…Le problème est classique en matière de peinture, je n’imaginais pas qu’il puisse se poser à ce point dans la photographie.

Il est des beautés, rares,  qu’on n’enferme pas dans un livre. Les photos d’Henri Huet en font partie.

“Vraiment, j’aime mon métier et n’en changerais pour rien au monde. Vous devez me trouver un peu fou, mais vous savez depuis belle lurette que j’ai toujours été un peu casse-cou.” Henri Huet

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