La Plume d'Aliocha

17/03/2011

Le Japon, Twitter et nous…

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:16

Je sais, il ne se passe pas grand chose ici depuis dimanche. Et encore,  le dernier billet n’était qu’une brève, une pensée, presque rien.

Mon excuse ? Le Japon. Et Twitter. Ou plus exactement, la collision entre ma découverte de Twitter et les événements en cours au Japon.

L’actualité est une drogue dure. Or, il se trouve que Twitter est une source illimitée d’information dont le fonctionnement ressemble à celui des fils d’agence type AFP. Quand on est free lance comme moi, on n’a pas les moyens de s’abonner à ces flux. Twitter en ce sens est une bénédiction.

Sans doute n’aurais-je pas été harponnée à ce point par l’outil, si des événements tout à fait exceptionnels ne s’étaient produits vendredi matin. J’ai ouvert mon compte Twitter vers 7 heures en préparant mon café. Et je suis tombée sur une série de tweets de SkyZeLimit, ce trader financier français expatrié à Nagoya dont je vous ai déjà parlé. Il y avait des dizaines de messages incompréhensibles évoquant un séisme, un tsunami, cela semblait si terrible que j’avoue avoir songé, « ce type a trop bu, il part en vrille ». J’ai vérifié sur Google news. Il ne déraillait pas, les éléments étaient devenus fous.

Depuis, je ne décroche pas.

Et il me revient en mémoire un certain 11 septembre 2001. A l’époque, je travaillais dans un quotidien. Toute la rédaction s’était massée devant la télévision. Il régnait dans la salle un silence inhabituel, le temps semblait suspendu. Nous étions tous sonnés. Et puis il avait bien fallu retourner à nos bureaux et continuer de préparer le journal du lendemain. Une question alors nous obsédait : qu’allait-on écrire ? Soudain, tout ce que nous avions programmé avant, quand la vie suivait son cours normal, perdait son sens, devenait dérisoire. Bien sûr il fallait parler du World Trade Center, des victimes, trouver des explications, décrire l’impact sur les marchés financiers, envisager la question des assurances, entamer le sinistre décompte des entreprises installées dans les tours mais le reste, tout le reste qui constitue habituellement les papiers dits « froids » ?

Les fils d’agence alignaient les dépêches par dizaines dans une succession de nouvelles qui prenait un curieux air de fin du monde. D’abord les titres bruts, affolants et puis les explications, plus angoissantes encore. Si une tour s’effondrait, puis une autre, qu’un troisième avion tombait, comment savoir quand cette abominable série allait s’achever ? A l’époque, je me souviens très bien avoir songé que la dépêche suivante annoncerait probablement une catastrophe de même ampleur dans un autre endroit du monde. Très vite, nous vîmes arriver les mails d’annulation de tous les événements prévus le lendemain. Ils commençaient par la même formule « en raison des circonstances…. ». La vie s’arrêtait.

La situation du Japon me donne le même sentiment. Celui du temps suspendu, de l’important et du dérisoire.

Impossible de s’intéresser à autre chose.

Pour l’instant.

La question à ce stade, c’est comment analyser cette obsession ? Est-ce mon métier de journaliste qui me donne cette sensibilité particulière à l’exceptionnel, cette passion d’observer le monde surtout quand il déraille ? S’agit-il d’empathie, de curiosité, de voyeurisme, de besoin d’adrénaline ? Un philosophe de mes amis m’expliquait mardi qu’on ne pouvait pas ressentir d’empathie pour un pays situé à l’autre bout de la planète, que c’était trop loin de nous. Dans le journalisme on appelle ça la théorie du mort au kilomètre : le public s’intéresse plus à quelque morts tout près de lui qu’à des dizaines de milliers de victimes à l’autre bout du monde. Cynique, mais intéressant et maintes fois vérifié. D’ailleurs, on a bien vu l’information dériver en début de semaine de la situation au Japon à la polémique en France sur le nucléaire. La presse ramenait le sujet près de nous, lui conférait une proximité susceptible de nous intéresser. A moins que ce ne soit l’expression d’une forme de nombrilisme français. Le monde tremble, nous vérifions que nous en sommes toujours le centre.

Peut-être au fond faudrait-il changer les mots, ne plus parler de catastrophe japonaise, mais humaine. Et j’interrogeais encore mon philosophe : la mondialisation ne serait donc que purement commerciale ? Les biens, les services, l’argent, tout ceci circule, mais les âmes demeurent enfermées dans des frontières étroites, plus étroites encore que celle d’un territoire national. « C’est à Paris qu’on prétend s’intéresser à la planète, en province on ne regarde que ce qu’on a autour de soi » me répondit-il. Souveraine sagesse, ou prodigieuse inconscience ?

Personnellement, j’aime croire que la mondialisation est susceptible de nous ouvrir le coeur et l’esprit. Qu’au bout il y a la conscience que nous appartenons tous à cette humanité, ce grand tout, j’ai presque envie de dire cette famille, et tant pis si je fais sourire.

Le rapport avec Twitter, me direz-vous ? Eh bien je crois que la circulation de l’information, la possibilité de dialoguer en direct avec l’autre bout du monde grâce au web pourrait nous amener à faire sauter les frontières de la conscience.

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84 commentaires »

  1. Merci pour cette écriture touchante et pleine de bon sens.
    C’est dans ses moments qu’on se sent faible…On est complétement abasourdi par ses évenements.
    Une grosse pensée nos familles japonaises!

    Commentaire par fefal — 17/03/2011 @ 10:40

  2. Ah lala, Aliocha ! C’est exactement ce qui m’est arrivé. Bon, là j’ai l’air bécasse, mais j’assume.
    Honnêtement, je me suis vraiment demandé pourquoi j’étais ainsi happée, fascinée. Pourquoi j’avais l’impression d’être dedans, sans recul, dans l’urgence de prendre contact avec quelqu’un de réel, là bas. Ce n’est pas uniquement parce que j’habite près de deux centrales en activité et un centre de traitement des déchets nucléaires.
    Je compatis au sens strict du terme. C’est l’Humain qui me tire les larmes. Et pour les cyniques qui auraient l’outrecuidance de me rappeler qu’en Libye, qu’en Haïti, qu’à pétaouchnoque il y a aussi des hommes qui souffrent, ben je leur répondrais que je ne suis pas avare de mes larmes (ni de mon porte-monnaie ou de mon temps quand je peux le faire) : chacun a eu sa part.

    Commentaire par cloeliae — 17/03/2011 @ 10:45

  3. Votre billet m’a conduit à rechercher l’origine d’une citation bien connue :
    « Je suis un homme et rien de ce qui est humain, je crois, ne m’est étranger. »
    Internet, un outil pour ce faire ?

    Commentaire par J — 17/03/2011 @ 10:59

  4. Alors après le précédent billet, j’ai essayé de suivre un peu l’actualité sur Twitter.
    Je n’en comprends vraiment pas l’engouement. C’est au final beaucoup trop brouhaha pour moi. Je n’accroche pas parce que :
    – c’est chronophage ;
    – les mêmes informations sont répétées N fois à l’instant t et comme la forme est de 140 caractères, c’est toujours répété de la même façon (et ce n’est pas parce qu’une info est répétée N fois en même temps qu’elle est + vraie …) ;
    – les re-tweets sur un tag sont une vraie plaie, totalement redondants ;
    – c’est multi-langue sur un tag donné, avec des langues (russe, etc.), que je ne comprends pas et qui gênent pas mal le suivi du fil (il y a peut être moyen de faire qq’chose en paramétrie mais je n’ai pas trouvé) ;
    – parfois le débit (sur les tags « chauds » … si je puis me permettre) est affolant ;
    – dans le lot il y a évidemment de l’info utile, précieuse, intéressante, importante, mais c’est noyé sous une masse de commentaires sans objet ;
    – et ce qui me dérange peut-être le plus, ce sont les tweets de personnes qui viennent de se réveiller (au sens propre ou au sens figuré), genre 6h après un événément, et qui rebalancent une info déjà passée : impossible de savoir si c’est un nouvel événement ou si çà fait référence à un événement précédent (genre « URGENT : explosion sur un réacteur à l’instant » alors que la personne évoque une explosion d’il y a 6 heures et que non, il ne vient pas d’y avoir une nouvelle explosion …) ;

    Bref pour moi c’est totalement inutilisable dans une optique informative, parce qu’il y a trop de bruit, trop de choses à séparer. L’intérêt de Twitter ne me semble qu’être de suivre des gens précis (avec un volume de tweets en accord avec ce que l’on attend), mais pas un tag genre #séisme ou #fukushima pour se tenir informé … après pour un(e) journaliste, c’est peut être différent, et çà permet sans doute d’extraire des bribes d’informations (mais tellement parcelaires …).

    Pour ma part, j’ai rebasculé sur le fil d’actualités en temps réel du Monde qui est bien plus lisible et bien plus pertinent (à mon goût, après c’est comme tout, il en faut pour tout le monde), toutefois évidemment juste en tant que simple « observateur » (affolé et ahuri par l’ampleur des événements actuels …). Mais il est clair que Twitter abolit les frontières parce que pour les gens qui tweetent, c’est un outil rapide et instantané, moins « réfléchi » qu’un blog et évidemment infiniment moins compliqué que de publier un billet …

    Commentaire par SRG — 17/03/2011 @ 11:05

  5. J’ai une idée plus conspirationiste du tout ramener à soi.

    Pour survivre et dominer la masse avec peu de moyen, la classe dominante découpe la « populace » en autant de groupes qu’il peut y avoir de conflits : salariés-fonctionnaires jeunes-vieux travailleurs-fainéants français-étrangers gauche-droite droite-extremedroite ville-campagne nulcéaire-éolienne éolienne-solaire etc…..
    Ainsi le jeune salarié en poste d’origine étrangère plutôt de gauche habitant à la campagne plutôt pro éolien est potentiellement en combat contre des millions d’autres personnes. A partir de ce stade comment lui reprocher de se foutre un peu de ce qui se passe au japon.

    On laisse crever les gens de faim et de froid à coté de chez nous parce que les caisses sont vides et qu’ils ont qu’a travailler ses fainéants (combien d’enfants en dessous du seuil de pauvreté en france ?) et le pire c’est que l’on ne veut pas que les gens prennent conscience de cette horreur : les restauts du coeur c’est une bonne conscience à peu de frais pour le pouvoir en place, en plus ça lui coûte rien. Et d’un seul coup d’un seul on voudrait que les gens s’intéressent à ce qui se passe au japon, pour l’individu, et non pas pour l’image de ce que cela serait si ça ce passait en france ?

    Attention je ne dis pas que le bébé japonais est moins important que le bébé français ce n’est pas mon propos, pas du tout. On ne peut pas demander aux personnes d’avoir conscience d’appartenir à un village planétaire alors qu’on les désolidarise de leurs voisins proches.

    Et pour ceux qui vont répliquer que le gouvernement n’est pas responsable de tout : Si les parents sont responsables de ce que font les enfants qui est responsable de ce que font les citoyens ? La culpabilisation ça ne marche que juste à l’échelon populace ?

    Commentaire par herve_02 — 17/03/2011 @ 11:09

  6. Votre ami philosophe a à la fois tort et raison: en effet, on ne peut ressentir d’empathie que pour des proches. Mais traduire ça en terme de distance géographique est une erreur! Regardez les appareils électroniques autour de vous: ils sont soit japonais, soit inspirés par la technologie japonaise des 20 dernières années. Regardez les rayons des librairies: des mangas à la pelle. Quelles sont les histoires qui ont bercées l’enfance des (plus si) jeunes adultes? Des dessins animés japonais, ou d’inspiration japonaise.
    Le Japon est proche de nous. Appelez-ça un élément non marchand de la mondialisation si vous voulez, mais c’est une réalité: le Japon est proche de nous.
    Ça parait dérisoire, mais quand Echiro Oda, l’auteur du manga « one piece » a annoncé qu’il avait survécu, j’ai eu le sentiment de soulagement qu’on éprouverait pour un ami.

    Aliocha : Yep, tout est question de distance. C’est pour ça que le reporter sur le lieu d’une tragédie est bouleversé quand il s’aperçoit que son reportage ne suscite qu’un intérêt poli de la part de ceux qui ne sont pas sur place (accessoirement, cela pose la question de la communication d’une information, d’une émotion…). Mais justement, Internet gomme les distances….partiellement, puisqu’on peut communiquer avec l’autre, mais un autre virtuel, sans consistance, inconnu. Tout ceci est bien compliqué. Ce qui est sûr, c’est que ça bouge.

    Commentaire par QIAH — 17/03/2011 @ 11:41

  7. Bonjour Aliocha, Je suis comme vous le fil twitter de tous ces personnes si différentes installées, parfois depuis de logues années, au Japon. Suis impressionnée par ce nouveau « media » qui permet en permanence de relier la « Grande Histoire » à la « petite ». Passer des infos Libé à l’info postée sur le fil de SkyZeLimit, d’erriiiic ou d’autres encore, est une expérience nouvelle et singulière. Je suis comme vous free lance…

    Commentaire par Geosinandissis — 17/03/2011 @ 11:57

  8. @SRG oui assez d’accord sur certains points. On peut effectivement se sentir envahi par un « brouhaha » d’infos pas toujours pertinentes. Il faut je pense TRES bien sélectionner ses fils Twitter. Et puis quand c’est nécessaire faire le ménage. En fonction des évenements….

    Commentaire par Geosinandissis — 17/03/2011 @ 12:02

  9. Bonjour Aliocha,

    Indépendamment de l’actualité très riche, globalement, on peut dire que la presse française a surtout été l’expression du nombrilisme national cette semaine. Très curieusement, les adversaires du nucléaire ont trouvé très rapidement des tribunes ouvertes qui dans le presse, qui à la radio, qui à la télévision. Peu, voire pas d’info sur la manière dont les autorités japonaises font face à la catastrophe (tremblement de terre exceptionnel par sa puissance, tsunami, etc…). Les amalgames les plus fous ont été fait comparant sans vergogne les bombes de 1945 (acte de guerre, je tiens à le préciser) et le très grave accident de la centrale japonaise. A se demander si certains auteurs d’articles ont pris le temps de lire la page Wikipédia consacrée à la radioactivité: http://fr.wikipedia.org/wiki/Radioactivit%C3%A9 (personnellement, je ne suis même pas sûr qu’ils connaissent Internet). Ben quoi, faut savoir faire peur!!! En attendant, la chambre d’enregistrement nationale est en passe de voter une loi des plus liberticides relative aux internements d’office en matière psychiatrique. Quant aux pauvres libyens ou ivoiriens, et bien, tant pis pour eux, ils sont mal tombés.

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 17/03/2011 @ 12:14

  10. « Un philosophe de mes amis m’expliquait mardi qu’on ne pouvait pas ressentir d’empathie pour un pays situé à l’autre bout de la planète, que c’était trop loin de nous »

    ça alors ! ! !

    Total désaccord.

    Outre qu’il y a déjà longtemps un certain Rousseau avait fait de l’empathie et de la pitié lorsque nous rencontrons la douleur et la souffrance de l’autre, la qualité proprement humaine et par laquelle seule l’homme, dans son état le plus sauvage et le primitif se distingue de l’animal, et par là se révèle capable de progrès, en se mettant à la place de l’autre, il partage avec lui et ressent ce qu’il ressent…

    Outre ce principe anthropologique dont Levi-Strauss reconnut que là s’enracinait la possible compréhension des autres en tant qu’être humains semblables et donc des civilisations autres perçues comme oeuvres humaines, fondant anthropologiquement l’idée d’une même humanité

    Comment contester que je peux me mettre à la place de l’autre et éprouver de l’empathie dans le malheur, de manière générale, aprce que je vois dans l’autre mon semblable ?

    Comment cela lorsqu’internet nous rapproche en temps réel, et lorsque les informations et les images venues du monde entier abolissent les distances, nous transportent sur place et permettent une sorte d’identification ?

    Nous vivons avec internet une accélération de la vitesse des événements et de leur transmission dans le monde entier, une disparition des frontières pour l’information, et de ce fait une augmentattion considérable de la participation aux événements du monde [les fils en direct du journal Le Monde, pour la Libye, pour le Japon ensuite, sont excellents ; les twitts sont triés et des synthèses et commentaires les accompagnent] et par cette information abondante, en direct, avec images et films à l’appui, se réalise une augmentation considérable non seulement de la possibilité de partager avec l’autre, mais de se mettre à sa place, par la pensée, émotivement, autant qu’il est possible de se mettre à la place de l’autre.

    Possibilité, qui n’est peut-être pas effective pour tous, mais possibilité bien réelle pour ceux qui sont touchés par l’événement.

    La compassion pour les Japonais, la solidarité, sont possibles d’autant plus que nous suivons ces informations. Egalement les inquiétudes quant aux conséquences de l’accident nucléaire et la réflexion obligée sur le bien-fondé et la place du nucléaire et peut-être même sur la technique de manière plus génrale, s’imposent, qui forment une opinion publique qui pèsera plus ou moins sur les décisions. Dès aujourd’hui, la forfanterie de nos dirigeants a dû céder à d’autres discours. La solidarité et l’aide technique des Etats au Japon en matière de nucléaire s’organisent, depuis la France et les Etats-Unis, pour tenter d’enrayer la catastrophe. De même que s’est imposée l’idée de la nécessité d’une vérification des conditions de sécurité des centrales en Europe, d’abord niée par les responsables politiques français.

    Il me semble qu’une certaine conscience politique nouvelle, faite de solidarité et de partage, est en train de naître à l’échelle du monde. Pourquoi sinon la Chine et l’Iran censureraient-ils autant qu’il est possible les canaux de cette information à l’échelle planétaire ?

    Commentaire par alithia — 17/03/2011 @ 12:51

  11. Il ne faut pas confondre empathie et compassion, le premier signifiant que l’on comprend les émotions et sentiments de l’autre sans nécessairement les partager, le second terme signifiant que l’on perçoit ou ressent la souffrance d’autrui, voire qu’on ait envie d’y remédier.

    L’empathie est donc toujours plus distante que la compassion, donc plus facile à ressentir, surtout à distance.

    Commentaire par Ferdydurke — 17/03/2011 @ 12:59

  12. Et le commentaire de H. qui souligne à raison que les catastrophes naturelles et techniques cumulées au Japon, occupent totalement l’esprit et le coeur actuellement, au point d’avoir éclipsé la tragédie libyenne et la lâcheté de l’Europe une fois encore, alors que la Libye nous était pourtant proche juste avant, tellement proche qu’elle avait elle-même en partie éclipsé la tragédie de la Côte d’Ivoire, et que cela aussi a fait passer à l’arrière plan cette loi liberticide et aberrante sur la psychiatrie, cette remarque de H. semble bien indiquer que le sort du Japon est actuellement dans les têtes et dans les coeurs.

    Question de sensibilité. L’intelligence du coeur est tout autant engagée que celle de la raison, peut-être, ne croyez-vous pas ?

    Commentaire par alithia — 17/03/2011 @ 13:04

  13. @aliocha: je parlais pas d’internet, qui abolit les distances « en général ». Je parlais de la proximité spécifique que nous (par nous, j’entends la culture occidentale) avons avec le Japon. D’ailleurs vous avez remarqué? Aucun de mes exemples ne parle d’internet.
    Un dernier exemple(même s’il est un peu trivial): http://www.20minutes.fr/article/664934/economie-les-restaurants-sushis-presque-aussi-nombreux-fast-food

    Commentaire par QIAH — 17/03/2011 @ 13:06

  14. Ferdydurke vous avez raison l’empathie est plus du domaine de la compréhension de ce que vit et ressent l’autre, elle désigne un accompagnement de l’autre, auprès de qui on se tient.
    Mais compréhension qui suppose une sensibilité, une émotion partagées peut-être tout de même, sinon on s’en tiendrait à terme compréhension.

    Tandis que compassion, veut dire souffrir avec, partager la souffrance de l’autre, en se mettant à sa place. Le terme et ce qu’il désigne est dénué de l’idée de compréhension, quoi que… une fois encore, la compréhension ou l’intelligence du coeur, peut-être…

    Réserve faite que l’on ne comprend jamais tout à fait l’autre et ce qu’il ressent et que l’on ne se met jamais tout à fait à sa place ni ne vit la même chose que lui, l’autre demeurant toujours autre et en partie inaccessible, car ce qui l’affecte, lui, ne m’affecte pas, moi, de la même manière, la question est celle de la proximité, de la capacité à partager, quand les distances sont, quasi abolies par internet ou abolies d’une certaine manière. D’une certaine manière seulement car ce n’est bien sûr pas pareil de regarder sur son écran et écouter ce qu’en disent les uns et les autres, les témoignages et les récits en direct, ou d’être menacé par les bombes de Khadafi, ou de dormir dans le froid sans nourriture et sans rien sous la menace nucléaire.

    Bref la question du partage, et de la compréhension, via l’identification à l’autre, telle que rendue possible par les nouvelles technologies donnant accès aux informations et images venues d’ailleurs qui nous rapprochent, se trouve accentuée par ce qui force à penser autrement le proche et le lointain, ou se rapprocher de la manière dont Rousseau l’avait entrevu très nettement. Il semble avec internet et la mondialisation de tous les aspects de la vie, dont l’information, que cela fait sauter en quelque sorte la différence entre le proche et le lointain.

    Nota : pour Rousseau, je me suis mal exprimée,(empathie) car la pitié est pour lui de l’ordre de la compassion : souffrir avec et partager la souffrance.

    Commentaire par alithia — 17/03/2011 @ 13:29

  15. Pareil pour la collision et le non-décrochage (je me suis mis à Twitter à la suite de votre post qui y était consacré).
    Sur la théorie du mort au kilomètre : les accidents de la circulation automobile représentent environ 6000 morts par an et les medias en parlent très peu. Ces morts-là sont socialement acceptés. Pourquoi ? A cause de la banalité des circonstances ? Parce que l’automobile relève du choix et du comportement individuel et pas collectif ?
    C’est sans doute moins une question de distance que du caractère spectaculaire ou pas de la catastrophe, les medias fonctionnant comme la caisse de résonance de celles-ci.

    Commentaire par Monsieur Prudhomme — 17/03/2011 @ 13:53

  16. C’est peut-être atroce à dire, mais il y a un autre drame qui se déroule en ce moment, et que l’horreur au Japon nous ferait presque oublier, c’est les massacres en Lybie. Le tsunami a fait bien plus de morts et de dégâts, et la menace nucléaire plane, mais j’ai le sentiment qu’on ne peut plus y faire grand chose d’autre que de tenter de limiter les dégâts. Toute cette attention me semble « gâchée ».
    À l’autre bout du monde, un peuple a lutté contre ses monstres, et est passé si près de la démocratie, pour le résultat qu’on voit aujourd’hui. « Dans les 48 heures, tout sera fini. » a dit le fils Kadhafi. Ça me donne envie de pleurer.
    Pardon.

    Commentaire par jor — 17/03/2011 @ 14:57

  17. Le 11 mars j’ai également vécu cette même sensation que le 11 septembre 2001, tout comme vous. Il me semble que cela provient de la force du choc que nous subissons, une réaction traumatique en quelque sorte. Comme si notre esprit ralentissait afin d’absorber l’information et imaginer ses multiples conséquences dramatiques à un rythme supportable.

    « qu’on ne pouvait pas ressentir d’empathie pour un pays situé à l’autre bout de la planète, que c’était trop loin de nous ». Le séisme en Haïti peut être cité en contre-exemple. En effet, avec un bilan humain extrêmement lourd – 300 000 décès si mes souvenirs sont bons – il a généré un choc émotionnel moindre, bien que plus proche géographiquement (et je réside dans le même fuseau horaire pourtant).

    «C’est à Paris qu’on prétend s’intéresser à la planète, en province on ne regarde que ce qu’on a autour de soi» … Il doit falloir être très parisien pour arriver à penser et encore plus exprimer une telle idée ! (J’ai bien failli écrire idiotie) Cela me rappelle une anecdote de plus de 35 ans : un cousin parisien en visite montre sa surprise en voyant notre téléphone et s’exclame « vous avez le téléphone en province !? ». Personnellement, je ne comprends pas comment ce terme « province » peut exister. Il s’agirait donc du non-Paris de la France ? Peut-on se sentir si différent en tant que parisien ? Différent en quoi ? Avant d’aborder la notion de mondialisation, il peut être plus judicieux pour certains d’apprendre à connaître ses voisins, ses propres compatriotes.

    Aliocha, votre petite utopie personnelle ne me fait pas sourire, sachez que je la partage. Empathie, humanité, sensibilité restent je pense les bases d’une vie en société. Heureusement que certains d’entre nous y croient toujours et particulièrement les femmes.

    Commentaire par Limila — 17/03/2011 @ 15:14

  18. @limila « et particulièrement les femmes » attendez, je vais chercher du pop corn pour la suite 🙂

    Commentaire par QIAH — 17/03/2011 @ 15:28

  19. les femmes…. ça a des sentiments ? ça comprend ce qu’est l’empathie ? ça ne fait pas que réagir ?

    @QIAH…. c’est bon comme appeau ?

    Commentaire par herve_02 — 17/03/2011 @ 15:52

  20. @ Aliocha,

    Pour avoir été présente au moment où votre ami philosophe exprimait son idée, je dois préciser que je n’ai pas compris la même chose que vous de ce qu’il disait. En fait, vous avez commencé par rappeler la fameuse théorie du mort au kilomètre. Et c’est à propos de cette théorie que votre interlocuteur a expliqué que ce que vous sembliez présenter comme un mal – une forme d’égoïsme – lui semblait pour sa part naturel, et même très humain.

    Sauf à avoir moi-même mal interprété ses propos, il n’a en aucun cas voulu suggérer que seule l’indifférence pouvait répondre à la souffrance de « nos lointains » (formule que j’invente pour l’occasion, pour la distinguer de celle qui désigne « nos prochains »). Être plus émus, plus touchés, par le malheur de nos prochains que par celui de nos lointains – mais le moyen de faire autrement?

    Il me semble simplement qu’il a souligné l’importance que la distance prend dans nos rapports réciproques, et qu’il l’a, en quelque sorte, mesurée. Il en a rappelé le « poids » – si une telle chose peut-être dite.

    Mais, c’est là que vous mettez le doigt sur autre chose de plus intéressant: de quoi au juste est faite cette distance aujourd’hui? De kilomètres? Historiquement, oui, bien sûr. La distance imposait aux media l’abstraction qu’elle entrainait. « Loin des yeux, loin du cœur », en fait. Et puis, avec la photographie et, surtout, la télévision, « loin des yeux » n’a plus signifié que nos yeux ne voyaient plus. La distance reste, mais nous la mesurons différemment. Quel sens revêt-elle dès lors qu’elle ne nous empêche plus, ni de voir, ni d’entendre? Quel sens revêt-elle et quelle devient sa nature?

    Il restait pourtant encore une distance – imposée par le journaliste, l’écran, et le temps différé.

    Twitter (et internet, plus généralement) fait à nouveau disparaitre, en grande partie, ces intermédiaires: il n’y a plus personne entre SkyZeLimit et vous.

    Et il y a le « temps réel ». « Réel », comme s’il était le seul, finalement. Le seul véritable.

    Le temps de la simultanéité.

    Ne reste plus que l’écran.

    Et quelle distance nous impose-t-il? De quelle nature, et que sens revêt-elle? Comment nous relie-t-elle à ceux qui sont « à l’autre bout » de la distance? Je n’en sais rien, bien que je crois que ce serait une erreur de penser qu’elle l’efface.

    Je n’en sais vraiment rien. Je m’interroge. Il me semble parfois qu’il s’agit du dernier rempart qui nous protège – notre ultime bouclier – et parfois qu’il s’agit du dernier mur à faire tomber. Ce qui veut probablement dire qu’il s’agit d’autre chose encore, de toute évidence.

    Aliocha : mon dieu ce que c’est péremptoire la jeunesse ! Je me souviens très bien avoir précisément rebondi sur une observation de notre ami en évoquant sa traduction dans la presse par la théorie du mort au kilomètre. Figurez-vous que j’ai une mémoire d’éléphant en ce qui concerne les discussions. De fait, j’ai retenu que nous n’avions fait qu’effleurer le sujet. Il n’y a donc pas de jugement de valeur dans ce billet, simplement des questions. Vous savez pourquoi ? Parce que la Chute de Camus, parce que la pensée de midi, parce que Les Frères Karamazov et cette observation d’un personnage (approximative) : j’aime l’humanité dans son entier, mais pris isolément, les humains m’irritent. Toutes choses de nature à relativiser les empathies apparentes et même celles que l’on ressent soi-même. Ce que j’évoque sur l’adrénaline, le voyeurisme etc. Difficile, voire impossible de déterminer ce qui relève de sentiment nobles et ce qui est lié à des sentiments moins avouables. Ce qui m’intéresse, c’est le champ de conscience, c’est presque géographique comme problème.

    Commentaire par Fantômette — 17/03/2011 @ 15:56

  21. C’est étonnant, vous parlez de l’intérêt de Twitter pour s’informer sur la situation au Japon alors que je me félicitais il y a quelques heures de la présence d’un Frédéric Charles sur les ondes de Radio France, un journaliste à l’ancienne comme on n’en fait plus, 25 ans (!) de présence au Japon… Sa description ce matin de Tokyo qui se vide peu à peu de ses habitants sous l’effet d’une sourde inquiétude était absolument saisissante, d’autant plus que le présentateur de France Inter lui a laissé un temps inhabituellement long pour s’exprimer. En 5 minutes il m’a « ouvert le coeur et l’esprit » comme vous dites, à l’ancienne… 😉

    Commentaire par Mussipont (Opération tous les commentateurs d'Aliocha sur Twitter en 2011) — 17/03/2011 @ 16:21

  22. « qu’on ne pouvait pas ressentir d’empathie pour un pays situé à l’autre bout de la planète, que c’était trop loin de nous »

    L’empathie explique également pourquoi certaines catastrophes présentent un pouvoir supérieur d’effroi, même lorsqu’elles touchent un endroit éloigné du globe: lorsque des occidentaux sont mêlés à la masse des victimes, ceux-ci interviennent à leur corps défendant comme des médiateurs passifs qui relaient auprès de leurs concitoyens la détresse humaine survenue au lointain. Les nombreux témoignages des expatriés au Japon remplissent actuellement ce rôle.

    Une analyse similaire peut se défendre pour le tsunami qui a frappé l’indonésie il y a quelques années: des touristes sur les plages ont été les premiers fauchés par la grande vague. Un réflexe naturel survient et on se dit: « cela aurait pu être moi ». L’émotion est plus puissante lorsque le désespoir s’incarne dans une altérité qu’on reconnaît comme semblable à soi-même.

    Il existe un autre aspect qui peut être soulevé pour rendre compte des variations extrêmes des réactions face à un désastre, entre indifférence et compassion: un invariant anthropologique pousse à considérer que les fautes méritent rétribution, et que les actions néfastes des hommes suscitent le courroux de la providence. Cette croyance irrationnelle reste tellement enracinée qu’encore aujourd’hui les occidentaux peinent à s’intéresser aux maux qui agitent l’Afrique – conflits ou pandémies etc – parce que les Africains sont supposés être des personnes indolentes, primitives, inaccessibles aux progrès de la civilisation, « qui ne sont pas encore rentrés dans l’histoire ».

    Même les Américains firent les frais de cette disposition de l’esprit humain. Après tout, les inondations de la Nouvelle Orléans furent accueillis avec un certain détachement en Europe. Cet évènement présentait pourtant tous les aspects spectaculairement dramatiques des désastres en Indonésie et au Japon: la force inexorable de la nature, l’effroyable faiblesse de l’homme face à la puissance déchaînée des éléments, l’insondable dénuement dans lequel sont projetées les populations… Mais c’était l’Amérique arrogante de Bush 43 qui a chu, le colosse aux pieds d’argile qu’on a jubilé de voir ainsi terrassé.

    Le mot allemand Schadenfreude traduit parfaitement la nuance particulière qui a coloré l’opinion mondiale à cette époque. Il y avait dans Katrina une signification presque biblique, un écho aux tragédies grecques où le châtiment des dieux s’abat sur l’homme orgueilleux qui croit pouvoir se hisser à leur rang. « Ils l’ont mérité »

    Commentaire par Switz — 17/03/2011 @ 16:53

  23. @ Switz,

    Katrina a ceci de particulier que, les victimes étant pour la plupart pauvres et noires, elles ont pâti de cet effet d’éloignement – ethnique et social – au sein de leur propre pays ! L’administration Bush a tardé à réagir, et cela lui a été vertement reproché: on l’a justement accusé de manquer d’empathie pour l’Amérique des déshérités.

    Commentaire par Tocquevil — 17/03/2011 @ 17:13

  24. @ Fantômette

    « il n’y a plus personne entre SkyZeLimit et vous/i> »… Euh… si, l’épouse de SkyZeLimit 😀 #OkJeSors

    Commentaire par Ferdydurke — 17/03/2011 @ 17:38

  25. @Tocquevil

    Oui, mais vous évoquez un clivage interne aux US, magnifiquement exemplifié par ce double légendage de deux photos analogues: sur chaque photo on voit un américain avec de l’eau jusqu’au cou poussant un radeau de divers marchandises. Dans un cas le nageur est un blanc et la légende indique: « après la catastrophe, les habitants tentent de sauver le peu qui leur reste », dans le second cas, c’est un noir et il est dit: « après la catastrophe, les pillages se multiplient dans les rues tombées dans l’anarchie ».

    Ce que vous évoquez à propos de l’impéritie de l’administration Bush est véridique, mais je faisais plutôt référence à l’attitude de l’opinion mondiale et à ce story telling sous-jacent à de nombreux commentaires: l’altière Babylone rabaissée au rang de n’importe quel pays du tiers monde et à peine capable de se prémunir contre des risques civils.

    Pour terminer ce HS, Bush a écrit dans ses mémoires que la pire souffrance personnelle qu’il a connue lors de son mandat lui a été infligée par cette accusation de racisme portée du fait de sa mauvaise gestion d’une crise touchant une population majoritairement noire. Larmes de crocodile sans doute, mais j’aurais aimé entendre dans la bouche de Hortefeux et autres UMP de mêmes mots simples de regrets, suite aux controverses suscitées par leurs plaisanteries lourdingues et limites.

    Commentaire par Switz — 17/03/2011 @ 18:34

  26. Merci pour ce joli papier. Nous sommes nombreux à avoir senti ce vertige. Je remarque d’ailleurs que mes blogueurs préférés ont levé le pied du clavier (si j’ose dire).
    Je me demande dans quelle mesure cette empathie nous est venue naturellement, par affinité spontanée, ou si elle n’a pas plutôt été suscitée artificiellement par une surexposition médiatique dont on remarquera le mode émotionnel spécifique à l’Europe.
    A mon avis, Twitter ajoute du rythme, de l’intensité, mais le cadre émotionnel me semble déterminé ailleurs.

    Commentaire par Bill — 17/03/2011 @ 19:19

  27. @aliocha sous commentaire 20

    « Plus j’aime l’humanité en général, moins j’aime les gens en particulier, comme individus. »

    J’ai lu cette phrase il y a quinze ans. Depuis elle reste imprimée avec la netteté d’une marque au fer rouge. On n’a jamais autant donné à réfléchir en aussi peu de mot. j’ai compris alors que la vocation essentielle de la littérature était de particulariser l’universel.

    Commentaire par Switz — 17/03/2011 @ 20:06

  28. Je veux bien mourir pour le peuple mais je ne veux pas habiter avec…

    Commentaire par araok — 17/03/2011 @ 22:30

  29. Il y a quelques années, j’ai entendu Nancy Huston dire un truc à la radio (je crois que c’est en 2003, quand elle présidait le jury du Livre Inter) qui m’a marqué. Ce qu’elle disait, en substance, c’est que parmi les nouvelles que l’on reçoit quand on suit les actualités, il y a un grand nombre de tragédies auxquelles on ne peut rien, ce qui épuise la compassion, et qu’on devrait davantage nous informer des problèmes sur lesquels nous pouvons agir.

    Depuis, j’y ai réfléchi, et ça a coloré ma perception des nouvelles. Parce que je ne suis pas moins accro aux nouvelles que vous, Aliocha. Ça fait des années que je me réveille avec la radio, avec le sentiment, en quelque sorte, de me « rebrancher sur le monde ». Mais comme je disais, la remarque de Nancy Huston m’a marqué. Je ne perçois plus les nouvelles de la même façon.

    Exemples en vrac :
    – La mère d’un ami se suicide ? Je peux être là pour ledit ami, le réconforter, à tout le moins faire acte de présence.
    – Quelqu’un que je ne connais pas est tué dans un accident de la circulation près de chez moi ? Je peux éventuellement me poser la question de la signalisation, si celle-ci est en cause, et éventuellement rejoindre un mouvement auprès des autorités locales pour faire corriger corriger ladite signalisation, histoire que ç’ait moins de chance d’arriver.
    – Une catastrophe naturelle frappe un pays loin de chez moi ? Je peux aider par le biais de dons à des organisations caritatives, et éventuellement manifester mon soutien, ma sympathie aux gens que je connais de ce pays.

    Certaines, voire toutes de ces options peuvent apparaître dérisoires. Je suis sûr que Philippe Muray aurait à dire à ce sujet. Pierre Desproges a tenu des propos intéressants sur cette question. Stéphane Guillon s’est d’abord fait remarquer avec son speech sur « Air Gabon ». D’accord, rions sur nos compassions à géométries variables, nos empathies protéiformes. N’empêche qu’en tant qu’animaux sociaux, la détresse de nos semblables nous affecte. C’est la définition desdits semblables qui varie, et c’est un vaste débat en soi (sur lequel j’invite à visionner, entre autres, <a href="http://www.ted.com/talks/steven_pinker_on_the_myth_of_violence.html&quot; la conférence TED de Steven Pinker sur le Mythe de la Violence).

    Maintenant, un exemple de nouvelle purement anxiogène : Un gamin se noie accidentellement dans un lac à l’autre bout de la France.
    J’en fais quoi, moi, personellement, de cette nouvelle ? La seule différence avec le gamin qui se noie au fin fond du Nebraska, celui qui se noie dans la province de Sechuan, ou celui qui se noie en Tanzanie, c’est que j’en entends parler. Pourquoi me parle-t-on de lui plutôt que des autres ? Dans tous les cas je n’y peux rien. Je compatis, certes, mais pour rien. Et c’est stressant.

    Je ne veux pas dire par là que la presse ne devrait pas nous parler de ce gamin qui se noie, mais pourquoi nous en parle-t-on tant ? Et là, je repense, en plus de Nancy Houston, à Pierre Bourdieu, qui accusait les faits divers de faire diversion. Non seulement ils font diversion, mais ils émoussent la compassion, et renforcent le sentiment de vivre dans un monde de merde où on ne peut rien à rien. Certes, la raison nous dicte qu’on ne peut pas éviter tous les drames, mais de là à s’en foutre ?… Mais le tableau donné par les nouvelles fait du je-m’en-foutisme le chemin le moins douloureux…

    Commentaire par Schmorgluck — 18/03/2011 @ 04:30

  30. Et là, la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu : http://www.causeur.fr/cest-la-faute-aux-speculateurs,9216

    Commentaire par laplumedaliocha — 18/03/2011 @ 08:45

  31. @Limila
    «C’est à Paris qu’on prétend s’intéresser à la planète, en province on ne regarde que ce qu’on a autour de soi» … Il doit falloir être très parisien pour arriver à penser et encore plus exprimer une telle idée ! (J’ai bien failli écrire idiotie) (…)
    Pourquoi une telle hésitation Limila ? Sans vouloir donner dans les paleo-confrontations inter-régionales, reliefs de nos cultures tribales, je trouve plutôt amusant de voir quelqu’un formatté par un système de pensée suranné donner de telles leçons à la limite moralisatrices (surtout si on considère la mentalité sous-jacente, cela devient risible).
    « Un philosophe de mes amis » … Philosophe autoproclamé ? Ou juste parce qu’il utilise des mots de plus de 3 syllabes ? Quoi, moi méprisant ? Sans doute la réponse la plus appropriée à ce que l’on peut percevoir comme du mépris n’est pas le mépris, mais franchement là les mecs vous êtes niveau cours de récré de maternelle.
    Bon, je vous laisse parce que je dois aller allumer mon poële à bouse de yak si je veux un peu de chauffage cette nuit

    Commentaire par Payzous — 18/03/2011 @ 17:37

  32. Après les hommes sont méchants ou mauvais par nature, pas par le fait des circonstances et selon les cas, pas capables du pire comme du meilleur, non pétris d’une mauvaise pâte, voilà maintenant que la distance empêche l’empathie et la compassion, et encore que aimer l’humanité en général, oui, mais pas les individus qui la composent : au fil de vos remarques, c’est une anthropologie que vous développez.

    Votre ami philosophe… qui établirait la suprématie du proche sur le lointain, comme un fait, hors de toute subversion de cette évidence primitive depuis qu’on a fait le tour du monde et connu tous les peuples, hors de toute dialectique du proche et du lointain, me laisse quelque peu perplexe. Car pour la connaissance c’est en portant le regard au loin que l’on peut appréhender ce qu’est l’homme, par comparaison. Et pour ce qui est du partage des émotions et de la compassion, le regard au loin que permet la télévision, comme son nom l’indique, dont l’effet est encore démultiplié par internet, nous rapproche.
    Ce qui peut engendrer, chez certains du moins, l’idée renouvelée d’une même nature humaine, et peut-être l’idée que l’autre est mon prochain même s’il habite loin, plus proche de moi ou moi plus proche de lui que le beauf facho qui est mon voisin de palier, et pas mal de choses du genre qui peuvent me faire sentir une solidarité dans la condition d’être humain, à partir d’expériences venues de très loin géographiquement, mais très proches sur le plan de la sensibilité, beaucoup plus proches que celles qui sont à portée de main souvent.

    Commentaire par alithia — 18/03/2011 @ 19:57

  33. Superbe papier : http://www.telerama.fr/monde/l-angoisse-du-reporter-au-moment-de-ne-pas-entrer-en-libye,66838.php

    Commentaire par laplumedaliocha — 18/03/2011 @ 23:06

  34. Au fond, on parle aussi de la solidarité réelle dans ces commentaires.

    Et si la solidarité réelle, aujourd’hui, c’était l’aviateur français, par exemple, qui va bombarder réellement une position du dictateur de Libye et qui, s’il est abattu, prend réellement le risque de mourir dans son cockpit, en touchant le sol ou en étant tué par la soldatesque?

    Et si la solidarité totalement baratineuse, c’était justement celle qui ne fait que regarder le Japon? D’ailleurs, si j’ai bien compris, dans la zone inondée par les flots, il n’y a ni électricité, ni téléphone portable, ni internet. Là-bas, par exemple, concrètement, on tente d’établir un câble à haute-tension pour alimenter les pompes qui pourraient refroidir un réacteur. Là-bas, on a faim et on manque encore d’eau potable. Et donc, là-bas aussi, on a besoin d’un être humain bien réel.

    Commentaire par didier specq — 19/03/2011 @ 10:47

  35. Quoi? et Twitter est gratuit!
    Qu’attend t’on pour le rendre payant!!
    https://laplumedaliocha.wordpress.com/2010/11/30/les-dindons-de-la-modernite-ou-microsoft-guidant-le-peuple

    Trêve de plaisanterie, j’espère que vous avez modifié votre vision d’internet, de la gratuité, des « geeks » depuis cette découverte et les derniers événements.

    Aliocha : vous continuez de faire le lien entre méconnaissance du web et critique de la gratuité. Vous avez tort. Que je ne sois pas une geek, c’est entendu. Mais je vous pose la question : quel est le modèle économique de Twitter ? Et celui de Facebook, certes valorisé de manière délirante par les financiers, mais sur la base de quel business model ? A-t-on déjà oublié la bulle Internet de 2001 ? Je pose cette question parce que je m’interroge sur la pérennité de l’outil et parce que je continue de penser qu’on travaille, qu’on innove, pour se nourrir. Et parce que le décalage entre des activités inutiles ou presque comme la spéculation qui rapportent et les activités utiles qui ne rapportent pas, ça m’interpelle. Par ailleurs, la question de la monétisation des contenus informationnels continue de se poser, au point que les pure players type Rue89 se lancent dans le papier. On a vu ce que ça a donné avec Bakchich…La critique de la gratuité n’est pas une critique du web mais un questionnement sur son avenir. Par ailleurs, le web n’est pas gratuit, et vous le savez fort bien. Faites le compte de votre matos et de vos divers abonnements aux fournisseurs d’accès.

    Commentaire par Guillaume — 19/03/2011 @ 18:19

  36. et oui, j’ai moi aussi beaucoup utilisé Twitter à une époque (j’ai depuis arrêté cependant), le flux d’information qui s’en dégage est tout bonnement impressionnant (et complètement gratuit et public comme tu le fais si bien remarquer).
    les évènements au Japon personnellement m’ont fait me rendre compte encore un peu plus à quel point notre présence (l’espèce humaine) sur Terre est éphémère et fragile. Un bien beau monde sujet à tant de fracas quand les éléments s’en mêlent…

    Commentaire par Matthieu — 21/03/2011 @ 06:13

  37. Je signale aux lecteurs juristes de ce blog un billet récapitulant tous les juristes qui twittent : http://www.legaletic.fr/veille-juridique-sur-twitter-mes-strategies/

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/03/2011 @ 10:07

  38. Mmhh. Je ne suis guère d’accord sur l’effet gommage de distance ; peut-être chez la minorité de population qui a des amis, des collègues ou du moins des connaissances au Japon, mais le reste s’en fiche.

    Il suffit de voir l’attention portée au fantasme de panache radioactif qui irait du Japon jusqu’à la France, comparée au problème bien réel de plusieurs dizaines de milliers de morts et de centaines de milliers de sinistrés à Tōhoku… dont on a retiré nos sauveteurs par crainte des retombées radioactives !

    Commentaire par DM — 21/03/2011 @ 11:10

  39. Aliocha,

    Ah, compliquez pas, hein!

    Aliocha : M’enfin, kekejéfai encore ?

    Commentaire par tschok — 21/03/2011 @ 11:31

  40. Bonjour Aliocha,

    Moi? Péremptoire? Là-haut, là? 8-|… alors, vraiment, je ne vois pas.

    Sinon – si vous voulez un peu de péremptitude – au sujet de votre Russe, là, et de son étrange capacité à préférer les abstractions (l’humanité est une abstraction, c’est d’ailleurs tellement une abstraction que c’est devenu un concept juridique) aux hommes de chair et de sang, eh bien il ne vous étonnera pas que je me situe assez exactement à l’opposé de ce genre d’attitude (péremptoire). Je trouve l’humanité exaspérante et désespérante, mais les êtres qui la composent (et s’y dépassent) m’émeuvent. Ils sont ceux que je préfère.

    Et de loin.

    Comme de près d’ailleurs.

    Vous n’avez toujours pas répondu à la question: qu’est-ce qui fait la distance?

    Commentaire par Fantômette — 21/03/2011 @ 17:05

  41. Problème de Twitter pour un journaliste :

    1) Sources difficilement vérifiables
    2) Rumeurs en pagaille, Retwitter à l’infini
    (ex, la mort d’un des fils Khadafi, RT par des centaines de gens hier, mais pas confirmé)
    3)très vulnérable au piratage
    (un fil de rebelles en Libye vient d’en faire les frais)

    Commentaire par Phedra — 21/03/2011 @ 22:37

  42. Bonsoir Goloubchik,

    Alors, le ski? C’était bien?

    J’ai vu passer l’info que vous hyperliez. Je l’ai trouvée intéressante. Ce qui m’a frappée, c’est qu’elle était classée dans les pages high-tech du Figaro. Du coup, j’ai compris que je n’avais pas compris l’info à première lecture. Il a fallu que je m’y reprenne. A seconde lecture, j’ai compris, d’une part, que l’on parlait effectivement de technologie (abolition de la distance: vous pouvez être loin et « témoin des faits », à condition d’avoir la technologie), et d’autre part, que l’on parlait également de ce qui est public, privé accessible au public, ou privé tout court.

    On est donc en plein dans la problématique poreuse soulevée par Aliocha.

    PS: Vous qui êtes un littéraire, vous en pensez quoi, du titre de la guerre, « Aube de l’Odyssée »? Franchement?

    Commentaire par Fantômette — 22/03/2011 @ 00:25

  43. @ Bonsoir Fantômette,

    Très, sous une montagne qui mesure 42,65 fois la hauteur de la dune du Pilat.

    (si vous avez besoin d’une transfusion sanguine, j’ai plein de globules rouges en rab)

    L’intitulé de l’opération de la coalition m’a interpellé, sinon interloqué.

    Je serais pythonisse lisant dans les entrailles d’un poulet arrivé en courant par la gauche que j’y verrais un mauvais présage : Ulysse a mis 10 ans pour rentrer chez lui.

    Fleurot avait développé sur Slate.fr concernant les noms de baptême d’opérations militaires (mais je trouve perso que l’article laisse un peu sur sa faim):

    http://www.slate.fr/story/10957/grand-proph%C3%A8te-operations-militaires-desert-storm

    Commentaire par Goloubchik — 22/03/2011 @ 02:22

  44. J’ai toujours aimé les velléités poétiques et politiquement correctes des militaires dans le choix des noms des opérations alors que « Tu vas prendre cher » et « Ca va gicler » seraient plus appropriés. Au moins avec des noms comme « plomb durci » ne peut-on pas reprocher à Israël d’avoir manqué de clarté…

    Ils manquent quand même d’humour. « Le missile de croisière s’amuse » ou « un jet pour Tobrouk », ça aurait été plus sympa.

    Commentaire par Ferdydurke — 22/03/2011 @ 09:21

  45. @Ferdydurke

    l’assaut sur Fallujah en novembre 2004 fut baptisé « Phantom Fury », écho probable à la fureur vengeresse de l’armée US contre ce bastion insurgé qui leur causait beaucoup de contrariétés. L’appellation suscita quelques réticences, notamment de la part de l’homme politique irakien qui dirigeait le pays par intérim avant les élections à venir, en conséquence l’opération a été renommmée « Al fajr », ou « New Dawn » en anglais. Ces débats n’eurent que peu d’effets sur la violence des combats qui se déroulèrent ensuite.

    Intéressant sujet de réflexion que ce problème irakien. De mémoire, pour empêcher Saddam d’opprimer son peuple lors du soulèvement chiite qui succéda à la déroute de 1991, on avait mis en place une « no fly zone » avec une politique de sanctions économiques destinées à affaiblir le régime. Aucune de ses dispositions ne purent mettre à bas le régime, ni atténuer sa hargne répressive. En 2003, Bush junior voulut clore l’affaire, avec bien des vicissitudes comme on a pu le voir.

    Commentaire par Switz — 22/03/2011 @ 17:23

  46. Bonjour Goloubchik,

    J’aime bien la montagne, mais comme j’ai d’avantage l’habitude des paysages mobiles marins (« mobilis in mobile », comme se le murmurait Nemo), l’immobilité de leurs massifs finit toujours par me donner une impression étrange d’irréalité, comme si une montagne d’eau s’était inexplicablement figée, au moment de s’écrouler sur la vallée.

    J’ai pensé la même chose que vous à propos de l’Odyssée, je me suis dit qu’on n’était pas prêts de retrouver le chemin du retour, apparemment 🙂 Arf.

    L’article est intéressant, mais il reste un peu court. Le fait qu’une même opération militaire pouvait être nommée différemment par les forces qui la composaient m’a semblé instructif, par contre. Curieusement, ce qui manque à l’article, c’est une question basique: quelle fonction sert exactement (et a servi) ces dénominations. Il ne fait qu’effleurer le propos, en évoquant l’instrumentalisation de cette dénomination au titre d’une certaine propagande, mais sans plus. Je trouve ça curieux. Je vois bien l’intérêt qu’il y a à nommer une opération militaire dès lors qu’on la prépare, ne serait-ce que pour la désigner, commodément, rapidement, et sous le sceau du secret. Dès lors que l’on passe au stade de l’exécution de l’opération, on bascule dans le domaine public, pour ne pas dire publicitaire – et là, l’effet « Titre du Blockbuster » prend son essor. J’ai l’impression qu’il doit encore y avoir autre chose, entre les deux effets attendus, qui m’échappe un peu.

    Commentaire par Fantômette — 22/03/2011 @ 18:08

  47. (@ Goloubchik,

    Un autre truc, à propos d’Aube de l’Odyssée: ça m’a rappelé aussi un beau poème de Tennyson, intitulé Ulysses, et qui raconte comment Ulysse, de retour à Ithaque, se languit du temps de son inlassable quête. Fatigué, vieilli, lassé des intrigues qu’il retrouve dans sa propre Cour, il se remémore ses aventures, et rappelle à lui son ancien équipage. En fait, il m’apparait que ce poème, à l’inverse de l’opération militaire en Libye, serait aussi bien nommé « Crépuscule de l’Odyssée ».

    Un extrait:

    I cannot rest from travel: I will drink
    Life to the lees: All times I have enjoy’d
    Greatly, have suffer’d greatly, both with those
    That loved me, and alone, on shore, and when
    Thro’ scudding drifts the rainy Hyades
    Vext the dim sea: I am become a name;
    For always roaming with a hungry heart
    Much have I seen and known; cities of men
    And manners, climates, councils, governments,
    Myself not least, but honour’d of them all;
    And drunk delight of battle with my peers,
    Far on the ringing plains of windy Troy.
    I am a part of all that I have met;

    (J’adore ce passage, quand il dit aussi bien « I am become a name », et « I am a part of all that I have met ».)

    J’ai été rechercher ce poème, du coup, et vous l’avez ici intégralement.

    Ce n’est pas beaucoup plus positif pour l’opération en cours en Libye, puisque ce poème raconte à peu près l’impossibilité d’un retour.)

    Commentaire par Fantômette — 22/03/2011 @ 18:11

  48. Ce témoignage singulier, et cette réflexion, singulière, d’une femme japonaise, professeur de Lettres françaises au Japon, ne peuvent-ils être universellement reçus et partagés ? http://www.liberation.fr/monde/01012327147-japon-une-legende-a-reinventer.

    Et cette lettre à un ami Japonais de deux Français au Japon qui témoignent de l’incompétence de l’Etat japonais ? http://www.liberation.fr/monde/01012327146-le-c-ur-qui-tremble-lettre-a-un-ami-de-kyoto
    Qui font appel à une conscience des responsabilités, qui écrivent que « Ce peuple japonais doit demander justice pour haute trahison, non des dieux ou de la nature, mais des responsables irresponsables. Des coupables donc. Reprenons à notre compte l’appel de G. Anders. » [sur le livre de Gunther Anders :http://www.actu-philosophia.com/spip.php?breve152 ; et http://www.magazine-litteraire.com/content/critique-non-fiction/article?id=17818%5D

    Ce n’est pas tant la nature humaine qu’il convient d’accabler, mais la technique qui est en cause, et les risques pris au sein d’une logique d’accumulation dépourvue de pensée.

    Face à cela, demeurent les ressources de la pensée, qui n’a pas de frontières ni ne connaît les distances, lorsque la réflexion a valeur universelle.

    Ce qu’il se passe au Japon me parle plus et me concerne plus, que la vie du village ou du quartier à côté.
    Revoir « Hiroshima mon amour » Duras, Resnais, ou lorsque la singularité atteint l’universel.

    Commentaire par alithia — 23/03/2011 @ 09:54

  49. @ Ferdydurke (45),

    « T’vas voir ta gueule à la récré », c’est pas un truc d’état-major, mais le genre de messages que les pilotes de Pepe Boyington inscrivaient à la peinture noire sur leurs torpilles quand ils passaient occasionnellement du mode chasseur au mode bombardier 😉

    Overlord (assez prémonitoire, including le plan Marshall) ou Fortitude participaient d’un souci moins moraliste, il me semble, que les appellations d’opérations plus récentes, qui paraissent davantage de nature à vouloir influencer, dans cent ans, les thésards en histoire.

    @ Fantômette,

    Je disconviens respectueusement (au risque d’agacer mon tschok chéri qui déteste la formule) sur un point. Les montagnes sont tout, sauf immobiles. Sous l’effet de l’érosion, leur vocation est désespérément mutante et réductible, leur arrogante turgescence n’a de caractère de permanence que momentané. Leurs glaciers fondent et les creusent à la vitesse de l’amble d’un cheval tibétain. Comme le dirait Romain Gary, que vous affectionnez, au-delà d’une certaine limite, leur ticket n’est plus valable.

    Sur la mer, d’essence irrémédiablement féminine, je préfère me taire, vous pourriez vous trouver colère de la méfiance primitive que sa platitude glauque et traîtresse m’inspire, spécialement dans sa dimension océanique. Il faut dire qu’à ce jour, dans mon existence, je n’ai jamais connu de Breton gai, ni par ailleurs de Japonais qui ne soient des fatalistes actifs (ce qui, en ces moments tragiques, doit bien les aider).

    Je vous rejoins en revanche totalement sur la beauté du poème de Tennyson et, plus spécialement ce vers « I am a part of all that I have met ». Et comme vous, l’Humanité m’agace mais les individus me parlent et peuvent me faire avancer.

    (PS : Aliocha semble avoir disparu dans la nature. Parfois je me dis qu’un jour, elle va céder à son fantasme du grand reportage. Peut-être qu’après avoir pris un taxi pour Tobrouk et plus loin encore vers l’Ouest, sa silhouette blonde se dessine actuellement sous le soleil d’Adjabiya, rédigeant d’une main passionnée et sous le tir indifférencié des Katioucha, un billet à notre intention sur un éclat d’obus de mortier).

    Commentaire par Goloubchik — 23/03/2011 @ 10:43

  50. @ Ferdydurke : dans le genre « plomb durci », que pensez vous d' »opération insecticide » organisée par le gouvernement rwandais, qui visait à préparer les milices pro-gouvernementales à des techniques d’infiltration et d’élimination à la veille du génocide (étant précisé qu’un des petits surnoms affectueux donné aux Tutsis « cafards ») ?

    dans la série « j’annonce la couleur », c’est pas mal non ?

    Commentaire par jalmad — 23/03/2011 @ 13:56

  51. @ Jalmad : je vous attrape au vol suite à notre discussion sur l’affaire Brandao et de son CJ qui lui permettait de sortir du territoire français et d’aller « se reposer une semaine au Brésil ». M’étonnerais fort qu’il revienne en France maintenant qu’il s’est trouvé un boulot au Brésil : http://www.sports.fr/cmc/football/201112/marseille-brandao-fuit-a-la-bresilienne_340939.html?sitemap

    Suis pas sûr que le Parquet et la plaignante apprécie la plaisanterie…

    Commentaire par mussipont — 23/03/2011 @ 21:12

  52. La théorie du mort au kilomètre fonctionne toujours bien mais la seule chose qui a changé pendant un court moment pour le Japon a été la disponibilité de très nombreuses images terrifiantes mais d’excellente qualité technique du tsunami. C’est tout. Ces images étaient exceptionnelles et nouvelles, les images du tsunami de 2004 étant peu nombreuses et souvent de mauvaise qualité. Une fois ces images avalées, la catastrophe japonaise a repris sa place parmi les nombreuses catastrophes lointaines qui intéressent peu ou en tout cas uniquement à travers un prisme hexagonal (risques pour la France, etc.).

    Commentaire par tokjdm — 24/03/2011 @ 03:43

  53. @ Goloubchik

    Depuis les années 40, propagande et action psychologique ont fait de notables progrès. Je n’en reste pas moins boyingtonien, ne serait-ce que par sincérité, du genre « je vais t’enfoncer ta veulerie dans la gorge ». Pas très courtois, mais clair et sans injure. 😉

    @ Jalmad

    Je ne savais pas cela. Même « plomb durci » fait gentil en comparaison.

    Commentaire par Ferdydurke — 24/03/2011 @ 11:02

  54. @ Mussipont : avoir un boulot au Brésil ne signifie pas nécessairement ne pas présenter de garanties de représentation, et que le Juge d’instruction et le parquet ne s’en sont pas assurés en amont. Et, franchement, un mandat d’arrêt international délivré contre lui ferait quelque peu désordre, et surtout l’empêcherait juste de se déplacer de pays en pays, ce qui pour un joueur de foot est comme qui dirait gênant. Je ne me fais pas réellement de soucis (peut être à tort) sur le fait que Brandao se présentera aux actes de l’instruction. C’est d’ailleurs probablement ce que lui a fortement conseillé son avocat.

    @ Ferdydurke : et que penseriez du fait qu’un certain mercenaire français, ex gendarme de son état, un type disons un peu intime avec les services secrets français (un gars qu’aurait par exemple dirigé le GIGN, participé à la création de la cellule anti-terro de l’Elysée ou trempé dans les affaires des écoutes présidentielles) aurait été associé de près à cette opération ?
    oh, je dis ça, c’est juste ce qu’avancent certains journalistes ou historiens un peu calés sur la question de la françafrique, et à ma connaissance, non condamnés pour diffamation….

    Commentaire par Jalmad — 24/03/2011 @ 14:04

  55. @ Jalmad

    J’en dirais que cela ne m’étonne même pas (là, mettre une intonation désabusée/indignée) et je vous remercie de me rappeler l’existence de ce type (dont le patronyme évoque la poudre : joke inside).

    Commentaire par Ferdydurke — 24/03/2011 @ 14:40

  56. @Jalmad

    Théorème « OSS117 »: à chaque endroit nauséabond, on est sûr de retrouver une trace de l’individu dont vous évoquez la mémoire et les accomplissements.

    D’un autre côté, il me semble que cette personne avait une petite faiblesse narcissique qui le poussait compulsivement à rechercher la médiatisation et la mise en valeur de lui-même. Pour un homme de l’ombre dévoilé en pleine lumière, combien en restent-ils réellement dans l’ombre?

    Commentaire par Switz — 24/03/2011 @ 16:34

  57. @ Jalmad : il me semble qu’un certain cinéaste polonais se soit promené de ci, de là, dans le monde entier pendant plus de 30 ans en évitant simplement le pays émetteur du mandat d’arrêt international le visant (pour une bégnine accusation de viol sur mineur)… Sans bien évidemment aller jusqu’à la détention provisoire il me semble qu’une interdiction de sortie du territoire aurait été une mesure équitable. Je me permets de prendre le pari amical avec vous que Brandao ne remettra plus jamais les pieds en France! 😉

    Commentaire par Mussipont — 24/03/2011 @ 17:32

  58. Salut mon blog, tu me manques, c’est la faute de Twitter, mais là c’est bon, j’ai ma dose, je rentre à la maison. J’espère que les fidèles me pardonneront cette longue absence.
    A l’attention des lecteurs justement, PRD commente la décision Spizner Bilger et met en ligne l’arrêt : http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2011/03/24/szpiner-bilger-et-la-liberte-dexpression-entre-gens-de-robe/

    Commentaire par laplumedaliocha — 24/03/2011 @ 22:16

  59. http://www.wat.tv/video/femme-boulanger-g4kh_2fgqp_.html

    Commentaire par Goloubchik — 24/03/2011 @ 22:37

  60. Justement je me disais que vous nous aviez délaissés… 7 jours ou presque sans billet !
    Qui a dit que Twitter allait tuer les blogs ?

    Aliocha : je pressentais ce risque, d’où ma réticence à aller sur Twitter, j’entame la désintoxication immédiate !

    Commentaire par Phedra — 24/03/2011 @ 22:59

  61. ps : mes vagabondages sur Twitter m’ont quand même fait découvrir l’incroyable site d’Elena Filatova sur Tchernobyl…Merci SkyZelimit…

    http://www.elenafilatova.com/index_fr.html

    voir aussi :

    http://www.consumedland.com/

    Commentaire par Phedra — 24/03/2011 @ 23:28

  62. Chez Maître Eolas, c’est pareil : 18 jours que lui et ses colocs ont déserté le blog pour Twitter. On se sent un peu abandonnés…

    Aliocha : j’avais remarqué en effet, mais il y a aussi l’effet Japon. J’avoue que pendant une semaine, j’aurais été bien incapable de penser et encore plus de parler d’autre chose. Promis, maintenant, on rentre !

    Commentaire par Tinkerbell — 25/03/2011 @ 10:24

  63. Je crois qu’un journaliste ne peut ignorer Twitter mais il faut être très vigilant qd on l’utilise. Ne pas s’en servir pour des conversations perso car là cela bouffe un temps fou. S’en servir uniquement pour se mettre au courant sur les sujets qui nous interessent, en se limitant dans le temps à une heure par jour. C’est du moins ce que je vais essayer de faire !

    Commentaire par phedra — 25/03/2011 @ 11:35

  64. Mais oui, bien sûr… Le Japon, Twitter, et cetera… #etlamarmotte ! On s’dore la pilule à la terrasse des troquets parisiens avec le retour des beaux jours, oui. 😀

    Commentaire par Ferdydurke — 25/03/2011 @ 12:00

  65. @ Ferdydurke,

    Pas la pilule, LE mollet 😉

    Commentaire par Goloubchik — 25/03/2011 @ 12:23

  66. @ Timkerbell,

    Je suis d’accord avec vous, il y a un relâchement assez intolérable en ce moment. Il est temps de reprendre en main tout ça.

    Commentaire par tschok — 25/03/2011 @ 20:09

  67. 26 mars et toujours pas de billet. Ça glandouille, ça glandouille…

    Aliocha : dites donc, vous, je vais sur Twitter, sur votre instigation et voilà que maintenant vous voulez que je revienne ici. C’est pas bientôt fini ces manipulations, non ? J’en ai deux en préparation, des billets. Un rédigé à une heure indécente qu’il faut compléter et corriger, un autre écrit ce matin au bistrot en lisant Marianne et un troisième dans la tête. Seulement, il fait beau, vais sortir, quand j’aurais fini de discuter cuisine japonaise avec ZkyZeLimit qui est sur le point de me livrer le secret de l’anguille à la japonaise. Bref, suis débordée. Sans compter deux articles professionnels à écrire ce week-end et un livre à avancer.

    Commentaire par Ferdydurke — 26/03/2011 @ 11:13

  68. @ Aliocha

    Veux pas le savoir ! Vous êtes une femme moderne donc émancipée, indépendante, libérée, autonome, toussa. Donc une femme qui bosse au lieu de faire du shopping et parler cuisine. Vous avez voulu l’égalité, vous l’avez. Pensez un peu aux milliers de femmes qui se sont battues et se battent encore pour cette juste cause. Allez, au turbin. Et qu’ça saute !

    Sofort ! Schnell, schnell !

    Aliocha : moi je veux bien, mais alors cessez de piétiner mon string, si je veux bosser, il faut que je m’habille 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 26/03/2011 @ 14:17

  69. @aliocha

    Tout ça pour le we ? Va falloir mettre des priorités ! ‘-)

    Aliocha : et encore, j’ai aussi prévu un grand ménage de printemps 😉

    Commentaire par Phedra — 26/03/2011 @ 14:35

  70. @ Aliocha

    Aaaaaah, mais fallait le dire tout de suite ! Si vous êtes dans le plus simple appareil, vous êtes dispensée. Allongez vous là, mon petit, maintenant. Non, ce string ne vous sert à rien. Oui, vous pouvez garder les Louboutin. 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 26/03/2011 @ 14:40

  71. Z’avez vu votre blog sur Ipad ? La classe…
    Bon ménage ! :-))

    Commentaire par Phedra — 26/03/2011 @ 15:47

  72. Signora Aliocha bonjour. Je suis ètudiant avec le journalisme a Torino et je trouve vous molto interessante de la passionne sur le metier.

    Mais c’est la disgrazia car vous èmette plù les billets. Alors mon amie elle me dit que je suis disturbato et elle veut retourner à sa mère.

    Si vous èmet nouveau billet, sauve mon couple. Merci anticipo.

    (veuille gentille pardonne mon pietro francais)

    Commentaire par Angelo Calzone — 26/03/2011 @ 18:32

  73. Anne, ma soeur Anne…

    Commentaire par Ferdydurke — 27/03/2011 @ 11:45

  74. Je vois, répondit-elle, deux cavaliers budgétaires sous le soleil qui poudroie et sur l’herbe qui verdoie.

    Ces lendemains de cuite, quand même, c’est pas ça qui fait marcher la planche à billets.

    Commentaire par Goloubchik — 27/03/2011 @ 14:13

  75. Bon, je propose qu’on organise une teuf ici pendant que la taulière se la coule douce, vu que la place est libre.

    Commentaire par Ferdydurke — 28/03/2011 @ 08:56

  76. Chais pas pourquoi, j’ai honte, mais j’aime bien ;-!

    Commentaire par Goloubchik — 28/03/2011 @ 09:26

  77. @ Goloubchik

    Les séquences dans la chambre, en tenue décontractée, sans le son et sans le mec… à la rigueur. 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 28/03/2011 @ 11:25

  78. @ Ferdydurke

    Je crois que vous avez mis le doigt :@)

    Commentaire par Goloubchik — 28/03/2011 @ 11:29

  79. La vidéo est privée.

    Ouéskil faut que je dise que je suis majeur?

    Commentaire par tschok — 30/03/2011 @ 18:19

  80. @ tschok,

    Ils ont dû réaliser à distance que vous aviez une âme d’enfant dans un corps d’adulte mâle 🙂

    Si vous tenez vraiment à la visionner, tapez, sur Glouglou ou autre, Shy’m Prendre l’air clip officiel.

    Evidemment, comme je suis un peu tordu, le titre a son importance.

    Commentaire par Goloubchik — 30/03/2011 @ 19:07

  81. @ Goloubchik,

    Ah merci! J’ai pu voir la merveille!

    Quand on coupe le son, ça le fait moins bien je trouve.

    Commentaire par tschok — 31/03/2011 @ 09:27

  82. Le clip HD de Shy’m est retire’, voir en alternative ce lien-ci http://www.youtube.com/watch?v=vqUFWoCQEjo

    Commentaire par lifranjp — 11/05/2011 @ 08:51

  83. […] y a quelques mois, j’avais raconté ici avec enthousiasme mes premiers pas sur le site de microblogging Twitter. Je ne renie pas une ligne […]

    Ping par Twitter ou l’ivresse de soi « La Plume d'Aliocha — 19/03/2012 @ 12:13


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