La Plume d'Aliocha

30/03/2011

La Vérité, ce songe inaccessible

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 22:03

Samedi 26 mars 2011. Une femme, Eman Al-Obeidi, entre à l’hotel Lixos à Tripoli où réside la presse internationale. Elle appelle les journalistes à l’aide. Ouvrant ses vêtements, elle montre ses blessures et assure avoir été violée pendant deux jours par les soldats de Kadhafi. Les journalistes se mettent à filmer, tentent de la protéger, mais les services de sécurité de l’hôtel s’emparent de la jeune femme et la jettent dehors. Elle est folle dit l’un d’entre eux. Ivre assure un autre. Folle ou ivre ? Peut-être les deux. Voilà une affaire qui montre toute la difficulté du journalisme. Pour les journalistes occidentaux présents, que l’on tient enfermés dans l’hotel, cette irruption fortuite est une occasion inattendue de s’extraire des discours officiels et des parcours obligés. Son récit est crédible, ses blessures cohérentes avec ses accusations, mais dit-elle pour autant la vérité ?

Un homme affirmant qu’il est son cousin dit qu’elle a été arrêtée parce qu’elle vient de Benghazi. Sa propre soeur en revanche prétend qu’elle est folle. Les habitants de Benghazi la soutiennent.Les forces de l’ordre maintiennent qu’elle est dérangée. Qui croire ? La tentation est forte de se ranger derrière cette victime providentielle qui pourrait même devenir une icône de la situation en Libye. Surtout pour des médias occidentaux en mal d’information sur la situation réelle du pays et de sa population. Le monde.fr met bien en lumière la complexité du sujet. Il faut lire un article sur Magharebia pour apprendre qu’elle serait avocate et surtout rompre avec le conditionnel méfiant que je viens d’utiliser comme tous mes confrères qui ont relayé l’information en France. D’après Le Point, elle a été relachée.

Si elle est réellement victime, ces doutes sont tout bonnement insoutenables. Si elle ment, alors on peut songer qu’après tout d’autres ont pu vivre ce qu’elle décrit, et qu’à défaut d’être vraie, son histoire est emblématique de la souffrance d’un peuple sous la domination d’un tyran au crépuscule de son règne. C’est une liberté que pourrait s’offrir un romancier, un politique, voire quelque philosophe parisien médiatique, mais pas un journaliste. En l’état, la seule vérité journalistique est celle-ci : le samedi 26 mars 2011 une femme est entrée dans l’hotel Lixos à Tripoli. Montrant ses blessures, elle a raconté en sanglotant (je n’étais pas présente, donc sous toutes réserves) qu’elle avait été violée durant deux jours par des soldats de Kadhafi.

La Vérité est un songe inaccessible que les journalistes ne cessent de poursuivre…

 

Mise à jour 31 mars, 21h13 : Amnesty International prend la défense d’Eman Al-Obeidi.

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28/03/2011

Une question de distance

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 21:41

J’interrogeais un jour un avocat qui cultivait un étonnant hobby, il était torero amateur.  Il s’agissait de rédiger son portrait et je cherchais donc à comprendre sa personnalité. « Que vous apporte la tauromachie dans votre métier ? » lui demandais-je.  Entre nous, je m’attendais à ce qu’il m’emmène sur le terrain du leurre, de l’esquive, de la stratégie. Et d’ailleurs, je le lui dis. « Pas du tout, me répondit-il, en toréant, j’ai appris l’importance de trouver la bonne distance ». Ainsi l’art de toréer serait avant tout celui de la distance, tout comme l’art d’être avocat. En l’écoutant, je songeais que sa réflexion était transposable à mon métier de journaliste.  Trop loin de ce que l’on observe, on ne voit rien. Trop près, on risque, selon les circonstances son indépendance ou sa vie.

Une possibilité d’empathie

C’est la discussion sous le précédent billet qui m’a rappelé cet entretien. Nous y parlions précisément de distance et de la capacité d’Internet en général et de Twitter en particulier à nous rapprocher de l’autre bout du monde, ouvrant ainsi, par la grâce de la communication, une possibilité nouvelle de compréhension de l’autre, si éloigné soit-il et même, pourquoi pas, d’empathie.

Mais revenons provisoirement au journalisme. La question de la distance avec ce que l’on observe, nous la vivons au quotidien et nous la maitrisons…plus ou moins bien. Mais il est une autre distance à laquelle nous sommes confrontés et qui est plus délicate à gérer, celle entre nous et le public, ou plus exactement entre ce que nous avons vu et ceux à qui nous le racontons. Média, du latin medium : moyen, milieu, lien…Cette distance-là, nous passons notre temps à tenter de la combler. Communiquer, n’est-ce pas toujours chercher à réduire les distances ? A l’exception de quelques égocentriques de naissance ou de déformation, les journalistes pratiquent leur métier par passion de témoigner, pour informer sur ce qu’ils ont vu, observé, entendu, vécu. Et réduire ainsi les distances. C’est pourquoi j’ai tant de mal à nous reconnaître dans les portraits souvent peu flatteurs qu’on dresse de nous. Bref,  il arrive parfois que l’exercice soit particulièrement difficile, voire impossible.  Douloureuse impossibilité. C’est le cas des reporters témoins d’une guerre ou d’une catastrophe qui s’approchent au plus près de l’horreur et dont les reportages, quand ils sont publiés, ne suscitent qu’un vague intérêt, une indifférence polie. Comment rendre compte, avec quelques images et des mots, de la réalité d’un tremblement de terre à Haïti, d’une révolte écrasée dans le sang en Libye, du désespoir d’un peuple entier au Japon ? Comment réduire les distances ? Transmettre l’émotion, la révolte, le dégout, la volonté d’agir, l’urgence d’intervenir ? « L’opinion publique, ce mammouth à cul de plomb » s’agaçait un jour Daniel Schneidermann. Comme l’expression est juste. Et même quand ces reporters parviennent à transmettre l’information, que savent les lecteurs  des risques qu’ils ont pris pour ramener une photo, un récit, pour tourner deux minutes de reportage qui seront diffusées entre l’annonce d’une hausse du prix de l’essence et un sujet sportif ? Sans compter que parfois, ils ne ramènent rien, comme le raconte ce très bel article, parce que l’actualité la plus chaude est ailleurs et que le rédacteur en chef a décidé de traiter un autre sujet. A la décharge du public, il faut bien avouer qu’il est parfois difficile de s’intéresser à un problème si éloigné qu’il en devient parfaitement théorique. Alors les journalistes sont tentés de frapper fort, et on leur reproche de vouloir faire de l’audience, quand il ne s’agit le plus souvent que d’éveiller les consciences, quitte à les brutaliser avec une photo insoutenable.

Et puis Internet survint. Ce fabuleux outil à communiquer, c’est-à-dire à réduire les distances, mis à la disposition de tous. Le printemps des peuples nous a montré la force d’Internet via l’utilisation des blogs, dont l’un a d’ailleurs reçu le prix de RSF et les réseaux sociaux (voir en particulier l’article cité dans la note numéro 4). Sans doute n’ai-je pas assez cherché, mais je n’ai pas trouvé d’étude sur cet extraordinaire phénomène, à part un excellent dossier dans le mensuel Rue89 de mars (eh oui, c’est du papier, pas de lien !) qui a eu la bonne idée de reproduire « les 100 tweets qui ont fait la révolution arabe ».  Communiquer, rapprocher. Aussi et surtout dans les pays où la presse est muselée et ne peut pas tenir ce rôle-là. On a dit un temps qu’Internet allait tuer le journalisme professionnel dès lors que chacun pourrait devenir  reporter, raconter, photographier, filmer et communiquer avec un public quasi-illimité. Allons donc. Nous pourrions aussi devenir notre propre médecin, avocat, trader etc, tant l’information est désormais largement diffusée dans tous les domaines, même les plus techniques. Il n’en demeure pas moins qu’il faudra toujours des gens qui fassent profession d’informer, défendre, soigner, pour que les autres puissent vaquer à leurs propres occupations.  Au passage,  je vous recommande l’excellente analyse réalisée par Marc Mentré du travail de notre reporter national, BHL, en Libye. Il explique en quoi le travail du philosophe n’est pas du journalisme et donne ainsi une vision assez précise du fait que c’est un vrai métier.

Internet, ce formidable allié du journalisme

Non seulement Internet ne tue pas le journalisme (même s’il le fait gravement souffrir économiquement en ce moment), mais au contraire il le sert, magnifiquement. D’abord en suscitant un intérêt croissant, en tout cas c’est ce qu’il me semble, pour l’information dès lors que celle-ci est facile d’accès, incroyablement riche, variée dans son mode d’expression et même ludique. Ensuite, et c’est ce qui m’intéresse particulièrement ici,  Internet contribue à réduire les distances entre ce dont témoignent les journalistes et le public. J’en parle pour l’avoir expérimenté moi-même. Sur le Japon, je suis un simple consommateur d’information. Et ce qu’ont rapporté mes confrères a pris une résonance particulière dès lors qu’Internet me permettait de dialoguer avec des gens sur place. Du coup, l’information ne concernait plus un lointain pays, mais un lieu qui me semblait soudain très proche. C’est une expérience absolument passionnante de suivre en ce moment l’information en France et au Japon, de tester ce que l’on voit, lit ou entend auprès de gens sur place. Le troisième mérite d’Internet, et non des moindre,  consiste à enrichir la presse grâce à ce que l’on appelle le « journalisme citoyen », comme le montre par exemple ce papier sur la plateforme participative de CNN. Information utile, sensible, partagée, débattue, approfondie, expliquée sur une gigantesque place publique à l’échelle de la planète, ou presque. Non Internet n’est pas l’ennemi du journalisme, c’est au contraire l’accomplissement de son rêve le plus fou : toucher son public, entièrement, profondément, parvenir à ce qu’il vibre avec lui des mêmes choses que lui. Voilà des siècles qu’on attend ça. La lecture solitaire du journal en tant qu’exercice de communion à la vie collective est devenue une gigantesque discussion, nourrie d’échanges de liens à l’infini.

Ainsi tout s’ordonne, loin des visions extrémistes qui prévalaient lorsque j’ai ouvert ce blog et prédisaient la fin du journalisme professionnel. Et d’ailleurs ça n’en finit pas  d’évoluer.

A ce stade, il se pose une question importante.  Plus la communication se développe, plus le monde rétrécit. L’expatrié français au Japon semble désormais plus proche de nous que le voisin de palier avec qui l’on échange au mieux qu’un bonjour le matin dans l’ascenseur. Mais de quelle proximité parle-t-on ?  Que sait-on au fond de quelqu’un avec qui on échange des messages de 140 signes ? Beaucoup plus sans doute qu’en disant bonsoir à son voisin. Disons qu’on sait autre chose, parfois de plus intime tant il est vrai que l’écriture est impudique surtout quand elle s’émancipe sous le masque du pseudonyme….

Des distances se réduisent, d’autres risquent de les remplacer, tout n’est pas idéal dans les évolutions que sommes en train de vivre. Il m’arrive de redouter cette « virtualisation » galopante des relations humaines. Mais une chose est sûre, les journalistes ne sont plus seuls. Ils n’ont même jamais été aussi proches de leur public jusqu’à s’y trouver étroitement mêlés, c’est-à-dire au fond, à leur juste place. Enfin !

17/03/2011

Le Japon, Twitter et nous…

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:16

Je sais, il ne se passe pas grand chose ici depuis dimanche. Et encore,  le dernier billet n’était qu’une brève, une pensée, presque rien.

Mon excuse ? Le Japon. Et Twitter. Ou plus exactement, la collision entre ma découverte de Twitter et les événements en cours au Japon.

L’actualité est une drogue dure. Or, il se trouve que Twitter est une source illimitée d’information dont le fonctionnement ressemble à celui des fils d’agence type AFP. Quand on est free lance comme moi, on n’a pas les moyens de s’abonner à ces flux. Twitter en ce sens est une bénédiction.

Sans doute n’aurais-je pas été harponnée à ce point par l’outil, si des événements tout à fait exceptionnels ne s’étaient produits vendredi matin. J’ai ouvert mon compte Twitter vers 7 heures en préparant mon café. Et je suis tombée sur une série de tweets de SkyZeLimit, ce trader financier français expatrié à Nagoya dont je vous ai déjà parlé. Il y avait des dizaines de messages incompréhensibles évoquant un séisme, un tsunami, cela semblait si terrible que j’avoue avoir songé, « ce type a trop bu, il part en vrille ». J’ai vérifié sur Google news. Il ne déraillait pas, les éléments étaient devenus fous.

Depuis, je ne décroche pas.

Et il me revient en mémoire un certain 11 septembre 2001. A l’époque, je travaillais dans un quotidien. Toute la rédaction s’était massée devant la télévision. Il régnait dans la salle un silence inhabituel, le temps semblait suspendu. Nous étions tous sonnés. Et puis il avait bien fallu retourner à nos bureaux et continuer de préparer le journal du lendemain. Une question alors nous obsédait : qu’allait-on écrire ? Soudain, tout ce que nous avions programmé avant, quand la vie suivait son cours normal, perdait son sens, devenait dérisoire. Bien sûr il fallait parler du World Trade Center, des victimes, trouver des explications, décrire l’impact sur les marchés financiers, envisager la question des assurances, entamer le sinistre décompte des entreprises installées dans les tours mais le reste, tout le reste qui constitue habituellement les papiers dits « froids » ?

Les fils d’agence alignaient les dépêches par dizaines dans une succession de nouvelles qui prenait un curieux air de fin du monde. D’abord les titres bruts, affolants et puis les explications, plus angoissantes encore. Si une tour s’effondrait, puis une autre, qu’un troisième avion tombait, comment savoir quand cette abominable série allait s’achever ? A l’époque, je me souviens très bien avoir songé que la dépêche suivante annoncerait probablement une catastrophe de même ampleur dans un autre endroit du monde. Très vite, nous vîmes arriver les mails d’annulation de tous les événements prévus le lendemain. Ils commençaient par la même formule « en raison des circonstances…. ». La vie s’arrêtait.

La situation du Japon me donne le même sentiment. Celui du temps suspendu, de l’important et du dérisoire.

Impossible de s’intéresser à autre chose.

Pour l’instant.

La question à ce stade, c’est comment analyser cette obsession ? Est-ce mon métier de journaliste qui me donne cette sensibilité particulière à l’exceptionnel, cette passion d’observer le monde surtout quand il déraille ? S’agit-il d’empathie, de curiosité, de voyeurisme, de besoin d’adrénaline ? Un philosophe de mes amis m’expliquait mardi qu’on ne pouvait pas ressentir d’empathie pour un pays situé à l’autre bout de la planète, que c’était trop loin de nous. Dans le journalisme on appelle ça la théorie du mort au kilomètre : le public s’intéresse plus à quelque morts tout près de lui qu’à des dizaines de milliers de victimes à l’autre bout du monde. Cynique, mais intéressant et maintes fois vérifié. D’ailleurs, on a bien vu l’information dériver en début de semaine de la situation au Japon à la polémique en France sur le nucléaire. La presse ramenait le sujet près de nous, lui conférait une proximité susceptible de nous intéresser. A moins que ce ne soit l’expression d’une forme de nombrilisme français. Le monde tremble, nous vérifions que nous en sommes toujours le centre.

Peut-être au fond faudrait-il changer les mots, ne plus parler de catastrophe japonaise, mais humaine. Et j’interrogeais encore mon philosophe : la mondialisation ne serait donc que purement commerciale ? Les biens, les services, l’argent, tout ceci circule, mais les âmes demeurent enfermées dans des frontières étroites, plus étroites encore que celle d’un territoire national. « C’est à Paris qu’on prétend s’intéresser à la planète, en province on ne regarde que ce qu’on a autour de soi » me répondit-il. Souveraine sagesse, ou prodigieuse inconscience ?

Personnellement, j’aime croire que la mondialisation est susceptible de nous ouvrir le coeur et l’esprit. Qu’au bout il y a la conscience que nous appartenons tous à cette humanité, ce grand tout, j’ai presque envie de dire cette famille, et tant pis si je fais sourire.

Le rapport avec Twitter, me direz-vous ? Eh bien je crois que la circulation de l’information, la possibilité de dialoguer en direct avec l’autre bout du monde grâce au web pourrait nous amener à faire sauter les frontières de la conscience.

12/03/2011

Une pensée pour le Japon

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 16:08

A ceux qui veulent vivre en direct les événements au Japon, je recommande sur Twitter de suivre SkyZeLimit, trader français expatrié à Nagoya.

En ce qui me concerne, je ne puis m’empêcher, en observant ce qui se passe minute par minute depuis hier, de penser à ceci :

09/03/2011

Je twitte donc je suis…l’actualité !

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 11:27

« Tu es sur Twitter, tu vas voir, ça va te lasser, moi je n’ai pas compris à quoi ça servait ! »

« Ah, bon, tu as un compte Twitter, mais ça sert à quoi ? »

« Moi je n’y suis pas, je n’ai pas le temps de gazouiller »

Voilà à peu près quelles ont été les réactions de mon entourage quand je leur ai confié avec ravissement ma nouvelle aventure webesque. Geeks de tous pays, inutile de ricaner, oui, c’est nouveau pour moi, donc je vais expliquer candidement à de plus novices encore, à quoi cela peut bien servir. Et comme on sait que les français utilisent encore peu twitter, la goutte d’eau de mon ignorante contribution ne pourra que s’ajouter utilement à l’océan de votre savoir. Personnellement, quand un article pédagogique sur Twitter commence par « c’est un outil de microblogging », je décroche. Alors faisons simple, ce qui ne vous empêche pas de me corriger si je dis des bêtises.

Un outil extrêmement simple et intuitif

D’abord, l’ouverture d’un compte ne prend que quelques secondes, un nom ou un pseudonyme, une adresse e-mail, un mot de passe et, si on le souhaite, une photo personnalisant le compte pour éviter de se voir attribuer un oeuf, par défaut. L’une des qualités de Twitter, c’est qu’on échappe  à l’interrogatoire serré de Facebook qui exige de savoir jusqu’à la taille de vos chaussettes, ce que je trouve inadmissible. Non pas que j’aie de grands pieds, je chausse du 37, mais protégeons nos données personnelles, par pitié !

Ensuite, on s’abonne à tout ce qui répond à ses centres d’intérêts. En ce qui me concerne, mes blogueurs favoris, les organes de presse, et des institutions type Sénat, CNIL etc. Il suffit de taper le nom dans la fenêtre de recherche en haut de la page. S’affichent alors sur la droite tous les comptes Twitter liés à la recherche, c’est-à-dire toutes les institutions qui délivrent de l’information via ce canal. On clique sur celui qui intéresse, on vérifie qu’il s’agit du bon profil et on s’abonne.

Une remarquable source d’information en temps réel

Instantanément les informations se mettent à défiler. Un mot à mes confrères journalistes free lance. N’hésitez pas une seconde, c’est un moyen remarquable d’être connecté en permanence et en temps réel à l’information. Un genre de fil de dépêches comme on peut en avoir dans une rédaction. Vraiment très utile.

De la même façon qu’on s’est abonné à des comptes, d’autres vont s’abonner au nôtre puisque Twitter offre  la possibilité d’envoyer ses propres messages.  On peut donc y signaler et commenter l’actualité, dans la limite de 140 signes, ce qui ne déstabilisera aucun journaliste, la synthèse nous y sommes habitués. Les utilisateurs combinent mots d’esprits et liens, l’idée étant toujours d’informer.

Pour tweeter une page web, il suffit de cliquer sur le logo de Twitter (vous l’apercevez en bas de ce billet, ce peut être aussi un simple « t » bleu), la plupart des sites affichent cette fonction.  Apparait alors une fenêtre avec le lien de la page qui vous intéresse, en version raccourcie pour économiser des signes puisque le lien va dévorer une partie des 140 caractères que comprend un tweet. On y glisse son texte, éventuellement à la place de celui qui y figure déjà, et on envoie. Si la page ne propose pas d’outil de partage, on copie le lien et l’ on utilise un « raccourcisseur » d’URL, par exemple celui-ci.

Il est possible de répondre à un tweet, la fonction s’affiche dans la fenêtre en bas, ou bien encore de le retweeter, c’est-à-dire de l’envoyer à tous ses abonnés.

Une incitation à faire des mots d’esprit

Les utilisateurs de Twitter ont eu un remarquable prédécesseur en la personne de Felix Feneon dont j’avais déjà parlé sur ce blog. C’était un journaliste, collaborant au Matin, doté d’une faculté de synthèse exceptionnelle. Voici quelques unes de ses « Nouvelles en trois lignes » dont le format correspond à celui d’un tweet :

« Madame Olympe Fraisse conte que, dans le bois de Bordezac (Gard), un faune fit subir de merveilleux outrages à ses 66 ans » (123 caractères)

« Allumé par son fils, 5 ans, un pétard à signaux de train éclata sous les jupes de Mme Roger, à Clichy : le ravage fut considérable » (130)

« Le mendiant septuagénaire Verniot, de Clichy, est mort de faim. Sa paillasse recelait 2000 F. Mais il ne faut pas généraliser » (125)

« Congédié mardi par son patron, le 13-ans Godillot de Bagnolet, n’aura pas osé reparaître au logis. Enfant, rentre : on t’ attend » (129)

« C’est au cochonnet que l’apoplexie a terrassé M. André, 75 ans, de Levallois. Sa boule roulait encore qu’il n’était déjà plus »(126)

« A Trianon, un visiteur s’est dévêtu et s’est couché dans le lit impérial. On conteste qu’il soit, comme il le dit, Napoléon IV » (126)

Féneon connait de dignes successeurs sur Twitter, dont un mystérieux Nain_Portekoi, parfaitement désopilant, sans compter les saillies tout à fait savoureuses d’Eolas qui lui ont déjà valu récemment les honneurs des Echos en version papier. Vous pouvez en trouver des exemples sur le site tweets de comptoir.

Twitter permet également d’effectuer des recherches sur un sujet. Le résultat est parfois inattendu. C’est ainsi que j’ai appris hier en fin de journée, qu’une célébrité judiciaire du moment avait déjeuné au bistrot en bas de chez moi quelques heures plus tôt. Las ! J’espérais justement la rencontrer. Loupé. Je prends cet exemple pour montrer que chacun se fait un peu reporter sur Twitter et que l’information y est donc complémentaire de celle que l’on trouve ailleurs. Attention toutefois, comme toutes les informations, celles-ci nécessitent d’être vérifiées.

Evidemment, Twitter à développé une culture que l’on met un peu de temps à appréhender. Beaucoup d’informations figurent dans la fonction « Aide », les autres sont accessibles  sur de très nombreux sites. Mais au fond, rien ne vaut l’expérience, quitte à prendre le risque de se tromper.

Encore un mot. Cela peut devenir très chronophage, surtout si l’on se pique au jeu de commenter en live par exemple une intervention du Chef de l’Etat à la télévision.

A vos tweets !

Note : Les nouvelles en trois lignes de Felix Fénéon ont été rééditées en 2009. Editions cent pages – Cosaques – 432 pages, 28 euros.

03/03/2011

Sexiste le web ? Allons donc…

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 21:53

C’est en jetant un coup d’oeil aux sites qui renvoyaient vers ce blog que j’ai découvert cet article de Rue89. Ainsi le web serait sexiste ! La preuve ? Pas un blog tenu par une fille ne figure dans le classement wikio des blogs politiques.  Mais comment donc, même pas moi ? Eh non, on m’a classé dans « société ». Mince alors, c’est tellement vaste que j’y suis perdue ! Il ont dû le faire exprès, quand ils ont compris qu’Aliocha, diminutif russe masculin, dissimulait en réalité…Une femme ! Donc la toile est sexiste, et wikio aussi. En voilà une découverte. Toujours est-il que les féministes se plaignent. Et les blogueurs ricanent. On ne peut pas leur donner tout à fait tort. D’abord, comment elles le savent qu’il n’y a pas de femmes ? Les intitulés des blogs ne sont pas forcément très explicites sur le sexe de leur auteur. Tenez par exemple, rien que le number 1 des blogs politiques, « Partageons mon avis », il est drôlement neutre. L’auteur aurait pu choisir de s’appeler « Robert a des couilles », voilà qui aurait été connoté. Surtout s’il avait annoncé en plus qu’il entendait parler de sexe, de bière et de foot. Mais là, ce n’est pas le cas. Ensuite, il ne leur est pas venu à l’esprit à mes copines que s’il n’y a pas de femme dans le classement, c’est peut-être tout simplement parce qu’aucune de nous n’est aussi brillante que les blogueurs en matière politique ? Aïe, me voici traître à la cause. Je viens de foncer tout droit dans un tabou. Tant pis, j’assume.

Les blogueuses n’osent pas faire de politique

Quoique….Les femmes n’osent pas aborder les sujets politiques, m’explique-t-on dans le même article. Nous y voilà. Pauvres pitchounes ! Il est vrai que les femmes n’ont jamais osé se frotter à la politique, de Nefertiti à Angela Merkel en passant par Jeanne d’Arc, Marie de Medicis, Olympe de Gouges et Margaret Thatcher toutes se sont cantonnées à filer leur quenouille, c’est bien connu, surtout  en ces temps reculés où c’était autrement plus compliqué d’évoluer dans un monde apparemment dominé par les hommes. Je dis bien, « apparemment » tant il est vrai qu’on a oublié l’étendue infinie des pouvoirs que nous détenions quand nous avions la sagesse de n’en revendiquer aucun. Aïe, encore un tabou, je vais mal finir.

Qui sème le vent…

Ah, les filles… les filles….

Je vous aime bien, mais entre nous, ça vous surprend de vous faire traiter sur vos blogs de « salopes » comme vous dites, quand vous positionnez volontairement le débat sur le terrain sexuel, soit en parlant mode, cuisine et bébé jusqu’à la nausée, soit en vociférant justement après ces « salauds de mecs » qui vous empêchent d’exister, franchement ? Vous ne croyez pas que vous le cherchez un peu ? Notez,  j’ai bien failli vous croire. C’est même une des raisons pour lesquelles j’ai opté pour un pseudo masculin en débarquant sur la toile. Je me suis dit :  la parole d’un homme est plus crédible que celle d’une femme, en me faisant passer pour l’un d’entre eux, je m’épargnerai la commisération et les blagues sexuelles. J’avais tout faux. Il y a ici plus de commentateurs que de commentatrices alors qu’ils savent depuis longtemps que j’appartiens à ce qu’autrefois on appelait le « beau sexe ». Et aucun d’entre eux n’a jamais dépassé les limites d’un amusant badinage, dans les cas les plus extrêmes. Allez savoir pourquoi. Peut-être  parce que je ne me positionne pas sur le terrain du genre, justement. Je me pense d’abord comme un être humain, un citoyen (même pas une citoyenne, j’en ai ma claque de la féminisation de tout, de cette guerre qui s’étend jusqu’à la grammaire au point de la rendre ridicule), et ensuite une femme. Il ne s’agit pas d’un reniement, mais d’une hiérarchisation. Je l’aime ma condition, je l’assume pleinement, mais je lui interdis de déborder. Ma féminité ne prime pas sur mon humanité, elle l’a la teinte, c’est tout. Et encore, il m’arrive de me demander jusqu’à quel point la réflexion est susceptible d’être sexuée. Il me semble que cela dépend des sujets, des individus, des circonstances et de mille autres paramètres.

Voyez-vous ce qui m’inquiète dans votre démarche, c’est votre aveuglement. Vous n’avez pas remarqué qu’on commence à leur faire sérieusement peur aux hommes ?  Ah mais si, les filles ! Sont paumés nos jules. Savent plus s’ils doivent nous inviter au restaurant ou pas, nous proposer de nous raccompagner, nous tenir la porte. Ils se demandent si on les rêve papas poule ou au contraire absorbés par leur carrière, si l’on souhaite qu’ils soient riches et ambitieux ou tendres baladins. Ils finissent même par penser qu’on les veut tout à la fois carriéristes, poètes, machos, soumis, aimants, brutaux, viriles, émotifs, empathiques, indifférents, calmes, passionnés, mystérieux, proches, distants, complices bref, comme hier mais à la mode d’aujourd’hui et capables d’anticiper nos désirs de demain. Même nous, on ne sait plus très bien ce qu’on espère.

Gare au retour de boomerang

Je crois qu’il est temps d’arrêter la guerre. L’évolution vers l’égalité des sexes, ou plus exactement vers la suppression des inégalités sociales qui n’ont pas lieu d’être, cette évolution donc est lancée, plus rien ne l’arrêtera. Sauf peut-être un retour de boomerang si on va trop loin.

Mais revenons à notre sujet.  Qu’est-ce qui vous chiffonne au juste ? Qu’il n’y ait pas assez de femmes en tête des classements de blogs ? Ce n’est pas tout à fait vrai, elle tiennent le haut du podium dans les rubriques « loisirs », « gastronomie » et « scrapbooking » (je ne savais même pas ce que c’était avant de me pencher sur le classement wikio !). Qu’est-ce qu’on y peut si c’est là qu’elles performent ? Vous voudriez quoi ? Que la mode devienne un sujet politique majeur ?  Ce serait ça, le triomphe de la cause des femmes dans la société ? Ou bien regrettez-vous de n’avoir pas réussi à hisser un blog féministe en tête des blogs politiques ? Et pour quoi faire ? Supprimer les discriminations injustes est utile et nécessaire, mais c’est un combat parmi d’autres. Or, j’ai l’impression que vous tentez d’en faire une vision globale de l’existence. Une grille d’analyse générale. Comme si tout se réduisait à un gigantesque affrontement entre les sexes. Et ça vous étonne de ne trouver ni chez les hommes, ni même chez la majorité des femmes, un public enthousiaste ?   Mais on ne la partage pas votre vision du monde, essayez donc de le comprendre ! C’est vous qui rendez le web sexiste à votre endroit en vous positionnant délibérement sur le terrain sexuel.  Vous vous enfermez toutes seules et vous hurlez ensuite après vos prétendus geôliers. Tout le monde s’en fout du sexe des auteurs sur Internet, c’est même l’un des multiples intérêts de la chose.

Et c’est précisément cela que vous n’avez pas compris.

01/03/2011

Faut construire des prisons à cons

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:00

Pauvre Galliano. Les affaires de propos racistes sortent contre lui comme les crocus au printemps. Une, puis deux, puis trois. Et une vidéo pour couronner le tout. Merci le Sun d’être fidèle à sa réputation ! Je dis racisme parce que la plupart des articles n’ont retenu que l’antisémitisme, plus juteux, alors qu’il a aussi eu des mots contre un « jaune » si j’ai bien compris les tenants et les aboutissants de cette affaire capitale. Suspendu par LVMH l’artiste ! On n’allait pas non plus se taper un nouveau scandale Guerlain.Il m’a fallu attendre ce matin de lire une défense sur Causeur pour m’assurer que nous étions au moins deux sur cette planète à penser que vraiment on déconnait dans cette affaire. Marc Cohen explique qu’avec lui, ça se serait terminé au bourre-pif mais sûrement pas au commissariat. Avec moi aussi et tant pis si ma féminité en prend un coup. Disons que soit je serais partie, soit je lui aurais balancé mon verre à la tête. Et on aurait bien vu si sa célébrité le rendait anti-tache.

Faut dire que la plaignante est étonnante. Elle ne comprend pas l’anglais et ce sont les policiers qui lui ont traduit l’injure en soulignant « c’est très grave ». Si elle n’a pas compris, pourquoi elle se plaint ? Et puis il y a les gloussements qui m’interpellent sur la bande-son de l’objet du délit. On dirait que ça s’amuse bien à voir la star bourrée proférer des âneries.

Juteuse indignation

Bref, tout ceci traduit à mon sens une gigantesque fumisterie sociale que je trouve consternante. Il y a ce couple, qui s’offre son petit quart d’heure de célébrité sur fond de « les stars vont en rabattre, elles ont pas le droit d’insulter les anonymes ». Et puis les policiers que je soupçonne d’avoir salivé à l’idée de s’empoigner un de ces intouchables que leur pipolerie place généralement au-dessus de leur capacité de faire régner l’ordre. Faut bien prendre sa revanche de temps à autre. Ensuite, il y les associations anti-racistes qui traquent la moindre formule balancée en public pour brandir leurs idéaux dans les médias sur le mode « grâce à moi le racisme ne passera pas ». Les médias justement qui surenchérissent parce que rien que le nom du coupable leur allume des dollars dans les yeux : « ça va faire du trafic ça coco, tu m’en pisses 30 lignes avec un titre bien accrocheur ». Sans compter l’industrie du luxe qui s’offre une publicité éthique bienvenue. Ambassadeur mondial de l’amitié entre les peuples, ça claque et ça fait oublier les gamines qui s’affament pour monter sur les podiums, celles qui meurent de les imiter ou encore tout cet étalage de fric qui en temps de crise dépasse les limites de la décence.

Haro sur les mesquins

Et tout ça pour un type alcoolisé qui, comme tous les types alcoolisés du monde raconte un grand nombre d’imbécillité au-delà d’un certain seuil de soulographie ? Mais à ce compte-là, faut immédiatement construire des prisons à cons et nous foutre tous dedans. Parce que des conneries racistes, misogynes, et autres, on en balance tous quand on est saoul. Sauf moi évidemment qui déclame du Racine, mais il parait que je suis un cas à part. Tant pis, sur ce coup-là, je me solidarise. Si le couturier a bien commis une infraction techniquement (les faits restent à prouver), il a quand même fallu une somme de petites mesquineries pour que l’affaire en vienne à faire la Une des médias après un détour par le commissariat. Pourquoi on les enferme pas aussi les mesquins, les vils, les vengeurs à la petite semaine, les frustrés de la célébrité, les éruptifs du bonnet, les hystériques de la petite phrase ? Personnellement, je les trouve encore plus dangereux que les ivrognes en folie.

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